| CELEX | 52017IE0694 |
| Type | Initiative législative |
| Date | jeudi 6 juillet 2017 |
| 13.10.2017 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 345/37 |
Avis du Comité économique et social européen sur «De la déclaration de Cork 2.0 aux actions concrètes»
(avis d’initiative)
(2017/C 345/06)
| Rapporteure: | Sofia BJÖRNSSON |
| Décision de l’assemblée plénière | 26 janvier 2017 |
| Base juridique | Article 29, paragraphe 2, du règlement intérieur |
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| Avis d’initiative |
| Compétence | Section spécialisée «Agriculture, développement rural et environnement» |
| Adoption en section spécialisée | 15 juin 2017 |
| Adoption en session plénière | 6 juillet 2017 |
| Session plénière no | 526 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 123/0/0 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le CESE se félicite de la déclaration de Cork 2.0 et de la conférence, tenue en septembre 2016, qui a permis d’aboutir à celle-ci. Cette déclaration renouvelle le soutien fort apporté à une politique de développement rural à l’échelle de l’Union européenne. |
| 1.2. | Le CESE constate que les zones rurales de l’Union ne sont pas homogènes, et que les conditions diffèrent entre les États membres et en leur sein. Le CESE estime que ces divergences rendent nécessaire de cibler l’utilisation des fonds européens disponibles et d’adopter une approche stratégique dans ce domaine. Celle-ci doit se fonder à la fois sur des priorités fixées par les États membres et leurs régions, et, ce qui est plus important encore, sur des initiatives émanant de la population rurale. Un «test rural» obligatoire des décisions et des stratégies politiques peut également être un moyen de prendre en considération les spécificités des zones rurales et d’en tenir compte. |
| 1.3. | Le développement rural est une question horizontale qui touche presque tous les domaines politiques. Une politique plus cohérente pour le développement rural et régional et un budget solide pour les Fonds ESI (Fonds structurels et d’investissement européens) sont nécessaires. Le CESE fait observer que le Fonds ESI qui consent les investissements les plus élevés en matière de développement rural est le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) et souligne que la proportion assurée par les autres fonds ESI comme le Fonds européen de développement régional (FEDER) et le Fonds social européen (FSE) devrait augmenter. |
| 1.4. | Il existe une grande marge de manœuvre en matière de simplification de la politique. Le CESE souhaite insister sur la nécessité de simplifier la réglementation régissant les fonds ESI, tant au niveau de l’Union européenne que lors de la mise en œuvre nationale et régionale de la politique. Le système actuel est si complexe que certains demandeurs potentiels évitent d’introduire des demandes de financement. |
| 1.5. | De nombreuses régions de l’Union européenne, notamment dans les régions rurales, souffrent toujours d’un manque de solutions durables pour ce qui concerne les communications par internet. Le CESE porte un jugement très critique à cet égard. La population habitant en milieu rural a besoin de connexions internet à haut débit, par exemple pour le bon fonctionnement de la téléphonie ainsi que pour des raisons liées à la sécurité et au niveau de vie. L’accès à la large bande peut être l’un des facteurs décisifs dans le choix des jeunes, en particulier, de rester dans les zones rurales ou de les abandonner. L’accès au haut débit est une nécessité pour les entreprises et les entrepreneurs. |
| 1.6. | Le secteur agricole, compte tenu de ses liens étroits avec la terre, joue un rôle clef dans les zones rurales. La production agricole est à la fois un volet indispensable des zones rurales pour répondre à la demande de la société en matière d’alimentation durable et un moteur du développement rural. Le CESE considère dès lors comme naturel que la plus grande partie des fonds du Feader soit destinée aux activités agricoles. Garantir un environnement favorable aux jeunes agriculteurs est une condition nécessaire pour assurer une production agricole durable à long terme. |
| 1.7. | Le CESE tient à souligner qu’un développement durable passe par un climat propice à l’innovation. |
| 1.8. | Le CESE reconnaît que les 17 objectifs de développement durable des Nations unies et leurs cibles, ainsi que l’accord de Paris sur le changement climatique (COP 21), sont des objectifs primordiaux qui touchent à l’ensemble des politiques de l’Union européenne, et notamment la politique de développement rural. Les collectivités régionales et locales des zones rurales qui sont compétentes dans ces matières doivent s’associer activement à la mise en œuvre de ces engagements internationaux. |
