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AccueilDroit européen52014IR6248
Initiative législative52014IR6248

Avis du Comité européen des régions — Résultats des négociations portant sur les accords de partenariat et les programmes opérationnels

CELEX52014IR6248
TypeInitiative législative
Datejeudi 9 juillet 2015

Résumé IA

Cet avis du Comité européen des régions évalue les résultats des négociations entre la Commission européenne et les États membres concernant les accords de partenariat et les programmes opérationnels pour la période de programmation 2014-2020. Il souligne les défis rencontrés, notamment en matière de concentration thématique et de conditionnalités, et formule des recommandations pour améliorer la mise en œuvre de la politique de cohésion. Pour un professionnel du droit français, ce texte éclaire les enjeux pratiques de la gestion des fonds structurels et d'investissement européens au niveau régional.

Texte intégral

22.9.2015

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 313/31


Avis du Comité européen des régions — Résultats des négociations portant sur les accords de partenariat et les programmes opérationnels

(2015/C 313/08)

Rapporteur:

Ivan ŽAGAR (Slovénie/PPE)

Maire de Slovenska Bistrica

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS,

Évaluation générale et objectifs du présent avis

1.

insiste sur le fait que le présent avis vise à évaluer les accords de partenariat et programmes opérationnels du point de vue des bénéficiaires des collectivités locales et régionales;

2.

souligne le rôle fondamental de la politique de cohésion pour atteindre l’objectif de cohésion économique, sociale et territoriale inscrit dans les traités en «réduisant l’écart entre les niveaux de développement des diverses régions et le retard des régions les moins favorisées». D’une manière générale, les Fonds structurels et d’investissement sont en fait les principaux instruments de l’Union européenne permettant de promouvoir un développement général harmonieux dans tous les États membres;

3.

relève que la politique de cohésion a depuis ses origines contribué à la réduction des disparités entre les régions européennes et au sein de celles-ci et que, depuis les débuts en 2008 de la crise économique actuelle, elle a permis de contenir ses effets en termes de cohésion. Toutefois, d’importants déséquilibres, aggravés par la crise actuelle, subsistent. La future politique de cohésion doit disposer des moyens pour atténuer encore ces disparités. Comme le prévoit l’article 96, paragraphe 2, point a), du règlement portant dispositions communes (RDC), les objectifs stratégiques doivent être fondés sur les besoins des régions, villes et communes en matière de développement social et économique;

4.

constate que la politique de cohésion a été sensiblement modifiée depuis sa réforme en 2013. Le Comité se réjouit du fait que la réforme a renforcé le lien avec les priorités de l’Union européenne (davantage de synergies entre la politique de cohésion et la stratégie Europe 2020). De nouvelles méthodes de mise en œuvre, de nouveaux instruments et une attention accrue portée à l’efficacité, à l’efficience et aux résultats ont notamment été introduits dans la nouvelle période de programmation 2014-2020. Le Comité des régions (CdR) s’intéresse à la manière dont l’efficacité, l’efficience et l’impact des Fonds structurels et d’investissement européens (FSIE) peuvent être optimisés dans la pratique;

5.

réaffirme, en conjonction avec le processus de réexamen à mi-parcours de la stratégie Europe 2020, l’importance d’un lien direct et fonctionnel entre la nouvelle stratégie et la politique de cohésion et, dans ce cadre, la nécessité d’une forte dimension territoriale et d’un véritable partenariat en tant que principaux critères de référence pour l’appropriation du processus de réforme par tous les niveaux institutionnels et pour la sélection des politiques et des interventions;

6.

voit néanmoins déjà un motif de préoccupation dans le fait que les règles adoptées par la Commission pour la mise en œuvre de la politique de cohésion ne tiennent toujours pas compte de l’objectif de réduction des contraintes administratives et de contrôle. Le CdR demande dès lors à la Commission de renoncer, lors de la poursuite de l’organisation des systèmes de gestion et de contrôle et de la réalisation de l’audit, à prendre d’autres mesures qui soient susceptibles d’accroître plus encore la charge administrative pesant sur les administrateurs et les bénéficiaires des États membres et d’affaiblir le rôle que peuvent jouer les Fonds structurels et d’investissement européens dans la réalisation des objectifs de la stratégie Europe 2020;

7.

observe que les liens entre la politique de cohésion et d’autres politiques et initiatives de l’Union européenne (politique de développement rural, Horizon 2020, mécanisme pour l’interconnexion en Europe, etc.) ont également été renforcés. Le Comité est d’avis que des mesures supplémentaires auraient dû être prises pour garantir un meilleur alignement de toutes les politiques et de tous les fonds de l’Union européenne ayant un impact territorial et espère que cette approche pourra avoir une incidence positive sur le développement des régions;

