| CELEX | 52015IR2607 |
| Type | Initiative législative |
| Date | jeudi 3 décembre 2015 |
| 10.2.2016 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 51/14 |
Avis du Comité européen des régions — Agenda européen en matière de migration
(2016/C 051/03)
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RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS
| 1. | accueille favorablement les discussions menées en continu dans le cadre des différentes réunions du Conseil européen et du Conseil «Justice et affaires intérieures», ainsi que les efforts consentis en vue de s’accorder sur une approche commune de la crise migratoire et sur les solutions concrètes à y apporter; est toutefois extrêmement préoccupé par les évolutions dramatiques de la situation ainsi que par la lenteur extrême des progrès en direction d’une réponse commune et globale de la part de l’Union européenne et de ses États membres; appelle les États membres, les institutions de l’Union européenne et les autres acteurs internationaux à coopérer, à trouver des solutions communes réalistes et à s’acquitter des responsabilités qui sont les leurs; |
| 2. | constate que le flux de demandeurs d’asile et de migrants économiques irréguliers arrivant dans l’Union européenne a atteint des niveaux sans précédent; face au nombre de migrants, il apparaît clairement que la capacité de n’importe quel État membre de gérer seul cet afflux à court et moyen terme est très vite remise en question; la solution passe impérativement par plus d’union et de solidarité entre les États membres de l’Union européenne, ainsi que par un plus grand sens du partenariat et un sentiment accru d’appartenance et de responsabilité commune; le Comité souligne que tous les niveaux de gouvernance au sein de l’Union européenne — les échelons européen, national, régional et local — doivent trouver de toute urgence une approche commune pour la gestion de tous les défis qui se posent sur le plan social, économique et de la sécurité. Seule une approche globale et intégrée s’attaquant aux causes profondes de la migration permettra de résoudre le problème. Elle doit passer par un renforcement de la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne, ainsi que par une plus grande cohérence des politiques internes et externes de l’Union européenne et de ses politiques dans les domaines des affaires étrangères, de la sécurité, du commerce, du développement, de l’aide humanitaire et de la migration; |
| 3. | se félicite de ce que les réunions des chefs d’État ou de gouvernement consacrées à la question des réfugiés ont débouché sur l’adoption d’une approche complexe, opérant une distinction entre, d’une part, les problématiques touchant aux réfugiés cherchant à sauver leur vie (refugees) et, d’autre part, celle concernant l’immigration irrégulière. Cette approche a permis d’aborder la question dans son ensemble et d’évoquer notamment, au-delà des aspects humanitaires, la protection des frontières, les questions de sécurité et de défense, le trafic de migrants, le retour et la réintégration des migrants en situation irrégulière et la coopération avec les pays d’origine et de transit; |
| 4. | regrette dans ce contexte que les réunions des chefs d’État ne se soient jusqu’à présent guère intéressées à la dimension humanitaire de la situation; souligne que, s’il est essentiel de renforcer les contrôles aux frontières ainsi que les mesures visant à lutter contre l’immigration irrégulière, y compris le strict enregistrement de tous les migrants, conformément à l’acquis de l’Union européenne en la matière, ces objectifs ne sauraient en aucun cas prévaloir sur les obligations internationales de sauver des vies humaines et de respecter les droits de l’homme ou encore sur le droit de demander l’asile dans l’Union européenne, laquelle doit demeurer un refuge pour les personnes qui ont besoin d’une protection internationale; demande donc avec insistance que soient organisées régulièrement des réunions à haut niveau entre les États membres de l’Union européenne, les institutions européennes, les agences de l’Union européenne, les organisations régionales et les pays tiers les plus concernés; |
| 5. | fait en outre observer que parmi les aspects cruciaux de la situation migratoire actuelle figure l’essor que connaissent les activités des passeurs et des groupes organisés qui exploitent la détresse humaine et la situation sociale difficile des migrants. Le Comité soutient les mesures visant à renforcer la lutte contre les passeurs et la criminalité organisée proposées par les chefs d’État ou de gouvernement européens et africains lors du sommet de La Valette des 11 et 12 novembre 2015 et souligne que les mesures immédiates aussi bien que les plans d’action globaux, concrets et à long terme doivent être adoptés en étroite coopération avec les États non membres de l’Union européenne. Le Comité souligne que la coopération sur cette problématique doit aller dans les deux sens et que les pays d’origine et de transit doivent s’engager à apporter leur aide et à mettre en