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AccueilDroit européen52017AE5067
Avis institutionnel52017AE5067

Avis du Comité économique et social européen sur la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen, au Comité des régions et à la Banque européenne d’investissement: Investir dans une industrie intelligente, innovante et durable — Une stratégie revisitée pour la politique industrielle de l’UE» [COM(2017) 479 final]

CELEX52017AE5067
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 15 février 2018

Résumé IA

Cet avis du Comité économique et social européen (CESE) approuve la stratégie de la Commission visant à moderniser la politique industrielle de l'UE autour de trois piliers : l'innovation, la numérisation et la décarbonation. Le CESE insiste sur la nécessité de créer un cadre réglementaire stable et prévisible pour soutenir la compétitivité des industries européennes, tout en veillant à une transition juste qui préserve l'emploi et les droits des travailleurs. Pour un professionnel du droit français, ce texte constitue une source d'interprétation téléologique pour les futures réformes législatives et les aides d'État dans les secteurs industriels.

Texte intégral

28.6.2018

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 227/70


Avis du Comité économique et social européen sur la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen, au Comité des régions et à la Banque européenne d’investissement: Investir dans une industrie intelligente, innovante et durable — Une stratégie revisitée pour la politique industrielle de l’UE»

[COM(2017) 479 final]

(2018/C 227/10)

Rapporteur:

Bojidar DANEV

Corapporteure:

Monika SITAROVÁ HRUŠECKÁ

Consultation de la Commission européenne

9.10.2017

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE)

Compétence

Commission consultative des mutations industrielles (CCMI)

Adoption par la CCMI

23.1.2018

Adoption en session plénière

15.2.2018

Session plénière no

532

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

166/1/2

1. Conclusions et recommandations

Le CESE accueille favorablement la communication sur le développement intelligent, innovant et durable, et son approche visant à favoriser l’autonomie des citoyens et des entreprises. Toutefois,

—

il convient d’assurer la continuité et la prévisibilité à plus long terme de cette politique. La Commission devrait développer davantage la présente politique, ou plutôt, un ensemble de politiques, afin qu’elles constituent une stratégie cohérente et à plus long terme,

—

le CESE s’adresse également au Conseil, car la plupart des questions de politique industrielle relèvent des États membres qui doivent, par conséquent, s’engager dans des actions cohérentes. Aucun État membre n’a, à lui seul, la capacité de relever les défis mondiaux auxquels l’industrie est confrontée,

—

des objectifs et un cadre communs au service d’une politique industrielle pourraient déterminer l’avenir de l’Europe. À cette fin, il convient d’améliorer la gouvernance de l’Union afin de produire des résultats,

—

il est grand temps d’agir, car les défis que représentent les technologies numériques, la décarbonisation et les évolutions politiques mondiales sont imprévisibles et sans précédent.

Eu égard à la communication, le CESE formule les conclusions suivantes:

1.1.

la Commission a adopté une approche consistant à intégrer des actions dans plusieurs domaines politiques de manière à créer des conditions favorables à la compétitivité et au développement industriels, à l’instar de ce que le CESE propose depuis de nombreuses années;

1.2.

le changement de paradigme que représente l’ère numérique a eu des effets transversaux qui ont perturbé toutes les entreprises et la société dans son ensemble;

1.3.

les entreprises sont confrontées à des difficultés inédites pour convertir rapidement les nouvelles technologies en innovations et en réussites, sur des marchés de plus en plus concurrentiels. Une position centrale dans une chaîne de valeur mondiale revêt une grande importance pour nombre d’entre elles;

1.4.

les citoyens sont au cœur même du changement. Les politiques liées au marché du travail doivent s’adapter aux circonstances en constante évolution. Une transition équitable suppose d’aider les personnes et les régions confrontées à des mutations structurelles;

1.5.

