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AccueilDroit européen52016AE5994
Avis institutionnel52016AE5994

Avis du Comité économique et social européen sur la «Proposition de directive du Conseil modifiant la directive (UE) 2016/1164 en ce qui concerne les dispositifs hybrides faisant intervenir des pays tiers» [COM(2016) 687 final — 2016/0339 (CNS)]

CELEX52016AE5994
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 14 décembre 2016

Résumé IA

Cet avis du Comité économique et social européen (CESE) soutient la proposition de directive visant à neutraliser les effets des dispositifs hybrides impliquant des pays tiers, dans le cadre de la lutte contre l'évasion fiscale. Il approuve l'extension des règles anti-abus aux situations transfrontalières avec des États non membres de l'UE, en accord avec les conclusions de l'OCDE (projet BEPS). Le CESE souligne la nécessité de garantir la sécurité juridique et la cohérence avec les autres dispositions de la directive anti-évasion fiscale (ATAD) pour les entreprises établies dans l'Union.

Texte intégral

10.3.2017

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 75/70


Avis du Comité économique et social européen sur la «Proposition de directive du Conseil modifiant la directive (UE) 2016/1164 en ce qui concerne les dispositifs hybrides faisant intervenir des pays tiers»

[COM(2016) 687 final — 2016/0339 (CNS)]

(2017/C 075/13)

Rapporteur général:

M. Mihai IVAŞCU

Consultation

Conseil, 21.11.2016

Base juridique

Article 115 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section spécialisée «Union économique et monétaire, cohésion économique et sociale»

Adoption en session plénière

14.12.2016

Session plénière no

521

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

176/1/4

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) apprécie les efforts que déploie actuellement la Commission afin de lutter contre la planification fiscale agressive, qui prennent la forme de la directive sur la lutte contre l’évasion fiscale (1) et s’inscrivent dans le droit fil du projet BEPS de l’OCDE (2) et des demandes des parties prenantes européennes, telles que la société civile, les États membres et le Parlement européen.

1.2.

En dépit de la difficulté, dont l’OCDE fait également état, à mener une analyse économique précise de l’incidence des dispositifs hybrides, le CESE estime que l’adoption de la proposition de directive du Conseil modifiant la directive (UE) 2016/1164 en ce qui concerne les dispositifs hybrides faisant intervenir des pays tiers (3) (par la suite, «la directive») devrait accroître significativement le produit de l’impôt sur les sociétés dans tous les États membres.

1.3.

Le CESE estime que la directive ne pourra déployer pleinement ses potentialités que si des règles similaires sont également d’application dans les pays tiers. Il importe au plus haut point que la politique fiscale à l’échelle mondiale offre des conditions de concurrence égales et de l’équité pour en assurer une mise en œuvre effective. En leur absence, le marché unique est susceptible de perdre quelque peu de son attrait au profit de marchés moins réglementés, tout en réduisant au minimum les effets positifs de la directive.

1.4.

Le CESE convient qu’il n’est besoin de s’attaquer aux dispositifs hybrides que lorsque l’une des entreprises associées détient le contrôle effectif des autres entreprises associées au moyen d’une participation en termes de vote ou de capital, ou de son droit à recevoir 50 % ou plus des bénéfices.

1.5.

Le Comité considère qu’il convient de prêter une attention toute particulière aux dispositifs hybrides importés, car ceux-ci sapent l’efficacité des règles destinées à éliminer les dispositifs hybrides, et il estime nécessaire d’apporter des clarifications supplémentaires afin d’assurer une application cohérente dans tous les États membres.

1.6.

S’agissant des différentes périodes comptables et fiscales qui se présentent dans différentes juridictions, le CESE convient que ces différences temporelles ne devraient pas produire d’asymétrie dans les résultats fiscaux. Toutefois, le contribuable doit annoncer le paiement dans les deux juridictions concernées, et ce dans un délai raisonnable.

1.7.

Tout en approuvant l’approche adoptée actuellement en ce qui concerne les dispositifs hybrides, le CESE estime que les États membres devraient également se pencher sur les causes qui produisent de tels dispositifs, combler les failles possibles et prévenir la planification fiscale agressive, plutôt que de ne viser qu’à produire des recettes fiscales.

1.8.

Le CESE recommande à tous les États membres d’étudier la possibilité d’instaurer et d’appliquer des sanctions à l’égard des contribuables qui bénéficient de dispositifs hybrides afin de prévenir de telles pratiques et/ou de lutter contre elles.

1.9.

Le CESE propose que la Commission s’attelle à établir un vaste rapport qui décrit l’état de la mise en œuvre de la directive dans tous les États membres, ainsi que la situation à l’échelle mondiale en matière de dispositifs hybrides.

