COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 30.11.2016
COM(2016) 748 final
RAPPORT DE LA COMMISSION
concernant la disponibilité pour le personnel d'entretien de formations à la manipulation sans danger de technologies respectueuses du climat remplaçant les gaz à effet de serre fluorés ou en réduisant l’utilisation
1.Introduction
Le règlement (UE) nº 517/2014 impose une réduction des quantités d’hydrofluorocarbones (HFC) que les entreprises sont autorisées à mettre sur le marché dans l’Union européenne par l’intermédiaire des importations ou de la production. La diminution des ventes de ces gaz à effet de serre présentant souvent un important potentiel de réchauffement permettra de réduire sensiblement leurs émissions au fil du temps.
Cette diminution progressive a débuté en 2015 et permettra de réduire l’approvisionnement autorisé en HFC: d’ici 2030, celui-ci aura reculé de 79 % par rapport aux niveaux de la période 2009-2012. Rien qu’en 2030, la diminution progressive aura permis d’éviter des émissions correspondant à 70 millions de tonnes équivalent CO2. Il s’agit d’une baisse de deux tiers par rapport à un scénario de statu quo. Le règlement contribuera donc de façon significative à la réalisation des objectifs climatiques de l’Union.
Quand l’approvisionnement en HFC sera réduit, les fabricants d’équipements et de produits utilisant actuellement des HFC devront opter pour des fluides frigorigènes de substitution plus respectueux du climat. Grâce aux importants progrès technologiques accomplis ces dernières années, il est désormais possible de privilégier le recours à des fluides frigorigènes de substitution adaptés, économes en énergie et à faible potentiel de réchauffement planétaire (PRP) dans de nombreux types d’équipements et de produits.
Cependant, bon nombre de fluides frigorigènes de substitution ont des propriétés qui sont parfois méconnues des utilisateurs finals et du personnel chargé de l’entretien des équipements, comme un certain niveau d’inflammabilité ou une pression élevée. Afin de garantir la sécurité de l’installation et de l’utilisation des équipements utilisant des fluides frigorigènes de substitution, il importe que le personnel d’entretien ait accès à des formations appropriées dans l’ensemble de l’Union et suive effectivement de telles formations à mesure que la transition vers des fluides frigorigènes de substitution progresse. À défaut, celle-ci pourrait être compromise et les coûts engendrés pourraient être plus élevés que nécessaire.
Dans ce contexte, le présent rapport vise à satisfaire aux dispositions de l’article 21, paragraphe 6, du règlement (UE) nº 517/2014, en vertu duquel «le 1er janvier 2017 au plus tard, la Commission publie un rapport examinant la législation de l’Union relative à la formation des personnes physiques à la manipulation sans danger de fluides frigorigènes de substitution visant à remplacer ou à réduire l’utilisation de gaz à effet de serre fluorés et soumet, le cas échéant, une proposition législative au Parlement européen et au Conseil visant à modifier la législation de l’Union pertinente.» Ce rapport présente une analyse de la législation pertinente de l’Union. Il examine également les formations actuellement disponibles dans tous les États membres, le taux de participation du personnel d’entretien à ces formations, ainsi que d’autres initiatives de formation actuellement mises en place qui peuvent permettre de promouvoir plus largement les formations relatives aux fluides frigorigènes de substitution.
Le présent rapport a été étayé par des travaux techniques externes effectués pour le compte de la Commission, dont un questionnaire visant à demander l’avis des autorités des États membres et des consultations approfondies avec les parties prenantes, y compris des délibérations dans le cadre du forum consultatif établi en application de l’article 23 du règlement (UE) nº 517/2014.
2.Législation de l’Union européenne et normes de produits pertinentes pour la formation
2.1Règlement (UE) nº 517/2014 (règlement relatif aux gaz fluorés)
Le règlement (UE) nº 517/2014 et les règlements d’exécution de la Commission correspondants définissent des exigences très précises au niveau de l’Union pour la formation et la certification des techniciens chargés de manipuler des gaz à effet de serre fluorés utilisés comme fluides frigorigènes. Bon nombre de ces exigences se fondent sur des mesures déjà mises en place en vertu du précédent règlement (CE) nº 842/2006 et de ses règlements d’exécution de 2008. Ces exigences visent avant tout à faire en sorte que les émissions de gaz à effet de serre des équipements soient réduites au minimum.
