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AccueilDroit européen52015IR2700
Initiative législative52015IR2700

Avis du Comité européen des régions — La dimension locale et régionale de l’accord sur le commerce des services (ACS)

CELEX52015IR2700
TypeInitiative législative
Datevendredi 4 décembre 2015

Résumé IA

Cet avis du Comité européen des régions analyse l'impact potentiel de l'Accord sur le commerce des services (ACS) sur les collectivités locales et régionales de l'UE. Il souligne les risques de déréglementation des services publics locaux et la nécessité de préserver la capacité des autorités locales à réguler dans l'intérêt général. Le texte appelle à une exclusion claire des services d'intérêt général et à une transparence accrue dans les négociations commerciales.

Texte intégral

10.2.2016

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 51/39


Avis du Comité européen des régions — La dimension locale et régionale de l’accord sur le commerce des services (ACS)

(2016/C 051/08)

Rapporteur:

M. Helmuth MARKOV (Allemagne, PSE), ministre de la justice, des affaires européennes et de la protection des consommateurs du gouvernement du Land de Brandebourg

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITE EUROPÉEN DES RÉGIONS

Observations préliminaires

1.

L’accord sur le commerce des services (ACS) constitue un accord commercial que des membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui sont actuellement au nombre de 51, dont l’Union européenne (1), négocient depuis le début de l’année 2013;

2.

Les parties aux négociations ont pour objectif de libéraliser le commerce des services, étant donné qu’il représente un pan important de l’économie mondiale. Dans l’Union européenne, le secteur des services emploie près de 68 % de la main-d’œuvre et 10 millions d’emplois y dépendent des exportations de services. Par «libéralisation du commerce des services», on entend au premier chef la suppression des obstacles que les prestataires de services rencontrent pour les fournir dans d’autres pays;

3.

Bien que les négociations sur l’ACS soient menées en dehors de l’OMC, cet accord doit être compatible avec l’accord général sur le commerce des services (AGCS), afin de pouvoir être converti en accord multilatéral si d’autres membres de l’OMC venaient ultérieurement à y souscrire;

Observations générales

4.

Dans son avis du 3 juillet 2003 sur les négociations relatives à l’accord général sur le commerce des services de l’OMC, le Comité des régions (CdR) constatait déjà que les négociations sur le commerce des services revêtent une grande importance pour les intérêts des économies des régions, les entreprises [notamment les petites et moyennes entreprises (PME)] qui y sont établies étant intéressées à disposer d’un accès plus aisé aux marchés extérieurs à l’Union européenne, ainsi que pour ceux des collectivités locales et régionales, qui dans une large mesure réglementent, voire dans certains cas fournissent elles-mêmes des services; dans le même temps, il faisait observer l’impossibilité, pour les entreprises relevant d’une collectivité territoriale, de respecter le principe d’ouverture réciproque des marchés, en raison des liens les unissant à leur territoire;

5.

Les points de vue ainsi exprimés s’appliquent également aux négociations sur l’ACS, tout comme le constat que les services publics sont nés de la conception qu’ont les collectivités territoriales de leurs devoirs et obligations envers les citoyens, de sorte qu’il y a lieu de garantir le maintien du contrôle démocratique sur lesdits services, ainsi que leur continuité, leur accessibilité et leur qualité;

6.

se félicite de l’orientation générale du projet de rapport du Parlement européen formulant des recommandations à la Commission sur les négociations relatives à l’ACS, qui affirme que cet accord devrait «apporter des avantages concrets aux consommateurs et permettre l’accès des parties intéressées aux discussions afin de faciliter une future multilatéralisation» et, par conséquent, que «les services publics et culturels, les droits fondamentaux à la confidentialité des données et à des conditions de travail équitables ainsi que le droit de réglementer ne sont pas négociables et devraient être exclus sans équivoque du champ d’application de l’accord»; se félicite en outre des nombreuses références à la dimension locale et régionale des négociations sur l’ACS qui figurent dans le projet de rapport;

7.