1.10.

Le CESE estime nécessaire que les États membres échangent leurs renseignements pertinents et leurs meilleures pratiques afin d’accélérer ce processus et d’en assurer une application uniforme.

2. Contexte de l’avis, y compris la proposition législative à l’examen

2.1.

En janvier 2016, la Commission européenne a présenté un paquet sur la lutte contre l’évasion fiscale, qui relève du programme (4) pour une fiscalité des entreprises plus juste et plus efficace. Ce paquet comprend des mesures concrètes visant à prévenir la planification fiscale agressive, à renforcer la transparence fiscale et à créer des conditions de concurrence égales dans l’Union européenne pour toutes les entreprises.

2.2.

Ce paquet comprend une communication chapeau (5) qui expose le contexte politique, économique et international de la lutte contre la planification fiscale agressive, ainsi que les principaux instruments suivants: une directive sur la lutte contre l’évasion fiscale (6), une directive modifiant la directive relative à la coopération administrative (7) (DAC), une recommandation de la Commission sur les conventions fiscales (8) et une communication sur une stratégie extérieure de l’Union européenne (9) relative à la coopération avec les pays tiers en matière de gouvernance dans le domaine fiscal.

2.3.

Le 12 juillet 2016, le Conseil Ecofin a publié une déclaration relative aux dispositifs hybrides, demandant à la Commission de présenter une proposition de règles qui soient cohérentes avec celles recommandées dans le rapport sur l’action 2 du projet BEPS de l’OCDE, et pas moins efficaces que celles-ci, en matière de dispositifs hybrides faisant intervenir des pays tiers. La plupart des États membres se sont engagés à mettre en œuvre ces recommandations.

2.4.

La directive constitue une modification de la directive sur la lutte contre l’évasion fiscale et fait partie d’un paquet qui comprend la proposition concernant une assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés (ACCIS) et la proposition concernant une assiette commune pour l’impôt sur les sociétés (ACIS), dont les règles relatives aux dispositifs hybrides sont cohérentes avec celles de la directive.

2.5.

Au regard du soutien qu’apportent les États membres et des déclarations du Conseil Ecofin en la matière, la Commission a élaboré une proposition pour modifier la directive (UE) 2016/1164 en ce qui concerne les dispositifs hybrides faisant intervenir des pays tiers, à savoir notamment les dispositifs impliquant des établissements stables hybrides, les transferts hybrides, les dispositifs hybrides importés et les dispositifs utilisant des entités à double résidence.

2.6.

Sachant que les États membres ne peuvent pas être liés par des orientations, il est nécessaire d’adopter des règles contraignantes pour s’assurer qu’ils combattent efficacement ces dispositifs. Une action indépendante des États membres ne ferait qu’accroître la fragmentation du marché intérieur, permettrait aux dispositifs hybrides de perdurer et entraverait de manière significative le recouvrement de l’impôt.

2.7.

La proposition de la Commission entend remédier aux asymétries imputables à des différences dans la qualification juridique d’une entité ou d’un instrument financier. En outre, cette proposition se penche sur les situations où ces dispositifs hybrides découlent de règles différentes de traitement d’une présence commerciale comme d’un établissement stable. En vertu des règles prévues dans cette proposition, les États membres seront contraints de refuser la déduction d’un paiement par un contribuable ou d’obliger le contribuable à inclure un paiement ou un bénéfice dans son revenu imposable, selon le cas.

2.8.

En dernier lieu, la directive n’implique pas une harmonisation complète, mais se limite à lutter contre la planification fiscale agressive qui recourt à des dispositifs hybrides en s’attaquant à des situations où des déductions sont effectuées dans un État sans pour autant que le revenu correspondant soit inclus dans la base fiscale d’un autre État ou bien où le revenu non imposé dans un État n’est pas inclus dans un autre État, ainsi qu’en remédiant aux cas de double imposition.

3. Observations générales

3.1.

Le CESE constate que les systèmes actuels d’imposition des sociétés ont été élaborés en fonction de réalités économiques qui appartiennent à une ère désormais révolue où les entreprises étaient liées physiquement et juridiquement à des marchés locaux. Comme ce n’est en général plus le cas, il est nécessaire d’adapter le cadre fiscal à l’environnement international et aux défis de l’heure.

3.2.

Le CESE apprécie les efforts que déploie actuellement la Commission à cet égard, qui prennent la forme de la directive sur la lutte contre l’évasion fiscale et s’inscrivent dans le droit fil du projet BEPS de l’OCDE et des demandes des parties prenantes européennes, telles que la société civile, les États membres et le Parlement européen.

3.3.

