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AccueilDroit européen52016IE1027
Initiative législative52016IE1027

Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Renforcer les industries européennes des produits de soin, d’hygiène corporelle et de beauté» (avis d’initiative)

CELEX52016IE1027
TypeInitiative législative
Datejeudi 20 octobre 2016

Résumé IA

Cet avis d'initiative du Comité économique et social européen (CESE) propose des recommandations pour renforcer la compétitivité des industries européennes des cosmétiques et produits d'hygiène. Il préconise notamment une harmonisation accrue des règles au sein du marché unique, un allègement des charges administratives pour les PME, et une meilleure prise en compte de l'innovation et de la durabilité dans le cadre réglementaire existant, tel que le règlement cosmétique.

Texte intégral

2.2.2017

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 34/31


Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Renforcer les industries européennes des produits de soin, d’hygiène corporelle et de beauté»

(avis d’initiative)

(2017/C 034/05)

Rapporteur:

Mme Madi SHARMA

Corapporteur:

M. Dirk JARRÉ

Décision de l’assemblée plénière

21 janvier 2016

Base juridique

Article 29, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Compétence

CCMI

Adoption en section spécialisée

28 septembre 2016

Adoption en session plénière

20 octobre 2016

Session plénière no

520

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

181/1/1

1. Conclusions et recommandations politiques

1.1.

L’Europe a toujours joué un rôle essentiel dans la production, l’innovation et la conception des produits de soin, d’hygiène corporelle et de beauté. Plus récemment, sa position de chef de file du secteur a été progressivement affaiblie par l’action de la concurrence mondiale et par un cadre faisant abstraction de la pression des technologies novatrices et de la réalité commerciale qui s’attache à une compétitivité pérenne.

1.2.

Le présent avis examine le renforcement des industries européennes des produits de soin, d’hygiène corporelle et de beauté, en particulier les produits visés par le règlement (CE) no 1223/2009 du Parlement européen et du Conseil relatif aux produits cosmétiques. Un «produit cosmétique» désigne toute substance ou tout mélange destiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps humain (épiderme, systèmes pileux et capillaire, ongles, lèvres et organes génitaux externes) ou avec les dents et les muqueuses buccales en vue, exclusivement ou principalement, de les nettoyer, de les parfumer, d’en modifier l’aspect, de les protéger, de les maintenir en bon état ou de corriger les odeurs corporelles; une substance ou un mélange destiné à être ingéré, inhalé, injecté ou implanté dans le corps humain n’est pas considéré comme un produit cosmétique.

1.3.

Les secteurs du papier hygiénique, des mouchoirs et des protections hygiéniques ne relèvent pas du champ d’application du règlement relatif aux produits cosmétiques, mais peuvent être pris en considération dans de nombreuses recommandations en raison de leur valeur ajoutée sur le plan de l’hygiène personnelle.

1.4.

Le présent avis ne concerne pas les produits pharmaceutiques, les tatouages, le maquillage permanent ou les services de soins de beauté, ni les produits administrés par voie chirurgicale ou au moyen d’instruments, ni les produits de soins cutanés pour animaux. Cependant, le Comité économique et social européen (CESE) recommande que tous les produits susmentionnés fassent l’objet d’un document distinct compte tenu de l’inquiétude grandissante des consommateurs à l’égard des substances chimiques nocives.

1.5.

Si la capacité d’innovation des entreprises européennes spécialisées dans ce domaine est impressionnante, l’innovation elle-même et, par conséquent, la production et la commercialisation des inventions de l’Union européenne se sont déplacées vers d’autres parties du monde, avec de lourdes conséquences sur le plan économique et social. La création d’un environnement propice au dépassement de l’industrie 4.0 par la prise en considération des avancées biotechnologiques et la mise en œuvre de stratégies appropriées contribuera grandement à la relocalisation industrielle et au développement de nouveaux produits.

1.6.