8.

se réjouit que les priorités du Fonds européen de développement régional, du Fonds social européen, du Fonds européen agricole pour le développement rural et du Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche se soient adaptées mutuellement les unes aux autres en créant un cadre stratégique commun. Ces priorités sont exprimées dans chaque État membre au moyen d’un accord de partenariat commun à l’ensemble de ces fonds. Il s’agit indubitablement d’une étape très importante en vue d’une plus grande cohérence des politiques. C’est pourquoi le Comité regrette que ces synergies n’aient pas été pleinement exploitées au moment de l’élaboration des programmes opérationnels aux échelons national, régional et local. Le programme de développement rural doit être avant tout plus clairement coordonné avec le Fonds européen de développement régional, étant donné que le développement rural fait partie intégrante du travail de développement régional;

9.

convient que la stratégie d’investissement au sein des accords de partenariat et des programmes opérationnels devrait également être globale et cohérente avec les programmes nationaux de réforme et qu’elle devrait porter sur les réformes décrites dans les recommandations par pays du Semestre européen. En période de crise économique et de restrictions budgétaires, la coordination entre le budget de l’Union européenne et les budgets nationaux est essentielle pour améliorer la gouvernance économique, la transparence et l’utilisation rationnelle des dépenses publiques;

10.

réaffirme que le plan d’investissement pour l’Europe, première nouvelle initiative fondamentale de la Commission Juncker, souligne le potentiel de la politique de cohésion en matière de promotion de la croissance et de l’emploi en Europe, mais il convient de souligner que le plan d’investissement et les politiques relatives aux Fonds structurels et d’investissement européens (cohésion mais aussi développement rural, pêche, etc.), qui ciblent des niveaux politiques et institutionnels différents, doivent se renforcer mutuellement, notamment pour ce qui est des ressources. Le plan d’investissement pour l’Europe doit compléter les programmes existants de l’Union européenne et les activités traditionnelles de la Banque européenne d’investissement, étant entendu qu’il importe que les ressources allouées aux Fonds structurels ne soient pas reversées automatiquement dans ledit plan;

11.

note que la planification stratégique est essentielle à la bonne mise en œuvre de la politique de cohésion. À cet égard, les éléments stratégiques les plus importants de la politique de cohésion sont les accords de partenariat et les programmes opérationnels, car ils définissent dans les grandes lignes la manière dont les Fonds structurels et d’investissement doivent être dépensés dans un État membre ou une région donnés. Le Comité déplore que l’adoption tardive du paquet législatif relatif à la politique de cohésion ainsi que la compression et la sous-estimation des délais accordés aux États membres et aux collectivités territoriales pour une programmation très complexe (instruments, niveaux et thèmes multiples) lors de l’adoption des accords de partenariat et des programmes opérationnels aient donné lieu à une approche de partenariat purement superficielle et retardé le début de la nouvelle période de programmation. Le Comité regrette que n’ait pas été créée une méthode (ou des méthodes) claire et uniforme aux fins de l’élaboration des accords de partenariat, qui viserait à en accomplir les objectifs. Du fait de l’inexistence d’une telle méthode, les États membres ont abordé chacun l’élaboration de leurs accords de partenariat de manière tout à fait individuelle, de sorte qu’ils ne peuvent pas être comparés et qu’il sera également difficile de procéder à leur comparaison dans le cadre de leur mise en œuvre, en particulier pour ce qui est de la réalisation des investissements territoriaux intégrés, du point de vue de l’utilisation effective et de la structure adéquate d’exécution et de gestion. Le Comité propose, pour la période 2014-2020 de la politique de développement, d’élaborer une méthode uniforme pour modifier les accords de partenariat;

12.

fait observer que le CdR a mené une vaste enquête en ligne, qui soutient les points de vue exprimés dans le présent avis (1);

13.

demande à la Commission européenne de prendre en considération l’avis des collectivités locales et régionales, exprimé dans les points suivants du présent avis, au moment d’élaborer son rapport sur les résultats des négociations relatives aux accords de partenariat et aux programmes opérationnels d’ici la fin de 2015;

14.

rappelle les principes et les objectifs communs consacrés dans la charte pour la gouvernance à multiniveaux en Europe adoptée par le Comité des régions le 3 avril 2014 afin de promouvoir une coopération politique et administrative innovante et efficace entre les acteurs institutionnels et de développer la participation démocratique des citoyens aux processus européens ainsi qu’une plus grande cohésion économique, sociale et territoriale;

