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AccueilDroit européen52016DC0278
Acte préparatoire52016DC0278

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL Troisième rapport sur les progrès accomplis par la Turquie dans la mise en œuvre des exigences de la feuille de route sur la libéralisation du régime des visas

CELEX52016DC0278
TypeActe préparatoire
Datemercredi 4 mai 2016

Résumé IA

Ce rapport de la Commission évalue les progrès de la Turquie dans la mise en œuvre des 72 critères de la feuille de route pour la libéralisation des visas avec l'UE. Il constate que la Turquie a satisfait à la plupart des exigences, mais n'a pas encore rempli sept critères clés, notamment la modification de sa législation antiterroriste et la conclusion d'un accord de réadmission avec l'UE. Ce document est crucial pour les professionnels du droit français car il conditionne directement la possibilité pour les ressortissants turcs de voyager sans visa dans l'espace Schengen, impactant ainsi le droit des étrangers et la politique migratoire.

Texte intégral

european flagCOMMISSION EUROPÉENNE

Bruxelles, le 4.5.2016

COM(2016) 278 final

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL

Troisième rapport sur les progrès accomplis par la Turquie dans la mise en œuvre des exigences de la feuille de route sur la libéralisation du régime des visas

{SWD(2016) 161 final}


1. INTRODUCTION

Le 16 décembre 2013, l’Union européenne (UE) a lancé le dialogue sur la libéralisation du régime des visas avec la Turquie, parallèlement à la signature de l’accord de réadmission entre l’UE et la Turquie 1 . Le dialogue sur la libéralisation du régime des visas repose sur la feuille de route en vue d’un régime d’exemption de visa avec la Turquie (ci-après la «feuille de route»), qui fixe les exigences que doit remplir la Turquie pour permettre au Parlement européen et au Conseil de modifier le règlement (CE) nº 539/2001 qui permettrait aux citoyens turcs titulaires d’un passeport biométrique conforme aux normes de l’UE d’effectuer de courts séjours (c’est-à-dire de 90 jours sur une période de 180 jours) dans l’espace Schengen sans visa. Les 72 exigences reprises dans la feuille de route sont classées en cinq groupes thématiques («volets»): sécurité des documents; gestion des migrations; ordre public et sécurité; droits fondamentaux et réadmission des migrants en situation irrégulière.

Le 20 octobre 2014, la Commission a adopté son premier rapport sur les progrès accomplis par la Turquie dans la mise en œuvre des exigences de la feuille de route sur la libéralisation du régime des visas (ci-après le «premier rapport») 2 . Celui-ci contenait une évaluation de la mise en œuvre des différentes exigences et formulait des recommandations pour progresser dans la satisfaction de chacune d’elles.

Le 29 novembre 2015, lors d’un sommet UE-Turquie, les deux parties ont convenu de modalités pour approfondir leur coopération, notamment dans la gestion de la crise des réfugiés syriens et la lutte contre la migration irrégulière. À cette occasion, la partie turque a manifesté sa volonté d’accélérer la mise en œuvre de la feuille de route, notamment en appliquant plus tôt que prévu toutes les dispositions de l’accord de réadmission entre l’UE et la Turquie, dans le but d’obtenir la libéralisation du régime des visas d’ici octobre 2016 3 . Cet engagement a été salué par l’UE.

Le 4 mars 2016, la Commission a adopté son deuxième rapport sur les progrès accomplis par la Turquie dans la mise en œuvre des exigences de la feuille de route sur la libéralisation du régime des visas (ci-après le «deuxième rapport»), qui était accompagné d'un document de travail des services de la Commission (ci-après le «document de travail») 4 . Ce dernier décrit les progrès accomplis par la Turquie depuis le premier rapport dans la mise en œuvre de chaque exigence, tandis que le deuxième rapport formule des recommandations pour progresser dans la satisfaction de chacune d’elles. Le document de travail comprend également une évaluation des incidences potentielles de la libéralisation du régime des visas en faveur de la Turquie sur la situation migratoire de l’UE.