Le CESE soutient les conclusions de l’OCDE et du G20 en matière de base d’imposition et de transfert de bénéfices (BEPS), ainsi que les règles mises en place au moyen de la directive à l’examen.

3.4.

Le CESE constate que la proposition à l’examen vise les dispositifs hybrides mis en évidence dans le rapport sur l’action 2 du projet BEPS de l’OCDE (10) et ne s’attache pas aux situations où le contribuable ne paye que peu ou pas d’impôt en raison d’un faible taux d’imposition ou d’un régime fiscal particulier propre à la juridiction concernée.

3.5.

L’on entend que les dispositifs hybrides constituent une technique courante de planification fiscale agressive utilisée par les entreprises multinationales qui établissent des sièges sociaux ou des établissements commerciaux dans de nombreux États, que ceux-ci soient membres de l’Union européenne ou non. Étant donné que la directive du Conseil 2016/1164 ne s’attaque à l’heure actuelle qu’aux dispositifs hybrides intervenant à l’échelon des États membres, le CESE convient de la nécessité de la modifier au moyen de règles spécifiques visant les cas où des pays tiers sont concernés, dans le seul but de protéger le marché unique. Le CESE fait toutefois observer que, lorsque le cas précis se présente, les règles applicables dans l’Union européenne sont tributaires de l’application ou non par un pays tiers des règles relatives aux dispositifs hybrides.

3.6.

Le CESE a déjà relevé que la planification fiscale agressive cause l’érosion de la base fiscale des États membres à hauteur de 50 à 70 milliards d’euros par an (11), sachant que les dispositifs hybrides en représentent un pourcentage significatif et ont d’importants effets négatifs sur les recettes fiscales ainsi que sur la concurrence, l’équité et la transparence. En dépit de la difficulté, dont l’OCDE fait également état, à mener une analyse économique précise de l’incidence des dispositifs hybrides, le CESE estime que l’adoption de la directive à l’examen accroîtra significativement l’imposition des sociétés dans tous les États membres.

3.7.

La proposition n’a fait l’objet d’aucune analyse d’impact, eu égard à la directive qu’elle modifie, sachant qu’elle entretient un lien étroit avec le rapport exhaustif de l’OCDE sur le BEPS, que le document de travail des services de la Commission (12) fournit une analyse conséquente, que des consultations ont déjà été effectuées et que le Conseil a demandé dans sa déclaration que cette directive soit présentée d’ici octobre 2016. Les États membres sont tenus d’adopter les lois, les règles et les dispositions administratives nécessaires pour se conformer à la directive à l’examen, ainsi que de les communiquer à la Commission européenne au plus tard le 31 décembre 2018. Le CESE convient qu’il n’est besoin d’aucune analyse d’impact à ce stade.

3.8.

Il est demandé à la Commission d’évaluer la mise en œuvre de la directive quatre ans après son entrée en vigueur et d’en rendre compte au Conseil. Le CESE propose toutefois que la Commission évalue chaque année l’état d’avancement de la mise en œuvre et présente une évaluation de ladite mise en œuvre au Conseil un an après le délai proposé. Cette évaluation devrait comprendre une étude de l’état de la mise en œuvre de la législation dans les États membres ainsi qu’une étude exhaustive sur les pays tiers qui ont mis en œuvre, ou qui sont en train de mettre en œuvre, les règles BEPS de l’OCDE, et de la situation du marché unique de l’Union européenne dans le contexte mondial. En outre, le CESE recommande que la Commission fasse état dans ce rapport de toute perturbation des cadres légaux nationaux, notamment d’autres résultats fiscaux, commerciaux ou réglementaires, pour autant que de telles situations se produisent.

3.9.

Dans le sillage de l’évaluation de la mise en œuvre, le CESE recommande que la Commission élabore une vaste analyse d’impact des effets de la directive sur le marché unique. Il convient de mener cette étude dès que les données nécessaires produites par les États membres sont disponibles.

4. Observations spécifiques

4.1.

La directive à l’examen apporte une définition exhaustive des entreprises associées, qui englobe les entités qui font partie du même groupe consolidé à des fins comptables et les entreprises qui exercent une influence notable sur la gestion du contribuable ou dans lesquelles le contribuable exerce une influence notable. Le CESE convient qu’il n’est besoin de s’attaquer aux dispositifs hybrides que lorsque l’une des entreprises associées détient le contrôle effectif des autres entreprises associées.

4.2.

Le CESE approuve les règles supplémentaires introduites par la directive. Toutefois, il importe au plus haut point que la politique fiscale à l’échelle mondiale offre des conditions de concurrence égales et de l’équité pour en assurer une mise en œuvre effective. En leur absence, le marché unique est susceptible de perdre quelque peu de son attrait au profit de marchés moins réglementés.

