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AccueilDroit européen52017AE0103
Avis institutionnel52017AE0103

Avis du Comité économique et social européen sur la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social, au Comité des régions et à la Banque européenne d’investissement — Accélérer l’innovation dans le domaine des énergies propres» [COM(2016) 763 final]

CELEX52017AE0103
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 1 juin 2017

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) approuve la communication de la Commission visant à accélérer l'innovation dans les énergies propres, en soulignant la nécessité d'une approche intégrée combinant soutien financier, cadre réglementaire favorable et implication des partenaires sociaux. L'avis insiste sur l'importance de réduire les risques pour les investisseurs privés, de simplifier les procédures administratives et de garantir une transition juste pour les travailleurs et les régions concernées. Il appelle également à une meilleure coordination entre les instruments de financement européens et nationaux pour maximiser l'impact des projets innovants.

Texte intégral

31.8.2017

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 288/81


Avis du Comité économique et social européen sur la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social, au Comité des régions et à la Banque européenne d’investissement — Accélérer l’innovation dans le domaine des énergies propres»

[COM(2016) 763 final]

(2017/C 288/11)

Rapporteur:

Christophe QUAREZ

Consultation

Commission européenne, 17 février 2017

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section spécialisée «Transports, énergie, infrastructures, société de l’information»

Adoption en section spécialisée

16 mai 2017

Adoption en session plénière

1er juin 2017

Session plénière no

526

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

173/2/7

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) se félicite que la Commission réaffirme sa volonté d’accélérer la transition vers une économie compétitive à faible intensité de carbone au moyen d’une stratégie globale pour des incitations à l’investissement privé, des instruments financiers adaptés et un financement en faveur de la recherche et de l’innovation.

1.2.

La Commission présente dans sa communication (1) un large éventail d’instruments financiers et de modes de financement visant à soutenir l’innovation à faible intensité de carbone. Le CESE soutient l’intention de la Commission de stimuler de nouveaux investissements tout au long de la chaîne de valeur de l’innovation.

1.3.

Le CESE est néanmoins préoccupé par la complexité et la diversité de ces aides. Il salue par conséquent l’intention de la Commission d’instituer un guichet d’assistance unique pour orienter les promoteurs de projets et les investisseurs mais demande qu’un effort soit fait pour simplifier l’offre financière. Le Comité considère en effet que ces aides financières sont trop nombreuses et difficiles d’accès pour les très petites entreprises (TPE) et les collectivités locales.

1.4.

Le CESE propose que la Commission encourage les États membres à mettre en commun leurs ressources destinées à la réalisation de projets de grande envergure en matière d’innovation à faible intensité de carbone, et ce, en vue d’améliorer la coopération entre les principaux acteurs de la recherche européenne. Cela accélérera la coordination des acteurs de la recherche pour les rendre plus compétitifs.

1.5.

Le CESE rappelle que si les politiques climatiques européennes doivent stimuler la transformation de ces secteurs par l’investissement et l’innovation, elles ne doivent certainement pas en précipiter le déclin. La délocalisation des activités productives ne peut en aucun cas tenir lieu de politique de lutte contre le changement climatique.

1.6.

Le CESE considère que le meilleur vecteur d’innovation bas-carbone est un cadre réglementaire qui fixe un prix élevé pour le dioxyde de carbone (CO2) (aujourd’hui autour de 7 euros par tonne), afin d’envoyer aux investisseurs un signal très clair, à savoir que les technologies carbonées n’auront plus leur place en Europe à moyen terme.

1.7.

Le CESE est conscient que l’Union européenne est l’un des principaux chefs de file dans le monde en matière de recherche et d’innovation relatives à l’énergie propre et l’un des grands bailleurs de fonds publics dans ce domaine, auquel elle consacre plus de dix milliards d’euros de financement. La recherche et l’innovation sont essentielles pour soutenir la compétitivité de l’Europe et la maintenir au premier rang mondial dans le domaine des technologies énergétiques avancées et des solutions liées à l’efficacité énergétique.

1.8.

Le CESE se félicite de l’importance accordée aux deux extrémités de la chaîne de l’innovation, dans le cadre de laquelle le programme Horizon 2020 joue un rôle clé grâce à son approche ascendante du financement en faveur d’une recherche fondamentale exploratoire, et ce par l’intermédiaire du Conseil européen de la recherche, et aussi grâce à la création anticipée d’un Conseil européen de l’innovation dont l’objectif est d’aider les industries, en particulier les petites et moyennes entreprises (PME), à créer de nouveaux marchés.

1.9.

Le CESE souhaite mieux comprendre les projets de la Commission visant à explorer de nouvelles approches pour une recherche et une innovation axées sur les missions. En particulier, le processus d’identification et de sélection de ces projets doit être décrit de manière plus détaillée.

1.10.

