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AccueilDroit européen52016AE6870
Avis institutionnel52016AE6870

Avis du Comité économique et social européen sur la «Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil sur la gouvernance de l’union de l’énergie, modifiant la directive 94/22/CE, la directive 98/70/CE, la directive 2009/31/CE, le règlement (CE) n° 663/2009, le règlement (CE) n° 715/2009, la directive 2009/73/CE, la directive 2009/119/CE du Conseil, la directive 2010/31/UE, la directive 2012/27/UE, la directive 2013/30/UE et la directive (UE) 2015/652 du Conseil, et abrogeant le règlement (UE) n° 525/2013» [COM(2016) 759 final — 2016/0375/(COD)]

CELEX52016AE6870
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 26 avril 2017

Résumé IA

Cet avis du Comité économique et social européen (CESE) soutient la proposition de règlement visant à établir une gouvernance unifiée de l'union de l'énergie, en simplifiant et coordonnant les obligations de planification, de rapport et de suivi des États membres dans les domaines du climat et de l'énergie. Le CESE insiste sur la nécessité d'une approche intégrée pour atteindre les objectifs de l'Union pour 2030, tout en appelant à une plus grande implication des partenaires sociaux et de la société civile dans les processus nationaux. Pour un professionnel du droit français, ce texte est important car il préfigure les futures obligations de transparence et de reporting qui impacteront directement la transposition et la mise en œuvre des politiques énergétiques et climatiques nationales.

Texte intégral

28.7.2017

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 246/34


Avis du Comité économique et social européen sur la «Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil sur la gouvernance de l’union de l’énergie, modifiant la directive 94/22/CE, la directive 98/70/CE, la directive 2009/31/CE, le règlement (CE) no 663/2009, le règlement (CE) no 715/2009, la directive 2009/73/CE, la directive 2009/119/CE du Conseil, la directive 2010/31/UE, la directive 2012/27/UE, la directive 2013/30/UE et la directive (UE) 2015/652 du Conseil, et abrogeant le règlement (UE) no 525/2013»

[COM(2016) 759 final — 2016/0375/(COD)]

(2017/C 246/06)

Rapporteur:

Brian CURTIS

Consultation

Parlement européen, 16 janvier 2017

Conseil de l’Union européenne, 20 janvier 2017

Base juridique

Articles 191, 192 et 194 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section spécialisée «Transports, énergie, infrastructures et société de l’information»

Adoption en section spécialisée

11 avril 2017

Adoption en session plénière

26 avril 2017

Session plénière no

525

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

103/0/1

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le règlement sur la gouvernance a pour but non seulement de fournir l’ensemble du cadre déterminant le fonctionnement des nombreux aspects de l’union de l’énergie, mais aussi de définir des responsabilités claires en matière d’élaboration des rapports et un processus permettant la réalisation de tous les objectifs climatiques et énergétiques de l’Union européenne dans un avenir prévisible. C’est un texte législatif complexe, ambitieux et d’une importance vitale.

1.2.

Il n’est pas exagéré d’affirmer qu’en l’absence d’un processus de gouvernance solide, l’union de l’énergie s’effondrera et que les chances qu’aura l’Union européenne de remplir les engagements qu’elle s’est elle-même fixés et ceux auxquels elle est liée au titre de l’accord de Paris seront fortement réduites. La participation et l’engagement de la société civile, la coopération et le soutien des États membres, de même que l’accord et l’engagement des partenaires sociaux sont essentiels à la réussite de ce processus. En particulier, il doit être clair que le règlement rend possible une transition énergétique juste, notamment en termes d’emplois et de coûts de l’énergie pour les ménages et les entreprises.

1.3.

Le CESE soutient la proposition de règlement sur la gouvernance. Ce dernier définit un cadre permettant aux États membres de choisir la solution la moins coûteuse pour leurs plans nationaux en matière d’énergie et de climat et d’atténuer les risques des actifs irrécupérables liés aux infrastructures. Cependant, il est peu probable que cela se produise, sauf si des modifications sont apportées au règlement. Il y a lieu de prévoir des mesures de soutien permettant de bâtir un consensus social aux niveaux national, régional et local quant à la meilleure façon de s’attaquer aux implications socioéconomiques et techniques découlant de la réalisation d’une transition énergétique juste.

1.4.