Les 7 et 18 mars 2016, des rencontres ont eu lieu entre les chefs d’État ou de gouvernement de l’UE et de la Turquie. Cette dernière rencontre s’est conclue par une déclaration UETurquie 5 (ci-après la «déclaration») selon laquelle «la concrétisation de la feuille de route sur la libéralisation du régime des visas sera accélérée à l’égard de l’ensemble des États membres participants afin que les obligations en matière de visa pour les citoyens turcs soient levées au plus tard à la fin du mois de juin 2016, pour autant que tous les critères de référence soient respectés. À cette fin, la Turquie prendra les mesures nécessaires pour se conformer aux exigences auxquelles il n’a pas encore été satisfait afin que la Commission puisse, à l’issue de l’évaluation requise du respect des critères de référence, présenter une proposition appropriée d’ici la fin avril, sur la base de laquelle le Parlement européen et le Conseil pourront prendre une décision finale.»

Ce troisième rapport présente l’évaluation du respect des critères prévue dans la déclaration. Il décrit les principales avancées réalisées par la Turquie depuis le deuxième rapport pour satisfaire aux exigences énumérées dans la feuille de route. Il formule également des recommandations détaillées sur les mesures que la Turquie doit encore prendre, au plus tard le 4 mai 2016, pour respecter les critères de référence en suspens de la feuille de route et permettre ainsi au Parlement européen et au Conseil d’adopter la proposition législative présentée par la Commission.

Le troisième rapport est accompagné d’un document de travail des services de la Commission qui donne des informations factuelles sur l’avancement de la mise en œuvre de chaque exigence. Ce document de travail comprend aussi une évaluation des incidences potentielles de la libéralisation du régime des visas en faveur de la Turquie sur la sécurité de l’UE.

Le troisième rapport suit la structure de la feuille de route et examine les cinq volets un par un, en indiquant pour chacun les exigences qui ne sont pas encore entièrement satisfaites et les mesures qui devraient être prises par la Turquie pour remplir ces exigences en suspens.

2. VOLET 1: SÉCURITÉ DES DOCUMENTS

Depuis la publication du deuxième rapport, la Turquie a réalisé de nouvelles avancées dans la mise en œuvre des exigences relevant de ce volet.

En particulier, les autorités turques ont commencé à délivrer à leurs ressortissants, à titre expérimental, de nouvelles cartes d’identité, davantage sécurisées et comprenant des identifiants biométriques. Le remplacement des anciennes cartes par les nouvelles pour l’ensemble des citoyens turcs prendra environ trois ans. Le processus est déjà bien engagé.

Par ailleurs, les autorités turques ont commencé à coopérer avec les États membres de l’UE en partageant des informations sur les documents de voyage faux ou falsifiés. La police nationale turque (ci-après la «PNT») introduit désormais régulièrement et en temps opportun, dans la base de données Dial-doc d’Interpol accessible à tous les États membres, des informations sur les documents de voyage faux ou falsifiés détectés en Turquie dans le cadre d’opérations de contrôle aux frontières. Dans le même temps, dans les principaux aéroports de Turquie (l’aéroport Atatürk d’Istanbul et l’aéroport d’Antalya), la PNT a ouvert des bureaux spécialement chargés d’échanger des informations et des conseils avec les officiers de liaison «Immigration» des États membres sur les documents de voyage suspects trouvés sur des personnes se rendant dans l’UE. Par ailleurs, la PNT a commencé à proposer davantage de possibilités de formation à ses agents postés aux points de passage frontaliers, dans le but d’améliorer leur capacité à détecter les faux documents, l’accent étant mis sur les documents délivrés par les États membres de l’UE.

À la suite de ces évolutions, seul un critère du volet 1 n’est pas encore pleinement rempli par la Turquie, à savoir l'exigence de délivrer à ses citoyens des passeports biométriques conformes aux normes de l'UE telles que décrites dans le règlement (CE) nº 2252/2004 du Conseil, c'est-à-dire des passeports dotés d’une puce sans contact qui comprend non seulement l'image faciale du titulaire, mais également ses empreintes, et protégés par un système de cryptage permettant un contrôle d’accès supplémentaire (SAC) 6 .

Les autorités turques travaillent depuis des mois sur le plan technique pour satisfaire à ce critère, notamment avec l’aide d’un projet financé par l’UE. Elles ont toutefois fait savoir que, pour des raisons techniques, elles ne pourront pas satisfaire pleinement au critère avant octobre 2016. Étant donné l’accélération du processus de libéralisation du régime des visas décidée par les chefs d’État ou de gouvernement de l’UE et de la Turquie, il est objectivement impossible pour les autorités turques de satisfaire à ce critère dans les délais.

