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AccueilDroit européen52016IE5712
Initiative législative52016IE5712

Avis du Comité économique et social européen sur «Partage inégal des richesses en Europe: disparité entre revenus et emploi dans les États membres» (avis d’initiative)

CELEX52016IE5712
TypeInitiative législative
Datemercredi 6 décembre 2017

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) examine, dans cet avis d'initiative, le paradoxe d'une croissance économique qui ne profite pas équitablement aux citoyens, creusant les écarts de revenus et d'accès à l'emploi entre États membres et au sein de ceux-ci. Il identifie les causes structurelles de cette disparité et propose des pistes pour une répartition plus juste des richesses, notamment via des politiques salariales, fiscales et de protection sociale coordonnées au niveau européen. Pour un professionnel du droit français, ce texte offre un éclairage politique et économique sur les déséquilibres que les futures législations européennes en matière sociale et de convergence devront corriger.

Texte intégral

11.4.2018

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 129/1


Avis du Comité économique et social européen sur «Partage inégal des richesses en Europe: disparité entre revenus et emploi dans les États membres»

(avis d’initiative)

(2018/C 129/01)

Rapporteur:

Plamen DIMITROV

Décision de l’assemblée plénière

22.9.2016

Base juridique

Article 29, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Compétence

Section spécialisée «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale»

Adoption en section spécialisée

7.9.2017

Adoption en session plénière

6.12.2017

Session plénière no

530

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

188/30/23

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE estime que les inégalités de revenus et de richesses au sein de l’Union européenne constituent des défis économiques et sociaux, auxquels il convient de remédier à la fois au moyen de mesures adéquates à l’échelon national et avec le soutien d’actions menées au niveau de l’Union européenne. Que ce soit à l’échelon européen ou mondial, c’est aux inégalités de revenus que l’on accorde une plus grande importance. Le CESE souligne la nécessité d’attirer également l’attention sur les inégalités de richesses, qui sont liées à un nombre beaucoup plus grand de variables et qui ont des répercussions à plus long terme. Dans cette perspective, il convient d’analyser les causes de ces inégalités et les facteurs qui les conditionnent, ainsi que d’arrêter des décisions politiques pour y remédier.

1.2.

Il convient de procéder à une analyse et à une évaluation approfondies de la nature exacte de la répartition des richesses dans l’Union et de prendre des mesures préventives en temps utile en vue d’en contrecarrer les conséquences négatives telles que l’érosion rapide de la «classe moyenne» et le passage d’une frange de plus en plus importante de la population dans la catégorie des «travailleurs pauvres» ou des «personnes menacées par la pauvreté et l’exclusion sociale». L’économie de marché ne doit pas être considérée seulement comme un environnement propice à une forte croissance économique, mais aussi comme l’un des leviers indispensables pour réaliser certains objectifs sociétaux.

1.3.

La politique fiscale est le principal outil dont disposent les États membres pour promouvoir une juste redistribution de la valeur ajoutée au profit de la société dans son ensemble. Les politiques actives du marché du travail, qui contribuent à assurer une transition harmonieuse entre l’éducation, la vie active et la formation, devraient également être privilégiées, de même que celles qui régissent la fiscalité et les transferts sociaux. Le CESE recommande aux États membres de mettre en œuvre le plus rapidement possible des mesures à même de réduire les inégalités et d’assurer une redistribution équitable de la valeur ajoutée nouvellement créée au profit de l’ensemble de la société.

1.4.

Le CESE estime qu’un système efficace de transferts sociaux et d’aide sociale est indispensable. La redistribution envisagée comme un mécanisme de compensation devrait remédier dans une large mesure aux insuffisances inhérentes au système d’économie de marché. Il y a lieu d’accroître les richesses relevant du bien public (infrastructures sociales, services d’utilité publique, etc.) et de les considérer comme un levier pour lutter contre les inégalités. L’assiette des recettes fiscales devrait être modifiée pour opérer un glissement d’une imposition du travail à une taxation de la richesse, sous la forme de droits de succession et d’impôts sur les revenus du capital.

1.5.