Gouvernance et partenariat à plusieurs niveaux

15.

se félicite que la réforme de la politique de cohésion ait renforcé les dispositions en matière de partenariat. L’article 5 du règlement portant dispositions communes prévoit désormais que, «pour l’accord de partenariat et pour chaque programme, chaque État membre organise, dans le respect de son cadre institutionnel et juridique, un partenariat avec les autorités locales et régionales compétentes». La Commission a par ailleurs adopté un acte délégué, le code de conduite européen sur le partenariat, qui explique dans les grandes lignes comment appliquer le principe de partenariat et dont le CdR se réjouit particulièrement, s’agissant du tout premier acte législatif européen exécutoire portant sur la gouvernance à multiniveaux;

16.

la qualité des partenariats dans le cadre des Fonds européens revêt une importance cruciale et le CdR espère que les réels besoins décelés aux niveaux régional et local seront pris en compte dans les accords de partenariat et les programmes opérationnels;

17.

souligne qu’un partenariat efficace et fonctionnel est synonyme de mesures mieux enracinées et plus efficientes, répondant aux conditions et aux besoins à tous les niveaux de la société. Par extension, cela conduit également à une utilisation plus efficace des fonds. Dans les pays où le partenariat n’a pas été établi comme il se doit et est purement superficiel, la Commission européenne devrait également apporter son aide pour examiner les mécanismes qui permettraient de remettre le partenariat sur la bonne voie, en évitant toute complexité et toute charge administrative excessive et disproportionnée susceptibles de retarder davantage la mise en œuvre des Fonds ESI sur le territoire de l’Union européenne;

18.

souligne que le principe de partenariat est non pas un concept creux, mais une condition préalable au succès de la politique de cohésion, notamment du fait que les compétences «de facto» sont réparties entre trois niveaux de pouvoir au moins (UE, États membres et collectivités régionales/locales). En fait, de bonnes pratiques concernant le principe de partenariat permettent:

—

un recensement des besoins réels et spécifiques des villes, communes et régions d’Europe, ainsi que des bénéficiaires finaux des interventions, s’appuyant sur la contribution des acteurs de terrain,

—

un potentiel de développement des municipalités et des régions susceptible d’être repéré et mis en valeur par des interventions ciblées,

—

le développement conjoint de solutions réalisables et acceptables,

—

une meilleure mise en œuvre, toutes les parties prenantes poursuivant des objectifs communs et partageant les responsabilités et les tâches,

—

une réduction du nombre d’erreurs dès lors que les acteurs concernés comprennent la logique qui sous-tend les procédures,

—

des résultats mesurables, durables et de meilleure qualité, obtenus de manière plus efficace;

—

une conception des interventions de meilleure qualité,

—

la répartition des charges financières,

—

la possibilité de mettre en œuvre des projets plus larges, multirégionaux;

19.

souligne que la bonne application du principe de partenariat contribue à renforcer l’efficacité des dépenses de l’Union européenne et renvoie à l’analyse de la Cour des comptes européenne selon laquelle «l’efficacité des dépenses de l’Union européenne est amoindrie par une évaluation inadéquate des besoins, des objectifs flous ou incompatibles — voire contradictoires — avec les priorités fixées, et des procédures de sélection inadéquates qui ne donnent pas la priorité aux projets promettant un impact maximal». Un véritable partenariat permettrait de remédier à l’ensemble de ces lacunes;

20.

s’inquiète du fait que le principe de partenariat ne peut pas être appliqué correctement dans tous les États membres. Les négociations relatives aux accords de partenariat et aux programmes opérationnels ont montré que, si les collectivités locales et régionales sont consultées dans la plupart des cas, leur participation ne correspond pas à un partenariat complet tel que défini dans le code de conduite européen sur le partenariat. En réalité, le Comité regrette que les collectivités locales et régionales aient rarement été suffisamment associées à l’élaboration des accords de partenariat et programmes opérationnels, leur rôle étant souvent davantage celui d’une partie prenante que d’un partenaire (2). La Commission européenne devrait contribuer à examiner des mécanismes de partenariat et les délais de discussion nécessaires avec les structures institutionnelles à plusieurs niveaux, afin de permettre des dialogues plus approfondis et informés dans le cadre de procédures de même longueur, en rééquilibrant les délais d’adoption au niveau européen et ceux accordés à l’échelon national pour la présentation des programmes;

21.

