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Initiative législative52014IE6815

Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Éducation et formation continues (EFPC) dans les zones rurales» (avis d’initiative)

CELEX52014IE6815
TypeInitiative législative
Datejeudi 8 octobre 2015

Résumé IA

Cet avis d'initiative du Comité économique et social européen examine les défis spécifiques de l'éducation et de la formation professionnelle continue (EFPC) dans les zones rurales. Il souligne la nécessité d'adapter l'offre de formation aux besoins des territoires ruraux pour lutter contre le dépeuplement et favoriser la transition numérique et écologique. Pour un professionnel du droit français, ce texte constitue une source d'orientation non contraignante sur les priorités politiques de l'UE en matière de développement rural et de formation tout au long de la vie.

Texte intégral

28.1.2016

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 32/1


Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Éducation et formation continues (EFPC) dans les zones rurales»

(avis d’initiative)

(2016/C 032/01)

Rapporteur général:

M. Brendan BURNS

Corapporteur:

M. Pavel TRANTINA

Le 10 juillet 2014, le Comité économique et social européen (CESE) a décidé, conformément à l’article 29, paragraphe 2, de son règlement intérieur, d’élaborer un avis d’initiative sur le thème:

Enseignement et formation continus (EFPC) dans les zones rurales

(avis d’initiative).

La section spécialisée «Agriculture, développement rural, environnement», chargée de préparer les travaux du Comité en la matière, a adopté son avis le 13 juillet 2015.

Compte tenu du renouvellement du mandat du Comité, l’Assemblée plénière a décidé de se prononcer sur cet avis au cours de sa session plénière d’octobre et a désigné M. Brendan BURNS comme rapporteur général et M. Pavel TRANTINA comme corapporteur, conformément à l’article 20 du règlement intérieur.

Lors de sa 511e session plénière, des 6, 7 et 8 octobre 2015 (séance du 8 octobre 2015), le Comité économique et social européen a adopté le présent avis par 139 voix pour, 1 voix contre et 5 abstentions.

1. Recommandations

1.1.

Tout en convenant que l’Union européenne ne possède pas de compétences directes dans les domaines de l’éducation ou de la formation professionnelle et que les systèmes éducatifs varient d’un État membre à l’autre, le CESE souhaite mettre en évidence un problème qui est commun à toute l’Europe et qu’il y a lieu de traiter au niveau européen, national et régional, à savoir assurer l’enseignement et la formation (professionnels) continus (EFPC) dans les zones rurales et reculées de l’ensemble du continent.

1.2.

Un nouveau programme européen est nécessaire afin d’encourager les institutions européennes et les gouvernements nationaux, œuvrant de concert avec les entreprises, les syndicats et d’autres organisations de la société civile, à améliorer leur coopération afin que l’EFPC soit accessible tant aux salariés qui suivent une formation qu’à leurs employeurs. Elle devrait être organisée à proximité du lieu où ils exercent leur emploi et dans des environnements compatibles avec celui-ci. Les autorités compétentes devraient promouvoir et encourager la coopération en la matière et veiller à assurer un soutien financier adéquat.

1.3.

La société comme les pouvoirs publics se doivent de prendre conscience que les microentreprises et petites entreprises ne sont pas de simples modèles réduits des grandes. Ce présupposé s’est révélé faux et représente l’une des principales raisons qui ont créé une «inadéquation des compétences» entre celles fournies par l’enseignement et celles demandées dans le monde du travail.

1.4.

Il est nécessaire d’élaborer de nouvelles formes d’EFPC et de qualifications professionnelles à l’intention des microentreprises et petites entreprises, en se fondant sur les données concrètes recueillies à propos des tâches qui y sont véritablement effectuées.

1.5.

Pour les entreprises des zones rurales, la formation doit être dispensée à l’échelon local, par le recours aux technologies de l’information et de la communication et aux autres dispositifs de diffusion à haut débit. À cette fin, l’accès universel, dans les régions rurales et reculées, aux services de téléphonie mobile et fixe utilisant le haut débit rapide doit être traité comme une problématique relevant des «infrastructures essentielles». Il serait donc inadmissible que les lois européennes de la concurrence empêchent les pouvoirs publics nationaux ou régionaux de déployer le haut débit rapide dans les zones rurales.

