| CELEX | 52015AE2442 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 1 juillet 2015 |
| 17.11.2015 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 383/91 |
Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Vers une nouvelle politique européenne de voisinage»
[JOIN(2015) 6 final]
(2015/C 383/13)
| Rapporteur: | M. Gintaras MORKIS |
| Corapporteur: | M. Cristian PÎRVULESCU |
Le 10 juin 2015, la Commission européenne a décidé, conformément à l’article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, de consulter le Comité économique et social européen sur le thème:
Vers une nouvelle politique européenne de voisinage
[JOIN(2015) 6 final].
La section spécialisée «Relations extérieures», chargée de préparer les travaux du Comité en la matière, a adopté son avis le 11 juin 2015
Lors de sa 509e session plénière des 1er et 2 juillet 2015 (séance du 1er juillet 2015), le Comité économique et social européen a adopté le présent avis par 108 voix pour, 1 voix contre et 2 abstentions.
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | La Commission européenne et le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) ont lancé un débat public sur la nouvelle politique européenne de voisinage (PEV). Le Comité économique et social européen (CESE) accueille favorablement ce réexamen de la PEV, estimant qu’il revêt une importance cruciale et qu’il arrive à point nommé. |
| 1.2. | Le CESE constate que la PEV actuelle ne reflète pas la réalité du voisinage de l’Union européenne et qu’elle s’est heurtée à de nombreux défis qui n’ont pas été relevés comme il se doit. Des modifications fondamentales du mécanisme et des instruments de la PEV s’imposent. |
| 1.3. | Les pays couverts par la PEV n’ont ni les mêmes priorités de politique étrangère ni les mêmes ambitions concernant leurs relations avec l’Union européenne. Le CESE insiste dès lors sur la nécessité d’appliquer les principes de différentiation et de flexibilité. Il estime que la PEV devrait conserver sa couverture géographique actuelle au Sud et à l’Est, mais que les politiques qui sous-tendent les relations avec les pays concernés devraient être développées et améliorées. Certains pays actuellement couverts par la PEV devraient être considérés comme de véritables partenaires de l’Union européenne, d’autres comme des voisins. Dans le même temps, le CESE fait valoir que l’acceptation des valeurs démocratiques et le respect des droits de l’homme doivent s’appliquer à tous ces États, sachant qu’une politique de «deux poids, deux mesures» découragerait les autres pays de la PEV. |
| 1.4. | Dans son document de consultation conjoint intitulé «Vers une nouvelle politique européenne de voisinage», la Commission européenne a soulevé de nombreuses questions. Le présent avis se concentrera cependant sur la plus importante d’entre elles: les points de vue de la société civile, tant au sein de l’Union européenne que dans les pays partenaires. |
| 1.5. | Le CESE se félicite des récentes consultations de Barcelone avec les partenaires méridionaux, de la rencontre ministérielle informelle sur l’avenir de la PEV (le 13 avril 2015 à Barcelone), au cours de laquelle les participants ont réaffirmé leur volonté de coopérer en vue de créer un espace de prospérité et de bon voisinage en Méditerranée, et de la déclaration commune du sommet du partenariat oriental (les 21 et 22 mai 2015 à Riga), par laquelle les participants ont réitéré leur engagement à continuer de renforcer la démocratie, l’État de droit, les droits de l’homme et les libertés fondamentales ainsi qu’à défendre les principes et les normes du droit international. Il importe que l’Union européenne continue de s’engager à soutenir l’intégrité territoriale ainsi que l’indépendance et la souveraineté de tous ses partenaires. |
| 1.6. | Le CESE suggère que la nouvelle politique européenne de voisinage devrait se concentrer sur les activités qui visent à renforcer la sécurité humaine et la stabilité du voisinage de l’Union et sur celles qui améliorent les conditions économiques et sociales, ainsi que la prospérité, dans les pays partenaires de la PEV. La PEV renouvelée devrait servir avant tout à assurer la sécurité des populations et à faire en sorte qu’elles puissent vivre dans la dignité et la prospérité dans leur propre pays, à l’abri de la violence, de l’oppression et de la pauvreté. Elle devrait s’investir activement dans les mesures de renforcement de la confiance et les actions à mener à l’issue des conflits. |