Les autorités turques ont cependant accepté, en guise de solution intermédiaire, de délivrer à leurs citoyens, de juin 2016 à la fin de l’année, des passeports comprenant à la fois l'image faciale et les empreintes du titulaire, afin de permettre à ce dernier de bénéficier de l’éventuel régime d’exemption de visa, si celui-ci devait être accordé. Ces passeports temporaires, qui ne seront donc délivrés que jusqu’à la fin 2016, et pour une durée de validité limitée, ne différeront des passeports exigés par le critère que dans la mesure où leur puce sera protégée par le contrôle d’accès étendu (EAC). Ce système de cryptage, conforme aux normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), était la norme de l’Union européenne jusqu’à la fin 2014.

Il est rappelé aux autorités turques qu’avant que le régime d’exemption de visa puisse être instauré, elles devront aussi partager avec l’ensemble des États membres les certificats permettant à ces derniers d’authentifier et de lire les informations stockées sur la puce des passeports turcs.

3. VOLET 2: GESTION DES MIGRATIONS

L’ensemble des exigences relevant de ce volet ont été satisfaites grâce à une série d’initiatives lancées progressivement par les autorités turques dans les domaines de la gestion des frontières, de la gestion des migrations, de la protection internationale et de la politique des visas.

Les mesures prises par les autorités turques dans le domaine de la gestion des frontières leur ont permis de réduire considérablement le nombre de personnes gagnant irrégulièrement les îles grecques au départ du territoire turc. Alors que le nombre moyen d’arrivées journalières s’élevait à 1 987 et à 1 942 en janvier et en février 2016, respectivement, il n’était plus que de 852 et 140 en mars et en avril. Ce résultat a été obtenu en partie par une intensification des patrouilles dans les zones côtières et les eaux de la mer Égée, et en partie par l’adoption de mesures plus rigoureuses visant à limiter la mobilité interne des demandeurs d’asile et des réfugiés à l’intérieur de la Turquie. La mise en œuvre de la déclaration UE-Turquie du 18 mars 2016 a également joué un rôle important, en décourageant les départs irréguliers de migrants.

Il importe que, dans les prochains mois, les autorités turques poursuivent leurs efforts en vue d'empêcher les départs irréguliers, notamment en luttant contre les filières de passeurs, et qu’elles restent vigilantes quant à la possible apparition de nouvelles routes migratoires vers l’UE.

Les autorités turques ont ratifié l’accord sur la mise en place d’un centre tripartite de coopération frontalière au point de passage frontalier de Kapitan Andreevo. Cet accord devrait être mis en œuvre dès que possible. Les autorités turques ont formellement fait part à leurs homologues grecques de leur volonté de mettre en place une ligne de communication sécurisée entre les garde-côtes des deux pays. Des discussions ont débuté au niveau technique. L’établissement d’une telle ligne de communication devrait faciliter le partage d’informations sur le trafic de migrants et la coordination des opérations de patrouille en mer.

Les autorités turques ont également pris la décision de créer le Centre national d’analyse des risques (NACORAC), dont la mise en place sera soutenue par un projet financé par l’UE. D’autres projets financés par l’UE, déjà prévus, contribueront à renforcer la surveillance des frontières orientales de la Turquie afin de prévenir les franchissements de frontières non détectés. Enfin, les autorités turques ont aussi adopté un code de conduite commun et des règles de lutte contre la corruption applicables au personnel employé par les agences de gestion des frontières.

Dans le domaine de l’asile, la Turquie a également pris des mesures très importantes.

Tout d’abord, la direction générale pour la gestion des migrations (DGGM), chargée de gérer le régime d’asile turc, traite désormais sans délai toute nouvelle demande de protection internationale. Elle s’est également attelée à réduire l’arriéré de toutes les anciennes demandes d’asile en attente de traitement, dont le nombre avait atteint un total d’environ 140 000 à la fin février. Grâce à la nouvelle approche proactive adoptée par la DGGM et aux effectifs supplémentaires mobilisés, l’arriéré avait déjà été ramené à quelque 100 000 demandes d’asile en attente de traitement à la fin du mois d’avril. Bien que la DGGM traite désormais les demandes d’asile à un rythme soutenu, il est objectivement impossible que toutes les demandes en suspens soient traitées d’ici la fin juin 2016, date cible fixée dans la déclaration UE-Turquie du 18 mars pour l’achèvement du processus de libéralisation du régime des visas. La DGGM a toutefois élaboré, et met actuellement en œuvre, une feuille de route selon laquelle elle compte achever sa tâche d’ici la fin 2016.

