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AccueilDroit européen52016AE0232
Avis institutionnel52016AE0232

Avis du Comité économique et social européen sur «Des systèmes alimentaires plus durables» (avis exploratoire)

CELEX52016AE0232
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 26 mai 2016

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) propose, dans cet avis exploratoire, une feuille de route pour la transition vers des systèmes alimentaires durables au sein de l'UE. Il préconise une approche intégrée couvrant l'ensemble de la chaîne alimentaire, de la production à la consommation, en mettant l'accent sur la réduction du gaspillage, la promotion de régimes alimentaires sains et l'amélioration de la résilience des filières. Cet avis, bien que non contraignant, constitue une contribution majeure aux futures politiques européennes en matière de sécurité alimentaire et de développement durable, influençant potentiellement les législations nationales françaises.

Texte intégral

19.8.2016

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 303/64


Avis du Comité économique et social européen sur «Des systèmes alimentaires plus durables»

(avis exploratoire)

(2016/C 303/08)

Rapporteur:

Mindaugas MACIULEVIČIUS

Le 16 décembre 2015, la future présidence néerlandaise du Conseil de l’Union européenne a décidé, conformément à l’article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, de consulter le Comité économique et social européen sur le thème:

«Des systèmes alimentaires plus durables»

(avis exploratoire).

La section spécialisée «Agriculture, développement rural et environnement», chargée de préparer les travaux du Comité en la matière, a adopté son avis le 11 mai 2016.

Lors de sa 517e session plénière des 25 et 26 mai 2016 (séance du 26 mai 2016), le Comité économique et social européen a adopté le présent avis par 152 voix pour, 1 voix contre et 1 abstention.

1. Conclusions et recommandations

1.1

Conscient de la nécessité urgente de lutter contre les multiples conséquences économiques, environnementales et sociales de la production et de la consommation alimentaires, le CESE invite la Commission européenne et les États membres à élaborer une politique européenne claire et un plan d’action permettant de mettre en place un système alimentaire durable, résilient, sain, juste et respectueux du climat, qui encourage la coopération et la compréhension mutuelle entre toutes les parties prenantes tout au long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Il importe de veiller à une plus grande cohérence et à une meilleure intégration des objectifs et des instruments politiques liés à l’alimentation (par exemple en ce qui concerne l’agriculture, l’environnement, la santé, le climat, l’emploi, etc.) en tenant compte des trois piliers du développement durable.

1.2

Une transition vers des systèmes alimentaires plus durables couvrant l’ensemble des étapes, depuis la production jusqu’à la consommation, est absolument indispensable: les producteurs doivent accroître la production alimentaire tout en réduisant les répercussions sur l’environnement, tandis que les consommateurs doivent être encouragés à opter pour des régimes alimentaires sains et nutritifs qui ont une faible empreinte carbone. L’UE devrait intensifier ses efforts pour mettre en œuvre les objectifs de développement durable des Nations unies (ODD), car ils constituent un cadre essentiel pour l’action commune engagée en vue de nourrir la population mondiale de manière durable d’ici à 2030.

1.3

Le CESE reconnaît qu’aucun système de production alimentaire ne suffira à lui seul à nourrir la planète en toute sécurité. Par contre, une combinaison de différentes pratiques conventionnelles, innovantes et agroécologiques pourrait aider à mieux maîtriser les incidences environnementales et climatiques des systèmes de production alimentaire actuels. En particulier, un mélange d’agroécologie et d’agriculture de précision, qui nécessite la poursuite du développement des TIC et des systèmes satellitaires, pourrait compléter l’agriculture conventionnelle en fournissant un ensemble de principes et de pratiques destinés à améliorer la durabilité des systèmes agricoles, tels qu’une meilleure utilisation de la biomasse, l’amélioration du stockage et de la mobilisation de la biomasse, la garantie de conditions pédologiques favorables, la diversification des cultures et la réduction du recours aux pesticides. Une promotion accrue des modèles agricoles fermés pourrait conduire à l’avènement d’une agriculture sans combustibles fossiles. La réforme de la PAC a mis en place une combinaison de mesures (écologisation, régimes agroenvironnementaux et climatiques, etc.), dont on peut considérer qu’elles vont dans la bonne direction.

1.4

Des revenus agricoles stables et raisonnables pour tous les opérateurs de la chaîne d’approvisionnement alimentaire sont indispensables pour garantir de nouveaux investissements durables et constants dans les technologies agroenvironnementales et les techniques respectueuses du climat.

1.5

La prévention et la réduction du gaspillage alimentaire sont des responsabilités partagées par tous les acteurs de la chaîne alimentaire. Le CESE se félicite que la Commission prévoie, dans le train de mesures sur l’économie circulaire, de créer une plateforme des parties prenantes pour aider à définir les mesures qui s’imposent et à partager les bonnes pratiques en matière de prévention et de réduction du gaspillage alimentaire. Le CESE invite la Commission à étudier comment la hiérarchisation de l’utilisation des produits alimentaires est appliquée en pratique dans les États membres, notamment en ce qui concerne les mesures d’incitation économiques susceptibles d’envoyer des signaux ambigus aux entreprises. Dans la mesure où il soutient une application effective de la hiérarchie des déchets, le CESE préconise également un réexamen du règlement (CE) no 1069/2009 de manière à ce que les denrées alimentaires impropres à la consommation humaine puissent être utilisées comme aliments pour animaux lorsque les conditions de sécurité le permettent.