| 1.7. | Le CESE insiste sur le fait que des conditions plus favorables en matière d’emploi, une économie durable et ouverte, la capacité à attirer des investissements étrangers et l’existence d’un système de protection sociale et de services publics efficaces et accessibles forment un socle sur lequel asseoir la stabilité, la sécurité et même la démocratisation. Parallèlement aux deux grandes initiatives qui contiennent les principaux moteurs d’une intégration plus poussée entre les pays de la PEV et l’Union européenne, à savoir, d’une part, la libéralisation des échanges (essentiellement au moyen des accords d’association et des zones de libre-échange approfondi et complet) et, d’autre part, la mobilité et la facilitation de la délivrance de visas (ou, pour certains pays, la libéralisation du régime des visas), le CESE considère l’éducation et la formation professionnelle (notamment pour les jeunes) comme la troisième initiative majeure de la nouvelle PEV. |
| 1.8. | Le CESE suggère qu’il y a lieu de ne pas dissocier la PEV de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) et de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Dans le même temps, tout en pesant les intérêts et les réactions des parties prenantes extérieures à la zone couverte par la PEV, l’Union européenne doit se montrer intransigeante et veiller à ce que nul ne puisse imposer sa volonté à des États indépendants ni dicter à l’Union européenne et aux pays de la PEV les politiques à mener ou les objectifs à atteindre. |
| 1.9. | L’Union européenne devrait collaborer plus étroitement avec d’autres organisations internationales, telles que l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et l’Organisation des Nations unies (ONU), pour défendre la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de tous les pays de la PEV. Une meilleure diplomatie et une meilleure communication en dehors de la zone couverte par la PEV (en particulier vis-à-vis de la société civile) sont nécessaires en tant qu’instrument de confrontation/prévention et afin de nouer des relations mutuellement bénéfiques conduisant à des avancées sur le plan économique et à une amélioration du niveau de vie. |
| 1.10. | Le CESE préconise de gérer la question de la mobilité et des migrations en promouvant la solidarité des États membres dans le cadre de l’approche globale de l’Union européenne. Les partenariats avec les pays de la PEV et d’autres États constituent des instruments importants pour relever les grands défis auxquels est confrontée cette politique. L’Union européenne devrait agir rapidement et de manière coordonnée pour apporter une réponse à la situation humanitaire dans la région de la Méditerranée. |
| 1.11. | Le CESE souligne que la facilitation de la délivrance de visas et la libéralisation du régime des visas restent des initiatives clés du point de vue des partenaires de la PEV. Il accueille favorablement les négociations relatives à un accord de réadmission avec le Maroc ainsi que l’ouverture de négociations sur un accord visant à faciliter la délivrance des visas. Il attend avec impatience l’ouverture de négociations sur de tels accords avec la Jordanie et la Tunisie. Les accords de libéralisation du régime des visas (avec la Moldavie) et de facilitation de la délivrance de visas (avec l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et l’Ukraine) devraient être pleinement mis en œuvre et devenir des exemples de réussite pour tous les pays de la PEV. |
| 1.12. | Le CESE propose d’accroître plus encore le rôle de la société civile en s’appuyant sur trois grands axes: renforcer ses moyens d’action pour qu’elle soit mieux à même de soutenir les processus de stabilisation et de démocratisation; associer davantage les organisations de la société civile aux engagements et activités liés à la PEV et, enfin, faire meilleur usage de l’expertise et des ressources de la société civile européenne afin de soutenir le développement de la société civile dans les pays de la PEV. |
| 1.13. | Le CESE appelle à respecter les droits humains et sociaux fondamentaux, et tout particulièrement à reconnaître pleinement la liberté d’association et le droit de négociation collective. Il y a lieu d’encourager également le dialogue social tant dans la dimension orientale que dans la dimension méridionale de la PEV. Le CESE appelle à respecter l’indépendance des partenaires sociaux et des organisations de la société civile. |
