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AccueilDroit européen52016AE4454
Avis institutionnel52016AE4454

Avis du Comité économique et social européen sur la «Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif aux services de livraison transfrontière de colis» [COM(2016) 285 final — 2016/0149 (COD)]

CELEX52016AE4454
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 19 octobre 2016

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) approuve la proposition de règlement visant à améliorer la transparence des tarifs et à renforcer la surveillance réglementaire des services de livraison transfrontière de colis au sein de l'UE. L'avis souligne l'importance de favoriser la concurrence et de réduire les coûts pour les consommateurs et les PME, tout en appelant à une définition claire des prestataires de services concernés et à une attention particulière pour éviter des charges administratives disproportionnées.

Texte intégral

2.2.2017

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 34/106


Avis du Comité économique et social européen sur la «Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif aux services de livraison transfrontière de colis»

[COM(2016) 285 final — 2016/0149 (COD)]

(2017/C 034/16)

Rapporteur:

Raymond HENCKS

Consultation

Parlement européen, 9 juin 2016

Conseil de l’Union européenne, 21 juin 2016

Base juridique

Article 114 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

COM(2016) 285 final — 2016/0149 (COD)

Compétence

Section spécialisée «Marché unique, production et consommation»

Adoption en section spécialisée

4 octobre 2016

Adoption en session plénière

19 octobre 2016

Session plénière no

520

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

212/0/8

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Différentes études commanditées par la Commission européenne ont démontré que les tarifs de livraison transfrontière de colis, surtout pour les particuliers et les petites et moyennes entreprises (PME), sont parfois près de cinq fois plus élevés que les tarifs pour les envois nationaux, et que ces différences ne peuvent s’expliquer par les coûts de main-d’œuvre ou autres dans le pays de destination. De ce fait, les consommateurs et les détaillants du commerce électronique ne peuvent exploiter pleinement les possibilités qu’offre le marché unique.

1.2.

Le Comité économique et social européen (CESE) reconnaît qu’une nouvelle action de la part de la Commission est devenue indispensable afin que tous les détaillants en ligne et les consommateurs, en particulier les personnes privées et les PME dans les zones éloignées, puissent enfin bénéficier de services de livraison transfrontière de colis qui soient à la fois accessibles, de qualité élevée et à des prix abordables.

1.3.

La Commission entend s’attaquer aux tarifs surévalués par le règlement sous avis, qui toutefois ne s’applique qu’aux seuls prestataires du service universel qui fournissent des services de livraison de colis.

1.4.

Le CESE craint que les mesures préconisées par ledit règlement, notamment l’introduction d’une transparence des tarifs et des droits terminaux, la publication d’une offre de référence ainsi qu’une évaluation du caractère abordable des tarifs, dont on ne saurait toutefois mettre en doute la nécessité, risquent, sans mesures supplémentaires, d’être insuffisantes et de ne guère inciter les services de livraison transfrontière de colis concernés à pratiquer des tarifs raisonnables.

1.5.

Le CESE regrette que la Commission reporte d’éventuelles mesures plus contraignantes jusqu’à la fin de 2018, dans l’attente de voir si la situation s’améliore d’ici là. La Commission ne fournit toutefois aucune indication sur ses intentions futures si l’amélioration espérée ne se réalisait pas.

1.6.

Le CESE demande que la Commission, à l’image de ce qu’elle a mis à exécution en matière de prix d’itinérance dans la mobilophonie, adresse, à tout le moins, un dernier appel pressant à tous les services de livraison transfrontière de colis à baisser leurs tarifs, et qu’elle annonce dès à présent que, si tel n’est pas le cas, elle interviendra par une réglementation et par un plafonnement des tarifs.

1.7.

En ce qui concerne l’évaluation des prix abordables, cela fait des années que le CESE demande de clarifier le concept du caractère abordable des services d’intérêt économique général et d’introduire des mesures législatives obligeant les États membres à définir des indicateurs pour déterminer ledit caractère abordable. Il estime donc que les dispositions du présent règlement constituent un premier pas dans la bonne direction, étant entendu qu’une telle évaluation devra, le cas échéant, être suivie des mesures appropriées.

