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AccueilDroit européen52017IR1265
Initiative législative52017IR1265

Avis du Comité européen des régions — Rapport de la Commission européenne sur la politique de concurrence 2016

CELEX52017IR1265
TypeInitiative législative
Datevendredi 1 décembre 2017

Résumé IA

Le Comité européen des régions évalue le rapport 2016 de la Commission sur la politique de concurrence, en soulignant l'importance de cette politique pour le marché intérieur et la nécessité de tenir compte des spécificités locales et régionales. L'avis insiste sur le rôle des collectivités territoriales dans la mise en œuvre des règles de concurrence, notamment en matière d'aides d'État et de services d'intérêt économique général. Il appelle à une meilleure prise en compte des enjeux de cohésion territoriale et de développement durable dans l'application du droit de la concurrence.

Texte intégral

8.5.2018

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 164/50


Avis du Comité européen des régions — Rapport de la Commission européenne sur la politique de concurrence 2016

(2018/C 164/09)

Rapporteur:

Michael MURPHY (IE/PPE), membre du conseil du comté de Tipperary

Texte de référence:

Rapport de la Commission européenne sur la politique de concurrence 2016

COM(2017) 285 final

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS

1.

salue le rapport annuel sur la politique de concurrence 2016 qui a été présenté par la Commission, en particulier en ce qu’il reconnaît que ladite politique a des effets directs sur la vie des gens. À cet égard, le Comité fait observer que quand elle est efficace, elle constitue un rouage essentiel pour le bon fonctionnement du marché intérieur et procure au consommateur des avantages de taille, en encourageant l’esprit d’entreprise, l’innovation et l’efficacité et en offrant au citoyen européen un éventail de choix plus large;

2.

estime que l’économie mondialisée exige un environnement concurrentiel ouvert et équitable et nécessite, partant, la réglementation de la concurrence, et non pas seulement une «culture» de la concurrence. Le Comité se réjouit, de même, de voir que la Commission entend collaborer étroitement avec les autres institutions de l’Union européenne, les organisations internationales et les autorités chargées de faire respecter les règles de concurrence dans le monde entier;

3.

voit d’un œil favorable que la Commission œuvre au renforcement des règles en matière de concurrence mais demande que cette politique bénéficie de ressources supplémentaires en ce qui concerne sa mise en œuvre, pour pouvoir traiter dûment des politiques industrielles nationales et régionales des États membres, en particulier quand elles ressortissent à des compétences qui n’entrent pas dans le champ des traités de l’Union européenne;

4.

souligne qu’une transparence accrue serait nécessaire en ce qui concerne la manière dont la Commission prend ses décisions s’agissant d’affecter des moyens aux grandes enquêtes de concurrence et de garantir que ces arbitrages s’accompagnent toujours de résultats tangibles pour renforcer le marché unique;

5.

fait valoir que c’est à la Commission qu’il incombe d’assurer une réponse globale aux défis suscités par la concurrence internationale et la mondialisation des marchés, en améliorant la coordination des politiques et des instruments de l’Union européenne et en apportant une meilleure reconnaissance à la dimension régionale;

6.

souligne que le Royaume-Uni restera soumis aux règles de concurrence de l’Union européenne jusqu’au 31 mars 2019 au moins et que les enquêtes ouvertes avant cette date, comme celle qui l’a été le 26 octobre 2017 sur les exemptions britanniques accordées aux multinationales pour les protéger des règles visant à lutter contre l’évasion fiscale pourraient n’être closes qu’après ladite date, mais qu’elles devront toujours être mises en œuvre;

7.

reconnaît qu’on ne peut invoquer le Brexit pour renoncer complètement à toute forme de contrôle des aides d’État mais estime que face à la perturbation économique que les autres États membres de l’Union européenne subiront lorsque le Royaume-Uni la quittera, il conviendrait d’étendre la portée du règlement général d’exemption par catégorie et d’assouplir, ou de suspendre temporairement, les règles sur les aides d’État pour certaines industries, qui risquent de pâtir le plus de cette sortie, pour autant que l’on ne soit pas en présence d’aides sélectives qui iraient à l’encontre de l’objectif que la réglementation de l’Union européenne soit appliquée équitablement à toutes les entreprises;

Aides d’État et rescrits fiscaux

8.

