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Initiative législative52015IR1691

Avis du Comité européen des régions — Le rôle de l’économie sociale dans la relance de la croissance économique et la lutte contre le chômage

CELEX52015IR1691
TypeInitiative législative
Datejeudi 3 décembre 2015

Résumé IA

Cet avis du Comité des régions souligne le potentiel de l'économie sociale comme moteur de croissance inclusive et de création d'emplois durables, particulièrement au niveau local. Il recommande aux institutions européennes et aux États membres de mieux reconnaître et soutenir ce secteur via des cadres juridiques adaptés, un accès facilité aux financements et des clauses sociales dans les marchés publics. Pour un professionnel du droit français, ce texte non contraignant constitue une source d'orientation politique pour anticiper les évolutions du droit européen et national en faveur des entreprises de l'économie sociale et solidaire.

Texte intégral

10.2.2016

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 51/25


Avis du Comité européen des régions — Le rôle de l’économie sociale dans la relance de la croissance économique et la lutte contre le chômage

(2016/C 051/05)

Rapporteur:

Luís GOMES (PT/PPE), maire de Vila Real de Santo António, Portugal

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS,

1.

estime que l’économie sociale est un acteur clé du développement économique et social de l’Union européenne et représente 2 millions d’entreprises, parmi lesquelles des associations, des coopératives et des mutualités. Elle crée 11 millions d’emplois, ce qui équivaut à 6 % de la population active et à 10 % du nombre total des entreprises du tissu entrepreneurial européen;

2.

souligne que les entités et les acteurs de l’économie sociale se sont avérés résilients pendant la crise et qu’ils ont contribué à améliorer le bien-être des citoyens et à les maintenir sur le marché du travail, non sans grandes difficultés, même lorsque d’autres organisations et entreprises n’ont pas été en mesure de le faire. Cette contribution a été particulièrement remarquable en ce qui concerne l’inclusion de ceux qui ont de grandes difficultés pour entrer ou se réinsérer sur le marché du travail;

3.

estime qu’une meilleure prise en considération de la contribution de l’économie sociale à la réalisation des objectifs sociaux de la stratégie Europe 2020 doit être prioritaire dans le suivi de la communication sur le renforcement de la dimension sociale de l’Union économique et monétaire adoptée par la Commission en 2012 et du paquet «Investissements sociaux» adopté en 2013, et considère que les investissements dans l’économie sociale devraient également s’effectuer dans le périmètre du Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) et du Fonds social, car ils contribuent souvent à la création d’emplois de qualité pour les citoyens européens, ainsi que dans le cadre des Fonds structurels et d’investissement européens (Fonds ESI) et d’autres sources de financement en provenance de l’Union européenne;

4.

indique que, du fait qu’elles se fondent sur la collaboration et l’engagement civique des personnes qui composent les communautés, les initiatives de l’économie sociale contribuent à accroître la cohésion sociale, économique et territoriale ainsi que le niveau de confiance dans l’ensemble de l’Union européenne, en raison de leur engagement et degré d’intégration avec le territoire sur lequel elles sont implantées, cet ancrage les rendant moins vulnérables aux délocalisations et apportant une plus grande sécurité à leurs travailleurs, aspects qui relèvent de la responsabilité sociale des entreprises;

5.

se félicite de la place accordée à l’économie sociale dans la législation de l’Union européenne comme, par exemple, le règlement (UE) no 1304/2013 sur le Fonds social européen (FSE), le règlement (UE) no 1301/2013 sur le Fonds européen de développement régional (FEDER) ou le règlement (UE) no 1296/2013 établissant un programme de l’Union européenne pour l’emploi et l’innovation sociale (EaSI) et modifiant la décision no 283/2010/UE instituant un instrument européen de microfinancement Progress en faveur de l’emploi et de l’inclusion sociale; se félicite également des nouveaux règlements pour la période de programmation 2014-2020 des Fonds ESI, qui placent l’entreprise sociale parmi les priorités d’investissement possibles du FSE et du FEDER, renforcent l’approche de partenariat et permettent de promouvoir les initiatives basées sur le partenariat entre l’économie sociale et les autorités locales/régionales grâce à l’utilisation d’instruments tels que le développement local mené par les acteurs locaux;

6.

rappelle que les organisations de l’économie sociale stimulent la participation et l’esprit de solidarité et d’entreprise de tous les citoyens, y compris ceux que le système de production marginalise, ce qui contribue à générer une activité économique qui crée de la valeur, et qui est rentable, dans le cas des entreprises sociales, même dans des secteurs plus fragiles économiquement;

7.