déplore que n’ait pas été clairement définie, dès avant l’élaboration et l’adoption des accords de partenariat, une méthode de réalisation des investissements territoriaux intégrés (ITI); de ce fait, chaque État a abordé ces derniers, pour autant qu’il l’ait fait, de manière complètement différente; dans le cas où un accord de partenariat prévoit de recourir à l’instrument de l’ITI, les concepteurs des différents ITI sont toutefois sans cesse confrontés à des ambiguïtés tant au niveau de l’État membre qu’à celui de la Commission européenne; dans de nombreux cas, cette situation se double d’une forte réticence des différentes autorités de gestion à l’idée même d’intégrer les ITI dans leurs programmes opérationnels; demande donc à la Commission européenne de veiller, dans les États qui ont décidé de recourir à l’instrument des ITI, à en permettre la réalisation dans tous les programmes opérationnels, et ce de manière appropriée, et de faire en sorte que soient mises en place d’urgence les structures adéquates d’exécution et de gestion afin qu’il soit possible de tirer réellement parti des ITI et de susciter des synergies;

22.

déplore que n’aient été clairement définies, dès avant l’élaboration et l’adoption des accords de partenariat, ni l’ampleur, ni la visée, ni la méthode d’application de la dimension territoriale; c’est la raison principale qui explique que chaque État aborde l’élaboration de la dimension territoriale de manière tout à fait différente et à des degrés extrêmement divers; l’on réduit ainsi considérablement l’effet que l’application de la dimension territoriale à l’échelle de l’Europe pourrait avoir non seulement sur la réalisation de la stratégie Europe 2020, mais aussi sur le développement de l’Union européenne en général;

23.

demande à la Commission européenne de prévoir la possibilité pour les collectivités locales et régionales d’élaborer leurs propres accords de partenariat «régionaux» en tant que partie intégrante de l’accord de partenariat général conclu au niveau national. Ce faisant, la Commission assurera la pleine reconnaissance de l’article 4 du traité sur l’Union européenne (TUE) qui garantit le respect de l’ordre constitutionnel interne des États membres, tout en donnant un maximum d’effet au principe de subsidiarité;

24.

demande à la Commission européenne de s’exprimer d’une seule voix lors des négociations sur les accords de partenariat et programmes opérationnels et constate à cet égard que plusieurs collectivités locales et régionales se sont plaintes du fait qu’au cours des négociations, divers services de la Commission européenne ont exprimé des exigences différentes, et parfois contradictoires, non justifiées par des obligations véritables et concrètes et/ou par la législation existante. Le Comité invite également la Commission à associer aux négociations, à un stade précoce, les collectivités locales et régionales, lesquelles sont chargées d’élaborer et de mettre en œuvre une part importante des programmes, ainsi qu’à fournir une interprétation claire et uniforme des dispositions essentielles du règlement dès le tout début des travaux d’élaboration des programmes opérationnels. L’arrivée tardive des observations de la Commission sur les propositions de programmes qui ont été soumises, ainsi que de la brièveté des délais accordés pour mettre ces propositions à jour, ont également nui à leur appropriation politique aux niveaux local et régional;

25.

souligne que de bonnes pratiques concernant le principe de partenariat nécessitent un bon état d’esprit et une bonne culture administrative plutôt qu’une obligation imposée par la loi. L’écart entre l’esprit de la loi et le contexte dans lequel il convient de l’appliquer débouche sur des pratiques se résumant à «cocher des cases» (3), ce qui nuit à l’objectif de qualité et d’efficacité de la programmation et le transforme en pure charge administrative retardant la mise en œuvre des fonds sur le territoire de l’Union européenne;

26.

considère dès lors que le principe de partenariat pourrait être renforcé si la Commission aidait à réaliser un examen des mécanismes de fonctionnement et un recensement des bonnes pratiques, en évaluant notamment les temps de discussion par rapport à la complexité des institutions et des programmes. Sur ce point, il se félicite de ce que la Commission européenne ait lancé une étude sur le principe de partenariat et qu’elle prévoie d’organiser régulièrement des réunions dans le cadre d’un «dialogue structuré», destinées à débattre de la mise en œuvre du principe de partenariat avec les parties prenantes. Il souligne qu’en sa qualité d’organe représentatif des collectivités locales et régionales, le CdR doit être le principal partenaire stratégique au cours de ce processus;

27.

estime que la Commission devrait examiner en particulier de quelle manière le principe de partenariat et la dimension territoriale sont respectés dans les programmes nationaux élaborés dans le cadre de la politique de cohésion. Dans la plupart des États membres, on observe une tendance à une centralisation plus manifeste de la mise en œuvre de la politique de cohésion, avec la mise en place des programmes nationaux au détriment des programmes régionaux. Il convient de préserver l’objectif principal de la politique de cohésion qui est de réduire les disparités et les déséquilibres régionaux et de favoriser la croissance régionale;