La solidarité et la sécurité énergétiques revêtent une importance capitale et, bien qu’elles constituent l’un des cinq principaux domaines d’évaluation et de déclaration dans le règlement, une attention particulière doit être accordée à la mise en place d’une diplomatie et d’une politique claires et consensuelles en matière d’énergie, à l’égard des pays tiers.

1.5.

Si la proposition de règlement sur la gouvernance n’est pas renforcée, c’est tout le concept d’union de l’énergie qui est menacé, du fait de l’affaiblissement de la légitimité du mandat de l’Union européenne à jouer un rôle moteur dans la transition énergétique. De même, le risque est grand que l’Union européenne soit de plus en plus perçue comme une entité technocratique éloignée des citoyens si des mesures concrètes ne sont pas prises pour faire participer les citoyens et exiger l’obligation de rendre des comptes.

1.6.

Parmi les termes qui devraient être clarifiés à l’article du règlement relatif aux «Définitions», figurent les termes suivants: «objectifs», «cibles», «contribution nationale», «consultation», «pauvreté énergétique» et «régional».

1.7.

Le règlement doit préciser clairement qu’il s’appliquera au-delà de 2030, inclure l’engagement explicite de l’Union européenne de parvenir à son objectif de réduction des émissions de GES d’ici à 2050 et, dans l’idéal, à son nouvel engagement international, à savoir zéro émission nette de GES d’ici à 2050.

1.8.

L’annexe au règlement doit comporter des valeurs de référence indicatives pour 2030 (meilleures estimations de la Commission) pour les contributions nationales des États membres en matière de sources d’énergie renouvelables et d’efficacité énergétique.

1.9.

Le règlement doit obliger les États membres à inscrire les contributions auxquelles ils se sont engagés à l’horizon 2030 dans leur droit national.

1.10.

Le règlement doit indiquer clairement qu’il est de la responsabilité individuelle des États membres de contribuer à la réalisation des objectifs généraux de l’Union européenne d’une manière qui soit à la fois adéquate et proportionnée.

1.11.

Il convient de souligner que les données fournies par les États membres doivent être pertinentes pour la période couverte et actualisées, et que des ressources suffisantes et des systèmes de soutien doivent être mis en place à cet effet.

1.12.

Les plans nationaux pour 2030 devraient être développés sur la base des connaissances et des orientations issues des stratégies à long terme en vue d’obtenir le plus d’avantages (par exemple, les choix à court terme seraient plus efficaces du point de vue du coût s’ils étaient effectués conformément à la stratégie à long terme).

1.13.

Le règlement doit prévoir un «mécanisme de cliquet» afin de contribuer à l’objectif ambitieux de l’accord de Paris de ne pas dépasser 1,5 oC de réchauffement par rapport aux niveaux préindustriels.

1.14.

Une «définition de référence» de la pauvreté énergétique devrait figurer en annexe afin de permettre l’analyse de données comparables et cohérentes.

1.15.

Le règlement devrait préciser clairement que les États membres ont l’obligation de publier les plans nationaux en matière d’énergie et de climat au stade le plus précoce possible et que les versions ultérieures des plans, y compris les observations et les réponses de la Commission, des États membres et des partenaires régionaux, tomberont toutes dans le domaine public.

1.16.

Il y a lieu de fournir davantage de détails sur l’évaluation des contributions financières de compensation et sur la nature de la «plateforme financière», ainsi que sur la possibilité de l’utiliser pour mobiliser des financements supplémentaires. Le champ d’application du fonds devrait être élargi pour inclure des mesures d’efficacité énergétique.

1.17.

La définition de la coopération «régionale» ne devrait pas se limiter à la proximité géographique mais devrait inclure des groupements d’États possédant des ressources énergétiques complémentaires, y compris d’États non membres de l’Union européenne.

1.18.

L’annexe devrait prévoir des dispositions spécifiques concernant la nature, l’étendue et les ressources de la consultation publique afin de permettre une sensibilisation et un engagement cohérents et informés des citoyens sur tout le territoire de l’Union européenne.

1.19.

La création, au sein de l’EEE, d’une unité européenne d’information spécialement consacrée à l’énergie devrait être envisagée.

1.20.

Un scénario «Brexit» devrait être élaboré parallèlement au «scénario à 28» et les deux scénarios devraient être examinés en parallèle lors de l’évaluation des contributions nationales.

