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AccueilDroit européen52016AE2391
Avis institutionnel52016AE2391

Avis du Comité économique et social européen sur la «Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil modifiant la directive 2013/34/UE en ce qui concerne la communication, par certaines entreprises et succursales, d’informations relatives à l’impôt sur les bénéfices» [COM(2016) 198 final — 2016/0107 (COD)]

CELEX52016AE2391
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 21 septembre 2016

Résumé IA

Cet avis du Comité économique et social européen soutient la proposition de directive visant à imposer aux entreprises multinationales et aux succursales la publication d'informations pays par pays sur l'impôt sur les bénéfices (reporting public pays par pays). Il approuve l'objectif de transparence fiscale pour lutter contre l'évasion et la planification fiscale agressive, tout en formulant des recommandations sur le champ d'application et les modalités pratiques. Pour le professionnel du droit français, ce texte préfigure les futures obligations de transparence qui pourraient s'imposer aux groupes réalisant un chiffre d'affaires consolidé supérieur à 750 millions d'euros.

Texte intégral

28.12.2016

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 487/62


Avis du Comité économique et social européen sur la «Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil modifiant la directive 2013/34/UE en ce qui concerne la communication, par certaines entreprises et succursales, d’informations relatives à l’impôt sur les bénéfices»

[COM(2016) 198 final — 2016/0107 (COD)]

(2016/C 487/09)

Rapporteur:

M. Victor ALISTAR

Corapporteur:

M. Petru Sorin DANDEA

Consultation

Parlement européen, 28 avril 2016

Conseil, 28 avril 2016

Base juridique

Article 50, paragraphe 1, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section spécialisée «Union économique et monétaire, cohésion économique et sociale»

Adoption en section spécialisée

8 septembre 2016

Date de l’adoption en session plénière

21 septembre 2016

Session plénière no

519

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

204/7/16

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) soutient la proposition de la Commission visant à rendre plus transparents les régimes fiscaux grâce à la déclaration pays par pays, et estime que cette mesure est de nature à renforcer la confiance des citoyens en l’Union européenne.

1.2.

La transparence de la fiscalité constitue un instrument utile pour garantir que soit reconnu l’apport des entreprises multinationales s’agissant d’alimenter les recettes publiques dans les pays où elles déploient leurs activités.

1.3.

Le CESE constate que la publication, dans le cadre d’un système pays par pays, des données spécifiques en matière de respect des obligations d’imposition fiscale, qui sont déjà établies par d’autres réglementations au niveau européen et à celui des États membres et des marchés de capitaux, est réclamée à la fois par l’opinion publique et les milieux d’affaires.

1.4.

Le climat de concurrence économique loyale est assuré dès lors qu’existe une charge fiscale équitable entre tous les opérateurs actifs sur le marché unique s’agissant des bénéfices réalisés dans le cadre du marché unique européen, et ce indépendamment de leur mode d’organisation au niveau du marché mondial.

1.5.

Si les normes proposées par la Commission sont minimales et plus réduites que celles établies par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en ce qui concerne les données devant être déclarées, la proposition de directive demande en revanche leur publication, afin de veiller à la cohérence avec les déclarations déontologiques et la responsabilité publique des sociétés concernées vis-à-vis de l’ensemble des consommateurs, partenaires et contribuables de l’Union européenne. C’est pourquoi le CESE est d’avis que le jeu de données à fournir doit être celui prescrit par la norme BEPS, qui a déjà été adopté par l’Union européenne et la plupart des États membres, étant donné que la réglementation à l’examen se réfère au principe de transparence et n’a pas vocation à revoir à la baisse les engagements internationaux pris à ce jour.

1.6.

Le CESE est d’avis que les réglementations de la Commission figurant dans le paquet de mesures contre l’évasion fiscale doivent veiller à ce que les grandes entreprises ou multinationales qui respectent avec honnêteté leurs obligations fiscales ne soient pas désavantagées par les pratiques de planification fiscale agressive d’autres sociétés multinationales.

1.7.