Ressources financières, structure du programme et performance

Ressources financières

28.

souligne que l’échelon infranational était responsable de 55 % du total des investissements publics en 2013 et qu’il joue donc un rôle non négligeable dans la promotion de la croissance économique en Europe. Dans certaines régions, les FSIE sont pour ainsi dire la seule source d’investissement public;

29.

attire l’attention sur le fait que les finances infranationales se trouvent dans une situation difficile étant donné que les collectivités territoriales se trouvent confrontées à des niveaux d’endettement élevés et à des mesures d’austérité imposées par les échelons supérieurs. Le Comité note à cet égard qu’un manque de ressources financières disponibles au niveau infranational a une incidence directe sur la mise en œuvre de la politique de cohésion. Le système de financement à plusieurs niveaux devrait donc être amélioré à l’avenir. Le Comité demande par conséquent que les États membres tirent parti de la souplesse accordée par la Commission et veillent à libérer des contraintes du pacte de stabilité interne la part de cofinancement national obligatoire des interventions financées au titre des Fonds structurels et d’investissement européens;

30.

se félicite par conséquent du fait que, dans la période de programmation 2014-2020, la politique de cohésion permet aux instruments financiers de jouer un rôle plus important et constate que ces instruments, pour peu qu’ils soient mis en œuvre efficacement, peuvent accroître sensiblement l’incidence du financement pour les collectivités locales et les régions, à condition qu’il soit tenu compte de la dimension économique et sociale des investissements;

31.

indique que des difficultés se posent lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre les Fonds structurels au moyen d’instruments financiers. Dans de nombreux cas, la mise en œuvre reste extrêmement complexe et les services compétents de la Commission eux-mêmes n’interprètent pas toujours ces dispositions de façon identique et cohérente, en particulier au cours de la phase de vérification et de contrôle. En dépit des efforts consentis par la Commission européenne pour fournir des orientations, la mise en place d’instruments financiers nécessite encore, dans la plupart des cas, le recours à des bureaux d’études externes, ce qui engendre des coûts supplémentaires;

32.

accueille favorablement le lancement de fi-compass, une nouvelle plate-forme d’information et de conseil pour l’utilisation des instruments financiers au titre des FSIE. Cet instrument devrait contribuer à faciliter et à clarifier la mise en œuvre des instruments financiers;

33.

insiste sur le rôle de la Banque européenne d’investissement (BEI), dont les prêts en faveur de programmes structurels peuvent constituer un excellent moyen de mobiliser des ressources financières pour des projets viables d’une taille critique dans le cadre d’un programme opérationnel donné. Malheureusement, les possibilités qu’offre cette source de financement ne sont pas suffisamment reconnues à tous les niveaux (4). Le Comité signale par ailleurs que les collectivités locales ne peuvent actuellement tirer pleinement profit de ces possibilités en raison de l’extrême complexité des procédures d’accès à ces prêts et de leur fonctionnement. Il demande dès lors que les règles régissant les prêts en faveur des programmes structurels soient simplifiées;

Structure du programme

34.

constate qu’une plus forte concentration thématique est l’une des réformes clés de la politique de cohésion pour la période 2014-2020. La concentration thématique vise à concentrer les fonds sur un nombre limité de secteurs thématiques afin d’atteindre une masse critique et d’avoir un véritable impact. Étant donné que les objectifs thématiques prédéfinis déterminent ce à quoi les FSIE peuvent être consacrés, les dispositions relatives à la concentration thématique ont un impact significatif sur la structure des accords de partenariat et des programmes opérationnels;

35.

attire l’attention sur le fait qu’en raison de disparités intrarégionales, il pourrait s’avérer encore nécessaire, même dans les régions les plus développées, d’investir dans des infrastructures offrant des services de base dans les domaines de l’environnement, des transports, des technologies de l’information et de la communication (TIC), des services sociaux et de santé et de l’enseignement;

36.

se félicite qu’une plus grande flexibilité ait été introduite par l’intermédiaire de nouveaux instruments tels que le développement local mené par les acteurs locaux (CLLD) et les ITI, qui permettent le recours à des programmes multifonds et la mise en œuvre de projets innovants. S’il se réjouit qu’en théorie de nombreux pays et régions envisagent de recourir à cet instrument, le Comité s’inquiète du fait que les différences réglementaires entre les fonds, associées à la réticence des autorités de gestion à déléguer à l’échelon local, continuent de limiter le potentiel de ces nouveaux instruments en faveur d’un développement territorial intégré;