Depuis le 1er janvier 2015, outre des connaissances techniques et une formation pratique sur les gaz à effet de serre fluorés, les techniciens certifiés doivent également disposer d’«informations sur les technologies pertinentes permettant de remplacer les gaz à effet de serre fluorés ou d’en réduire l’utilisation, et sur leur manipulation sans danger.» L’objectif est de fournir aux techniciens qui se forment à la manipulation des gaz à effet de serre fluorés certaines informations générales sur les propriétés des fluides frigorigènes de substitution (à savoir le CO2, l’ammoniac, les hydrocarbures et les HFO) et sur les caractéristiques des équipements conçus pour les utiliser. Le règlement ne prévoit pas d’exigences plus spécifiques en matière de formation en ce qui concerne les fluides frigorigènes de substitution (qui ne sont pas des gaz à effet de serre fluorés), puisque ceux-ci ne relèvent pas de son champ d’application.
2.2Autres textes législatifs applicables de l’Union européenne
Par ailleurs, d’autres dispositions législatives de l’Union européenne visant à garantir la manipulation sans danger des équipements imposent des obligations en matière de formation à l’utilisation de fluides frigorigènes de substitution (voir tableau 1). Outre les textes législatifs se rapportant spécifiquement à des risques tels que l’inflammabilité et la pression, la législation plus générale relative à la sécurité des produits ainsi qu’à la santé et à la sécurité est également pertinente dans ce contexte.
Tableau 1: Autres textes législatifs de l’Union européenne applicables à la manipulation sans danger de fluides frigorigènes permettant de remplacer les gaz à effet de serre fluorés
| Catégorie | Texte législatif de l’Union |
| Pression | Directive 97/23/CE sur les équipements sous pression (et directive de refonte 2014/68/UE) |
| Inflammabilité/atmosphères explosibles | ATEX 95 – Directive 2014/34/UE sur les atmosphères explosibles (abrogeant la directive 94/9/CE) ATEX 137 – Directive 99/92/CE concernant les prescriptions minimales visant à améliorer la protection en matière de sécurité et de santé des travailleurs susceptibles d’être exposés au risque d’atmosphères explosives |
| Santé et sécurité | Directive 89/391/CEE – Directive-cadre sur la sécurité et la santé au travail (SST) |
| Sécurité des produits | Directive 2006/95/CE (et directive de refonte 2014/35/UE) – Directive «Basse tension» Directive 2004/108/CE (et directive de refonte 2014/30/UE) – Directive relative à la compatibilité électromagnétique Directive 2006/42/CE – Directive «Machines» |
Au niveau de l'Union européenne, la directive-cadre sur la sécurité et la santé au travail (directive 89/391/CEE) encourage l’adoption de mesures visant à améliorer la sécurité et la santé des travailleurs au travail. Elle fixe des obligations générales en matière de formation des travailleurs, y compris pour le personnel temporaire ou les contractants travaillant au même endroit. Les travailleurs doivent suivre une formation à l’occasion de leur engagement (avant de commencer à travailler), d’une mutation ou d’un changement de fonction, de l’introduction d’un équipement de travail pour la première fois ou du changement d’un équipement de travail, et de l’introduction d’une nouvelle technologie. Bien qu’il s’agisse d’obligations générales, elles s’appliquent de toute évidence à certains aspects liés aux fluides frigorigènes de substitution, dès lors que la manipulation et l’utilisation de tels produits peuvent comporter des risques pour les travailleurs. La question de l’introduction de nouvelles technologies est particulièrement pertinente dans ce contexte. Certains risques professionnels et problèmes de sécurité sont également couverts par d’autres directives particulières, comme celles relatives aux équipements sous pression et aux atmosphères explosibles.