| 1.14. | Le CESE souligne qu’il importe d’encourager les institutions culturelles (ainsi qu’économiques et politiques) qui construisent le dialogue et le consensus. Il estime que la stabilisation et la démocratisation des pays de la PEV sont tributaires de la pérennité de leurs modèles culturels et religieux, qui doivent être tolérants et inclusifs. |
| 1.15. | Le CESE propose que l’Union européenne fasse clairement savoir aux citoyens des pays de la PEV qu’ils sont au centre de cette politique, tout comme leur sécurité et leur bien-être. Dans toute l’Union européenne, l’appropriation partagée à l’échelon de la société civile devrait devenir une priorité. Le réexamen de la PEV doit encourager une meilleure communication sur les intérêts et les valeurs de l’Union européenne, aussi bien en son sein que dans les pays partenaires. |
2. Les défis pour la PEV
| 2.1. | L’Union européenne a besoin de voisins coopératifs pour se sentir elle-même prospère et en sécurité. La PEV poursuivait un objectif ambitieux, celui d’encourager les pays voisins à entreprendre des réformes politiques et économiques en échange d’un accès aux marchés européens, d’une plus grande mobilité et d’un soutien financier. L’acuité accrue des enjeux de sécurité et les chocs géopolitiques dans le voisinage de l’Union européenne ont souligné avec encore plus d’intensité combien il importe que cet environnement soit stable, démocratique et prospère. |
| 2.2. | Les bouleversements survenus dans le voisinage de l’Union européenne constituent également une menace pour les pays de l’Union. La mise en œuvre du partenariat oriental a provoqué une politique agressive de la Russie à l’égard non seulement des voisins de l’Union européenne, mais aussi de ses États membres, notamment ceux d’Europe septentrionale et d’Europe centrale et orientale. Les violents conflits en Iraq, en Libye et en Syrie ont déclenché une crise humanitaire et créé des risques terroristes qui sont également susceptibles de se propager à l’Union européenne. |
| 2.3. | L’Union européenne doit prendre la mesure de son rôle et de son influence sur les pays de la PEV et leurs voisins, qui ont contribué aux troubles politiques et sociaux et ont réactivé l’intérêt de certaines parties prenantes situées au-delà des frontières des pays de la PEV. Il convient de voir dans le printemps arabe et ses conséquences, ainsi que dans la crise ukrainienne, la preuve du poids significatif qu’exerce l’Union européenne sur les processus sociaux et politiques. L’Union européenne a contribué à une prise de conscience des citoyens et renforcé leurs aspirations à l’égard de leurs gouvernements; elle a, au moins pour partie, activé les pouvoirs civils qui s’engagent dans des activités politiques. |
| 2.4. | Dans le même temps, la PEV a suscité certaines désillusions, tant au sein de l’Union européenne que dans les pays qu’elle couvre. Des changements fondamentaux s’imposent dès lors dans le cadre du réexamen de la PEV et de ses instruments, qui doivent s’appuyer sur les principes de différenciation et de flexibilité. La PEV devrait conserver sa couverture géographique actuelle au Sud et à l’Est, mais les politiques définissant les relations avec les pays concernés devraient être développées et améliorées. La PEV devrait encourager tous les pays voisins à devenir de réels partenaires de dialogue et de coopération. |
3. Les principaux volets de la nouvelle PEV
3.1. Économie et prospérité
| 3.1.1. | Le CESE observe que l’amélioration des relations entre l’Union européenne et les pays de la PEV dépendra de quatre conditions: stabilité, transparence, lois du marché libre et stratégie à long terme. La PEV révisée devrait s’attacher à créer les conditions d’un développement économique et social durable dans les pays partenaires. Une amélioration de l’emploi et un fonctionnement ouvert de l’économie créent une valeur ajoutée pour l’ensemble de la société, fournissant ainsi un socle de stabilité et de sécurité, voire de démocratisation. L’Union européenne devrait davantage mettre l’accent sur des instruments mieux financés qui pourront étayer les ajustements économiques nécessaires au renforcement de la croissance, les initiatives d’investissement durable dans les entreprises et les modifications de la production économique visant à créer des emplois de meilleure qualité. Il conviendra de prêter une attention particulière à l’autonomisation économique des jeunes, des femmes et des groupes marginalisés. Les initiatives en faveur de la croissance économique et de l’emploi doivent bénéficier d’un financement adéquat et être accompagnées de programmes sur mesure. La réalisation de ces programmes pourrait s’inspirer des bonnes pratiques de l’«Initiative pour la cohésion sociale» mise en œuvre dans le cadre du «Pacte de stabilité pour l’Europe du sud-est» (1). |
