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AccueilDroit européen52015IR2712
Initiative législative52015IR2712

Avis du Comité européen des régions — L’avenir de l’aquaculture européenne

CELEX52015IR2712
TypeInitiative législative
Datemardi 13 octobre 2015

Résumé IA

Cet avis du Comité européen des régions formule des recommandations pour renforcer la compétitivité et la durabilité de l'aquaculture dans l'UE, en insistant sur la simplification administrative, l'accès aux zones côtières et l'innovation. Il souligne la nécessité d'une meilleure coordination entre les politiques de l'UE (PAC, PCP, environnement) et d'un soutien accru aux petites et moyennes entreprises du secteur. Pour un professionnel du droit français, ce texte préfigure des évolutions réglementaires impactant les autorisations d'exploitation et les normes environnementales applicables aux activités aquacoles.

Texte intégral

17.12.2015

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 423/20


Avis du Comité européen des régions — L’avenir de l’aquaculture européenne

(2015/C 423/04)

Rapporteur:

M. Jesús GAMALLO ALLER (ES/PPE), directeur général chargé des relations extérieures et européennes de la Junte de Galice

I. ANALYSE DU CONTEXTE

Le développement de l’aquaculture

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS

1.

rappelle que l’aquaculture a déjà fait l’objet de plusieurs avis émis par le Comité au cours de ces dernières années et que, pour la première fois, la politique commune de la pêche (ci-après «PCP») pour la période 2014-2020 accorde une place spécifique à l’aquaculture, qu’elle met sur un pied d’égalité avec la pêche extractive, en dépit du fait que ce secteur n’ait pas encore décollé au sein de l’Union européenne;

2.

accueille favorablement les synergies offertes par la fusion, au sein de la Commission européenne, entre la direction générale des affaires maritimes et de la pêche et celle de l’environnement, et considère que ce regroupement peut contribuer favorablement au développement de l’aquaculture européenne;

3.

se félicite que le nouveau Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP) fasse figurer parmi ses priorités la promotion d’une aquaculture durable et compétitive et donne une véritable impulsion aux nouvelles formes d’aquaculture présentant de fortes potentialités en termes d’innovation et de croissance, telles que l’aquaculture en haute mer ou en eau libre, l’aquaculture non destinée à la consommation humaine ou la diversification aquacole, conçue comme une activité complémentaire orientée vers l’exploitation des ressources environnementales associées aux établissements aquacoles, qui permet une diversification de l’activité économique du secteur aquacole, tout en promouvant ses produits;

4.

rappelle que les orientations stratégiques définies en 2013 pour le développement durable de l’aquaculture dans l’Union mettent en avant le caractère stratégique que revêt la production aquacole au regard des enjeux de l’alimentation, de la protection des ressources naturelles et de l’aménagement des territoires;

5.

reconnaît que l’aquaculture génère des emplois, notamment dans les zones structurellement défavorisées, contribuant ainsi à améliorer la cohésion territoriale et le développement rural, conformément aux objectifs de croissance visés dans la stratégie Europe 2020;

6.

souligne le rôle fondamental joué par les collectivités territoriales européennes dans le développement de l’aquaculture et notamment dans la mise en œuvre des plans stratégiques pluriannuels définis par les États membres pour la période 2014-2020;

7.

souligne le fait que l’aquaculture européenne est largement dominée par les petites et moyennes entreprises (PME), dont 75 % emploient au plus cinq personnes;

8.

accueille avec satisfaction la création du nouveau conseil consultatif de l’aquaculture, par l’entremise duquel les parties concernées pourront conseiller l’UE sur toutes les questions relatives au développement de ce secteur, et espère pouvoir coopérer avec celui-ci à l’avenir;

9.

souligne l’importance de combiner différentes mesures ayant trait à la simplification administrative, à l’aménagement du territoire et à la compétitivité, afin de contribuer à libérer le potentiel de l’aquaculture en termes de développement durable, dans une perspective de complémentarité et non de substitution par rapport à la pêche extractive;

10.

fait remarquer que, si au niveau mondial l’aquaculture est en augmentation et représente déjà près de 40 % de la production halieutique totale, en Europe la production aquacole est en recul (de 11 % entre 2000 et 2012) et représente moins de 20 % de la production halieutique, bien qu’elle compte 14 000 entreprises et génère 85 000 emplois directs. D’une manière générale, l’aquaculture est appelée à dépasser à brève échéance la pêche, à l’image de ce qui s’est produit dans le passé, lorsque l’agriculture a pris le relais de la chasse;

11.

déplore le fait que, sur les 23 kilogrammes de poissons et de fruits de mer consommés en moyenne par personne et par an en Europe, 24 % seulement proviennent de l’aquaculture et que plus de la moitié soient importés de pays extérieurs à l’UE, ce qui signifie que 70 % du volume total de poissons et de fruits de mer consommés dans l’UE sont importés. En conséquence, c’est à l’aquaculture qu’il reviendra de répondre à la demande croissante de poissons et de fruits de mer au niveau mondial;

12.