1.6

Il faut encourager les choix alimentaires durables en les rendant plus disponibles et plus accessibles aux consommateurs. La consommation de produits alimentaires durables devrait être favorisée par la création d’une demande plus forte du marché, grâce à la passation de marchés publics verts ou d’autres approches. Le CESE invite les États membres à revoir leurs recommandations nationales en matière d’alimentation afin de prendre en compte la durabilité, ainsi qu’à soutenir l’éducation alimentaire dans les programmes scolaires. L’UE devrait également encourager l’indication de l’origine, la création de labels qui mettent clairement en évidence les caractéristiques des produits alimentaires liées à la notion de durabilité, ainsi que l’organisation de campagnes publicitaires visuelles à l’échelle de l’UE en faveur de régimes et d’aliments plus sains.

1.7

En liaison avec les programmes de recherche et d’innovation spécifiques, et en combinaison avec des incitations financières pour les producteurs de denrées alimentaires, les politiques de l’Union européenne devraient:

—

promouvoir la transition progressive vers des modèles d’agriculture n’utilisant pas de combustibles fossiles;

—

favoriser une utilisation plus efficace des ressources, y compris de la terre, de l’eau et des nutriments dans l’ensemble du système de production.

1.8

Une transition vers des systèmes alimentaires durables ne requiert pas seulement une politique agricole, mais aussi une politique alimentaire globale, associée à une stratégie de grande ampleur en matière de bioéconomie. Plutôt que de s’engager dans un débat qui divise l’opinion, il convient de mener une réflexion interdisciplinaire réunissant les directions générales de la Commission, un large éventail de ministères et d’institutions des États membres, ainsi que des collectivités régionales et locales, et des acteurs issus de l’ensemble des systèmes alimentaires, afin de s’attaquer aux problèmes liés les uns aux autres que le présent avis met en évidence. Le CESE espère que l’interdépendance entre la production et la consommation alimentaire sera reconnue et qu’une approche politique européenne adéquate incluant différentes initiatives privées sera conçue afin de tracer une voie vers le développement durable, la santé et la résilience. Toutefois, la politique agricole commune et la politique commune de la pêche joueront également un rôle important dans l’UE à l’avenir.

2. Introduction

2.1

Le CESE élabore le présent avis en réponse à la saisine de la présidence néerlandaise de l’Union européenne, afin de mettre en avant les préoccupations croissantes de la société civile concernant les incidences sur l’environnement, la santé, l’économie et les conditions sociales de la production et de la consommation de denrées alimentaires, ainsi que les défis y afférents, consistant à nourrir une population mondiale de plus en plus nombreuse sur une planète aux ressources limitées. L’alimentation est un élément central dans toutes nos sociétés; elle est tributaire des ressources naturelles, tout en ayant une incidence sur ces dernières; elle a des effets sur la santé publique; elle joue un rôle capital dans l’économie européenne, puisqu’elle est le secteur le plus important sous l’angle de l’emploi et de la contribution au PIB.

2.2

Selon le groupe d’experts de haut niveau sur la sécurité alimentaire et la nutrition (HLPE) du Comité de la sécurité alimentaire mondiale, «un système alimentaire durable est un système alimentaire qui garantit à chacun la sécurité alimentaire et la nutrition sans compromettre les bases économiques, sociales et environnementales nécessaires à la sécurité alimentaire et à la nutrition des générations futures» (1). La transition vers des systèmes alimentaires plus résilients et plus durables concerne donc l’ensemble des activités interconnectées et interdépendantes qui interviennent dans la production, la transformation, le transport, le stockage, la commercialisation et la consommation d’aliments. Elle tient compte également du rôle moteur que joue l’évolution de la consommation à l’échelle mondiale dans les modes de production et les types de denrées alimentaires.

2.3

Le CESE souhaite aborder la question des systèmes alimentaires durables de manière globale et mettre principalement l’accent sur le contexte de l’Union européenne, même si les retombées sur les pays tiers sont également prises en compte étant donné que l’Union européenne est le plus grand exportateur et importateur de produits agricoles et alimentaires sur la scène mondiale.

2.4

Une communication sur l’alimentation durable était attendue en 2014, mais elle a ensuite été retirée du programme de travail de la Commission. Le plan d’action de l’UE pour l’économie circulaire de décembre 2015 a repris certaines de ces questions et a mentionné la réduction du gaspillage alimentaire parmi les priorités essentielles, témoignant ainsi de l’engagement pris par l’Union européenne et les États membres, dans le cadre des objectifs de développement durable des Nations unies à l’horizon 2030 (ODD), de réduire de moitié à l’échelle mondiale le volume de déchets alimentaires par habitant au niveau de la distribution comme de la consommation et de réduire les pertes de produits alimentaires tout au long des chaînes de production et d’approvisionnement (ODD 12.3).

3. Principaux défis liés aux systèmes alimentaires actuels

3.1

Le Panel international pour la gestion durable des ressources de l’ONU estime que la production alimentaire est, de tous les secteurs, celui qui a la plus forte incidence sur l’environnement au niveau mondial sous l’angle de l’utilisation des ressources (2). Toutefois, cette incidence est nettement plus faible dans l’UE. Les systèmes alimentaires utilisent de nombreuses ressources naturelles, en particulier les terres, le sol, l’eau et le phosphore, ainsi que l’énergie pour la production des engrais azotés, la transformation, l’emballage, le transport et la réfrigération. Sans surprise, ils ont également des répercussions sur l’environnement à l’échelle de la planète, notamment sur la perte de biodiversité, la déforestation, la dégradation des sols, la pollution de l’eau et de l’air, ainsi que sur les émissions de gaz à effet de serre. L’appauvrissement constant de la biodiversité agricole au niveau des exploitations demeure un sujet de vive préoccupation (3). À l’échelle du globe, la majorité des ressources halieutiques est exploitée à un niveau maximal, voire surexploitée. Il est donc indispensable de gérer l’ensemble de ces ressources d’une manière rationnelle et durable pour garantir la poursuite d’un approvisionnement en aliments sains à un prix abordable.

