COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 2.3.2017
COM(2017) 104 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL
sur le traitement international des banques centrales et des entités publiques chargées de gérer la dette publique en ce qui concerne les transactions sur produits dérivés de gré à gré
1.Introduction
Le règlement sur les produits dérivés de gré à gré, les contreparties centrales et les référentiels centraux («règlement EMIR») du 4 juillet 2012 impose, entre autres, la compensation par une contrepartie centrale de tous les contrats dérivés de gré à gré standardisés, la déclaration de tous les contrats dérivés à des référentiels centraux et la mise en œuvre de techniques d’atténuation des risques pour les transactions qui ne font pas l’objet d’une compensation par une contrepartie centrale.
En vertu de l’article 1er, paragraphe 4, du règlement EMIR, les banques centrales et les organismes publics de l’Union chargés de la gestion de la dette publique ou intervenant dans cette gestion sont exemptés de l’application du règlement EMIR et ne sont donc pas soumis à ces obligations.
L’article 1er, paragraphe 6, du règlement EMIR habilite la Commission européenne à modifier la liste des entités exemptées, par voie d’acte délégué, si elle conclut, après avoir analysé le traitement international des banques centrales et des organismes publics chargés de gérer la dette publique prévu par le cadre juridique d’autres pays et informé le Parlement européen et le Conseil des résultats de cette analyse, qu’il est nécessaire d’exempter des obligations de compensation et de déclaration les banques centrales de pays tiers dans l'exercice de leurs responsabilités monétaires.
2.La première évaluation de la Commission
En 2013, la Commission a procédé à son premier examen des cadres juridiques du Japon, de la Suisse, des États-Unis, de l’Australie, du Canada et de Hong Kong en matière de produits dérivés de gré à gré. Le 22 mars 2013, la Commission a adopté un rapport dans lequel elle a conclu que les cadres législatifs du Japon et des États-Unis remplissaient les conditions permettant d’exempter de certaines obligations au titre du règlement EMIR les banques centrales et les organismes publics chargés de gérer la dette publique dans ces deux pays. Ces banques centrales et organismes publics ont ensuite été ajoutés à la liste des entités exemptées figurant à l’article 1er, paragraphe 4, du règlement EMIR, au moyen du règlement délégué (UE) nº 1002/2013 de la Commission.
Les cadres législatifs des quatre autres pays n’ont pas été jugés suffisamment avancés pour que les banques centrales et les organismes de gestion de la dette publique de ces pays puissent être inclus dans la liste des entités exemptées. Toutefois, dans son rapport, la Commission a conclu qu’elle «suivra[it] l’évolution de la situation et fera[it] rapport à ce sujet» une fois que les réglementations de ces pays seraient finalisées.
3.La présente évaluation
La présente évaluation porte sur les quatre pays qui avaient fait l’objet de la première évaluation mais pour lesquels une exemption n'avait alors pas été recommandée, ainsi que sur deux autres pays (Mexique et Singapour) qui ont demandé à être évalués.
L’évaluation se fonde sur des informations recueillies directement auprès des pays concernés et examine deux aspects spécifiques de leurs cadres juridiques:
I)les progrès accomplis dans la mise en œuvre des réformes du marché des produits dérivés de gré à gré convenues lors du sommet du G20 à Pittsburgh en 2009;
II)le traitement des banques centrales et des organismes publics chargés de la gestion de la dette publique ou intervenant dans cette gestion prévu par les cadres juridiques pertinents de ces pays, ainsi que les normes de gestion des risques applicables aux transactions sur produits dérivés conclues par ces entités.
L’analyse révèle que tous les pays évalués ont accompli des progrès significatifs dans l’adoption et la mise en œuvre de réformes en matière de produits dérivés de gré à gré. En outre, les six pays ont tous traité la question de l’applicabilité des diverses obligations aux banques centrales et aux organismes publics chargés de la gestion de la dette publique ou intervenant dans cette gestion.