l’éducation et la formation sont des instruments nécessaires, et les moteurs de la transition industrielle. Les travailleurs ont tous besoin d’actualiser leurs qualifications, notamment leurs compétences numériques, et nombre d’entre eux doivent apprendre de nouveaux métiers;

1.6.

atteindre les objectifs en matière d’environnement, de changement climatique et de durabilité suppose une évolution importante de l’ensemble de l’économie. De nouvelles opportunités commerciales sont en train d’émerger. Dans le même temps, la transition vers des technologies industrielles pauvres en carbone nécessite des investissements énormes dans des technologies économes en carbone totalement nouvelles, ainsi que bien plus d’électricité propre à des prix compétitifs;

1.7.

le niveau des investissements dans l’industrie européenne est faible, mais certains signes laissent présager une évolution positive. En tout état de cause, les investisseurs ne sont attirés que lorsque les conditions-cadre sont favorables à l’industrie;

1.8.

l’accès aux marchés mondiaux est indispensable à l’industrie. C’est pourquoi le réseau d’accords commerciaux doit être encore développé et s’appuyer sur le principe du commerce équitable.

Le CESE formule les recommandations suivantes:

1.9.

l’action de l’Union européenne doit avoir pour objectif général de développer davantage un éventail de politiques horizontales qui soit fonctionnel, ainsi qu’un cadre juridique prévisible afin de stimuler l’innovation, de soutenir les investissements et d’aider l’industrie à apporter des solutions aux défis sociétaux. Cette politique devrait apporter une valeur ajoutée avec des répercussions tangibles sur la croissance et l’emploi, s’accompagner de charges administratives aussi limitées que possible et avoir des retombées positives pour la société dans son ensemble;

1.10.

toutes les mesures nécessaires devraient être prises pour réaliser l’achèvement du marché unique, en mettant l’accent sur sa mise en œuvre par les États membres. Une mise en œuvre attentive de la politique de concurrence, nécessaire pour stimuler l’innovation et l’équité, ne devrait toutefois pas entraver la croissance des entreprises de l’Union européenne;

1.11.

la stratégie pour un marché unique numérique doit être mise en œuvre de toute urgence, en s’accompagnant d’une politique ciblée en matière d’emploi;

1.12.

il convient d’adopter une attitude ouverte et réaliste face aux nouveaux modèles économiques et technologies de rupture, en mettant l’accent sur le fait de donner à la société, et notamment aux entreprises, la possibilité de tirer parti des nouvelles opportunités;

1.13.

le dialogue social et le dialogue avec la société civile devraient être renouvelés et renforcés à tous les niveaux afin de faciliter le changement, de gérer les problèmes sociaux et d’éviter les conflits;

1.14.

des passerelles souples doivent être créées entre les mondes du travail et de l’éducation, telles que l’apprentissage et la formation par le travail. Dans de nombreux États membres, la formation professionnelle devrait être davantage valorisée;

1.15.

le leadership dans les économies circulaires et à faible intensité de carbone devrait bénéficier à nos économies. Les politiques devraient soutenir le développement de nouvelles entreprises innovantes ainsi que les transformations onéreuses des industries qui consomment beaucoup d’énergie, dans le but d’éviter les déperditions de carbone et d’investissements;

1.16.

il convient d’analyser les obstacles qui empêchent de transformer les importants excès d’épargne privés actuels en investissements productifs dans les secteurs de l’industrie et des infrastructures;

1.17.

le soutien de l’Union devrait viser principalement à stimuler l’innovation, renforcer les PME, aider les régions en difficulté et responsabiliser les individus. L’effet de levier sur le financement privé devrait être un critère important;

1.18.

les politiques de R&D et d’innovation doivent se voir garantir des ressources supplémentaires dans le nouveau cadre financier. Ces politiques doivent être davantage axées sur l’adoption de nouvelles technologies, l’intensification et les succès commerciaux, sans exclure aucune entreprise, quelle que soit sa taille;

1.19.