1.6.

Les pouvoirs publics nationaux et locaux doivent se rendre compte qu’investir dans le développement des microentreprises, des firmes familiales et des petites sociétés qui sont implantées dans des zones rurales ou reculées constitue un bon investissement à long terme, qui contribuera à arrêter l’exode de leur population, réduira la pression exercée sur les services publics des villes et des grandes agglomérations, restaurera la viabilité économique des communautés locales et favorisera la préservation de l’environnement rural.

1.7.

Le soutien financier de longue durée que les gouvernements nationaux ou régionaux octroieront aux groupes locaux aidera à coordonner le processus de définition et de satisfaction des besoins locaux. Cette assistance sera également utile pour amener les communautés locales à se saisir directement des problématiques de l’exode rural, tandis que le soutien financier procédant des Fonds structurels, notamment le Fonds social européen, devrait donner la possibilité de dispenser la formation professionnelle continue correspondant aux besoins des acteurs concernés.

2. Contexte

2.1.

Le présent avis a pour visée d’attirer l’attention sur la nécessité de développer un meilleur dispositif d’enseignement et de formation continus et de développement professionnel continu dans les zones rurales, en particulier montagneuses ou insulaires (RM&I).

2.2.

Le Cedefop définit l’EFPC comme suit (1): «Toute activité d’enseignement ou de formation entreprise après la sortie du système d’enseignement ou de formation initiaux, ou après l’entrée dans la vie active, et permettant aux individus: d’améliorer ou de mettre à jour leurs savoirs et/ou compétences; d’acquérir de nouvelles compétences, dans la perspective d’une promotion socioprofessionnelle ou d’un reclassement/d’une reconversion; de poursuivre leur développement personnel ou professionnel. La formation et l’enseignement continus s’inscrivent dans le cadre de l’apprentissage tout au long de la vie, et englobent toutes les formes d’éducation (enseignement général, spécialisé ou professionnel, actions de formation formelles ou non formelles, etc.). La formation et l’enseignement continus constituent un facteur clé de l’employabilité des individus.»

2.3.

Plusieurs avis du CESE (2) consacrés à l’agriculture, ainsi que diverses réunions publiques, ont mis en évidence les problèmes liés à l’EFPC dans les régions rurales et reculées. Le présent avis tente de fournir une synthèse et des propositions pour remédier à certaines des principales difficultés qui se posent.

2.4.

Les zones RM&I diffèrent considérablement les unes des autres dans l’ensemble de l’Union européenne. À côté de régions extrêmement prospères, où le taux de chômage est faible et la croissance solide, il en existe d’autres qui sont affectées par des problèmes économiques de plus en plus graves, l’exode de leurs habitants et le vieillissement démographique. En outre, il n’est pas toujours possible d’y avoir accès à une offre d’enseignement et de formation professionnels qui soit située à des distances raisonnables.

2.5.

Les niveaux de vie s’étant améliorés dans les villes, de nombreux jeunes originaires des zones RM&I ont émigré, enclenchant une spirale de déclin économique et social qui ne fait que s’accélérer à mesure que l’émigration prend de l’ampleur. Cette saignée démographique débouche sur une réduction de la masse monétaire en circulation dans la communauté, qui, par ricochet, affecte la viabilité des entreprises, commerces et lignes de transport du cru. Le phénomène s’aggrave encore lorsque les services médicaux, les banques, les écoles et autres infrastructures finissent à leur tour par fermer leurs portes.

2.6.

C’est des zones RM&I d’Europe que provient la majeure partie de nos aliments et matières premières produits localement et elles offrent également un espace où les citoyens peuvent se reposer et se détendre, pratiquer des sports et d’autres activités. Or, s’il n’y a plus d’employés locaux compétents et bien formés pour exploiter les fermes, les forêts, les carrières, les hôtels, les entreprises d’artisanat, bon nombre de ces biens et services cesseront d’exister.