Le CESE recommande que la publication des données se fasse, parmi les langues officielles de l’Union européenne, dans une de celles qui sont véhiculaires sur le plan international, afin de réaliser l’objectif de donner au grand public un accès effectif aux données concernant l’ensemble du marché unique.

1.8.

Afin de simplifier la charge administrative liée à la publication et à la gestion des données au niveau de l’Union européenne, le CESE estime qu’il y a lieu d’obliger les États membres à tenir un registre public des déclarations pays par pays, assorti d’un système uniformisé au niveau européen.

1.9.

Conformément aux engagements pris par les États membres et la Commission dans le cadre du partenariat pour un gouvernement ouvert (OGP), la publication des données sur un portail doit prendre la forme d’un système ouvert, qui aide la société civile et les entreprises à y accéder et leur en facilite l’utilisation.

1.10.

Le CESE estime que, pour résoudre les problèmes de fond, la Commission doit présenter un train de mesures plus ambitieux, qui poursuive la démarche actuelle d’harmonisation fiscale et veille à ce que les ressources nécessaires aux programmes d’investissement, à la protection sociale et à la croissance économique des États membres soient collectées de manière efficace, proportionnée et non discriminatoire, en évitant à la fois l’érosion de la base fiscale et les risques d’abus et de taxation excessive dans certaines juridictions.

1.11.

Le CESE estime que la limite de 750 millions d’EUR est trop élevée et demande soit qu’elle soit revue à la baisse, soit que l’on prévoie un calendrier pour diminuer progressivement ce seuil.

1.12.

Il est nécessaire d’établir des critères plus clairs pour définir la bonne gouvernance fiscale et recenser les juridictions fiscales qui ne s’y conforment pas.

2. La proposition de la Commission européenne

2.1.

En mars 2016, la Commission européenne a présenté une communication (1) comprenant un projet de directive portant modification à la directive comptable (2). Ce projet de directive a été annoncé dans le cadre du paquet de mesures contre l’évasion fiscale présenté par la Commission au mois de mars 2016, à titre de volet du plan d’action (3) pour un système d’imposition des sociétés plus transparent, plus juste et plus efficace.

2.2.

La lutte contre l’évasion fiscale et la planification fiscale agressive constitue une priorité pour la Commission européenne. Cette dernière entend, par la proposition qu’elle a déposée, garantir l’application du principe selon lequel les bénéfices devraient être imposés dans le pays où ils ont été réalisés.

2.3.

La directive proposée impose aux entreprises multinationales dont le chiffre d’affaires dépasse 750 millions d’EUR de divulguer publiquement, dans une déclaration pays par pays (DPPP), les impôts sur les bénéfices qu’elles paient ainsi que d’autres informations fiscales pertinentes.

2.4.

La proposition de directive n’impose aux petites entreprises et microentreprises aucune nouvelle obligation concernant les impôts sur les bénéfices qu’elles ont acquittés.

2.5.

La proposition de directive modifiant la directive 2013/34/UE comporte des mesures visant à mettre en œuvre de manière uniforme, au niveau des États membres, l’action 13 (4) du plan d’action BEPS (Base erosion and profit shifting — plan d’action pour lutter contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices) de l’OCDE. Ces dispositions portent sur l’amélioration du mécanisme d’échange automatique d’informations entre les services fiscaux des États membres et inclut parmi les types de données faisant l’objet d’un échange celles qui portent sur les résultats de fin d’exercice des entreprises multinationales.

2.6.

La proposition de la Commission répond aux demandes du Parlement européen souhaitant que soit instauré au niveau de l’Union européenne un régime de DPPP en matière d’impôt sur les bénéfices des sociétés.

2.7.

De juin à décembre 2015, les services de la Commission ont procédé à une vaste consultation concernant les propositions relatives à l’instauration d’un système de DPPP. Les 400 acteurs qui y ont pris part comprenaient notamment des entreprises, des associations professionnelles de branche, des organisations non gouvernementales, des citoyens et des groupes de réflexion. La plupart des particuliers qui ont répondu à la consultation publique souhaitent que l’Union européenne soit à la pointe du débat et aille, si nécessaire, au-delà des initiatives actuellement menées à l’échelle internationale en matière de déclaration pays par pays. La majorité des entreprises qui ont répondu ont exprimé leur préférence pour un régime de DPPP qui soit aligné sur la norme BEPS de l’OCDE.