œuvre toutes les mesures convenues dans le plan d’action de La Valette. Il est donc indispensable de faire intervenir rapidement les forces de sécurité des États membres de l’Union européenne, de surveiller avec rigueur les groupes criminels et de publier régulièrement des rapports sur la situation et les résultats de la lutte contre cette forme de criminalité organisée, qui met en péril la sécurité et la cohésion sociale de la population des États membres de l’Union européenne. Le Comité souligne également l’importance capitale d’un enregistrement exhaustif aux frontières de l’espace Schengen et d’un contrôle effectif des frontières extérieures de l’Union européenne. Le niveau approprié de contrôles aux frontières et les mesures visant à préserver la sécurité intérieure de l’espace Schengen devraient être pleinement respectés; la coopération entre les pays du groupe de Visegrad, qui mettent des agents à disposition pour assurer la protection des frontières extérieures de l’espace Schengen (Hongrie, Grèce), constitue un bon exemple à cet égard; |
| 6. | souligne qu’il faut mettre davantage l’accent sur l’engagement de l’Union européenne et de ses États membres à veiller au respect du principe de solidarité, afin de créer une politique migratoire plus efficace qui s’attaque à l’ensemble des problèmes rencontrés par les collectivités locales et régionales. À cet égard, le Comité prend note de la résolution du Parlement européen qui a été adoptée le 29 avril, tout en estimant que la solidarité doit être fondée sur la confiance mutuelle davantage que sur la contrainte, mais sans perdre de vue qu’il s’agit également d’un devoir et qu’il est hasardeux de faire passer pour des migrations des mouvements de population motivés par des persécutions; |
| 7. | se félicite à cet égard de la publication, le 13 mai, de l’agenda européen en matière de migration par la Commission européenne; estime qu’il s’agit d’un pas décisif vers la définition d’une approche globale concernant les avantages et les défis liés aux migrations; insiste cependant sur le fait qu’il convient également de maintenir cet agenda dans la durée; |
| 8. | approuve l’importance reconnue par cette communication de la Commission au fait d’accorder la priorité à une politique en matière de retour qui soit efficace et qui s’inscrive dans la durée, respecte les droits des migrants et prenne en considération les caractéristiques propres des pays d’origine; déplore toutefois l’absence actuelle d’exécution effective des décisions de retour et invite les États membres à mettre en œuvre des pratiques strictes en matière de retour pour les candidats déboutés et les migrants irréguliers, en recourant à des procédures rapides et équitables; à cet égard, souligne qu’il importe de renforcer le rôle et le mandat de l’agence Frontex dans les opérations de retour et de distinguer les demandeurs d’asile des migrants économiques, étant donné qu’il s’agit de deux groupes juridiquement distincts qui, partant, requièrent des approches différentes. À cette fin, il y a lieu d’améliorer la coopération pratique avec les pays tiers concernés, afin d’encourager et de créer des systèmes de retour volontaire les plus efficaces et les plus rapides possibles, et il convient de renforcer les capacités des autorités des pays d’origine afin de prendre en charge les candidats à la réadmission; |
| 9. | se félicite que la communication de la Commission reconnaisse comme une priorité d’«action immédiate» la nécessité de sauver des vies en mer et réaffirme que la solidarité, la confiance mutuelle et une responsabilité partagée entre les États membres et les collectivités locales et régionales sont les principes qui doivent guider les politiques à mettre en œuvre pour atteindre cet objectif; |
| 10. | réitère sa conviction que l’approche adoptée par l’Union européenne en matière de migrations doit être solidaire, durable à long terme et respecter les droits de l’homme. Elle doit prendre en compte tous les aspects des migrations, y compris les obligations humanitaires, les demandeurs d’asile et les migrants économiques; insiste sur l’importance de lutter contre le trafic de migrants et la traite d’êtres humains, de favoriser le développement et la stabilité des pays hors de l’Union européenne, d’instaurer des politiques de retour efficaces et de relever les défis démographiques auxquels l’Europe est confrontée. Le Comité souligne que les migrations régulières peuvent être un facteur essentiel de développement. Au-delà des avantages que présente une intégration réussie pour les migrants, elle apporte également un bénéfice non négligeable sur le plan économique et social, en répondant aux besoins de main-d’œuvre et en contribuant au financement de la sécurité sociale. Le Comité demande donc à tous les acteurs concernés, à savoir les institutions européennes, les pouvoirs publics nationaux, régionaux et locaux, les médias et la société civile, de ne pas stigmatiser les migrants, ni l’immigration, et de fournir aux citoyens une information objective sur le phénomène migratoire, ses causes et la contribution qu’il apporte aux sociétés d’accueil; le Comité rejette toute forme de discrimination et tout comportement raciste à l’égard des migrants, conformément aux principes fondateurs de l’Union européenne; |