souligne que le mandat de négociation de l’Union européenne pour l’ACS ne couvre que les dispositions d’accès aux marchés et la non-discrimination des fournisseurs étrangers, mais ne concerne pas le droit de l’Union européenne, des États membres et de leurs collectivités territoriales à réglementer eux-mêmes les services;

Recommandations générales

8.

reconnaît que les services forment une composante essentielle de l’économie mondiale et de celle de l’Europe et que la poursuite de la libéralisation de leur commerce, grâce à l’ACS, devrait apporter de nombreux avantages économiques, au premier chef pour le secteur privé de divers pays;

9.

soutient les discussions actuelles sur l’ACS et souligne la nécessité de trouver un équilibre entre le besoin de confidentialité des parties durant le processus de négociation et l’impératif général de transparence, afin de garantir qu’il soit possible d’obtenir des résultats légitimes avec une participation de l’ensemble des parties concernées; se réfère à cet égard à la pratique suivie par l’OMC en matière d’accès public aux documents de négociation et s’attend à ce qu’elle soit également appliquée à l’ACS;

10.

salue les efforts déployés par la Commission européenne pour rendre les négociations plus transparentes; souligne cependant que, même si elle a fait en sorte que le grand public puisse accéder au mandat de négociation, il convient que les élus locaux et régionaux, qui sont représentés au niveau de l’Union européenne par le CdR, soient conviés aux dialogues qu’elle mène au début et à la fin des cycles de négociation;

11.

se félicite que les directives adressées à la Commission européenne en vue de la négociation de l’accord comportent la disposition suivante: «L’accord devra confirmer le droit de l’Union européenne et de ses États membres de réglementer la fourniture de services sur leur territoire et d’introduire de nouvelles règles en la matière, en vue d’atteindre des objectifs de politique publique»;

12.

soutient qu’en ce qui concerne les services publics, les directives de négociation de l’accord se doivent de faire référence aux articles 14 et 106 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) et au protocole no 26 sur les services d’intérêt général, et exige le respect absolu de l’autonomie de l’échelon local et régional, conformément à l’article 4, paragraphe 2, du traité sur l’Union européenne (TUE); à cet égard, déplore toutefois que, s’agissant des services publics de prévoyance, l’Union européenne recoure à des acceptions divergentes suivant les différents traités commerciaux qu’elle négocie actuellement, à savoir l’accord économique et commercial global (AECG), le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI) et l’ACS;

13.

souligne que les négociations sur l’ACS ne concernent pas la privatisation de services;

14.

insiste sur la nécessité de collecter des données exhaustives et comparables concernant l’impact des dispositions de l’ACS sur le niveau local et régional et, sur la base de ces informations et analyses d’impact, de mettre dûment à jour les présentations statistiques et les prévisions économiques;

15.

exprime son inquiétude de constater que l’évaluation d’impact sur la durabilité qui était prévue dans les directives de négociation de l’Union européenne (2) n’ait pas encore été menée à terme. Demande qu’il soit tenu compte, dans cette évaluation (évaluation d’impact territorial), de l’impact de l’ACS sur la cohésion territoriale;

16.

met l’accent sur les obligations découlant de l’article 11 du TFUE, aux termes duquel les exigences de la protection de l’environnement doivent être intégrées dans la définition et la mise en œuvre des politiques et actions de l’Union, en particulier afin de promouvoir le développement durable;

17.

s’estime tenu, dans le contexte des négociations de l’ACS, d’attirer l’attention de la Commission européenne sur les intérêts spécifiques de l’échelon régional et local. Ce devoir pourrait revêtir une portée bien plus importante s’il devait s’avérer, en vertu de l’avis de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et Singapour, que l’ACS présente les caractéristiques d’un accord commercial mixte, qu’il conviendrait de soumettre, dans divers États membres, à la ratification des assemblées qui représentent l’échelon régional;

18.

relève qu’à l’article 3, paragraphe 1, du TFUE, la politique commerciale commune fait partie intégrante des domaines ressortissant à la compétence exclusive de l’Union. Quoi qu’il en soit, il y a lieu, notamment au regard du principe de subsidiarité, de clarifier le plus tôt possible comment les compétences se répartissent dans les négociations commerciales lorsque ces tractations affectent des domaines qui entrent dans le champ de responsabilité des États membres;

Propositions

19.