Le CESE formule les recommandations sectorielles suivantes, tout en reconnaissant que l’industrie dispose déjà de réglementations adaptées pour assurer la protection et la sécurité des consommateurs; il n’est pas jugé nécessaire d’introduire de nouvelles législations, mais il conviendrait d’envisager un accroissement de la transparence:

—

améliorer la convergence technologique entre le secteur des sciences de la vie, le développement de la génomique, les produits pharmaceutiques, les dispositifs médicaux et le secteur des produits de beauté et de soin,

—

améliorer la collaboration entre les petites et les grandes entreprises et le secteur de la recherche biotechnologique,

—

mettre en œuvre des stratégies permettant de réduire autant que possible la période sans revenus pour les petites et moyennes entreprises (PME) innovantes,

—

accroître la connaissance du marché et le transfert de connaissances entre les acteurs afin de favoriser l’innovation dans le secteur cosmétique et de promouvoir la personnalisation des produits,

—

améliorer les perspectives d’emploi dans l’innovation et le développement de nouveaux produits,

—

mettre en œuvre des stratégies de gestion des ressources et des déchets à des fins de viabilité environnementale et d’économie circulaire,

—

accorder une priorité élevée à la recherche de substituts à l’expérimentation animale, ainsi qu’à l’acceptation réglementaire de méthodes de substitution éprouvées,

—

généraliser l’application d’exigences relatives à la préservation de la biodiversité et au respect de la propriété intellectuelle des populations autochtones, et observer les principes du commerce équitable,

—

développer de nouveaux concepts permettant d’associer les groupes d’utilisateurs et de consommateurs aux processus allant du développement de nouveaux produits jusqu’à leur évaluation,

—

réexaminer la coopération internationale, de sorte à accroître l’accessibilité, l’harmonisation et la promotion des normes de l’Union européenne à l’échelle mondiale pour lutter contre la fraude.

2. Présentation générale de l’industrie européenne des produits de soin

2.1.

Les cosmétiques et les produits de soin sont des articles indispensables et utilisés chaque jour par plus de 500 millions de consommateurs européens, dans toutes les tranches d’âge. Leur gamme s’étend des produits d’hygiène quotidienne, tels que le savon, le shampooing, les déodorants et le dentifrice, jusqu’aux articles de beauté de luxe, comme les parfums et le maquillage. À lui seul, le secteur pèse 77 milliards d’EUR (en 2015) et a été l’un des rares à ne pas être touché par la crise financière mondiale. L’Europe s’est imposée comme un des principaux acteurs du secteur dans le monde et elle compte parmi les grands exportateurs de produits cosmétiques. Les exportations européennes pour ce secteur s’élevaient à 17,2 milliards d’EUR en 2015.

2.2.

La notoriété des marques joue un grand rôle dans l’industrie cosmétique, étant donné le degré élevé de concurrence qui la caractérise. La fidélité des consommateurs dépend d’une publicité crédible, de la qualité et de l’innocuité des produits ainsi que du développement de nouveaux produits, une situation qui peut être comparée à celle de l’industrie de la mode, soumise à des changements de tendances saisonniers.

2.3.

Le secteur se compose de sociétés de toutes tailles et l’industrie cosmétique compte plus de 4 600 PME en Europe. Selon les estimations, le segment des PME représente 30 % du marché, mais ce chiffre peut atteindre 98 % dans certains États membres de l’Union européenne. L’offre de produits varie de 20 000 références et plus pour les grandes entreprises à environ 160 pour les plus petites d’entre elles. Un grand fabricant de cosmétiques possède une gamme de quelque 2 000 ingrédients et celle d’une PME en compte approximativement 600, chacune s’enrichissant d’environ 4 % de nouveaux ingrédients chaque année. Ceux-ci ont un effet important sur la rentabilité et la croissance.

2.4.

Au moins deux millions de personnes sont employées tout au long de la chaîne de valeur en Europe, de la fabrication jusqu’au commerce de détail. En 2015, 152 000 travailleurs étaient employés à la fabrication même (1), les femmes y étant représentées dans une proportion légèrement supérieure (56 % contre 44 % d’hommes). Au cours des cinq dernières années, le secteur a vu le nombre de ses emplois directs et indirects croître de 2,3 %, soit plus de 39 000 nouveaux postes (2).

2.5.