Les autorités turques continuent en outre de faire des progrès dans l’assistance sociale fournie aux réfugiés accueillis dans le pays. Le 27 avril 2015, le gouvernement turc a ainsi adopté un règlement accordant aux demandeurs d’asile et aux bénéficiaires d'une protection internationale l’accès aux permis de travail à des conditions comparables à celles consenties en janvier 2015 aux réfugiés provenant de Syrie et placés sous protection temporaire.

Dans un avenir proche, il importe que les autorités turques continuent à mettre en place des mesures facilitant l’accès des demandeurs d’asile et des bénéficiaires d'une protection internationale aux services sociaux, à des logements décents et à des formations professionnelles et linguistiques, et qu’elles soutiennent toute initiative contribuant à leur intégration sociale et à leur autonomie économique au sein de la société turque, en tirant parti de l’assistance financière fournie par l’UE et ses États membres, qui a été accrue depuis le lancement de la facilité en faveur des réfugiés en Turquie (FRIT).

Les autorités turques ont également accompli des progrès, pendant la période couverte par le rapport, dans le domaine de la gestion des migrations.

Des procédures de mise en œuvre et des principes régissant le retour volontaire des étrangers ont été adoptés le 26 avril 2016. L’accord de réadmission avec le Pakistan a été ratifié et est entré en vigueur le 20 avril 2016. La conclusion d’accords de réadmission a aussi été proposée par les autorités turques à 14 pays d’origine de migrants en situation irrégulière, à savoir l’Afghanistan, l’Algérie, le Bangladesh, le Cameroun, le Congo, l’Érythrée, le Ghana, l’Iran, l’Iraq, le Maroc, le Myanmar/la Birmanie, la Somalie, le Soudan et la Tunisie. Des négociations ont été ouvertes avec certains de ces pays.

Dans le domaine de la politique des visas, le gouvernement turc a adopté, le 2 mai 2016, un arrêté prévoyant que les citoyens de tous les États membres seront autorisés à entrer en Turquie dès la levée de l’obligation de visa pour les citoyens turcs. Cet arrêté met fin à l’obligation de visa discriminatoire dont les citoyens de 11 États membres font encore l’objet.

Les autorités turques ont par ailleurs adopté plusieurs mesures pour renforcer leur régime de visas à l’égard des pays réputés présenter un risque migratoire élevé.

Elles ont durci les procédures et les conditions de délivrance des visas par leurs ambassades en adoptant, le 26 avril 2016, une directive sur les principes et les procédures concernant l’examen des demandes de visa.

Les autorités turques ont également décidé d’imposer des visas de transit aéroportuaire aux citoyens de 18 pays (Afghanistan, Afrique du Sud, Bangladesh, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Érythrée, Ghana, Mali, Myanmar/Birmanie, Nigeria, Pakistan, République démocratique du Congo, Somalie, Sri Lanka, Soudan et Ouganda) en vertu d’une disposition qui entrera en vigueur le 1er septembre 2016.

Le système turc de visa électronique est devenu beaucoup plus sûr. La possibilité de bénéficier de ce système a été limitée soit aux ressortissants de pays qui ne sont pas des pays d’origine de flux de migration irrégulière, soit aux ressortissants de ces pays qui sont titulaires d’un visa valable ou d’un titre de séjour délivré par un pays Schengen ou par les États-Unis, le Royaume-Uni ou l’Irlande. Par ailleurs, les autorités turques ont ouvert des bureaux spéciaux à la plupart des points de passage frontaliers du pays, où des agents de police ayant reçu une formation spécialisée vérifient la présence effective de ces visas ou titres de séjour dans le passeport des titulaires d’un visa électronique.

Pour le proche avenir, il sera d’une importance capitale que la Turquie continue à harmoniser progressivement son régime de visas avec les normes de l’UE.

À plus court terme, les autorités turques devront continuer à surveiller les effets pratiques découlant du fait que la liste des pays exemptés de l’obligation de visa en vertu du régime turc est différente de la liste établie pour entrer dans l’UE. Elles devront réagir à temps s’il apparaît que cette divergence facilite l’arrivée de migrants en situation irrégulière dans l’UE par la Turquie.

