| CELEX | 52017AE5429 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 14 février 2018 |
| 28.6.2018 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 227/95 |
Avis du Comité économique et social européen sur la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, à la Banque centrale européenne, au Comité économique et social européen, au Comité des régions et à la Banque européenne d’investissement — Examen annuel de la croissance 2018»
[COM(2017) 690]
(2018/C 227/14)
| Rapporteur: | Dimitris DIMITRIADIS |
| Consultation | Commission européenne, 18.1.2018 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Sous-comité compétent | Sous-comité «Examen annuel de la croissance 2018» |
| Adoption en session plénière | 14.2.2018 |
| Session plénière no | 532 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 194/2/3 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le CESE considère que le cadre du semestre européen est d’une importance stratégique et il est déterminé à continuer à y contribuer de la manière la plus efficace possible. Dans le même temps, le CESE réaffirme la nécessité d’accroître le rôle de la société civile organisée dans le cycle du semestre européen et, en particulier, dans la préparation de l’examen annuel de la croissance (EAS). Le CESE peut apporter une valeur ajoutée à ce processus. Par ailleurs, le semestre européen devrait associer tout particulièrement les partenaires sociaux et les conseils économiques et sociaux nationaux d’une manière plus structurée. |
| 1.2. | Le CESE reconnaît que la dimension sociale du semestre européen a été renforcée grâce à l’introduction d’indicateurs sociaux (tableau de bord social) dans le rapport conjoint sur l’emploi (1). Néanmoins, le Comité est convaincu que l’accent mis sur l’augmentation des investissements, les réformes structurelles et le renforcement de l’équilibre macroéconomique (2), affiché par la Commission, doit s’accompagner d’un élargissement du cycle du semestre européen à d’autres indicateurs allant «au-delà du PIB» (objectifs sociaux, environnementaux et de durabilité). Le CESE est favorable à ce que le Semestre vienne appuyer le socle européen des droits sociaux de manière que celui-ci s’impose comme un instrument au service de meilleures conditions de vie et de travail pour les citoyens. Il souhaite que les objectifs du socle soient intégrés dans les politiques et les décisions prises. |
| 1.3. | Le CESE souscrit au point de vue selon lequel la clé du succès pour améliorer la croissance à long terme est l’investissement, l’innovation et la connaissance, l’éducation et l’apprentissage tout au long de la vie, notamment dans le domaine des technologies vertes et de l’économie circulaire, mais également dans les secteurs plus traditionnels. Le Comité souligne que le niveau des investissements privés ne sera élevé que si l’on motive suffisamment les investisseurs, qu’une demande intérieure saine est garantie et que le climat d’investissement reste favorable. |
| 1.4. | Le Comité relève que les investissements publics sont relativement faibles et accusent du retard. Il insiste sur la nécessité d’accroître les investissements publics afin de sécuriser la fragile croissance, ce qui suppose de doper les investissements sociaux dans les actions visant à développer le capital humain grâce à l’éducation et à la formation, ainsi qu’à améliorer les services publics, les infrastructures de soins, l’innovation et la cohésion sociale dans les différents pays et régions. À cette fin, le CESE demande une fois encore qu’un accord soit donné à l’adoption du principe connu sous le nom de «règle d’or de l’investissement public» afin de stimuler les investissements publics. |
| 1.5. | Le CESE prend note de la mise en place du programme d’appui à la réforme structurelle (3). Bien que considéré comme un outil indispensable, susceptible d’aider les États membres à mener à bien les réformes institutionnelles, administratives et structurelles, en mettant à leur disposition des ressources en faveur du renforcement des capacités et de l’assistance technique, il ne faudrait pas, de l’avis du Comité, que de telles réformes aboutissent simplement à une déréglementation du marché du travail et à une libéralisation du marché. Dans le même temps, le Comité met en garde contre le risque que le programme n’aboutisse pas aux résultats escomptés en raison de son budget relativement limité et du manque d’expérience s’agissant de coopérer avec les États membres pour la mise en œuvre des réformes structurelles. |