2.7.

Une des questions essentielles dans ce domaine est que les entreprises soient à même de fonctionner dans ces environnements difficiles; les employeurs ont besoin de disposer d’une main-d’œuvre compétente et bien formée pour y parvenir. À cette fin, il convient de renforcer la coopération avec les employeurs et avec les écoles, établissements d’enseignement technique et universités qui existent localement.

2.8.

Les régions sont l’échelon auquel se noue et se déploie le mieux la coopération entre les centres de formation et les entreprises. Les autorités à tous les niveaux doivent envisager dûment et expressément de mettre en place et développer l’EFPC dans les zones rurales et périphériques ou celles à faible densité de population, mission qui implique de réaliser des investissements suffisants mais aussi de dispenser aide, encouragements et soutiens pour les initiatives locales qui promeuvent la coopération entre les centres de formation et les entreprises.

2.9.

Comme le CESE l’a déjà souligné à plusieurs reprises, il y a lieu de mettre en place des services personnalisés d’orientation professionnelle (3).

2.10.

L’accès à l’EFPC revêt une importance capitale pour développer les emplois d’indépendants et une main-d’œuvre qualifiée. Malheureusement, les structures de formation professionnelle sont implantées pour la plupart dans des zones à forte population, de sorte que les personnes en formation issues des zones RM&I se trouvent désavantagées, en raison des longues distances qu’elles doivent parcourir pour rejoindre ces centres. Le plus souvent, cette configuration leur impose un surcroît de dépenses et induit de gros inconvénients, en particulier si les cours qu’elles suivent sont de brève durée ou se donnent en alternance.

2.11.

Si divers pays de l’Union européenne reconnaissent qu’il est problématique d’implanter les formations dans les zones RM&I, on déplorera que, bien souvent, les dispositifs choisis pour faire face à ce problème reposent essentiellement sur des «approches urbaines», qui sont inadaptées aux zones concernées.

2.12.

Dans l’ensemble de l’Europe, les systèmes d’enseignement varient énormément d’un État membre à l’autre, certains les organisant de façon centralisée tandis que d’autres le font à l’échelon fédéral, en confiant cette responsabilité à leurs régions, tant et si bien qu’une «solution européenne» est difficilement concevable. Toutefois, si les solutions peuvent varier, il est toujours utile de recenser les problèmes communément rencontrés et de rechercher des solutions communes, qui ouvrent la possibilité d’un apprentissage mutuel au départ de bonnes pratiques. Le CESE souligne que, à ses yeux, le système de formation en alternance constitue une démarche qui a largement fait ses preuves, caractérisée par des responsabilités assumées conjointement par l’école et l’entreprise formatrice, ainsi que par la participation des partenaires sociaux.

2.13.

L’EFPC en milieu rural peut proposer des formations spécialisées dans certains domaines qui sont directement liés aux activités économiques rurales et à leurs caractéristiques physiques, notamment la pêche, la sylviculture, l’environnement ou l’agriculture, pour ne citer qu’eux. Ces filières formant des spécialistes devraient répondre aux normes de qualité requises pour qu’elles deviennent un outil qui attire des candidats et procurent une qualification adéquate à ceux qui les achèvent, contribuant ainsi à la relance socio-économique locale.

3. Le point de vue des petites entreprises

3.1.

Les établissements d’enseignement qui dispensent les formations ne comprennent pas toujours la problématique de l’emploi dans les microentreprises et petites entreprises. La plupart des programmes d’enseignement et de formation professionnels ont été créés afin de répondre aux impératifs des moyennes et grandes entreprises, qui structurent leurs activités entre différents services et recrutent leurs salariés pour se former à un emploi précis. Une activité de ce type, ressortissant à la production industrielle de masse, présuppose que toute personne réalise des tâches bien définies, qu’elle exécute des procédures susceptibles d’être évaluées facilement et que chaque qualification soit associée à un poste spécifique.

3.2.