La concentration de la richesse conduit à une concentration de pouvoir considérable, qui se manifeste sous différentes formes, notamment par des distorsions de concurrence. Le CESE estime qu’une croissance économique soutenue est l’élément déterminant pour réduire la pauvreté et les inégalités de richesses. Elle doit être encouragée par une meilleure utilisation des Fonds structurels et de cohésion, la promotion de l’esprit d’entreprise, la concurrence, des programmes de soutien des PME et la mise en œuvre de politiques de lutte contre les discriminations à l’égard des femmes et des personnes défavorisées.

1.6.

Le CESE nourrit des inquiétudes quant à l’efficacité de la politique que mène actuellement l’Union européenne dans le cadre de la stratégie Europe 2020, qui met particulièrement l’accent sur la pauvreté. Dans cette perspective, il juge indispensable un soutien politique plus adéquat permettant aux États membres de disposer d’un appui suffisant pour lutter contre les tendances négatives qui conduisent à une aggravation des inégalités. Des mesures plus vigoureuses doivent être adoptées pour attaquer la pauvreté, qui a augmenté en termes absolus au cours de ces dernières années (1). Les politiques doivent donc être déployées à un niveau supranational européen de manière à favoriser une croissance plus inclusive reposant sur une approche intégrée. Il conviendrait que le socle européen des droits sociaux soit associé beaucoup plus étroitement au Semestre européen, lequel devrait à son tour être coordonné avec la stratégie Europe 2020 de manière à réaliser efficacement ses objectifs aux niveaux national et paneuropéen.

1.7.

Dans le même temps, il importe de prendre en faveur du marché du travail des mesures ciblées en rapport avec la protection sociale. Étant donné qu’il n’est pas toujours possible de protéger les emplois, qui évoluent très rapidement, il est nécessaire de mettre l’accent sur la promotion de l’emploi et la protection de la main-d’œuvre. Il est très important de disposer de normes sociales minimales qui garantissent une rémunération et des conditions de travail décentes. Il convient de mettre l’accent sur la nécessité de faciliter les phases de transition au cours de la vie professionnelle, tout en garantissant des droits communs du travail et en matière sociale, notamment ceux de l’affiliation à un syndicat et de la négociation collective.

1.8.

Le CESE estime qu’il faut créer un mécanisme transparent pour effectuer un suivi systématique des données concernant l’ensemble des revenus et des richesses, permettant notamment de consolider ce type de données. Il aura pour effet, d’une part, d’améliorer la gestion administrative et, d’autre part, de faciliter la collecte de données statistiques sur la répartition de la richesse dans les États membres. L’établissement d’un registre des actionnaires des entreprises au niveau européen aurait un rôle essentiel dans ce domaine.

2. Contexte

2.1.

Les disparités en matière de richesse en Europe durent depuis longtemps déjà. Elles constituent un phénomène historique, qui ne s’est pas interrompu avec la création de la zone euro et résulte de l’apparition constante de déséquilibres internes et externes lesquels s’expliquent par les différences de niveau parmi les facteurs qui conditionnent la compétitivité économique. Ces facteurs, qui sont notamment certains aspects du rapport entre le prix et les coûts, sont à l’heure actuelle exacerbés par les défis politiques majeurs auxquels l’Union est confrontée, tels que le terrorisme, le populisme, les échéances électorales nationales et, sur le plan économique, la faiblesse de l’investissement, l’atonie de la croissance, un taux de chômage élevé, l’évolution démographique et la position de l’Europe dans la nouvelle compétition qui se déroule à l’échelle mondiale sous l’angle du commerce et du numérique.

2.2.

Il convient d’opérer une distinction nette entre les inégalités de revenus et les inégalités de richesses, car ces dernières ont un effet à plus long terme. Il importe dès lors de les examiner de manière plus approfondie. La répartition de la richesse est systématiquement plus inégale que celle des revenus. Il est très fréquent que des agents économiques aient des revenus relativement similaires, alors qu’ils présentent des niveaux de richesse nettement différents, du fait d’un éventail de facteurs non pécuniaires, de motifs altruistes, d’héritages ou d’autres raisons. En conséquence, mettre en évidence les inégalités en matière de richesse permet de rendre compte de manière plus objective des réelles disparités pécuniaires entre citoyens de l’Union européenne.

2.3.