2. Introduction

2.1.

Que ce soit sur le plan politique, économique ou technique, l’Europe fait face à l’heure actuelle à de nombreux défis qui ont des répercussions sur les citoyens et qui modèlent par conséquent la nature et l’avenir de notre démocratie. Pendant de nombreuses années, l’énergie a été un champ clos au sein duquel de puissantes forces politiques, techniques et économiques se sont livré bataille. L’union de l’énergie, dotée d’une vision pour l’avenir et d’une stratégie axée sur la cohésion, est le principal instrument dont dispose l’Union européenne pour veiller à ce que l’Europe dispose d’une énergie sûre, abordable et respectueuse du climat.

2.2.

Une gouvernance efficace de l’union de l’énergie ne consiste pas seulement à gagner la confiance des consommateurs et des investisseurs afin d’engranger un maximum de profits au meilleur coût — c’est un élément essentiel pour démontrer l’engagement de l’Union européenne à réaliser l’accord de Paris et à mettre tout en œuvre afin de dépasser les objectifs énergétiques et climatiques d’ici à 2050. Le succès du règlement sur la gouvernance offrirait dès lors à l’Europe une formidable occasion de démontrer la valeur ajoutée qu’elle apporte à ses citoyens, à ses États membres et au reste du monde. Ce serait d’autant plus important que l’on transcenderait ce faisant le clivage entre le système d’échange de quotas d’émission et le règlement sur la répartition de l’effort en vue d’amener les États membres à planifier la décarbonisation de l’économie dans son ensemble.

2.3.

En avril 2015, à la demande de la Commission européenne, le CESE a adopté un avis exploratoire sur le Développement du système de gouvernance proposé au titre du cadre pour le climat et l’énergie à l’horizon 2030 (1). La période qui s’est écoulée depuis lors a montré sans aucun doute la nécessité croissante d’agir dans les domaines de l’énergie et du climat et d’adopter une perspective à plus long terme s’agissant de la gouvernance de la transition vers une économie à faible intensité de carbone. La proposition de règlement à l’examen définit les exigences applicables aux plans nationaux intégrés en matière d’énergie et de climat ainsi qu’un processus d’établissement et de supervision harmonisé. Toutefois, ces deux dernières années, l’érosion de la confiance des citoyens dans la politique de cohésion et dans le leadership institutionnel et politique dans l’ensemble de l’Union européenne a rendu la question de la gouvernance à la fois plus nécessaire et plus difficile.

2.4.

En outre, l’accord de Paris de décembre 2015 est un accord international, signé conjointement et solidairement par l’Union européenne et ses États membres, lesquels s’engagent à fournir des contributions déterminées au niveau national (CDN), qui peuvent être considérées comme coïncidant avec celles prévues dans la proposition de règlement à l’examen. En outre, il a été convenu de poursuivre les efforts visant à limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5 oC par rapport aux niveaux préindustriels — une ambition nécessitant une planification à long terme et des objectifs exigeants, potentiellement plus ambitieux que ceux approuvés jusqu’à présent par l’Union européenne pour 2050.

2.5.

Dans son avis de 2015, le CESE a anticipé ces tendances et a adopté une approche pragmatique, soulignant la nécessité de renforcer et d’approfondir l’éducation, l’information et l’engagement des citoyens comme condition préalable à la réussite de toute proposition sur la gouvernance. Rien ne semble avoir été entrepris en ce sens. La gouvernance — avec ses conséquences en termes de prescriptions contraignantes concernant l’action souveraine des États membres — est un domaine sensible, en particulier dans le secteur de l’énergie où la situation peut varier considérablement d’un État membre à l’autre. En outre, tout processus, pour être couronné de succès, doit être complété par des mesures et des actions non législatives.

2.6.

En 2001, la Commission européenne a adopté un livre blanc sur la gouvernance (2). Ce document définit cinq principes de bonne gouvernance qui sont toujours valides (mais qui ne sont pas toujours mis en œuvre):

—

ouverture,

—

participation,

—

obligation de rendre compte,

—

efficacité,

—

cohérence.

Ils reflètent les principes et les valeurs que le CESE promeut, mais nous souhaiterions ajouter un nouveau principe de «transition juste» à la proposition de règlement.

2.7.