En 2015, les dépenses de recherche et développement étaient estimées à 1,27 milliard d’EUR. Elles varient considérablement d’un pays à l’autre. Le secteur emploie plus de 26 000 scientifiques, qui font des recherches dans de nouveaux domaines, travaillent sur de nouveaux ingrédients, développent des formules et réalisent des évaluations de la sécurité, ce qui débouche sur le dépôt d’un nombre impressionnant de brevets dans l’Union européenne chaque année.

2.6.

L’industrie papetière européenne, et plus précisément la branche des mouchoirs, réalise un chiffre d’affaires de plus de 10 milliards d’EUR chaque année et détient 25 % du marché mondial des mouchoirs. L’utilisation croissante de produits de qualité à base de papier, comme les serviettes de papier, les mouchoirs, le papier hygiénique, etc., constitue un facteur important dans l’amélioration de la qualité de vie et des conditions générales d’hygiène, au domicile comme à l’extérieur, et apporte dès lors une contribution notable au secteur des produits de soin.

2.7.

Le secteur européen des produits cosmétiques est salué pour avoir pris l’initiative d’une interdiction complète de l’expérimentation sur les animaux, tout en favorisant l’innovation et la compétitivité. Le marché est désormais axé à parts égales sur la sécurité et l’innovation, avec de nouvelles palettes de couleurs, des traitements spécifiques pour la peau, des produits antivieillissement et des formules uniques. Les consommateurs exigent constamment davantage de choix, une plus grande personnalisation et même une efficacité renforcée. Pour pouvoir répondre plus efficacement aux préférences et aux attentes des utilisateurs, les groupes et associations de consommateurs sont régulièrement consultés dès les premières étapes du développement.

3. Législation de l’Union européenne

3.1.

Le contrôle des ingrédients et les critères d’expérimentation, y compris en ce qui concerne l’interdiction de l’expérimentation animale, la protection de l’environnement et l’étiquetage, sont autant d’éléments soumis à la législation et à des lignes directrices de l’Union européenne. Le cadre réglementaire pour l’accès au marché, les relations commerciales internationales et la convergence réglementaire font l’objet d’un suivi par la Commission européenne.

3.2.

Le règlement relatif aux produits cosmétiques [règlement (CE) no 1223/2009] est en vigueur depuis 2013, date à laquelle il a remplacé la directive 76/768/CEE adoptée en 1976. Son objet est d’harmoniser les règles de sorte à réaliser un marché intérieur des produits cosmétiques et à assurer un niveau élevé de protection de la santé humaine.

3.3.

Indépendamment des procédés de fabrication ou des circuits de distribution, les produits placés sur le marché de l’Union européenne doivent être sûrs. Le règlement relatif aux produits cosmétiques (y compris ses annexes) et ses modifications prévoient les exigences et restrictions réglementaires applicables à l’ensemble des substances utilisées dans les produits cosmétiques. La «personne responsable» d’un produit cosmétique est chargée de garantir la sécurité du produit et doit veiller à ce que celui-ci soit soumis à une évaluation scientifique de la sécurité par des experts avant d’être mis en vente. La base de données CosIng, qui comprend des informations sur les substances et les ingrédients présents dans les cosmétiques, assure un accès aisé aux données sur ces substances. Assurer un niveau élevé de protection aux fins de la protection de la santé humaine et de la sécurité des consommateurs implique également que les comités scientifiques responsables portent une attention toute particulière aux risques potentiels pour la santé encourus par certaines professions (par exemple, les coiffeurs et esthéticiens), qui utilisent des produits cosmétiques quotidiennement dans le cadre de leurs activités professionnelles et sont dès lors soumises à des niveaux d’exposition plus élevés que le reste du public.

4. Stratégies en faveur de la croissance du secteur

4.1.

Pour rester compétitifs, les fabricants s’attachent constamment à innover afin de découvrir de nouveaux ingrédients, à utiliser les ingrédients existants dans de nouvelles applications et à créer des produits plus personnalisés. Ils ne peuvent cependant pas travailler en vase clos, et il est dès lors nécessaire que la Commission, les gouvernements nationaux et les parties prenantes, en particulier les organisations représentatives des consommateurs et des travailleurs, œuvrent de concert pour créer un environnement favorable à la croissance.

4.2.