37.

attire l’attention sur le fait que la combinaison de différentes sources de financement et de différents instruments pour un même projet ne peut offrir des avantages significatifs que si les exigences en matière d’établissement de rapports et d’éligibilité sont identiques, afin de rendre l’intégration opérationnelle en réduisant les erreurs de mise en œuvre et les coûts induits par la gestion de procédures administratives supplémentaires;

38.

note que dans certains États membres, les nouveaux outils ont été accueillis avec scepticisme et ne seront pas utilisés largement là où ils seraient utiles et que, dans certains cas, l’échelon national a entravé l’utilisation des nouveaux outils par les collectivités locales et régionales; invite dès lors la Commission européenne à approfondir les raisons pour lesquelles ce choix a été exclu dans ces cas précis;

39.

invite la Commission européenne et la BEI à harmoniser leurs exigences administratives et leurs critères d’éligibilité lorsqu’elles accordent un soutien à différents projets transversaux;

Performance

40.

se félicite du fait que la politique de cohésion réformée mette davantage l’accent sur la performance des programmes opérationnels. L’on peut parler de bonne performance lorsque les objectifs sont atteints de manière efficace et dans le respect des règles;

41.

souligne que la bonne performance de la politique de cohésion constitue la préoccupation première de toutes les collectivités locales et régionales dès lors que de bons résultats améliorent sensiblement la qualité de vie dans les régions, les villes et les communes;

42.

précise que les éléments de performance les plus importants devraient être les résultats à long terme menant à la réalisation des objectifs préalablement définis. Ces résultats peuvent correspondre, par exemple, à un taux d’emploi, à un niveau de chômage, à une réduction des embouteillages et de la pollution, etc. À l’inverse, des réalisations telles que le nombre de formations offertes, de kilomètres de routes construits ou de bâtiments rénovés ne sont que des étapes intermédiaires vers l’obtention de résultats et constituent donc des éléments de performance moins importants;

43.

regrette en particulier que la réintroduction de la réserve de performance puisse encourager la définition d’objectifs peu ambitieux de façon à obtenir facilement les ressources supplémentaires issues de cette réserve. Or, le caractère ambitieux ou non des objectifs n’apparaîtra clairement qu’au fur et à mesure de la mise en œuvre. Quoi qu’il en soit, bloquer des ressources financières dans le cadre des programmes opérationnels est une source d’incertitude inutile pour la planification financière et signifie un risque supplémentaire pour la gestion de projets;

44.

qui plus est, la politique de cohésion étant intrinsèquement une politique à long terme, l’accent mis de manière trop rigoureuse sur les indicateurs financiers ou de réalisation à court ou à moyen terme fait obstacle à la réalisation de tous les objectifs à long terme définis lors de la négociation des programmes opérationnels. Le CdR préconise dès lors un nouveau cadre de performance fondé non pas sur les réalisations mais sur les résultats à mettre en œuvre pour la prochaine période de programmation;

45.

par ailleurs, il est regrettable que le cadre de performance rende obligatoire les indicateurs financiers et les indicateurs de réalisation mais que les indicateurs de résultats soient purement facultatifs. Le Comité estime cependant que l’accent sur l’obtention de résultats doit être une composante obligatoire de la planification stratégique de tous les Fonds structurels, qui devrait également être prise en considération dans le cadre de performance;

46.

se félicite à cet égard du fait que la Commission européenne produira des rapports annuels résumant les rapports de mise en œuvre des États membres à partir de 2016 et l’invite à débattre de ces rapports avec les membres du CdR. Le Comité propose que ces rapports intègrent également une analyse des progrès réalisés dans la simplification du système de mise en œuvre;

47.

constate que les indicateurs financiers, tels que le taux d’absorption des fonds, ne sont pas des indicateurs de performance axés sur les résultats. Le CdR invite dès lors instamment la Commission européenne à accorder moins d’importance aux indicateurs financiers dans le cadre de performance;

Simplification des procédures et capacité administrative

Simplification des procédures

48.

constate que, dans le passé, la politique de cohésion a fait l’objet de nombreuses critiques en raison de son système complexe de mise en œuvre. La plupart des autorités de gestion continuent d’estimer que les nouvelles réglementations sont bureaucratiques et complexes. À cet égard, la simplification des règles d’éligibilité, la lutte contre la surréglementation («goldplating») et la priorité accordée aux résultats étaient considérées comme les points les plus importants par les participants à la consultation menée par le CdR;