À l’opposé, la plupart des microentreprises et petites entreprises ont besoin de salariés qui fassent preuve de polyvalence et de flexibilité. Plutôt que d’être affectés à la réalisation d’un travail déterminé, ils travaillent au sein de petites équipes qui assument collectivement toutes les tâches nécessaires pour assurer la bonne marche de leurs entreprises. Ces employés de ces entreprises doivent dès lors effectuer des tâches qui, dans les firmes plus importantes, seraient assumées par des salariés occupant des postes aux intitulés distincts.

3.3.

Les établissements d’enseignement qui ont un enracinement urbain ne comprennent pas toujours ce mode de fonctionnement. Reconnaître le problème ainsi posé aiderait les enseignants à comprendre comment les microentreprises et petites entreprises exercent leurs activités et à saisir les raisons pour lesquelles les formations et qualifications actuelles, ciblées sur des «métiers», ne sont pas adaptées à la manière dont fonctionnent ces entreprises. Une telle reconnaissance aiderait également les petites entreprises à développer et à soutenir un enseignement et une formation en interne, à partir des tâches qu’elles effectuent.

3.4.

Par ailleurs, bon nombre de microentreprises et petites entreprises répondent à des demandes diversifiées de la part des consommateurs, de sorte qu’elles doivent souvent imaginer des solutions novatrices au cas par cas. Une petite entreprise de mécanique, par exemple, aura besoin de compétences pratiques pour «réparer et réutiliser», cette approche se démarquant de celle de la plupart des grandes firmes, qui ne procèdent pas à des réparations mais se contentent d’«enlever et remplacer», en retournant au fabricant la pièce qui est brisée. Ce simple exemple suffit à expliquer pourquoi les salariés des petites entreprises ont besoin de compétences supplémentaires qui ne sont pas requises dans les grandes entreprises. C’est pour cette raison que nous sommes confrontés à des «inadéquations de compétences» et que les microentreprises et petites entreprises européennes sont si nombreuses à récuser les dispositifs actuels d’éducation et de formation professionnelles et de qualifications professionnelles qui ont été développés pour les secteurs auxquels elles se rattachent.

3.5.

En matière de processus et de compétences, des difficultés similaires ont été relevées par des microentreprises et des petites et moyennes entreprises du domaine de l’ingénierie, de l’architecture, de l’agriculture, du bâtiment et de la sylviculture, ainsi que dans une foule d’autres activités.

3.6.

Les entreprises familiales présentent également des problèmes distincts, car les propres fils et filles des fondateurs y déclenchent souvent les changements et y occupent à la fois des fonctions de stagiaires et de dirigeants en suffisant. Dans ces firmes, la formation de ces successeurs débute à un stade nettement plus précoce que dans le cas d’un salarié d’une grande société.

4. Le point de vue des petites entreprises rurales

4.1.

La formation des salariés, nouveaux et anciens, est particulièrement problématique lorsqu’ils doivent se rendre dans des centres de formation technique qui sont éloignés de leur lieu de travail. Si les déplacements qu’elle induit deviennent excessivement longs, bon nombre de patrons de microentreprises et petites entreprises considéreront que former leurs travailleurs représente une perte de temps.

4.2.

Les microentreprises et petites entreprises reconnaissent que l’apprentissage tout au long de la vie et la validation des compétences et qualifications obtenues par l’apprentissage non formel et informel (4) s’avèrent utiles pour aider les travailleurs et les entreprises à développer des technologies et à leur faire une plus large place. La plupart des supports didactiques pour cet apprentissage sont disponibles en ligne, grâce à la possibilité qui est donnée d’accéder aux vidéos de formation, aux manuels, aux démonstrations chargées sur l’internet, aux cours de formation électronique et à d’autres programmes pour apprendre à distance, en ligne. Malheureusement, ces programmes d’apprentissage sont souvent d’accès difficile dans les zones RM&I, du fait des très faibles débits de la large bande (compris entre 0,4 et 1,5 mbps) (5).

4.3.

