| CELEX | 52015IR3865 |
| Type | Initiative législative |
| Date | vendredi 4 décembre 2015 |
| 10.2.2016 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 51/34 |
Avis du Comité européen des régions — Un système d’imposition des sociétés juste et efficace au sein de l’Union européenne
(2016/C 051/07)
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RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS
| 1. | rappelle que toute initiative législative de la Commission, y compris en matière fiscale sur base des articles 113, 115 ou 116 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, doit nécessairement être conforme aux principes de subsidiarité et de proportionnalité; |
| 2. | soutient les quatre objectifs du plan d’action de la Commission sur la fiscalité des sociétés, qui sont:
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| 3. | considère que la législation existante en matière de fiscalité des entreprises — que ce soit au niveau national, européen ou global — n’est plus adaptée au contexte économique actuel fait de mondialisation, de mobilité, de technologies numériques, de nouveaux modèles commerciaux et de structures d’entreprises complexes; |
| 4. | souligne la grande complexité des règles actuelles relatives à l’imposition des sociétés au sein de l’Union, ainsi que le manque de coordination et de complémentarité entre les systèmes des différents États membres; |
| 5. | regrette que certaines entreprises, notamment multinationales, profitent de cette situation pour réduire leurs contributions fiscales, soit par des pratiques juridiquement condamnables de fraude fiscale et d’évasion fiscale illégale, soit grâce à l’utilisation de stratégies de «planification fiscale agressive» qui, si elles peuvent être légales, vont à l’encontre de l’esprit de la législation en la matière; |
| 6. | souligne que, dans un cas comme dans l’autre, ces entreprises sont au final sujettes à une imposition loin d’être équitable, tant elle est faible eu égard à leurs revenus; |
| 7. | rappelle que certains calculs estiment que l’évasion fiscale, la fraude fiscale et la planification fiscale agressive engendrent chaque année dans l’Union européenne une perte de recettes fiscales potentielles de près de 1 000 milliards d’EUR (1); rappelle de plus que ce manque à gagner dégrade les finances publiques à tous les niveaux, y compris pour les autorités locales et régionales; qu’en outre, une perception juste, transparente, efficace et équitable pour toutes les sociétés permettrait un allégement de la charge fiscale; |
| 8. | propose que l’ensemble des accords internationaux auxquels est partie l’Union européenne, et parmi eux les accords commerciaux et accords de partenariat économique, comprennent des clauses de promotion de la bonne gouvernance fiscale, en ce qui concerne la transparence, mais aussi la lutte contre les pratiques fiscales dommageables, et demande à la Commission européenne d’insister sur ce point lors des négociations actuellement en cours notamment sur le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement et sur l’accord sur le commerce des services (ACS); |
| 9. | déplore l’existence et l’étendue de ces pratiques fiscales dommageables, au moment même où de nombreux contribuables, et les particuliers notamment, sont dans certains États membres sujets à une pression fiscale accrue due aux politiques de rigueur; estime que ce manque d’équité fiscale est néfaste pour la paix sociale et la stabilité économique; |
| 10. | rappelle que la complexité des règles actuelles concernant l’impôt sur le revenu des sociétés, si elle est une aubaine pour certaines grandes entreprises qui profitent de leurs failles, est un désavantage clair pour les petites et moyennes entreprises (PME) et les microentreprises, car cette lourdeur administrative freine leurs activités, et celles transfrontalières en particulier; |
| 11. | estime que cette situation constitue de plus un déséquilibre concurrentiel entre les entreprises, principalement les grandes multinationales, qui ont les ressources nécessaires pour se soustraire à l’impôt avec de telles planifications fiscales agressives, et les PME, qui ne les ont pas; |
| 12. | note que l’on observe, à l’échelle de l’Union et sur le long terme, une baisse généralisée des taux légaux de l’impôt sur les sociétés; |