De l’avis du CESE, l’Europe connaît des évolutions économiques de plus en plus rapides qui remettent en question les institutions et leur capacité à suivre le rythme des changements. Cette question est également très actuelle dans le contexte du débat sur les écarts de développement entre les États membres de l’Union. Il existe des disparités considérables entre pays développés et pays en développement, entre l’ouest et l’est de l’Europe, entre les États membres qui appartiennent à la zone euro et les autres, entre ceux qui font partie de l’espace Schengen et ceux qui n’en font pas partie intégrante.

2.4.

Le CESE constate que les inégalités en matière de revenus et de richesses se sont progressivement creusées depuis les années 70. Dans l’ensemble, la mondialisation devrait exercer une influence positive pour rapprocher les revenus et estomper les différences matérielles entre les pays, mais au cours de ces dernières années, c’est l’inverse qui s’est produit. Les 10 % de ménages les plus aisés perçoivent non seulement 31 % de l’ensemble des revenus, mais en outre ils détiennent plus de 50 % de la richesse totale dans l’EU-28. Dans de nombreux pays, la croissance de la richesse a dépassé celle du PIB, engendrant ainsi des disparités criantes (2). Elles génèrent de graves conséquences économiques, sociales et politiques, qui appellent un débat politique sérieux et une discussion entre experts et responsables politiques afin de trouver une solution à cette situation. Elles requièrent également une action politique.

2.5.

Le CESE estime qu’il existe un risque réel d’aggravation du problème des inégalités à l’échelle planétaire, en raison du rythme extrêmement rapide auquel la situation économique évolue en Europe et du fait qu’il devient de plus en plus difficile de mettre en œuvre une politique macroéconomique en phase avec cette évolution. Le creusement de l’inégalité en matière de revenus et de richesses au cours de ces dernières décennies est confirmé par la hausse du coefficient de Gini, qui est passé, dans les pays de l’OCDE, d’une moyenne de 0,29 au milieu des années 80 à une valeur de 0,32 à 0,35 au cours de la période 2013-2015. On observe une tendance similaire dans chacun des pays de l’Union (3). Il convient cependant de noter que dans certains pays comme la Bulgarie, la Lituanie et la Roumanie, ce coefficient atteint déjà des seuils critiques, supérieurs à 0,37 (4). S’il existe une grande quantité de données et d’études concernant les inégalités de revenus, l’on dispose de beaucoup moins de données probantes sur les inégalités touchant la répartition des richesses au niveau des ménages, tant à l’intérieur des différents pays que de l’un à l’autre. En effet, même à l’heure actuelle, on ne trouve aucune norme internationale que les offices nationaux de statistique et autres producteurs de données pourraient utiliser lorsqu’ils collectent des données sur la répartition de la richesse (5).

2.6.

Il est préoccupant de constater qu’en raison de l’absence générale de confiance vis-à-vis de bon nombre d’économies européennes, les bénéfices accumulés ne sont pas réinvestis, cette situation ayant pour conséquence d’affaiblir la concurrence, de réduire fortement les investissements et d’entraîner une pénurie de nouveaux emplois. Dans son ouvrage, Thomas Piketty fournit des données empiriques sur cette question, en particulier concernant l’économie européenne (6). Lorsque les bénéfices sont simplement accumulés et recapitalisés, ils ne contribuent ni à la production de valeur ajoutée, ni à l’augmentation de la rentabilité des investissements dans l’économie réelle. Il est donc logique que, depuis maintenant des décennies, le fossé entre les riches et les pauvres se soit progressivement creusé dans l’Union européenne.

2.7.

Le risque existe, selon le CESE, que la classe moyenne de l’Union européenne soit mise à rude épreuve à moyen terme. Dans un avenir proche, de plus en plus d’emplois disparaîtront sous l’effet de l’informatisation et de la robotisation. En outre, certains types de professions sont également en voie de disparition. Toutefois, il existe, tant dans le passé qu’aujourd’hui, des éléments prouvant que ce type d’évolutions est également susceptible de faire apparaître de nouveaux métiers et de nouvelles professions. Ces changements, s’ils ne sont pas convenablement gérés, vont probablement contribuer à accroître les inégalités. Le CESE estime qu’il importe de prendre en temps utile des mesures pour contrer les conséquences négatives de ces processus de renouvellement technologique, qui sont par ailleurs novateurs et ont, d’une manière générale, un effet positif sur la société.

2.8.