| 11. | s’agissant de l’information correcte visée au paragraphe 10, demande que la Commission lance une campagne d’information destinée aux autorités locales et régionales et aux citoyens européens, laquelle:
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| 12. | juge prioritaire de reconnaître l’importance qui lui revient au problème des mineurs non accompagnés, lequel est généralement traité en marge des politiques d’intervention sur l’immigration: il est en effet nécessaire d’octroyer des moyens adéquats aux collectivités territoriales, régionales et locales, afin d’aider spécifiquement les mineurs non accompagnés et de se montrer vigilants, de sorte à prévenir leur disparition et d’éviter que ces sujets plus faibles, ainsi que les femmes, ne soient exploités par les réseaux de prostitution, de pédophilie et de trafic d’organes; |
| 13. | juge nécessaire, face à une situation migratoire en évolution rapide, de prévoir aussi dans les priorités d’«action immédiate», au-delà des mesures visant à sauver des vies en mer, un plan d’intervention et de lutte contre l’activité des passeurs le long des routes tant terrestres que maritimes. À cet égard également, il est indispensable de s’appuyer sur la coopération entre toutes les parties intéressées et parties prenantes à tous les niveaux de gouvernance: États membres, collectivités territoriales, organismes officiels et société civile; |
| 14. | juge essentiel de renforcer les contrôles et la coopération entre les services de sécurité afin de garantir, et de rassurer les citoyens sur ce point, que la situation désespérée des réfugiés et leur arrivée sur le territoire de l’Union européenne ne servent pas de couverture aux terroristes et aux extrémistes; en outre, le rôle des collectivités locales et régionales dans la détection et la prévention de la radicalisation et de l’extrémisme et dans la lutte contre ces derniers doit être soutenu; |
La communication offre des solutions pragmatiques fondées sur la solidarité
| 15. | se félicite des mesures que la communication propose pour répondre à l’arrivée de nombreux migrants dans l’Union européenne. La réinstallation et la relocalisation peuvent être un moyen efficace de répondre au problème de la répartition inégale des demandeurs d’asile et des réfugiés entre les États membres, mais aussi entre les régions et au sein de celles-ci; invite donc l’échelon européen à redoubler d’efforts pour s’accorder sur des critères et sur la mise en œuvre d’un système durable et juste pour la répartition des demandeurs d’asile et des réfugiés entre les États membres; |
| 16. | souligne toutefois que l’immigration irrégulière, qui a augmenté de manière spectaculaire, nécessite une nouvelle approche. Celle-ci doit tenir compte du fait que la façon de gérer les immigrants économiques (leur information, leur accueil ou leur retour) diffère de l’aide humanitaire qu’il convient d’offrir aux réfugiés. En outre, le Comité insiste sur l’importance d’entretenir, conformément à l’essence de la démocratie, un dialogue systématique entre les gouvernements et les citoyens concernant les mesures planifiées, au cours duquel les effets de ces mesures seront présentés à la société; |
| 17. | rappelle qu’il s’impose à présent de déterminer plus clairement quelles implications peuvent avoir le partage des responsabilités et la solidarité en matière d’asile et de migration. Il est clair qu’en fonction des caractéristiques qui sont les siennes, et notamment de sa puissance économique, chaque État, région ou commune a sa propre conception de ce qui constitue une répartition équitable des charges et responsabilités et de la solidarité. Le Comité regrette toutefois que la communication de la Commission ne propose pas de solution à long terme, en matière de planification et de ressources, pour préparer l’accueil des migrants suffisamment à l’avance; |
| 18. | se félicite de l’augmentation du budget destiné aux opérations de l’Union européenne Triton et Poséidon, de l’engagement pris par quinze États membres de fournir des ressources supplémentaires et de la décision que l’Union européenne a prise en conséquence de lancer une opération militaire dans la partie sud de la Méditerranée (EUNAVFOR MED) pour démanteler les réseaux de traite des êtres humains; déplore néanmoins que la communication ne fasse pas suffisamment référence à la question des ressources financières auxquelles ont accès les collectivités locales et régionales, qui doivent leur permettre d’assumer leurs responsabilités dans le domaine des migrations et de l’intégration en leur garantissant l’accès aux fonds nationaux et aux lignes financières européennes (tels que le Fonds «Asile, migration et intégration», l’instrument européen de voisinage et de partenariat et le Fonds social européen); |