Le CESE reconnaît que les principaux défis auxquels est confronté le secteur en matière de croissance sont comparables à ceux des autres branches de l’industrie. Les recommandations qu’il formule ci-après portent spécifiquement sur le secteur des produits de soin et des cosmétiques:

4.2.1.

Améliorer la convergence entre le secteur des sciences de la vie — notamment la recherche en génomique — et celui des produits de soin et de beauté favoriserait davantage la diversification des produits. La peau est le plus grand organe du corps humain, mais la distinction opérée entre l’application cutanée de produits cosmétiques et le traitement par des produits médicaux tend à disparaître. Il convient de prendre en considération certains effets comme les irritations, les allergies et les cancers de la peau. Des initiatives telles qu’EIT Santé (3), menées dans certains domaines phares des soins de santé, y compris le secteur pharmaceutique, les techniques médicales, les biotechnologies et la santé numérique, offrent de bons exemples de collaboration. Les produits cosmétiques améliorent l’hygiène corporelle et apportent des avantages sur le plan du bien-être et/ou du mode de vie (par exemple, la réduction du stress, une confiance renforcée ou l’amélioration de la qualité du sommeil, qui sont des effets positifs non reconnus dans les règlements). Si les produits cosmétiques ne sont pas des produits médicaux, ils sont néanmoins conçus sur la base de recherches avancées sur la peau et sa fonction. Par conséquent, le développement des cosmétiques peut tirer parti des progrès réalisés dans d’autres disciplines des sciences biologiques, en particulier l’industrie pharmaceutique. Il convient d’encourager la collaboration en matière de recherche de sorte à mettre l’accent sur la personnalisation des produits destinés à être adaptés au mode de vie des individus et de ceux visant leur bien-être.

4.2.2.

Le fait d’améliorer la collaboration entre les petites et les grandes entreprises tout en assurant le développement d’incubateurs (4) ou la constitution de pôles sectoriels pourrait renforcer la compétitivité et favoriser la croissance. Tous les produits cosmétiques sont soumis à une évaluation scientifique de la sécurité par des experts avant d’être mis sur le marché, ce qui peut créer des obstacles administratifs et financiers considérables pour les entreprises plus petites. S’il est essentiel de maintenir une évaluation de la sécurité, les petites entreprises innovantes devraient recourir à une palette de mesures de soutien à l’activité qui pourraient accompagner la période de développement comprise entre le processus d’innovation et de développement de nouveaux produits et la commercialisation réussie du produit final, ce qui réduirait le risque d’échec. Ces mesures pourraient notamment consister à améliorer le partage des connaissances au moyen du transfert de technologies et de connaissances, à exploiter les possibilités d’investissement en coopération, à analyser les réductions de coûts envisageables et à assurer l’accès aux sources de financement (5). En outre, les gouvernements devraient changer d’état d’esprit en ce qui concerne la fabrication pour se concentrer sur le soutien à la production locale et à la création d’emplois en Europe.

4.2.3.

Accroître la connaissance du marché et la fourniture de données par les universités, l’industrie et les consommateurs favorisera la croissance grâce au transfert de connaissances. Les tendances en matière de produits de soin s’orientent désormais vers les produits biologiques, naturels, pro-âge et antivieillissement, ainsi que sur les écrans solaires UVB et UVA, élargissant ainsi le champ de l’innovation. À l’heure actuelle, les innovations en matière de ménopause et de vieillissement offrent un espace de développement pour le segment des produits de beauté, en ciblant un nombre considérable d’individus avec des produits qui les aident à se sentir au mieux et à valoriser leur apparence. Compte tenu du progrès scientifique et technologique que représente le séquençage du génome humain, et de la meilleure compréhension de ses diverses fonctions et de sa stricte individualité, l’avenir de l’industrie cosmétique réside dans une personnalisation extrêmement poussée de ses produits. La recherche et l’investissement dans cette approche, en coopération avec les professions médicales et les milieux universitaires, constituent des enjeux essentiels pour le secteur.

4.2.4.