49.

souligne que la surrèglementation reste une des principales causes de la charge administrative. Cette interprétation nationale excessivement stricte des règles de l’Union, associée au fait que, dans de nombreux États membres, chaque fonds est soumis à des directives ministérielles et administratives distinctes, génère des exigences administratives inutiles, des pratiques de cloisonnement ainsi qu’une charge administrative supplémentaire pour les bénéficiaires et les autorités de gestion, tout en entravant le recours aux instruments de développement territorial intégrés tels que les ITI ou le CLLD;

50.

demande à la Commission européenne de contrôler l’application nationale des règles de l’Union et, en cas de surrèglementation, de convaincre les pouvoirs publics nationaux d’appliquer ces règles de manière moins contraignante. Les cas de surrèglementation devraient être diffusés publiquement pour que chacun puisse en tirer des enseignements;

51.

cela n’enlève rien au fait qu’il existe également de nombreuses possibilités de simplification des règles de l’Union européenne (règlements, actes d’exécution et actes délégués). Le CdR insiste dès lors sur la nécessité de simplifier encore la gestion des projets financés par l’Union européenne. Il conviendrait notamment de prévoir une réduction du délai de remboursement des bénéficiaires, la création d’un ensemble de règles d’audit communes pour les projets, des règles plus simples pour les projets générant leurs propres recettes, des règles cohérentes concernant l’éligibilité des coûts, l’utilisation plus large des coûts simplifiés, un lien plus étroit entre les paiements et les résultats, la cohésion en ligne, le principe du guichet unique pour les bénéficiaires et une approche proportionnée et unifiée de la supervision, une harmonisation des procédures dans le cadre des contrôles de premier niveau des programmes de coopération territoriale et une simplification du contrôle des marchés publics. Le CdR souligne à quel point il importe qu’une assistance technique appropriée soit dispensée aux pouvoirs publics et aux entreprises des échelons local et régional lorsqu’elles sont en quête de réponses et de conseils concernant la législation en vigueur, notamment en matière de marchés publics, et sa bonne utilisation. Le CdR invite instamment la Commission européenne à inclure des représentants des collectivités locales et régionales dans le groupe d’experts de haut niveau chargé de contrôler les activités de simplification à l’intention des bénéficiaires et à mettre ainsi à profit l’expérience des acteurs de terrain en matière de mise en œuvre de projets afin de réduire la charge administrative, d’accroître l’absorption des fonds et d’améliorer l’impact des programmes;

52.

attire l’attention sur les charges disproportionnées qui pèsent sur les collectivités locales et régionales en raison du grand nombre de contrôles non coordonnés, ce qui peut conduire à réfréner l’envie de réaliser des projets européens. Le cas échéant, il serait opportun que cette supervision s’effectue de manière conjointe ou qu’elle fasse l’objet d’une reconnaissance mutuelle par les autres organes compétents. Le CdR propose que les constatations qui sont tirées de cette surveillance ou de ces audits servent également à prévenir les erreurs, de manière que les projets mis à exécution soient d’autant plus fructueux;

53.

invite la Commission, dans ce contexte, à appliquer de manière cohérente au domaine des Fonds structurels et d’investissement européens les approches suivies dans le cadre du programme REFIT et, ce faisant, à se pencher également sur les actes délégués et les actes d’exécution. Il convient en outre de prendre en considération les nombreuses lignes directrices internes de la Commission et le processus conduisant à leur adoption, car ces lignes directrices, bien que juridiquement non contraignantes du point de vue formel, contribuent considérablement à la grande complexité et à la charge administrative élevée qui caractérisent la mise en œuvre des Fonds structurels et d’investissement européens sur le terrain;

54.

est intimement convaincu que des mesures spécifiques sont requises dans l’immédiat pour simplifier les programmes de coopération territoriale. Il convient également d’améliorer la visibilité des programmes et projets européens de coopération territoriale. La complexité est source de retards et d’erreurs qui limitent l’efficacité de la politique de cohésion de l’Union européenne. Des règles plus claires, transparentes et faciles à appliquer créent moins de difficultés, y compris par la suite, lors de la phase de certification des dépenses et des opérations de contrôle et d’audit; il convient en outre que les interventions de contrôle ex post de la Commission européenne soient harmonisées et qu’elles respectent en tout cas les principes de cohérence, de subsidiarité et surtout de proportionnalité;

Capacité administrative

55.

constate que la capacité administrative des collectivités locales et régionales est un élément essentiel de la bonne mise en œuvre de la politique de cohésion, mais qu’elle reste malheureusement insuffisante dans certaines collectivités territoriales;

