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AccueilDroit européen52017IE1220
Initiative législative52017IE1220

Avis du Comité économique et social européen sur «Des systèmes durables de sécurité sociale et de protection sociale à l’ère du numérique» (avis d’initiative)

CELEX52017IE1220
TypeInitiative législative
Datemercredi 6 décembre 2017

Résumé IA

Cet avis d'initiative du CESE examine l'impact de la numérisation sur les systèmes de sécurité sociale et de protection sociale dans l'UE. Il souligne la nécessité d'adapter ces systèmes pour garantir leur durabilité face aux nouvelles formes d'emploi (plateformes, travail indépendant) et à l'économie numérique. Le texte préconise une harmonisation des droits sociaux pour assurer une protection adéquate et équitable à tous les travailleurs, y compris ceux exerçant des activités non standard.

Texte intégral

11.4.2018

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 129/7


Avis du Comité économique et social européen sur «Des systèmes durables de sécurité sociale et de protection sociale à l’ère du numérique»

(avis d’initiative)

(2018/C 129/02)

Rapporteur:

Petru Sorin DANDEA

Décision de l’assemblée plénière

26.1.2017

Base juridique

Article 29, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Compétence

Section spécialisée «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section spécialisée

8.11.2017

Adoption en session plénière

6.12.2017

Session plénière no

530

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

157/3/5

1. Conclusions et recommandations

1.1.

La numérisation crée de nouvelles formes d’emploi qui soumettent les systèmes de sécurité sociale à forte pression. Le Comité économique et social européen (CESE) recommande aux États membres, mais aussi aux instances européennes, de réglementer ces nouvelles formes d’emploi, de telle manière que l’on puisse déterminer clairement l’employeur et le travailleur. Sur ce point, le CESE recommande de faire usage de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, laquelle a reconnu un statut de travailleurs à des personnes qui, bien que dépourvues d’un contrat de travail classique, se trouvaient dans une situation où elles exerçaient une activité s’inscrivant dans un rapport de dépendance rémunérée.

1.2.

C’est le contrat de travail individuel qui, bien souvent, forme la base du financement des systèmes actuels de sécurité sociale. Bon nombre des nouvelles formules d’activité économique et d’emploi qui sont apparues du fait de l’essor pris par les nouvelles technologies semblent sortir du cadre du contrat de travail. Le CESE estime qu’il s’agit d’une situation lourde de menaces pour les travailleurs qui exercent leur activité dans ces conditions, car ils ne sont plus protégés par la réglementation relative aux salaires, aux conditions de travail et à la sécurité sociale.

1.3.

Le CESE estime que dans la législation régissant les régimes de retraite, les États membres devraient envisager d’instaurer une disposition qui contraigne à verser une cotisation pour toutes les personnes qui génèrent des revenus de type professionnel. Cette mesure constitue une nécessité impérative, étant donné que dans bien des cas, les travailleurs qui s’inscrivent dans les nouvelles formes de travail dérivant de la numérisation ne sont pas couverts de manière adéquate par les prescriptions de la réglementation des régimes de retraite actuellement en vigueur.

1.4.

Le CESE estime que les États membres devraient envisager d’interconnecter les systèmes électroniques du gestionnaire respectif de leurs régimes nationaux de retraite et de leur dispositif d’assurance maladie avec ceux de leur administration fiscale. Ce faisant, ils seraient en mesure de discerner rapidement les personnes qui, bien que percevant des revenus de nature professionnelle, n’ont jamais bénéficié du statut d’assuré au sein des régimes publics de retraite et d’assurance maladie.

1.5.

Les États membres possèdent également, au titre de leurs systèmes de protection sociale, d’autres droits réglementés qui permettent à leurs bénéficiaires de percevoir des prestations. Y figurent notamment le congé parental, les allocations familiales, celles pour les enfants et celles d’autres types. Bien que ces droits soient souvent de nature non contributive, l’octroi des allocations afférentes s’effectue sur la base de l’habilitation à en bénéficier, laquelle suppose, dans nombre de cas, que leur bénéficiaire potentiel possède le statut de salarié. Le CESE recommande aux États membres de rechercher des solutions pour que les travailleurs qui sont employés selon les nouvelles formes de travail bénéficient de manière adéquate de ces prestations.

1.6.