Le CESE exprime sa préoccupation quant au rapport de plus en plus disproportionné entre les taux de profit et la valeur ajoutée générée par le facteur travail dans les États membres. Il conduit à l’aggravation des inégalités en Europe, du point de vue de la richesse comme des revenus.

3. Observations générales

3.1.

Les inégalités en matière de richesse ont tendance à être bien plus prononcées que celles de revenus (7). Le CESE souligne que ce sont avant tout les États membres qui disposent des instruments appropriés pour lutter contre les inégalités économiques et sociales, tels que les programmes pour l’investissement, le développement économique et les nouveaux emplois, ainsi que la fiscalité et les transferts sociaux. Toutefois, il reste une marge de manœuvre à l’échelle européenne, et cette question devrait être prise davantage au sérieux par les institutions européennes, dans la mesure où ses effets sur le cycle de l’économie réelle sont complexes et se manifestent à bien plus long terme. Les politiques actuelles continuent de cibler davantage les revenus que la richesse.

3.2.

De l’avis du CESE, le principal problème consiste en ce que, dans bien des cas, la croissance générée par l’économie européenne ne profite pas aux personnes financièrement défavorisées. L’intention n’est aucunement de s’opposer au fonctionnement de l’économie de marché, qui permet de générer de la richesse en innovant, en créant des entreprises et des postes de travail et en contribuant ainsi à la croissance économique, à l’emploi et au financement de la sécurité sociale. Toutefois, les personnes qui se situent tout en bas de la pyramide de la redistribution des richesses et des revenus ne profitent généralement pas des emplois nouvellement créés. Autrement dit, la société serait plus équitable, financièrement parlant, si la politique de l’Union européenne s’orientait vers des mesures permettant à un nombre de personnes de plus en plus important d’intégrer le marché du travail et de partager les fruits d’une croissance économique inclusive. En ce sens, réduire les inégalités en matière de richesses et renforcer la croissance économique à long terme constituent les deux faces d’une même médaille.

3.3.

Le CESE s’inquiète de ce fait que l’accumulation croissante des richesses pourrait engendrer dans la société une mentalité de rentier, ayant pour effet l’absence de réinvestissement. De cette manière, cette richesse ne contribue ni au développement de l’économie réelle, ni à l’augmentation du PIB potentiel. C’est le problème central dont traite Thomas Piketty dans son livre, fruit de quinze années de recherche et de collecte de données empiriques concernant les inégalités en matière de revenus et de richesse dans les sociétés capitalistes. Bien que certaines de ses méthodes soient parfois contestées, les résultats finaux révèlent des disparités considérables au sein de l’Union européenne. Selon les données présentées par Thomas Piketty, le taux annuel de rendement du capital est de 4 à 5 %, tandis que la croissance du revenu annuel en Europe centrale se situe aux alentours de 1 à 1,5 %, avec des variations selon les pays, vu l’évidente hétérogénéité des États concernés.

3.4.

Le CESE estime que des mesures supplémentaires sont nécessaires, aux niveaux appropriés, dans des domaines tels que la financiarisation excessive, la poursuite de la coordination et de l’harmonisation des politiques fiscales, les mesures destinées à lutter contre les paradis fiscaux, la fraude et l’évasion fiscales, ainsi que la lutte contre la tendance de fond au développement de l’économie souterraine (fausses déclarations concernant les revenus des entreprises, travailleurs non enregistrés ou dissimulés, salaires versés en espèces); il est nécessaire également de prévoir des mesures visant à optimiser la combinaison des différents types d’impôts et leur pondération dans les recettes fiscales des divers États membres. Il conviendrait d’opérer un glissement des recettes fiscales tirées du travail au profit de celles fondées sur le patrimoine.

3.5.

Au cours des deux dernières décennies, la concurrence fiscale entre les États membres a conduit de nombreux gouvernements à mettre en œuvre des mesures qui ont altéré le caractère redistributif de la politique fiscale et amplifié l’accroissement des inégalités. Le CESE recommande que les États membres évaluent les conséquences négatives des politiques fiscales et les corrigent dans les meilleurs délais.

3.6.

Le CESE estime que le plan Juncker devrait viser en priorité les pays dans lesquels les inégalités sont les plus fortes, quelle qu’en soit la nature. Il est impératif d’encourager les investissements étrangers et nationaux. Toutes ces recommandations doivent être mises en œuvre de manière uniforme et dans le respect de la législation européenne et des spécificités nationales, et il convient que l’utilisation des fonds soit soigneusement contrôlée.