| 1.6. | Le Comité partage la vision de la Commission selon laquelle il est essentiel de procéder à des réformes structurelles qui soient raisonnables et équilibrées au plan économique et social, sur des marchés du travail et des produits qui fonctionnent bien, pour que l’économie européenne puisse s’adapter aux mutations structurelles à long terme ainsi qu’aux chocs économiques et environnementaux éventuels. Toutefois, le CESE insiste sur la nécessité d’une approche non systémique, et considère que les réformes devraient être menées uniquement si elles sont nécessaires et dans le respect du droit national, du dialogue social et des conventions collectives. |
| 1.7. | Le CESE se réjouit de l’accent accru placé par la Commission dans l’examen annuel de la croissance (EAC) sur la composition et l’efficacité des dépenses publiques, ainsi que sur une politique budgétaire responsable, appropriée et efficiente. Le Comité estime que les réformes de l’administration publique axées sur l’administration en ligne, l’efficacité des marchés publics (4) et une transparence accrue des fonds publics peuvent contribuer grandement à la réduction des coûts et à l’accroissement de l’investissement public. Ces mesures devraient figurer parmi les choix à privilégier par toute démarche d’assainissement budgétaire. |
| 1.8. | Le CESE souligne que les efforts visant à atténuer les effets négatifs du vieillissement constituent un défi pour les budgets des États membres. Il convient de souligner une nouvelle fois l’importance de la formation et du recyclage, le rôle de prévention qui incombe au secteur de la santé, ainsi que la nécessité de garantir l’efficacité des dépenses de santé du système de protection sociale. |
2. Observations générales
| 2.1. | Le Comité réitère son point de vue selon lequel l’EAC ne couvre pas d’autres domaines d’action pertinents tels que la politique de l’environnement ou d’autres aspects importants tels que la qualité de l’emploi. Le CESE estime qu’il est possible d’élargir la portée du semestre européen afin de veiller à la durabilité des politiques macroéconomiques, non seulement sur le plan économique et social, mais également d’un point de vue environnemental. Le semestre européen doit aborder de la même manière les différents défis, qu’ils soient économiques, sociaux ou environnementaux. |
| 2.2. | À cet égard, le semestre européen devrait intégrer un système complet d’indicateurs rendant compte des retombées sociales et environnementales. L’introduction du tableau de bord social dans l’EAC 2018 constitue un premier pas dans cette direction, qui devra être complété par des indicateurs relatifs à l’évolution des salaires ainsi qu’au champ d’application de la négociation collective, le cas échéant. L’analyse macroéconomique et sociale actuelle pourrait être complétée par des indicateurs relatifs aux ressources et à l’efficacité énergétique, à l’état d’avancement des objectifs climatiques et énergétiques nationaux et à l’évolution des taux de la fiscalité environnementale au niveau national. |
| 2.3. | L’examen annuel de la croissance devrait mettre davantage l’accent sur les questions démographiques à long terme, en particulier dans le contexte du vieillissement de la population et de la migration des travailleurs. À ce stade, alors que les menaces immédiates pour la stabilité économique et budgétaire semblent avoir été écartées, il est urgent de mettre l’accent sur ces questions à plus long terme. |
| 2.4. | Le CESE a débattu de la nécessité de développer encore le semestre européen afin de garantir une mise en œuvre coordonnée des objectifs de développement durable (5). |
| 2.5. | Dans le cadre du développement du semestre européen, il y a lieu de prendre en considération la période de l’après-Brexit et de partir du principe qu’il sera essentiel de revoir à la hausse les capacités financières. |
| 2.6. | En outre, le semestre européen devra être adapté à toute future stratégie pour l’après-2020, laquelle devrait reposer sur les priorités de la Commission Juncker ainsi que les objectifs à l’horizon 2030, eux-mêmes fondés sur la stratégie Europe 2020 et ses objectifs (toujours d’actualité pour les prochaines années) et sur l’accord de Paris sur le climat. |