4.Progrès accomplis dans les réformes des marchés des produits dérivés de gré à gré
4.1.Australie
En Australie, le processus de mise en œuvre des obligations de compensation, de déclaration ou de négociation sur une plate-forme organisée s’opère en deux temps: premièrement, le ministre compétent émet une décision qui détermine si ces obligations doivent s’appliquer ou non à certaines classes de produits dérivés de gré à gré; deuxièmement, l’Australian Securities and Investments Commission (ASIC) (commission australienne des valeurs mobilières et des investissements) publie des règlements et modalités d’exécution. Des techniques d’atténuation des risques pour les produits dérivés de gré à gré qui ne font pas l’objet d’une compensation centrale sont mises en œuvre par l’Australian Prudential Regulation Authority (APRA) (autorité australienne de régulation prudentielle).
Obligation de compensation
Les dispositions australiennes portant application de l’obligation de compensation par une contrepartie centrale sont énoncées dans le Corporations Amendment (Central Clearing and SingleSided Reporting) Regulation 2015 [règlement de 2015 portant modification du droit des sociétés (compensation par une contrepartie centrale et déclaration unilatérale)]. Ce règlement met en œuvre la compensation par une contrepartie centrale de classes spécifiées de produits dérivés de taux d’intérêt de gré à gré pour un petit nombre de grandes banques nationales et étrangères qui opèrent comme courtiers sur le marché australien des produits dérivés de gré à gré. En décembre 2015, les Derivative Transaction Rules (Clearing) [règles en matière de transactions sur produits dérivés (compensation)] de l’ASIC ont introduit des obligations de compensation par une contrepartie centrale des produits dérivés de taux d’intérêt de gré à gré libellés dans plusieurs grandes devises. Ces obligations de compensation ont pris effet en avril 2016.
Obligation de déclaration
Les Derivative Transaction Rules (Reporting) [règles en matière de transactions sur produits dérivés (déclaration)] de 2013 de l’ASIC, modifiées en février 2015, ont introduit l’obligation de déclarer les transactions sur produits dérivés de gré à gré. L’obligation de déclaration s’applique actuellement à toutes les classes d’actifs dérivés et a pris effet en décembre 2015.
Techniques d’atténuation des risques
La norme prudentielle exigeant l’utilisation de techniques d’atténuation des risques pour les produits dérivés de gré à gré qui ne font pas l’objet d’une compensation centrale a été publiée par l’APRA en octobre 2016. Cette norme impose l’application de plusieurs techniques d’atténuation des risques: confirmation rapide des transactions, rapprochement de portefeuilles, compression de portefeuilles, procédures de règlement des différends et existence de processus de détermination des valorisations. La date de prise d’effet n’a pas encore été fixée.
4.2.Canada
La mise en œuvre des réformes des marchés des produits dérivés de gré à gré s’opère parallèlement sur deux fronts. Le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF), organisme de réglementation prudentielle du Canada, fixe les exigences générales applicables aux institutions financières fédérales (IFF) au moyen de lignes directrices. Les provinces et territoires sont ensuite chargés de la réglementation du marché dans leur ressort spécifique. Les Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM), une organisation qui rassemble les autorités provinciales et territoriales de réglementation des valeurs mobilières du Canada, assurent la coordination et l’harmonisation de la réglementation relative aux marchés des capitaux canadiens. Cette organisation élabore des réglementations qui sont ensuite promulguées et mises en œuvre par les provinces.
Obligation de compensation
L’obligation de compensation est mise en œuvre par toutes les autorités provinciales de réglementation des valeurs mobilières dans le cadre du projet de règlement 94-101 sur la compensation obligatoire des dérivés par contrepartie centrale (projet de règlement 94-101) élaboré par les ACVM; au niveau fédéral, elle est mise en œuvre par le BSIF au moyen de sa ligne directrice B-7: Saine gestion des instruments dérivés, qui a pris effet en décembre 2014. Conformément à cette ligne directrice, les IFF sont censées compenser centralement, quand il est possible de le faire, les instruments dérivés normalisés. Le projet de règlement 94-101 prévoit des obligations de compensation par une contrepartie centrale pour certains produits dérivés de gré à gré et dresse la liste des contreparties auxquelles s’appliqueront ces obligations de compensation. La réglementation définitive devrait être adoptée début 2017.