se félicite du travail accompli par la Commission pour juguler les aides d’État illégales qui sont accordées sous la forme d’avantages fiscaux sélectifs, car il voit dans cette action un moyen efficace de garantir que les règles de l’Union européenne s’appliquent de manière équitable à toute entreprise qui réalise des affaires dans le marché unique, indépendamment de sa taille, du secteur auquel elle se rattache ou de sa nationalité, et que les sociétés soient soumises à une imposition proportionnelle à leur ampleur et à leur richesse, de manière à ce qu’elles contribuent au financement des services publics et à la lutte contre les inégalités, qui sont d’une très grande importance au niveau local;

9.

souligne, en ce qui concerne l’évasion fiscale, que la question des rescrits fiscaux fait partie de l’effort général déployé par l’Union européenne pour lutter contre celle qui est pratiquée par les grandes entreprises, notamment grâce au train de mesures de lutte contre l’évasion fiscale, aux rapports pays par pays, au jeu de dispositions sur la réforme de l’impôt sur les sociétés et aux nouvelles règles de transparence concernant les intermédiaires en matière de planification fiscale. Le Comité insiste de même sur la nécessité que l’Union européenne détermine si la sécurité juridique en matière de rescrits fiscaux dans les États membres pourrait être plus efficacement assurée par une nouvelle réglementation, ou plutôt par une action au niveau de l’exécution, et qu’elle se demande si une procédure de sanctions alimentant les ressources propres du budget de l’Union ne devrait pas être adoptée en tant que partie intégrante de tout nouveau régime réglementaire;

10.

estime que la compétence exclusive de l’Union européenne, inscrite à l’article 3 du TFUE, s’agissant d’établir les règles de concurrence nécessaires au bon fonctionnement du marché unique, n’entame pas le droit souverain dont disposent les États membres de définir leur régime propre de l’impôt sur les sociétés ou de fixer leurs taux d’imposition spécifiques. Le Comité reconnaît toutefois que les États membres doivent, dans l’ensemble du marché intérieur de l’Union, respecter des conditions de concurrence équitables pour les entreprises et les consommateurs (1);

11.

observe que c’est le 30 août 2016 que la direction générale de la concurrence a arrêté sa décision la plus retentissante en matière de mise en œuvre du droit de la concurrence, lorsqu’elle a estimé que les rescrits fiscaux spécifiquement émis par l’Irlande en 1991 et en mai 2007 en faveur de deux sociétés du groupe Apple constituées dans ce pays constituaient des aides au sens de l’article 107, paragraphe 1, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Le Comité prend acte que dans sa décision, la Commission européenne avance qu’en émettant les rescrits fiscaux contestés qui ont permis auxdites entreprises du groupe Apple de déterminer le montant annuel dont elles seraient redevables au titre de leur impôt sur les sociétés dans le pays au cours des années durant lesquelles ils seraient en vigueur, l’Irlande leur a octroyé, ainsi qu’au groupe lui-même, en violation de l’article 108, paragraphe 3, du traité, une aide d’État illégale, qu’elle est tenue de récupérer, en vertu de l’article 16 du règlement (UE) 2015/1589. Le Comité souligne que selon la Commission, cette décision ne remet en cause ni le régime général irlandais en matière de fiscalité, ni son taux d’impôt sur les sociétés;

12.

note que des problèmes se posent actuellement s’agissant de mettre en œuvre au niveau national la directive 2016/1164 du Conseil établissant des règles pour lutter contre les pratiques d’évasion fiscale qui ont une incidence directe sur le fonctionnement du marché intérieur. Son article 4, paragraphe 4, prévoit une dérogation à la règle de limitation des intérêts, en ce qui concerne les emprunts utilisés pour financer des projets d’infrastructures publiques à long terme. Il offre de vastes possibilités d’exemption pour des activités considérées comme d’intérêt public, mais les États membres ne l’exploitent pas pleinement;

13.