| 3.1.2. | L’éducation et la formation professionnelle constitueraient les meilleurs investissements à long terme dans la croissance économique et une sécurité durable. L’Union européenne devrait étudier les possibilités d’élargir les programmes Erasmus+ pour permettre aux pays de la PEV d’accroître leur participation. Ces programmes fournissent le meilleur mécanisme de partage des compétences professionnelles et universitaires de l’Union européenne avec les partenaires plus avancés de la PEV. Le CESE se félicite du premier appel international lancé dans le cadre d’Erasmus+ en octobre 2014 et encourage l’Union européenne à élargir les possibilités qu’ont les pays de la PEV d’y prendre part ainsi qu’à accroître les financements d’autres instruments d’enseignement et de formation professionnelle. |
| 3.1.3. | L’Union européenne devrait s’employer à mettre sur pied une zone de libre-échange entre l’Union européenne et l’ensemble des pays relevant de la PEV. Cela peut être considéré comme un instrument critique de renforcement et de pérennisation de la prospérité économique et sociale. L’Union européenne devrait plus activement s’employer à intégrer les partenaires relevant de la PEV dans le marché unique européen, en particulier en établissant des accords de libre-échange approfondis et complets (ALEAC) dès que les conditions nécessaires sont satisfaites. Les pays de la PEV qui accordent la priorité à l’approfondissement de l’intégration peuvent se concentrer sur les processus de conclusion d’AA/ALEAC, tandis que d’autres pourraient s’engager dans le cadre d’autres plates-formes de coopération (telles que l’Union européenne de l’énergie, notamment). Toutefois, les AA/ALEAC ne devraient pas être considérés comme une fin en soi, ni comme la seule voie possible. Leur valeur devrait être mesurée à l’aune de leur impact positif sur le développement économique durable, l’innovation, la stabilité de l’emploi et le renforcement de la capacité budgétaire dans les pays de la PEV. |
| 3.1.4. | Le CESE accueille favorablement le lancement de la facilité de l’Union européenne pour les petites et moyennes entreprises (PME) dans le cadre des ALEAC, qui vise à soutenir les PME de Géorgie, de Moldavie et d’Ukraine, en les aidant à saisir les nouveaux débouchés commerciaux offerts par les ALEAC et à parvenir à des normes de qualité plus élevées conformes aux meilleures pratiques de l’Union européenne. À l’occasion du 3e forum des entreprises du partenariat oriental (le 21 mai 2015 à Riga), il a été souligné qu’afin de tirer le meilleur parti des AA/ALEAC, il y aurait lieu de fournir des instruments supplémentaires permettant aux entreprises de se transformer et de s’adapter à des normes de niveau plus élevé. Il a également été fait valoir que l’esprit d’entreprise et le commerce devraient être davantage favorisés dans la région. |
| 3.1.5. | La nouvelle PEV devrait faire du soutien aux réformes de l’administration publique, à la justice, à la sécurité, à la réglementation juridique et à la mise en œuvre effective de la législation l’une de ses activités les plus visibles. Des évolutions positives, telles que l’augmentation des investissements dans les pays de la PEV et le renforcement de la coopération entre les entreprises de l’Union européenne et de la PEV, ne sont possibles que si des progrès tangibles sont accomplis dans la lutte contre la corruption et la criminalité organisée dans les pays du voisinage de l’Union européenne. Tous les pays voisins de l’Union européenne sont confrontés à une corruption généralisée. En dépit des efforts déployés pour l’enrayer, ce phénomène persiste et a pénétré dans toutes les sphères de la vie publique et privée. L’Union européenne devrait par conséquent, dans le cadre de ses programmes de financement, améliorer la conditionnalité en vue d’établir des mesures anti-corruption crédibles et de créer un solide mécanisme de suivi de leur mise en œuvre. Une même attention devrait être accordée à l’amélioration de l’efficacité, de la viabilité et de l’accessibilité des services sociaux, éducatifs et sanitaires dans les pays de la PEV, dès lors qu’ils revêtent une importance vitale pour la qualité de vie et la sécurité des personnes vivant dans ces pays. |