S’agissant des travailleurs qui sont engagés dans les nouvelles formes de travail propres à l’ère numérique, le CESE estime qu’il serait possible de dégager une solution globale pour les problèmes liés à la reconnaissance de leurs droits touchant à la sécurité sociale en procédant à une réforme générale du mode de financement du système. Il demande aux États membres de chercher des solutions qui permettent de financer les systèmes de sécurité sociale en recourant à des instruments qui en assurent la viabilité tout en répondant à la nécessité d’offrir un accès aux personnes exerçant leur activité dans les nouvelles formes de travail. Il pourrait être envisagé d’utiliser une partie du «dividende de numérisation» pour garantir la viabilité future des régimes de protection sociale et alléger la charge pesant sur le travail.

1.7.

Le CESE estime que dans le cadre des débats lancés par la Commission européenne sur le développement d’un socle européen des droits sociaux, il conviendrait que le champ de ces discussions englobe nécessairement aussi la question de la situation des travailleurs engagés dans les nouvelles formes de travail et, en particulier, du mode de reconnaissance de leur statut, ainsi que la manière de leur garantir un accès adéquat aux systèmes de sécurité sociale et de protection sociale.

2. Le contexte: le passage au numérique et ses effets sur les systèmes de sécurité sociale et de protection sociale

2.1.

Le passage au numérique induit de profonds changements dans l’économie, les marchés du travail et la société en général, au niveau des pays, des différentes régions du globe et du monde entier. Tout en reconnaissant les avantages évidents qui en découlent, on voit clairement que la numérisation mettra au défi de nombreuses structures au sein de la société et de l’économie et peut avoir des effets négatifs pour certains secteurs s’ils ne s’adaptent pas à ce nouveau contexte. Un des domaines où elle est susceptible d’avoir une incidence dommageable est celui du régime de sécurité sociale.

2.2.

En Europe, les régimes de sécurité sociale, tels que nous les connaissons aujourd’hui, ont été bâtis voici plus d’un siècle. Ils reposent largement sur le lien direct avec le marché de l’emploi et sont financés en grande partie par les cotisations que versent les travailleurs et les employeurs, ainsi que, à des degrés divers, par l’impôt. Dans nombre d’États membres, l’existence d’un contrat de travail individuel qui a été enregistré officiellement constitue la condition essentielle qui détermine la qualité d’assuré d’un salarié pour les trois grands piliers du système de sécurité sociale: l’assurance retraite, l’assurance maladie et l’assurance chômage.

2.3.

Le passage au numérique a produit des changements majeurs sur le marché de l’emploi et continue à le faire. Ces mutations se manifestent par l’hétérogénéité des formes d’emploi qui se distinguent de celle fondée sur un contrat de travail individuel permanent, qui était prédominant dans les relations en matière d’emploi durant les décennies écoulées. En effet, c’est précisément pour contourner les notions classiques de «salarié», «entrepreneur» ou «personne exerçant une activité à son propre compte» que l’on a, dans certains cas, inventé ces nouvelles formes d’emploi, qui se cachent sous des dénominations telles que «contractant indépendant» ou «associé» (1). Dans un tel environnement, il sera nécessaire de procéder à des adaptations dans les régimes de sécurité sociale, afin qu’ils restent durables et bien adaptés sur le long terme.

2.4.

À mesure que les cohortes de salariés de la génération dite du «boom des naissances» quitteront le marché du travail et seront remplacées, dans une certaine mesure, par des travailleurs qui s’inséreront dans les nouvelles formes de travail, comme les contrats zéro heure, à la demande ou de droit civil, les régimes de protection sociale seront mis à rude épreuve et cette pression ne fera que s’aggraver à mesure que le phénomène du vieillissement de la population européenne s’accentuera.

2.5.

Dans ce contexte, il est évident que les régimes de sécurité sociale et de protection sociale devront être adaptés aux changements que la numérisation produit déjà sur le marché de l’emploi. Dans certains États membres, les partenaires sociaux ont lancé le dialogue requis pour discerner les choix politiques et les mesures nécessaires à leur mise en œuvre, afin que le système de protection sociale reste viable et adéquat dans ce nouveau contexte du passage au numérique. De même, il est nécessaire de disposer de lignes directrices pour clarifier les éventuelles zones grises du statut d’emploi des travailleurs en ce qui concerne la fiscalité et la sécurité sociale.

2.6.

Il est possible qu’une part croissante de la population active ne contribue pas aux systèmes de sécurité sociale établis et, par conséquent, n’en bénéficie pas, notamment pour ce qui est des prestations ou assurances en matière de chômage, de santé et de retraite. Cette situation doit être sérieusement examinée par les partenaires sociaux et les gouvernements des États membres mais il convient aussi d’étendre ces discussions au niveau de l’Union européenne et d’y associer les pouvoirs locaux, d’autres acteurs de la société civile, des associations et des prestataires, afin de définir des mesures viables et durables d’ordre politique et législatif et des dispositions complémentaires qui assurent la participation de l’ensemble des actifs, à des échelons appropriés de protection sociale, y compris pour les travailleurs indépendants.