3.2

Un tiers des aliments produits dans le monde pour la consommation humaine est perdu ou gaspillé, soit jusqu’à 1,6 milliard de tonnes de denrées alimentaires qui représentent 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (4). La production de ces aliments non consommés est responsable de plus de 20 % des pressions exercées sur la biodiversité mondiale et monopolise près de 30 % des terres agricoles de la planète.

3.3

Chaque année, quelque 100 millions de tonnes de denrées alimentaires sont gaspillées (5) dans l’Union européenne. À défaut d’actions préventives, ce gaspillage devrait augmenter de 20 % d’ici à 2020. En Europe, le gaspillage alimentaire a lieu tout au long de la chaîne d’approvisionnement, avec une pointe au niveau des ménages, dont la part est estimée à 46 % (6). Il convient de noter que les secteurs du commerce de détail et de la fabrication ont déployé d’importants efforts pour améliorer la prévention et la réduction du gaspillage alimentaire au cours des dernières années. Les efforts visant à accroître le caractère durable de l’agriculture et de la chaîne d’approvisionnement n’ont guère de sens sans une action renforcée pour réduire les déchets.

3.4

À l’heure actuelle, on dispose de très peu de connaissances à propos des pertes et des gaspillages alimentaires au niveau des exploitations agricoles (7). Les pertes et le gaspillage alimentaires peuvent résulter par exemple de l’absence de modernisation dans certaines exploitations, des annulations de commandes et de la volatilité des prix des matières premières, ce qui conduit à l’enfouissement par le labour de cultures lorsque leur récolte n’est pas économiquement viable (cette pratique a du moins une incidence positive sur l’environnement, car elle contribue à améliorer la teneur en matière organique des sols) ou la mise en décharge et le compostage des denrées alimentaires qui ne peuvent être revendues. Les répercussions des changements climatiques majeurs sur les conditions météorologiques et l’apparition éventuelle de maladies constituent d’autres enjeux de taille, qui continueront de prendre de l’ampleur à l’avenir. Si l’on tient compte de ces répercussions, de nombreuses pertes pourraient être considérées comme du gaspillage alimentaire chaque année. Par rapport au reste du monde, l’UE travaille très activement à la résolution de ce problème. Elle devrait donc soutenir la diffusion de ses bonnes pratiques et de son savoir-faire dans ce domaine.

3.5

Les systèmes alimentaires sont l’une des causes du changement climatique; ils vont aussi fortement en subir les conséquences (8). Les variations climatiques auront des répercussions sur la disponibilité des ressources naturelles de base (eau, sol), ce qui modifiera sensiblement les conditions de la production alimentaire et industrielle dans certaines régions (9). Des situations climatiques extrêmes telles que les inondations, les sécheresses, les incendies, les vents violents, ainsi que d’autres phénomènes de propagation de maladies végétales et animales liés au climat, ont déjà des incidences sur la production alimentaire et en auront encore davantage à l’avenir.

3.6

À l’heure actuelle, la sous-alimentation coexiste sur notre planète avec les effets d’une surabondance d’aliments dans certaines parties du monde. Au niveau mondial, 795 millions de personnes souffrent de la faim, alors que le nombre d’adultes obèses ou en surpoids a dépassé le chiffre de 1,4 milliard, ce qui représente environ 30 % de la population adulte totale, et que les pathologies liées à l’obésité augmentent rapidement, tant dans les pays en développement que dans les pays développés (10). Ces chiffres font apparaître de profonds déséquilibres dans la manière dont les aliments sont produits, distribués et consommés. La croissance démographique et l’augmentation de 82 % de la consommation de viande qui est prévue au niveau mondial d’ici à 2050 accentueront ces deux problèmes (11). Au cours des 20 dernières années, au fur et à mesure de l’urbanisation et de la croissance économique des pays du monde entier, une mutation s’est opérée dans le domaine de la nutrition et a modifié le visage de la production et de la consommation des aliments. Partout dans le monde, les régimes alimentaires évoluent et comportent davantage de produits composés, de viande, de produits laitiers, de sucre et de boissons contenant du sucre (12). Dans le même temps, un nombre croissant de personnes ont un mode de vie sédentaire qui contribue au manque d’activité physique.

3.7

Les animaux d’élevage occupent une place importante et indispensable dans les systèmes alimentaires, car ils sont une source de protéines de haute qualité et d’autres nutriments tels que des vitamines et des sels minéraux. Ils jouent également un rôle non négligeable dans les cycles des substances nutritives dans les exploitations agricoles et au niveau régional, ainsi que dans la préservation des paysages ouverts et diversifiés, des prairies permanentes, des habitats semi-naturels et de la biodiversité, en apportant aux populations des revenus, des actifs et des moyens de subsistance. Dans le même temps, l’UE dispose de nombreuses terres agricoles qui, dans la pratique, ne sont adaptées qu’au seul pâturage. Toutefois, au cours des 50 dernières années, la production de viande et d’œufs a plus que quadruplé, et celle de lait a progressé de plus de 100 %, alors que, durant la même période, la population mondiale avait à peine doublé (13). Il convient de noter que la structure de la demande a également évolué et que l’augmentation de la production de viande, de lait et d’œufs est liée à un accroissement des revenus, tandis que les prix sont demeurés bas.