2. Les services de livraison dans le cadre du commerce électronique

2.1.

La livraison physique des produits commandés en ligne est un des éléments essentiels de la croissance du commerce électronique. Au sein de l’Union européenne, le commerce électronique se développe beaucoup plus lentement à l’échelle transnationale que nationale. Ainsi, en 2014, et à des degrés très variables selon les États membres, à peine 15 % des consommateurs ont fait des achats en ligne dans d’autres États membres, contre 44 % dans leur propre pays.

2.2.

Les tarifs, ainsi que la qualité et les procédures de livraison physique de produits commandés en ligne, ainsi que les conditions d’un éventuel renvoi du colis constituent, entre autres, des facteurs influençant la décision d’un consommateur de passer une commande en ligne. La satisfaction d’un acheteur en ligne dépend donc partiellement de son expérience de livraison. L’accès à des solutions de livraison abordables et performantes est particulièrement important pour les PME, les microentreprises et les consommateurs privés implantés dans les zones isolées ou périphériques.

2.3.

La livraison de colis jusqu’à un poids de 31,5 kilogrammes est, dans de nombreux États membres, un service en pleine expansion. De nombreux opérateurs ont mis au point des solutions susceptibles de mieux correspondre aux attentes de leurs clients, notamment grâce à toute une série de services accessoires tels que l’envoi ordinaire ou différé, express ou la livraison dans la journée, le suivi des envois, la preuve de livraison, le choix du lieu de livraison, le relais colis, l’automate à colis, le recommandé, la valeur déclarée, etc., alors que les envois postaux de moins de 2 kilogrammes, estimés à 80 % des envois générés par le commerce électronique, sont souvent considérés comme «petit paquet» faisant partie intégrante de la poste aux lettres.

2.4.

La livraison de colis jusqu’à 10 kilogrammes, qui peut être portée jusqu’à 20 kilogrammes, est couverte par une obligation de service universel, selon laquelle les États membres doivent veiller à ce qu’il existe, en tout point du territoire et à des prix abordables pour tous les utilisateurs, un service de base national et transfrontière.

2.5.

Le marché du commerce électronique est extrêmement divergent. Il est souvent dominé par quelques grands marchands en ligne, qui produisent chaque jour un très grand nombre de colis et qui, de ce fait, sont très bien armés pour négocier les tarifs et les conditions d’envoi avec les opérateurs de services de livraison de colis, mis sous pression pour concéder des tarifs «négociés» très avantageux et des conditions de livraison spécifiques. Souvent, ces marchands en ligne prennent à leur charge les frais de livraison des colis, même transfrontière. Seuls quelques grands distributeurs de colis peuvent concourir sur ce marché «négocié», aussi bien national que transfrontière, alors que pour ce dernier domaine, il faut en plus avoir accès à un réseau de distribution internationale.

2.6.

Toutefois, ces opportunités n’existent pas à l’heure actuelle ni pour les achats en ligne transfrontières à plus faible volume ou occasionnel ni pour des expéditeurs individuels, y compris de nombreuses PME; les services de livraison ne bénéficient pas de tarifs négociés et n’ont accès à un réseau de distribution international qu’à des prix élevés au point que, en fin de compte, le consommateur final doit souvent payer des prix de livraison surévalués. Dans ces cas, les tarifs de la livraison transfrontière peuvent être trois à cinq fois plus élevés que pour les envois nationaux (1), sans que ces différences puissent s’expliquer par les coûts de main-d’œuvre ou autres dans le pays de destination. Des exemples de prix surélevés et d’écarts substantiels dans les relations bidirectionnelles entre différents États membres sont documentés dans l’analyse d’impact SWD(2016) 166 final de la Commission.