| 19. | se félicite des décisions du Conseil européen des 26 juin et 22 septembre 2015 relatives à la relocalisation de 160 000 personnes ayant manifestement besoin d’une protection internationale, qui démontrent à quoi pourrait ressembler la mise en œuvre dans la pratique des principes de solidarité et de partage des responsabilités; regrette cependant la mise en œuvre hésitante et l’ambition très limitée des mesures adoptées et invite instamment, d’une part, les États membres à honorer les engagements contractés dans ce contexte et, d’autre part, l’ensemble des échelons institutionnels à mettre en place sans délai les structures et mécanismes nécessaires; souligne que les collectivités locales et régionales, qui jouent un rôle majeur, doivent occuper une place plus importante dans les discussions dès lors qu’elles disposent d’informations de première main concernant leurs capacités à accueillir les réfugiés et les migrants avec humanité; |
| 20. | accueille favorablement les conclusions adoptées jusqu’à présent par le Conseil européen et la déclaration publiée le 25 octobre 2015 par les dirigeants des pays qui sont situés sur la route des Balkans occidentaux; lance dès lors un appel pour que toutes les dispositions convenues à ce jour soient mises en œuvre et exhorte les États à accroître leurs capacités d’accueil adéquates; |
Les solutions doivent être mises en œuvre rapidement
| 21. | se félicite que la Commission européenne, en coopération avec les pays tiers, s’efforce, sur la base des informations fiables récoltées, de prévenir une migration incontrôlée dans l’Union européenne, mais demande également aux États membres d’améliorer l’échange d’informations, à la fois sur le plan bilatéral et dans le contexte de l’Union européenne; |
| 22. | souligne l’importance de l’action que des groupes de volontaires et des organisations de la société civile déploient pour sauver des vies humaines en Méditerranée. En dépit des solutions financières présentées dans la communication et de l’intensification des efforts dans le cadre des opérations Poséidon et Triton, la situation reste une situation d’urgence aiguë, à laquelle l’Union européenne et ses États membres ne pourront faire face qu’ensemble, en menant au quotidien des actions communes dans le respect de nos valeurs fondées sur les droits de l’homme; reconnaît toutefois que le sauvetage en mer ne suffit pas à lui seul à apporter une solution à la crise des réfugiés et invite la Commission à prendre des mesures d’accompagnement appropriées pour prévenir la traite des êtres humains; l’adoption de la résolution 2240 du Conseil de sécurité des Nations unies, du 9 octobre 2015, qui autorise les États membres à intercepter au large des côtes libyennes les navires suspectés d’être utilisés pour le trafic de migrants, constitue une étape importante à cet égard; |
| 23. | réaffirme que la solidarité réciproque est un principe fondamental de l’Union européenne, qui doit s’appliquer non seulement entre États membres mais aussi à l’égard des migrants et des collectivités locales et entre ces dernières, qui sont confrontées à la tâche de leur porter assistance au quotidien; |
| 24. | souligne qu’au cours des derniers mois, la question a gagné en intensité avec l’arrivée massive de flux migratoires disparates en Méditerranée, dans les Balkans, à Calais et dans d’autres zones frontalières de l’Union européenne, mais aussi parce que le nombre de migrants a augmenté au niveau régional et local. Les problèmes que connaissent depuis des années des points nodaux comme Calais et Lampedusa se propagent actuellement à d’autres villes et dans d’autres régions. Cette situation est alarmante et il convient de prendre rapidement des mesures pour y faire face, mais elle doit aussi être saisie comme une occasion de convaincre l’opinion publique que la relocalisation constitue la seule solution pour éviter que les localités situées sur les routes migratoires ne soient submergées par le nombre des migrants; de ce fait, les migrations ne constituent pas un défi temporaire pour quelques seules collectivités territoriales mais un défi à court, à moyen et à long terme pour l’ensemble de l’Union européenne; |
| 25. | souhaite alerter la Commission sur la réalité de la tragédie humaine que provoque la situation migratoire en Europe: entre janvier et la fin du mois d’août, on compte déjà plus de 3 400 morts en Méditerranée selon l’Organisation internationale pour les migrations, 700 morts en l’espace de quelques jours en avril 2015, et au moins 13 morts liées aux tentatives de traversée de la Manche par des migrants; les migrants sont régulièrement victimes des trafiquants se livrant à la traite des êtres humains, comme ce fut le cas à la fin du mois d’août, lorsque 71 migrants enfermés à l’arrière d’un camion trouvèrent la mort en Autriche, abandonnés par leurs passeurs; |
Les solutions peuvent aller plus loin encore