L’éloignement par rapport aux centres de formation peut être moins dissuasif dès lors que les cours concernés sont de haute qualité et que le transport est bien organisé et donne lieu au remboursement des frais de déplacement mais un tel cas de figure ne répond pas aux principales difficultés sur lesquelles butent la majorité des personnes en formation dans les zones RM&I.

5. L’effet de communauté locale

5.1.

L’EFPC est un facteur spécifique à prendre en compte en ce qui concerne le développement économique et social (stratégie Europe 2020). Elle représente aussi un élément qui contribue à la cohésion territoriale et sociale au sein de l’Union européenne.

5.2.

Rendre les infrastructures locales disponibles à l’utilisation dans une optique d’intérêt général aiderait les communautés des zones RM&I à proposer une formation professionnelle adaptée. Les pouvoirs publics devraient se concentrer sur l’élimination des obstacles qui barrent la route aux initiatives locales visant à répondre à des besoins reconnus en matière d’EFPC. Une coopération plus étroite et une meilleure compréhension des défis, tant de la part des pouvoirs locaux que des acteurs à l’origine des projets, contribuerait à leur trouver des solutions constructives.

5.3.

Les pouvoirs publics peuvent recourir à la possibilité de décentraliser certains services dans les zones rurales, de façon à donner des atouts aux communautés locales (6).

5.4.

Plusieurs des exposés qui ont été présentés lors de l’audition organisée sur le thème «Développement et formation professionnels dans les zones rurales» (7) ont souligné qu’il importait que les communautés locales se saisissent elles-mêmes de leurs problèmes et y trouvent leurs propres solutions. Ce constat a également amené à évoquer d’autres problématiques connexes et montré de manière claire que l’amélioration de l’EFPC devait s’inscrire dans un dispositif nettement plus vaste, qui s’attaque de front à tout un faisceau de problèmes rencontrés par la collectivité.

5.5.

Il est capital que toutes les parties prenantes intéressées coopèrent. Pour introduire la formation professionnelle dans ces communautés, il est nécessaire d’y fédérer l’ensemble des entreprises locales, des écoles, de leurs personnels enseignant et non enseignant, de leurs élèves et étudiants, de leurs familles, des chômeurs, des salariés, des organisations de la société civile et des bénévoles et de faire la synthèse des besoins collectifs à long terme. Il a été noté, en particulier, qu’un élément essentiel consiste en ce que la population locale s’émancipe pour que certains de ses membres deviennent des «moteurs» du changement, de manière que les communautés puissent acquérir la capacité de développer leurs propres solutions.

5.6.

Parmi les éléments relevés dans la catégorie des problèmes auxquels il y a lieu de faire face figure la nécessité d’enclencher un élan de volonté politique au niveau des pouvoirs publics locaux, régionaux et nationaux, afin de garantir que les communautés concernées bénéficient d’un soutien à long terme, tant sur le plan financier que pour les infrastructures.

5.7.

Il a été établi que les communications utilisant la téléphonie à haut débit, qu’elle soit mobile ou fixe, constituent un moyen précieux de développer l’enseignement et la formation professionnels et, en particulier, les compétences en matière de technologies de l’information et de la communication, qui sont en train de devenir un paramètre crucial dans la sphère tant professionnelle que domestique. Des connaissances et compétences numériques sont nécessaires pour assurer l’utilisation des équipements et l’accès aux services. Ces aptitudes se situent aujourd’hui au cœur même de l’activité économique et sociale de tout un chacun et il conviendrait dès lors qu’elles s’étendent à l’ensemble des niveaux et formes d’enseignement, de l’école primaire à la formation des adultes (8). Les politiques qui sont menées devraient également tenir compte des caractéristiques que présentent les populations locales, du point de vue de la pyramide des âges, du niveau d’éducation et du montant des revenus. L’EFPC en milieu rural peut également utiliser l’éducation ouverte et à distance (apprentissage en ligne ou apprentissage ouvert) afin de compléter les cours en présentiel pour certaines matières ou activités de formation, pour lesquelles la technologie et les connexions doivent être disponibles.

5.8.