rappelle que la Commission a calculé que l’aide qui, sous la forme susdite, a été octroyée par l’Irlande aux entreprises concernées du groupe Apple a atteint 13 milliards d’euros et que cette somme devait être restituée au Trésor irlandais, mais que le gouvernement irlandais a fait appel de cette décision de la Commission européenne auprès de la Cour de justice de l’Union européenne; Toutefois, étant donné qu’à l’époque où la décision de la Commission a été rendue, l’Irlande disposait de quatre mois pour récupérer les aides d’État illégales, c’est-à-dire jusqu’en janvier 2017, et bien que le gouvernement irlandais ait déployé des efforts pour recouvrer les montants records à placer sous séquestre dans l’attente de la décision de justice, son incapacité à recouvrer effectivement les 13 milliards d’euros dans les délais impartis a amené la Commission européenne, le 4 octobre 2017, à déférer l’Irlande à la Cour de justice de l’Union européenne, même si les deux parties espèrent éviter une sanction judiciaire;

14.

demande avec insistance de mener rapidement à leur conclusion les dossiers concernant Apple qui sont devant la justice, afin de donner une certaine sécurité concernant l’incidence que le droit de la concurrence peut avoir sur d’autres rescrits fiscaux existants;

L’initiative pour la modernisation des règles relatives aux aides d’État

15.

rejoint la Commission quand elle avance qu’une transparence accrue de la dépense publique joue un rôle capital pour promouvoir une utilisation optimale de l’argent du contribuable, et estime qu’elle constitue également une manière de renforcer la confiance des citoyens pour ce qui est de la crédibilité et de la légitimité des pouvoirs publics;

16.

rappelle (2) que dans l’application des réglementations de l’Union européenne sur les aides d’État pour ce qui est des services d’intérêt économique général (SIEG), on ne peut se limiter aux seuls principes de la concurrence, mais qu’elles doivent être en totale cohérence avec le large pouvoir d’appréciation que les traités confèrent aux États membres en ce qui concerne la définition d’un SIEG, ainsi que les principes de l’autonomie locale et régionale, de la cohésion économique, sociale et territoriale et de la neutralité à l’égard du régime de propriété dans les États membres de l’Union (article 3 du traité sur l’Union européenne, ainsi qu’articles 14, 106 et 345 et protocole no 26 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne). Les SIEG doivent refléter la diversité des besoins, des préférences des utilisateurs et des marchés publics, qui peut résulter de celle des situations géographiques, sociales ou culturelles, ainsi que des processus démocratiques dans les États membres. Une procédure d’examen ne peut avoir lieu que si une réglementation nationale, régionale ou locale ou un financement concernant un SIEG a une incidence transfrontière ou présente des implications pour le marché intérieur;

17.

déplore que le rapport annuel sur la concurrence 2016 n’accorde que très peu d’importance aux questions concernant les aides d’État pour les SIEG et, en particulier, qu’il ne fournisse d’éclaircissement ni sur l’évaluation du «train de mesures Almunia», ni sur la révision des règles de minimis concernant ces SIEG. Le Comité rappelle à cet égard avoir demandé que l’on entreprenne:

—

de faciliter le respect de la quatrième condition de l’arrêt Altmark, en publiant une orientation plus détaillée à ce sujet, précisant ce qu’il convient d’entendre par une entreprise moyenne, bien gérée et adéquatement équipée des moyens nécessaires,

—

de réviser la définition du bénéfice raisonnable d’un SIEG, en particulier afin de prendre en compte le fait que ces bénéfices sont souvent réinvestis dans les SIEG, notamment au travers d’incitants ou d’une augmentation du pourcentage de bénéfice reconnaissable raisonnable,

—

de relever les seuils de minimis applicables aux aides d’État en faveur des SIEG,

—

d’augmenter, en le rétablissant au montant de 30 millions d’euros par an en vigueur avant 2011, le seuil en deçà duquel les compensations pour service public accordées à certaines entités chargées de la gestion de SIEG sont exonérées de l’obligation de notifier les aides d’État qui est prévue à l’article 108, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne;

18.

réitère (3) son appel en faveur d’une extension de la définition de logement social figurant dans la décision de la Commission du 20 décembre 2011: afin de donner davantage de pouvoir discrétionnaire aux États membres en matière de planification, de fourniture, d’exécution, de financement et d’organisation des services de logement social et de garantir le droit démocratique de décision, il conviendrait de supprimer la limitation de l’accès au logement social aux «personnes les plus démunies ou groupes sociaux moins avantagés». Il y a lieu de mettre davantage l’accent sur le droit à un logement décent et abordable, car l’incapacité du marché du logement à satisfaire l’ensemble des besoins en logement n’affecte pas seulement les personnes qui n’ont aucun accès à un logement, mais également les résidents de logements dangereux pour la santé, inadaptés ou surpeuplés, ainsi que celles qui consacrent l’essentiel de leurs revenus au paiement de leur loyer ou de leur mensualité de prêt;