La directive 2014/68/UE sur les équipements sous pression, qui s’applique notamment aux équipements utilisant du CO2, mentionne la formation requise par les organismes notifiés, les entités tierces parties et les services d’inspection des utilisateurs. La directive 2014/34/CE sur les atmosphères explosibles et la directive 1999/92/CE sur la protection en matière de sécurité et de santé des travailleurs constituent les principaux textes législatifs européens qui fixent des prescriptions de sécurité applicables aux atmosphères explosibles et visant à améliorer la protection en matière de sécurité et de santé des travailleurs susceptibles d’être exposés au risque d’atmosphères explosibles. Ces prescriptions s’appliquent aux fluides frigorigènes de substitution inflammables, comme les hydrocarbures ou les HFO. Le personnel chargé des inspections de conformité est soumis à des exigences particulières en matière de formation. La directive 1999/92/CE impose également aux employeurs de prévoir une formation appropriée pour les activités qui sont susceptibles d’exposer les travailleurs à des risques d’atmosphères explosibles. Sans toutefois mentionner spécifiquement les fluides frigorigènes de substitution, la directive couvre certains aspects pertinents, comme l’information des travailleurs sur les dangers d’explosion, sur les mesures de protection adoptées, sur la façon dont le danger survient, sur la procédure à suivre pour manipuler correctement les équipements, sur l’équipement de protection individuelle à porter et sur l’existence de consignes d’utilisation. L’obligation de fournir une formation s’applique aussi aux contractants externes.
En outre, plusieurs directives relatives à la sécurité des produits fixent des exigences pour la mise sur le marché de certains types de produits, et visent à contribuer à la promotion du marché unique. Ces directives concernent généralement les fabricants et leur imposent des obligations quant au produit et à la mise à disposition d’informations sur celui-ci, plutôt que concernant la formation des personnes chargées de manipuler des fluides frigorigènes de substitution. La législation sur la sécurité des produits, y compris les directives 2014/35/UE, 2014/30/UE et 2006/42/CE, ne fixe aucune obligation spécifique en matière de formation à l’utilisation et à la manipulation sans danger de fluides frigorigènes de substitution. En revanche, elle définit des exigences applicables à la formation du personnel chargé d’effectuer les évaluations de la conformité, ainsi qu’à la coopération en matière d’activités de formation entre les autorités des États membres qui sont compétentes dans le domaine de la sécurité des produits.
Tous ces textes législatifs sont des directives et laissent donc aux États membres une certaine marge de manœuvre dans la mise en œuvre. L’approche adoptée pour les fluides frigorigènes de substitution diffère donc clairement de celle décrite dans le règlement relatif aux gaz à effet de serre fluorés, qui est directement applicable. À titre d’exemple, les directives concernées ne prévoient aucune exigence minimale européenne particulière au sujet des fluides frigorigènes de substitution, ni aucun système européen de certification obligatoire. Les employeurs sont censés tenir un registre des formations dispensées au personnel, mais aucun rôle n’a été défini au niveau européen pour les organismes de certification en matière de réfrigération. L’absence de normes prescriptives minimales au niveau de l’Union et d’une obligation de certification européenne peut donner à penser à certaines entreprises qu’aucune exigence contraignante ne s’applique en matière de formation. Or, ce n’est absolument pas le cas.
Il importe aussi de signaler que des exigences prescriptives en matière de formation et de compétences sont établies dans deux normes EN qui s’appliquent aux fluides frigorigènes, et notamment aux gaz à effet de serre fluorés et à leurs solutions de remplacement. La norme EN13313, en particulier, aborde la question des compétences du personnel chargé de manipuler des systèmes de réfrigération et des pompes à chaleur. Elle définit les activités liées aux circuits de réfrigération et les profils de compétences associés et met en place des procédures et un cadre pour l’évaluation des compétences des personnes chargées de ces tâches, en prévoyant notamment un système de certification. Sont entre autres couverts des aspects liés aux fluides frigorigènes de substitution, tels que l’inflammabilité, la toxicité et la pression; cette norme donne également une indication du niveau de compétence requis pour les différentes étapes des processus de travail, comme la conception, l’installation, l’utilisation, la maintenance générale, la mise hors service, etc. La norme EN378 est une autre norme essentielle concernant les fluides frigorigènes, qui recense (dans sa version EN378-4) des éléments de formation pertinents en ce qui concerne les fluides frigorigènes de substitution inflammables.