3. Observations particulières
3.1. Investissements
| 3.1.1. | La croissance de la productivité est l’une des principales sources d’amélioration du bien-être économique. Il est essentiel que l’Union européenne conserve un taux élevé et durable de croissance de la productivité, car actuellement, elle est à la traîne par rapport à ses principaux concurrents, en particulier dans des secteurs industriels d’importante cruciale et en matière de développement de technologies à faible intensité de carbone. Une amélioration continue de l’économie constitue une base essentielle pour pouvoir financer la sécurité sociale et les soins de santé au niveau souhaité par les citoyens européens. En effet, faire progresser le bien-être, la cohésion et la justice sociale est tout à fait compatible avec la croissance de l’économie et de la productivité (6). |
| 3.1.2. | La clé de la croissance de la productivité est l’investissement, la qualité de l’emploi, l’innovation et la connaissance. La baisse de l’investissement dans le capital implique une diminution des nouveaux équipements mis à la disposition des travailleurs, qui entraîne à son tour, toutes choses étant égales par ailleurs, des taux et niveaux de croissance de la productivité plus faibles. Cela est particulièrement vrai dans un contexte où la croissance de la population active ralentit en raison des changements démographiques et de la baisse du taux de natalité, comme c’est le cas en Europe. Pour parvenir à améliorer la productivité des travailleurs, il y a lieu d’investir dans l’éducation, la formation et l’apprentissage tout au long de la vie, l’amélioration des conditions de travail, les services de base tels que les garderies et l’accueil extrascolaire, la modernisation des usines, des équipements et des techniques de production, dans les nouvelles découvertes et l’innovation, ainsi que dans les transports, les communications et les autres infrastructures. En outre, il y a lieu de prendre en considération le fait que l’investissement public à grande échelle, y compris l’investissement social, s’opère sur une période plus longue. Par conséquent, accorder une attention accrue aux exigences en matière de planification devrait contribuer à accroître l’investissement public. À cette fin, le CESE demande une fois encore qu’un accord soit donné à l’adoption du principe dit de la «règle d’or de l’investissement public» afin de stimuler les investissements publics. |
| 3.1.3. | À cet égard, le CESE juge essentiel que les possibilités budgétaires européennes et nationales soient pleinement exploitées et que la politique de cohésion reste le principal outil d’investissement de l’Union européenne. Il souligne que sa gouvernance et ses interactions avec le semestre européen devraient être améliorées afin d’accroître encore sa contribution à un développement durable et inclusif. Il peut être recouru davantage aux Fonds structurels pour soutenir l’éducation et la formation dans les compétences nécessaires, en étroite coopération avec les partenaires sociaux. Le CESE partage à cet égard le point de vue de la Commission selon lequel l’EFSI est «loin d’avoir déployé tout son potentiel en termes de promotion du développement du capital humain». |
| 3.1.4. | Pour moderniser les usines et les technologies de production, il convient de créer un climat des affaires et un environnement social propices afin d’inciter les entreprises à investir. Le CESE estime qu’il est de la plus haute importance pour les États membres de rendre leurs institutions plus fortes et plus efficaces afin qu’elles soient capables de lutter contre la corruption et de garantir l’état de droit. Sinon, les taux d’investissement ne pourront pas être élevés. |
| 3.1.5. | Le CESE réaffirme la nécessité d’investir dans des mesures visant une transition équitable pour accompagner les investissements de transformation, notamment dans les secteurs de l’énergie et de l’industrie manufacturière. Ces investissements — en faveur desquels il faudrait qu’un fonds de financement adéquat soit prévu — devraient également aider les travailleurs à réussir le passage de secteurs à haute intensité de carbone à des industries sobres en la matière. Cette transition doit être bien gérée afin de favoriser la réalisation des objectifs d’un travail décent pour tous, de l’inclusion sociale et de l’éradication de la pauvreté. |