3.8

Si l’on prend en compte les denrées d’origine végétale destinées à l’alimentation humaine et animale, ainsi que les cultures végétales vouées à la production de semences et à des usages industriels, tels que les biocarburants, le monde produit actuellement une fois et demie la quantité d’aliments nécessaire pour nourrir la population actuelle, ce qui devrait probablement être suffisant pour nourrir la population en 2050. Toutefois, les niveaux actuels de gaspillage alimentaire à l’échelle de la planète et la production d’aliments pour animaux destinée à répondre à l’augmentation de la consommation de viande entraînent un accroissement significatif de la demande de production alimentaire. Pour nourrir la planète de façon durable en 2050 et au-delà, il sera nécessaire que des gains de productivité et d’optimisation des terres agricoles et des ressources halieutiques existantes, compatibles avec la pérennité et la qualité de l’environnement, la sécurité et la santé au travail et la justice sociale soient combinés avec une transition vers des régimes alimentaires durables et une réduction soutenue des pertes et du gaspillage alimentaires.

3.9

L’augmentation et la volatilité des prix des produits agricoles et des intrants au cours des dix dernières années mettent à l’épreuve la sécurité alimentaire et la solidité du système alimentaire et suscitent de profondes inquiétudes tant chez les consommateurs que chez les producteurs. D’une part, les prix finaux élevés n’ont pas conduit à une augmentation des revenus pour les producteurs de denrées alimentaires — au contraire, leur baisse ou leur stagnation a pour conséquence d’exercer une pression baissière sur la composante travail, menaçant ainsi le revenu de tous les intervenants, et, d’autre part, la crise économique a érodé le pouvoir d’achat des consommateurs. Des revenus agricoles stables et raisonnables pour tous les opérateurs de la chaîne d’approvisionnement alimentaire sont indispensables pour garantir de nouveaux investissements durables et constants dans les technologies agroenvironnementales et les techniques respectueuses du climat.

3.10

L’évolution récente des marchés agricoles, notamment dans le secteur laitier, démontre clairement l’existence de ces déséquilibres potentiels, dont la cause n’est pas seulement une offre excédentaire sur le marché, mais également la fermeture d’anciens marchés d’exportation pour des raisons politiques. La stabilité future dépendra largement de la résistance de la base d’approvisionnement aux chocs, dont le changement climatique est le plus prégnant. Les politiques de l’UE devraient vivement encourager la diversification agricole, les formules innovantes de financement, les régimes d’assurance-revenu et d’autres outils de gestion des marchés offrant une protection contre les problèmes d’origine climatique et les turbulences du marché.

3.11

Les conséquences des prix des denrées alimentaires sur le plan social et sous l’angle de la redistribution doivent être examinées du point de vue du producteur ainsi que du point de vue du consommateur. À l’heure actuelle, de nombreux consommateurs n’ont pas les moyens d’acheter des aliments de la meilleure qualité. Au cours des dernières années, les rapports de force dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire ont également connu une mutation qui a entraîné une concentration progressive des fabricants et des détaillants de denrées alimentaires sur les marchés et, par conséquent, un transfert du pouvoir de négociation, principalement au bénéfice du secteur du commerce de détail et au détriment des producteurs primaires. Cette question fera l’objet d’un avis distinct du CESE sur «Une chaîne d’approvisionnement alimentaire plus équitable».

3.12

Étant donné que dans le domaine du commerce mondial, l’on se tourne de plus en plus vers des négociations bilatérales et mégarégionales en l’absence de conclusion du cycle de Doha de l’OMC, il est essentiel que les implications en matière d’environnement et de climat, la qualité des denrées alimentaires et les normes de santé, les normes sanitaires et phytosanitaires au sens large ainsi que le processus de production, c’est-à-dire l’écosystème industriel dans lequel s’effectue ladite production, les conditions de travail, le contexte culturel où elle prend place et les relations sociales soient pleinement pris en considération. Il est impératif que l’UE évite toute relocalisation de la production alimentaire dans des pays tiers uniquement ou principalement motivée par le fait que les obligations légales relatives à la production alimentaire n’y sont pas aussi exigeantes que dans l’UE. Les politiques de l’UE ont un rôle essentiel à jouer au niveau mondial pour encourager une production sûre et saine de denrées alimentaires, tout en interdisant l’importation des aliments qui ne satisfont pas aux normes sanitaires et phytosanitaires ou aux règles de sécurité alimentaire européennes.

3.13

Depuis 140 ans, les coopératives de producteurs ont clairement démontré qu’elles résistaient mieux aux turbulences sur les marchés agricoles et qu’elles contribuaient à prévenir les délocalisations des productions alimentaires. Par conséquent, il est capital de promouvoir davantage et plus vigoureusement la coopération sectorielle et régionale entre les producteurs et les coopératives, en particulier celles de petite taille. Il y a lieu de mettre un accent particulier sur les secteurs et les régions où la coopération est faible.

