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Initiative législative52015IR5112

Avis du Comité européen des régions — Suivi du rapport des cinq présidents sur le thème «Compléter l’Union économique et monétaire européenne»

CELEX52015IR5112
TypeInitiative législative
Datejeudi 7 avril 2016

Résumé IA

Cet avis du Comité européen des régions analyse le rapport des cinq présidents sur l'achèvement de l'Union économique et monétaire (UEM). Il souligne la nécessité d'une dimension locale et régionale renforcée dans la gouvernance économique, plaidant pour une meilleure implication des collectivités territoriales dans les réformes structurelles et la coordination des politiques budgétaires. Le texte insiste sur l'importance de la cohésion territoriale et de la légitimité démocratique dans le processus d'intégration économique européenne.

Texte intégral

1.7.2016

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 240/1


Avis du Comité européen des régions — Suivi du rapport des cinq présidents sur le thème «Compléter l’Union économique et monétaire européenne»

(2016/C 240/01)

Rapporteur

:

M. Paul LINDQUIST (SE/PPE), président du Conseil du comté de Stockholm

Document de référence

:

Le rapport des cinq présidents: Compléter l’Union économique et monétaire européenne, collection «Documents de référence sur l’Union économique et monétaire», publié pour la première fois le 22 juin 2015.

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS

Introduction

1.

accueille favorablement le «Rapport des cinq présidents», qui constitue une étape importante pour rendre l’Union économique et monétaire (UEM) plus résistante aux chocs économiques, pour mieux mettre en œuvre les principes et les objectifs de l’Union économique et monétaire énoncés aux articles 3 du traité sur l’Union européenne et 120 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et engager des réformes pour accroître la légitimité démocratique de la gouvernance de l’UEM;

2.

note cependant que le rapport ne propose pas de réformes du Mécanisme européen de stabilité et n’aborde pas la question du défaut souverain à l’intérieur de l’UEM; estime qu’il conviendrait de mettre davantage l’accent sur la résolution des principaux problèmes de l’Union monétaire, à savoir sur les déséquilibres de la balance courante provoqués par des écarts de croissance de la productivité. En effet, ceux-ci entraînent également des déséquilibres des flux de capitaux entre les pays et les régions, et il y aurait lieu de mettre en place des mécanismes permettant de fournir un retour d’information aux pays et aux régions dans lesquels les responsables politiques ou les acteurs économiques s’écartent de ce que l’on considère comme une politique saine et une prise de risques raisonnable;

3.

considère que la situation économique actuelle, caractérisée par une croissance fragile et un taux de chômage élevé, justifie une approche intégrée, fondée notamment sur l’approfondissement du marché unique (1) et des efforts accrus en vue de consolider les finances publiques dans les États membres, pour contribuer à une mise en œuvre continue des réformes structurelles et stimuler les investissements, et créer de cette façon une croissance durable pour l’avenir;

4.

pense que les migrations et la mobilité de la main-d’œuvre offrent un potentiel de nature à stimuler la croissance au sein de l’Union mais qui exige notamment de régler certaines questions telles que l’accès au logement, aux services publics et aux prestations sociales, ainsi que la question de la flexibilité du marché du travail; estime que cela exige de dégager des cofinancements de l’Union européenne afin d’augmenter les capacités d’accueil;

5.

souligne la nécessité de renforcer l’appropriation et la légitimité démocratique de l’Union européenne entière tout en consolidant la dimension régionale, de sorte que la réglementation s’applique de manière équitable et cohérente dans l’ensemble de l’Union, tout en respectant la notion de subsidiarité;

6.

se félicite de la procédure en deux étapes qui vise à s’appuyer, dans un premier temps, sur les instruments et traités existants pour, dans un deuxième temps, procéder à des changements profonds de manière à rendre le processus de convergence encore plus contraignant pour les États membres de la zone euro au moyen de lignes directrices communes en matière de convergence;

Vers une Union économique — convergence, bien-être et cohésion sociale

7.

souligne la nécessité d’une plus grande convergence, tant entre les États membres qu’à l’intérieur de ceux-ci, et constate avec inquiétude les disparités parfois plus nombreuses au sein de certains États membres qu’entre eux;

8.

souligne dans le même temps que les disparités sociales, économiques et territoriales ne pourront être réduites que grâce à un concept fondé sur la stratégie Europe 2020, qui comporte une dimension régionale et une politique de cohésion axée sur les résultats et réitère dès lors son soutien à un processus visant la convergence économique et sociale. En outre, le Comité préconise derechef une vaste consultation à l’échelle de l’Europe sur la future vision territoriale de l’Union européenne à l’horizon 2050. Il est nécessaire de disposer en la matière d’une vision claire sur laquelle l’on pourrait ultérieurement aligner les politiques et les mécanismes de financement (2). Le CdR se félicite que des stratégies relatives à la politique de cohésion au-delà de 2020 soient actuellement à l’étude;