| 3.1.6. | Outre un climat favorable, il est également essentiel pour les investissements que l’Europe dispose de marchés financiers qui fonctionnent bien. Le CESE est préoccupé par l’absence de progrès dans l’intégration des marchés financiers. Il convient de poursuivre sans autre délai le développement de l’union bancaire et de l’union des marchés des capitaux (UMC). |
| 3.1.7. | Le CESE souscrit à l’importance primordiale de la création d’une UMC et de la mise en place d’autres cadres permettant d’améliorer les conditions du financement, de répartir le risque et rendre le crédit plus accessible à toutes les entreprises, ainsi que de transposer dans la pratique le principe de l’égalité des chances. |
| 3.1.8. | Les conditions d’accès au financement sont toujours très inégales et l’obtention de financements demeure très difficile et constitue un problème majeur pour les PME, les petites entreprises traditionnelles et familiales, les jeunes pousses et les entreprises en expansion. Le Comité se félicite dès lors des mesures telles que la création du Fonds paneuropéen de fonds de capital-risque et invite la Commission à adopter, en collaboration avec les pouvoirs publics locaux, régionaux et nationaux, des mesures supplémentaires pour promouvoir l’investissement privé et public ou la diversification des sources de financement. |
| 3.1.9. | Le développement de l’UMC — l’expansion des fonds de capital-risque, les marchés des capitaux privés — y compris des marchés informels, des investisseurs providentiels (business angels) et du financement participatif (crowdfunding), a amélioré l’accès au capital-risque pour certaines catégories spécifiques de PME. Cependant, la très grande majorité des PME a peu de chances de pouvoir en bénéficier de manière substantielle. Même pour les entreprises innovantes, les start-up et les sociétés de taille moyenne, les nouveaux instruments ne sont pas faciles à utiliser et il subsiste des différences considérables d’un pays à l’autre en fonction du niveau de développement des marchés des capitaux locaux et de l’existence ou non d’une législation adéquate. Par conséquent, il conviendrait de veiller à créer les conditions requises pour que ces sociétés puissent être financées par les banques. |
| 3.1.10. | Le CESE invite la Commission et les États membres à mettre tout en œuvre pour lever les obstacles à l’investissement et créer un climat favorable à cet égard. Outre les problèmes évoqués ci-dessus, on relèvera à titre d’exemple le règlement relatif au fonds de capital-risque et la poursuite du développement du fonds d’entrepreneuriat social, la «seconde chance» pour les entrepreneurs en situation d’échec, l’amélioration des procédures d’insolvabilité ou encore la mise en place des systèmes de restructuration préventive. Stimuler la participation des banques et accroître leur efficacité opérationnelle doit constituer l’un des piliers du développement des activités d’investissement. |
| 3.1.11. | Dans de précédents avis, le Comité a déjà souligné que l’achèvement de l’union de l’énergie, la stratégie pour un marché unique numérique et le plan d’action pour l’économie circulaire ouvriront des débouchés de choix pour les investissements. En outre, il convient d’envisager de nouvelles possibilités d’investissements écologiques en vue de combattre le changement climatique. La dynamisation de ces domaines dépend également des accords commerciaux internationaux — dont certains pourraient souffrir d’un changement d’attitude dans la politique mondiale — et de l’accessibilité des marchés qui en découle. |
3.2. Poursuivre les réformes structurelles
| 3.2.1. | Le CESE considère que les réformes structurelles devraient être équilibrées du point de vue économique et social. Les réformes structurelles qu’il convient en premier lieu de mener devraient être non seulement celles qui favorisent la croissance de la productivité, mais aussi celles qui renforcent la sécurité de l’emploi et le système de protection sociale, et ce, dans le respect de la négociation collective et de l’autonomie des partenaires sociaux. Les réformes structurelles sont indispensables pour accroître la transparence et l’intégrité dans l’administration publique et offrir des services de haute qualité aux citoyens et aux entreprises. |