les statistiques officielles devraient mieux refléter l’évolution des caractéristiques de l’économie: la disparition progressive des frontières sectorielles et les nouvelles formes d’activité économique. Il est nécessaire de disposer d’une nouvelle méthode commune pour déterminer la valeur ajoutée de l’industrie et des services;

1.20.

les objectifs et indicateurs les plus pertinents en matière de politique industrielle, tant globalement qu’aux niveaux plus détaillés, doivent donner lieu à davantage de réflexion, outre l’objectif des 20 %;

1.21.

la gouvernance doit être améliorée afin d’intégrer les domaines politiques et de garantir une cohérence tout au long du processus décisionnel, que ce soit par le renforcement du Conseil de la compétitivité ou d’une autre manière;

1.22.

la Journée annuelle de l’industrie et la table ronde des industriels de haut niveau méritent d’être saluées, car elles renforcent l’appropriation de la stratégie par les parties prenantes. Le dialogue avec l’industrie ne devrait toutefois pas se limiter à ces dispositions.

2. Introduction

2.1.

L’industrie est la colonne vertébrale de l’économie européenne. Elle fournit 24 % des emplois au sein de l’Union européenne — 32 millions d’emplois directs et 21 millions d’emplois indirects, principalement dans le secteur des services. Ces emplois sont assortis de salaires relativement élevés, pour les travailleurs hautement qualifiés comme pour les travailleurs peu qualifiés. Les produits manufacturés représentent 75 % des exportations. La croissance industrielle a des répercussions sur tous les secteurs de l’économie. L’industrie est aussi le berceau des innovations dans tous les secteurs, et offre des réponses à de nombreux défis sociétaux. Toutefois, l’interdépendance croissante entre l’industrie manufacturière et les services, ainsi que l’intégration au sein des chaînes de valeur, constituent l’essentiel de la valeur ajoutée dans nos économies.

2.2.

Après plusieurs années de récession, la production industrielle, les exportations et l’emploi semblent être à l’heure actuelle sur la voie de la reprise en Europe. Néanmoins, cette reprise est partielle et la compétitivité du secteur industriel européen n’est pas satisfaisante. Une fiscalité et des prix de l’énergie relativement élevés, des investissements insuffisants, qu’ils soient réels ou immatériels, la faible croissance de la productivité, des lacunes en matière d’innovation par rapport aux concurrents, des pénuries de qualifications ainsi que l’atonie de la demande intérieure sont fréquemment signalés.

2.3.

Les grandes tendances ayant une incidence sur le secteur de l’industrie sont, en particulier:

—

une évolution technologique révolutionnaire; la numérisation ainsi que toutes ses applications, mais aussi les nanotechnologies, de nouveaux matériaux, des technologies reposant sur les sciences de la vie, etc.,

—

des exigences croissantes liées à l’environnement, notamment en matière d’atténuation du changement climatique,

—

une amélioration globale du niveau de vie, le vieillissement de la population et l’urbanisation,

—

la mondialisation, qui comprend l’ouverture des marchés et la production de chaînes de valeur, mais aussi un esprit d’entreprise et un protectionnisme agressifs de la part des États.

Ces tendances bien connues offrent d’importantes possibilités à l’industrie européenne. Elles pourraient également constituer de sérieux risques pour la société et l’industrie, si l’on ne réussit pas à y répondre de manière adéquate.

3. Observations générales

3.1.

Le CESE accueille favorablement la communication de la Commission et approuve dans une large mesure l’analyse que celle-ci effectue de la situation et des difficultés auxquelles l’industrie européenne est confrontée. La communication à l’examen constitue principalement une mise à jour des propositions existantes, et propose un certain nombre de nouvelles actions qui seront présentées par la Commission. Toutefois, il convient d’assurer la continuité et la prévisibilité de cette politique à plus long terme. La Commission devrait élaborer d’urgence une stratégie à plus long terme, dans laquelle tous les États membres devraient également s’engager pleinement.