| 13. | souligne, par contre, que cette baisse des taux s’est accompagnée ces dernières années de différentes évolutions, telles l’élargissement des assiettes, l’augmentation de la création de sociétés et la faiblesse des taux d’intérêt (limitant les montants déductibles), qui auraient dû mener à une augmentation des recettes tirées de l’impôt sur le revenu des sociétés; |
| 14. | constate qu’il est difficile de comparer les taux effectifs pratiqués dans les différents États membres et suggère dès lors d’élaborer un mode de calcul commun, afin de permettre l’établissement d’un tableau comparatif des taux effectifs d’imposition dans les différents États membres; |
| 15. | soutient, au regard d’études de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) selon lesquelles certaines multinationales utilisent des stratégies qui leur permettent de ne payer que 5 % d’impôts sur les bénéfices alors que des entreprises plus petites en acquittent jusqu’à 30 %, la revendication que les multinationales devraient déclarer dans leurs états financiers pour chaque État membre et chaque pays tiers dans lequel elles sont établies un ensemble d’informations agrégées, y compris leur résultat d’exploitation avant impôt, les impôts sur le résultat, le nombre de salariés, les actifs détenus; ces informations devraient être mises à la disposition du public, si possible sous la forme d’un registre central européen; |
Assiette commune consolidée de l’impôt sur les sociétés (ACCIS)
| 16. | reconnaît le double potentiel d’une assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS): en premier lieu, dans la lutte contre la planification fiscale agressive, la fraude et l’évasion fiscale, et la concurrence fiscale dommageable entre États membres, et, en second lieu, dans le but de renforcer le marché unique et de diminuer les charges administratives pesant sur les sociétés de toutes tailles ayant des activités transfrontalières; |
| 17. | estime que le fait de déterminer son assiette imposable avec un seul ensemble de règles fiscales, et non pas 28, constituerait une simplification et une source d’économie en termes de frais administratifs pour les sociétés, et que celle-ci serait particulièrement significative pour les PME qui sont actives dans plusieurs États membres; |
| 18. | souligne, par conséquent, les effets positifs qu’une ACCIS est susceptible d’avoir sur la croissance économique, l’emploi et la justice fiscale, ainsi que les finances publiques, y compris celles des autorités locales et régionales; |
Aspect locaux et régionaux d’une ACCIS
| 19. | estime que, malgré le fait que l’ACCIS ne vise pas — en tout cas dans la proposition de 2011 — directement les impôts locaux et régionaux, sa mise en place aurait un impact sur les recettes fiscales des autorités locales et régionales, dont une partie provient, selon les États membres, d’impôts locaux ou régionaux prélevés sur la base imposable nationale et/ou d’une quote-part de l’impôt des sociétés national; |
| 20. | invite la Commission à étudier avec attention l’impact potentiel d’une nouvelle proposition législative de mise en place de l’ACCIS sur les autorités locales et régionales, et plus particulièrement sur leurs budgets, sans pour autant recommencer entièrement la procédure de l’analyse d’impact de l’ACCIS, qui retarderait inutilement la mise en application de celle-ci; |
| 21. | souligne que, dans certains États membres, les impôts locaux et régionaux seraient affectés par l’instauration d’un régime «ACCIS», étant donné qu’il serait logique, dans un but de simplification, que celui-ci soit également utilisé pour la détermination des impôts locaux et régionaux; |
ACCIS et taux d’imposition
| 22. | souligne que l’ACCIS n’a pas vocation à harmoniser les taux d’imposition sachant que les traités actuels ne comportent aucun article spécifique à la fiscalité directe. Néanmoins, cette absence de perspective d’harmonisation sur base des traités actuels ne fait pas obstacle à l’hypothèse que des États membres puissent envisager des coopérations renforcées en la matière; |
| 23. | note que les taux légaux d’imposition des sociétés dans les différents États membres sont un indicateur imprécis, voire trompeur, tant il existe de divergences en ce qui concerne les assiettes imposables, et les déductions et régimes préférentiels; souligne que, dans certains cas, le taux effectif d’imposition est sans commune mesure avec le taux légal; |
| 24. | demande par conséquent, et dans l’intérêt de la transparence, que les États membres et les régions dotées de pouvoirs réglementaires en matière d’impôt des sociétés fournissent à la Commission des chiffres détaillés concernant le taux effectif moyen de l’impôt sur le revenu des sociétés en vigueur, toutes déductions incluses; |