Obligation de déclaration
L’obligation de déclaration est mise en œuvre au niveau provincial dans le cadre de règlements promulgués par chaque autorité provinciale de réglementation des valeurs mobilières. Il existe des règlements spécifiques en Ontario, au Québec et au Manitoba; dans toutes les autres provinces (territoires participants concernés par la norme multilatérale), l’obligation de déclaration a été mise en œuvre au moyen de la norme multilatérale 96-101 sur les répertoires des opérations et la déclaration de données sur les dérivés (NM 96-101). Les règles en matière de déclaration des opérations sont pleinement en vigueur dans toutes les provinces depuis novembre 2016. Les règlements provinciaux et la norme multilatérale sont dans une large mesure harmonisés en ce qui concerne l’obligation de déclaration et imposent la déclaration des transactions qui font intervenir au moins une contrepartie locale. Au niveau fédéral, la ligne directrice B-7 exige des IFF qu’elles déclarent les transactions conformément aux règles de déclaration en vigueur dans la province dans laquelle se trouve leur siège social ou leur principale place d’affaires.
Techniques d’atténuation des risques
Au niveau fédéral, la ligne directrice B-7 du BSIF esquisse les techniques d’atténuation des risques qui s’appliquent aux IFF pour les produits dérivés qui ne font pas l’objet d’une compensation centrale. En outre, la ligne directrice E-22 du BSIF, Exigences de marge pour les dérivés non compensés centralement, qui est entrée en vigueur en septembre 2016, traite des questions comme le règlement des différends et les méthodes de valorisation en ce qui concerne les exigences de marge pour les produits dérivés qui ne font pas l’objet d’une compensation centrale. Au niveau provincial, les ACVM élaborent actuellement une réglementation sur l’inscription des courtiers, qui imposerait aux opérateurs du marché des produits dérivés de recourir à des techniques d’atténuation des risques. Cette réglementation devrait être publiée pour consultation en 2017 et entrer en vigueur au cours du premier semestre 2018.
4.3.Hong Kong
À Hong Kong, le processus de mise en œuvre de réformes du marché des produits dérivés de gré à gré s’opère en deux temps. Premièrement, un cadre réglementaire est mis en place par la législation primaire, en particulier la Securities and Futures (Amendment) Ordinance (ordonnance modificative sur les titres et les contrats à terme) de 2014, qui modifie la Securities and Futures Ordinance (SFO) initiale de 2002. Deuxièmement, la législation dérivée (c’est-à-dire la réglementation) énonce des exigences détaillées relatives aux obligations en matière de déclaration, de compensation et de négociation, formulées par la Securities and Futures Commission (SFC) (commission des titres et des instruments à terme de Hong Kong) avec l’accord de la Hong Kong Monetary Authority (HKMA) (autorité monétaire de Hong Kong), et après consultation du Secrétaire aux finances.
Obligation de compensation
L’ordonnance modificative introduit une obligation de compensation des opérations sur produits dérivés de gré à gré. Les dispositions attributives de compétence imposent aux personnes visées par l’ordonnance de faire compenser certaines transactions sur produits dérivés de gré à gré par une contrepartie centrale désignée conformément aux règles de compensation. La mise en œuvre de cette obligation s’effectuera par phases successives. Les règles relatives à la première phase sont entrées en vigueur en septembre 2016.
Obligation de déclaration
L’ordonnance modificative établit aussi une obligation de déclaration. Les personnes visées doivent déclarer les transactions sur produits dérivés de gré à gré concernées à la HKMA, conformément aux exigences énoncées dans les règles en matière de déclaration. La première phase de l’obligation de déclaration s’applique à un nombre limité de catégories de produits dérivés et à un ensemble de personnes un peu plus étendu que dans le cas de l’obligation de compensation . Les règles relatives à la deuxième phase élargissent le champ d’application en ce qui concerne les produits, de façon à couvrir l’ensemble des cinq classes d’actifs, ainsi que l’étendue des informations à déclarer pour chaque transaction. Le champ d’application reste inchangé en ce qui concerne les personnes visées. La deuxième phase de l’obligation de déclaration débutera en juillet 2017.