Encourager une participation accrue des travailleurs. Les salariés sont en première ligne de l’innovation appliquée aux produits, car ils font une expérience globale du secteur, depuis le processus de développement jusqu’aux retours d’informations des consommateurs. Une consultation renforcée, moyennant notamment la promotion de l’«intrapreneuriat», pourrait dès lors favoriser la croissance des entreprises. Le secteur offre des possibilités d’emploi très diverses, et une meilleure communication au sujet des compétences et des aptitudes requises aux fins de son développement actuel et futur le rendra plus attrayant. En Europe, plus de 514 000 étudiants en sciences de la vie (6) s’emploient à mener des travaux de recherche novateurs et à explorer de nouvelles pistes afin de renforcer la collaboration intersectorielle. Dans ce cadre également, une coopération plus étroite entre les universités et les entreprises contribuerait à attirer un spectre plus large de travailleurs.

4.2.5.

Pourvoir à la recherche et au développement. Des investissements, des dépenses dans la recherche et le développement ainsi que des dispositions en matière de sécurité sont nécessaires pour soutenir la croissance. Il convient d’envisager des mécanismes de financement, public comme privé, pour la recherche et le développement, l’enregistrement de brevets et le développement de nouveaux produits dans le secteur de la fabrication de l’Union européenne.

4.2.6.

Les violations de brevets et la contrefaçon de marchandises posent des risques sérieux en matière de rentabilité pour les entreprises européennes, grandes et petites, ainsi que pour la santé des consommateurs. En 2006, les parfums et cosmétiques de contrefaçon ont coûté 3 milliards d’EUR à l’Union européenne en perte de recettes. Une protection accrue de la propriété intellectuelle pour les marques pourrait être garantie par la mention du pays de fabrication sur le produit.

4.2.7.

Un engagement en faveur d’une réglementation «en fonction du risque». Actuellement, les substances sont réglementées non pas sur la base de leurs propriétés intrinsèques (par exemple une substance irritante), mais plutôt en fonction du fait que leur propriété s’exprime ou non dans des conditions réelles d’utilisation (par exemple une utilisation à une concentration inférieure au seuil d’irritation). Cette approche est rendue possible, car l’usage des produits cosmétiques est bien défini et des évaluations complètes du risque peuvent être réalisées. Il en va différemment de la législation sur les produits chimiques (sans usage défini), qui repose sur le «danger» lié aux propriétés intrinsèques. Pour que le secteur puisse continuer à innover et à se développer, il est fondamental qu’une distinction appropriée entre danger et risque soit maintenue dans la législation et les politiques européennes.

4.2.8.

Promouvoir des ingrédients spécifiques au territoire. En facilitant la recherche et la certification de produits naturels spécifiques à certaines régions grâce à l’indication géographique protégée (7) (par exemple l’immortelle de Corse), on pourrait promouvoir les produits régionaux de l’Union européenne et mettre davantage l’accent sur les matières premières locales et sur les produits artisanaux. Actuellement, les coûts induits par le traçage isotopique ou les analyses en laboratoire des produits naturels représentent une barrière pour les entrepreneurs et pour les PME.

4.2.9.

Interdiction de l’expérimentation sur les animaux. Le règlement relatif aux cosmétiques a introduit des interdictions en matière d’expérimentation (interdiction d’expérimentation sur les animaux des produits cosmétiques finis et des ingrédients cosmétiques) et de commercialisation (interdiction de commercialiser dans l’Union des produits cosmétiques finis et des ingrédients de produits cosmétiques testés sur des animaux). Il n’y a aucune intention de lever cette interdiction, mais celle-ci présente néanmoins des défis pour les fabricants en matière d’innovation, de développement de nouveaux produits et d’exportations.

—

Acceptation réglementaire des méthodes éprouvées de substitution. Dans un certain nombre de domaines liés aux essais d’innocuité, des stratégies sans expérimentation animale ont été développées, validées et acceptées par l’Organisation de coopération et de développement économiques. Celles-ci permettent de prédire avec précision les réactions complexes d’un système biologique, en particulier pour les essais sur les produits cosmétiques finis ainsi que pour certains critères de toxicité en lien avec les essais sur ingrédients. Il est également possible de substituer certaines informations de sécurité manquantes par référence croisée à des ingrédients déjà connus dont la composition chimique est apparentée ou par application d’un seuil de risque toxicologique. Il est essentiel que ces méthodes validées soient acceptées par les autorités de réglementation pour que l’industrie puisse progresser vers un monde innovant et sans expérimentation animale.