Le système de gouvernance doit aussi permettre de tenir systématiquement compte de l’expression des points de vue, des préférences, des perceptions et des valeurs dans le cadre de la prise des décisions et de l’ajustement des politiques. La gouvernance doit reposer sur des processus de prise de décision solides et légitimes, mais également permettre de moduler ces choix en fonction des situations nationales et d’éventuels impondérables. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille changer de cap sans arrêt. Au contraire, cela signifie que l’orientation générale est protégée par l’engagement en faveur d’objectifs à court et à long terme compatibles avec les connaissances scientifiques en matière de climat, et par un processus stable de prise de décision quant à la manière d’atteindre ces objectifs – dans les faits, une plus grande cohérence et une dynamique inclusive.

3. Contenu essentiel de la proposition de la Commission

3.1.

La proposition de règlement sur la gouvernance, qui vise à garantir que les politiques et mesures qui configurent l’union de l’énergie soient cohérentes, complémentaires et suffisamment ambitieuses, repose sur deux volets. Le premier vise à rationaliser et à mieux intégrer les obligations en matière de planification, de communication d’informations et de suivi concernant les plans nationaux intégrés en matière d’énergie et de climat des États membres, la planification à l’horizon 2050 ainsi que les rapports d’avancement en la matière, grâce à un suivi intégré de la Commission au niveau de l’Union européenne; le second préconise un processus de gouvernance politique entre la Commission et les États membres concernant l’élaboration et la mise en œuvre des plans nationaux. Si la proposition est acceptée en l’état (une nouvelle mesure législative et des révisions de la législation dérivée existante), elle constituerait un nouveau mécanisme de coopération entre les États membres et la Commission.

3.2.

La proposition de règlement offre une base législative permettant d’intégrer ou d’abroger respectivement 31 ou 23 obligations existantes relatives à la planification, à l’établissement de rapports et au contrôle de l’acquis en matière d’énergie et de climat, soit plus de 50 obligations au total. Elle porte sur cinq dimensions de l’union de l’énergie: la solidarité et la sécurité énergétiques, le marché de l’énergie, l’efficacité énergétique, la décarbonisation et la recherche, l’innovation et la compétitivité. Elle définit en détail le contenu des plans nationaux intégrés en matière d’énergie et de climat qui, à compter de janvier 2019, et ensuite tous les dix ans, devront être élaborés par chaque État membre et porter sur l’ensemble de ces cinq dimensions. La consultation publique et la coopération régionale sont obligatoires, de même qu’une mise à jour du premier plan et des plans ultérieurs tous les cinq ans. Les principaux résultats sont les contributions nationales dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, et la production des plans de décarbonisation de l’économie d’ici à 2050.

3.3.

Il est prévu que la Commission évalue les plans, les mises à jour de ces derniers ainsi que les mesures que devront prendre les États membres à la suite de ses recommandations. Un calendrier détaillé de présentation de rapports par les États membres tous les deux ans est également prévu, comportant des exigences détaillées concernant les politiques relatives aux gaz à effet de serre, aux mesures et aux projections, à l’adaptation des mesures nationales, au soutien financier et technologique aux pays en développement, aux recettes tirées de la mise aux enchères des quotas, aux énergies renouvelables, à l’efficacité énergétique, à la sécurité énergétique, au marché intérieur de l’énergie et à la recherche, à l’innovation et à la compétitivité. Une «plate-forme électronique d’élaboration de rapports» est également proposée.

3.4.

Le règlement comporte des clauses détaillées sur l’évaluation et le suivi ainsi qu’un mécanisme de recommandation et de réaction lorsque l’ambition ou les progrès accomplis sont jugés insuffisants. La mise en place d’un cadre contraignant pour les plans nationaux en matière d’énergie et de climat contribue à en garantir la comparabilité et la cohérence. Il existe une obligation pour les États membres d’apporter une contribution financière à une plate-forme financière destinée à couvrir les insuffisances constatées sur la base des objectifs convenus dans le domaine des énergies renouvelables. Le discours annuel sur l’état de l’union de l’énergie doit comporter des rapports complets sur ces domaines. L’Agence européenne pour l’environnement se voit attribuer un rôle spécifique et de grande envergure pour aider les services de la Commission.

3.5.

Le règlement est complémentaire et cohérent avec le semestre européen et, lorsque les questions de politique énergétique et climatique sont importantes pour certaines réformes macroéconomique ou structurelles, elles peuvent encore être abordées par l’intermédiaire des recommandations spécifiques par pays dans le cadre du semestre européen.