Caractère obligatoire et report de la consolidation
| 25. | se félicite des velléités de la Commission de rendre l’ACCIS obligatoire dans sa nouvelle proposition, au moins pour les sociétés multinationales, tant il est évident que celles d’entre elles se livrant à des stratégies fiscales agressives, voire à l’évasion ou à la fraude fiscales, ne souscriraient pas à un régime d’ACCIS empêchant ces pratiques s’il était facultatif; |
| 26. | rappelle que le Comité avait ainsi proposé dans son avis de 2011 que l’ACCIS soit rendue obligatoire après une période de transition, du moins pour les entreprises d’une certaine taille (2); |
| 27. | estime souhaitable qu’une ACCIS soit créée immédiatement. Étant donné que les négociations relatives à la consolidation sont longues et difficiles, le Comité des régions soutient l’approche de la Commission concernant le report de l’élément de consolidation de l’ACCIS, si cela doit permettre d’avancer avec les négociations sur les autres éléments de la proposition, et notamment la définition de l’assiette commune; prend acte de ce fait de l’annonce faite dans son programme de travail pour 2016, adopté le 27 octobre, de son intention de retirer la proposition «ACCIS» actuelle, mais s’interroge dans quelle mesure son intention de la remplacer «par des propositions en faveur d’une approche par étapes commençant par s’accorder sur une assiette fiscale obligatoire» anticipe les conclusions de la consultation publique que la Commission a lancée le 8 octobre et qui est ouverte jusqu’au 8 janvier 2016; |
| 28. | rappelle, cependant, que la consolidation doit continuer à faire partie des objectifs des institutions européennes et des États membres en matière de fiscalité des entreprises, dans le sens où elle fournirait une réponse aux questions de prix de transferts intragroupes à l’intérieur de l’Union européenne et aux problématiques d’évasion fiscale qui leur sont liées, et représenterait de plus une simplification et une économie substantielle en termes de frais administratifs pour les entreprises; |
| 29. | considère qu’en cas d’échec des négociations sur la consolidation, un taux d’imposition minimal pourrait être envisagé; |
| 30. | s’inquiète par ailleurs de la possibilité que le mécanisme de compensation transfrontalière temporaire envisagé par la Commission dans l’attente de la mise en place de la consolidation puisse éventuellement donner lieu à de nouvelles possibilités de planification fiscale agressive; au regard de ce risque, qui se traduirait par la perte de recettes considérables pour les États membres, le Comité invite la Commission à accélérer le calendrier de mise en œuvre initialement proposé; |
Autres considérations sur l’ACCIS
| 31. | estime que le traitement favorable réservé à l’endettement et aux intérêts dans de nombreux régimes fiscaux est un frein à la diversification des modèles de financement des entreprises, et empêche le renforcement dans l’Union européenne du financement de sociétés sur fonds propres, qui est couramment pratiqué dans d’autres pays; |
| 32. | demande donc à la Commission et aux États membres de favoriser une plus grande diversification des sources de financement pour les sociétés, qui serait indubitablement bénéfique pour la croissance et l’emploi; |
| 33. | rappelle la proposition du Comité, émise dans son avis de 2011 sur l’ACCIS, de prendre en compte les frais récurrents relatifs à la protection de l’environnement et à la réduction des gaz à effet de serre lors de l’établissement de la liste des charges déductibles, notamment en ce qui concerne les initiatives visant à l’adoption de processus de production intégrés à faible impact environnemental; |
| 34. | invite la Commission à inclure une telle possibilité de déduction dans sa nouvelle proposition législative attendue en 2016; |
| 35. | rappelle également, comme exprimé en 2011, que, pour atteindre complètement son but de simplification administrative, la mise en place d’une assiette imposable commune et consolidée devrait aller de pair avec la mise en place de règles comptables communes; |
Travaux de l’OCDE