2.7.

La Commission se préoccupe depuis des années de ce problème et a élaboré diverses communications à ce sujet:

—

COM(2011) 942 final, «Un cadre cohérent pour renforcer la confiance dans le marché unique numérique du commerce électronique et des services en ligne»,

—

COM(2012) 698 final, «Livre vert — Un marché intégré de la livraison de colis pour soutenir la croissance du commerce électronique dans l’Union européenne»,

—

COM(2013) 886 final, «Feuille de route pour l’achèvement du marché unique concernant la livraison de colis. Instaurer la confiance dans les services de livraison et favoriser les ventes en ligne»,

—

COM(2015) 192 final, «Stratégie pour un marché numérique en Europe».

2.8.

Elle entendait mettre au point des solutions susceptibles de mieux correspondre aux attentes des consommateurs.

2.9.

Comme ces démarches n’ont que partiellement abouti, la Commission s’est vue contrainte d’émettre le règlement sous avis appuyé d’un document d’accompagnement [SWD(2016) 167 final], d’une annexe [COM(2016) 285 final] et d’une volumineuse étude d’impact de 289 pages [SWD(2016) 166 final].

3. Contenu de la proposition de règlement

3.1.

L’amélioration des services de livraison transfrontalière de colis est une des mesures prévues par la «Stratégie pour un marché unique numérique en Europe» visant à promouvoir l’accès des consommateurs et des entreprises aux biens et services numériques dans toute l’Union.

3.2.

Les mesures proposées concernent:

—

l’amélioration du fonctionnement des marchés, d’une part, en renforçant l’efficacité et la cohérence de la surveillance réglementaire du marché de livraison de colis et, d’autre part, la promotion de la concurrence dans le domaine des services de livraison transfrontière de colis,

—

l’accroissement de la transparence des tarifs et des droits terminaux, afin de réduire, d’une part, les écarts tarifaires injustifiés et, d’autre part, les tarifs payés par les particuliers et les petites entreprises, en particulier dans les régions reculées,

—

l’évaluation, par l’autorité réglementaire nationale, du caractère abordable des tarifs de livraison,

—

l’accès transparent et non discriminatoire aux services et à l’infrastructure nécessaires à la fourniture de services de livraison transfrontière de colis.

4. Remarques générales

4.1.

Comme les différentes initiatives de la Commission, entre autres, en 2012, le «Livre vert — Un marché intégré de la livraison de colis pour soutenir la croissance économique du commerce électronique dans l’Union européenne» et, en 2013, la «Feuille de route pour l’achèvement du marché unique concernant la livraison de colis. Instaurer la confiance dans les services de livraison et favoriser les ventes en ligne» (2), n’ont obtenu qu’un succès très limité en ce qui concerne les tarifs transfrontaliers, une nouvelle action de la part de la Commission est devenue indispensable, afin que tous les détaillants en ligne et les consommateurs, en particulier les personnes privées et les PME dans les zones éloignées, puissent enfin bénéficier de services de livraison transfrontière de colis qui soient à la fois accessibles, de qualité élevée et à des prix abordables.

4.2.

Selon l’étude de l’université Saint-Louis de Bruxelles, les prix publics des prestataires pour les livraisons de colis payés par les particuliers et les petites entreprises étaient près de cinq fois plus élevés que ceux des envois nationaux, alors que l’étude de Copenhague Economics a constaté que les prix des autres opérateurs sont trois à cinq fois plus élevés que les tarifs nationaux, sans que ces différences puissent s’expliquer par les coûts de main-d’œuvre ou autres dans le pays de destination.

4.3.

Le CESE constate donc que les prix facturés aux particuliers et aux petites entreprises sont surévalués quel que soit le service de livraison des colis. La Commission entend s’attaquer à ce problème en chargeant l’autorité réglementaire nationale d’évaluer le caractère abordable des tarifs de livraison transfrontière.

4.4.