insiste sur l’importance de favoriser la participation des citoyens et les processus de cocréation dans le domaine social, au moyen de partenariats dynamiques entre le secteur public, les nombreuses entités de l’économie sociale et le secteur privé, en particulier les «entreprises sociales», tout en adoptant aussi une approche orientée vers les actions et les politiques qui innovent socialement;

8.

souligne que les compétences entrepreneuriales qui existent dans le domaine de l’économie sociale ne bénéficient que d’une reconnaissance relativement faible, résultant, entre autres, du manque de réseautage entre les acteurs des différents pays. C’est pourquoi l’échange des bonnes pratiques, le développement de partenariats et la création de dispositifs d’incitation et de financement pour encourager la capacité entrepreneuriale, l’innovation sociale et les investissements sociaux sont essentiels. Ce sont des préalables indispensables pour rendre l’économie sociale plus attrayante et mieux reconnue;

9.

suggère de mettre davantage l’accent sur la recherche dans le domaine de l’économie sociale en Europe, en misant également sur l’élaboration et la diffusion de programmes généraux de formation à l’économie sociale pour le grand public, et pour les étudiants en particulier, et de programmes spécialisés destinés aux acteurs de l’économie sociale et aux chômeurs, et en mettant en place des partenariats entre les organisations de l’économie sociale, les établissements d’enseignement et de formation et les collectivités régionales et locales;

10.

rappelle que les collectivités régionales et locales, les États membres et l’Union européenne doivent encourager le partenariat et le soutien au développement de nouveaux outils et de nouvelles possibilités d’aide sociale résultant de l’évolution continue des technologies de l’information et de la communication, en promouvant la qualité et l’accessibilité des services fournis, en rationalisant les coûts et en contribuant à donner une image attrayante de l’économie sociale aux citoyens;

11.

recommande aux États membres de s’employer à ce que les acteurs de l’économie sociale puissent évoluer plus aisément sur le marché, en considération du rôle qu’ils jouent pour résoudre les problèmes liés, notamment, au chômage et à l’exclusion sociale en se chargeant de l’activation professionnelle de populations que l’on considère frappées d’exclusion;

12.

exhorte la Commission européenne à présenter un cadre juridique qui englobe un corpus de définitions communes s’appliquant aux différentes formes d’entités européennes de l’économie sociale — sociétés coopératives, fondations, mutuelles et associations, par exemple — afin de permettre aux entreprises de l’économie sociale d’opérer sur une base juridique sécurisée et de tirer ainsi profit des avantages du marché intérieur et de la libre circulation. Ce document devra notamment comprendre un corpus de définitions communes. La conception des programmes européens de partenariat avec ces organisations pourrait s’appuyer sur ces définitions, afin de pouvoir adapter l’aide aux besoins de chaque type d’organisation et renforcer leur rôle dans la promotion de l’emploi et l’amélioration de la capacité entrepreneuriale des territoires;

13.

note que le rôle positif des entités et des acteurs de l’économie sociale dans la lutte contre le chômage et la promotion de la croissance inclusive et durable est particulièrement important dans les territoires caractérisés par l’émigration, le vieillissement rapide de la population, l’absence de dynamiques de production et un esprit d’entreprise peu développé; il convient à cet égard d’accorder une attention particulière au milieu rural. Dans ces territoires, l’importance de l’économie sociale va au-delà de la réponse à la demande locale de biens et de services à caractère social, étant donné que les organisations de l’économie sociale figurent au rang des rares entités qui par concours de volonté sont capables de stimuler l’esprit d’entreprise et de retenir ou d’attirer des acteurs économiques en mesure de valoriser les ressources endogènes desdits territoires;

14.

recommande de promouvoir la coopération entre l’économie sociale et l’enseignement professionnel, tous domaines confondus, et de soutenir la création de coopératives scolaires et étudiantes afin d’élargir les possibilités de carrière des jeunes, en contribuant ainsi à prévenir le chômage des jeunes. Dans cet esprit, le Comité soutient également l’intégration des coopératives scolaires et étudiantes parmi les acteurs de l’économie sociale et suggère aux États membres et à la Commission européenne de travailler de concert pour inclure le mouvement coopératif et l’économie sociale dans la formation à l’entrepreneuriat comme élément à part entière des cursus et programmes d’enseignement nationaux dans les lycées et l’enseignement supérieur;

15.

estime qu’il y a lieu, chaque fois qu’il est possible et avec tous les moyens disponibles, d’accroître les aides nationales et de l’Union européenne aux partenariats incluant des organisations de l’économie sociale dans les territoires à faible densité de population, dans ceux qui présentent des indicateurs de chômage particulièrement élevés et de faibles taux d’emploi chez les groupes socialement vulnérables, dans les zones géographiques marquées par la pauvreté et l’exclusion sociale et également dans celles qui présentent un intérêt environnemental particulier, de façon à favoriser le rôle spécial que lesdites aides y jouent dans la création et le maintien de valeur;