—

Utiliser la recherche et le développement pour améliorer l’évaluation de la sécurité des ingrédients et des produits. En l’absence d’expérimentation animale, il n’existe pas de palette complète d’essais in vitro pour évaluer la sécurité de nouvelles molécules telles que les écrans solaires. Les recherches visant à développer des approches en matière d’évaluation de la sécurité sans recourir à l’expérimentation animale devraient être encouragées aussi bien par le secteur public que celui privé. Compte tenu de l’incidence encore croissante du mélanome de la peau, les activités de recherche et développement visant à comprendre la biologie cutanée afin de mettre au point des produits permettant de prévenir ou de réduire les cancers de la peau revêtent un caractère prioritaire.

—

Exportations. La plupart des pays de destination des produits cosmétiques européens exportés exigent une expérimentation des produits sur des animaux, au titre des mesures de sécurité pour le consommateur. Cela aboutit à des exigences réglementaires contradictoires entre les pays et pose de sérieux problèmes au secteur. Des accords doivent être négociés sur cette question au niveau mondial.

4.2.10.

Gestion des ressources et des déchets. La croissance démographique, la hausse de la consommation ainsi que la raréfaction des ressources (particulièrement en eau) posent des problèmes aux consommateurs comme aux industriels, en matière de consommation durable et de responsabilité sociale des entreprises. La fabrication de produits respectueux de l’environnement, en tenant compte de la gestion des ressources et des déchets, est une priorité pour le secteur. Le paquet «Économie circulaire» de la Commission et les «lignes directrices à l’intention des entreprises cosmétiques, notamment les PME» publiées par Cosmetics Europe en 2012 sont des outils précieux, mais il faudra encore fournir des efforts, car d’importantes difficultés subsistent. Sur la question de la préservation des ressources vient se greffer celle de la défense de la biodiversité, en tant qu’elle constitue un bien collectif pour les générations présentes et à venir. La recherche de nouveaux produits ne peut s’effectuer aux dépens des populations indigènes et du patrimoine intellectuel qu’elles ont produit. Il est tout à la fois bénéfique et extrêmement nécessaire de diffuser parmi les entreprises du secteur les principes du commerce équitable et des codes de conduite environnementale. L’importance que revêt le comportement des consommateurs n’est pas moindre: ils ne peuvent accepter que des produits soient fabriqués en violation des fondements du développement durable.

4.2.11.

Améliorer la transparence. La surveillance du marché est essentielle pour assurer la protection du consommateur. Une collaboration accrue au niveau national entre les autorités nationales chargées des questions de consommation, les organisations de consommateurs, les usagers et les professionnels de la santé permettrait de renforcer la confiance des consommateurs et d’améliorer la transparence. Les consultations menées avec les parties prenantes devraient avoir lieu tout au long du processus de développement de nouveaux produits et d’innovation. Si la notification des produits au système RAPEX donne aux consommateurs la possibilité d’exiger une sécurité renforcée tout au long de la chaîne d’approvisionnement, ces derniers insistent pour que tout risque sérieux soit notifié dans les délais les plus brefs. Ils affirment qu’une transparence accrue est nécessaire, compte tenu des objectifs suivants:

—

il convient d’assurer une application plus stricte de la législation en vigueur et de clarifier l’évaluation de la sécurité, afin de préserver la confiance des consommateurs concernant l’innocuité des produits tout en augmentant le niveau de conformité par rapport au règlement relatif aux produits cosmétiques, ce qui requiert notamment un étiquetage plus complet et facile à lire indiquant les modalités d’utilisation des produits et l’usage auquel ils sont destinés,

—

il est indispensable d’accroître la transparence en ce qui concerne les annonces publicitaires, les «publireportages» et la promotion des produits, de sorte à éviter que le consommateur ne soit induit en erreur. Les coûts de publicité élevés sont prohibitifs pour les petites entreprises. Les contenus publicitaires qui ont fait l’objet d’un paiement doivent être clairement signalés, y compris ceux comparant des produits, car même si ceux-ci portent des noms de marque différents, ils proviennent parfois de la même société,

—

le règlement relatif aux produits cosmétiques ne prévoit pas de règles spécifiques pour les produits biologiques. Il n’existe pas, à l’heure actuelle, de règles harmonisées au niveau de l’Union européenne établissant des critères pour caractériser les cosmétiques biologiques; par conséquent, il est possible de revendiquer l’appellation «biologique» pour des produits comportant une faible teneur en ingrédients biologiques. Les consommateurs pourraient être induits en erreur, ce qui risque de compromettre la réputation d’intégrité du secteur européen de la beauté si l’on n’applique pas de lignes directrices spécifiques.

