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AccueilDroit européen52017AE5365
Avis institutionnel52017AE5365

Avis du Comité économique et social européen sur la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Lutter contre le contenu illicite en ligne — Pour une responsabilité accrue des plateformes en ligne» [COM(2017) 555 final]

CELEX52017AE5365
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 14 mars 2018

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) approuve la communication de la Commission visant à responsabiliser davantage les plateformes en ligne dans la lutte contre les contenus illicites, tout en soulignant la nécessité de préserver les droits fondamentaux et la liberté d'expression. Il préconise une approche équilibrée combinant mesures volontaires, procédures de notification claires et mécanismes de contrôle, sans imposer d'obligation générale de surveillance. L'avis insiste sur l'importance d'une définition harmonisée du contenu illicite et d'une coopération renforcée entre plateformes et autorités nationales.

Texte intégral

6.7.2018

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 237/19


Avis du Comité économique et social européen sur la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Lutter contre le contenu illicite en ligne — Pour une responsabilité accrue des plateformes en ligne»

[COM(2017) 555 final]

(2018/C 237/03)

Rapporteur:

Bernardo HERNÁNDEZ BATALLER

Consultation

Commission européenne, 17.11.2017

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence:

Section spécialisée «Marché unique, production et consommation»

Adoption en section spécialisée

9.3.2018

Adoption en session plénière

14.3.2018

Session plénière no

533

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

180/4/5

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le contenu illicite en ligne est un problème complexe et transversal qui doit être abordé sous différents angles en fonction de l’analyse de son impact et de l’harmonisation de son traitement dans le cadre juridique des États membres.

Le Comité économique et social européen (CESE) met l’accent sur l’importance de mettre en place un cadre réglementaire approprié et équilibré pour les plateformes dans le marché unique numérique qui puisse contribuer à instaurer un climat de confiance, tant pour les entreprises que pour les consommateurs en général, ce qui leur permettrait de les utiliser en toute confiance. Il convient d’adopter des approches politiques réglementaires et d’autorégulation souples, viables et à même d’apporter une réponse directe aux problèmes concernant plus particulièrement les procédures de détection, d’investigation, de notification et de retrait des contenus illicites présents sur les plateformes.

1.2.

Le CESE estime nécessaire de garder une certaine cohérence des critères et des mesures à adopter en la matière avec ce qui est envisagé à ce sujet dans ses avis antérieurs. Le point de départ doit être que ce qui est illégal dans le monde réel l’est également en ligne. Il souligne l’importance de la neutralité technologique et de la cohérence entre les règles qui s’appliquent dans l’environnement en ligne et hors ligne dans des situations identiques, selon les besoins et les possibilités;

1.3.

Il est indispensable de trouver le meilleur équilibre entre les contraintes liées au contrôle des contenus illicites et la garantie des droits fondamentaux, de même qu’entre les différentes dimensions et activités des plateformes en ligne.

Le CESE demande à la Commission de prendre les mesures appropriées pour contrer la présence croissante de messages violents et/ou discriminatoires sur les plateformes, en insistant sur l’importance de protéger les personnes vulnérables et les enfants et de lutter contre toute forme de racisme, de sexisme, d’incitation au terrorisme et de harcèlement dans la sphère numérique également.

1.4.

Il convient de considérer, notamment, l’efficacité des actions à mener pour ce qui est des plateformes en ligne dont le siège se situe en dehors du territoire de l’Union européenne.

De même, il serait souhaitable que la Commission réexamine et répertorie, dans la mesure du possible, les contenus illicites exposés, de manière à pouvoir en intégrer d’autres qui ne sont pas explicitement mentionnés dans la communication.

En tout état de cause, la mise en œuvre des principes directeurs pour les procédures de détection, d’enquête, de notification et de retrait, devraient être promues dans les cas suivants:

a)

protéger les droits reconnus dans les conventions internationales, telles que celles destinées à protéger:

—

les enfants des contenus numériques qui peuvent être contraires aux dispositions de la Convention relative aux droits de l’enfant,

—

les personnes handicapées des contenus numériques qui pourraient s’avérer contraires aux dispositions de la Convention relative aux droits des personnes handicapées;

b)

garantir l’absence de discrimination fondée sur le genre dans les contenus numériques, en particulier en ce qui concerne la mise en œuvre du principe de l’égalité de traitement entre les femmes et les hommes dans l’accès aux biens et aux services et dans leur fourniture, et assurer l’égalité hommes-femmes ainsi que le respect de la dignité humaine dans la publicité;

c)

garantir et faire en sorte que les contenus numériques soient conformes avec les dispositions prévues dans la stratégie numérique afin de renforcer la sécurité et le respect des droits des consommateurs dans la société numérique.