| 26. | préconise l’adoption de solutions pratiques auxquelles seraient associées les collectivités locales et régionales, et non les seuls gouvernements centraux des États membres. À la suite des événements liés par exemple aux tentatives de franchissement du tunnel sous la Manche par des migrants, le débat se concentre plus que jamais sur le rôle des collectivités locales et régionales et montre que le défi ne se situe pas uniquement au niveau des moyens financiers disponibles, mais aussi à celui de l’utilisation concrète qui est faite de ceux-ci. Il incombe donc à la Commission de promouvoir des solutions pragmatiques afin d’accroître les capacités physiques des collectivités locales. La gestion uniforme des camps de réfugiés est une autre façon de faciliter la tâche des collectivités locales. Des forces de police et du personnel administratif pourraient être détachés d’une région à l’autre afin d’encourager la coopération entre régions voisines et de réunir les ressources humaines suffisantes pour gérer l’augmentation des populations dans le besoin; |
| 27. | préconise une nouvelle augmentation de ce budget qui réponde à l’évolution des exigences en matière d’opérations de sauvetage efficaces et espère que l’ensemble des États membres s’engagera à fournir les ressources complémentaires nécessaires; souligne à cet égard que l’exercice de révision obligatoire du cadre financier pluriannuel qui doit avoir lieu d’ici la fin 2016 offre la possibilité d’accroître les ressources liées à la mise en œuvre des priorités de l’agenda européen en matière de migration; souligne qu’il y a lieu de favoriser autant que faire se peut une mobilisation rapide des fonds et des ressources et de ne pas la retarder par d’inutiles procédures bureaucratiques; ces ressources supplémentaires devraient inclure l’allocation de fonds destinés aux infrastructures, aux structures d’éducation et à l’aide d’urgence dans les pays de l’Union européenne qui se trouvent en première ligne; recommande de mettre à la disposition des États membres un guide pratique relatif aux possibilités d’utilisation des différentes sources de financement, telles que le Fonds «Asile, migration et intégration», le Fonds européen de développement régional et le Fonds social européen; |
| 28. | préconise de veiller tout particulièrement à renforcer les synergies entre les divers organismes et systèmes mis en place jusqu’à présent, sur la base de leurs missions et champ d’action spécifiques: par exemple, Frontex, SIS II et Eurosur, qui interviennent dans le cadre de l’immigration et de la circulation des personnes, et, pour le volet de la sécurité, Europol et Eurojust, dont les activités visent à prévenir et à éradiquer les infractions pénales (traite et trafic d’êtres humains) liées aux transits illicites; |
| 29. | souligne qu’il importe de s’attaquer aux causes profondes pour lesquelles des migrants qui ne peuvent prétendre bénéficier du droit d’asile entrent sur le territoire de l’Union européenne; appelle l’Union européenne et ses États membres à intensifier leur coopération avec les pays tiers du Moyen-Orient et d’Afrique, où la démocratie et l’État de droit ont besoin d’être renforcés, et à mieux coordonner leur politique extérieure; se félicite à cet égard qu’un sommet Union européen-Afrique, avec les pays des processus de Rabat et Khartoum, se soit déroulé les 11 et 12 novembre 2015 à La Valette, sur l’île de Malte; estime en outre que les réfugiés vivant dans des pays extérieurs à l’Union européenne à proximité de leur pays d’origine doivent se voir offrir des services de base, dont la sécurité à l’intérieur et à l’extérieur des camps et l’éducation de leurs enfants, ce qui nécessite une vision à long terme, une planification intégrée, une coordination entre les parties et un développement économique local; |
| 30. | prend acte des débats portant sur l’établissement, à l’échelle de l’Union européenne, de listes de «pays tiers sûrs» afin de garantir au niveau européen des normes communes de traitement des demandes d’asile en provenance des pays concernés et de faciliter les retours effectifs, ce qui est indispensable pour que les capacités de l’Union européenne en matière d’asile et d’accueil puissent mieux cibler les personnes ayant légitimement besoin d’une protection internationale; souligne que les pays candidats et précandidats à l’adhésion à l’Union européenne, en particulier, sont tenus de respecter les normes de l’Union européenne en matière de protection des droits de l’homme, qui feraient d’eux des «pays d’origine sûrs»; attire cependant l’attention sur le fait que la situation dans ces pays, notamment en ce qui concerne les groupes vulnérables tels que les mineurs non accompagnés, les femmes seules, les minorités ethniques et les LGBTI, doit être étroitement surveillée, que les mécanismes devant permettre d’identifier et d’accueillir les personnes originaires de ces pays dont les demandes d’asile sont légitimes doivent être améliorés, et que certains motifs de persécution, tels que le genre, l’orientation sexuelle, l’identité sexuelle ou l’origine ethnique, doivent être correctement pris en considération tout au long de la procédure de réception et d’examen des demandes ainsi qu’aux stades ultérieurs, y compris la réinstallation et la relocalisation; s’engage à prendre part à un échange de bonnes pratiques aux niveaux régional et local par l’intermédiaire de ses comités consultatifs paritaires et de ses groupes de travail, en associant les sept pays figurant sur la liste proposée par la Commission; |