9.

souligne la nécessité de continuer à soutenir le développement des régions frontalières, périphériques et ultrapériphériques, et de celles qui sont confrontées à des défis démographiques de manière à susciter une convergence solide, durable et conforme aux stratégies adoptées au niveau de l’Union européenne dans son ensemble;

10.

met en garde contre la tentation d’adopter une «approche unique», qui ne peut fonctionner étant donné que la situation, à la fois dans et entre les États membres, nécessite de la flexibilité, ce qui exige des autorités de régulation de la concurrence qu’elles respectent les mécanismes nationaux de fixation des salaires et ne s’approprient pas le rôle des partenaires sociaux dans ce domaine;

11.

demande que les autorités de régulation de la concurrence prennent en considération tous les aspects du climat économique au sens large, c’est-à-dire également des facteurs tels que la productivité, les compétences, l’innovation, l’environnement des entreprises et les formalités administratives superflues. Le Comité estime, par conséquent, que la notion de «compétitivité» ne saurait être réduite à une simple question de niveau de rémunération;

12.

partage l’avis selon lequel il convient de mettre davantage l’accent sur l’emploi et le bien-être;

13.

constate que les indicateurs sociaux publiés montrent que le chômage, la pauvreté et l’exclusion sociale se concentrent dans les régions les moins développées et que ces phénomènes sont manifestement liés à la manière dont les précédentes recommandations ont été mises en œuvre, notamment dans le cadre de la stratégie Europe 2020;

14.

se félicite que le «Rapport des cinq présidents» reconnaisse, sur le plan du principe, la dimension sociale comme un impératif économique; réitère dans ce contexte son soutien à l’appel lancé par le Parlement européen aux États membres afin qu’ils envisagent de signer un «Pacte d’investissement social» qui établirait des objectifs d’investissements sociaux au niveau national afin d’atteindre les objectifs de la stratégie Europe 2020 en matière d’emploi ainsi qu’en matière sociale et d’éducation (3);

15.

se félicite que la Commission européenne reconnaisse le rôle des partenaires sociaux s’agissant de faire accepter le renforcement de l’Union économique et monétaire. Cela concerne aussi bien leur rôle dans l’élaboration des programmes nationaux de réforme que, globalement, l’attention accrue portée à l’emploi et aux affaires sociales ainsi qu’à l’objectif du «pilier des droits sociaux». Le dialogue avec les partenaires sociaux est utile et peut accroître le taux d’acceptation dans les États membres. En ce qui concerne l’avenir, les partenaires sociaux peuvent également apporter une contribution importante dans le cadre d’éventuels projets communs qu’ils développeraient sur la base de leur propre plan d’action conjoint;

16.

estime que les disparités régionales doivent être combattues afin de lutter contre les inégalités sociales, de renforcer la croissance, de créer des emplois, d’améliorer la compétitivité et la cohésion au sein de l’UEM comme de l’Union européenne; souligne le rôle important des collectivités territoriales en tant qu’employeurs et dans la mise en place d’un environnement favorable aux entreprises;

17.

considère que les collectivités territoriales ont un rôle capital à jouer pour renforcer la compétitivité au moyen d’initiatives locales et régionales;

18.

se félicite que, selon les recommandations sur la création de conseils nationaux de la compétitivité dans la zone euro [COM(2015) 601 final], ces conseils ne doivent pas se contenter d’apporter une aide à la décision sans présenter aucune proposition définitive;

Concernant le semestre européen

19.

se félicite de la rationalisation et du renforcement du semestre européen dans le cadre actuel, ainsi que de la coordination des documents, en vue d’assurer un meilleur ciblage, d’accroître l’efficacité et de veiller à une appropriation claire afin de réaliser l’objectif de bonne gouvernance de l’Union européenne;

20.

reconnaît la valeur du semestre européen en tant qu’instrument de mise en œuvre de réformes, tant au niveau national qu’au niveau européen, grâce à la coordination des politiques économiques de l’Union européenne et de ses États membres;

21.

réitère l’invitation faite à la Commission et au Parlement de mettre en place un code de conduite garantissant que les collectivités territoriales seront associées de manière structurée au semestre européen, avec l’intention de présenter une proposition concrète dans ce domaine en 2016, et s’engage à mener un dialogue continu avec la Commission européenne à ce sujet;

22.