2. Observations générales
Cork 2.0
| 2.1. | En 1996, la Commission a organisé une conférence à Cork, en Irlande. Celle-ci avait abouti à la déclaration de Cork, qui jetait les bases du deuxième pilier de la politique agricole commune (PAC) et des programmes de développement rural. À l’automne 2016, la Commission a organisé une nouvelle conférence à Cork, où la «déclaration de Cork 2.0» a été adoptée. |
| 2.2. | Cette déclaration a fait l’objet d’un large consensus lors d’une conférence organisée par la direction générale de l’agriculture et du développement rural, à laquelle assistaient quelque 340 participants issus de la majorité des États membres de l’Union européenne, qui représentaient la société civile et les administrations nationales, régionales et européennes, et notamment le CESE. Au cours des conclusions, la déclaration a été présentée sous le titre «Pour une vie meilleure en milieu rural», implicitement validé par les participants. |
| 2.3. | La déclaration trouve son origine dans la politique rurale et agricole de l’Union européenne. Dans une certaine mesure, toutefois, elle se réfère de manière plus large aux objectifs de développement durable des Nations unies (Programme à l’horizon 2030) (1) et à l’accord de Paris sur le changement climatique (COP 21) (2). |
| 2.4. | L’introduction expose les raisons justifiant la déclaration, et est suivie par dix points d’orientation des politiques:
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| 2.5. | La déclaration adopte une approche globale en matière de développement rural, et tire sa force de son champ d’application ainsi que son contenu, étant donné qu’elle comprend tous les éléments des aspects nécessaires à la création d’un environnement rural durable et viable dans l’Union. Le CESE observe toutefois que ce champ d’application est aussi une faiblesse car il crée de la complexité, sans marge de manœuvre pour se concentrer sur l’échelon européen. Étant donné l’ampleur des défis auxquels sont confrontées les zones rurales, le CESE souhaite souligner l’importance d’une utilisation ciblée des fonds disponibles afin de garantir des résultats tangibles. Il convient de mettre l’accent à la fois sur des priorités fixées par les différents États membres ou régions, et, ce qui est plus important encore, sur des initiatives émanant de la population rurale. |
| 2.6. | Le contenu de Cork 2.0 reflète dans une large mesure celui de la déclaration de 1996, à la différence près que les questions liées au climat et à la numérisation y ont fait leur apparition. |
| 2.7. | Le CESE se considère comme un acteur à part entière de la mise en œuvre de la déclaration et invite la Commission à continuer de rendre compte des progrès accomplis dans les rapports sur l’état d’avancement de leur mise en œuvre. |
Les fonds de l’Union européenne au service de la politique de développement rural
| 2.8. | Tous les pays de l’Union européenne disposent de programmes de développement rural à l’échelon national ou régional, qui sont financés en partie par le Feader et en partie par des fonds nationaux (publics et privés). Ces programmes comportent des mesures visant à favoriser le développement durable dans ses trois dimensions — environnementale, sociale et économique. Ils sont conçus par l’État membre ou la région concernés, et approuvés par la Commission. |
| 2.9. | Le Feader fait partie de ce que l’on appelle les Fonds ESI (Fonds structurels et d’investissement européens), avec le Fonds de cohésion, le Fonds européen de développement régional (FEDER), le Fonds social européen (FSE) et le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP). Un cadre réglementaire commun (3) régit les aspects techniques de la mise en œuvre des Fonds ESI. En outre, chaque pays a élaboré des accords de partenariat en commun pour les Fonds, qui fixent des priorités à la mise en œuvre de la politique. Cela s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre des objectifs de la stratégie Europe 2020. Il existe dès lors un lien étroit entre les Fonds et une stratégie explicite de coordination entre eux. |
| 2.10. | Dans le cadre du Feader, il existe des réseaux ruraux, en partie au niveau européen, par l’intermédiaire du réseau européen pour le développement rural, et en partie aux niveaux national et régional. Ces réseaux constituent des plateformes de rencontre et d’échange d’expériences, et l’activité de mise en réseau améliore les perspectives d’une mise en œuvre réussie et de la réalisation dans de bonnes conditions des objectifs des programmes de développement rural. |