3.2. Stabilité et sécurité
| 3.2.1. | La stabilité et la sécurité humaine devraient devenir le premier des objectifs de la PEV. Le CESE estime qu’un voisinage sûr et prospère ne peut être établi que si la sécurité humaine augmente substantiellement dans la région. La qualité de la gouvernance et le respect des droits de l’homme, l’absence de criminalité et de danger physique, le développement économique inclusif et la protection sociale et de l’environnement sont autant de facteurs qui détermineront la stabilité de la région à moyen ou à long terme. L’instabilité dans le voisinage de l’Union européenne et le manque de crédibilité dont souffrent la PEV et ses instruments ne doivent pas conduire à un recul des ambitions ou à un refus des engagements de l’Union européenne. Les programmes et les instruments de stabilisation et de prévention des conflits devraient figurer parmi les toutes premières priorités de la nouvelle PEV. |
| 3.2.2. | L’Union européenne devrait collaborer plus étroitement avec d’autres organisations internationales, telles que l’OTAN et l’ONU, afin de défendre la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de tous les pays de la PEV. L’amélioration de la diplomatie et de la communication en dehors de la zone couverte par la PEV (en particulier avec la société civile) est nécessaire en tant qu’instrument de prévention des conflits et afin d’engendrer des relations mutuellement bénéfiques menant au progrès économique et à l’amélioration du niveau de vie. |
| 3.2.3. | Un rôle essentiel incombe à la PEV s’agissant de prévenir la radicalisation et de lutter contre le terrorisme et la criminalité organisée. En plus de prendre des mesures nécessaires et proportionnées pour combattre le terrorisme, l’Union européenne doit utiliser les instruments de la PEV afin de remédier aux causes structurelles de sa propagation. Des investissements visant à favoriser l’éducation et l’essor de débouchés économiques sont nécessaires, de même que des mesures pour l’amélioration de la gouvernance (2). |
| 3.2.4. | La nouvelle PEV devrait tabler sur une harmonisation des moyens de puissance coercitifs («hard power») et non coercitifs («soft power»). La PEV ne doit pas être dissociée de la PESC et de la PSDC. Il y a lieu d’établir un lien étroit entre le réexamen en cours de la PEV et la stratégie européenne de sécurité révisée. |
| 3.2.5. | La question des «voisins des voisins» revêt une extrême importance. Nul ne peut imposer sa volonté à des États indépendants ni dicter les actions et les objectifs de l’Union européenne et des pays de la PEV. Le CESE insiste sur le fait qu’il serait plus avantageux pour la Russie de s’associer aux efforts visant à créer des pays stables, démocratiques et économiquement avancés, plutôt que de s’opposer aux pays de la PEV qui poursuivent une intégration plus étroite avec l’Union européenne. |
| 3.3. | Mobilité et migrations |
| 3.3.1. | L’assouplissement du régime des visas reste l’une des principales initiatives du point de vue des partenaires de la PEV. Le CESE se félicite des négociations relatives à un accord de réadmission avec le Maroc (lancées en janvier 2015) et de l’ouverture de négociations sur un accord visant à faciliter la délivrance de visas. Il en va de même pour les négociations sur les accords relatifs à l’assouplissement du régime des visas et à la réadmission avec la Jordanie et la Tunisie. Les accords de libéralisation du régime des visas (avec la Moldavie) et les accords visant à faciliter la délivrance de visas (avec l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et l’Ukraine) devraient être pleinement mis en œuvre et devenir un exemple pour tous les pays de la PEV. Le CESE considère les accords de libéralisation du régime des visas avec la Géorgie et l’Ukraine comme un outil puissant, qui encourage ces États à intégrer plus rapidement l’Union européenne. Toutefois, leur mise en œuvre devrait s’accompagner d’un soutien international accru, afin de garantir l’intégrité territoriale et le contrôle des frontières des pays concernés. |
| 3.3.2. | La politique de voisinage de l’Union européenne devrait s’inscrire dans l’approche globale de la question des migrations et de la mobilité. Il importe que l’Union européenne encourage l’immigration à des fins professionnelles et d’éducation grâce à des procédures légales, flexibles et transparentes (3). |