En janvier et février 2016, les autorités turques, constatant que tel était le cas pour les Syriens et les Iraquiens, ont imposé une obligation de visa plus effective à ces deux nationalités. Cette décision a contribué à endiguer les importants flux de migration irrégulière en direction de l’UE. Les autorités turques devraient être prêtes à prendre à réitérer la mesure à l’avenir et à imposer sans délai une obligation de visa à d’autres pays qui en sont exemptés dès lors qu’il apparaîtrait qu’un grand nombre de citoyens de ces pays abusent de la possibilité d’entrer sans visa en Turquie, d’autant plus lorsqu’il existe un risque de migration irrégulière ultérieure vers l’UE. Les exemples de l’Iran, du Maroc et du Liban, trois pays exemptés de visa au départ desquels respectivement 23 087, 7 419 et 2 044 migrants en situation irrégulière ont atteint l’UE par le territoire turc en 2015, revêtent une importance particulière à cet égard.

4. VOLET 3: ORDRE PUBLIC ET SÉCURITÉ

Depuis l’adoption du deuxième rapport, les autorités turques ont pris de nombreuses mesures concernant le volet 3, qui ont donné lieu à d’importantes avancées.

En particulier, la Turquie a adopté une nouvelle stratégie et un plan d’action pour la lutte contre la criminalité organisée, qu’elle doit à présent mettre pleinement en œuvre, notamment en ce qui concerne les actions visant à réduire la criminalité transfrontalière, comme le trafic d’armes à feu. Le 18 avril 2016, elle a aussi arrêté une nouvelle stratégie et un plan d’action pluriannuel pour lutter contre le trafic de drogue, couvrant la période 2016-2018. Le 30 avril 2016, les autorités turques ont adopté un plan national d’action contre la corruption.

En outre, la Turquie a ratifié la convention du Conseil de l’Europe relative au blanchiment, au dépistage, à la saisie et à la confiscation des produits du crime et au financement du terrorisme, et adopté une législation alignant son cadre national sur les dispositions de ladite convention. L’application de cette nouvelle législation, conforme aux normes révisées du Groupe d’action financière internationale, est essentielle. Parallèlement, également avec l’aide d’un projet financé par l’UE, les autorités turques ont continué à renforcer les capacités de la MASAK – cellule de renseignement financier (CRF) de la Turquie – pour coopérer avec les services répressifs turcs dans la détection et l’analyse du blanchiment d’argent et du financement du terrorisme, et avec les CRF des États membres dans ce domaine.

La Turquie a aussi ratifié le protocole additionnel à la convention du Conseil de l’Europe sur le transfèrement des personnes condamnées, les trois protocoles à la convention européenne d’extradition et un protocole à la convention européenne d’entraide en matière pénale, à laquelle elle n’était pas encore partie.

Par ailleurs, la Turquie a encore ratifié la convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains et adopté un règlement en cette matière. De plus, elle a ratifié la convention du Conseil de l’Europe relative au traitement des données à caractère personnel et son protocole, et adopté une loi sur la protection des données à caractère personnel, qui n’est cependant pas totalement conforme à l’acquis de l’UE.

La Turquie a adopté une loi globale unique définissant les procédures à appliquer par toutes les autorités compétentes turques lors de la mise en œuvre des obligations internationales de la Turquie liées à la coopération judiciaire en matière pénale. Même si cette loi ne fixe pas de délais stricts pour l’accomplissement des procédures qu'elle décrit, ni de critères objectifs et transparents pour l’acceptation ou le rejet des demandes de coopération, elle représente néanmoins un net progrès, qui devrait améliorer la coopération judiciaire en matière pénale entre la Turquie et les États membres.

La Turquie a également pris des initiatives concrètes pour intensifier ses relations de travail avec Eurojust et a exprimé formellement sa ferme intention de conclure un accord de coopération dès que possible. Dans l’attente de la conclusion d’un tel accord, il importe que les agents turcs nommés officiers de liaison auprès de l’agence commencent à donner une suite effective aux demandes d’information et de coopération qu’ils reçoivent des autres parties.

Dans le domaine de la coopération judiciaire en matière civile, le 25 avril 2016, la Turquie a signé la convention de La Haye de 1996 concernant la compétence, la loi applicable, la reconnaissance, l’exécution et la coopération en matière de responsabilité parentale et de mesures de protection des enfants, et la convention de La Haye de 2007 sur le recouvrement international des aliments destinés aux enfants et à d’autres membres de la famille.