Techniques d’atténuation des risques
Deux séries de normes d’atténuation des risques sont prévues à Hong Kong. La première, qui sera élaborée par la SFC, s’appliquera uniquement aux sociétés agréées par cette dernière au titre de la SFO. Une consultation concernant les projets de normes sera organisée en 2017. La seconde a été élaborée par la HKMA et s’applique aux institutions agréées par cette dernière au titre de la Banking Ordinance (BO) (ordonnance sur les banques). Il était initialement prévu que la mise en œuvre de ces normes débute en septembre 2016. Toutefois, en août 2016, la HKMA a retardé le début de la mise en œuvre, compte tenu des retards similaires annoncés par d’autres pays importants.
4.4.Mexique
Les règles générales en matière de transactions sur produits dérivés de gré à gré sont énoncées dans les «Règles pour la réalisation d’opérations sur produits dérivés» (circulaire 4/2012) publiées par la banque centrale mexicaine (Banco de México, BdM) en mars 2012, telles que modifiées ultérieurement. Certaines règles spécifiques (par exemple, les statuts des contreparties centrales) ont été publiées conjointement par la BdM, le ministère des finances (SHCP) et la Commission nationale des opérations bancaires et des valeurs mobilières (CNBV).
Obligation de compensation
La circulaire 4/2012 dispose que les transactions sur produits dérivés standardisés entre les banques ou les sociétés de courtage locales et certaines autres entités (locales et étrangères) doivent être réglées par l’intermédiaire de chambres de compensation constituées conformément aux règles publiées conjointement par la BdM, le SHCP et la CNBV, ou d’institutions étrangères opérant en tant que contreparties centrales et reconnues par la BdM. L’obligation de compensation est en vigueur depuis avril 2016 pour les transactions entre contreparties locales et depuis novembre 2016 pour les transactions exécutées entre une contrepartie locale et une contrepartie étrangère. De récentes modifications de la circulaire 4/2012 définissent des critères permettant de déterminer si les instruments de gré à gré sont standardisés et, donc, soumis aux obligations de compensation par une contrepartie centrale.
Obligation de déclaration
La circulaire 4/2012 impose aux banques, sociétés de courtage, fonds d’investissement et sofomes (sociétés financières à objet multiple) locaux de déclarer leurs transactions sur produits dérivés à la BdM. Les règles établies conjointement par la BdM, le SHCP et la CNBV imposent aussi aux contreparties centrales locales de leur déclarer tous les contrats qu’elles reçoivent à des fins de compensation ou toute autre transaction déclarée à titre facultatif. L’obligation de déclaration à la BdM porte sur toutes les classes d’actifs et aussi bien sur les produits dérivés de gré à gré que sur ceux négociés en bourse. Toutefois, seules les contreparties établies au Mexique sont juridiquement tenues de veiller à ce que la transaction soit déclarée.
Techniques d’atténuation des risques
Depuis avril 2016, les banques, sociétés de courtage, fonds d’investissement, caisses générales de dépôt et sofomes locaux sont tenus de mettre en place au moins les techniques suivantes d’atténuation des risques à l’égard des transactions sur produits dérivés de gré à gré qui ne font pas l’objet d’une compensation centrale: confirmation, valorisation quotidienne, rapprochement, mécanismes de règlement des différends et évaluations périodiques visant à déterminer l'opportunité d'une compression de portefeuilles. D’autres exigences réglementaires applicables aux banques et sociétés de courtage locales en ce qui concerne l’atténuation des risques associés à leurs transactions sont énoncées dans les «règles à l’usage des banques» et les «règles à l’usage des sociétés de courtage» publiées par la CNBV.
4.5.Singapour
Le cadre législatif applicable aux produits dérivés de gré à gré se compose de deux niveaux: une législation-cadre générale adoptée par le Parlement et des règles spécifiques adoptées par la Monetary Authority of Singapore (MAS) (autorité monétaire de Singapour).