En résumé, l’analyse de la législation de l’Union européenne démontre qu’un certain nombre de directives européennes imposent d’ores et déjà la fourniture d’une formation adéquate au personnel travaillant avec des fluides frigorigènes de substitution. Une prescription contraignante impose également aux employeurs de veiller à ce que le personnel chargé de manipuler des fluides frigorigènes de substitution reçoive une formation suffisante pour se prémunir contre les risques de sécurité – notamment les risques liés à l’utilisation de fluides frigorigènes de substitution inflammables et d’équipements sous haute pression. Ces textes législatifs obligent les employeurs à s’assurer que les risques sont correctement évalués et que le personnel reçoit une formation suffisante dans le cadre d’un processus de réduction des risques. Ces exigences s’appliquent aussi bien aux concepteurs de produits qui travaillent pour les fabricants d’équipements qu’aux techniciens chargés de l’installation, de la maintenance et de la mise hors service en fin de vie. Selon les directives en vigueur, il serait déjà illégal pour un employeur d’autoriser un travailleur à manipuler des systèmes utilisant un fluide frigorigène inflammable, par exemple, si ce travailleur ne dispose pas d’une formation adéquate. Les exigences obligatoires en matière de formation à la manipulation de fluides frigorigènes de substitution sont moins prescriptives que celles concernant les gaz à effet de serre fluorés, mais la combinaison des obligations fixées par les directives énumérées dans le tableau 1 et de celles définies dans la norme EN 13313 forme un bon cadre juridique pour les exigences en matière de formation5.
Lors de sa réunion du 10 septembre 2015, le forum consultatif a donc examiné le cadre législatif actuellement en vigueur, tel qu’il a été présenté ci-dessus, en ce qui concerne la formation relative aux fluides frigorigènes de substitution, ainsi que la conclusion préliminaire selon laquelle le cadre législatif actuel, même s’il n’est pas contraignant au niveau européen, constitue une base juridique suffisante pour la fourniture de formations relatives aux fluides frigorigènes de substitution en vue de garantir leur utilisation sans danger. Les membres du forum consultatif se sont globalement ralliés à ce point de vue5. Toutefois, certaines parties prenantes ont indiqué que des règles harmonisées et détaillées au niveau de l’Union pourraient faciliter les décisions des employeurs en matière de formation et que la mise en place d’un processus de certification pourrait permettre de contrôler le taux de participation aux formations. D’autres participants ont signalé que toute obligation juridique supplémentaire concernant les fluides frigorigènes de substitution pourrait compromettre davantage leur introduction et leur utilisation.
3.Possibilités de formation dans les États membres
Le personnel d’entretien qui manipule des équipements utilisant des gaz à effet de serre fluorés sera probablement celui qui sera chargé de l’entretien des équipements utilisant des fluides frigorigènes de substitution. Conformément aux dispositions du précédent règlement sur les gaz fluorés [règlement (CE) nº 842/2006], tous les États membres disposent de systèmes de formation et de certification notifiés pour l’utilisation d’équipements contenant des gaz à effet de serre fluorés dans les secteurs concernés. Il ressort d’une enquête réalisée auprès des autorités des États membres qu’à l’heure actuelle, un total de 160 000 techniciens en gaz fluorés possédant la formation et la certification adéquates travaillent avec des systèmes fixes de réfrigération, de climatisation et de pompes à chaleur, dans 40 000 entreprises certifiées au total. En moyenne, on dénombre 40 techniciens en gaz fluorés qualifiés et 10 entreprises certifiées pour 100 000 citoyens. Le marché est dominé par un grand nombre d’entreprises de très petite taille.
16 États membres ont déclaré tenir un registre central du personnel et des entreprises donnant accès à des listes de techniciens et de sociétés certifiés pour la manipulation des gaz à effet de serre fluorés. Ces registres centraux sont utiles pour les utilisateurs finals qui désirent s’assurer que les techniciens auxquels ils font appel possèdent la certification adéquate. Dans les États membres qui ne possèdent pas de registre central, ces vérifications s’effectuent par l’intermédiaire de l’organisme de certification compétent.