| 2.11. | Le Comité des régions a commandé une étude sur la mesure dans laquelle les Fonds ESI sont utilisés au service du développement rural (4). Sans surprise, le Feader est le fonds dont la plupart des ressources ont été affectées et sont affectées à cet objectif. La part des autres fonds est relativement faible, voire très faible. Le développement rural étant une question horizontale, importante pour une Union caractérisée par la cohésion, le CESE estime que des efforts devraient être déployés en vue d’accroître cette proportion. |
| 2.12. | Les Fonds ESI ont été et continueront à être, à l’échelle de l’Union européenne, le principal instrument de mise en œuvre des intentions de la déclaration de Cork. La prochaine période de programmation financière de l’Union européenne commencera en 2021 et l’élaboration de la politique pour cette période déterminera dans quelles proportions les intentions de Cork 2.0 seront réalisées. En outre, le CESE souligne que la mise en œuvre de la déclaration et la réalisation des objectifs de la politique supposent l’existence d’un budget solide pour les Fonds ESI. |
3. Les futures mesures
Un mécanisme de prévention en faveur des zones rurales
| 3.1. | Le point 1 de la déclaration précise qu’il devrait exister un mécanisme de prévention en faveur des zones rurales garantissant la prise en compte du potentiel de ces dernières dans les politiques et les stratégies de l’Union. Les politiques rurales et agricoles s’appuient sur l’identité et le dynamisme des zones rurales grâce à la mise en œuvre d’approches multisectorielles et valorisent la dimension durable, l’insertion sociale et le développement local. |
| 3.2. | Un mécanisme de prévention en faveur des zones rurales équivaut éventuellement à la prise en compte de manière objective et systématique des conditions spécifiques de ces régions. Celui-ci peut être un outil montrant comment les décisions politiques affectent les zones rurales, afin d’éviter qu’elles n’aient une incidence négative. |
| 3.3. | Un mécanisme de prévention en faveur des zones rurales existe par exemple en Finlande, au Royaume-Uni et au Canada. Il peut être à la fois obligatoire et volontaire. En Irlande du Nord, depuis 2016, la mise en place d’un mécanisme de prévention en faveur des zones rurales est une obligation légale. Les systèmes nationaux sont similaires entre eux. |
| 3.4. | Si l’on veut qu’un mécanisme de prévention en faveur des zones rurales soit efficace, il faut qu’il soit obligatoire. Il doit permettre aux décideurs de se fonder sur des éléments sérieux. Un mécanisme de prévention en faveur des zones rurales qui ne donnerait lieu qu’à des enquêtes et des déclarations, sans influencer les décisions, n’aurait aucun sens. |
| 3.5. | Il convient également de reconnaître qu’il existe, au sein de l’Union européenne comme à l’intérieur des États membres, non pas une zone rurale unique, mais de nombreux espaces ruraux, chacun doté de possibilités et de conditions spécifiques. Cela doit également se refléter dans ce mécanisme de prévention en faveur des zones rurales et dans la politique menée à la fois au niveau de l’Union européenne et des États membres, si l’on veut que le développement rural produise à l’avenir des résultats positifs. Les personnes vivant dans les zones rurales ont également un rôle à jouer dans la création et le développement d’une identité locale ainsi que dans le débat et les décisions concernant la mesure dans laquelle il convient de préserver le caractère rural. |
Le programme LEADER et le développement mené par les acteurs locaux
| 3.6. | Le point 8 de la déclaration indique que l’on doit s’appuyer sur le succès du programme LEADER, et sur l’approche ascendante sur laquelle il repose. Le CESE a exprimé son point de vue dans de nombreux documents au sujet de la politique de cohésion de l’Union européenne et des partenariats dans ce cadre, de la méthode Leader et de la nouvelle approche du développement local mené par les acteurs locaux (DLAL, également connu sous son sigle anglais CCLD — Community-Led Local Development). |
| 3.7. | Le CESE souscrit à l’analyse effectuée par la Commission dès son troisième rapport sur la cohésion en 2004, qui définissait l’objectif de parvenir à un développement plus équilibré en réduisant les disparités existantes, en évitant les déséquilibres territoriaux et en unifiant la politique régionale et les politiques sectorielles (5). |
| 3.8. | Le Comité constate toutefois que cet objectif n’a pas été atteint, et qu’il faut renforcer la politique de cohésion au service des zones rurales et du développement régional. |