Obligation de compensation
La partie VI B (compensation et contrats dérivés) de la Securities and Futures Act (SFA) (loi sur les titres et les contrats à terme), en vigueur depuis novembre 2012, établit le cadre législatif nécessaire pour rendre obligatoire la compensation des produits dérivés. La MAS s’emploie actuellement à finaliser les règles applicables en matière de compensation obligatoire. L’adoption des dispositions est prévue dans le courant du premier semestre de 2017. Les nouvelles règles imposeraient la compensation des swaps de taux d’intérêt libellés en dollars de Singapour et des États-Unis.
Obligation de déclaration
Le cadre législatif de l’obligation de déclaration a été instauré par la partie VI A (déclaration des contrats dérivés) de la SFA. Les règles spécifiques en matière de déclaration ont ensuite été énoncées dans les Securities and Futures (Reporting of Derivatives Contracts) Regulations 2013 [SF(RDC)R] [règlements sur les titres et les contrats à terme (déclaration des contrats dérivés) de 2013], qui sont entrés en vigueur en octobre 2013. Ces règles imposent à certaines «personnes spécifiées» de déclarer les transactions sur produits dérivés de taux d’intérêt, de crédit et de change. L’obligation de déclaration est pleinement en vigueur depuis novembre 2015.
Techniques d’atténuation des risques
Les règles relatives aux techniques d’atténuation des risques sont en cours de finalisation. Les règles proposées imposent aux entités agréées par la MAS qui négocient des contrats dérivés de gré à gré d’appliquer les techniques suivantes d’atténuation des risques à l’égard de leurs transactions sur produits dérivés de gré à gré qui ne font pas l’objet d’une compensation: confirmation, processus de règlement des différends, valorisation quotidienne, rapprochement de portefeuilles et compression de portefeuilles. La MAS prévoit que les exigences en matière d’atténuation des risques prendront effet en 2017.
4.6.Suisse
Le cadre réglementaire applicable aux transactions sur produits dérivés de gré à gré repose sur un acte législatif de base, la loi suisse sur l’infrastructure des marchés financiers (LIMF), qui fixe des règles de conduite en matière de négociation de produits dérivés, et sur les ordonnances d’exécution adoptées ultérieurement, en particulier l’ordonnance sur l’infrastructure des marchés financiers (OIMF), qui énonce en détail les règles et obligations spécifiques. La LIMF et l’OIMF sont entrées en vigueur en janvier 2016.
Obligation de compensation
La LIMF et l’OIMF prévoient la compensation des transactions sur produits dérivés de gré à gré et fixent des règles spécifiques relatives à cette obligation. L’obligation de compensation s’applique, en principe, à toutes les transactions sur produits dérivés de gré à gré, avec quelques exemptions pour certaines contreparties (pour la plupart de petite taille). L’obligation est introduite progressivement, selon les types de contrats et de contreparties.
Obligation de déclaration
La LIMF et l’OIMF prévoient une obligation de déclarer toutes les transactions sur produits dérivés de gré à gré et énoncent les règles applicables, y compris celles qui déterminent à laquelle des deux contreparties il incombe de déclarer la transaction et quelles informations doivent être déclarées.
Techniques d’atténuation du risque
Les règles concernant l’utilisation des techniques d’atténuation des risques requises pour les transactions sur produits dérivés de gré à gré qui ne font pas l’objet d’une compensation centrale sont également énoncées dans la LIMF et l’OIMF. Le cadre réglementaire suisse comprend des exigences relatives à la confirmation rapide des transactions, au rapprochement de portefeuilles, à la compression de portefeuilles et aux procédures de règlement des différends.
5.Traitement international des banques centrales et des organismes de gestion de la dette publique
5.1.Australie
Obligation de compensation
Le règlement de 2015 dispose que les obligations de compensation relatives à une transaction sur produits dérivés ne peuvent pas être imposées à une personne qui n’est pas une entité de compensation australienne ou étrangère concernée par la transaction. De plus, le règlement ne permet pas que les règles en matière de transactions sur produits dérivés imposent des obligations de compensation à une série d’entités publiques étrangères, dont les banques centrales et les organismes de gestion de la dette publique.