4. Les principaux domaines d’intervention pour une transition vers des systèmes alimentaires plus durables

Promouvoir une production alimentaire plus efficace dans l’utilisation des ressources et résiliente face au changement climatique

4.1

La réduction de l’incidence environnementale de l’agriculture, de l’aquaculture et de la pêche, y compris des émissions de gaz à effet de serre, nécessite des changements dans le mode de production des denrées alimentaires. L’adoption de pratiques plus durables est indispensable pour donner un coup d’arrêt à l’épuisement des ressources naturelles, ainsi que pour atténuer les effets du changement climatique et s’y adapter. Plusieurs mesures pourraient être bénéfiques pour la productivité tout en augmentant la durabilité environnementale et la résilience face au changement climatique, par exemple: accroître la diversité des variétés de plantes et d’animaux, améliorer la qualité du bétail par l’élevage, promouvoir la sélection végétale, améliorer le fonctionnement des écosystèmes agricoles et la gestion de l’eau, favoriser et mettre en œuvre la recherche et l’innovation, optimiser les fonctions du sol, faciliter le transfert de connaissances et la formation, et encourager les évolutions technologiques grâce à des aides à l’investissement. Il y a lieu d’encourager la poursuite du développement des systèmes satellitaires européens et des centres de mégadonnées afin de faciliter la détection précoce des conditions météorologiques extrêmes et de différentes maladies, ainsi que la préparation à ces phénomènes et leur prévention. L’agriculture de précision devrait également être promue.

4.2

Le maintien du modèle agricole familial en Europe est également crucial. Il nécessiterait la promotion du renouvellement des générations dans les exploitations agricoles, afin de lutter contre le vieillissement de la population. Cela aurait un effet positif sur la création d’emplois dans les zones rurales. De même, il est important de maintenir une production agricole diversifiée dans toutes les régions de l’UE. Les régions agricoles défavorisées devraient faire l’objet d’une attention particulière. Il conviendrait de reconnaître différents types d’exploitation et de mettre en place des outils spécifiques ciblés à cet effet.

4.3

Au cours des dernières années, certaines formes de réorganisation des chaînes d’approvisionnement alimentaire sont apparues avec l’objectif de rétablir le lien entre producteurs et consommateurs, ainsi que de relocaliser la production agricole et alimentaire. Il s’agit notamment de l’agriculture soutenue par les consommateurs, des circuits courts d’approvisionnement, des réseaux alimentaires alternatifs, de l’agriculture locale et des ventes directes. Même si la taille du secteur est relativement réduite, il convient de le promouvoir davantage, car il a une incidence très positive sur la vente de produits frais, de qualité, sains ou traditionnels, ainsi que des effets bénéfiques sur le plan social et économique. Les PME sont également des acteurs importants de ce secteur. Le rôle spécifique des municipalités urbaines devrait être souligné, car il y a lieu de mettre en place les infrastructures nécessaires et de réaliser les investissements appropriés dans les zones urbaines pour faciliter les ventes directes des producteurs. Il conviendrait par ailleurs d’encourager les bonnes pratiques du secteur privé, par exemple lorsque de telles infrastructures sont créées à l’initiative privée de centres commerciaux locaux.

4.4

Afin de stimuler une production alimentaire plus efficace dans l’utilisation des ressources, la réforme de la politique agricole commune (PAC) a introduit un ensemble de mesures, dont une écologisation obligatoire, des régimes agroenvironnementaux et un vaste soutien de la part du système de conseil agricole et de la recherche appliquée, de manière à relever les défis de la sécurité alimentaire, du changement climatique et de la gestion durable des ressources naturelles, tout en préservant le milieu rural et la vivacité de son économie. Ces mesures peuvent être considérées comme un pas important dans la bonne direction. Toutefois, il serait possible d’améliorer davantage leur mise en œuvre à la fois sous l’angle des formalités administratives et des gains.

4.5

En ce qui concerne la filière de la pêche, il est important de veiller à un juste équilibre entre la santé et la durabilité. En effet, si la consommation de poisson est bonne pour la santé, une exploitation excessive des ressources halieutiques est souvent diamétralement opposée à la durabilité écologique. La réforme de la politique commune de la pêche réalisée en 2013 devrait contribuer à une utilisation plus efficace de ces ressources, notamment grâce à la fixation d’un objectif obligatoire en matière de rendement maximal durable pour tous les stocks halieutiques européens. Il importe également d’assurer le développement durable des modèles d’aquaculture marine et continentale.

Favoriser la prévention et la réduction du gaspillage alimentaire tout au long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire

4.6

Le train de mesures relatif à l’économie circulaire mentionne l’engagement de l’UE et de ses États membres à réaliser l’objectif de développement durable 12.3 des Nations unies consistant à réduire de moitié le gaspillage alimentaire d’ici à 2030. Pour atteindre cet objectif, le principe de hiérarchisation de l’utilisation des produits alimentaires devrait guider la gestion des ressources dans ce domaine. Des incitations économiques devraient y contribuer dans toutes les politiques concernées de l’Union. Cela permettrait d’éviter la situation actuelle où il est souvent moins coûteux de mettre en décharge des aliments comestibles que de préparer de la nourriture et de la livrer aux banques alimentaires.

4.7

La gestion durable des ressources nécessite également des efforts accrus de réutilisation des flux résiduels en les valorisant le plus possible. De nouvelles recherches comparant le coût de la préparation des denrées alimentaires à des fins de redistribution, d’alimentation animale, de digestion anaérobie et de mise en décharge dans l’EU-28 permettraient de cerner le rôle des incitations économiques par rapport à la bonne application de la hiérarchie des déchets établie par l’UE. Le don alimentaire provenant des secteurs de l’hôtellerie et de la restauration demeure problématique et la législation qui le concerne reste mal comprise. Il s’agit d’un domaine clé dans lequel il serait particulièrement utile de diffuser largement des recommandations européennes auprès des entreprises des secteurs concernés.