3.2.

Le CESE relève avec satisfaction la cohérence dont fait preuve la Commission en présentant la même approche de la politique industrielle que celle que le Comité propose depuis des années. Au lieu d’élaborer des actes législatifs dans de nombreux domaines d’action politique ayant des répercussions sur l’industrie, sans se préoccuper de leurs conséquences sur ce secteur ni sur sa contribution, l’approche qui prévaut à présent consiste à intégrer ces domaines d’action politique dans les autres, le développement industriel étant une priorité.

3.3.

Au cours de ces dernières années, le CESE a présenté des avis sur les propositions de la Commission relatives à différents secteurs industriels et domaines politiques (1). Ces avis sont toujours pertinents, principalement dans le cadre de la présente communication. Dans le présent avis, le CESE souhaite mettre en évidence certains aspects pertinents à l’heure actuelle concernant la politique industrielle, et ajouter de nouvelles remarques.

3.4.

Les entreprises sont confrontées à un besoin sans précédent d’adaptation, souvent radical. Elles doivent adopter rapidement les nouvelles technologies et les exploiter pour améliorer leur productivité et innover, et ainsi réussir sur des marchés de plus en plus concurrentiels. Il est impératif pour de nombreuses entreprises de bien se positionner, de préférence au cœur d’une chaîne de valeur internationale. Les PME peuvent et doivent s’efforcer de jouer un rôle important et novateur dans ces chaînes, qui sont, pour la plupart, articulées autour de grandes entreprises disposant des ressources et des réseaux nécessaires.

3.5.

De nouvelles industries sont appelées à voir le jour. La numérisation donne naissance à une multitude de nouveaux réseaux et d’interactions, favorisant de nouveaux modèles de produits et services, de plus en plus adaptés aux besoins individuels des clients. L’expansion de la production, des technologies des produits et des services, ainsi que la croissance des jeunes pousses doivent être rendues possible grâce à des politiques appropriées au niveau de l’Union européenne, parce que les chaînes de valeur ne se limitent pas aux différents États. Par ailleurs, les différences entre les États membres et les régions rendent nécessaires des actions sur mesure.

3.6.

Toutes les entreprises doivent moderniser leurs activités de manière continue. Les sociétés obsolètes et non rentables ne peuvent être préservées par le biais de subventions. Cependant, l’Europe a besoin d’une grande diversité de secteurs pour répondre aux besoins de la société. Il convient donc de développer des stratégies spécifiques aux secteurs qui connaissent des difficultés particulières.

3.7.

Les citoyens sont au cœur même du changement. Sans travailleurs qualifiés et dévoués à leur tâche, il n’existerait pas d’industrie. Les opportunités qu’offrent les nouvelles technologies et les innovations doivent être exploitées, mais la numérisation et d’autres technologies révolutionnaires auront une incidence sur la structure du marché du travail, qui proposera moins de postes dans l’industrie manufacturière et plus d’emplois spécialisés dans le domaine des technologies de l’information. L’organisation du travail et les concepts d’encadrement évolueront également, ce qui aura des implications sur la qualité de l’emploi, qui sera moins dangereux, mais aussi plus intense et plus flexible.

3.8.

Les conséquences des ruptures technologiques sur l’emploi doivent être correctement évaluées, et les instruments destinés à anticiper les changements doivent être renforcés. Le défi consistant à adapter les marchés du travail aux mutations structurelles est considérable: il s’agit d’apporter dans la mesure du possible la sécurité d’emploi ou de nouvelles possibilités de travail, de veiller à la protection sociale des personnes dans le besoin et de prévenir la récession de régions entières. Le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation doit disposer de davantage de ressources, et son champ d’application doit être revu à la hausse afin qu’il s’applique aussi aux conséquences de l’évolution technologique. Les relations de travail à tous les échelons, et, en particulier, le dialogue social associant les travailleurs au niveau de l’entreprise, sont essentiels pour faciliter les mutations industrielles tout en favorisant l’acceptation du changement et la prévention des conflits.