| 31. | se félicite expressément que la Commission se soit engagée à formuler début 2016 des propositions afin de réviser le règlement de Dublin, qui permettraient l’introduction et l’examen des demandes d’asile en dehors de l’Union européenne; invite la Commission à s’assurer que la répartition des compétences entre les États membres repose sur des critères durables et que les droits fondamentaux des migrants soient respectés; un tel système doit reposer sur l’application à l’échelle de l’Union européenne d’une clé de répartition contraignante pour la distribution des demandeurs d’asile entre les États membres; |
| 32. | recommande à la Commission d’inclure dans sa proposition la reconnaissance mutuelle des demandes d’asile ayant reçu une réponse favorable, afin que les personnes bénéficiant d’une protection jouissent du droit de libre circulation au sein de l’Union européenne au même titre que les citoyens de l’Union européenne. De plus, la Commission est invitée à présenter une proposition de code général européen en matière d’immigration, afin que les personnes souhaitant travailler en Europe se voient proposer des possibilités légales à cette fin. La Commission doit en outre ouvrir aux citoyens des pays candidats à l’adhésion un corridor pour la migration de main-d’œuvre, afin de leur faciliter l’accès au marché de l’emploi européen; |
| 33. | invite de toute urgence la Commission et les États membres de l’Union européenne à accélérer la mise en place des infrastructures déjà décidées que sont les «hot spots», qui visent à soutenir les régions frontalières les plus concernées en créant des agences de l’Union européenne pour enregistrer les réfugiés à leur arrivée, et à développer d’autres mesures du même type; |
| 34. | déplore que la Commission ne présente aucune mesure spécifique pour les demandeurs d’asile dans le but d’établir des voies légales et sûres vers l’Europe afin d’éviter d’autres décès lors de voyages périlleux, en créant par exemple un «couloir humanitaire» grâce à un recours élargi aux visas pour raisons humanitaires et à la création de centres d’accueil dans les pays de transit pour traiter les demandes d’asile ou déterminer l’éligibilité à une entrée légale dans les pays de l’Union européenne. L’idée de «couloir humanitaire» est conforme à celle de relocalisation et de solidarité dès lors qu’elle représente le moyen le plus efficace de lutter contre la criminalité organisée. Plus les migrants seront pris en charge rapidement par les pouvoirs publics européens, plus il sera facile de procéder à leur relocalisation. Il s’agit également de la façon la plus adéquate d’assurer une répartition plus équitable entre les États membres. À cet égard, les collectivités locales et régionales pourraient jouer un rôle très utile; |
| 35. | préconise la mise en place d’une réelle politique migratoire européenne et se félicite de l’engagement pris par la Commission européenne de proposer de nouvelles mesures et de réexaminer le système de carte bleue, afin de remplacer les 28 systèmes nationaux et de faciliter l’immigration légale; demande instamment à la Commission de s’appuyer sur l’expérience des collectivités locales et régionales et sur leur connaissance de la situation locale lors de l’élaboration de ces propositions; |
| 36. | déplore que la Commission n’ait pas repris la suggestion du Comité des régions de développer des structures permettant d’échanger les expériences et de partager les bonnes pratiques. Le Comité rappelle par conséquent qu’il convient de mettre en place un système global de partage des données au sujet des migrations et des collectivités locales, s’appuyant sur le système d’information sur les visas. Un tel système pourrait donner d’excellents résultats en matière de gestion des hébergements, de traitement des requêtes des demandeurs d’asile et des réfugiés, de politiques d’intégration et de lutte contre l’immigration irrégulière, et apporterait en outre des solutions concrètes pour mettre en œuvre le principe de solidarité entre les collectivités locales; invite la Commission à créer une plateforme de coopération (dialogue) pour les questions relatives aux migrations; |
| 37. | préconise un véritable système européen de gestion des frontières garant d’un maintien de l’ordre professionnel et efficace, qui permette de détecter et de contrarier les projets de transport de migrants par des routes illégales et dangereuses élaborés par des organisations criminelles, mais aussi de prendre en charge, de filtrer et d’enregistrer les personnes qui arrivent par voie terrestre ou maritime de manière organisée; |