3. Les politiques en faveur de la durabilité des régimes de sécurité sociale et de protection sociale à l’ère numérique

3.1.

La numérisation a produit des changements majeurs sur le marché de l’emploi et continue à le faire. Il existe aujourd’hui de nombreuses formes d’embauche qui ne rentrent pas dans le cadre de la relation traditionnelle de type employeur-travailleur, telles que celles des travailleurs des plates-formes qui sont souvent considérés comme des indépendants. Ce phénomène soumet les systèmes de sécurité sociale à une forte pression. Le CESE recommande aux États membres de traiter ces phénomènes, et au besoin de les réglementer, lorsqu’ils réforment leur marché du travail et leurs systèmes de sécurité sociale.

3.2.

La législation portant spécifiquement sur le marché du travail qui existe dans une majorité d’États membres pose que la base de la relation d’emploi réside dans le contrat individuel de travail. Bon nombre des nouvelles formules d’emploi qui sont apparues du fait de l’essor pris par les nouvelles technologies ne recourent plus au contrat de travail. Le CESE estime qu’il convient de clarifier la situation de ces travailleurs, de manière à pouvoir leur garantir une couverture adéquate conforme aux principes fondamentaux des systèmes nationaux en matière de marché du travail et de sécurité sociale. En cas de perte de leur emploi, ces travailleurs rejoindraient directement la catégorie des personnes démunies, étant donné qu’ils ne bénéficient pas de la protection d’un système de sécurité sociale.

3.3.

Les régimes publics de retraite des États membres sont fondés sur le principe de la solidarité intergénérationnelle. Toutefois, le montant de la pension basée sur la carrière est généralement calculé en fonction de la valeur des cotisations versées par le salarié et l’employeur sur toute la durée de sa vie active. Il en résulte que les travailleurs qui ont exercé des activités atypiques, non adossées à un contrat de travail classique, connaîtront dans de nombreux cas des difficultés à accumuler des droits à pension adéquats pour les périodes concernées. Dès lors que durant des laps de temps étendus, ils n’ont pas bénéficié d’un contrat de travail, la pension de retraite qu’ils vont percevoir sera d’un niveau extrêmement réduit, d’où le risque qu’ils se retrouvent sous le seuil de pauvreté. Le CESE estime que dans la législation régissant les régimes de retraite, les États membres devraient instaurer une disposition qui contraigne à verser une cotisation pour toutes les personnes qui génèrent des revenus de type professionnel.

3.4.

Dans le cadre de la législation sur les retraites, une majorité d’États membres prévoient que les travailleurs indépendants sont tenus au versement des cotisations de pension. C’est le droit fiscal ou celui du travail qui régissent les définitions respectives de l’activité indépendante et salariée. Dans bien des cas, cependant, les autorités peinent à cerner quelle est la nature de l’activité concernée, en particulier lorsque des travailleurs sont engagés dans de nouvelles formes de travail. Le CESE recommande aux États membres de clarifier leur législation, là où il y a lieu, afin de faciliter l’identification des formes d’activité salariée. Ainsi, il sera plus aisé de repérer les travailleurs qui exercent leur activité en ligne ou pratiquent de nouvelles formes de travail et les États membres auront la possibilité de mieux protéger la constitution de leurs droits à pension.

3.5.

Afin qu’il soit possible de recenser plus facilement les travailleurs qui, parce qu’ils se sont trouvé exercer une nouvelle forme de travail à un moment donné, ne disposent pas du statut d’assuré dans le régime public de retraite, le CESE estime que les États membres devraient envisager d’interconnecter les systèmes électroniques du gestionnaire de leur dispositif national de retraite et de leur administration fiscale. Ce faisant, ils seraient en mesure de discerner rapidement les personnes qui, bien que percevant des revenus de nature professionnelle, n’ont jamais bénéficié du statut d’assuré au sein du régime public de retraite. Ils pourraient ainsi les intégrer rapidement parmi les personnes assurées.

3.6.

En ce qui concerne l’assurance chômage, le CESE recommande d’analyser plus en détail notamment l’actuelle proposition de création d’une assurance au niveau de l’Union européenne (2), si ce régime d’assurance était financé au moyen de contributions versées par toutes les entreprises de l’Union européenne. En outre, il conviendrait également d’examiner la possibilité d’intégrer des normes européennes minimales dans les régimes nationaux d’assurance chômage, afin de s’assurer entre autres que toute personne à la recherche d’un emploi puisse bénéficier d’un soutien financier, y compris celles qui ont exercé leur activité dans les nouvelles formules d’emploi.