3.9.

L’éducation et la formation sont des instruments indispensables, et les moteurs de la transition industrielle. Les travailleurs ont tous besoin d’actualiser leurs qualifications, notamment leurs compétences numériques. Beaucoup doivent suivre des formations dans des professions relativement nouvelles. La rapidité de l’évolution technologique constitue un enjeu de taille, si l’on veut maintenir les programmes éducatifs et le nombre d’étudiants conformes à l’évolution des besoins de l’industrie. Les solutions d’apprentissage par le travail, telles que l’excellent système allemand de formation en alternance, devraient être appliquées beaucoup plus fréquemment. Il faudrait rendre à la formation professionnelle ses lettres de noblesse, dans certains États membres au moins. De même, l’attrait pour les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques devrait être développé.

3.10.

Les politiques macroéconomique et industrielle se renforcent mutuellement. La relance économique actuelle est l’occasion de moderniser les transports, l’énergie et les infrastructures numériques, d’actualiser la R&D afin de garantir la réussite d’innovations, et d’équilibrer le développement régional. Une juste combinaison de politiques macroéconomique et industrielle devrait prolonger cette reprise, et protéger l’économie et l’industrie contre toute nouvelle crise à l’avenir.

3.11.

Il est préoccupant de constater que les investissements dans l’industrie européenne restent limités, alors qu’il existe d’importants excès d’épargne au sein de l’Union, qui n’ont pas été transformés en investissements productifs. Les raisons devraient en être étudiées de manière approfondie, en particulier parce que la mutation industrielle nécessite des investissements considérables. Une chose est claire cependant: les investisseurs tant nationaux qu’internationaux ne sont attirés que par des conditions-cadres favorisant suffisamment la compétitivité.

3.12.

Néanmoins, certains signes de tendances éventuellement positives ont été constatés dans les investissements. Dans un monde confronté à une instabilité politique considérable, l’Union européenne reste un endroit sûr et stable pour investir. En raison de la demande croissante, certains secteurs ont atteint leur capacité de production maximale. Cela débouchera sur des investissements dans de nouvelles capacités, espérons-le en Europe.

3.13.

Les contraintes en matière d’environnement et de climat, en particulier l’accord de Paris sur le changement climatique, concernent l’ensemble des entreprises. De nombreux débouchés commerciaux sont en train d’apparaître dans l’économie circulaire et à faible intensité de carbone. Les ambitions pionnières de l’Union peuvent aider les industries européennes à s’imposer sur les marchés mondiaux. Les industries énergivores et nécessitant des ressources considérables, en particulier, doivent opérer des mutations technologiques fondamentales, ce qui requiert des mesures politiques ambitieuses, afin d’éviter les déperditions de carbone et d’investissements. La transformation des industries manufacturières et des transports en vue de l’utilisation d’énergies non fossiles augmentera considérablement la demande en électricité à des prix compétitifs.

3.14.

La coopération entre tous les acteurs — l’Union européenne, les gouvernements des États membres, les collectivités locales, les régions, les universités et les écoles, les parties prenantes et les entreprises — pourrait et devrait être améliorée. Par exemple, il convient de renforcer la collaboration entre entreprises et universités. Les écoles devraient se tourner vers les entreprises pour obtenir de l’aide afin de mettre à jour les programmes et les apprentissages. Plus important encore, les États membres devraient coopérer en mettant rapidement en œuvre et en appliquant les politiques et la législation adoptées.

3.15.