19.

attire l’attention sur l’étude qu’il a publiée le 9 juin 2017, concernant la «Mise en œuvre de la décision et de l’encadrement relatifs aux services d’intérêt économique général (SIEG): l’association des collectivités locales et régionales à l’exercice de rapport et l’état d’avancement de la définition des services sociaux et de santé comme activités économiques», et sur ses conclusions, qui précisent:

—

que les autorités locales et régionales ont été directement ou indirectement associées à la rédaction de 22 des rapports nationaux sur la mise en œuvre du «train de mesures Almunia»,

ainsi que sur ses recommandations, soulignant:

—

que des clarifications sont nécessaires en ce qui concerne la qualification d’un service social comme activité économique, en particulier dans le secteur social et celui des soins de santé, le calcul de la compensation, y compris d’un bénéfice raisonnable, et les éventuelles incohérences entre les différents textes à prendre en compte,

—

qu’une simplification des exigences en matière de rapports est nécessaire,

—

qu’il importe de promouvoir les échanges de bonnes pratiques;

20.

fait valoir, en conséquence, que la mission dont les collectivités locales et régionales s’acquittent, en tant que fournisseurs de SIEG, afin de garantir et renforcer la dimension sociale du marché unique, n’en revêt que plus d’importance dans un contexte de taux de chômage élevés, de vieillissement démographique, de turbulences sociales et de fragilité de la conjoncture, que le citoyen ressent directement les bienfaits qu’apportent des services de ce genre et qu’ils contribuent, de ce point de vue, à améliorer et renforcer sa confiance envers les institutions publiques;

21.

met l’accent sur la responsabilité collective qui s’impose à tous les échelons de gouvernance d’assurer des services publics durables pour tout citoyen de l’Union européenne et défend l’idée que le principe sur lequel la Commission doit fonder son contrôle sur les aides d’État dans les SIEG est celui de la loyauté, de façon à aider les autorités et les acteurs concernés, plutôt que d’intervenir d’emblée avec l’idée que les collectivités locales et régionales violent les règles quand elles fournissent ces prestations;

22.

voit d’un bon œil que la Commission s’efforce de simplifier l’application des règles sur les aides d’État, en l’occurrence par sa communication sur la notion d’aide, et que le rapport sur la concurrence reconnaisse que ladite communication «est particulièrement importante pour faciliter l’investissement public» et contribuera «à maximiser l’effet des investissements sur la croissance économique et l’emploi», se situant ainsi, d’une certaine manière, dans le fil des revendications du CdR concernant une simplification et des exemptions plus poussées dans le domaine des SIEG;

23.

conteste cependant le degré de sécurité juridique produit par la communication, car en ce qui concerne tout particulièrement ces services, certaines parties prenantes ont relevé la complexité des différents documents qui entrent en ligne de compte et leurs incohérences possibles, de sorte qu’elles éprouvent des difficultés pour juger de la règle qui doit être appliquée dans tel ou tel cas spécifique (4);

24.

exprime également des inquiétudes quant à la charge administrative découlant de l’obligation de faire rapport en vertu de la décision et du cadre législatif sur le SIEG, comme certains de ces rapports nationaux en ont fait état;

Le marché unique numérique

25.

a toujours été partisan des efforts déployés pour que la stratégie en faveur du marché unique numérique serve d’instrument de croissance inclusive dans toutes les régions au sein de l’Union européenne, car améliorer l’accès à la large bande et aux services des technologies de l’information et de la communication, en particulier dans les régions périphériques, reculées, ou caractérisées par la dispersion géographique de leur population, ouvre la possibilité de faciliter l’accessibilité des services, par exemple avec la santé et la gouvernance en ligne, et de dégager ainsi des gains d’efficacité, de contribuer à assurer au consommateur, où qu’il se trouve, des prix bas et des choix élargis et d’ouvrir de nouvelles perspectives économiques pour les entreprises locales, aboutissant ainsi à améliorer la qualité de vie de la population et à renforcer la cohésion;