3.7.

Les régimes nationaux d’assurance maladie de l’Union européenne sont des systèmes qui assurent une couverture quasi universelle. Souvent, les travailleurs indépendants sont légalement tenus de cotiser à ce régime public d’assurance maladie et reçoivent en conséquence la qualité d’assuré ou de bénéficiaire. Néanmoins, dans le cas de certains des travailleurs qui exercent leur activité dans une des nouvelles formes de travail et ne déclarent pas formellement de revenus de nature professionnelle, le risque existe de ne pas bénéficier de la qualité d’assuré au titre du régime public d’assurance maladie. Le CESE recommande aux États membres de prendre les mesures nécessaires pour veiller à ce que les personnes se trouvant dans cette situation bénéficient d’une couverture.

3.8.

Parallèlement aux droits de sécurité sociale qui reposent sur le versement de cotisations par le salarié et son employeur, certains États membres possèdent également, au titre de leurs systèmes de protection sociale, d’autres droits réglementés qui permettent à leurs bénéficiaires de percevoir des prestations. Y figurent notamment le congé parental, les allocations familiales, celles pour les enfants et celles d’autres types. Bien que ces droits soient de nature non contributive, l’octroi des allocations afférentes s’effectue sur la base de l’habilitation à en bénéficier, laquelle suppose, dans certains États membres et dans certains cas, que leur bénéficiaire potentiel possède le statut de salarié. Cet état de chose exclut de facto les travailleurs exerçant leurs activités dans les nouvelles formes de travail, qui ne peuvent obtenir le bénéfice de tels droits.

3.9.

Le CESE estime que les institutions européennes et les États membres devraient déployer des efforts afin de dégager des solutions pour la reconnaissance du statut de travailleurs en faveur des personnes qui exercent des activités de nature professionnelle dans le cadre des nouveaux métiers propres aux technologies numériques. Sur ce point, le CESE recommande de faire usage de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, laquelle a reconnu un statut de travailleurs à des personnes qui, bien que dépourvues d’un contrat de travail classique, se trouvaient dans une situation où elles exerçaient une activité s’inscrivant dans un rapport de dépendance rémunérée. Octroyer aux intéressés le statut de travailleur pourrait résoudre le problème de leur donner accès aux prestations du régime de sécurité sociale et de protection sociale au même titre que les salariés classiques.

3.10.

Le CESE s’est félicité que la Commission européenne ait lancé le débat sur l’élaboration du socle européen des droits sociaux. Il conviendrait que le champ de ces discussions englobe nécessairement aussi la situation des travailleurs engagés dans les nouvelles formes de travail et, en particulier, le mode de reconnaissance de leur statut, ainsi que la manière de leur assurer l’accès aux prestations appropriées au titre des systèmes de sécurité sociale et de protection sociale.

3.11.

Le CESE recommande aux États membres de mettre sur pied des plates-formes qui incluront les partenaires sociaux et les organisations de la société civile et formuleront des propositions pour adapter le marché du travail au contexte de la numérisation. Le CESE considère qu’afin de répondre aux défis posés par l’ère numérique, le marché du travail doit s’adapter aux réalités nouvelles, en assurant la libre circulation de la main-d’œuvre tout en garantissant par ailleurs que les travailleurs soient couverts par les régimes de sécurité sociale et les réglementations relatives aux conditions de travail.

3.12.

Eu égard à la complexité de la situation dans laquelle se trouvent les travailleurs qui sont engagés dans les nouvelles formes de travail propres à l’ère numérique, le CESE estime qu’il serait possible de dégager une solution globale pour les problèmes liés à la reconnaissance des droits touchant à la sécurité sociale en procédant à une réforme générale du mode de financement du système. En conséquence, il demande aux États membres de chercher des solutions qui permettent de financer les systèmes de sécurité sociale en recourant à des instruments qui en assurent la viabilité tout en répondant à la nécessité d’offrir un accès aux personnes exerçant leur activité dans les nouvelles formes de travail. Il pourrait être envisagé d’utiliser une partie du «dividende de numérisation» pour garantir la viabilité future des régimes de protection sociale et alléger la charge pesant sur le travail.

Bruxelles, le 6 décembre 2017.

Le président du Comité économique et social européen

Georges DASSIS


(1) «L’avenir du travail que nous voulons», conférence de l’Organisation internationale du travail et du CESE sur l’avenir du travail, Bruxelles, 15 et 16 novembre 2016.

(2) JO C 230 du 14.7.2015, p. 24.


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