4.2.12.

Les débouchés ouverts sur de nouveaux marchés, notamment ceux axés sur les nouvelles habitudes d’achat des consommateurs, comme le commerce en ligne et les ventes directes, offrent de nouveaux modèles commerciaux, en parallèle du commerce transnational. Les premières conclusions d’une enquête sur le secteur du commerce en ligne ont montré que la moitié des entreprises sondées du secteur des cosmétiques et de la santé dans l’Union européenne ne vendaient pas à l’étranger. Si les entreprises de produits cosmétiques ont épousé l’ère du numérique, elles restent limitées par des exigences réglementaires qui sont souvent spécifiques à chaque pays, notamment l’étiquetage dans la langue nationale, la législation sur l’expérimentation animale et les règles de cosmétovigilance.

4.2.13.

Barrières commerciales. L’Union européenne bénéficie d’un excédent commercial confortable en matière de produits cosmétiques, mais la Commission devrait continuer d’encourager la convergence dans le cadre de forums tels que la coopération internationale relative à la réglementation des produits cosmétiques, ainsi que des négociations commerciales pour lesquelles la réglementation européenne devient une norme internationale. Le règlement de l’Union européenne relatif aux produits cosmétiques reste une source d’inspiration en matière de sécurité des consommateurs pour les régions émergentes (Association des nations de l’Asie du Sud-Est, Russie, Amérique latine, Chine). L’industrie et les autorités de réglementation européennes ont ainsi la possibilité de contribuer à l’élaboration, sur les principaux marchés d’exportation, de systèmes réglementaires hautement compatibles avec le système européen.

—

Un soutien en matière d’harmonisation est nécessaire pour accroître les échanges dans le marché intérieur. L’absence d’une administration des douanes unique renforce les barrières commerciales qui existent au sein de l’Union européenne. Chaque État membre possède une agence distincte chargée des réglementations douanières de l’Union européenne, et ces organismes ne sont pas administrés de manière uniforme. Les règles de l’Union européenne concernant la classification, l’évaluation, l’origine et les procédures douanières sont souvent appliquées différemment suivant les États membres, avec des niveaux de taxe sur la valeur ajoutée différents.

—

La lutte contre la fraude, la contrefaçon et la falsification, dans le cadre des importations et à l’intérieur de l’Union européenne, est un sérieux problème. Les pays de l’Union européenne doivent coopérer, échanger des informations et agir plus rapidement en ce qui concerne les effets indésirables graves imputables à l’utilisation de cosmétiques. La recrudescence de produits frauduleux et falsifiés, en particulier à cause de la hausse des importations, à laquelle s’ajoute la limitation des ressources dont disposent les États membres pour contrôler les produits, implique une augmentation des risques pour la santé des consommateurs.

—

Accords commerciaux. Les cosmétiques sont l’un des chapitres les plus âprement discutés du partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI). Le PTCI et les autres accords commerciaux pourraient augmenter la diffusion des normes de l’Union européenne, ce qui conforterait la crédibilité et la confiance dans la marque des produits élaborés dans l’Union et permettrait aux entreprises européennes d’accéder à de nouveaux marchés et de toucher davantage de consommateurs.

Bruxelles, le 20 octobre 2016.

Le président du Comité économique et social européen

Georges DASSIS


(1) Source: Eurostat.

(2) Source: Cosmetics Europe.

(3) www.eithealth.eu.

(4) http://www.biocity.co.uk/medicity/nottingham.

(5) JO C 13 du 15.1.2016, p. 152.

(6) Source: Euromonitor International.

(7) http://ec.europa.eu/agriculture/quality/index_fr.htm.


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