La communication devrait aborder l’incidence que les contenus illicites peuvent avoir sur le marché unique afin de pouvoir prendre les mesures de prévention nécessaires pour préserver le bon fonctionnement de ce dernier, en accord avec les principes qui le sous-tendent.

1.5.

L’initiative de la Commission européenne, consistant à présenter cette communication qui, de manière générale, prévoit un traitement approprié des contenus illicites présents sur les plateformes en ligne est jugée des plus opportunes. Dans la même optique, il conviendrait de mener une réflexion sur la possibilité de réviser le contenu de la directive sur le commerce électronique, la directive sur les pratiques commerciales déloyales et la directive sur la publicité trompeuse et comparative, en se fondant, entre autres critères, sur des normes valables dans le futur et neutres d’un point de vue technologique, qui sont indispensables pour le développement des plateformes européennes, afin de ne pas créer d’incertitude pour les agents économiques et de ne pas limiter l’accès aux services numériques.

2. Contexte

2.1.

Les plateformes en ligne sont une catégorie de prestataires de services de la société de l’information qui ont une fonction d’intermédiaires au sein d’un écosystème numérique. Elles couvrent un large éventail d’acteurs qui participent à de nombreuses activités économiques, telles que le commerce électronique, les médias, les moteurs de recherche, l’économie collaborative, les activités sans but lucratif, la diffusion de contenu culturel ou les réseaux sociaux. Elles ne font l’objet d’aucune définition claire et précise, exercice qui s’avère difficile du fait qu’elles sont en constante évolution. Elles jouent actuellement sur le marché intérieur un rôle important qui ira croissant à l’avenir.

2.2.

La Commission européenne a déjà abordé le thème des plateformes sous l’angle du marché unique numérique (1), partant du constat que le défi le plus important auquel l’Union européenne est confrontée aujourd’hui pour assurer sa compétitivité future dans le monde est de promouvoir efficacement l’innovation dans ce secteur économique, tout en protégeant correctement les intérêts légitimes des consommateurs et des usagers. Dans cette optique, elle avait envisagé de réviser les directives sur les télécommunications, la vie privée et les communications électroniques concernant le statut des services de communications en ligne OTT.

2.3.

Le CESE s’est déjà prononcé sur cette communication (2), soulignant que de nombreuses plateformes en ligne constituent des éléments importants de l’économie collaborative et réaffirmant ses conclusions relatives à ce secteur, en particulier pour ce qui est de la protection des consommateurs, des salariés et des travailleurs indépendants. Il a également souligné la nécessité de lutter contre le risque de fragmentation réglementaire et, partant, d’adopter une approche cohérente à l’échelle de l’UE.

2.4.

La Commission se penche aujourd’hui, dans la communication à l’examen, sur la question de «la lutte contre le contenu illicite en ligne», en visant une plus grande responsabilisation des plateformes en ligne, et en retenant à cette fin une série de principes et d’orientations à leur intention afin d’intensifier leur lutte contre les contenus illicites en ligne, et ce en coopération avec les autorités nationales, les États membres et les autres acteurs concernés.

2.4.1.

L’objectif est de renforcer la mise en œuvre de bonnes pratiques dans le domaine de la prévention, de la détection, du retrait ou du blocage de l’accès à des contenus illicites pour:

a)

garantir le retrait effectif de ces contenus;

b)

renforcer la transparence et la protection des droits fondamentaux dans l’environnement en ligne;

c)

apporter aux plateformes des précisions sur leurs responsabilités lorsqu’elles prennent des mesures proactives (dites de «bon Samaritain») pour détecter, supprimer ou bloquer l’accès au contenu illicite.

2.4.2.

Le cadre juridique de l’UE se compose de normes contraignantes et non contraignantes, notamment la directive sur le commerce électronique (3) qui harmonise les conditions que les plateformes en ligne doivent remplir pour pouvoir bénéficier sur le marché unique numérique de la clause de non-responsabilité du fait de la diffusion de contenus illicites à laquelle elles pourraient donner lieu.

2.4.3.