La Turquie a déposé les instruments de ratification de l’ensemble des conventions et protocoles ratifiés, à l’exception des deux conventions de La Haye précitées et du protocole additionnel à la convention du Conseil de l’Europe relative à la protection des données à caractère personnel, pour lesquels la procédure est encore en cours et devrait s’achever dès que possible.

Enfin, la Turquie a pris des mesures pour remédier au problème des retards de mise en œuvre de la convention de La Haye de 1980 sur les aspects civils de l’enlèvement international d’enfants. Conscient que ces retards sont principalement dus aux recours, et notamment au fait que, dans le régime actuel, tous les recours sont centralisés au niveau de la Cour suprême à Ankara, le conseil supérieur de la magistrature a adopté, le 25 mars 2016, une décision créant des tribunaux civils régionaux à Ankara, Antalya, Erzurum, Gaziantep, Istanbul, Izmir et Samsun. Ces tribunaux statueront sur les recours à partir du 20 juillet 2016.

Malgré ces évolutions considérables, la mise en œuvre des exigences du volet 3 en est encore à un stade moins avancé que pour les volets 1 et 2. Certaines exigences importantes du volet 3 ne sont toujours pas satisfaites. Pour satisfaire à ces exigences en suspens, la Turquie est invitée à prendre les mesures suivantes:

modifier la législation récemment adoptée concernant la protection des données à caractère personnel, afin de garantir sa conformité avec l’acquis de l’UE, notamment pour que l’autorité chargée de la protection des données puisse agir en toute indépendance et que les activités des services répressifs tombent sous le coup de la loi;

une nouvelle législation sur la protection des données à caractère personnel permettra alors à la Turquie de conclure la négociation d’un accord de coopération opérationnelle avec Europol;

adopter une législation pour donner une suite effective aux recommandations formulées par le Groupe d’États contre la corruption (GRECO) du Conseil de l’Europe à chacun de ses cycles d’évaluation, notamment une législation sur le financement des partis politiques, les immunités, la corruption et l’indépendance du pouvoir judiciaire;

activer la coopération judiciaire avec l’ensemble des États membres, y compris en établissant des relations des travail avec leurs officiers de liaison déployés en Turquie afin de favoriser la compréhension mutuelle et la mise en œuvre des procédures respectives, ou, si ces officiers de liaison ne sont pas disponibles, par toute autre forme de communication et de coopération convenant aux deux parties.

5. VOLET 4: DROITS FONDAMENTAUX

L’évaluation de la situation concernant le volet 4 est similaire à celle de la situation concernant le volet 3. Des progrès ont été accomplis dans la mise en œuvre de plusieurs exigences, mais de nouvelles avancées sont nécessaires pour certaines exigences en suspens.

En particulier, le 6 avril 2016, le Parlement turc a adopté une loi relative à l’institution des droits de l’homme et à l’égalité, qui traite, entre autres, de la discrimination fondée sur l’origine ethnique ou la race.

Le 26 avril 2016, le gouvernement a adopté une stratégie nationale et un plan d’action visant à lever les principaux obstacles à l’inclusion sociale de la population turque d’origine rom ou assimilée.

Les autorités turques ont ratifié le protocole nº 7 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et communiqué des informations prouvant que la législation nationale turque comportait déjà des dispositions équivalentes à celles exigées par le protocole nº 4, qu’elles ont signé sans le ratifier.

Toutefois, la Turquie doit encore aborder le critère le plus important prévu dans le volet 4, selon lequel elle est tenue de «réviser – conformément à la CEDH, à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, à l’acquis de l’UE et aux pratiques des États membres – le cadre juridique relatif à la criminalité organisée et au terrorisme, ainsi que son interprétation par les juridictions, les forces de sécurité et les services répressifs afin de garantir, en pratique, le droit à la liberté et à la sécurité, le droit à un procès équitable ainsi que la liberté d’expression, de réunion et d’association.»

Les autorités turques devront œuvrer de toute urgence à la satisfaction de ce critère. À cet égard, elles sont invitées à harmoniser davantage la législation turque sur le terrorisme avec les normes de l’UE, du Conseil de l’Europe et de la Cour européenne des droits de l’homme, et à adopter des lignes directrices en vue de garantir que les juridictions, les forces de sécurité et les services répressifs interprètent la législation conformément à ces normes, notamment en alignant plus étroitement la définition du terrorisme sur celle énoncée dans la décision-cadre 2002/475/JAI telle que modifiée, afin de restreindre la portée de cette définition, ainsi qu’en introduisant un critère de proportionnalité.