| 3.9. | Le CESE se félicite également du principe de partenariat en tant que méthode efficace de promotion des programmes relevant des Fonds ESI. Le principe de partenariat implique, outre la participation des acteurs économiques et sociaux traditionnels, également celle des organisations de la société civile, des partenaires environnementaux, des organisations non gouvernementales et des organismes chargés de la promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes. |
| 3.10. | La méthode LEADER est un instrument de développement éprouvé au sein duquel le public et la société civile participent à un partenariat local. Le CESE avait fait observer dès 2011 que cette méthode devrait également donner accès à des ressources dans le cadre de l’ensemble des Fonds ESI. Elle a également été un facteur positif permettant de mieux associer les zones urbaines et rurales (6). Cette méthode peut également être utilisée dans les zones urbaines, mais le CESE souhaite souligner que cela ne devrait pas se faire au détriment du développement rural. |
| 3.11. | Au cours de la période de programmation 2014-2020, le développement local mené par les acteurs locaux au sein de l’approche Leader est devenu un nouvel instrument auquel contribuent conjointement les quatre Fonds ESI. Le développement local le plus efficace est celui qui est réalisée par ceux qui vivent et travaillent dans la région concernée, qu’ils connaissent parfaitement. |
| 3.12. | Au moins 5 % du financement du Feader doit être mis en œuvre au moyen du développement local mené par les acteurs locaux. En raison de leur structure, qui nécessite de suivre quatre réglementations différentes pour chacun de ces fonds, les possibilités ont été limitées à une exploitation simple et rationnelle. Avant la prochaine période de programmation, la Commission devrait formuler des propositions visant à une simplification substantielle qui permettrait au développement local mené par les acteurs locaux de réaliser l’intégralité de son potentiel en tant qu’instrument destiné à la fois aux zones rurales et aux zones urbaines, et en tant que pourcentage minimal de financement de la méthode. |
Les services et les emplois
| 3.13. | Des facteurs tels que les services et les emplois déterminent dans quelle mesure les citoyens souhaitent rester vivre ou s’implanter dans les zones rurales, ou encore en ont la possibilité. La désertion des zones rurales est une tendance générale dans toute l’Union, ce qui crée une spirale négative et réduit la possibilité de réaliser les objectifs communautaires et les objectifs de développement durable des Nations unies. L’évolution démographique peut représenter un défi à l’avenir; tant les jeunes que les personnes âgées vivant dans les zones rurales ont besoin de disposer de conditions de vie de bonne qualité. |
| 3.14. | L’accès à des services publics et commerciaux fondamentaux tels que l’école, les soins de santé, les services postaux, les magasins d’alimentation, les transports publics et d’autres services similaires peut varier entre zones urbaines et zones rurales. Ce facteur peut influer de manière déterminante sur le choix que font les citoyens du lieu où ils souhaitent et peuvent vivre. Pour des familles avec enfants, l’accès à des structures d’accueil opérationnelles, par exemple, influence la mesure dans laquelle les parents auront ou non une possibilité de travailler. Dans certaines parties de l’Union, l’accès aux services est en général plus faible dans les zones rurales que dans les zones urbaines. L’aménagement du territoire devrait tenir compte de ce problème afin de garantir que la qualité de vie des habitants des zones rurales n’ait pas à en pâtir. |
| 3.15. | Plusieurs pays de l’Union affichent un taux de chômage plus élevé dans les zones rurales que dans les zones urbaines. Il existe toutefois des différences importantes, que montrent les statistiques d’Eurostat (7). Dans le même temps, certaines entreprises peuvent attester de difficultés à engager des travailleurs compétents dans les zones rurales. Il peut donc y avoir un décalage dans les deux sens, tant dans l’offre que dans la demande. Les jeunes qui souhaitent se former ont tendance à choisir des lieux dotés d’universités et d’établissements d’enseignement supérieur, et ne reviennent pas ensuite. |
| 3.16. | La gestion de l’accueil des immigrants — et en particulier de leurs familles — est et demeurera un défi pour les résidents des zones rurales dans les années à venir. Il y a lieu d’encourager l’estime et le respect mutuels. Les zones rurales pourraient offrir de bonnes conditions de vie aux familles de migrants. Dans le cas des pays qui connaissent un fort taux d’immigration — en raison par exemple de l’afflux de réfugiés — et de main-d’œuvre étrangère, trouver un emploi peut constituer un défi, mais la migration peut aussi créer des possibilités de recrutement. |