Il n’existe pas actuellement dans l’UE d’approche harmonisée et cohérente pour la suppression de contenus illicites, dès lors que c’est la législation spécifique de l’Union en la matière mais aussi le droit national qui déterminent ce qu’il y a lieu de considérer comme «illicite». En tout état de cause, une approche plus harmonisée permettrait de lutter plus efficacement contre les contenus illicites et contribuerait au développement du marché numérique.

2.4.4.

La communication examine les critères à établir en ce qui concerne la conduite à suivre par les plateformes en ligne, les autorités compétentes et les utilisateurs en vue de détecter les contenus illicites d’une manière rapide et efficace. A cet effet, il est estimé dans cette communication qu’il faut améliorer de manière systématique la coopération avec les autorités compétentes des États membres, que ces derniers doivent veiller à ce que les juridictions puissent réagir efficacement contre les contenus illicites en ligne, et qu’il convient d’intensifier la coopération transfrontière.

2.4.4.1.

Il y est également considéré qu’aux fins d’un retrait plus rapide et plus fiable des contenus illicites en ligne, il conviendrait de mettre en place des mécanismes permettant à des «signaleurs de confiance» d’agir. Il s’agit d’entités spécialisées ayant des compétences précises en matière de repérage de contenus illicites et de structures spécifiques destinées à la détection et à l’identification de tels contenus en ligne. La Commission examinera la possibilité de convenir, au niveau de l’UE, de critères communs applicables aux «signaleurs de confiance».

2.4.4.2.

Quant aux communications avec les utilisateurs, il est estimé que les plateformes devraient instaurer un mécanisme aisément accessible et convivial qui permette à leurs utilisateurs de signaler tout contenu leur paraissant illicite qu’elles hébergeraient.

2.4.4.3.

En vue d’assurer un niveau de qualité élevé des notifications, elle estime qu’il convient d’instaurer des mécanismes efficaces facilitant la soumission de notifications qui soient suffisamment précises et correctement étayées.

2.4.5.

On évalue la pertinence des mesures proactives adoptées par les plateformes par rapport à la clause de dérogation en matière de responsabilité et à l’aune de la technologie utilisée pour la détection et l’identification des contenus illicites.

2.4.6.

Le retrait du contenu illicite est l’un des aspects abordés dans la communication pour lesquels elle entend établir des garanties solides afin de limiter le risque de retrait de contenus qui ne sont pas illicites. L’objectif de la Commission est de parvenir à ce que le retrait des contenus illicites et la notification des infractions aux autorités compétentes se fassent «promptement». Elle vise aussi le renforcement de la transparence de la politique des contenus sur les plateformes et des procédures de «signalement et d’action».

2.4.7.

En ce qui concerne la mise en place des garanties contre les retraits abusifs et l’utilisation arbitraire du système, la Commission examine la question de la contestation d’un signalement et les mesures visant à lutter contre les signalements et les contresignalements de mauvaise foi.

2.4.8.

Pour prévenir la réapparition des contenus illicites, la possibilité est envisagée de mettre en place des mesures qui découragent les utilisateurs de publier de manière répétée des contenus illicites de même nature, dans le but de mettre fin à leur diffusion, et de soutenir une utilisation et un développement accru de technologies destinées à prévenir leur réapparition, par exemple au moyen de filtres automatiques contre la remise en ligne.

2.4.9.

En définitive, la communication fournit des orientations mais ne modifie pas le cadre juridique applicable pas plus qu’elle ne prévoit de règles contraignantes. Son objectif est, en premier lieu, de servir de guide aux plateformes en ligne sur la meilleure façon de faire face aux responsabilités qui leur incombent en ce qui concerne la lutte contre la mise en ligne de contenus illicites à laquelle elles pourraient donner lieu. Elle vise la diffusion de bonnes pratiques dans les procédures engagées contre les différents types de contenus illicites et la promotion d’une coopération plus étroite entre les plateformes et les autorités compétentes.

3. Observations générales

3.1.

Le CESE prend acte de cette communication et invite la Commission à élaborer des programmes et à adopter des mesures efficaces en vue de disposer d’un cadre juridique stable et cohérent permettant de supprimer de manière efficace les contenus illicites. En outre, il la juge également opportune eu égard à l’incidence des plateformes numériques sur la vie quotidienne à l’heure actuelle et aux risques liés à leur expansion dans la société et à leur impact sur le marché unique numérique, et en ce qu’elle vise à éviter la fragmentation du cadre réglementaire due à l’existence de différentes législations nationales et à supprimer les barrières techniques, juridiques et fiscales afin de permettre aux entreprises, aux citoyens et aux consommateurs de profiter pleinement des outils et services numériques.