6. VOLET 5: RÉADMISSION DES MIGRANTS EN SITUATION IRRÉGULIÈRE

Le volet 5 constitue un domaine de la feuille de route dans lequel la Turquie a accompli des progrès considérables depuis le deuxième rapport.

C’est là, de toute évidence, un effet de l’engagement pris par la Turquie au sommet du 18 mars 2016. Désormais, la Turquie accepte de réadmettre tous les migrants en situation irrégulière qui sont arrivés sur les îles grecques au départ de la Turquie après le 20 mars 2016. L’importance de cette avancée ne doit pas être sous-estimée, car elle a contribué considérablement à réduire les flux de migration irrégulière vers l’UE au départ du territoire turc.

Une autre évolution notable est la décision d’avancer au 1er juin 2016 l’entrée en vigueur des dispositions de l’accord de réadmission entre l’UE et la Turquie portant sur la réadmission des ressortissants de pays tiers, dont l’application était initialement prévue à partir du 1er octobre 2017.

La Turquie a entrepris des travaux préparatoires en vue de la création d’un système électronique de transmission et de gestion des demandes de réadmission avec les États membres. Un système pilote a été expérimenté le 2 mai 2016.

Les autorités turques ont également adopté un document définissant les procédures internes devant être suivies en réponse aux demandes de réadmission, conformément aux recommandations de la feuille de route.

Néanmoins, au moment de la publication du présent rapport, un critère important prévu dans le cadre de ce volet n’est toujours pas satisfait, à savoir l’obligation pour la Turquie «de mettre en œuvre pleinement et effectivement l’ensemble des dispositions de l’accord de réadmission entre l’UE et la Turquie, afin de pouvoir faire état de résultats probants quant au bon fonctionnement des procédures de réadmission avec tous les États membres».

Cette exigence n’a pas encore été satisfaite pour deux raisons distinctes.

D'une part, les dispositions de l’accord de réadmission entre l’UE et la Turquie portant sur la réadmission des ressortissants des deux parties, entrées en vigueur dès le 1er octobre 2014, ne sont pas appliquées de manière systématique et cohérente par l’ensemble des missions diplomatiques turques dans l’UE. Le 27 avril 2016, les autorités turques ont communiqué des lignes directrices aux missions diplomatiques pour que les demandes de réadmission soient désormais traitées dans le respect des délais et des procédures prévus par l’accord et que des statistiques fiables sur les dossiers traités soient disponibles.

D'autre part, pour ce qui est des dispositions de l’accord de réadmission entre l’UE et la Turquie portant sur la réadmission de ressortissants de pays tiers, la Commission ne peut encore déclarer dans le présent rapport que ce critère est respecté pour la bonne et simple raison que ces dispositions n’entreront en vigueur que le 1er juin 2016.

7. CONCLUSIONS ET VOIE À SUIVRE

Alors que le sommet UE-Turquie du 29 novembre 2015 avait déjà fixé des objectifs ambitieux aux autorités turques visant la libéralisation du régime des visas pour l’automne 2016, la déclaration UE-Turquie du 18 mars a encore accéléré le processus. On peut en effet lire dans cette déclaration que «la concrétisation de la feuille de route sur la libéralisation du régime des visas sera accélérée à l’égard de l’ensemble des États membres participants afin que les obligations en matière de visa pour les citoyens turcs soient levées au plus tard à la fin du mois de juin 2016, pour autant que tous les critères de référence soient respectés. À cette fin, la Turquie prendra les mesures nécessaires pour se conformer aux exigences auxquelles il n’a pas encore été satisfait afin que la Commission puisse, à l’issue de l’évaluation requise du respect des critères de référence, présenter une proposition appropriée d’ici la fin avril, sur la base de laquelle le Parlement européen et le Conseil pourront prendre une décision finale».

Fortes du nouveau niveau de détermination et d’engagement dont la Turquie a fait preuve depuis le sommet UE-Turquie du 29 novembre 2015, les autorités turques ont encore accru leurs efforts ces derniers mois pour remplir cette condition. La Commission reconnaît les progrès positifs accomplis à ce jour et encourage ces autorités à intensifier ces efforts de toute urgence afin de satisfaire à l’ensemble des exigences nécessaire à la libéralisation du régime des visas d’ici la fin juin.