2.8.

La proposition s’appuie sur une analyse d’impact qui a été accueillie favorablement par le comité d’examen de la réglementation et a bénéficié de plusieurs améliorations à la suite de l’avis rendu par ledit comité.

2.9.

La Commission estime que ce sont quelque 6 000 entreprises qui devront élaborer une déclaration ventilée pays par pays du fait qu’elles exercent leurs activités dans l’Union européenne. Parmi celles-ci, environ 2 000 ont leur siège dans l’Union, soit une infime partie seulement des 7,5 millions d’entreprises européennes.

3. Observations générales et particulières

3.1.

La proposition de directive appelle à mettre en œuvre de manière uniforme dans tous les États membres les règles définies dans le plan d’action BEPS de l’OCDE (5), qui vise à lutter contre la planification fiscale agressive au niveau mondial. Comme il l’a déjà souligné dans de précédents avis (6), le CESE accueille favorablement l’initiative de la Commission et soutient les efforts qu’elle déploie pour lutter contre la planification fiscale agressive pratiquée par certaines multinationales, laquelle contribue à éroder les assiettes fiscales des États membres pour un montant estimé à plusieurs dizaines de milliards d’EUR par an.

3.2.

Le train de mesures de la Commission contre l’évasion fiscale vient contribuer au renforcement de la transparence des pratiques fiscales et crée une pression légitime pour assurer un cadre équitable de concurrence et de performance économique entre les entreprises qui ont les moyens de faire de la planification fiscale et celles qui opèrent uniquement sur le marché intérieur. La directive à l’examen ne modifie pas les principes d’imposition, mais instaure une transparence accrue quant à leur application, conformément à une demande exprimée par l’opinion publique européenne à la suite des scandales des fuites luxembourgeoises (Luxleaks) et des documents de Panama.

3.3.

La proposition de directive exclut de son champ d’application 85 à 90 % des entreprises multinationales, en fixant un seuil de 750 millions d’EUR au-delà duquel il devient obligatoire de présenter une DPPP. Le CESE considère que ce seuil est trop élevé et discriminatoire. En effet, en laissant la majorité des entreprises multinationales en dehors du champ d’application de la directive, il est susceptible de réduire les effets qui sont escomptés de son application.

3.4.

Le CESE considère que le seuil de 750 millions d’EUR doit être revu progressivement à la baisse et qu’un calendrier doit être prévu à cet effet, après une étude d’impact intermédiaire.

3.5.

La Commission propose que la DPPP contienne un ensemble d’informations, qui sont détaillées dans l’article 48 quater de la proposition de directive. Le CESE estime qu’il convient d’inclure aussi dans cette catégorie d’informations la déclaration par l’entreprise des opérations éventuellement effectuées sur le territoire de certaines juridictions fiscales figurant sur la liste prévue à l’article 48 octies. De même, pour que l’application de la directive conduise aux résultats escomptés, il convient que la liste reprenant les types d’informations à déclarer, prévues à l’article susmentionné, comprenne aussi des données relatives aux actifs et aux ventes de l’entreprise, ainsi que la liste de toutes ses filiales ou succursales, comme le recommande la norme BEPS de l’OCDE.

3.6.

La Commission propose que la DPPP soit détaillée et présente les états financiers séparément pour chacun des États membres dans lesquels l’entreprise mère possède des succursales ou des filiales. Pour les juridictions situées en dehors de l’Union européenne, la proposition de directive prévoit que les informations soient présentées de manière consolidée. Le CESE estime que cette présentation consolidée des données est susceptible de cacher d’éventuelles opérations spécifiques de planification fiscale agressive, entraînant ainsi une perte d’efficacité dans l’application de la directive. Le CESE recommande à la Commission de prévoir que la DPPP soit publiée de manière détaillée par juridiction fiscale pour toutes celles dans lesquelles l’entreprise mère possède des succursales ou des filiales.