Le CESE préconise la participation de la société civile dans le cadre de la nouvelle plateforme énergie-recherche que la Commission entend mettre en place en vue de réunir des spécialistes de l’énergie issus des domaines des sciences sociales, ainsi que des sciences humaines et techniques.

2. Contenu essentiel de la communication de la Commission européenne

2.1.

La Commission réaffirme son ambition d’accélérer la transition vers une économie compétitive à faible intensité de carbone.

2.2.

À cette fin, la Commission présente un train de mesures législatives fondé sur trois objectifs majeurs:

—

priorité à l’efficacité énergétique,

—

l’Europe en tant que leader mondial dans le secteur des énergies renouvelables,

—

un traitement équitable pour les consommateurs.

2.3.

Dans ce cadre, la Commission expose une stratégie globale présentant les principaux leviers stratégiques que l’Union européenne peut déployer pour stimuler l’investissement privé dans l’innovation en matière d’énergie propre:

—

création d’incitations fortes et cohérentes en faveur de l’investissement privé dans la recherche et le développement de l’énergie propre;

—

déploiement d’instruments financiers ciblés pour diminuer le risque des investissements privés dans des technologies énergétiques propres ou des modèles commerciaux non testés mais prometteurs, notamment en raison d’incertitudes scientifiques, technologiques ou liées au marché;

—

orientation du financement apporté par l’Union européenne à la recherche et l’innovation (notamment dans le cadre du programme Horizon 2020);

—

évolution du cadre réglementaire pour orienter les subventions des États membres dans le domaine énergétique vers les énergies décarbonées plutôt que fossiles.

2.4.

La Commission précise dans sa communication quatre domaines technologiques prioritaires:

—

la décarbonisation du parc immobilier de l’Union d’ici à 2050. Les bâtiments représentent 40 % de la demande énergétique, et près de 75 % du parc immobilier de l’Union doit être rénové du point de vue de l’efficacité énergétique;

—

le renforcement de la prééminence de l’Union dans le secteur des énergies renouvelables et le maintien de sa position dominante dans le monde en ce qui concerne ces technologies;

—

le développement de solutions abordables pour le stockage de l’énergie, notamment en favorisant la relance de la production d’éléments de batterie en Europe;

—

la promotion de l’électromobilité par le développement de batteries moins chères et plus autonomes, ainsi que par la mise au point de solutions de recharge plus rapides.

2.5.

La Commission propose par ailleurs de faciliter la coordination des efforts d’innovation en matière d’énergie propre avec les villes, les régions et les États membres.

3. Observations générales

3.1.

Le 30 novembre 2016, la Commission européenne a présenté un train de mesures très dense, baptisé «Une énergie propre pour tous les Européens», qui consiste en une série de propositions visant à réorganiser le marché de l’énergie, en particulier renouvelable, afin de respecter les engagements pris par la signature de l’accord de Paris sur le climat.

3.2.

Avec l’accord de Paris, l’Union européenne s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici à 2030. Mais elle s’est aussi fixée, en octobre 2014, un cadre d’action en matière de climat et d’énergie à l’horizon 2030, avec deux autres objectifs: 20 % d’énergies renouvelables dans la production d’électricité en 2020, puis au moins 27 % en 2030, et de 20 % à au moins 27 % pour les économies d’énergie dans les mêmes délais.

3.3.

À travers de nombreux avis, le CESE soutient la nécessité d’accélérer la transition vers une économie européenne compétitive à faible intensité de carbone, dans le respect des positions et propositions exprimées par la société civile.

3.4.

En demandant une «transition juste», le CESE a toujours refusé d’opposer emploi et protection de l’environnement. Les deux objectifs doivent être poursuivis avec une détermination identique.

3.5.

Pour le CESE, les politiques climatiques européennes doivent stimuler la transformation de ces secteurs par l’investissement et l’innovation, mais ne doivent certainement pas en précipiter le déclin. La délocalisation des activités productives ne peut en aucun cas tenir lieu de politique de lutte contre le changement climatique.

3.6.

Jusqu’à présent, la politique d’innovation énergétique de l’Union avait surtout mis l’accent sur le développement des technologies, laissant de côté ce qui est réellement important pour les citoyens: la satisfaction de leurs besoins énergétiques tels que le chauffage, la mobilité ou l’éclairage.

3.7.

Dans sa communication, la Commission reconnaît aujourd’hui la place du consommateur au centre du système énergétique en tant que producteur de réseaux énergétiques décentralisés, ou demandeur de solutions compétitives à faible intensité de carbone.

3.8.

Le CESE se félicite de cette évolution, car une stratégie d’innovation pour les citoyens commence par une analyse de leurs besoins et de leur comportement énergétique.

3.9.