Toutefois, comme l'indique le présent rapport, les autorités turques ne sont pas encore parvenues à atteindre cet ambitieux objectif, sept des 72 exigences n’ayant pas encore été mises en œuvre. Certaines d’entre elles revêtent une importance particulière.

Deux de ces sept exigences en suspens nécessitent un délai de mise en œuvre plus long, pour des raisons pratiques et procédurales. C’est pourquoi il avait été impossible d’y satisfaire complètement au moment de la publication du présent rapport. Les deux critères suivants sont concernés:

perfectionner les passeports biométriques existants afin d’y inclure des éléments de sécurité conformes aux normes les plus récentes de l’UE;

mettre pleinement en œuvre les dispositions de l’accord de réadmission entre l’UE et la Turquie, y compris celles liées à la réadmission des ressortissants de pays tiers.

La Commission et les autorités turques ont convenu de modalités pratiques de mise en œuvre de ces critères avant qu’ils soient complètement satisfaits.

La Commission invite les autorités turques à adopter de toute urgence, à la suite de la publication du présent rapport, les mesures nécessaires pour satisfaire aux autres critères en suspens de la feuille de route, à savoir:

adopter les mesures de prévention de la corruption prévues par la feuille de route, c’est-à-dire donner une suite effective aux recommandations formulées par le Groupe d’États contre la corruption (GRECO), qui relève du Conseil de l’Europe;

mettre la législation relative à la protection des données à caractère personnel en conformité avec les normes de l’UE, afin notamment que l’autorité chargée de la protection des données puisse agir en toute indépendance et que les activités des services répressifs entrent dans le champ d’application de la loi;

négocier un accord de coopération opérationnelle avec Europol. Cela dépend aussi des modifications précitées apportées à la législation sur la protection des données ;

proposer à tous les États membres de l’UE une coopération judiciaire effective en matière pénale;

réviser la législation et les pratiques relatives au terrorisme dans le respect des normes européennes, notamment en alignant plus étroitement la définition du terrorisme sur celle énoncée dans la décision-cadre 2002/475/JAI telle que modifiée, afin de restreindre la portée de cette définition, ainsi qu’en introduisant un critère de proportionnalité.

Étant entendu que les autorités turques satisferont, de toute urgence et ainsi qu’elles s’y sont engagées le 18 mars, aux critères en suspens de la feuille de route, la Commission présente, avec le présent rapport, la proposition de modification du règlement (CE) nº 539/2001 visant à lever l’obligation de visa pour les citoyens turcs titulaires d’un passeport biométrique conforme aux normes de l’UE.

Afin d’assister les colégislateurs dans leurs délibérations, la Commission continuera à surveiller les mesures prises par les autorités turques pour satisfaire aux exigences en suspens de la feuille de route.

(1)

http://europa.eu/rapid/press-release_IP-13-1259_fr.htm.

(2)

COM(2014) 646 final, Rapport de la Commission au Parlement européen et au Conseil sur les progrès accomplis par la Turquie dans la mise en œuvre des exigences de la feuille de route sur la libéralisation du régime des visas http://europa.eu/rapid/press-release_IP-14-1173_fr.htm.

(3)

Le texte de la déclaration adoptée lors de la réunion des chefs d’État ou de gouvernement de l’UE avec la Turquie est disponible à l’adresse http://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2015/11/29-eu-turkey-meeting-statement/.

(4)

COM(2014) 646 final, Rapport de la Commission au Parlement européen et au Conseil sur les progrès accomplis par la Turquie dans la mise en œuvre des exigences de la feuille de route sur la libéralisation du régime des visas http://europa.eu/rapid/press-release_IP-14-1173_fr.htm.

(5)

Le texte intégral de la déclaration adoptée lors de la réunion des chefs d’État ou de gouvernement de l’UE avec la Turquie est disponible à l’adresse http://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2016/03/18-eu-turkey-statement/.

(6)

Ainsi que le précise la feuille de route, une fois accordé, le droit de déplacement sans visa s’appliquera uniquement aux citoyens turcs en possession d’un passeport biométrique conforme aux normes du règlement (CE) nº 2252/2004 du Conseil.

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