| 3.2.2. | Le CESE prend acte des initiatives proposées par la Commission dans la feuille de route pour l’approfondissement de l’Union économique et monétaire, et élabore actuellement un avis spécifique sur ce train de mesures (7). Le Comité continuera à contribuer aux discussions entre les dirigeants de l’Union européenne sur l’évolution future de l’UEM, dans le cadre du débat sur l’avenir de l’Europe. Cependant, le Comité déplore que la plupart des problèmes de renforcement de la convergence et de l’intégration entre les États membres abordés dans l’EAC concernent presque exclusivement des pays de la zone euro. La convergence des pays qui ne sont pas membres de la zone euro devrait faire l’objet d’une attention et d’efforts similaires. Il convient de promouvoir une nouvelle stratégie et un nouveau plan d’action pour faire en sorte que les États membres dont la productivité est plus faible puissent rattraper leur retard en stimulant la croissance de leurs propres investissements de qualité. De même, des mesures doivent être prises pour favoriser la relance de certaines zones au moyen de projets de revitalisation intégrant une croissance et des investissements de qualité. |
| 3.2.3. | Le rôle des partenaires sociaux dans la conception, l’élaboration et la mise en œuvre raisonnable et équilibrée, aux plans social et économique, des réformes structurelles est particulièrement important. Il doit notamment reposer sur un nouveau départ pour le dialogue social, qui s’inspirerait du dialogue actuel mais serait doté d’instruments participatifs renforcés. L’engagement social responsable dépend en grande partie d’une communication compréhensible et directe, et le CESE se réjouit de l’intention de la Commission d’associer les partenaires sociaux de manière approfondie et systématique au cycle du semestre européen. |
| 3.2.4. | Le CESE partage l’avis du Parlement européen selon lequel un marché de l’emploi qui fonctionne bien est extrêmement important pour l’émergence d’une conjoncture économique positive (8). Il devrait s’agir d’une des priorités des réformes. Cependant, le CESE estime également que la dimension sociale du marché unique européen, y compris des systèmes de sécurité, doit être renforcée, et que le socle européen des droits sociaux doit être à la base de cette démarche. |
| 3.2.5. | Afin de permettre aux États membres de relever les défis structurels auxquels ils doivent faire face sur le marché du travail, la Commission devrait tenir compte de leurs différents stades de développement économique et les mesures proposées devraient être productives, inclusives, acceptables et applicables dans leurs sociétés. |
| 3.2.6. | L’accès à une éducation et à une formation de qualité doit être un droit fondamental pour tous. Il est aujourd’hui d’une importance cruciale pour le développement de l’économie européenne de pouvoir compter sur une main-d’œuvre bien formée, informée des nouveautés et qualifiée. De nombreux signaux émanant d’organisations d’employeurs indiquent que le principal obstacle à l’augmentation de la production et à la création d’emplois est l’absence des compétences appropriées requises par les entreprises. Les syndicats, pour leur part, demandent la mise en place d’urgence d’un cadre approprié qui leur permette d’actualiser les compétences qui leur sont nécessaires au fil de leur carrière (par exemple, le droit à des congés de formation rémunérés) — engageant de la sorte la responsabilité de tous: les personnes individuelles, les entreprises (en fonction de la taille de l’entreprise) et la collectivité dans son ensemble. Ces divers aspects doivent être traités sans plus tarder par les mesures adéquates proposées dans l’EAC, conformément à la nouvelle stratégie en matière de compétences pour l’Europe (9). |