4.3.

Le CESE estime que là où il est possible de recourir à des dispositifs hybrides, les investissements transfrontaliers sont à coup sûr favorisés par rapport aux investissements nationaux, ce qui crée une distorsion évidente sur le marché unique.

4.4.

Le Conseil a proposé le délai du 31 décembre 2018 pour que les États membres transposent la directive dans leur cadre législatif respectif. Le CESE considère qu’il s’agit là d’un délai raisonnable, mais conseille de suivre très attentivement l’avancement de la mise en œuvre, de manière que l’ensemble des États membres réalise les objectifs de la directive à la date proposée. Si les actions n’étaient pas appliquées de manière cohérente, la compétitivité des entreprises à l’échelon de l’Union européenne pourrait être gravement compromise.

4.5.

Étant donné que le plan d’action BEPS de l’OCDE est un accord résultant d’un consensus qui ne prévoit aucune disposition contraignante et que certains États membres de l’Union européenne n’appartiennent pas à l’OCDE, le CESE apprécie le soutien qu’apportent les États membres qui n’appartiennent pas à l’OCDE à la coordination et à la mise en œuvre du projet BEPS. Toutefois, le CESE recommande de prêter une attention toute particulière aux processus d’application dans ces États, en ce qui concerne aussi bien la directive à l’examen que la directive sur la lutte contre l’évasion fiscale.

4.6.

La directive ne propose pas de sanctions pour les contribuables puisqu’il relève de la compétence des États membres d’en imposer ou non. Le CESE recommande aux États membres d’examiner cette question en détail et de prendre des mesures coercitives, pour autant qu’ils estiment que celles-ci préviendront et/ou lutteront contre les dispositifs hybrides.

4.7.

Sachant que la directive sur la lutte contre l’évasion fiscale ne règle pas les autres types de dispositifs hybrides tels que les dispositifs impliquant des établissements stables hybrides, les transferts hybrides, les dispositifs hybrides importés et les dispositifs utilisant des entités à double résidence, le CESE estime que l’extension de l’article 9 intervient de manière suffisamment détaillée.

4.8.

S’agissant des différentes périodes comptables et fiscales qui se présentent dans différentes juridictions, le CESE convient que ces différences temporelles ne devraient pas produire d’asymétrie dans les résultats fiscaux. Toutefois, pour éviter la situation d’une déduction sans prise en compte, le contribuable doit annoncer le paiement dans les deux juridictions concernées, et ce dans un délai raisonnable.

4.9.

Le CESE recommande à tous les États membres d’examiner plus attentivement les causes profondes des dispositifs hybrides, de combler les failles possibles et de prévenir la planification fiscale agressive, plutôt que de ne viser qu’à produire des recettes fiscales.

4.10.

Le Comité considère qu’il convient de prêter une attention toute particulière aux dispositifs hybrides importés, car ceux-ci sapent l’efficacité des règles destinées à éliminer les dispositifs hybrides. Le CESE approuve les efforts de la Commission pour lutter contre les doubles déductions ou les déductions sans prise en compte par ailleurs que produisent les dispositifs hybrides importés, comme le prévoit l’article 9, paragraphes 4 et 5, mais estime qu’il est nécessaire d’apporter des clarifications supplémentaires.

4.11.

En dernier lieu, le CESE recommande que tous les États membres échangent leurs renseignements pertinents et leurs meilleures pratiques au cours de la période de mise en œuvre afin d’accélérer ce processus et d’en assurer une application uniforme.

Bruxelles, le 14 décembre 2016.

Le président du Comité économique et social européen

Georges DASSIS


(1) COM(2016) 26 final.

(2) L’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS) font référence aux stratégies de planification fiscale qui exploitent les failles et les différences dans les règles fiscales en vue de transférer de manière artificielle des bénéfices dans des territoires où l’imposition est faible, voire nulle (http://www.oecd.org/ctp/beps/).

(3) COM(2016) 687 final.

(4) http://ec.europa.eu/taxation_customs/business/company-tax/anti-tax-avoidance-package_fr

(5) COM(2016) 23 final.

(6) COM(2016) 26 final.

(7) COM(2016) 25 final.

(8) C(2016) 271 final.

(9) COM(2016) 24 final.

(10) http://www.oecd.org/fr/ctp/neutraliser-les-effets-des-dispositifs-hybrides-action-2-rapport-final-2015-9789264255104-fr.htm.

(11) JO C 264 du 20.7.2016, p. 93.

(12) https://ec.europa.eu/taxation_customs/sites/taxation/files/swd_2016_345_en.pdf (en anglais).


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