4. Observations générales et spécifiques

4.1. Objectifs, cibles et contributions

4.1.1.

Le règlement sur la gouvernance fournit un cadre détaillé pour les plans nationaux en matière d’énergie et de climat ainsi qu’un processus ultérieur de déclaration, d’évaluation et d’ajustement. Il s’articule autour de la fixation des objectifs, du suivi des cibles et de la réalisation des contributions. Toutefois, l’explication de ces termes ne figure pas à l’article 2 — «Définitions», omission qu’il conviendrait de corriger.

4.1.2.

Le CESE approuve et soutient les cadres détaillés prévus à l’annexe 1 pour les plans nationaux obligatoires en matière d’énergie et de climat. Ces cadres remplacent les anciens plans relatifs à l’efficacité énergétique et aux énergies renouvelables. L’obligation faite à chaque État membre de fixer le montant des contributions nationales dans ces domaines qui, cumulés, devraient atteindre au minimum l’ensemble des objectifs convenus au niveau de l’Union européenne, est particulièrement importante.

4.1.3.

Le CESE, dans ses avis précédents, a toujours plaidé avec force en faveur d’objectifs chiffrés nationaux contraignants (3). Son attitude en la matière était dictée par les nombreuses défaillances dues à la faiblesse, par le passé, de la mise en œuvre des politiques énergétiques. Si elles sont rigoureusement appliquées, adaptées et mises en œuvre, les contributions aux plans nationaux en matière d’énergie et de climat pourraient permettre d’obtenir un résultat équivalent à des objectifs contraignants. Toutefois, pour que cela devienne une réalité, il y a lieu de remédier à un certain nombre de faiblesses dans la proposition de règlement à l’examen.

4.1.4.

Les engagements convenus, que les États membres ont d’ores et déjà indiqués comme devant être atteints d’ici à 2020, constituent la valeur de référence pour les contributions nationales sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Toutefois, le règlement serait renforcé s’il comportait des valeurs de référence indicatives pour 2030 pour les contributions des États membres. En tout état de cause, ces dernières devront former la base du dialogue sur l’ajustement, et accéléreront le processus itératif qui est envisagé, pour autant qu’elles soient formulées et rendues publiques à un stade précoce.

4.1.5.

Certains pays ont transposé leurs objectifs chiffrés en matière énergétique à l’horizon 2020 dans leur droit national. Le CESE estime que le règlement devrait obliger les États membres à ancrer les contributions auxquelles ils se sont engagés pour 2030 dans leur droit national, afin de donner du poids à ces objectifs chiffrés grâce à des textes de loi contraignants. Toutefois, l’expérience montre que même les obligations juridiques ne garantissent pas nécessairement le respect des engagements. C’est la raison pour laquelle nous mettons l’accent sur l’importance de la bonne gouvernance en tant que processus stable susceptible de garantir des progrès; l’on verra plus loin que nous soulignons particulièrement l’importance de dispositions beaucoup plus fortes afin de permettre et de garantir l’engagement des parties prenantes en matière de gouvernance.

4.1.6.

Le règlement, pour renforcer encore l’importance des «contributions» nationales, doit préciser clairement, tant en ce qui concerne l’efficacité énergétique que les énergies renouvelables, qu’il est de la responsabilité individuelle des États membres de contribuer à la réalisation des objectifs généraux de l’Union européenne de manière adéquate et proportionnée. À l’heure actuelle, cette obligation est une responsabilité collective.

4.2. Processus d’élaboration des rapports

4.2.1.

Le CESE accueille favorablement le processus d’élaboration des rapports demandés aux États membres et le rôle analytique et/ou critique donné à la Commission concernant ces rapports, en liaison avec l’Agence européenne pour l’environnement. Une analyse précise, ferme et courageuse est essentielle si l’on veut que les recommandations et les avis de la Commission soient suivis d’effet. Il est également essentiel que les données soient pertinentes pour la période de référence et mises à jour, comme le souligne l’avis du CESE sur l’état de l’union de l’énergie en 2015 (4).

4.2.2.