| 3.17. | La déclaration traite des questions concernant l’emploi et la formation en particulier aux points 3 et 7. La question des services est abordée de manière plus indirecte. Le CESE considère que les initiatives communautaires ont une importance, à la fois directe et indirecte, pour le développement, en particulier en ce qui concerne la question de la création d’emplois grâce à des mesures d’aide aux entreprises. Concernant l’accès aux services, celui-ci relève dans une large mesure de la responsabilité des différents États membres, bien que les Fonds ESI puissent être un catalyseur. |
Agriculture et développement rural
| 3.18. | Les zones agricoles et forestières représentent environ 85 % des terres dans l’ensemble de l’Union, mais il subsiste de grandes différences d’un pays et d’une région à l’autre. Le paysage valorisé permet la production de denrées alimentaires destinées aux humains comme aux animaux, d’énergie et de fibres, mais il est aussi une source de conservation et de production de biens d’utilité publique, tels qu’une flore et une faune riches. Le paysage est un facteur qui distingue les zones rurales des zones urbaines, et constitue un élément unique des zones rurales dans l’Union; en outre, le secteur agricole, étant donné ses liens très forts avec la terre, joue un rôle essentiel dans les zones rurales. Les questions relatives à la préservation de l’environnement rural et à la gestion des ressources naturelles sont autant d’aspects mis en évidence aux points 4 et 5 de la déclaration. Les conditions de l’exploitation et de la gestion durables sont essentielles à la valeur intrinsèque du paysage, à la qualité de l’eau et à la biodiversité. |
| 3.19. | La production agricole est évoquée dans la déclaration, quoique surtout de manière indirecte, et il est possible de considérer que la production agricole (sous forme de denrées alimentaires), est dans une certaine mesure, tenue pour acquise. Comme mentionné ci-dessus, les aspects de la conservation et de la gestion de l’environnement et des ressources naturelles sont abordés de manière plus explicite. Le CESE souhaite mettre l’accent sur le fait que l’agriculture est d’une part un élément incontournable de l’espace rural lorsqu’il s’agit de satisfaire la demande de la société en alimentation durable, et d’autre part, un moteur du développement rural. Les personnes qui travaillent dans les secteurs de l’agriculture et de la sylviculture représentent une part non négligeable de la population rurale, créent des emplois, et fournissent un socle de demande en services et en équipements. Un aspect important dans ce contexte est la possibilité pour de nouveaux agriculteurs, y compris des jeunes, de reprendre et de développer leurs activités. La proportion de jeunes agriculteurs est faible et il y a lieu de prendre des mesures pour faciliter le renouvellement des générations. |
| 3.20. | Une production agricole durable exige de rencontrer les trois dimensions du développement durable: économique, sociale et environnementale. La dimension économique peut être dans certains cas déterminante en matière de gestion. À titre d’exemple, l’on peut citer le cas des riches prairies et pâturages dont la taille a diminué progressivement en raison de la baisse de leur rentabilité, en particulier dans le secteur de l’élevage d’animaux herbivores, ce qui a eu par ricochet une incidence négative sur la biodiversité. C’est un exemple de l’incidence que peut avoir, sur le milieu environnant, l’absence de viabilité économique des entreprises et aussi de l’importance de rémunérer les agriculteurs pour les services environnementaux qu’ils rendent. |
| 3.21. | Le CESE estime que le secteur agricole est un domaine du développement rural dans lequel le Feader a et doit rester déterminant. La plupart des ressources issues du Feader sont destinées aux activités agricoles et devraient l’être effectivement, par exemple sous la forme d’aides à la protection de l’environnement, de développement des compétences, de soutien en faveur des zones soumises à des contraintes naturelles et des aides à l’investissement. Dans d’autres domaines, par exemple l’énergie, le haut débit et le soutien à l’innovation, le Feader a des retombées positives pour les zones rurales dans une perspective plus large. Dans le même temps, l’agriculture est une activité économique comme une autre, et il convient de ne pas l’exclure en tant que telle des investissements provenant d’autres fonds ESI. |