| 38. | convient qu’une mise en œuvre pleine et cohérente d’un régime d’asile européen commun, adapté à la situation actuelle, élargi et modernisé devrait être prioritaire; suggère d’associer activement les collectivités locales et régionales et de s’appuyer sur leur expérience dans le processus annoncé qui s’efforcera d’améliorer les normes des conditions d’accueil et des procédures d’asile et de proposer des formations et une mise en réseau aux autorités d’accueil, mais aussi dans le débat qui portera sur le développement et l’achèvement du régime d’asile européen commun; |
| 39. | réitère sa conviction qu’il existe un lien intrinsèque entre le niveau et la qualité des politiques de développement et le nombre croissant de personnes qui migrent. Il est impérieux que l’aide au développement de la part de l’Union européenne et des États membres atteigne rapidement le niveau de 0,7 % du PIB. Dans ce contexte, l’implication financière des collectivités locales et régionales dans la lutte contre la pauvreté dans le monde doit également être renforcée sachant que certaines se sont déjà donné comme objectif de consacrer 1 euro par habitant et par an à leurs actions de coopération en direction des pays en développement; |
| 40. | demande à la Commission européenne de mettre en œuvre un régime d’asile européen unique appliquant de manière uniforme des critères ayant fait l’objet d’un accord et assurant un traitement juste et humain des personnes qui cherchent refuge au sein de l’Union, et d’entreprendre une révision en profondeur du règlement de Dublin afin que les différences entre les 28 systèmes nationaux, qui menacent de détruire l’espace Schengen, disparaissent en droit et en pratique; |
Le choix de la base juridique
| 41. | déplore que, une fois de plus, l’article 80 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne n’ait pas été invoqué pour prendre des mesures qui donneraient une traduction concrète à la solidarité et au partage équitable des responsabilités entre les États membres en ce qui concerne la mobilité, et notamment ses incidences financières. Les engagements pris en matière de migration et de rapatriement l’ont été sur une base entièrement volontaire et, dans certains cas, les villes ont été les premières à les mettre en pratique; |
| 42. | prend acte du fait que la proposition de système de relocalisation soit fondée sur la clause d’urgence définie à l’article 78, paragraphe 3, du TFUE, ce qui semble parfaitement justifié dans les circonstances actuelles; souligne néanmoins que d’autres mesures de moyen et de long terme exigeant la solidarité européenne devront être adoptées et que le Parlement européen devra leur être pleinement associé afin de garantir leur transparence et leur légitimité; |
Le rôle des collectivités locales et régionales
| 43. | rappelle que la gouvernance à niveaux multiples est le moyen le plus approprié pour créer la combinaison nécessaire de mesures et d’initiatives permettant d’atteindre des résultats optimaux s’agissant de l’intégration des personnes reconnues comme réfugiés et des migrants accueillis pour d’autres raisons. Tous les échelons de pouvoir au sein de l’Union européenne devraient prendre leur part de responsabilité dans l’accueil et l’intégration des réfugiés et des migrants, et améliorer la coopération, la coordination et la solidarité interrégionales, grâce à la mise en place d’un mécanisme permanent pour assurer leur répartition entre les États membres, les régions et les collectivités locales, mécanisme qui prendrait en compte les contraintes structurelles, les ressources, les besoins du marché de l’emploi, la situation démographique et d’autres facteurs pertinents; appelle la Commission et les États membres à fournir à toutes les collectivités locales et régionales touchées par un afflux de réfugiés et de migrants une aide suffisante sur le plan financier, technique, administratif et de la sécurité, tout en évaluant la possibilité de dérogations par rapport aux contraintes structurelles et financières existantes; |
| 44. | réaffirme que les collectivités locales et régionales peuvent se prévaloir d’une expérience de première main concernant cette situation et qu’il y a donc lieu de les consulter et de les associer plus activement au processus de relocalisation. Les collectivités locales et régionales forment un niveau de pouvoir capable de fournir de manière efficace des données claires sur le nombre de migrants présents sur leur territoire; il est indispensable de les associer afin de mettre en œuvre un mécanisme équitable fondé sur la solidarité; |