exprime sa profonde préoccupation face au déséquilibre existant entre les productions aquacoles asiatique et européenne. L’Asie représente 88 % environ de la production mondiale et, même si la majeure partie des importations de poissons en provenance d’Asie sont conformes à la réglementation de l’UE, ces importations exercent une pression de plus en plus forte sur les producteurs européens quant au prix et au volume de production. Cela amène les producteurs aquacoles européens à se convertir de plus en plus en producteurs spécialisés dans des produits de haute qualité, alors que le segment des produits à bas prix est couvert par les importations asiatiques, qui sont meilleur marché;

13.

insiste sur le fait que le secteur aquacole de l’UE présente une grande diversité en ce qui concerne les espèces élevées, les méthodes de production et la situation géographique. Il convient donc d’appliquer les règles de l’UE de manière souple, notamment dans les régions ultrapériphériques, en raison de leur situation particulière;

II. RECOMMANDATIONS POLITIQUES

Simplification des procédures administratives et accès à l’espace

14.

déplore que le manque de disponibilité d’espaces compatibles avec cette utilisation, la complexité des formalités et les délais requis pour l’obtention des licences et des permis nécessaires à l’exercice de cette activité soient, avec les coûts de ces démarches, un des principaux obstacles auxquels se heurte le développement de l’aquaculture;

15.

rappelle qu’en Europe la délivrance de licences et le soutien aux PME aquacoles opérant sur le territoire de l’UE relèvent généralement de la compétence des collectivités locales et régionales. Il est en conséquence souhaitable d’offrir aux agents publics une formation de qualité afin d’assurer un traitement plus efficace des licences par l’administration;

16.

propose un système administratif de «guichet unique» qui assume et exerce la totalité des compétences, de sorte que la documentation pertinente puisse être présentée devant un seul service administratif, ce qui faciliterait considérablement la relation entre l’utilisateur et les différents niveaux des administrations publiques;

17.

propose un système simplifié ou «accéléré» pour l’obtention de licences, grâce auquel l’administration compétente accorderait une certification provisoire permettant aux opérateurs remplissant certains critères prédéfinis de démarrer leur activité. Ces critères pourraient reposer sur les antécédents du demandeur, sur la présentation d’un projet d’aquaculture qui soit véritablement précurseur en termes d’innovation ou de durabilité, ou sur la création de zones de servitude réservées aux activités aquacoles, où l’on aurait défini au préalable les activités incompatibles avec l’aquaculture;

18.

juge approprié, pour autant que les caractéristiques du territoire le permettent, de mettre en place un système du type «feux de signalisation» afin de classer en différents niveaux les activités aquacoles, en prenant en considération, entre autres, l’impact environnemental, la production, la situation zoosanitaire, etc. Ce système devrait être convivial et facilement accessible aux microentreprises, afin de mettre en place des conditions égales pour les grandes et petites entreprises;

19.

souligne que l’ensemble du processus de prise de décision en matière d’aquaculture doit reposer sur le principe de transparence, qui doit par conséquent régir l’action des institutions publiques, de même que celle de la société civile et de la communauté scientifique;

Compétitivité et gestion de la qualité

20.

insiste sur la nécessité d’améliorer la communication publique, au-delà de la simple promotion des produits. L’accent doit être mis sur les avantages d’un secteur durable et intégré sur le plan environnemental, en tant que facteur déterminant d’une aquaculture plus compétitive;

21.

réaffirme l’importance des activités de recherche, développement et innovation pour l’exploitation de tout le potentiel de croissance de l’aquaculture, tel qu’il est présenté dans le programme stratégique de recherche et d’innovation de la plate-forme technologique et de l’innovation de l’aquaculture européenne (PTIAE), qui décrit les domaines prioritaires d’action, répartis en huit volets thématiques;

22.

se félicite que l’exploitation des ressources aquatiques vivantes soit incluse dans l’une des priorités thématiques du programme européen de recherche et d’innovation «Horizon 2020», et demande instamment à l’industrie et aux autorités publiques d’utiliser les résultats des projets financés pour assurer le développement durable de l’aquaculture;

23.

invite la Commission à instaurer pour les produits de l’aquaculture un étiquetage qui fasse office de label européen et qui contribue à susciter la confiance des consommateurs, rehausse l’image de qualité du produit et le distingue des productions concurrentes. Une information adéquate ne peut que renforcer la compétitivité du secteur;

24.

se félicite grandement du fait que soient mis en œuvre au sein de l’UE des programmes de formation professionnelle et continue adaptés aux besoins du marché de l’aquaculture, qui contribuent en outre à promouvoir l’accès des jeunes à ce secteur, et préconise de faciliter l’homologation des qualifications officielles, afin de favoriser une plus grande mobilité des professionnels de l’aquaculture dans l’Union;

Durabilité de l’aquaculture

25.

souligne une fois encore que la durabilité est une condition sine qua non du développement de l’aquaculture européenne;

26.

rappelle que la durabilité est la première condition imposée par la PCP à l’aquaculture européenne. Qui plus est, l’ensemble des parties et des acteurs concernés appellent de leurs vœux l’élaboration d’une définition appropriée de l’«aquaculture durable», qui doit satisfaire à des critères aussi bien environnementaux que sociaux et économiques et pouvoir s’adapter aux spécificités de chaque territoire; considère que le nouveau conseil consultatif de l’aquaculture a un rôle déterminant à jouer dans l’élaboration de cette définition;