| 3.3.3. | En réponse aux récents événements qui ont conduit à une explosion des flux migratoires provenant d’Afrique du Nord et ont eu des conséquences tragiques sous la forme d’un nombre très élevé de décès, l’Union européenne devrait agir d’urgence pour protéger la vie de ceux qui tentent d’atteindre son territoire. L’Union européenne devrait approfondir et élargir son engagement vis-à-vis des pays concernés par ces flux migratoires, qu’il s’agisse des pays d’origine ou de transit. |
| 3.3.4. | L’Union européenne devrait conclure avec les pays tiers, notamment les pays de son voisinage, les pays d’origine des immigrants et les pays de transit, des accords qui tiennent compte de la situation spécifique qui prévaut dans chaque pays. Les priorités définies dans ces partenariats pour la mobilité incorporent des facteurs liés à l’immigration économique et à la mobilité. Une priorité accrue doit être accordée à l’organisation des politiques de migration légale et de visas ainsi qu’à la reconnaissance des qualifications, à la mobilité éducative, aux droits de sécurité sociale et à la contribution apportée au développement par les migrations et la mobilité (4). Il est prioritaire de réformer l’agence Frontex, en la transformant en un corps européen de garde-frontières appuyant les États membres, et en mettant au point un système de responsabilité plus efficace et systématique concernant les activités de l’agence (5). |
| 3.4. | Différenciation |
| 3.4.1. | Il convient de reformuler la PEV réformée afin de permettre une application plus souple du principe de différenciation, tant sur le plan géographique que, au sein des régions, en fonction des aspirations des pays de la PEV, du degré de respect des libertés civiques et des droits humains, de leurs capacités institutionnelles et de leurs besoins en matière de sécurité. Tout en soutenant le principe de différenciation, tous les pays partenaires devraient s’engager à respecter les droits fondamentaux et l’État de droit. Le respect des valeurs démocratiques et des droits de l’homme doivent s’appliquer sur un pied d’égalité à tous ces États, sachant qu’une politique de «deux poids, deux mesures» découragerait les autres pays de la PEV. |
| 3.4.2. | L’Union européenne reste attachée au principe de la conditionnalité. Le CESE a fait valoir ces principes de différenciation et de conditionnalité dans le cadre de ses relations avec les pays partenaires (6). Dans le même temps, le Comité a demandé de veiller à ce que le principe du «moins pour moins» ne nuise pas à la possibilité pour un pays partenaire d’appliquer des réformes au rythme qui lui convient et en fonction de sa capacité d’absorption. Lorsque les gouvernements nationaux des pays de la PEV rechignent à recourir de manière plus intensive aux instruments de la PEV, la «puissance douce» de l’Union européenne devrait être axée sur la société civile. |
| 3.4.3. | La PEV est distincte de la politique de l’élargissement; cependant, les États européens ont la faculté de demander leur adhésion à l’Union européenne s’ils satisfont aux critères et aux conditions d’admission au titre de l’article 49 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Si la PEV constitue une source d’inspiration pour qu’un pays européen se conforme aux critères de Copenhague, nous devrions nous réjouir de ce résultat — acquis grâce à l’approche «donner plus pour recevoir plus». |
4. Mettre l’accent sur la société civile et la communication
4.1. La société civile
| 4.1.1. | Il y a lieu de réévaluer et de renforcer encore le rôle que joue la société civile dans le développement de la PEV. Le Comité a indiqué que les activités de la société civile, la situation des droits de l’homme, les droits économiques, sociaux et culturels ainsi que la protection de la liberté de religion sont les critères essentiels pour évaluer la gouvernance d’un pays (7). Dans toute l’Union européenne, l’appropriation partagée à l’échelon de la société civile devrait devenir une priorité. Il y a lieu de renforcer et d’élargir les instruments de coopération tels que le forum de la société civile du partenariat oriental. |
| 4.1.2. | La réforme devrait suivre trois axes principaux, à savoir renforcer les moyens d’action de la société civile afin qu’elle puisse mieux soutenir les processus de stabilisation et de démocratisation; associer davantage les organisations de la société civile aux engagements et actions liés à la PEV et, enfin, mettre mieux à profit l’expérience et les ressources que la société civile européenne peut offrir afin d’encourager le développement de la société civile dans les pays de la PEV. |