L’accès universel au haut débit rapide revêt donc une importance cruciale pour promouvoir la cohésion sociale et territoriale et il convient dès lors de saluer les projets qui envisagent que les possibilités de recours aux Fonds structurels et de développement rural soient étendues au déploiement d’infrastructures à haut débit qui soient commercialement viables. Il est toutefois essentiel que les avantages découlant de ces investissements profitent à la communauté, en ce qu’elle bénéficiera grâce à eux de la fourniture de services de haute qualité (comme des prestations médicales ou la possibilité d’accéder à l’administration locale, pour ne citer que ces deux exemples) et que les coûts supportés par l’utilisateur final enregistreront une baisse significative. Les espaces publics offrant une connexion sans fil gratuite sont également un élément de poids pour développer l’accès universel au haut débit rapide dans les petites villes et les villages.

5.9.

Il est notoire que dispenser les qualifications requises pour vivre et travailler dans les zones RM&I constitue une question complexe, nécessitant une approche intégrée, dont l’impulsion doit venir de chaque communauté locale concernée, comme l’a suggéré Volonteurope à travers sa campagne sur l’isolement des citoyens européens en milieu rural (9). Pour le financement de l’EFPC, les entreprises et communautés locales devraient pouvoir bénéficier d’un soutien adéquat du Fonds social européen et il y a lieu de faciliter les conditions d’accès à ces aides. Il est également primordial que le soutien financier qui lui est octroyé ne repose pas sur des critères exclusivement économiques. Un élément essentiel en la matière réside dans l’accessibilité des fonds disponibles, par exemple, au titre de Leader et du développement local mené par les acteurs locaux (DLAL). Une telle possibilité facilitera l’intervention des groupes d’action locale (GAL), des organisations de la collectivité, ainsi que de la société civile, en leur offrant durablement un cadre opérationnel, des financements, un engagement et une assistance.

5.10.

L’Europe dispose de réseaux de collectivités locales et régionales qui sont mobilisés pour coopérer dans le domaine de la formation professionnelle et de l’apprentissage tout au long de la vie, en l’occurrence la Fondation des régions européennes pour la recherche, l’éducation et la formation (FREREF) et l’Association européenne des autorités régionales et locales pour l’apprentissage tout au long de la vie (EARLALL). L’accès à une formation professionnelle continue qui soit particulièrement axée sur les zones rurales devrait également être assumé par ces réseaux européens, étant donné que c’est principalement à l’échelon régional qu’il est possible de créer des domaines de coopération et de partenariat entre secteurs concernés, c’est-à-dire entre les collectivités territoriales, les entreprises et les partenaires sociaux, la société civile, les centres d’emploi, de formation et d’orientation professionnelle, etc.

5.11.

Les organisations de la société civile devraient être encouragées à échanger les exemples de bonnes pratiques et d’approches novatrices en rapport avec la problématique de l’isolement rural. Il conviendrait que leurs représentants reçoivent la possibilité de jouer un rôle actif dans les structures de gouvernance des fonds européens qui influent sur le développement rural (Feader, Fonds structurels et d’investissement européens), qu’ils participent réellement à la conception de leurs programmes et à la supervision de leurs comités de suivi au niveau national et qu’ils fassent participer les groupes locaux et les catégories vulnérables à l’élaboration et à la mise en œuvre de projets. En matière de formation assumée par des organisations non gouvernementales, un excellent exemple est celui fourni par le mouvement populaire d’éducation supérieure Grundtvig (10) qui, lancé au XIXe siècle au Danemark, s’est ensuite diffusé avec beaucoup de succès dans d’autres pays. Par ailleurs, les représentants des organisations de la société civile devraient informer la Commission européenne des mauvaises pratiques des États membres, de manière à garantir que les gouvernements assument l’obligation qui leur incombe de consulter et de mobiliser un large éventail de parties prenantes, notamment au niveau local, pour concevoir, exécuter et évaluer les programmes européens.

5.12.

Le CESE demande que la garantie de l’Union européenne pour la jeunesse soit utilisée afin de promouvoir l’éducation et la formation des jeunes générations dans les zones rurales. Les concours de l’Union devraient être tout particulièrement orientés vers des mécanismes grâce auxquels il sera possible d’encourager le transfert d’expériences concluantes et novatrices et de les mettre en pratique.