Les méthodes statistiques actuelles ne permettent pas de dresser un tableau utile et actualisé de la situation industrielle qui prévaut en Europe. La division sectorielle entre l’industrie manufacturière, les services et les autres activités productives est obsolète. Une partie considérable de l’activité économique n’est pas prise en compte dans le calcul du PIB. Les statistiques portant sur les importations et les exportations ne décrivent pas correctement l’activité industrielle, à une époque où près de la moitié de la production industrielle s’inscrit dans des chaînes de valeur mondiales. Il est nécessaire de disposer de toute urgence d’une nouvelle méthode commune pour déterminer la valeur ajoutée et les interactions de l’industrie et des services.

3.16.

Le CESE est d’avis que l’objectif visant à ce que l’industrie représente 20 % du PIB doit être complété par des objectifs et des indicateurs plus pertinents, qui refléteraient davantage tous les aspects du développement industriel.

3.17.

La gouvernance de l’intégration des politiques ayant une incidence sur la compétitivité et le développement industriels, ainsi qu’entre les États membres, doit être renforcée. Il importe de mieux légiférer — c’est-à-dire de manière prévisible, efficace au regard des coûts et en s’appuyant sur des faits — et de procéder à des analyses d’impact ex ante transparentes. La cohérence tout au long du processus décisionnel doit être garantie en renforçant le rôle du Conseil «Compétitivité», ou au moyen d’autres dispositions institutionnelles. Il faut mettre un terme au cloisonnement de la réflexion à l’échelle de l’Union européenne et au niveau national, afin de répondre à la dynamique accrue de l’économie mondiale.

4. Observations particulières

4.1.

Rendre plus forte l’industrie européenne: le CESE souscrit à la nécessité d’une vision globale et prospective de l’industrie européenne. Afin de rendre plus forte l’industrie européenne, l’objectif global de l’action de l’Union devrait être de créer un cadre juridique efficace et prévisible, qui favorise l’innovation et aide le secteur de l’industrie à apporter des solutions aux défis sociétaux. Celui-ci devrait apporter une valeur ajoutée ayant des répercussions tangibles sur la croissance et l’emploi, être réalisée avec aussi peu de charges administratives que possible et en partager les avantages avec la société dans son ensemble.

4.2.

Le marché unique: le CESE se réjouit de l’approche consistant à responsabiliser les particuliers et les entreprises et approuve les actions proposées en vue de renforcer le marché unique, y compris sur le marché des capitaux. L’amélioration de la normalisation et l’autoréglementation constituent des domaines d’action importants. Plus important encore, les États membres doivent respecter leur obligation en matière de respect et d’application des règles. Une mise en œuvre attentive de la politique de concurrence est essentielle à l’innovation et à la formation des prix. La vigilance de la Commission par rapport aux grands acteurs mondiaux est très appréciée. La croissance des entreprises européennes ne devrait toutefois pas être entravée — la taille de l’entreprise médiane enregistrée dans l’Union (à l’exclusion du Royaume-Uni) n’atteint que la moitié environ de celle de l’entreprise américaine médiane. C’est une question d’interprétation de la définition du marché concerné en matière d’application du droit de la concurrence.

4.3.

L’ère numérique: la numérisation implique un véritable changement de paradigme ayant des effets sur l’ensemble de la société, et présentant même des caractéristiques géopolitiques. Le CESE a présenté son point de vue détaillé sur la question de la numérisation dans d’autres avis. Ces derniers ont traité des mégadonnées, de la 5G, des techniques de fabrication avancées, de la robotique, etc. Les stratégies de l’Union au service d’un marché unique numérique, le passage au numérique des entreprises européennes, la cybersécurité et l’intelligence artificielle revêtent une importance capitale. Le juste équilibre à trouver entre, d’une part, l’utilisation de nouvelles technologies de rupture et la mise à profit de leurs avantages et, d’autre part, la garantie de la sécurité et de l’équité, constitue une importante question de principe. L’accent devrait être mis sur le fait de donner à la société, y compris aux entreprises, la possibilité de tirer parti de nouvelles possibilités en adoptant une attitude ouverte et réaliste.

4.4.