4. Observations spécifiques

4.1.

L’Allemagne et l’Autriche sont les pays de la zone euro dans lesquels les inégalités en matière de richesse sont les plus prononcées. En Allemagne, les 5 % les plus fortunés de la population détiennent 45,6 % de la richesse du pays et en Autriche, ce pourcentage atteint 47,6 % (8) (9). Le problème existe également dans des pays tels que Chypre, le Portugal, la France, la Finlande, le Luxembourg et les Pays-Bas, et son évolution y est similaire (10). Ces données témoignent de très grandes variations touchant à la répartition des ressources au sein de différents pays. D’une part, l’on y constate un faible degré d’inégalité de revenus, alors que, d’autre part, les inégalités de richesses y atteignent des niveaux élevés.

4.2.

En 1910, 10 % de la population européenne possédait 90 % des richesses, le pour cent le plus riche en détenant 50 %. Par la suite, les inégalités ont fortement régressé, à la suite des deux guerres mondiales et de la Grande Dépression, qui ont détruit une grande partie du capital financier, et grâce à différentes politiques publiques qui ont notamment introduit une forte progressivité de l’impôt sur les revenus et les successions, bridé la spéculation financière et augmenté les salaires au détriment des revenus du capital. Dans les années 70 et 80, le pour cent des personnes les plus riches détenait 20 % des richesses, les 9 % suivants en possédaient 30 % et une classe moyenne de 40 % en avait 40 %. Les inégalités en matière de revenus s’étaient elles aussi considérablement réduites (11). Toutefois, à partir de 1980, ces disparités ont à nouveau augmenté. Aujourd’hui, les capitaux privés représentent dans les pays développés de l’Union des 28 entre 500 % et 600 % du PIB, atteignant même 800 % en Italie.

4.3.

De l’avis du CESE, la répartition de la richesse par sexe constitue également un problème substantiel. Parmi les pays les plus fortement touchés par ce problème figurent la Slovaquie et la France, suivies par l’Autriche, l’Allemagne et la Grèce. En Slovaquie et en France, les hommes détiennent plus de 75 % des richesses et les femmes seulement 25 %, alors que leurs poids numériques respectifs y sont très différents. En Autriche, en Allemagne et en Grèce, environ 55 % des richesses appartiennent à des hommes (12). Il importe d’analyser les causes de cette tendance et de déterminer s’il n’y a pas lieu de traiter la question dans le cadre de la politique européenne d’égalité des sexes.

4.4.

De l’avis du CESE, une question très importante est la manière dont se répartissent les richesses quand il s’agit de répondre aux besoins en matière d’éducation, de formation professionnelle, de services de soins de santé, de logement et à d’autres besoins du même ordre. Nous devons, conformément au modèle social européen, respecter des principes fondamentaux d’égalité des chances, de traitement égal entre les sexes, de non-discrimination et d’équité entre les générations. Les réformes structurelles visant à renforcer le capital humain jouent un rôle important dans l’amélioration des conditions de vie et sont également susceptibles de réduire les inégalités en matière de revenus issus du travail et de richesse.

4.5.

Quelque 44 % des habitants de la zone euro sont endettés, d’une manière ou d’une autre, envers des banques ou des institutions financières. La situation est meilleure qu’aux États-Unis, par exemple, où ce chiffre atteint 75 %, mais, ces dernières années, cette proportion tend à augmenter à un rythme inquiétant (13). La responsabilité du système bancaire est également très importante car il pourrait mener des actions de prévention primaire contre la croissance de l’endettement global de la société. L’adoption d’un comportement responsable devrait être mise au premier plan.

4.6.

La mondialisation accélérée au cours des trois dernières décennies a augmenté la charge fiscale pesant sur le travail et inversé les parts des salaires et du capital dans le produit intérieur brut. Entre 1980 et 2006, la place des salaires dans le PIB a ainsi diminué, en moyenne, de 0,3 % par an dans la plupart des États membres de l’OCDE. Au cours de la même période, celle des bénéfices dans le même PIB est passée d’environ 31 % à 47 % dans l’EU-15 (14). Le CESE estime que les États membres et l’Union européenne devraient de toute urgence mettre en œuvre des politiques pour inverser cette tendance.