6. Observations complémentaires

6.1.

Le présent avis s’est avéré aborder un dossier extrêmement complexe. Il eût été possible d’approfondir davantage toute une série de problématiques connexes, telles que le transport, le logement en milieu rural, les services médicaux et sociaux, la stimulation, par des mesures d’incitation fiscale, des entreprises installées à la campagne, le développement du tourisme, ou nombre d’autres idées encore, qui ont été abordées lors des débats du groupe d’étude ou de l’audition.

6.2.

Nous reconnaissons toutefois que ces questions ne peuvent être examinées dans un seul avis. Nous n’en recommandons pas moins que d’autres leur soient consacrés ultérieurement pour les traiter.

6.3.

Il convient de procéder à des investigations plus approfondies pour comprendre les tâches que doivent réaliser les microentreprises et petites entreprises et la manière dont elles se répartissent, cette structure pouvant à son tour avoir une influence sur la manière de structurer les qualifications dont ces entreprises ont besoin et de proposer les formations nécessaires.

6.4.

Le CESE propose de lancer une étude qui contribue à recenser des solutions aux problèmes soulevés dans le présent avis.

6.5.

Le CESE invite à l’ouverture d’un dialogue interinstitutionnel qui aborderait ces défis et les solutions à mettre en place, avec la participation de plusieurs directions générales de la Commission, de la société civile (CESE), les collectivités territoriales (Comité des régions) et du Cedefop.

Bruxelles, le 8 octobre 2015.

Le Président du Comité économique et social européen

Georges DASSIS


(1) Terminology of European education and training policy — A selection of 130 key terms (Terminologie de la politique européenne d’enseignement et de formation — Une sélection de 130 termes clés), Cedefop, Luxembourg, Office des publications de l’Union européenne, 2014, http://europass.cedefop.europa.eu/fr/education-and-training-glossary.

(2) «Agriculture et artisanat» (JO C 143 du 22.5.2012, p. 35); «Vers un développement territorial plus équilibré dans l’Union européenne» (JO C 214 du 8.7.2014, p. 1); «L’avenir des jeunes agriculteurs en Europe» (JO C 376 du 22.12.2011, p. 19); «Le rôle des femmes dans l’agriculture et dans les zones rurales» (JO C 299 du 4.10.2012, p. 29); «Agriculture dans les zones à handicaps naturels spécifiques» (JO C 318 du 23.12.2006, p. 93); «Agriculture périurbaine» (JO C 74 du 23.3.2005, p. 62).

(3) Paquet «Emploi des jeunes» (JO C 161 du 6.6.2013, p. 67).

(4) «Validation des compétences et qualifications acquises dans le cadre d’apprentissages non formels et informels — La contribution pratique de la société civile organisée», SOC/521, adopté le 16 septembre 2015 (JO C 13 du 15.1.2016, p. 49).

(5) «Ouvrir l’éducation» (JO C 214 du 8.7.2014, p. 31).

(6) Il existe des exemples qui montrent que délocaliser des écoles professionnelles dans des zones rurales et reculées ou y créer de nouveaux établissements, qui peuvent même être des universités, a produit de très bons résultats (on évoquera à cet égard l’université de Corse Pasquale Paoli).

(7) Cette audition s’est déroulée au siège du CESE, à Bruxelles, le 28 janvier 2015.

(8) «Vers une économie de la donnée prospère» (JO C 242 du 23.7.2015, p. 61).

(9) Voir: http://www.volonteurope.eu/wp-content/uploads/2014/12/Briefing-Rural-Isolation-Final-Layout.pdf

(10) Le nom de Grundtvig a également été donné à un programme de financement européen dans le cadre du programme de la Commission européenne pour l’éducation et la formation tout au long de la vie couvrant la période 2007-2013, qui vise à renforcer la dimension européenne de l’éducation des adultes et l’apprentissage tout au long de la vie dans l’ensemble de l’Europe.


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