Le CdR soutient l’approche selon laquelle une liste négative des secteurs à exclure de l’accord serait utilisée sous l’angle de la non-discrimination, tandis qu’une énumération positive des domaines d’action que l’ACS est censé couvrir serait d’application pour ce qui concerne l’accès aux marchés;

20.

attend que les stratégies favorables à la diffusion des données, même si elles sont essentielles pour les activités commerciales et la croissance, ne soient engagées qu’à condition de ne pas affecter le droit des citoyens à une protection adéquate de leur vie privée, c’est-à-dire une sauvegarde intégrale et inconditionnelle des données à caractère personnel; demande dès lors que les mesures relatives à la protection de la vie privée des personnes pour ce qui est du traitement et de la dissémination de données personnelles, ainsi qu’à celle du caractère confidentiel des dossiers et comptes personnels, fassent l’objet d’une dérogation générale et inconditionnelle, conformément à l’article XIV de l’AGCS et dans la continuité de celui-ci; rejette par ailleurs fondamentalement que l’accord s’applique à des mesures relatives à la protection des données tant que l’Union européenne n’aura pas mis en œuvre, pour cette protection, un cadre juridique global qui soit adapté aux dernières évolutions en matière de numérisation;

21.

s’oppose à toute limitation de la souveraineté réglementaire des gouvernements et des collectivités locales et régionales, notamment dans les domaines de l’éducation, de la culture, du théâtre, des bibliothèques, des musées et des finances, ainsi que de la sécurité sur le lieu de travail, de la protection de l’environnement et de celle des données, des services sociaux et des soins de santé financés par des fonds publics, de la concession de licences aux établissements sanitaires et aux laboratoires, des installations de traitement des déchets et des centrales électriques, des normes de protection des consommateurs, de celles assurant la cohésion sociale, des établissements scolaires et des prestations éducatives financées par des fonds publics ou de celles, autres, à financement privé, ainsi que des règles applicables aux marchés publics;

22.

rejette toute restriction qui, en matière de financement croisé entre entreprises d’une même collectivité territoriale, irait au-delà de celles posées par le droit de l’Union européenne et celui des États membres;

23.

réclame l’adoption d’une clause de révision portant sur le réexamen éventuel de l’accord et l’inclusion dans son texte d’une réglementation permettant de révoquer à tout moment des décisions relatives à la libéralisation d’un service;

24.

se prononce contre l’incorporation de dispositions qui contraindraient les collectivités territoriales à préserver le degré de libéralisation atteint lors de la conclusion de l’accord (clause de statu quo), interdiraient qu’un service libéralisé retourne aux mains du secteur public (clause à effet de cliquet) ou soumettraient automatiquement et intégralement à libéralisation toute prestation nouvelle (clause d’assurance sur l’avenir);

25.

est d’avis que l’ACS devra se borner à définir des normes minimales, sans restreindre le droit d’en appliquer de plus sévères;

26.

revendique l’inclusion dans l’ACS d’un chapitre social qui établisse, sur la base des conventions pertinentes de l’Organisation internationale du travail, des normes de protection dans le domaine social, notamment celui du travail, sans qu’il rende impossible la multilatéralisation de l’ACS;

27.

réclame que le principe du pays de destination soit conforté dans différentes normes, y compris, tout particulièrement, dans le domaine couvert par le mode 4 (libre circulation de prestataires temporaires de services ou de travailleurs détachés au sein d’un groupe), le but étant de préserver les exigences de qualification demandées à l’embauche, ainsi que le droit du pays d’accueil en matière de travail et de conventions collectives; il n’est ni envisageable ni tolérable que cette libre circulation donne lieu à une utilisation abusive qui, par le recrutement de salariés à durée déterminée, empêche toute grève ou contourne les dispositions juridiques régissant les relations sociales;

28.