27.

reconnaît que le secteur de l’aquaculture nécessite un aménagement du territoire coordonné, qui permette de limiter dans toute la mesure du possible les conflits relatifs à la compétition pour l’espace entre les utilisations concurrentes, en augmentant la durabilité, en réduisant les incertitudes et en facilitant les investissements; souligne le travail déjà réalisé en ce sens par la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin», dont l’objectif est de protéger et de restaurer les écosystèmes marins européens, ainsi que de garantir la viabilité écologique des activités économiques liées au milieu marin;

28.

juge souhaitable de promouvoir des processus de production innovants ayant une incidence minime sur les écosystèmes environnants, tels que la recirculation, l’aquaculture multitrophique intégrée ou l’aquaponie. Ces différents exemples illustrent le fait que l’exploitation de l’espace est parfaitement compatible avec la quête d’efficacité et la création de richesse et de valeur ajoutée;

29.

fait valoir la nécessité de poursuivre les activités de recherche et d’innovation afin de progresser en ce qui concerne le remplacement des farines et huiles de poisson dans l’alimentation des poissons d’élevage. À cet égard, rappelle que 60 % de l’alimentation utilisée pour la production aquacole est d’origine végétale et que 80 % provient de sources durables, ce qui conforte la viabilité d’un secteur qui ne cesse d’évoluer pour compléter de plus en plus largement et efficacement celui de la pêche sauvage. S’il est nécessaire de rechercher d’autres solutions à la farine et à l’huile de poisson, il importe tout autant de poursuivre le développement technologique de ces produits en vue de leur optimisation et de l’amélioration de leurs performances;

30.

souligne l’importance de l’aquaculture dans la fourniture de services environnementaux et, en particulier, dans la préservation de la biodiversité;

31.

prend acte de l’effet négatif qu’exerce la restauration rapide des espèces protégées sur l’aquaculture durable, et recommande dès lors que les plans de gestion des stocks des espèces soient établis non seulement en se fondant sur des critères scientifiques, mais également en tenant compte des conflits potentiels avec les producteurs aquacoles; invite par conséquent la Commission européenne à tenir compte, lors des futures mises à jour des directives sur la protection de la nature («Oiseaux» et «Habitats»), des conflits qui existent entre les différentes utilisations des espaces maritime, fluvial et terrestre;

32.

préconise une diversification de la culture d’organismes aquatiques et attire notamment l’attention sur la production d’algues qui se sont révélées très adaptées non seulement pour la consommation humaine et animale, laquelle est en augmentation ces dernières années, mais aussi pour certaines productions industrielles ou pour la production d’énergie. Leur important potentiel n’est cependant pas exploité dans l’UE, alors qu’il s’agit de l’une des cultures offrant le plus d’opportunités en termes de durabilité environnementale, puisqu’elle ne nécessite aucune alimentation et ne génère pas de déchets;

Marchés et circuits de distribution

33.

relève que l’opposition entre pêche extractive et aquaculture est dénuée de sens dans le contexte actuel, caractérisé par une augmentation de la demande mondiale de produits aquatiques et dans le même temps par une diminution graduelle de la pression exercée sur les stocks de poissons sauvages au sein de l’UE. En ce sens, il ne peut être question que d’une nécessaire complémentarité;

34.

souligne que la coopération entre l’aquaculture, d’une part, et l’activité de transformation, d’autre part, peut être source de valeur ajoutée pour les produits de l’aquaculture, à condition que cette coopération s’effectue en synergie, en promouvant les deux activités dans les zones moins développées;

35.

recommande de promouvoir un marché local et des circuits courts de distribution pour les produits de l’aquaculture européenne et ainsi de contribuer à atténuer les fluctuations des marchés mondiaux;

36.

rappelle que, dans l’aquaculture, la traçabilité est garantie tout au long du processus, ce qui se traduit par une plus grande sécurité pour le consommateur et minimise les risques de le voir changer ses habitudes concernant la consommation de ces produits;

37.

préconise le recours à des campagnes d’information qui rapprochent le produit du consommateur, afin que celui-ci reconnaisse et apprécie le travail effectué sur le plan de l’approvisionnement alimentaire, de la sécurité alimentaire et de la création d’emplois, ainsi que les bénéfices environnementaux générés à long terme par l’aquaculture;

38.

accueille favorablement le soutien apporté par la Commission européenne aux fins de l’échange de bonnes pratiques et de connaissances techniques, de façon à contribuer à améliorer l’image de la production aquacole dans la société, tout en permettant d’identifier et d’illustrer les modèles existant dans ce domaine; dans ce contexte, accueille avec satisfaction l’initiative de la Commission européenne intitulée «Élevé dans l’UE», une campagne qui contribue sans aucun doute à une sensibilisation accrue aux produits de l’aquaculture durable au sein de l’UE.

Bruxelles, le 13 octobre 2015.

Le Président du Comité européen des régions

Markku MARKKULA


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