Bien que les données exigées par la procédure d’élaboration des rapports soit alignée sur celle qui est requise au titre de l’accord de Paris sur le changement climatique, les mises à jour des plans nationaux en matière d’énergie et de climat sont effectuées avant l’achèvement du bilan global dans le cadre de l’accord de Paris, qui prendra cinq ans, ce qui aurait pour effet de retarder notablement la réponse à toute amélioration dans les contributions nationales de l’Union européenne. Il s’agit d’une atteinte inacceptable à l’harmonisation de la gouvernance étant donné que l’Union européenne a signé l’accord de Paris. Il conviendrait de mettre à profit cette situation afin de garantir un calendrier adéquat pour l’examen des contributions déterminées au niveau national par l’Union européenne et les Nations unies.

4.2.3.

Dans ce contexte, le règlement devrait prévoir en outre un «mécanisme de cliquet» afin de contribuer à l’objectif ambitieux de 1,5 oC de réchauffement par rapport aux niveaux préindustriels. Cela pourrait être réalisé par le biais de l’adoption de budgets carbone comportant de 5 à 10 étapes, dans lesquels l’Union européenne s’engagerait à parvenir à zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici à 2050.

4.2.4.

Le règlement exige que les plans nationaux en matière d’énergie et de climat comportent, entre autres, une analyse d’impact sur les questions sociales et, plus particulièrement, des objectifs nationaux en matière de pauvreté énergétique et un programme d’action. Le CESE, que cette question intéresse tout particulièrement, se félicite de cet ajout. Toutefois, les plans nationaux en matière d’énergie et de climat sont libres de déterminer leur propre définition de la pauvreté énergétique, ce qui rendra toute comparaison entre les données entre États membres impossible et compromettrait les chances de l’Union européenne de procéder à une transition juste, ainsi que la possibilité même d’une opposition de l’opinion publique à la transition. Par conséquent, nous préconisons que le règlement comporte une définition de référence simple. Les États membres ne seraient pas tenus d’adopter cette définition à des fins internes, mais celle-ci établirait ainsi un critère selon lequel les plans nationaux en matière d’énergie et de climat seraient tenus de faire rapport. Une telle définition pourrait par exemple être libellée comme suit: «Il y a pauvreté énergétique lorsqu’un ménage consacre plus de 10 % de son revenu disponible pour se chauffer ou pour rafraîchir son logement à un niveau de température adéquat.» Ce type de définition a permis à certains pays d’évaluer les progrès ou les régressions en matière de lutte contre la pauvreté énergétique, mais les multiples facteurs qui sont à l’origine du problème peuvent rendre nécessaire la recherche d’une définition comportant d’autres éléments.

4.3. Transparence, obligation de rendre des comptes, mise en œuvre

4.3.1.

Le Comité observe qu’une bonne partie de la législation antérieure en matière d’énergie a souffert de retards ou d’inexactitudes, qu’il s’agisse de transposition ou d’application. Les États membres doivent dès lors consentir un important effort, dans un esprit de solidarité et d’engagement, pour faire preuve de volonté politique et imposer les ressources administratives nécessaires à l’application effective du règlement. Le calendrier est extrêmement exigeant. Les projets de plans nationaux en matière d’énergie et de climat, qui ont fait l’objet au préalable d’un véritable processus de consultation et d’un dialogue au niveau régional, doivent être remis à la Commission le 1er janvier 2018. Cela implique que ces projets de plans nationaux en matière d’énergie et de climat, ainsi que les dialogues avec les parties prenantes et les partenaires régionaux qui en découlent sont déjà en cours d’élaboration. Le CESE se félicite que les exigences relatives à un nouveau cadre et à des objectifs pour la période 2020-2030 tirent ce processus vers le haut, mais craint qu’en l’absence de compréhension et d’engagement des citoyens, qui sont essentiels, la légitimité de la politique énergétique de l’Union européenne ne soit compromise, en particulier parmi les consommateurs confrontés à la hausse des coûts de l’énergie.

4.3.2.

Le processus de gouvernance envisagé comporte peu de sanctions manifestes pour cause d’ambition insuffisante ou pour non-conformité. La transparence et l’obligation de rendre des comptes sont essentielles si l’on veut que tous les acteurs, notamment les citoyens, exercent une influence. C’est pourquoi le CESE suggère de créer un organisme indépendant composé de parties prenantes afin de garantir une réelle représentation et une consultation véritable des parties prenantes dans chaque État membre, et préconise que cet organisme publie un rapport annuel sur le processus de gouvernance et le dialogue. (Voir le paragraphe 4.6.)