insiste sur la nécessité que les rapports et recommandations par pays abordent explicitement les questions liées aux disparités régionales et s’appuient systématiquement sur la contribution de l’échelon local et régional;

23.

déplore que la nouvelle structure du semestre européen ne mentionne pas le CdR dans le débat sur les priorités de la zone euro et prie instamment la Commission de se pencher sur les questions régionales dans les documents du semestre européen, à l’aide d’analyses régionales systématiques portant notamment sur l’emploi et les questions sociales;

Vers une union financière — une politique financière intégrée pour une économie intégrée

24.

estime que l’achèvement de l’union bancaire est, à court terme, l’instrument le plus efficace pour prévenir les crises du système financier, briser le cercle vicieux entre les banques nationales et les États membres et réduire au minimum les effets négatifs des chocs économiques;

25.

demande à la Commission et aux États membres de réduire les risques au sein du système financier et de mettre en œuvre des systèmes nationaux de garantie;

26.

estime dès lors que l’une des conditions préalables à la création d’un système européen d’assurance des dépôts (SEAD) réside dans la mise en place et dans le financement du Fonds de résolution unique et des systèmes nationaux de garantie des dépôts, et consiste à définir clairement le lien qui les unit, de manière à réduire au minimum le risque d’aléa moral;

27.

invite la Banque centrale européenne (BCE) et l’Autorité bancaire européenne (ABE) à analyser la qualité des actifs financiers et à procéder à des tests de résistance auprès des institutions financières associées au SEAD dans le but de garantir à ces institutions des conditions de concurrence équitables;

28.

invite la Commission à expliquer la valeur ajoutée du comité budgétaire européen consultatif, dont le secrétariat est assuré par le secrétariat général de la Commission. Il est particulièrement important d’examiner les moyens d’éviter qu’un tel organisme ne contribue inutilement à rendre plus complexes encore les conditions de la surveillance macroéconomique;

29.

regrette que, dans la perspective de la mise en place du comité budgétaire européen, la possibilité de soumettre des observations n’ait pas été prévue. De manière générale, le Comité des régions juge important le contrôle strict du respect des règles du pacte de stabilité et de croissance. Dans le même temps, en raison de la forme actuelle du comité aujourd’hui proposé, un doute subsiste quant au caractère proportionné des avantages escomptés par rapport à l’accroissement attendu de la charge bureaucratique. En outre, la base juridique sur laquelle s’appuie la création du comité et le lien prévu entre celui-ci et les comités budgétaires nationaux ne sont pas clairement définis;

30.

souhaite voir la mise en œuvre de l’union des marchés des capitaux, qui rendrait possibles des flux de capitaux par-delà les frontières sans menacer la stabilité des différentes régions et des différents pays et qui aiderait les entreprises, en particulier les micro-entreprises et les petites et moyennes entreprises (PME), à accéder à une grande variété de sources de financement;

31.

estime qu’une union des marchés des capitaux cohérente et bien conçue devrait englober les 28 États membres de l’Union européenne et promouvoir des conditions de concurrence équitables dans l’ensemble de l’Union européenne; invite les États membres à veiller à ce que l’union bancaire reste accessible aux pays qui n’ont pas encore adopté l’euro;

Vers une union budgétaire — un cadre intégré pour une politique financière saine et intégrée

32.

insiste sur la nécessité de respecter le pacte de stabilité et de croissance et sur l’importance que chaque État membre dispose d’une économie saine et de finances publiques stables, qui sont les conditions préalables à la réalisation des investissements nécessaires, tant à court terme qu’à long terme (4);

33.

demande que les États membres soient tenus d’apporter la preuve qu’ils mènent une politique économique responsable pour pouvoir accéder aux instruments européens destinés à stabiliser l’économie. L’utilisation de ces derniers doit en effet aller de pair avec une mise en œuvre intégrale des réformes structurelles, en vue de renforcer la convergence, la coordination et l’intégration. Le Comité demande que l’aide ne débouche en aucun cas sur des flux unidirectionnels et permanents entre certains pays. Le Fonds de stabilité et d’autres instruments tels que le programme d’appui à la réforme structurelle ne devraient pas avoir pour but de se substituer à l’actuelle politique de cohésion;

34.

estime, comme la Commission, que la prochaine évaluation du «six-pack» et du «two-pack» devrait servir de base pour améliorer la transparence et la légitimité de l’Union européenne, ce qui revêt une importance particulière au niveau local et régional. Le Comité réclame donc un «dialogue économique» entre lui et la Commission, sur le modèle du dialogue existant entre la Commission et le Parlement;

35.

rappelle sa conviction qu’une capacité fiscale est nécessaire pour permettre à l’UEM de disposer d’un mécanisme temporaire d’absorption de chocs (5);