| 3.2.7. | Le projet de rapport conjoint sur l’emploi expose le constat que «[…] la croissance des salaires reste modérée dans la plupart des pays […] au cours de la période 2014-2016, la croissance des salaires réels a été inférieure à la croissance de la productivité. Il s’agit là d’une tendance inscrite dans la durée: entre 2000 et 2016, la productivité réelle par personne occupant un emploi a augmenté de 14,3 % dans l’Union européenne, tandis que la rémunération réelle par salarié y augmentait de 10,2 % (10).» Alors que, dans la plupart des pays, le taux de croissance des salaires est inférieur à la croissance de la productivité, dans d’autres, il lui est supérieur. Cette hétérogénéité conduit le CESE à insister sur le fait que l’augmentation réelle des salaires, y compris des salaires minimaux lorsqu’ils existent, devrait être en adéquation avec la croissance de la productivité. De l’avis du CESE, une redistribution équitable des revenus et des richesses résultant des gains de productivité devrait accroître l’égalité et exercer une incidence positive sur la demande intérieure et globale au sein de l’Union. Il convient de doper cette demande intérieure, sachant qu’il s’agit là d’une condition essentielle pour soutenir la croissance, surmonter la crise et stimuler l’emploi. L’augmentation des salaires, en particulier celle des salaires les moins élevés, constitue l’un des instruments les plus importants pour réaliser ces objectifs dans l’économie et la société européennes (11). |
| 3.2.8. | Le CESE a souligné à maintes reprises la nécessité de soutenir les PME (12), qui — avec les ouvriers et les employés concernés — souffrent le plus des déficiences du marché, alors qu’elles sont susceptibles d’apporter une contribution majeure à l’économie européenne. Le Comité se félicite dès lors de la volonté exprimée par la Commission de favoriser la diffusion des nouvelles technologies parmi les PME. Dans le même temps, il importe que la Commission prenne également en considération les problèmes d’accès au financement pour les PME, leur hétérogénéité en tant que groupe, et la nécessité de soutenir les petites entreprises traditionnelles et familiales (13). |
| 3.2.9. | La mise en place d’un système d’incitations qui crée des conditions de concurrence équitables, soutient davantage la croissance et limite les possibilités d’abus doit faire partie intégrante du processus de réforme. Une attention particulière devrait être accordée à l’amélioration du cadre administratif et réglementaire. Le CESE partage le point de vue exprimé dans l’EAC selon lequel la défense est un secteur où un marché unique pourrait apporter de nombreux avantages aux citoyens européens, mais rappelle à nouveau qu’il considère que les fonds budgétaires européens n’ont pas vocation à être utilisés pour financer des instruments militaires ou des actions opérationnelles. |
| 3.2.10. | Le CESE souligne qu’il est nécessaire de continuer à stimuler la compétitivité de l’Europe au sens large, c’est à dire d’une manière qui va bien au-delà de la simple compétitivité des entreprises. Il importe de renforcer son poids économique à l’échelle mondiale et de prendre des mesures pour mieux la préparer à affronter ses concurrents sur la scène planétaire. |
3.3. Des politiques budgétaires responsables
| 3.3.1. | La reprise observée de l’économie européenne contribue à améliorer la situation des finances publiques, qui étaient en difficulté pendant et après la crise financière et économique. Dans le même temps, la faiblesse des taux d’intérêt et de la croissance économique offre de bonnes chances de faire baisser, le cas échéant, les niveaux d’endettement excessifs. Le ratio dette publique/PIB est très inégal dans l’Union européenne, et les pays connaissant des niveaux élevés d’endettement sont de ce fait exposés à d’éventuels risques de taux d’intérêt, ce qui entraînerait d’importants coûts de financement si les taux d’intérêt commençaient à augmenter en cas d’abandon progressif de la politique monétaire accommodante. |
| 3.3.2. | Dans ce contexte, le CESE apprécie que l’un des piliers sur lesquels la Commission fonde sa politique économique et sociale soit celui des politiques budgétaires responsables. Il souhaite toutefois souligner qu’une politique responsable en matière de dépenses publiques ne s’apprécie pas toujours uniquement à l’aune d’un résultat comptable tel que le déficit, mais aussi de son impact sur l’économie réelle et la société en général. |
| 3.3.3. | Le CESE souscrit pleinement à l’approche selon laquelle la politique budgétaire doit être adaptée à la situation de chaque pays. L’éternel dilemme entre, d’une part, la nécessité de maîtriser durablement les niveaux de déficit et d’endettement et, d’autre part, des dépenses publiques propices à la croissance est toujours difficile à résoudre, et l’équilibre ne sera pas le même en fonction de la situation spécifique de chaque pays. Le CESE est favorable à la flexibilité, en particulier lorsque celle-ci permet de consentir des investissements publics pour dynamiser des secteurs porteurs d’avantages à long terme (éducation, formation et soins de santé) ou des investissements visant à créer les conditions d’une transition économique vers un modèle durable afin de lutter contre le changement climatique, ou à définir des mesures de soutien aux entreprises victimes de défaillances du marché. |