Obligation de déclaration
Le Corporations Amendment (Derivatives Transactions) Regulation 2013 [règlement de 2013 portant modification du droit des sociétés (transactions sur produits dérivés)] spécifie que les obligations de déclaration des opérations ne peuvent pas être imposées aux «utilisateurs finaux». L’application de l’obligation de déclaration se trouve ainsi essentiellement limitée aux établissements australiens de dépôt, aux systèmes agréés de compensation et de règlement, aux prestataires agréés de services financiers, ainsi qu’aux personnes qui fournissent des services financiers en rapport avec des dérivés à des clients institutionnels en Australie et bénéficient d’une exemption spécifique d’autorisation octroyée par les autorités australiennes. Ainsi, les banques centrales et les organismes de gestion de la dette publique ne sont pas soumis à cette obligation.
Techniques d’atténuation des risques
Conformément aux obligations récemment introduites, les institutions régies par l’APRA sont tenues d’appliquer des techniques d’atténuation des risques dans leurs transactions avec les contreparties visées. Ces institutions ne comprennent pas les banques centrales ni les organismes publics chargés de la gestion de la dette ou intervenant dans cette gestion. La définition d’une «contrepartie visée» exclut quant à elle les emprunteurs souverains, les banques centrales, les banques multilatérales de développement, les entités du secteur public et la Banque des règlements internationaux. Les obligations en matière d’atténuation des risques ne s’appliquent donc pas aux banques centrales ou aux organismes de gestion de la dette publique.
5.2.Canada
Obligation de compensation
La ligne directrice B-7 s’applique uniquement aux IFF. Dès lors que les banques centrales et les organismes de gestion de la dette publique n'entrent pas dans cette définition, ils sortent du champ d’application des règles du BSIF en matière de compensation. Au niveau provincial, le projet de règlement 94-101 exonère expressément de l’obligation de compensation les opérations conclues avec certaines institutions canadiennes, ainsi qu’avec les banques centrales étrangères et les organismes publics détenus en tout ou en partie par un gouvernement étranger. Les exemptions susmentionnées devraient être maintenues dans le règlement définitif.
Obligation de déclaration
Bien qu’aucune exemption spécifique de l’application des règles en matière de déclaration des opérations ne soit prévue pour les banques centrales ou les organismes de gestion de la dette publique étrangers, ces règles disposent de fait que les transactions conclues entre une contrepartie canadienne et tout organisme public étranger doivent uniquement être déclarées par la contrepartie canadienne. Les banques centrales et tous les organismes publics étrangers ne sont donc pas soumis à l’obligation de déclaration.
Techniques d’atténuation des risques
Comme dans le cas de l’obligation de compensation, les lignes directrices du BSIF s’appliquent uniquement aux IFF. Les banques centrales et tous les organismes publics ne sont donc pas concernés par les règles du BSIF relatives aux techniques d’atténuation des risques. Au niveau provincial, la règle en matière d’inscription n’est censée s’appliquer qu’aux courtiers en produits dérivés. Ainsi, les banques centrales et les organismes de gestion de la dette publique n’entrent actuellement pas dans le champ d’application de cette règle. Bien que la règle relative à l’inscription soit encore en cours de finalisation, il n’y a pas lieu de s’attendre à ce que son champ d’application soit modifié.
5.3.Hong Kong
Obligation de compensation
L’obligation de compensation s’applique aux transactions de swaps de taux d’intérêt entre les principaux courtiers. Il s’agit notamment, à Hong Kong, des institutions agréées par la HKMA, des agents de change approuvés par la HKMA au titre de la BO, ou des sociétés agréées par la SFC qui ont atteint un seuil de compensation minimal. Les principaux courtiers en dehors de Hong Kong sont désignés préalablement dans une liste publiée par la SFC. La liste comprend des entités comme les membres compensateurs des principales contreparties centrales de swaps de taux d’intérêt d’un certain nombre de marchés ou les banques d’importance systémique mondiale dont la liste est publiée par le Conseil de stabilité financière. Étant donné que les banques centrales et organismes de gestion de la dette publique étrangers ne relèvent d’aucune de ces catégories, ils ne sont pas concernés par l’obligation de compensation à Hong Kong.