Une société circulaire et à faibles émissions de carbone: rester pionnier dans ces domaines représente un grand défi dans un environnement où la concurrence est accrue. Le rôle de pionnier ne doit toutefois pas être un but en soi. Il s’agit plutôt d’en faire bénéficier nos économies et nos sociétés. La transition énergétique doit être soutenue, mais les prix de l’énergie doivent rester compétitifs pour l’industrie.

4.5.

Les investissements: les nombreux instruments dont dispose l’Union pour favoriser les investissements — qu’ils soient matériels ou non — devraient viser principalement à stimuler l’innovation, à aider les PME à se développer, à soutenir les régions en difficulté, à moderniser les infrastructures et à responsabiliser les individus grâce à l’éducation et à la formation. Les PME ont besoin de davantage d’aide pour s’y retrouver parmi le large éventail de possibilités de financement, ainsi que de procédures beaucoup plus simples pour introduire leurs demandes et présenter leurs rapports. L’effet de levier sur l’investissement privé devrait être un critère important. Toutes les propositions, y compris celles attendues de la part du groupe à haut niveau sur le financement durable, qui redirigent l’allocation des capitaux vers des investissements à long terme et des contributions à la croissance durable, sont les bienvenues (2).

4.6.

Innovation: le CESE reconnaît que les politiques doivent être plus axées sur l’adoption de nouvelles technologies, le développement et les succès commerciaux, ainsi que la collaboration au sein des groupements régionaux et entre eux. Aucune entreprise ne doit être exclue, indépendamment de sa taille. Le successeur du programme Horizon 2020 devrait bénéficier de ressources nettement supérieures dans le prochain cadre financier. Dans la mesure du possible, la première application industrielle d’une R&D financée par des fonds publics devrait avoir lieu dans l’Union européenne. Le potentiel des marchés publics devrait être pleinement exploité en intégrant des critères innovants, écologiques et sociaux dans les appels d’offres et en appliquant de manière systématique le principe de l’offre économiquement la plus avantageuse.

4.7.

La dimension internationale: le commerce doit être ouvert, mais équitable et durable. L’accès aux marchés mondiaux et aux matières premières est indispensable à l’industrie. C’est pourquoi le réseau d’accords commerciaux doit être encore développé. Le CESE invite instamment la Commission à recourir activement aux instruments disponibles pour lutter contre les pratiques commerciales déloyales. Une attention particulière doit être apportée aux nouvelles formes de protectionnisme de la part de pays tiers. L’Union devrait promouvoir ses normes environnementales et sociales dans le cadre des accords commerciaux. En ce qui concerne la surveillance des investissements directs étrangers, il est important de recenser les risques de menace pour la sécurité ou l’ordre public. En même temps, vu la nécessité d’investir davantage dans les entreprises de l’Union européenne, les investissements directs étrangers devraient être les bienvenus; ils sont également révélateurs du potentiel de l’Europe.

4.8.

Partenariats: le CESE se félicite de la création d’une journée annuelle de l’industrie et de la table ronde des industriels de haut niveau, et fait part de son vif intérêt pour ces deux manifestations. Cette approche devrait s’appliquer à tous les domaines de la politique industrielle, de manière à renforcer l’appropriation de la stratégie par les parties prenantes. Le dialogue avec l’industrie ne devrait toutefois pas se limiter à ces dispositions. Il est nécessaire de favoriser davantage la transparence et la coopération, en particulier lors du démarrage des analyses d’impact.

Bruxelles, le 15 février 2018.

Le président du Comité économique et social européen

Georges DASSIS


(1) Par exemple: JO C 327 du 12.11.2013, p. 82, JO C 12 du 15.1.2015, p. 23, JO C 389 du 21.10.2016, p. 50, JO C 311 du 12.9.2014, p. 47, JO C 383 du 17.11.2015, p. 24.

(2) JO C 246 du 28.7.2017, p. 8.


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