| 3.3.4. | Le CESE appelle avec vigueur de ses vœux une lutte constante et bien coordonnée contre la fraude et l’évasion fiscales, afin de garantir une imposition équitable des entreprises multinationales et de l’économie numérique. Il rappelle en outre l’importance de lutter contre la fraude fiscale, notamment grâce à une transparence accrue (14), et contre toutes les formes de concurrence fiscale déloyale entre les États membres (15). |
3.4. Le socle européen des droits sociaux
| 3.4.1. | Le CESE se réjouit du consensus interinstitutionnel obtenu à l’occasion de la proclamation du socle européen des droits sociaux lors du sommet social de Göteborg en novembre 2017. |
| 3.4.2. | Le socle européen des droits sociaux est avant tout une déclaration politique, comprenant des propositions législatives et non législatives. Le soutien unanime apporté par les États membres constitue un signe important et encourageant quant à son application. En tant que cadre d’initiatives tant législatives que non législatives, le socle européen des droits sociaux devrait contribuer à encourager les réformes et à mettre davantage l’accent sur le progrès social dans le cadre du semestre européen. |
| 3.4.3. | Le CESE estime que le socle européen des droits sociaux doit s’accompagner d’une feuille de route détaillant sa mise en œuvre, appuyant la réalisation de ses objectifs au niveau national (16). |
| 3.4.4. | Le CESE plaide en faveur d’un Semestre qui tienne pleinement compte de la dimension sociale. Il souhaite que les objectifs du socle européen des droits sociaux soient intégrés dans les politiques et les décisions prises. |
| 3.4.5. | Comme le CESE l’a déjà souligné précédemment (17), l’Union européenne ne pourra garantir son avenir que si elle combine une base économique solide à une forte dimension sociale. L’Union européenne doit viser en priorité à assurer une croissance économique équilibrée et inclusive, le progrès social et l’intégrité environnementale, susceptibles d’accroître le bien-être des citoyens. |
| 3.4.6. | Le paquet d’automne de la Commission comprend un tableau de bord social, un nouvel outil dans le cadre du semestre européen pour surveiller la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux, dont les résultats devraient être intégrés dans l’analyse réalisée en vue des prochains rapports et recommandations par pays. |
Bruxelles, le 14 février 2018.
Le président du Comité économique et social européen
Georges DASSIS
(1) Rapport conjoint sur l’emploi.
(2) JO C 173 du 31.5.2017, p. 73.
(3) Règlement (UE) no 2017/825.
(4) COM(2017) 572 final.
(5) JO C 81 du 2.3.2018, p. 44.
(6) JO C 173 du 31.5.2017, p. 33.
(7) ECO/446 (pas encore publié au JO).
(8) JO C 173 du 31.5.2017, p. 73.
(9) COM(2016) 381 final.
(10) Projet de rapport conjoint sur l’emploi, p. 4.
(11) ECO/444 (pas encore publié au JO).
(12) JO C 345 du 13.10.2017, p. 15.
(13) JO C 81 du 2.3.2018, p. 1.
(14) JO C 487 du 28.12.2016, p. 62.
(15) JO C 81 du 2.3.2018, p. 131.
(16) JO C 81 du 2.3.2018, p. 145.
(17) JO C 81 du 2.3.2018, p. 145.
Avis institutionnel — 52018AB0058
21/12/2018
Avis de la Banque centrale européenne du 14 décembre 2018 sur le fonctionnement du point de contact central des comptes et contrats financiers (CON/2018/57)
14/12/2018
Résolution législative du Parlement européen du 13 décembre 2018 sur la proposition de directive du Conseil établissant les règles d'imposition des sociétés ayant une présence numérique significative (COM(2018)0147 — C8-0138/2018 — 2018/0072(CNS))
13/12/2018
Résolution législative du Parlement européen du 13 décembre 2018 sur le projet de décision du Conseil relative à la conclusion, au nom de l’Union européenne, d’une modification de l’accord entre les États-Unis d’Amérique et la Communauté européenne relatif à la coopération dans le domaine de la réglementation de la sécurité de l’aviation civile (07482/2018 — C8-0157/2018 — 2016/0343(NLE))
13/12/2018