| 45. | demande instamment à tous les États membres de coopérer avec les collectivités locales et régionales pour mettre en œuvre et faire fonctionner tant le mécanisme de relocalisation d’urgence qui a été proposé par la Commission européenne, s’il devait être instauré sous peu, que les éventuels futurs systèmes obligatoires et à déclenchement automatique de relocalisation; estime que la création de canaux et d’occasions permettant à des ressortissants de pays tiers de venir travailler ou étudier en Europe devrait jouer un rôle crucial dans l’élaboration des futures politiques en matière de migrations. Afin de pouvoir déterminer le nombre de ressortissants des pays tiers que recevra chaque État membre, il est indispensable de prendre en considération la capacité libre qui existe sur le marché du travail (et ce, notamment du point de vue de sa structure) et dans le système éducatif dans les différentes régions et dans les États membres. Le Comité fait valoir qu’il est par conséquent également nécessaire d’accélérer la procédure d’instauration de régimes de visa simplifiés pour les ressortissants de pays tiers qui participent aux programmes éducatifs, scientifiques et de coopération économique, ainsi que d’approfondir la coopération avec les autres pays concernés, d’informer des possibilités qu’offrent ces programmes et de celles d’une migration légale vers l’Europe, ainsi que des graves périls qu’implique une migration irrégulière; |
| 46. | souligne que pour réussir, une politique migratoire européenne nécessite une bonne compréhension de ce qui constitue une politique d’intégration efficace ainsi qu’un engagement sur le long terme en ce sens, et met l’accent sur le fait que le succès ou l’échec de l’intégration se joue particulièrement au niveau local; attire l’attention sur le fait que nombre de collectivités locales et régionales n’ont guère d’expérience et de ressources sur lesquelles s’appuyer en matière d’intégration, et appelle dès lors la Commission à organiser, en coopération avec le Comité européen des régions, un dialogue structuré annuel sur l’intégration à l’issue duquel seront élaborées, révisées et actualisées des lignes directrices à l’attention des collectivités locales et régionales de toute l’Europe en vue d’assurer une intégration sans heurts; |
| 47. | se félicite de la proposition d’octroi d’une prime incitative de 6 000 euros provenant du Fonds «Asile, migration et intégration» pour la relocalisation de chaque personne dans le contexte du programme de relocalisation d’urgence, mais insiste pour que ces fonds soient mis à la disposition du niveau de pouvoir chargé d’accueillir les migrants; dans l’immédiat, demande que les règlements pertinents soient modifiés afin d’octroyer aux régions et aux collectivités locales un accès direct au Fonds «Asile, migration et intégration»; estime en outre qu’il convient de développer à plus long terme également des instruments qui encouragent durablement la prise en charge de réfugiés en octroyant des aides financières directement aux collectivités locales et régionales concernées; |
| 48. | souhaite que l’agenda européen en matière de migration, ainsi que les conclusions du Conseil européen et les discussions dans le cadre du Conseil «Justice et affaires intérieures», deviennent la référence pour l’adoption et la mise en œuvre de politiques efficaces en matière de migration et d’asile, fondées sur le respect des droits fondamentaux et la solidarité entre l’Union européenne, les États membres, les collectivités territoriales et les migrants; |
| 49. | rappelle que la coopération et la solidarité seraient grandement facilitées si l’on s’efforçait davantage de trouver des solutions pratiques et pragmatiques. S’agissant des questions d’intégration, il faut tirer parti de l’expérience des collectivités territoriales; |
| 50. | souligne que le Comité des régions est bien placé pour nouer le dialogue avec les villes et régions de toute l’Europe, faciliter et encourager l’échange d’idées et de pratiques innovantes et faire progresser le débat sur les différentes manières d’obtenir une participation plus efficace des collectivités territoriales à la conception et à la mise en œuvre des politiques d’immigration et d’intégration, conformément à la gouvernance à niveaux multiples et au principe de subsidiarité; |
| 51. | rappelle qu’il y a lieu d’adopter une approche ascendante pour remédier aux disparités existantes entre les États membres et les régions s’agissant des conditions d’accueil des demandeurs d’asile, réfugiés ou migrants irréguliers à leur première arrivée et du niveau d’efficacité et de rapidité dans le traitement des demandes et dossiers; |
| 52. | invite instamment l’Union européenne et les autorités nationales et infranationales à travailler en étroite collaboration avec la société civile, les associations de migrants et les communautés locales et à se montrer réceptives à leur contribution; |
| 53. | réaffirme que l’Union européenne devrait saisir toutes les occasions de coopérer avec des partenaires institutionnels et de favoriser le débat dans tous les cadres pertinents. À cet égard, des organisations internationales non gouvernementales telles que l’Organisation internationale pour les migrations, les réseaux de coopération existant avec les États tiers et avec la société civile ainsi que les échanges au niveau des collectivités territoriales, comme par exemple à travers l’ARLEM ou la CORLEAP, constituent des composantes importantes de la coopération. |
Bruxelles, le 3 décembre 2015.
Le Président du Comité européen des régions
Markku MARKKULA
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