| 4.1.3. | Comme l’a prouvé la transition vers la démocratie en Europe centrale et orientale, la société civile est un acteur essentiel du processus de stabilisation et de démocratisation. En utilisant ses instruments, la PEV devrait consacrer d’importantes ressources à l’amélioration de la capacité de la société civile à s’organiser et à s’intégrer dans les processus gouvernementaux (8). Un aspect essentiel de ce processus est de soutenir le dialogue social et la consultation publique institutionnalisée, car il s’agit d’instruments qui facilitent l’émergence d’un consensus et le progrès démocratique (9). |
| 4.1.4. | L’Union européenne devrait inclure des dispositions relatives à la protection des libertés démocratiques et des droits individuels dans les accords bilatéraux, mais surtout, pour ce qui est de l’application de ces dispositions, le CESE demande que les critères d’évaluation de la gouvernance d’un pays contiennent des éléments liés au traitement réservé à la société civile (cadre législatif, renforcement des capacités, dialogue, etc.), aux droits de l’homme ainsi qu’aux droits économiques, sociaux et culturels (10). |
| 4.1.5. | Le CESE demande que la société civile soit associée plus étroitement à l’élaboration, à la mise en œuvre et au suivi des accords conclus entre l’Union européenne et les pays relevant de la PEV (11). Les rapports annuels d’avancement de la PEV devraient non seulement reprendre les données et les positions officielles des gouvernements, mais aussi tenir compte des contributions d’acteurs institutionnels et non gouvernementaux. Le CESE croit qu’il y a lieu d’associer tant la société civile de l’Union européenne que celle des pays partenaires à l’élaboration d’une évaluation de l’impact sur le développement durable en amont des négociations, et qu’il convient d’intégrer des mécanismes de la société civile aux futurs ALEAC (12). |
| 4.1.6. | Les organisations de la société civile des États membres et des pays de la PEV devraient pouvoir accéder aisément aux instruments qu’offre la PEV. Ils devraient encourager le dialogue, l’engagement et l’échange d’idées. Le CESE souligne que les partenaires sociaux, les organisations de la société civile et les conseils économiques et sociaux des États membres ont un rôle essentiel à jouer en matière de partage d’expériences et de connaissances, de diffusion d’informations, de comparaison de méthodes, de transfert d’expérience et de gestion des ressources administratives (13). |
4.2. Le dialogue social
| 4.2.1. | Le CESE n’a cessé d’insister sur l’importance que revêt le dialogue social pour la promotion du développement économique et de la démocratisation. Il a également souligné le succès général de la PEV (14). Il y a lieu d’encourager le dialogue social de manière équivalente dans les dimensions orientale et méridionale de la PEV. Le CESE appelle à respecter l’indépendance des partenaires sociaux et des organisations de la société civile. Il s’agit de l’un des droits humains et sociaux fondamentaux définis par les organisations internationales et européennes (15). |
| 4.2.2. | Le CESE préconise l’adhésion à ces droits fondamentaux, et tout particulièrement à reconnaître pleinement la liberté d’association et le droit de négociation collective. Il demande aux pays concernés de faire les efforts nécessaires pour évoluer vers l’adoption des normes européennes et internationales définies par la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, la charte sociale européenne (Conseil de l’Europe) et l’Organisation internationale du travail (OIT), et la mise en place d’un «État de droit social». Le respect de ces normes doit faire partie des critères retenus officiellement lors de l’élaboration des accords d’association et de leur évaluation (16). |
| 4.2.3. | Bien qu’il existe des organisations d’employeurs et de travailleurs dans tous les pays de la PEV, le dialogue social y a jusqu’à présent été relativement faible, alors qu’il a un rôle important à jouer pour instaurer une croissance durable et la paix sociale au sein de la société. Il convient de mettre en place un programme systématique dans le but de promouvoir les échanges de meilleures pratiques tirées de l’expérience acquise dans le domaine de la politique sociale et de l’emploi, tant dans l’Union européenne et que dans les pays partenaires. |