| 3.22. | Aujourd’hui, les agriculteurs et exploitants forestiers peuvent être considérés à la fois comme producteurs et gestionnaires d’un paysage, comme l’ont été les générations précédentes. Pour de nombreuses personnes, la gestion du paysage cultivé est un facteur essentiel de l’amélioration de la qualité de vie, et son importance à des fins récréatives, pour les activités de plein air et pour le secteur du tourisme ne doit pas être sous-estimée. La valeur intrinsèque du paysage et des ressources du sol peut être à l’origine de débouchés commerciaux et de possibilités d’en tirer une subsistance de nombreuses manières différentes. |
| 3.23. | Un développement territorial plus équilibré devrait également comprendre une transition vers des systèmes alimentaires durables (8). Développer une approche globale des systèmes alimentaires est essentiel pour relever les défis économiques, environnementaux et sociaux liés à la production et à la consommation des denrées alimentaires et pour veiller à la bonne gestion des initiatives prises à de multiples niveaux et dans tous les secteurs. Ces initiatives comprennent, par exemple, la promotion de chaînes d’approvisionnement courtes visant à améliorer le développement rural en promouvant l’accès à une alimentation saine et à base de produits frais pour les consommateurs (9). Celles-ci bénéficieraient également aux économies et à la production agricole locales. |
L’innovation
| 3.24. | L’importance de l’innovation ne saurait être suffisamment soulignée en ce qui concerne le développement rural, tant pour réaliser que pour générer de nouvelles idées. Les solutions innovantes créent les conditions d’une société durable, par exemple pour que l’espace rural puisse contribuer à une économie plus circulaire s’appuyant sur l’agriculture biologique et sur des solutions respectueuses du climat ainsi que sur la possibilité de produire davantage avec moins d’intrants. Le transfert des connaissances et l’accès à ces dernières sont un facteur clé pour réaliser des idées innovantes. |
| 3.25. | De nouvelles technologies et de nouvelles formes innovantes de production créent des conditions favorables pour accroître le caractère durable de la production agricole et ainsi améliorer le bien-être animal et permettre de produire davantage avec moins d’intrants tels que les engrais ou les produits phytopharmaceutiques. Appliquer de nouvelles technologies et réaliser des innovations nécessite dans de nombreux cas d’importants investissements qui peuvent présenter une prise de risque pour les exploitants agricoles individuels. Il est souvent impossible aux opérateurs individuels de supporter seuls le coût de ce risque. Si l’on veut encourager les technologies et les méthodes demandées par la société, il convient de prévoir la possibilité de soutenir l’investissement, par exemple à l’aide du programme de développement rural. Il peut y avoir un conflit intrinsèque entre le développement technologique de l’agriculture et le nombre de créations d’emplois, étant donné que l’augmentation de la mécanisation et le développement structurel entraînent, dans de nombreux cas, une réduction du nombre des emplois, mais cette évolution peut également produire des emplois économiquement plus stables. |
| 3.26. | Les stratégies destinées à investir dans l’innovation et leur mise en œuvre doivent partir des besoins existants, plutôt que des montants des fonds disponibles. Le point 7 de la déclaration met l’accent sur la nécessité de stimuler les connaissances ainsi que l’innovation technologique et sociale, et souligne la nécessité d’une coopération entre les différents acteurs permettant l’exploitation et le partage des informations. En l’occurrence, une initiative communautaire telle que les partenariats européens d’innovation (PEI), par exemple le PEI-agri, peut apporter une grande aide de par son approche ascendante qui permet une communication en réseau et des échanges entre acteurs de différents niveaux, notamment sur le plan des pratiques entrepreneuriales. Afin de continuer à promouvoir l’innovation dans les zones rurales, il peut être approprié de soutenir des «intermédiaires en innovation». |
La numérisation