4.8

Le train de mesures relatif à l’économie circulaire constate aussi la nécessité de clarifier les orientations actuelles concernant l’utilisation de denrées alimentaires impropres à la consommation humaine pour l’alimentation animale. Une législation rigoureuse visant à réglementer les nouvelles technologies de stérilisation de déchets alimentaires de manière industrielle et centralisée pourrait garantir la sécurité microbiologique des aliments pour animaux, tout en créant de nouveaux emplois et des possibilités d’investissement et en tirant parti de tous les avantages environnementaux d’une application plus efficace de la hiérarchie des déchets.

4.9

Dans la mesure où la sensibilisation des consommateurs et leur adhésion revêtent une importance cruciale, il serait souhaitable de fournir du matériel pédagogique sur l’alimentation, la durabilité et le gaspillage alimentaire, afin de mettre en exergue la valeur des aliments et de favoriser des changements de comportement systémiques. Il existe déjà des modules pour les écoles primaires et secondaires, les universités, ainsi que des programmes spécialisés pour les secteurs de l’agriculture, de la production industrielle, de l’hôtellerie et de la restauration, s’inspirant d’un large éventail de bonnes pratiques.

4.10

Depuis un certain nombre d’années, l’UE fait preuve d’initiative lorsqu’il s’agit d’encourager les activités destinées à réduire le gaspillage alimentaire. L’exemple donné par l’UE concernant la mise en œuvre de l’objectif 12.3 jouera un rôle essentiel dans la réussite de cet objectif au niveau mondial, par exemple par la diffusion des bonnes pratiques et du savoir-faire européens.

Renforcer le lien entre les systèmes alimentaires et les stratégies concernant le changement climatique

4.11

Les effets du changement climatique se font sentir dans tous aspects de la sécurité alimentaire, non seulement sur les rendements et les cultures, mais aussi sur la santé des agriculteurs, la propagation des organismes nuisibles et des maladies, la perte de biodiversité, l’instabilité des revenus, la qualité de l’eau, etc. La perte de terres arables en raison de la dégradation des sols et de l’urbanisation des terres agricoles pourrait également constituer un sujet de préoccupation. Par conséquent, il est impératif de continuer à utiliser prioritairement les terres pour la production alimentaire. Les institutions et le secteur privé ont un rôle crucial à jouer pour garantir la résilience des systèmes alimentaires, par exemple: en améliorant les régimes de protection sociale afin de limiter les effets des chocs pour les ménages et en veillant au maintien des investissements dans les technologies à faible intensité de carbone dans les secteurs agricole et alimentaire; en favorisant la diversification des cultures et le développement des ressources génétiques; en investissant dans un développement agricole résilient dans les exploitations et en dehors; et en mettant en œuvre des systèmes visant à mieux gérer les risques liés au changement climatique.

4.12

En gardant à l’esprit le pilier économique du développement durable, la Commission et les États membres doivent prendre en considération à la fois le potentiel de l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre et celui de la séquestration de ces gaz, tout en offrant toutes les formes de soutien financier à la mise en œuvre et à la promotion des mécanismes innovants de coopération dans le cadre de partenariats public-privé. Des indicateurs supplémentaires concernant les gains de productivité agricole, les terres existantes, les régimes alimentaires, ainsi que les pertes et le gaspillage alimentaires permettraient de compléter le tableau de l’incidence du système alimentaire sur le changement climatique.

Promouvoir des régimes alimentaires plus sains et plus durables

4.13

Adopter une alimentation saine constitue souvent un choix durable (14), en particulier dans le contexte d’un régime alimentaire équilibré. À titre d’exemple, manger davantage de produits d’origine végétale locaux, variés et de saison est bon à la fois pour la santé et pour l’environnement. Un mode d’alimentation plus équilibré réduit également le risque de maladies chroniques, le coût des soins de santé et les pertes de productivité du travail dans l’économie. Il conviendrait de définir des principes pour l’élaboration de recommandations en matière d’alimentation saine et durable, dont les États membres pourraient s’inspirer. De telles recommandations relatives aux régimes alimentaires et aux marchés publics ont une incidence directe sur la consommation lorsqu’elles sont adoptées par des institutions publiques, telles que les écoles et les hôpitaux. Il y a également lieu de prendre conscience de la transition qui est en cours dans le monde en matière de nutrition, ainsi que du rôle que l’Union européenne peut jouer en offrant un modèle positif dans le domaine des régimes alimentaires durables. L’approche du «flexitarisme», visant la réduction de la consommation de viande, au moins une fois par semaine, et promue notamment aux Pays-Bas, peut être considérée comme un bon exemple à cet égard.

4.14

Des initiatives telles que le programme alimentaire européen dans les écoles, qui prévoient des conseils nutritionnels ainsi que la distribution de produits nutritifs, contribuent à une alimentation plus équilibrée. La Commission devrait inviter les États membres à encourager une consommation saine et durable. Il conviendrait de promouvoir des campagnes de publicité visuelle en faveur d’une alimentation saine à l’échelle de l’UE, qui pourraient également constituer un bon moyen d’accroître la consommation locale en cas de turbulences sur les marchés mondiaux.

4.15

Dans la mesure où les consommateurs sont de plus en plus habitués à acheter des produits alimentaires bon marché, il conviendrait d’insister à nouveau sur la valeur réelle de la nourriture. Les produits à bas coûts ne tiennent pas compte des externalités, telles que les coûts liés au traitement des eaux. Comme cela a été signalé précédemment, il est nécessaire de dispenser une éducation nutritionnelle dans les écoles, des enseignements sur les modes d’alimentation sains et des cours de cuisine de base qui permettent de favoriser la santé grâce à des repas confectionnés à la maison conformément aux recommandations en matière de nutrition, ainsi que de réduire le gaspillage alimentaire.