4.3. Le dialogue culturel
| 4.3.1. | La PEV devrait encourager une meilleure compréhension mutuelle des cultures, tant entre les pays relevant de la PEV qu’entre ces derniers et l’Union européenne, ainsi que le dialogue religieux et de la diversité culturelle. Sur le long terme, l’instauration d’une stabilisation et la démocratisation des pays de la PEV est également tributaire de la pérennité de leurs modèles culturels et religieux, ainsi que de leur degré de tolérance et d’inclusion. |
| 4.3.2. | Il importe d’encourager la mise en place d’un dialogue et d’un consensus culturel, mais aussi économique et politique. Cela devrait se traduire par un soutien efficace, financièrement conséquent et s’appuyant sur les réseaux, en faveur du dialogue interculturel, d’une production culturelle et de débats publics indépendants. Ainsi, l’expression et la visibilité des intellectuels, artistes et militants indépendants des pays de la PEV devraient être renforcées et leurs interactions constructives avec les publics nationaux et européens favorisées. |
4.4. Visibilité et communication
| 4.4.1. | Un réexamen de la PEV doit servir à donner l’impulsion pour améliorer la communication sur les intérêts et les valeurs de l’Union européenne, aussi bien en son sein que dans les pays partenaires. Cet aspect revêt une importance toute particulière, au moment où s’amplifie une vague de propagande venant de groupes terroristes et de Russie (17). L’Union européenne est contrainte de manifester clairement aux citoyens concernés par la PEV que cette politique se préoccupe des gens, de leur sécurité et de leur bien-être. Pour ce faire, il faudra créer de nouveaux instruments pouvant toucher les collectivités locales, les médias et les organisations non gouvernementales. |
| 4.4.2. | Une sensibilisation générale est indispensable afin d’évaluer et de jauger l’incidence de la PEV pour les besoins des citoyens. La liberté d’expression, de conviction et des médias et la sécurité de l’information dans les pays voisins de l’Union européenne revêtent une importance capitale. Le soutien à l’accès des citoyens à internet, à des médias libres et indépendants, au journalisme d’investigation et aux initiatives de coopération des médias (jumelage) entre l’Union européenne et les pays de la PEV doit devenir l’un des principaux objectifs afin de renforcer la résilience de la société face à une propagande agressive. |
Bruxelles, le 1er juillet 2015
Le président du Comité économique et social européen
Henri MALOSSE
(1) Avis du CESE sur «Le dialogue social dans les pays du partenariat oriental» (JO C 161 du 6.6.2013, p. 40).
(2) JO C 218 du 23.7.2011, p. 91.
(3) JO C 458 du 19.12.2014, p. 7.
(4) JO C 451 du 16.12.2014, p. 1.
(5) Voir note 3.
(6) JO C 43 du 15.2.2012, p. 89.
(7) Voir note 6.
(8) Voir également JO C 351 du 15.11.2012, p. 27.
(9) Voir également JO C 248 du 25.8.2011, p. 37.
(10) JO C 376 du 22.12.2011, p. 32.
(11) Voir également JO C 299 du 4.10.2012, p. 34, et JO C 12 du 15.1.2015, p. 48.
(12) Voir également JO C 248 du 25.8.2011, p. 37.
(13) JO C 376 du 22.12.2011, p. 32.
(14) Voir également l’avis du CESE intitulé «Associer la société civile au partenariat oriental» (JO C 277 du 17.11.2009 p. 30) ainsi que l’avis JO C 248 du 25.8.2011, p. 37.
(15) Voir note 1.
(16) Voir note 1.
(17) Voir le rapport d’information REX/432 sur «L’utilisation des médias pour influencer les processus sociaux et politiques dans l’Union européenne et les pays du voisinage oriental» (non encore publié au Journal officiel).
Avis institutionnel — 52015AB0058
23/12/2015
Exposé des motifs du Conseil: position (UE) n° 16/2015 du Conseil en première lecture en vue de l'adoption de la directive du Parlement européen et du Conseil rapprochant les législations des États membres sur les marques
22/12/2015
Avis institutionnel — 52015AB0056
18/12/2015
Exposé des motifs du Conseil: Position (UE) n° 15/2015 du Conseil en première lecture en vue de l'adoption du règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (CE) n° 207/2009 du Conseil sur la marque communautaire et le règlement (CE) n° 2868/95 de la Commission portant modalités d'application du règlement (CE) n° 40/94 du Conseil sur la marque communautaire, et abrogeant le règlement (CE) n° 2869/95 de la Commission relatif aux taxes à payer à l'Office de l'harmonisation dans le marché intérieur (marques, dessins, et modèles)
18/12/2015