4.7.

Le CESE s’inquiète de ce que dans des pays tels que le Royaume-Uni et la France, plus de la moitié de la richesse est constituée de logements. D’une part, cette situation témoigne d’un manque de diversification de la richesse. D’autre part, elle signifie qu’une forte proportion de la population tire sa prospérité de revenus immobiliers. Cette richesse n’est pas réinvestie. Elle est recapitalisée et s’accumule. Cette tendance amène à poser la question du capital, qui croît beaucoup plus rapidement que la valeur ajoutée. Le dernier rapport d’Oxfam (15) révèle que la fortune des huit personnes les plus riches au monde est égale à la richesse détenue par les 50 % les plus pauvres, d’où un profond ressentiment dans l’opinion publique. Le capital a joué un rôle important durant l’ère industrielle, mais s’il devient une fin en soi, il perd tout son sens.

Bruxelles, le 6 décembre 2017.

Le président du Comité économique et social européen

Georges DASSIS


(1) Un exemple en est donné par Salverda et al. (2013, tableaux 2.3 et 5.2).

(2) Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle, Le Seuil, 2013, ISBN 978-2021082289.

(3) Inégalités économiques, Parlement européen: commission des affaires économiques et monétaires, note d’information, juillet 2016.

(4) Eurostat, statistiques de l’Union européenne sur le revenu et les conditions de vie (SRCV), 2015.

(5) OCDE, Statistics Brief, juin 2015, no 21.

(6) Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle, Le Seuil, 2013, ISBN 978-2021082289.

(7) D’un point de vue quantitatif.

(8) Eurosystem Household Finance and Consumption Survey (Enquête Eurosystem sur le patrimoine et la consommation des ménages), 2010.

(9) Vermeulen 2016 (ECB WP), estimations fondées sur les listes des personnalités les plus riches du monde établies par le magazine Forbes.

(10) HFCS 2010; Sierminska et Medgyesi 2013; Holzner, Jestl, Leitner 2015.

(11) Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle, Le Seuil, 2013, ISBN 978-2021082289.

(12) Rehm, M., Schneebaum, A., Mader, K., Hollan, K., The Gender Wealth Gap Across European Countries («L’inégalité entre les sexes du point de vue de la richesse dans les pays européens»), Université d’économie et des affaires de Vienne, département d’économie, document de travail 232, septembre 2016.

(13) HFCS 2010; Sierminska et Medgyesi 2013; Holzner, Jestl, Leitner 2015.

(14) OCDE, Tous concernés: Pourquoi moins d’inégalité profite à tous, Publications de l’OCDE, Paris 2015.

(15) «Une économie au service des 99 %» (Oxfam, 2017).


Annexe

à l’avis du Comité économique et social européen

L’amendement suivant, bien qu’ayant obtenu plus d’un quart des votes, a été rejeté au cours des débats.

Paragraphe 1.4

Modifier comme suit:

Le CESE estime qu’un système efficace de transferts sociaux et d’aide sociale est indispensable. La redistribution envisagée comme un mécanisme de compensation devrait remédier dans une large mesure aux insuffisances inhérentes au système d’économie de marché. Il y a lieu d’accroître les richesses relevant du bien public (infrastructures sociales, services d’utilité publique, etc.) et de les considérer comme un levier pour lutter contre les inégalités. L’assiette des recettes fiscales devrait être modifiée pour passer d’une imposition du travail à une taxation de la richesse, par l’intermédiaire des droits de succession et des impôts sur les revenus du capital. Les États membres devraient recentrer leurs recettes fiscales, la réduction de la pression fiscale sur le travail.

Exposé des motifs

Compte tenu du principe de subsidiarité et eu égard aux différences existant entre les États membres, aux changements induits par le développement de la société numérique et à la nécessité de garantir un développement durable, il conviendrait de renforcer le rôle des États membres dans le cadre de la transformation des régimes fiscaux. L’accent pourrait être mis sur les taxes environnementales, la taxation des émissions de CO2 ou des types de taxes entièrement nouveaux (taxes sur les machines) plutôt que sur les taxes mentionnées dans ce paragraphe.

Mis au vote, l’amendement a été rejeté par 116 voix contre, 95 voix pour et 24 abstentions.


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