Le CESE souligne la nécessité pour les plateformes en ligne de lutter contre les contenus illégaux et les pratiques commerciales déloyales (notamment la revente de billets de spectacles à des prix exorbitants) au moyen de mesures réglementaires accompagnées d’une autorégulation efficace (par exemple, au moyen de conditions d’utilisation très claires et de mécanismes appropriés pour identifier les contrevenants récidivistes, ou en constituant des équipes spécialisées dans la modération des contenus et le suivi des contenus illicites), ou encore en adoptant des mesures hybrides.

3.2.

Le CESE estime qu’il y a lieu de passer en revue et de répertorier les cas de mise en ligne de contenus illicites, de sorte à élargir le champ d’application de la communication qui est limité aux cas d’incitation au terrorisme, aux discours xénophobes, à l’incitation publique à la haine et à la violence ainsi qu’au matériel pédopornographique). Dans cette logique, l’on pourrait inclure d’autres cas de figure, comme la diffamation manifestement malveillante, la distribution de matériel qui porte atteinte à la dignité humaine ou les contenus sexistes qui contribuent à la violence à caractère sexiste, le but n’étant pas d’en dresser une liste exhaustive mais d’établir des critères pour les répertorier.

Par conséquent, il convient de promouvoir la mise en œuvre des principes directeurs pour les procédures de détection, d’enquête, de notification et de retrait dans les cas suivants:

a)

protéger les droits reconnus dans les conventions internationales, telles que celles destinées à protéger:

—

les enfants des contenus numériques qui peuvent être contraires aux dispositions de la Convention relative aux droits de l’enfant,

—

les personnes handicapées des contenus numériques qui pourraient s’avérer contraires aux dispositions de la Convention relative aux droits des personnes handicapées;

b)

garantir l’absence de discrimination fondée sur le genre dans les contenus numériques, en particulier en ce qui concerne la mise en œuvre du principe de l’égalité de traitement entre les femmes et les hommes dans l’accès aux biens et aux services et dans leur fourniture, et assurer l’égalité hommes-femmes ainsi que le respect de la dignité humaine dans la publicité;

c)

garantir et faire en sorte que les contenus numériques soient conformes avec les dispositions prévues dans la stratégie numérique afin de renforcer la sécurité et le respect des droits des consommateurs dans la société numérique.

3.3.

Le CESE est favorable à un renforcement des mesures visant à lutter contre les contenus illicites diffusés en ligne, notamment en ce qui concerne la protection des mineurs, le retrait de tout contenu associé à des discours haineux et l’incitation au terrorisme, et demande qu’il soit tenu compte de la nécessité de prévenir le harcèlement et les violences à l’encontre des personnes vulnérables.

3.4.

Cela vaut même si la notion de contenu illicite dans un environnement numérique varie d’un État membre à l’autre sur le plan juridique, et d’une personne à l’autre sur le plan moral. Ainsi, l’on pourrait donner des exemples qui ne sont pas aussi évidents que ceux qui sont cités, dans lesquels la qualification d’un contenu en «contenu illicite» va dépendre de l’interprétation et de la résolution de conflits entre droits fondamentaux, tels que la liberté d’expression et d’autres droits reconnus, et il faut à cet égard concilier au mieux ces différents droits pour prévenir de tels conflits. Il y a lieu néanmoins d’insister sur l’importance de prendre des mesures contre la diffusion des fausses informations; aussi le CESE estime-t-il que les plateformes en ligne devraient fournir aux utilisateurs des outils leur permettant de dénoncer les fausses informations de manière à pouvoir informer les autres utilisateurs de la mise en cause de la véracité du contenu. En outre, les plateformes en ligne pourraient développer des partenariats avec des signaleurs de confiance, c’est-à-dire avec des sites certifiés de vérification des faits, afin d’accroître la confiance des utilisateurs dans la validité du contenu en ligne.

3.5.