Obligation de déclaration
Étant donné que, pour ce qui est des entités concernées, le champ d’application de l’obligation de déclaration pendant la première phase est presque le même que celui de l’obligation de compensation, les banques centrales et les organismes de gestion de la dette publique étrangers ne sont pas soumis à l’obligation de déclaration. Si la deuxième phase étend l’application de l’obligation de déclaration aux cinq classes d’actifs et accroît la quantité d’informations à déclarer, elle ne modifie pas l’étendue des entités visées par l’obligation. Par conséquent, les banques centrales et les organismes de gestion de la dette publique étrangers resteront exemptés de l’obligation de déclaration.
Techniques d’atténuation des risques
Les normes d’atténuation des risques qui doivent être définies par la SFC ne s’appliqueront, en général, qu’à partir du moment où les transactions sur produits dérivés de gré à gré seront comptabilisées par des sociétés agréées par la SFC. Puisque ce n’est pas le cas actuellement, ces normes ne seront pas applicables aux transactions sur produits dérivés de gré à gré. Le cadre élaboré par la HKMA s’applique quant à lui aussi bien aux institutions agréées nationales qu’étrangères, pour ce qui est des transactions sur produits dérivés conclues avec une «entité visée» qui ne font pas l’objet d’une compensation centrale. La définition des entités visées exclut expressément les banques centrales et les entités du secteur public éligibles (ESP). À ce titre, les banques centrales ne seront pas soumises au cadre proposé dès lors qu’elles ont le statut de banque centrale dans leur propre pays. Quant aux entités du secteur public, toute entité qui peut être considérée dans son pays comme une ESP aux fins de l’adéquation des fonds propres (qu’elle soit ou non chargée d’intervenir dans la gestion de la dette publique) sera exemptée des obligations d’atténuation des risques.
5.4.Mexique
Obligation de compensation
Conformément à la circulaire 4/2012, seules les banques et les sociétés de courtage locales sont tenues de passer par des contreparties centrales pour compenser leurs transactions sur produits dérivés de gré à gré avec d’autres banques ou sociétés de courtage locales, avec des investisseurs institutionnels locaux ou étrangers, ou avec des banques ou sociétés de courtage étrangères. Les banques centrales et organismes de gestion de la dette publique sont donc exemptés de l’obligation de compensation.
Obligation de déclaration
La circulaire 4/2012 dispose que, lorsqu’une transaction sur produits dérivés est conclue entre une contrepartie locale soumise à l’obligation de déclaration et une entité établie dans un pays étranger, seule l’entité financière mexicaine est juridiquement tenue de déclarer cette transaction à la BdM. Les banques centrales et organismes de gestion de la dette publique sont dès lors exemptés.
Techniques d’atténuation des risques
Étant donné que les techniques d’atténuation des risques définies dans la circulaire 4/2012 s’appliquent aux banques, sociétés de courtage, fonds d’investissement, caisses générales de dépôt et sofomes locaux, les banques centrales et organismes de gestion de la dette publique étrangers sont exemptés de l’obligation d’utiliser ces techniques d’atténuation des risques.
5.5.Singapour
Obligation de compensation
Dans le cadre des projets de réglementation en matière de compensation obligatoire publiés pour consultation en 2015, la MAS a proposé d’exempter des obligations de compensation un ensemble d’institutions internationales, dont les banques centrales et tous les organismes publics étrangers. La MAS entend maintenir les exemptions proposées dans les règles définitives.
Obligation de déclaration
La partie II de la Securities and Futures Act, ainsi que la quatrième annexe des SF(RDC)R exemptent expressément de l’obligation de déclaration les banques centrales et tous les organismes publics étrangers, parmi d’autres institutions internationales.
Techniques d’atténuation des risques
Les obligations relatives aux techniques d’atténuation des risques qui sont en cours d’élaboration par la MAS s’appliqueront uniquement aux détenteurs d’un agrément («capital markets services licence» ou agrément CMS) et aux banques agréées à Singapour qui négocient des produits dérivés de gré à gré. Étant donné que les banques centrales et organismes de gestion de la dette publique étrangers ne seront normalement pas tenus de détenir un agrément CMS, ils ne seront pas soumis à cette obligation.