La situation actuelle concernant les possibilités de formation pour les fluides frigorigènes de substitution est résumée dans le tableau 2. Une proportion assez importante (71 %) d’États membres propose des formations pour l’ammoniac (puisqu’il s’agit d’un fluide frigorigène utilisé depuis longtemps déjà), mais le nombre de formations disponibles pour les autres fluides frigorigènes de substitution est beaucoup plus faible. La proportion de techniciens formés à la manipulation des différents fluides frigorigènes de substitution par rapport au nombre total de techniciens formés à la manipulation des gaz fluorés dans l’Union européenne est extrêmement faible (entre 0 et 2,3 %). Néanmoins, alors qu’il existe un régime de certification obligatoire pour les gaz à effet de serre fluorés, qui permet aux fonctionnaires des États membres d’obtenir des données précises sur le nombre de techniciens certifiés, ce n’est pas le cas pour les fluides frigorigènes de substitution. Il est donc probable que le nombre réel de techniciens formés à la manipulation des fluides frigorigènes de substitution soit plus élevé que le nombre renseigné dans l’enquête. Toutefois, le taux de participation aux formations à la manipulation des fluides frigorigènes de substitution semble encore peu élevé.
Tableau 2: Analyse des formations à la manipulation des fluides frigorigènes respectueux du climat destinés à remplacer les gaz à effet de serre fluorés
| | Ammoniac | CO2 | Hydrocarbures: systèmes hermétiques de petite taille | Hydrocarbures: systèmes de plus grande taille (systèmes séparés, refroidisseurs) | HFO |
| Possibilités de formation dans le pays (% d’États membres) | 71 % | 52 % | 48 % | 35 % | 20 % |
| Proportion de spécialistes certifiés en gaz fluorés également formés à la manipulation des fluides frigorigènes de substitution | 2,3 % | 2,2 % | 0,7 % | 0,05 % | 0 % |
La formation comprend des connaissances théoriques ainsi que des exercices pratiques sur les équipements concernés. Ce deuxième aspect est plus coûteux, car il nécessite la création de centres de formation dotés des équipements adéquats. Il existe déjà des centres de formation équipés dans certains États membres: on dénombre quelque 90 centres offrant des formations théoriques et environ 50 centres proposant des formations pratiques dans 14 États membres. La répartition géographique de ces centres montre que de telles infrastructures sont beaucoup plus accessibles dans certains États membres que dans d’autres. La configuration du secteur, qui est essentiellement dominé par des microentreprises, constitue un obstacle potentiel au déploiement de formations à l’utilisation de solutions de substitution respectueuses du climat. Pour les entreprises de très petite taille, il est relativement difficile de financer la formation requise pour les nombreuses solutions de substitution différentes qui sont mises sur le marché.
Plusieurs États membres ont indiqué que des initiatives étaient mises en place pour augmenter le taux de participation aux formations à la manipulation de fluides frigorigènes de substitution respectueux du climat. Certains États membres couvriront des aspects liés à ces fluides frigorigènes de substitution dans leurs programmes de formation (Royaume-Uni, Espagne), tandis que d’autres prévoient la création de nouvelles infrastructures de formation spécifiques (Allemagne, Pays-Bas), et que d’autres encore financent des projets sur le savoir-faire en matière de formation, sur la promotion des fluides frigorigènes de substitution et sur la sensibilisation des entreprises aux besoins en matière de formation (Bulgarie, Estonie). En outre, certaines organisations de formation nationales ont l’intention d’améliorer la formation à la manipulation des fluides frigorigènes de substitution (Finlande).
4.Initiatives du secteur privé et autres initiatives
Malgré l’absence d’exigences prescriptives applicables aux fluides frigorigènes de substitution au niveau européen, le secteur a mis en place des initiatives spécifiques concernant la formation à l’utilisation des fluides frigorigènes de substitution respectueux du climat, notamment pour satisfaire aux obligations juridiques en matière de sécurité et à d’autres obligations mentionnées à la section 2 ci-dessus. Ainsi, la plupart des fabricants de produits qui utilisent des fluides frigorigènes de substitution proposent eux-mêmes des formations et mettent à la disposition des utilisateurs finals du personnel spécialisé pour procéder aux opérations de maintenance. Tel est notamment le cas pour les grands systèmes centralisés de réfrigération des supermarchés fonctionnant au CO2.