4.16

Il est à noter que le ministère néerlandais de la santé, du bien-être et des sports, en collaboration avec les associations des secteurs de la production, du commerce de détail, de la restauration et de l’hôtellerie, a mis en place un accord pour l’amélioration de la composition des produits en vue de les rendre plus sains et de faire en sorte qu’une alimentation saine soit le choix le plus évident. Cet accord comporte des objectifs ambitieux en matière de réduction progressive, d’ici à 2020, de la teneur en sel, en graisses saturées et en calories des aliments, en limitant les changements perceptibles des profils de saveur (15). Le présent avis appelle de ses vœux la mise en œuvre d’un cadre de l’UE pour les initiatives nationales relatives à certains nutriments, notamment ceux figurant à l’annexe, récemment approuvée, concernant les sucres ajoutés.

4.17

Le développement de produits et de marchés, ainsi que la constitution de partenariats clés peuvent faire en sorte que le choix d’une alimentation plus saine et plus durable devienne à la fois facile et séduisant. Les entreprises et la société civile devraient étudier et exploiter les possibilités d’accroître la consommation de fruits et légumes locaux et de saison, ainsi que d’autres produits naturellement riches en fibres comme les aliments complets et les légumineuses. La désignation de 2016 comme Année internationale des légumineuses est considérée comme un premier pas en ce sens.

4.18

La mise en place d’un système d’étiquetage clair sur l’origine, les modes de production et la valeur nutritionnelle des aliments faciliterait les choix des consommateurs. Pour veiller à la sécurité des denrées alimentaires, la traçabilité est également très importante, tant pour les producteurs de denrées alimentaires que pour les consommateurs. Il conviendrait d’envisager un label «alimentation durable» unique et facile à comprendre, dont la faisabilité devrait être évaluée par la Commission. Il y a lieu également de mettre davantage l’accent sur des technologies telles que les applications mobiles et les panneaux d’information destinés aux consommateurs dans le secteur de la vente au détail, pour leur fournir toutes les indications nécessaires et veiller à une traçabilité totale.

Développer le socle de connaissances et mobiliser la recherche et l’innovation

4.19

Bon nombre des défis à relever en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle mondiale nécessitent la participation du monde de la recherche pour élargir les connaissances, promouvoir l’innovation, entrer en contact avec le public et contribuer à façonner un système alimentaire plus durable. Des montants considérables ont été mis à disposition à cette fin dans le cadre du programme de l’UE pour la recherche et l’innovation, Horizon 2020, et du septième programme-cadre antérieur. Toutefois, les recherches sur les régimes, les pertes et les gaspillages alimentaires n’ont pas été correctement pris en compte et nécessitent des efforts accrus. Le CESE soutient fermement l’initiative de la Commission relative à la stratégie à long terme en faveur de la recherche et de l’innovation agricoles ainsi que la décision ambitieuse adoptée très récemment par la direction générale de la recherche et de l’innovation d’élaborer une stratégie globale pour un espace européen de la recherche dans le domaine de l’alimentation; l’Europe pourrait également promouvoir les transitions nutritionnelles durables et la réduction des pertes et gaspillages alimentaires dans d’autres régions du monde par l’intermédiaire de son programme Switch (16).

4.20

Le comité de pilotage scientifique de l’Union européenne chargé de préparer l’exposition universelle de Milan en 2015 a classé les défis pour la recherche en sept grands domaines, et a souligné qu’il était important de promouvoir les approches systémiques, et d’investir dans des recherches inter- et transdisciplinaires. La mise en place d’un panel international sur l’alimentation et la sécurité alimentaire a également été recommandée et représenterait une grande avancée dans la promotion d’une approche interdisciplinaire et intersectorielle.

4.21

La recherche, l’innovation et le développement sont les principaux moteurs de la transition vers un système alimentaire durable, en accord avec les objectifs de la politique climatique. Le CESE invite les institutions européennes et les États membres à octroyer davantage de fonds aux travaux dans ce domaine, et réclame un effort conjoint lorsque des découvertes sont partagées par plusieurs communautés de recherche, les professionnels et d’autres acteurs. Le partenariat européen d’innovation pour la productivité et la durabilité agricole (PEI-AGRI), soutenu par le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), joue un rôle essentiel dans le renforcement de la coopération et de la collaboration entre les différentes parties intéressées et la garantie d’un lien plus fort entre les praticiens et les chercheurs. En outre, l’approche à acteurs multiples, dans le cadre du programme Horizon 2020, est un outil important pour garantir que les agriculteurs sont des acteurs essentiels du processus. La clé d’une mise en œuvre réussie de l’innovation est sa promotion active, par l’intermédiaire d’organismes consultatifs et éducatifs, auprès des utilisateurs finaux dans l’ensemble du système alimentaire, ainsi qu’une participation active de ces utilisateurs aux activités de recherche et d’innovation.

4.22

Le CESE souligne que le recours aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) et aux programmes de la Commission destinés au secteur agricole, tels que Galileo et Copernicus, contribue à l’amélioration des techniques de production durable des matières premières dans l’UE. Le CESE demande la poursuite des activités de recherche et de développement relatives à l’utilisation des TIC dans tous les domaines de la production de denrées alimentaires. Ces techniques sont essentielles pour poursuivre la promotion de méthodes de production alimentaire de précision et plus économes en ressources, ainsi que de la détection précoce des maladies, des perturbations liées au climat et des conditions météorologiques extrêmes. Celles-ci permettront à leur tour de réduire les pertes alimentaires dans la production primaire. Il importe d’orienter davantage de recherches vers l’évaluation des possibilités offertes par les modes d’élevage innovants (tels que l’agriculture urbaine), ainsi que vers l’amélioration de l’alimentation animale.