| 3.27. | L’accès aux réseaux à haut débit est, dans la société d’aujourd’hui, un élément essentiel des infrastructures et une condition préalable au bon fonctionnement de la société, tant dans les zones urbaines que dans les zones rurales; il influence aussi bien l’accès à la main-d’œuvre que l’accès au travail. La tendance en matière de développement est que tout se fait de plus en plus en ligne. Dans de nombreuses régions d’Europe, en particulier dans les régions rurales, on manque cependant encore de solutions stables. Le CESE souligne l’absurdité de cette situation. La population habitant en milieu rural a besoin du haut débit pour sa sécurité, par exemple pour le fonctionnement des appareils téléphoniques, et pour sa qualité de vie, qui passe par exemple par le fonctionnement de la télévision. L’accès au haut débit peut être un facteur influençant la mesure dans laquelle les jeunes surtout vont choisir de rester vivre dans leur région, ou de la quitter. Pour les entreprises, le haut débit est une nécessité attendu que, dans la majorité des cas, il est impossible de poursuivre une activité en l’absence d’une connexion à haut débit qui fonctionne. Citons par exemple les moyens de paiement dans un monde qui connaît de moins en moins le paiement en espèces, la comptabilité, le commerce électronique, ainsi que la communication avec la clientèle. Les exploitations agricoles sont un exemple de cas où les TIC occupent une place de plus en plus importante dans les nouvelles solutions technologiques. |
| 3.28. | Les besoins en numérisation et les possibilités qu’elle offre sont mises en évidence par la déclaration. Lorsque les forces du marché ne sont pas suffisantes pour la diffusion du haut débit, comme c’est souvent le cas dans les zones rurales, le CESE est d’avis qu’il devrait exister des aides. Le CESE estime que le FEDER devrait être la principale source d’aide aux infrastructures tandis que le Feader devrait pouvoir être utilisé pour des investissements plus denses et plus ciblés. En outre, la Banque européenne d’investissement et le Fonds européen pour les investissements stratégiques peuvent apporter leur soutien, par exemple au moyen d’instruments financiers innovants. |
Le rôle des zones rurales au service de l’économie circulaire et de la lutte contre le changement climatique
| 3.29. | Le rôle de l’espace rural dans une économie circulaire est décisif. La déclaration évoque l’économie circulaire en son point 6 concernant la promotion de mesures en faveur du climat, mais l’économie circulaire comporte de nombreux autres aspects positifs, qui sont également reflétés dans l’avis du CESE sur le paquet «Économie circulaire» (10). Un cycle durable entre la ville et la campagne est non seulement nécessaire du point de vue des ressources, mais il contribue également à renforcer l’agriculture et à réduire les importations d’intrants. Les zones rurales disposent en effet d’un potentiel considérable afin de contribuer à une société plus circulaire, d’une part grâce à leur capacité à utiliser les déchets comme une ressource, par exemple comme engrais et amendements pour les sols, et d’autre part en produisant des énergies renouvelables et des biomatériaux. |
| 3.30. | Si l’on veut diminuer le nombre d’émissions nocives pour le climat, il faut réduire l’utilisation des énergies fossiles et recourir à des sources d’énergie renouvelables. Les zones rurales disposent d’un énorme potentiel pour y contribuer, notamment grâce à la production d’énergie solaire, éolienne et hydraulique, mais aussi de bioénergie. La production d’énergie à partir de sources renouvelables peut cependant avoir une incidence significative sur les habitants et sur l’environnement; il convient dès lors de prendre en compte tous les éléments du développement durable. |
| 3.31. | La lutte contre le changement climatique demande à la fois de réduire les effets induits, et de s’y adapter. Les zones rurales, étant donné leurs grandes parcelles de terres agricoles et de forêts, ont un potentiel considérable de stockage de carbone, et peuvent ainsi contribuer à la réduction des émissions nocives tandis que, dans le même temps, la production elle-même génère de telles émissions. Les meilleures technologies disponibles devraient être utilisées pour réduire, au niveau de la production, les émissions au minimum. Le développement des compétences, associé aux capacités d’investissement, est nécessaire à tous les niveaux, du producteur au décideur. |
| 3.32. | En résumé, les zones rurales présentent un potentiel considérable pour contribuer à une société durable et donc à la fois aux objectifs de développement durable des Nations unies à l’horizon 2030 et à l’accord de Paris sur le changement climatique (COP 21), comme en témoigne clairement la déclaration de Cork 2.0. Les difficultés restent cependant importantes et nécessitent d’investir, au sens propre comme au figuré, afin d’être en mesure d’y répondre. |
Simplification