56.

souligne qu’il existe de nombreuses raisons potentielles à une telle insuffisance des capacités administratives, parmi lesquelles:

—

une répartition inefficace des tâches et des responsabilités,

—

une coopération inefficace entre les différents niveaux de gouvernance,

—

un manque de ressources humaines qualifiées (compétences),

—

le manque de ressources financières,

—

des règles et réglementations inappropriées (par exemple surrèglementation),

—

des obstacles politiques (tels qu’une planification stratégique inappropriée),

—

une organisation interne des institutions inadaptée à la gestion de projets complexes tels que ceux qui sont cofinancés par les FSIE;

57.

invite les États membres — pas seulement les moins développés, mais tous ceux de l’Union européenne — à recourir davantage à l’assistance technique mise à leur disposition pour les programmes opérationnels de manière à renforcer la capacité des collectivités locales et régionales et d’autres parties prenantes à mobiliser et à gérer les fonds de l’Union européenne et à favoriser la collecte de données statistiques plus pertinentes à l’échelon local;

58.

souligne que le renforcement des capacités administratives aux niveaux local et régional entraînera une mise en œuvre des programmes opérationnels plus efficace et davantage axée sur les résultats. L’évaluation comparative et l’échange d’expériences et de connaissances entre les régions et les villes devraient être soutenus par l’Union européenne et les États membres, y compris en mobilisant des instruments tels que les programmes de coopération territoriale européenne;

59.

se félicite de l’initiative de la Commission européenne consacrée aux régions en retard de développement, qui vise à recenser les principaux facteurs favorisant et entravant la croissance et l’investissement au niveau régional, en particulier dans les régions moins développées; invite la Commission européenne à utiliser les connaissances des experts régionaux et locaux et à prendre en considération les besoins spécifiques des régions en retard de développement lorsqu’elle formule des recommandations sur les moyens de libérer leur potentiel de croissance;

60.

reconnaît que les conditions ex ante (article 19 du règlement portant dispositions communes) garantissent que les ressources de l’Union européenne sont investies dans un environnement juridique respectueux de la législation européenne et qu’elles visent à réduire des avantages concurrentiels liés au non-respect des règles, mais attire l’attention sur les questions suivantes:

—

le CdR juge inacceptable qu’un financement ciblant les territoires des collectivités locales et régionales soit retardé en raison de quelques manquements liés aux échelons institutionnels européen ou national et espère qu’à long terme les collectivités régionales et locales tireront profit de l’application de ces conditions ex ante,

—

le CdR s’oppose fermement à la «conditionnalité externe» des FSIE s’agissant du gel des aides régionales pour les États membres qui enfreignent les règles de l’Union européenne en matière de déficit budgétaire, mesure qui pénaliserait les collectivités locales et régionales pour des manquements imputables à l’échelon national,

—

la politique de cohésion est essentiellement une politique régionale et devrait le rester en évitant les politiques plus ou moins centralisatrices à tous les niveaux de gouvernance;

61.

encourage les États membres qui participent à des programmes de coopération et qui sont le siège d’un groupement européen de coopération territoriale (GECT) à confier à celui-ci les responsabilités d’autorité de gestion des programmes de coopération territoriale, ou d’une partie de ceux-ci, correspondant au territoire couvert par le GECT concerné, en application des dispositions pertinentes de l’article 22 du règlement (UE) no 1299/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 portant dispositions particulières relatives à la contribution du Fonds européen de développement régional à l’objectif «Coopération territoriale européenne».

Bruxelles, le 9 juillet 2015.

Le président du Comité européen des régions

Markku MARKKULA


(1) 317 contributions valides à l’enquête ont été fournies par un large éventail de parties prenantes, d’autorités et de services. La plupart des contributions (70 %) provenaient de représentants d’administrations publiques. 89 répondants ont également fourni des contributions sous la forme de commentaires ouverts. Une analyse détaillée des résultats de la consultation est disponible sur le site internet du CdR.

(2) Une consultation menée par le CdR a confirmé qu’une grande majorité des collectivités locales et régionales et autres parties prenantes ont été associées à la phase préparatoire des accords de partenariat et programmes opérationnels. Plus de 70 % des répondants estimaient toutefois que les besoins desdites collectivités n’avaient été que partiellement pris en considération, voire pas du tout.

(3) Un respect formel des règles mais sans application concrète.

(4) Plus de 50 % des participants à la consultation menée par le CdR ont affirmé qu’ils n’avaient pas connaissance des prêts en faveur de programmes structurels.


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