5.6.Suisse
Obligation de compensation
En tant que contreparties, les banques centrales et les organismes de gestion de la dette publique étrangers n’entrent pas dans le champ d’application des règles de conduite en matière de négociation de produits dérivés (et donc de l’obligation de compensation), puisque ces organismes n’ont généralement pas de siège en Suisse. De plus, les transactions sur produits dérivés conclues avec diverses institutions étrangères, dont les banques centrales et les organismes de gestion de la dette publique, ne sont pas soumises aux règles de conduite établies par la LIMF en matière de négociation de produits dérivés (ni donc à l’obligation de compensation).
Obligation de déclaration
La situation concernant l’obligation de déclaration est analogue à celle qui prévaut pour l’obligation de compensation: les banques centrales et les organismes de gestion de la dette publique étrangers n’entrent pas dans le champ d’application des règles de conduite en matière de négociation de produits dérivés, puisqu’ils n’ont généralement pas de siège en Suisse. Une transaction sur produits dérivés conclue entre une contrepartie suisse à laquelle s’appliquent les règles de la LIMF et une banque centrale étrangère ou un organisme étranger de gestion de la dette publique est certes soumise aux obligations de déclaration au titre de la LIMF, mais seule la contrepartie suisse est tenue de la déclarer. En outre, le cadre réglementaire suisse permet d’exempter entièrement de l’obligation de déclaration les transactions sur produits dérivés conclues avec ces entités, sous réserve de réciprocité.
Techniques d’atténuation des risques
En ce qui concerne l’obligation d’appliquer des techniques d’atténuation des risques aux transactions sur produits dérivés de gré à gré qui ne font pas l’objet d’une compensation centrale, la situation est identique à celle qui prévaut pour l’obligation de compensation. En tant que contreparties, les banques centrales et les organismes de gestion de la dette publique étrangers ne sont pas soumis aux règles de conduite en matière de négociation de produits dérivés. En ce qui concerne les transactions sur produits dérivés conclues avec ces entités, l’OIMF prévoit une exemption spécifique.
6.Conclusion
Les cadres législatifs mettant en œuvre les réformes en matière de produits dérivés de gré à gré convenues à Pittsburgh en 2009 sont désormais pleinement en place en Australie, à Hong Kong, au Mexique et en Suisse, et le seront prochainement au Canada et à Singapour. De plus, dans tous ces pays, les cadres législatifs ne sont ou ne seront pas applicables aux banques centrales ni aux organismes de gestion de la dette publique.
La Commission conclut donc qu’il y a lieu de modifier l’article 1er, paragraphe 4, du règlement EMIR pour exempter de certaines obligations au titre du règlement EMIR les banques centrales et les organismes publics chargés de la gestion de la dette publique ou intervenant dans cette gestion en Australie, au Canada, à Hong Kong, au Mexique, à Singapour et en Suisse.
L’exemption de ces entités évitera toute interférence des obligations au titre du règlement EMIR avec leurs responsabilités monétaires et autres missions d’intérêt commun et favoriserait, pour les transactions avec ces entités dans ces pays, des conditions de concurrence égales dans l’application des réformes en matière de produits dérivés de gré à gré. Cela contribuera aussi à une plus grande cohérence et à une plus grande uniformité à l’échelle internationale dans la mise en œuvre des réformes en matière de produits dérivés de gré à gré.
L’analyse comparative figurant dans le présent rapport n’est pas la dernière du genre. La Commission suivra les évolutions dans ces pays et dans d’autres pays du G20 en ce qui concerne la mise en œuvre des règles applicables aux transactions sur produits dérivés de gré à gré et mettra le rapport à jour à mesure que les réformes progresseront dans ces pays, y compris en supprimant certains pays tiers de la liste des entités exemptées si leurs dispositions réglementaires ne remplissent plus les conditions leur permettant de bénéficier d’une exemption. Il faut donc s’attendre à d’autres modifications de l’article 1er, paragraphe 4, du règlement EMIR.