La Commission présente dans sa communication un large éventail d’instruments financiers et de financement visant à soutenir l’innovation à faible intensité de carbone. Le CESE soutient la volonté de la Commission de stimuler des investissements supplémentaires dans toute la chaîne de valeur de l’innovation, mais s’inquiète de la complexité et de la variété de ces aides qui les rendent difficilement accessibles, notamment aux très petites entreprises innovantes ou aux collectivités territoriales.

3.10.

C’est pourquoi le CESE salue la volonté de la Commission d’instituer un guichet d’assistance unique pour orienter les promoteurs de projets et investisseurs, mais demande à ce qu’un effort soit fait pour simplifier l’offre financière.

3.11.

En effet, entre le Fonds pour l’innovation du système d’échange de quotas, le Fonds européen 2020 pour l’énergie, le changement climatique et les infrastructures, «InnovFin», «InnoEnergy», le programme Horizon 2020, le Fonds européen pour les investissements stratégiques ou la Banque européenne d’investissement (BEI), il est difficile de s’y retrouver (2).

3.12.

Dans son avis «Technologies et innovation énergétiques» (3), le CESE rappelait que de grandes innovations ne sont pas venues des secteurs industriels et d’entreprises dominantes qui dominaient le marché mais «de spécialistes» issus par exemple du secteur des petites et moyennes entreprises.

4. Observations spécifiques

4.1.

Le CESE approuve la volonté de la Commission de réduire les subventions de quelques États membres en faveur du pétrole et du charbon, mais rappelle qu’il convient d’anticiper les mutations industrielles et de proposer des alternatives en termes de formation et d’emploi aux travailleurs concernés, notamment dans le secteur des mines.

4.2.

L’acceptation sociale de la transition énergétique, en termes d’emploi, est indispensable au soutien politique des États membres.

4.3.

Le CESE considère que le meilleur vecteur d’innovation bas-carbone est un cadre réglementaire qui fixe un prix élevé pour le CO2 (aujourd’hui autour de 7 euros par tonne) permettant d’envoyer un signal très clair aux investisseurs, à savoir que les technologies carbonées n’auront plus leur place en Europe à moyen terme.

4.4.

La technologie de capture et de stockage du CO2 (CCS) n’est que très peu mentionnée alors que la Commission la considère comme indispensable pour atteindre les objectifs de 2050.

4.5.

À ce titre, le CESE s’étonne que la Commission n’explique pas pourquoi les outils mis en place depuis 2008 pour encourager le déploiement de la technologie de capture et de stockage du CO2 en Europe n’ont pas fonctionné.

4.6.

Le CESE soutient la volonté de la Commission de décarboniser le parc immobilier de l’Union d’ici à 2050. Ce parc est responsable de plus de 40 % de la demande d’énergie finale de l’Union à lui seul.

4.7.

L’enjeu de la rénovation thermique du parc immobilier est considérable, mais le CESE ne voit pas dans la communication de la Commission d’outils et d’aides financières tangibles pour y parvenir.

4.8.

Les solutions techniques (isolation, énergies renouvelables pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire) existent pour les bâtiments neufs, souvent grâce à des réglementations thermiques spécifiques dans les États membres, mais les aides à la rénovation thermique de l’ancien sont notoirement insuffisantes alors que ce sont souvent les familles les plus défavorisées qui habitent des logements énergivores.

4.9.

Concernant le secteur des transports, autre filière à forte intensité de carbone, le CESE soutient les objectifs de la Commission, mais s’interroge sur quelques éléments:

—

Il est en effet indispensable de développer l’électromobilité par la production d’éléments de batterie en Europe et l’intégration de stockage dans les systèmes électriques, mais le CESE s’interroge sur l’absence dans la communication de dispositions réglementaires ou financières permettant de développer les postes de recharge électrique sur les réseaux routiers et autoroutiers de l’Union, pourtant indispensables à la promotion des véhicules électriques.

—

Afin de compléter les mesures relatives à l’innovation technologique permettant de décarboniser le secteur de transports, le CESE invite la Commission à s’intéresser au transport de marchandises par camion en favorisant les solutions intermodales par le développement du ferroutage et du fret sur les voies navigables. Il est également souhaitable d’encourager le transfert modal depuis les véhicules particuliers vers les transports en commun.

4.10.

En matière de financement de l’innovation, le CESE considère que le financement participatif peut jouer un rôle essentiel. Secteur en plein essor (bientôt plus important que le capital-risque), le financement participatif permet aux citoyens de s’impliquer directement dans le processus d’innovation au service des énergies propres.

4.11.

Le CESE invite la Commission à promouvoir le financement participatif et à en orienter les fonds vers les quatre domaines technologiques qu’elle juge prioritaires (énergies renouvelables, solutions de stockage, électromobilité, logement à énergie positive).

Bruxelles, le 1er juin 2017.

Le président du Comité économique et social européen

Georges DASSIS


(1) COM(2016) 763 final.

(2) JO C 268 du 14.8.2015, p. 27.

(3) JO C 67 du 6.3.2014, p. 132.


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