| 36. | se félicite que les travaux de l’OCDE aient abouti à l’adoption par les chefs d’État ou de gouvernement du G20 à Antalya le 16 novembre 2015 de son plan d’action concernant l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices, impliquant 62 pays; estime néanmoins insuffisantes les dispositions en termes de déclarations publiques «pays par pays» (country by country reporting), étant donné que l’action 13 du plan prévoit un reporting automatique de données uniquement auprès des administrations fiscales de résidence fiscale de l’entité mère du groupe, sachant qu’au niveau de l’Union européenne l’obligation d’un reporting public existe déjà pour les banques et les industries extractives établies dans l’Union européenne; |
| 37. | demande à la Commission européenne, aux États membres et aux régions disposant de pouvoirs législatifs en matière d’impôt sur les sociétés d’assurer une mise en application contraignante du paquet «BEPS» par le biais d’une nouvelle directive «anti-BEPS», pour lutter efficacement contre ces phénomènes au sein de l’Union; |
| 38. | estime par ailleurs qu’il est positif que l’«approche du lien modifié» ait été adoptée au sein du Conseil «Affaires économiques et financières» (Ecofin), et que cette directive devrait également inscrire dans le droit européen contraignant l’«approche du lien modifié» définie au niveau de l’OCDE dans le cadre du paquet «BEPS» et au sein de l’Ecofin dans le cadre du groupe de travail «Code de conduite», et relative aux régimes fiscaux favorables aux revenus des brevets ou «patent boxes»; |
Juridictions non coopératives
| 39. | considère qu’en parallèle des initiatives et progrès nécessaires au sein de l’Union, il est capital de renforcer l’approche européenne envers les juridictions non coopératives, ou paradis fiscaux; |
| 40. | estime que, dans ce domaine en particulier, la désunion entre États membres et le manque de coordination sont les éléments qui permettent aux entreprises d’éviter leur juste imposition; |
| 41. | accueille favorablement la publication par la Commission d’une «liste des juridictions fiscales non coopératives de pays tiers», en annexe de la communication, et estime qu’il s’agit là d’une initiative symboliquement forte; |
| 42. | considère de plus que la publication de cette liste doit constituer une base pour une discussion ambitieuse, entre l’ensemble des États membres, visant à définir une approche commune et coordonnée au niveau européen envers ces juridictions, afin de lutter contre les pratiques fiscales dommageables qu’elles permettent; |
| 43. | s’interroge sur le caractère éventuellement trop restrictif du critère d’établissement de la liste des juridictions fiscales non coopératives publiée par la Commission, étant donné que celles-ci doivent être identifiées comme telles par au moins dix États membres; |
| 44. | se félicite, à ce sujet, des accords conclus en 2015 par l’Union européenne, d’une part, et la Suisse, l’Andorre et le Liechtenstein, d’autre part, étant donné qu’ils constituent un grand pas en avant pour la transparence et la lutte contre la fraude fiscale; |
| 45. | estime que l’échange automatique d’informations prévu par les accords visés au paragraphe précédent est un instrument efficace pour réduire et combattre les stratégies fiscales agressives, et devrait être généralisé; se félicite par ailleurs que plusieurs des juridictions non coopératives listées par la Commission aient adopté ou se soient engagées à adopter la norme mondiale en la matière. |
Bruxelles, le 4 décembre 2015.
Le Président du Comité européen des régions
Markku MARKKULA
(1) Rapport intitulé «Closing the European Tax Gap» (Réduire le manque à gagner fiscal en Europe), élaboré à l’intention du groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen par R. Murphy, directeur de Tax Research UK, http://www.socialistsanddemocrats.eu/sites/default/files/120229_richard_murphy_eu_tax_gap_en.pdf (en anglais).
(2) Avis du Comité des régions — «Une assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS)», rapporteur: Gusty Graas (LU/ADLE), réf.: ECOS-V-018/CdR 152/2011 fin., http://webapi.cor.europa.eu/documentsanonymous/cdr152-2011_fin_ac_fr.doc
Résolution du Parlement européen du 17 décembre 2015 sur le vingtième anniversaire de l'accord de paix de Dayton (2015/2979(RSP))
17/12/2015
Résolution du Parlement européen du 17 décembre 2015 sur la situation aux Maldives (2015/3017(RSP))
17/12/2015
Résolution du Parlement européen du 17 décembre 2015 sur la Malaisie (2015/3018(RSP))
17/12/2015
Résolution du Parlement européen du 17 décembre 2015 sur le rapport annuel de 2014 sur les droits de l'homme et la démocratie dans le monde et sur la politique de l'Union européenne en la matière (2015/2229(INI))
17/12/2015