Lutter contre les maladies animales et végétales afin d’augmenter la solidité du système alimentaire

4.23

La propagation des organismes nuisibles et des maladies touchant les animaux et les plantes, aggravée par la mondialisation des échanges et le changement climatique, a des répercussions négatives sur les systèmes alimentaires. L’apparition récente de foyers de peste porcine africaine ou de la bactérie Xylella fastidiosa qui affecte les oliviers dans le sud de l’Italie ne représente que quelques exemples de la façon dont les maladies animales et végétales peuvent perturber le système alimentaire et générer des pertes. Bien que l’UE dispose pratiquement du meilleur système de détection précoce et de prévention dans le monde, ses politiques et son cadre législatif en matière de santé animale et végétale pourraient encore être davantage développés et renforcés en mettant plus l’accent sur la prévention des crises, l’amélioration de la surveillance et de la détection précoce, le degré de préparation et la gestion, ainsi que sur l’identification et l’évaluation des nouveaux risques émergents, à la fois dans l’UE et en dehors. Un réseau de laboratoires de référence existe déjà pour les maladies animales, mais pas pour les maladies des plantes. La connaissance et la recherche sont les principaux piliers de la prévention. Le CESE invite la Commission et les États membres à être encore plus ambitieux en finançant d’urgence des centres de recherche sur les maladies des animaux et en établissant des laboratoires de référence pour les maladies végétales. Il conviendrait également de renforcer les systèmes de détection précoce et de prévention, tout en veillant à ce que les producteurs d’aliments et les autres opérateurs (par exemple les agriculteurs) soient dûment indemnisés pour toute perte, notamment pour les dommages économiques subis par les agriculteurs lorsque des restrictions commerciales sont imposées dans l’intérêt public général en cas d’épidémie. En outre, l’accent doit être mis sur l’établissement de systèmes agricoles diversifiés qui seront davantage en mesure de résister aux agressions biotiques.

4.24

L’investissement dans la recherche doit être axé sur la prévention et la détection précoce, car le traitement et l’éradication d’une maladie en cours peuvent s’avérer très coûteux et préjudiciables. Il est essentiel de renforcer les capacités et de mener des actions de sensibilisation, de même que de veiller au transfert de connaissances des chercheurs vers les agriculteurs et les autres acteurs. Le transfert de connaissances et la coopération avec des pays tiers sont essentiels. Si l’UE doit établir des règles non contraignantes, donner des recommandations et fournir des instruments permettant une meilleure surveillance, il est également capital qu’elle effectue des contrôles plus stricts des importations. Il est crucial de s’attaquer à la résistance aux antibiotiques et d’adopter une approche intégrée combinant médecine humaine et médecine vétérinaire (le concept «Une seule santé»).

Bruxelles, le 26 mai 2016.

Le président du Comité économique et social européen

Georges DASSIS


(1) Groupe d’experts de haut niveau sur la sécurité alimentaire et la nutrition (2014): «Pertes et gaspillages de nourriture dans un contexte de systèmes alimentaires durables», rapport du HLPE, Rome.

(2) http://www.unep.org/resourcepanel/Portals/24102/PDFs/PriorityProductsAndMaterials_Summary_fr.pdf.

(3) COM(2013) 838 final, http://ec.europa.eu/agriculture/genetic-resources/pdf/com-2013-838_fr.pdf.

(4) FAO (2011), Pertes et gaspillage alimentaires dans le monde.

(5) La définition des pertes et du gaspillage alimentaires, telle qu’établie par l’ONU, est disponible à l’adresse: http://thinkeatsave.org/index.php/be-informed/definition-of-food-loss-and-waste#.

(6) Fusions (2016), Estimates of European food waste levels (Estimations des niveaux de gaspillage alimentaire en Europe), http://eu-fusions.org/phocadownload/Publications/Estimates%20of%20European%20food%20waste%20levels.pdf.

(7) Données d’EU Fusions pour 2015; EC Preparatory Study on Food Waste (Étude préparatoire de la Commission européenne sur le gaspillage alimentaire) (2011), http://eu-fusions.org/index.php/publications, http://ec.europa.eu/environment/eussd/pdf/bio_foodwaste_report.pdf.

(8) AEE (2015): http://www.eea.europa.eu/signals/signals-2015/articles/agriculture-and-climate-change.

(9) Voir «Stratégie de l’UE relative à l’adaptation au changement climatique» [COM(2013) 216 final].

(10) OMS (2015), données de l’Observatoire mondial de la santé (GHO), disponibles à l’adresse: http://www.who.int/gho/ncd/risk_factors/obesity_text/en/.

(11) WRR (2015): Towards a food policy (Vers une politique alimentaire).

(12) Gouvernement néerlandais (2015), Food agenda: for safe, healthy and sustainable food (Programme alimentaire: pour une alimentation sûre, saine et durable).

(13) Faostat, 2015.

(14) Conseil néerlandais de la santé, Guidelines for a healthy diet: the ecological perspective (Recommandations pour un régime alimentaire sain: le point de vue écologique), publication no 2011/08, La Haye (Gezondheidsraad).

(15) Seconde Chambre néerlandaise, 2014-2015, 32793, no 162.

(16) http://www.switch-asia.eu.


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