À titre d’illustration, il est recommandé d’inventorier les cas de contenu illicite afin de parvenir, dans la mesure du possible, à une conceptualisation commune à travers les différents États membres, ce qui faciliterait leur hiérarchisation et leur évaluation. À cet égard, il est proposé ci-dessous, entre autres, les éléments suivants:

—

sécurité nationale (terrorisme, corruption, trafic de drogue, trafic d’armes, évasion fiscale et blanchiment de capitaux);

—

protection des mineurs (pornographie, violence, etc.);

—

traite d’êtres humains, prostitution et violence fondée sur le genre, publicité sexiste comprise;

—

protection de la dignité humaine (incitation à la haine ou à la discrimination raciale, sexiste ou idéologique, respect de l’orientation sexuelle);

—

sécurité économique (fraudes et escroqueries, piratage et contrefaçon, etc.);

—

sécurité de l’information (intrusion informatique à des fins délictueuses, collecte de données à des fins commerciales, fraudes à des fins concurrentielles, manipulation d’informations, etc.);

—

protection de la vie privée (cyberharcèlement, filtrage et utilisation de données à caractère personnel, interception de communications personnelles, intervention dans la géolocalisation personnelle, etc.);

—

protection de la réputation (diffamation, publicité comparative illicite, etc.);

—

propriété intellectuelle.

3.5.1.

Il est jugé tout aussi nécessaire d’adopter une approche conceptuelle du «contenu illicite» et du «contenu dangereux» afin d’éviter des interprétations biaisées de ces notions.

3.6.

Il convient d’accorder une attention particulière, en raison des effets qu’elles produisent, à la concentration du pouvoir économique de certaines plateformes numériques et à leur fonction de production, de traitement et de distribution des contenus purement informatifs, licites, mais en apparence seulement, à savoir qu’ils servent à dissimuler des aspects illicites, voire dangereux. Par ailleurs, un même traitement doit s’appliquer à ce qui touche aux mégadonnées et aux avantages que les plateformes en ligne tirent de leur exploitation.

3.7.

De plus, eu égard au caractère global de la problématique en question, il faudrait également indiquer la possibilité d’étudier et d’envisager des initiatives de coopération et de réciprocité en la matière pour un fonctionnement optimal et efficace, en tenant compte de principes tels que ceux d’information, de choix, de transfert progressif, de sécurité, d’intégrité des données, d’accès et de mise en œuvre.

4. Observations particulières

4.1.

En ce qui concerne le cadre général, il y a lieu de réfléchir à une révision de la directive sur le commerce électronique, adoptée en 2000, ainsi que de celle sur les pratiques déloyales, adoptée en 2005 et de celle sur la publicité, adoptée en 2006. Il convient plus particulièrement d’aborder les aspects relatifs aux nouveaux modèles économiques émergents ainsi que d’autres cas de figure n’impliquant pas de relations commerciales classiques et, en tout état de cause, de renforcer le régime de responsabilité applicable aux contenus en ligne de manière harmonisée dans toute l’Union européenne, et de combler les lacunes constatées dans sa mise en œuvre. Tout cela, afin de renforcer la sécurité juridique et la confiance des entreprises et des consommateurs.

4.1.1.

En tout état de cause, il conviendrait d’inclure des mesures contre les sites internet qui enfreignent les dispositions établies dans ces directives, en offrant la possibilité de bloquer l’accès aux pages internet, au moyen de procédures transparentes et qui présentent les garanties appropriées, afin de s’assurer que les restrictions sont limitées à ce qui est nécessaire et proportionné, et que les utilisateurs sont informés de la raison de ces restrictions. Ces garanties incluraient aussi la possibilité d’un recours judiciaire.

4.1.2.

En ce qui concerne la détection et le signalement de contenus illicites, la communication prévoit la possibilité que les juridictions nationales et les autorités nationales puissent prendre des mesures conservatoires ainsi que d’autres dispositions pour retirer les contenus illicites ou bloquer l’accès à ceux-ci. Cela doit s’accompagner de mesures suivant les termes exposés par le CESE pour les dispositions prévues par le règlement relatif à la coopération entre les autorités chargées de la consommation (4).

4.2.

En outre, il faudrait établir des mécanismes permettant l’identification des responsables ainsi que des procédures de réaction qui rendent possible le retrait des autorisations, a priori ou a postriori, ainsi que des mesures à prendre au cas par cas en fonction des antécédents et des informations disponibles.

4.3.

De même, l’on pourrait examiner en détail les aspects touchant à l’autorisation relative aux contenus en ce qui concerne les notifications préalables. L’on pourrait par exemple dresser la liste des plateformes en ligne diffusant des contenus illicites, ainsi que de celles qui ont développé de bonnes pratiques et jouissent d’une reconnaissance officielle, laquelle contribue à accroître la concurrence pour la réputation et la confiance dans le réseau.