36.

constate que les conditions de financement des investissements dans l’économie réelle ont été fondamentalement modifiées par la crise économique actuelle et souligne le rôle important des collectivités territoriales pour atteindre une efficacité maximale et recenser les obstacles aux investissements productifs;

37.

appelle une nouvelle fois de ses vœux une règle d’or qui sépare les investissements à long terme des dépenses courantes et encourage la mise en place d’un cadre cohérent avec les critères européens, qui permette de déterminer quels sont les investissements indispensables dans le domaine social et dans les infrastructures pour soutenir le potentiel de croissance à long terme;

38.

insiste sur la nécessité d’améliorer la qualité des investissements publics, notamment en appliquant les directives de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour un investissement public efficace dans l’ensemble des secteurs de l’administration, et appelle de ses vœux un débat sur la manière dont la décentralisation budgétaire dans les différentes parties du secteur public peut améliorer la qualité des dépenses publiques et favoriser ainsi un assainissement budgétaire propice à la croissance, sans mettre en péril le principe de solidarité entre les territoires infranationaux d’un État membre;

39.

réitère la demande faite à la Commission européenne de présenter un livre blanc établissant une typologie européenne de la qualité des investissements publics dans les comptes de dépenses publiques en fonction de leurs effets à long terme, et d’inclure un chapitre relatif à la qualité des investissements publics, y compris à l’échelon infranational, dans chacun de ses rapports annuels sur les finances publiques dans l’Union économique et monétaire (6);

Ancrage démocratique, légitimité et renforcement des institutions

40.

estime qu’une Union économique et monétaire approfondie et plus résistante gagnerait à se doter de structures moins complexes et à favoriser une appropriation plus claire et une plus grande transparence, plutôt qu’à ajouter une nouvelle série de règles au cadre existant. Le Comité salue dès lors la volonté de la Commission de simplifier, de renforcer la transparence et de veiller à une appropriation plus claire;

41.

appelle à un réalisme accru en ce qui concerne la mise en œuvre pratique de sanctions administratives à l’égard des pays ne respectant pas les règles définies en commun, ainsi qu’à un débat sur la manière dont les mécanismes du marché pourraient constituer une solution de substitution ou un complément;

42.

souligne qu’il convient de s’attacher particulièrement à garantir que la gouvernance économique se caractérise par des responsabilités claires à tous les niveaux, y compris l’échelon local et régional, qui est souvent celui qui porte la responsabilité de la mise en œuvre des politiques dans différents domaines, tels que l’emploi, la santé et l’éducation;

Conclusions

43.

invite la Commission à associer le Comité aux préparatifs du livre blanc concernant la transition de la première à la deuxième phase des réformes de l’Union économique et monétaire;

44.

souligne l’importance de prendre également en considération, dans les travaux visant à approfondir l’union monétaire, les conséquences pour les relations avec les pays n’appartenant pas à la zone euro et de définir clairement les propositions qui couvrent tous les États membres, et celles qui concernent uniquement ceux de la zone euro;

45.

insiste sur le fait que toute mesure relative à l’achèvement de l’Union économique et monétaire doit être mise en œuvre de la manière la plus transparente possible, afin de ne pas causer de tort aux États membres n’ayant pas encore adopté l’euro et pour éviter l’apparition d’une «Europe à deux vitesses».

Bruxelles, le 7 avril 2016.

Le président du Comité européen des régions

Markku MARKKULA


(1) Voir l’avis du CdR sur le thème «Améliorer le marché unique», adopté les 7 et 8 avril 2016.

(2) Avis du CdR sur le thème «Une vision territoriale pour 2050: quel avenir?» (CdR 4285/2015, adopté le 3 décembre 2015).

(3) Résolution du CdR du 4 juillet 2013 sur l’approfondissement de l’Union économique et monétaire (UEM), CDR4129-2013_00_00_TRA_RES, RESOL-V-007.

(4) Résolution du Comité des régions sur la communication de la Commission européenne intitulée «Examen annuel de la croissance 2016 — consolider la reprise et renforcer la convergence», COR_2015_06756_00_00_RES, RESOL-VI/008, paragraphe 8.

(5) Résolution du CdR du 4 juillet 2013 sur l’approfondissement de l’Union économique et monétaire (UEM), CDR4129-2013_00_00_TRA_RES, RESOL-V/007.

(6) Avis du CdR: «Utiliser au mieux la flexibilité offerte par les règles existantes du pacte de stabilité et de croissance», rapporteure: Mme Olga ZRIHEN (BE/PSE), COR-2015-01185, paragraphe 15.


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