appelle à ce que le texte de négociation reconnaisse pleinement le droit de la puissance publique de réglementer dans l’intérêt collectif (droit de réglementer) que possèdent les pouvoirs publics européens, nationaux, régionaux et locaux et pose que la coopération réglementaire ne peut, à aucun niveau, ni esquiver les lois ou règlements démocratiques ni freiner le processus de leur élaboration;

29.

demande que l’ACS prévoie la possibilité de réaliser un contrôle juridictionnel concernant le respect des droits de l’homme dans le cadre du commerce des services;

30.

exige que les contestations juridiques touchant au respect de cet accord soient portées devant les juridictions publiques dans le lieu où sont établis le défendeur ou les défendeurs, qu’elles soient menées dans leur langue et selon le régime juridique en vigueur dans leur pays et qu’elles puissent faire l’objet d’un recours en révision. Les procédures de règlement des différends entre États devraient s’appuyer sur le dispositif actuellement en vigueur au niveau de l’OMC. Un mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États n’est pas souhaitable dans cet accord;

31.

propose d’envisager d’inclure dans l’accord des dispositions touchant à la protection en ligne du consommateur, qui s’attacheront en particulier à lutter contre les opérations commerciales frauduleuses et à instaurer des règles de juridiction spécifiques dans le cas de transactions avec des consommateurs, sur le modèle du règlement Bruxelles I;

32.

table sur la garantie d’un service universel, notamment afin que les citoyens résidant dans des régions éloignées, des territoires frontaliers, des zones insulaires, montagneuses, etc., n’aient à supporter ni restrictions de la qualité des prestations ni charges financières plus élevées que ceux résidant dans des agglomérations urbaines;

33.

refuse que les prescriptions municipales et régionales sur l’affectation des sols et les plans de développement ou d’urbanisme soient rangés dans la catégorie des entraves non tarifaires aux échanges;

34.

se félicite que les services audiovisuels soient explicitement exclus du champ des négociations, mais déplore qu’il n’en aille pas de même de ceux qui concernent la culture; exprime dès lors son inquiétude quant à la difficulté de les délimiter et pose la demande que, tout comme le droit d’auteur et la propriété intellectuelle, la diversité linguistique et les spécificités culturelles des collectivités territoriales bénéficient d’une protection particulièrement attentive aux intérêts des minorités;

35.

est catégoriquement hostile à l’instauration, dans le domaine des services financiers, d’obligations qui contredisent les dispositions en vigueur dans l’Union européenne en matière de réglementation des marchés et produits financiers;

36.

compte sur la tenue d’une deuxième consultation publique relative à l’ACS et demande avec insistance à la Commission européenne de tenir compte de ses résultats et de ceux de la consultation antérieure lorsqu’elle procédera à son évaluation finale des dispositions exposées dans l’accord;

37.

demande que les négociations sur l’ACS soient conçues dans un esprit d’ouverture, qui permettrait que les pays en développement et les États les moins avancés s’y associent s’ils le souhaitent;

38.

souligne la nécessité d’une approche multilatérale dans la perspective d’un monde de plus en plus intégré;

39.

revendique la négociation de règles commerciales qui contribuent tout à la fois à un commerce équitable et juste et au développement durable, et se félicite dans ce contexte que, dans sa stratégie commerciale, la Commission européenne ait annoncé que la politique commerciale européenne doit être conforme au programme de développement durable à l’horizon 2030.

Bruxelles, le 4 décembre 2015.

Le Président du Comité européen des régions

Markku MARKKULA


(1) Les actuelles parties prenantes aux négociations de l’ACS sont l’Australie, le Canada, le Chili, la Colombie, la Corée du Sud, le Costa Rica, les États-Unis, Hong Kong, l’Islande, Israël, le Japon, le Liechtenstein, Maurice, le Mexique, la Norvège, la Nouvelle-Zélande, le Pakistan, Panama, le Paraguay, le Pérou, la Suisse, Taïwan, la Turquie et les 28 États membres de l’Union européenne.

(2) Voir http://data.consilium.europa.eu/doc/document/ST-6891-2013-ADD-1-DCL-1/fr/pdf (paragraphe 10).


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