Le CESE approuve que, pour ne pas perdre de temps supplémentaire, la Commission ait recours à un règlement. Il craint toutefois que les mesures préconisées par ledit règlement ne restent que peu efficaces. Se limiter à vouloir introduire une transparence des tarifs et des droits terminaux, la publication d’une offre de référence ainsi qu’une évaluation du caractère abordable des tarifs, dont on ne saurait nullement mettre en doute la nécessité, risque, sans mesures supplémentaires, de ne guère inciter les fournisseurs de services de livraison concernés à pratiquer des prix raisonnables.

4.5.

Le CESE regrette que la Commission reporte d’éventuelles mesures plus contraignantes jusqu’à la fin de 2018, dans l’attente d’un rapport d’évaluation sur l’application du règlement sous avis. Dans ce rapport, la Commission entend évaluer si le caractère abordable des services de livraison transfrontière de colis s’est amélioré et si l’accès de gros transfrontière est accordé de manière transparente et non discriminatoire par les prestataires de service universel qui fournissent des services de livraison de colis. La Commission ne fournit toutefois aucune indication sur ses intentions futures si l’amélioration et l’accès non discriminatoire précités ne se réalisaient pas.

4.6.

Le CESE aurait préféré que la Commission, à l’image de ce qu’elle a mis à exécution en matière de prix d’itinérance dans la mobilophonie, lance, à tout le moins, un dernier appel pressant à tous les services de livraison transfrontière de colis à baisser leurs prix, et qu’elle annonce dès à présent que, si tel n’est pas le cas, elle interviendra par une réglementation et un plafonnement des prix.

4.7.

En outre, les propositions du règlement traitant de la transparence des tarifs et des droits terminaux, de la publication d’une offre de référence, de l’évaluation du caractère abordable des tarifs et de l’accès transfrontière transparent et non discriminatoire ne s’appliquent qu’aux seuls prestataires du service universel qui fournissent des services de livraison de colis.

4.8.

Or, dans le marché total de la livraison de colis, la part des prestataires du service universel varie entre 10 % (Bulgarie, Espagne, Italie, Royaume-Uni) et 25 % (République tchèque, Danemark, France, Estonie), alors qu’un faible pourcentage seulement (de 5 à 10 %) de ces colis est couvert par les obligations du service universel. Il s’ensuit que le règlement sous avis ne traite que d’une partie marginale du marché, qui pourtant est indispensable pour les consommateurs et les PME dans les zones éloignées qui ne disposent pas d’autres alternatives.

4.9.

En ce qui concerne l’évaluation des prix abordables, cela fait des années que le CESE demande de clarifier le concept du caractère abordable des services d’intérêt économique général et d’introduire des mesures législatives obligeant les États membres à définir des indicateurs pour déterminer ledit caractère abordable (3). Il estime donc que les dispositions du présent règlement constituent un premier pas dans la bonne direction, étant entendu qu’une telle évaluation devra, le cas échéant, être suivie des mesures appropriées.

4.10.

Toutefois, l’évaluation prévue par le règlement sous avis se limitera aux seuls tarifs des catégories d’envois énumérées sur la liste publique des tarifs transfrontières prévue à l’annexe dudit règlement, à savoir les colis de 0,5, 1, 2 ou 5 kilogrammes (avec ou sans suivi et localisation). Le CESE estime que cette évaluation devrait être étendue aux colis de 10, 15 et 20 kilogrammes, cela également dans l’optique d’une éventuelle future réglementation des tarifs de livraison transfrontière des colis.

Bruxelles, le 19 octobre 2016.

Le président du Comité économique et social européen

Georges DASSIS


(1) Copenhague Economics, «E-commerce and delivery»; Un marché intégré de la livraison de colis pour soutenir la croissance du commerce électronique dans l’Union européenne [COM(2012) 698 final].

(2) JO C 451 du 16.12.2014, p. 51.

(3) JO C 177 du 11.6.2014, p. 24.


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