L’innovation favorise les investissements dans la recherche, le développement et l’amélioration des compétences des travailleurs et revêt une importance cruciale pour l’émergence de nouvelles idées et d’innovations. L’innovation technologique doit être utilisée pour les procédures de détection, d’identification, de retrait des contenus illicites, et de prévention de leur rediffusion faisant par exemple appel au traitement des informations et au renseignement en ligne ainsi qu’à l’utilisation de technologies de détection et de filtrage automatique. Toutefois, en fin de compte, il convient de veiller à ce que la décision individuelle d’une personne et ses actions respectent les droits fondamentaux et les valeurs démocratiques.

Tout en réaffirmant la nécessité de trouver un équilibre entre la garantie des droits fondamentaux et le contrôle des contenus illicites, le CESE souligne que le recours courant à des techniques de filtrage automatisé obère de manière disproportionnée la liberté des intermédiaires d’entreprendre, le droit des utilisateurs finaux à la liberté d’expression et celui de la protection des données à caractère personnel. L’on ne saurait imposer à l’industrie des solutions d’application universelle, telles que les filtres automatiques contre la remise en ligne, sans prendre en compte les besoins spécifiques des PME du secteur des technologies de l’information. Les bonnes pratiques actuelles en matière de technologies de filtrage automatisé montrent qu’il est nécessaire d’appliquer de manière systématique le principe d’une intervention humaine dans le processus. Il s’agit d’un système dans lequel ce sont toujours des êtres humains qui prennent la décision finale, contextualisée, concernant un nombre relativement faible de cas ambigus, afin de réduire la probabilité d’une violation du droit fondamental à la liberté d’expression. Il doit être clairement établi que l’intelligence artificielle ne saurait remplacer les êtres humains décidant sur la base d’évaluations éthiques.

4.4.

Pour ce qui est des signalements, il est proposé d’aborder la question des procédures d’accréditation pour les «signaleurs de confiance», et s’agissant de «garantir la qualité élevée des notifications», il y a lieu de souligner l’opportunité d’une divulgation publique de celles-ci.

4.5.

En ce qui a trait aux mesures proactives, la communication ne fait pas de proposition claire pour des mesures volontaristes, préventives et de rééducation, qui permettraient de déployer un certain nombre d’initiatives en la matière, or la précision est essentielle pour mener de manière intégrée et efficace la lutte contre les contenus numériques illicites.

4.6.

Il convient de prévoir des mesures pour les cas où les décisions prises devraient être révisées, de manière à assurer leur réversibilité aux moyens de solutions de réintégration des contenus retirés à tort ou dans le cas où le signalement serait mal intentionné, notamment des systèmes de recours extrajudiciaire, assortis d’un code de conduite, dans lesquels seraient prévues des sanctions en cas de non-respect des règles.

Le CESE demande que l’on veille à la mise en place de systèmes efficaces pour les procédures de réclamation et de règlement des conflits, en simplifiant la façon dont les PME et les consommateurs peuvent exercer leurs droits.

4.7.

En ce qui concerne le retrait du contenu illicite, il est proposé d’augmenter l’efficacité des propositions en introduisant un élément clairement dissuasif, comme la diffusion publique des mesures prises dans le cadre de la sécurité juridique correspondante, car cela renforcerait les normes de transparence, condition préalable à une mise en œuvre optimale et efficace d’une proposition législative.

Il convient d’assurer un niveau élevé de protection parmi les plateformes, les consommateurs et les autres acteurs économiques. Il est important de favoriser la transparence du système et le renforcement de la coopération entre les plateformes elles-mêmes, et entre elles et les autorités, pour aller plus loin dans la lutte contre les contenus illicites.

4.8.

Enfin, il convient d’étendre à d’autres groupes vulnérables de la population adulte les propositions concernant plus spécifiquement les enfants, lesquelles peuvent être adaptées en fonction du degré de vulnérabilité.

Bruxelles, le 14 mars 2018.

Le président du Comité économique et social européen

Georges DASSIS


(1) Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions, «Les plateformes en ligne et le marché unique numérique — Perspectives et défis pour l’Europe» [COM(2016) 288].

(2) JO C 75 du 10.3.2017, p. 119.

(3) Directive 2000/31/CE du Parlement européen et du Conseil du 8 juin 2000 sur le commerce électronique (JO L 178 du 17.7.2000, p. 1).

(4) JO C 34 du 2.2.2017, p. 100.


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