De plus, l’Association européenne de la réfrigération et de la climatisation (Air-conditioning and Refrigeration European Association – AREA) a publié un guide des exigences minimales en matière de formation et de certification des contractants. Ces exigences sont conformes à celles de la norme EN 13313 («Systèmes de réfrigération et pompes à chaleur – Compétence du personnel»). Les documents de l’AREA établissent des cadres de formation complets et proposent des structures de cours pour l’ammoniac, le CO2 et les hydrocarbures.
Enfin, le projet «Real Alternatives» jette des bases solides pour les futures activités de formation, en particulier de nature théorique, dans l’ensemble de l’Union européenne: il s’agit d’une initiative de formation plurinationale soutenue par la Commission européenne, le Programme des Nations unies pour l’environnement et plusieurs entreprises. Ce programme a permis l’élaboration d’un vaste corpus de matériel de formation, comprenant des modules d’apprentissage en ligne sur les fluides frigorigènes de substitution respectueux du climat, lequel est mis à la disposition du public en six langues sur le site web de l’initiative.
5.Obstacles liés aux possibilités de formation
Le problème de la formation est pris très au sérieux par les différentes parties prenantes concernées – des fabricants d’équipements et du personnel d’entretien aux utilisateurs finals, en passant par les autorités compétentes – et tous ont conscience de la nécessité de mettre en place des formations adaptées et plus nombreuses concernant les équipements utilisant des fluides frigorigènes de substitution. Toutefois, plusieurs lacunes ont été recensées et pourraient constituer des obstacles si rien n’est fait pour y remédier.
5.1 Existence d’un matériel de formation approprié
Il existe une offre satisfaisante de matériel de formation pouvant être utilisé dans le cadre des programmes de formation sur les fluides frigorigènes de substitution (norme EN 13331, directives de l’AREA, projet «Real Alternatives» financé par l’UE, nombreuses activités nationales), dont une grande partie est librement accessible aux techniciens dans tous les États membres. Ce matériel peut contribuer à améliorer le déploiement des formations, mais, outre le fait qu’il doive potentiellement être traduit dans d’autres langues, il doit également faire l’objet d’un développement continu et progressif, afin de tenir compte des évolutions telles que l’introduction de nouvelles normes, l’apparition de nouveaux fluides frigorigènes de substitution, les avancées technologiques et l’amélioration des connaissances sur l’utilisation des fluides frigorigènes de substitution respectueux du climat. Une traduction de ce matériel dans toutes les langues nécessaires favoriserait également son utilisation généralisée dans l’Union européenne. Il convient d’encourager ces évolutions. Un facteur de réussite essentiel consistera à encourager les techniciens de toute l’Union européenne à exploiter les ressources déjà disponibles en matière de formation.
5.2 Manque d’infrastructures de formation pratique
Si le matériel existant, la documentation pertinente et les logiciels pour la formation théorique (que ce soit pour les formations dispensées en ligne ou pour celles données en classe) sont disponibles en quantité raisonnable, le nombre d’infrastructures proposant une formation pratique à l’utilisation des équipements concernés semble très insuffisant dans certaines régions. Les retards dans la mise en place d’un nombre adéquat d’infrastructures de formation pratique sont probablement liés aux coûts d’investissement nécessaires à leur création, ainsi qu’à leurs coûts de fonctionnement. Il pourrait être judicieux que les autorités compétentes à tous les niveaux étudient des pistes pour encourager les investissements dans de telles infrastructures, en collaboration avec les associations représentant les contractants et les fournisseurs d’équipements, ainsi qu’avec les établissements d’enseignement supérieur, les centres de formation professionnelle, les syndicats et les instituts de formation privés.
5.3 Manque d’ingénieurs et de techniciens qualifiés
Malgré l’offre de matériel de formation de qualité, il est manifeste que, d’après les chiffres actuellement connus, le taux de participation aux formations suivies est insuffisant pour satisfaire aux exigences à moyen et long termes de la suppression progressive des HFC. On constate un manque général de préparation à l’utilisation des fluides frigorigènes de substitution, y compris l’ammoniac, le CO2, les hydrocarbures et les HFO. Ce constat concerne aussi bien les techniciens chargés des travaux d’installation et de maintenance que les ingénieurs professionnels qui conçoivent les équipements et en définissent les spécifications.