| 3.33. | Dans le cadre des discussions au sujet de l’aide provenant des fonds européens, on fait souvent valoir que la politique est complexe, tant pour les bénéficiaires que pour les autorités. Cette complexité est mise en lumière au point 9 de la déclaration. Le CESE souhaite insister sur la nécessité que représente la simplification, tant au niveau de l’Union européenne que lors de la mise en œuvre nationale et régionale de la politique. Le système actuel est si complexe que certaines personnes évitent de solliciter des aides, et la complexité met donc en péril la mise en œuvre et la réalisation des objectifs de la politique. Certains types de demandes nécessitent en principe l’aide d’un consultant, afin d’être correctement remplies. Il y a lieu de mettre l’accent sur la sécurité juridique de chacun des acteurs. |
| 3.34. | Avant l’actuelle période de programmation (2014-2020), les règles administratives régissant les Fonds ESI ont été rassemblées au sein d’un règlement commun (11). Cette approche est fondamentalement positive, étant donné qu’une coordination accrue peut générer des gains d’efficacité, principalement pour la puissance publique, tandis que les gains sont moins importants pour les bénéficiaires individuels des aides; il est rare en effet que le même bénéficiaire sollicite des aides issues de différents fonds. Les gains ainsi dégagés peuvent être éventuellement plus importants pour le développement local mené par les acteurs locaux dans les pays où celui-ci mobilise plusieurs fonds. Les conséquences d’un règlement commun nécessiteraient éventuellement un examen plus approfondi. |
| 3.35. | L’actuelle politique de développement rural est mise en œuvre au moyen de programmes de développement rural dans le cadre du Feader, et elle prévoit une hiérarchisation des objectifs et des domaines prioritaires. C’est un système dans lequel le budget du programme est très fragmenté, étant donné que la répartition en mesures, domaines prioritaires et priorités va de pair avec des lignes budgétaires propres. Il est devenu difficile d’avoir une vue d’ensemble des programmes, et leur conception a créé davantage de charges administratives pour les collectivités territoriales, ce qui entraîne à son tour une diminution des ressources consacrées à leur mise en œuvre et compromet la possibilité de réaliser leurs objectifs. |
| 3.36. | Le point 10 de la déclaration porte sur la nécessité d’améliorer la performance et sur la responsabilisation. Il s’agit également d’un principe directeur des travaux budgétaires de la Commission qui a lancé, en 2015, l’initiative «Budget de l’Union — Priorité aux résultats». Les citoyens et les contribuables doivent pouvoir obtenir des informations concernant les résultats produits par ces politiques et la mesure dans laquelle leurs objectifs sont remplis. |
Bruxelles, le 6 juillet 2017.
Le président du Comité économique et social européen
Georges DASSIS
(1) Voir l’avis sur le thème «Prochaines étapes pour un avenir européen durable» (voir page 15 du présent Journal officiel).
(2) Voir l’avis sur le thème «L’après-Paris» (JO C 75 du 10.3.2017, p. 103).
(3) Règlement (UE) no 1303/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013.
(4) http://cor.europa.eu/en/documentation/studies/Documents/Evolution-Budget-Dedicated-Rural-Development-Policy.pdf
(5) Voir l’avis sur le thème «La cohésion territoriale» (JO C 228 du 22.9.2009, p. 123).
(6) Voir l’avis sur le thème «LEADER en tant qu’instrument du développement rural» (JO C 376 du 22.12.2011, p. 15).
(7) http://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/Unemployment_statistics_at_regional_level/fr
(8) Voir l’avis sur le thème «Des systèmes alimentaires plus durables» (JO C 303 du 19.8.2016, p. 64).
(9) Ce point fait l’objet d’un avis d’initiative du CESE sur «La contribution de la société civile à l’élaboration d’une politique alimentaire globale dans l’Union européenne», dont l’adoption est prévue en décembre 2017.
(10) Voir l’avis sur le Paquet «Économie circulaire» (JO C 264 du 20.7.2016, p. 98).
(11) Règlement (UE) no 1303/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013: http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?qid=1489147469173&uri=CELEX:32013R1303
Résolution du Parlement européen du 14 décembre 2017 sur les femmes poursuivies pour fausse couche au Salvador (2017/3003(RSP))
14/12/2017
Résolution du Parlement européen du 14 décembre 2017 sur la mise en application de la directive 2011/93/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 relative à la lutte contre les abus sexuels et l’exploitation sexuelle des enfants, ainsi que la pédopornographie (2015/2129(INI))
14/12/2017
Résolution du Parlement européen du 14 décembre 2017 sur une stratégie européenne pour une mobilité à faible taux d’émissions (2016/2327(INI))
14/12/2017
Résolution du Parlement européen du 14 décembre 2017 sur les délibérations de la commission des pétitions en 2016 (2017/2222(INI))
14/12/2017