16.

demande à la Commission européenne de se montrer flexible dans l’application des règles en matière d’aides d’État aux organisations de l’économie sociale, de soutenir les collectivités territoriales dans la compréhension et l’application proportionnée de ces règles et, lorsque cela est possible, d’accroître les aides des États membres ou de leurs collectivités territoriales et de l’Union européenne aux partenariats incluant des organisations de l’économie sociale;

17.

se félicite de la récente adoption des directives sur les marchés publics et les concessions (directives 2014/23/EU, 2014/24/EU et 2014/25/EU), qui comprennent des clauses et des critères sociaux pour favoriser l’inclusion et l’innovation sociales, entre autres, et invite les États membres à s’assurer dans la phase de transposition actuelle de ces directives en droit national que les pouvoirs adjudicateurs puissent faire plein usage des dispositions spécifiques sur les marchés réservés et des démarches simplifiées prévues pour renforcer le rôle des acteurs de l’économie sociale tant au niveau national qu’au niveau régional ou local; demande en outre aux institutions de l’Union européenne d’assurer le suivi de la mise en œuvre de ces règles au niveau national, régional et local et de poursuivre le débat sur leur amélioration;

18.

estime que l’économie sociale peut être un outil approprié et très efficace pour combattre l’économie souterraine et créer de la valeur économique et sociale;

19.

estime qu’il est essentiel de libérer le potentiel de l’économie sociale en améliorant l’accès de l’économie sociale à différents modes de financements, comme les Fonds européens, les fonds de capital-risque, le microcrédit ainsi que le microfinancement participatif (crowdfunding), et en mobilisant des moyens financiers suffisants au niveau local, régional, national et de l’Union, tout en conciliant les niveaux d’exigence économique/financière requis et l’intérêt public du travail que ces organisations réalisent sur le terrain;

20.

regrette que la stratégie de la Commission pour un marché unique numérique ne mentionne pas l’économie sociale et ne fasse qu’effleurer l’économie collaborative non commerciale dont les potentialités sociales sont très importantes;

21.

souligne la nécessité de promouvoir une culture de suivi dans les organisations de l’économie sociale, en améliorant leurs capacités à mesurer et à faire connaître les dimensions économiques et sociales de leurs actions et en élaborant des méthodologies et des indicateurs qui sont cohérents avec leur nature et leurs spécificités. Il conviendrait de diffuser les enseignements tirés de ce suivi et de les rendre accessibles de différentes manières;

22.

se félicite de la création par la Commission européenne d’une plate-forme numérique multilingue, la plate-forme «Social Innovation Europe», afin d’encourager l’échange d’informations dans le domaine de l’innovation sociale, mais estime qu’il est nécessaire qu’elle comporte une section séparée consacrée à l’économie sociale;

23.

suggère à la Commission européenne de mettre en place une unité spécifiquement consacrée à l’économie sociale, sachant qu’en l’état actuel des choses la décision de fusionner des unités au sein de la direction générale du marché intérieur, de l’industrie, de l’entrepreneuriat et des PME pour constituer une unité «Clusters, social economy and entrepreneurship» ne semble pas en phase avec le périmètre et la réalité de l’économie sociale;

24.

encourage les institutions de l’Union européenne, les États membres et les collectivités locales et régionales à faire le point et à promouvoir la diffusion des exemples de nouvelles formes de dialogue, de coconstruction des politiques et de mise en œuvre conjointe de ces dernières dans le cadre de partenariats composés d’autorités régionales et locales, de l’économie sociale et d’autres acteurs;

25.

préconise, qu’au regard du champ d’intervention très localisé (ou territorialisé) de la plupart des organisations de l’économie sociale, l’Union européenne et les différents États membres favorisent et encouragent l’octroi d’un rôle plus important aux collectivités locales et régionales dans la définition des programmes et des politiques relatifs à l’économie sociale, ainsi que dans leur articulation avec les différentes politiques publiques, afin de permettre la réalisation des objectifs poursuivis;

26.

recommande à la Commission européenne de proposer aux États membres qui ne l’ont pas encore fait, la création et l’adoption, dans les meilleurs délais, du cadre légal et juridique nécessaire au fonctionnement et au développement de l’économie sociale, après avoir défini une stratégie claire pour le secteur.

Bruxelles, le 3 décembre 2015.

Le Président du Comité européen des régions

Markku MARKKULA


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