Si l’utilisation actuelle des fluides frigorigènes de substitution est relativement limitée, il est nécessaire d’accroître le nombre de techniciens possédant la formation adéquate pour accompagner la transition vers les fluides frigorigènes de substitution à mesure que la suppression progressive des HFC devient de plus en plus difficile. Dès 2018, l’offre de HFC (mesurée en équivalent CO2) devra être réduite de 37 % par rapport à 2015. D’ici là, il sera donc important qu’un nombre bien plus élevé de techniciens aient été formés. Dans certaines régions, le manque de fournisseurs de services qualifiés constitue un facteur déterminant qui entrave la transition vers les fluides frigorigènes de substitution – par exemple l’utilisation du CO2 pour la réfrigération commerciale. Il sera essentiel de s’atteler rapidement à accroître le taux de participation aux formations, en associant à ces efforts les autorités compétentes, les organisations professionnelles du secteur, les fabricants d’équipements et les organismes de formation. Il convient de mener des campagnes de sensibilisation auprès des utilisateurs finals et des acteurs de la chaîne de distribution des équipements (grossistes, supermarchés, exploitants de grands bâtiments, par exemple) afin de promouvoir la formation et de faciliter l’échange de bonnes pratiques. Un moyen envisageable de démultiplier les efforts et de remédier au déséquilibre géographique existant consisterait à recourir à des programmes de type «formation des formateurs». Si les producteurs d’équipements doivent veiller à ce que le personnel d’entretien soit formé aux nouvelles technologies introduites, les utilisateurs finals de premier plan (comme les grands détaillants) peuvent également jouer un rôle important, notamment en n’autorisant que les techniciens dûment formés à travailler sur leurs systèmes. Certaines associations sectorielles nationales envisagent de définir des obligations minimales en matière de formation ou d’établir des systèmes de «carte de compétences» sur une base volontaire afin que les techniciens puissent disposer d’un compte rendu officiel de leur formation et de leur profil de compétences.
6.Conclusions
En application des dispositions de l’article 21, paragraphe 6, du règlement (UE) nº 517/2014, la Commission a examiné la législation de l’Union européenne relative à la formation des personnes physiques à la manipulation sans danger de fluides frigorigènes de substitution remplaçant les gaz à effet de serre fluorés. Sur la base de cette évaluation, il est possible de conclure que le cadre législatif en vigueur, complété par les normes existant au niveau européen, semble globalement approprié pour garantir la manipulation sans danger de tels équipements pour autant que ces règles soient respectées. Par conséquent, d’autres mesures législatives en la matière ne semblent pas s’imposer actuellement à l’échelle européenne.
Toutefois, les informations communiquées par les autorités des États membres et par d’autres parties prenantes révèlent que l’offre actuelle de formations à l’utilisation de technologies de substitution respectueuses du climat présente des lacunes dans la pratique. Ces problèmes concernent plus particulièrement le manque actuel d’infrastructures de formation, l’offre de formations pratiques et le nombre de spécialistes compétents. Il convient d’intensifier les efforts afin que l’offre de formations puisse répondre à la future augmentation de la demande.
Dans ce contexte, sur la base des conclusions préliminaires du présent rapport, la Commission a d’ores et déjà inscrit la formation relative aux fluides frigorigènes de substitution au rang des priorités clés de l’appel à propositions 2016 dans le cadre du programme LIFE. Par ailleurs, les parties prenantes, et notamment les associations de techniciens, les entreprises privées et les autorités, sont de plus en plus actives dans ce domaine. Les entreprises qui vendent des équipements utilisant des fluides frigorigènes de substitution ont tout intérêt à promouvoir les compétences nécessaires à la manipulation de tels équipements et pourraient davantage favoriser l’accès aux formations relatives à leurs équipements, ainsi que la coopération avec des centres de formation indépendants. Les associations de techniciens étudient les nouveaux champs d’activités présentant un intérêt pour leurs membres et pourraient, elles aussi, promouvoir et faciliter l’accès à la formation. Les autorités nationales pourraient avoir recours aux programmes de financement disponibles pour appuyer la mise en place d’infrastructures et de programmes de formation adaptés et faire connaître les règles et les normes en vigueur.