3.7.

L’article 48 octies de la proposition de directive couvre l’établissement de la liste des juridictions fiscales qui ne sont pas coopérantes ou ne respectent pas les normes en matière de bonne gouvernance fiscale. Le CESE a appuyé l’idée d’une liste européenne reprenant les juridictions qui refusent d’appliquer les normes de bonne gouvernance dans le domaine fiscal (7). Actuellement, la majeure partie des États membres disposent de leur propre système de listes, ainsi que de sanctions s’agissant des transactions financières avec ces juridictions. Le CESE considère qu’une liste établie au niveau de l’Union européenne et définissant des critères précis pour identifier les juridictions qui refusent de jouer le jeu, ainsi que des sanctions appliquées de manière uniforme par tous les États membres, serait un instrument beaucoup plus efficace pour lutter contre l’évasion fiscale et la planification fiscale agressive. Aussi le CESE souscrit-il aux mesures présentées par la Commission dans sa stratégie.

3.8.

En vue de réaliser l’objectif consistant, en matière de politique publique, à améliorer la transparence fiscale des entreprises, le CESE recommande d’instaurer un registre national public, géré par les administrations fiscales des États membres, afin que la DPPP soit accessible sans restrictions. Dans ce contexte, pour faciliter le processus de travail et réduire la charge administrative des entreprises, le CESE recommande que la directive établisse un format standard commun au niveau des États membres, qui permette de traiter les données suivant un régime ouvert, conformément aux engagements pris dans le cadre du partenariat pour un gouvernement ouvert.

3.9.

Le CESE estime également que, pour garantir un régime uniforme d’éthique fiscale au niveau du marché intérieur, il s’impose que les politiques fiscales soient sous-tendues par une harmonisation accrue des principes et stratégies d’imposition, qui place davantage l’accent sur le principe de la taxation des bénéfices à l’endroit où ils sont générés, y compris pour les relations de production et de commercialisation entre États membres.

3.10.

Compte tenu des demandes répétées émanant des organisations de la société civile, qui réclament une plus grande transparence concernant la fiscalité des entreprises multinationales, le CESE salue l’initiative de la Commission d’inclure dans les dispositions de la directive l’obligation pour les États membres de divulguer les données figurant dans les DPPP.

3.11.

La proposition de directive prévoit que la DPPP soit publiée dans la langue officielle de l’État membre sur le territoire duquel l’entreprise exerce son activité. Le CESE estime qu’il conviendrait d’en effectuer également la publication dans au moins une langue étrangère d’audience internationale, afin de garantir que le public ait accès aux informations de nature fiscale qui y sont contenues.

3.12.

Compte tenu des effets négatifs que la crise a produits sur les capacités administratives des services fiscaux des États membres, le CESE recommande à la Commission et à ces derniers d’allouer, aux fins de l’application des nouvelles règles dans le domaine fiscal, les ressources humaines et financières nécessaires pour garantir la réussite de leur mise en œuvre.

Bruxelles, le 21 septembre 2016.

Le président du Comité économique et social européen

Georges DASSIS


(1) COM(2016) 198 final.

(2) Directive 2013/34/UE.

(3) http://ec.europa.eu/taxation_customs/sites/taxation/files/resources/documents/taxation/company_tax/anti_tax_avoidance/timeline_without_logo.png

(4) http://www.oecd.org/fr/fiscalite/documentation-des-prix-de-transfert-et-aux-declarations-pays-par-pays-action-13-rapport-final-2015-9789264248502-fr.htm

(5) http://www.oecd.org/fr/ctp/beps-actions.htm

(6) Voir l’avis du CESE intitulé «La lutte contre la fraude et l’évasion fiscale» (JO C 198 du 10.7.2013, p. 34), et celui portant sur le «Paquet de mesures contre l’évasion fiscale» (JO C 264 du 20.7.2016, p. 93).

(7) Voir avis du CESE sur le paquet relatif à la transparence fiscale (JO C 332 du 8.10.2015, p. 64).


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