4.3.3.

La transparence est fréquemment mentionnée dans le règlement, mais le CESE est préoccupé par le fait qu’il n’est pas clairement précisé si la publication rapide et l’accès du public à chaque stade du développement des plans nationaux en matière d’énergie et de climat sont obligatoires ou non. Il est fait dans le préambule — mais non dans les articles du règlement — une référence à la convention d’Aarhus, que le Comité estime insuffisante. Le règlement devrait préciser clairement que les États membres ont l’obligation de publier les projets de plans nationaux en matière d’énergie et de climat au stade le plus précoce possible et que les versions ultérieures des plans, y compris les observations et les réponses de la Commission, des États membres et des partenaires régionaux, tomberont dans le domaine public.

4.3.4.

Étant donné le rôle essentiel de la transition vers les énergies renouvelables, il serait nécessaire de clarifier davantage la nature et le fonctionnement de la «plateforme de financement» (article 27), ainsi que la manière dont une valeur financière serait appliquée en cas de défaillance dans la fourniture d’énergie renouvelable. À titre d’exemple, est-il prévu que cette plate-forme permette de mobiliser des financements du secteur privé sur la base de «contributions» des États membres? Il est suggéré d’appliquer les ressources accumulées dans une plate-forme de ce type aux mesures en matière d’efficacité énergétique ainsi qu’à la fourniture d’énergies renouvelables.

4.3.5.

Des incertitudes subsistent quant à la manière dont les recommandations émises par la Commission à la suite de la procédure annuelle de rapport seront appliquées faute d’être rapidement mises en œuvre par les États membres. Si cela se fait au moyen de la procédure d’infraction habituelle, il est probable que le processus sera bien trop lent pour être efficace dans les délais.

4.4.

Nous soutenons pleinement les dispositions qui rendent obligatoire la coopération régionale entre les États membres afin d’améliorer l’efficacité et l’efficience des mesures et de promouvoir l’intégration des marchés et la sûreté de l’énergie. Toutefois, nous suggérons que le terme «régional» soit repris à l’article 2 «Définitions» afin de permettre à la Commission de proposer et de mettre en œuvre l’engagement en cas de nécessité. À l’heure actuelle, il existe une possibilité que le terme «régional» soit compris comme intra-étatique plutôt que comme interétatique, ou qu’une «région» soit définie géographiquement, par opposition à un groupement d’États disposant de ressources énergétiques complémentaires.

4.5.

En particulier, nous sommes extrêmement déçus de constater que l’article 10 relatif à la consultation publique, est imprécis, inapproprié et très éloigné de la proposition du CESE en faveur d’un vaste dialogue européen sur l’énergie — qui pourrait toucher les citoyens/consommateurs directement et de manière cohérente, et permettrait de sensibiliser l’opinion publique à une question qui, dans de nombreux États membres, sera difficile à faire accepter. Un tel dialogue est trop important pour être traité dans le cadre de la rubrique des «actions non législatives»; il conviendrait de lui donner davantage de substance en ajoutant un paragraphe à l’article 10. Cet article ne répond pas non plus aux normes de la directive sur l’évaluation environnementale stratégique, qui fixe les normes en faveur d’une gouvernance environnementale transparente et participative, dont la planification en matière d’énergie et de climat est un élément clef.

4.6.

Par conséquent, nous réaffirmons la position du CESE, à savoir que le processus de gouvernance tel qu’il est énoncé dans la proposition de règlement à l’examen ne permettra pas de produire les contributions déterminées au niveau national sans la participation et le soutien de la société civile dans toute l’Europe. Pour gagner la confiance et la participation des citoyens, un tel dialogue devrait être indépendant des gouvernements et du processus des plans nationaux en matière d’énergie et de climat. Il devrait être un élément de référence pour l’information des consommateurs, aider les fournisseurs d’énergie à s’engager et à construire la confiance, et permettre aux nombreuses préoccupations des différents groupes de s’exprimer, qu’il s’agisse de la sécurité ou du caractère abordable et durable de l’énergie. Le CESE a fait part de sa volonté de jouer un rôle dans ce processus, qu’il a appelé «dialogue européen sur l’énergie» (DEE) en organisant et en participant à certains aspects des consultations organisées au niveau national. Toutefois, la portée d’un tel dialogue doit pouvoir s’appuyer sur des ressources plus importantes et sur un vaste engagement au niveau national. En résumé, les mesures suivantes seraient nécessaires:

—

la mise en place d’un mécanisme pour l’établissement d’un fonds de financement indépendant et non biaisé, alimenté principalement par les parties prenantes de toute la chaîne de production et d’approvisionnement d’énergie, et complété par une aide adéquate de l’Union européenne et des gouvernements des États membres. Dans l’ensemble, le DEE permettra, de manière très rentable, d’associer les consommateurs de tous types à la modulation d’énergie, ainsi que de reconnaître et d’encourager la contribution de «prosommateurs»,

—

en parallèle avec les orientations concernant la structure des plans nationaux, le DEE, en consultation avec la Commission et l’ensemble des principales parties prenantes, permettra d’élaborer des lignes directrices sur l’établissement de dialogues nationaux sur l’énergie,

—

la mise en place d’une structure totalement indépendante pour coordonner le DEE, afin d’encourager les initiatives et leur mise en œuvre dans chaque État membre. Cette structure devrait contribuer notamment à l’examen par la Commission du contenu et des ambitions des plans nationaux ainsi que de leur mise en œuvre. Cela permettra de mettre en évidence la contribution que peuvent apporter les parties prenantes à l’élaboration des politiques et de satisfaire à l’exigence de consultation effective contenue dans le règlement,

—

un débat sur le plan national et des discussions à l’échelle régionale avec les groupes de DDE des pays voisins. Suivront des discussions au niveau européen entre tous les groupes de dialogue sur l’énergie. Ces discussions, chapeautées par la structure indépendante de coordination, serviraient à conseiller les institutions européennes et à améliorer le rapport coût-efficacité des politiques de l’Union européenne et des États membres.

4.7.

Le CESE suggère la création, au sein de l’EEE, d’une unité européenne spécialement consacrée à l’information sur l’énergie, qui assumerait la responsabilité du recueil des données et des processus d’évaluation découlant du règlement sur la gouvernance. Cette unité travaillerait en étroite liaison avec l’Observatoire européen de la pauvreté énergétique dont le CESE a proposé la création, et fournirait des services d’information pour le dialogue européen sur l’énergie au niveau national.

4.8.

La sécurité énergétique est l’un des cinq principaux domaines d’élaboration des rapports et d’évaluation prévus par le règlement et ce domaine, en particulier, nécessitera un dialogue régional approfondi. Le Comité a déjà fait observer que l’Union européenne avait besoin, vis-à-vis des pays tiers, d’une diplomatie et d’une politique claire et consensuelle en matière d’énergie (5). La sécurité et la solidarité énergétiques sont, selon la Commission, le premier pilier d’une union commune de l’énergie, mais aucun résultat ne peut être atteint sans accords ni partenariats solides avec les principaux acteurs mondiaux, sans politique commune de l’énergie.

4.9.

Le CESE est préoccupé par l’impact du Brexit sur le processus de gouvernance. Tout d’abord, en l’état actuel des choses, le processus prévu par le règlement suppose l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union, et les contributions déterminées au niveau national seront évaluées sur cette base. La version finale des plans nationaux en matière d’énergie et de climat sera déterminée avant que le Royaume-Uni ne quitte officiellement l’Union européenne, mais à ce stade, il se peut que des ajustements importants soient nécessaires afin de permettre le retrait des contributions nationales du Royaume-Uni de la contribution globale de l’Union européenne. Nous proposons que la Commission élabore un scénario «Brexit» à côté du scénario à 28, et que les deux scénarios soient examinés en parallèle. Deuxièmement, le retrait du Royaume-Uni pourrait avoir une incidence majeure sur l’équilibre politique et diplomatique de la stratégie dans chacune des cinq catégories du champ d’application du règlement — en particulier la sécurité énergétique.

Bruxelles, le 26 avril 2017.

Le président du Comité économique et social européen

Georges DASSIS


(1) JO C 291 du 4.9.2015, p. 8.

(2) COM(2001) 428 final.

(3) JO C 424 du 26.11.2014, p. 39 et JO C 75 du 10.3.2017, p. 103.

(4) JO C 264 du 20.7.2016, p. 117.

(5) JO C 264 du 20.7.2016, p. 117.


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