26.

renvoie, dans ce contexte, à son avis COTER-VI/012 sur la «Simplification des Fonds ESI du point de vue des collectivités locales et régionales», dans lequel il traite des conséquences que l’application des règles relatives aux aides d’État produit sur la mise en œuvre des Fonds ESI et où il pointe entre autres l’existence d’une incohérence notable dans l’application des règles relatives aux aides d’État. Le Comité européen des régions relève que si les programmes gérés de manière centralisée par la Commission européenne, tels qu’Horizon 2020, le mécanisme pour l’interconnexion en Europe ou le Fonds européen pour les investissements stratégiques, sont exemptés des procédures relatives aux aides d’État, tel n’est pas le cas des projets financés dans le cadre de la politique de cohésion. En matière d’aides d’État, il s’ensuit que les projets ne sont pas jugés suivant leur nature mais selon que c’est la Commission ou l’État membre qui octroie l’aide en question et en fonction de la source de leur financement;

27.

s’inquiète tout particulièrement des obstacles au commerce électronique transfrontière que les entreprises pourraient dresser elles-mêmes, du blocage géographique et du risque que des acteurs dominants empêchent artificiellement d’éventuels concurrents d’exploiter des débouchés commerciaux potentiels;

28.

souligne en outre, toujours au vu de son avis COTER-VI/012 sur la «Simplification des Fonds ESI du point de vue des collectivités locales et régionales», qu’il convient d’accorder une attention toute particulière au recours aux aides d’État dans le cadre des programmes de coopération territoriale européenne. En règle générale, pour ce qui est de ces programmes, il existe une disproportion entre les efforts qu’il est nécessaire de fournir pour respecter les règles relatives aux aides d’État et le risque de distorsion de la concurrence. En outre, les règles en matière d’aides d’État font souvent l’objet d’interprétations qui diffèrent selon les États membres et il n’est donc pas possible de les appliquer avec la sécurité juridique appropriée, de sorte qu’il est souvent impossible d’exécuter des projets de qualité. En conséquence, l’une des mesures qu’il serait possible de réaliser rapidement pour simplifier les Fonds ESI consisterait à soustraire également la coopération territoriale européenne du champ d’application des règles relatives aux aides d’État, comme il en va, par exemple, pour le programme Horizon 2020;

29.

salue, dans ce contexte, les initiatives de la Commission qui entendent renforcer le droit de la concurrence dans la sphère numérique, à savoir l’enquête sectorielle sur le commerce électronique et les investigations qu’elle vient de lancer pour traiter les questions spécifiques des restrictions sur les prix de détail, de la discrimination sur la base de la localisation et du blocage géographique injustifié (5);

30.

incite la Commission à entreprendre d’appliquer les règles de concurrence dans l’économie numérique unique en se plaçant sur le même terrain que les autorités chargées de la réglementation concurrentielle qui sont ses pendants partout ailleurs dans le monde, afin de garantir que l’innovation ne sera pas entravée, et lui recommande de contribuer à dégager une coopération plus étroite entre les autorités chargées de la concurrence, la Commission européenne et les organisations internationales telles que l’OCDE;

31.

soutient également les efforts déployés par la Commission européenne pour rééquilibrer le taux d’imposition réel payé par les entreprises traditionnelles et celles du secteur numérique, dans la mesure où une communication de la Commission sur la fiscalité du secteur numérique, présentée le 21 septembre 2017, montre que le taux effectif des impôts acquittés par les entreprises internationales du secteur d’Internet est de 10,1 %, contre 23,2 % pour les entreprises internationales classiques. Le Comité attend par conséquent de la Commission qu’elle examine la possibilité d’introduire des taxes spécifiques sur le chiffre d’affaires ou sur les transactions numériques et qu’elle envisage de proposer, dans le cadre de l’assiette commune consolidée pour l’impôt des sociétés, le concept d’«établissement stable virtuel»;

Marché unique

32.

relève que les autorités nationales de la concurrence (ANC) jouent un rôle important dans des domaines essentiels touchant à ladite concurrence (6) et préconise d’augmenter les ressources que leur allouent à chacune les différents États membres et de mieux coordonner celles de l’Union européenne grâce au réseau européen de la concurrence (REC). Le Comité européen des régions est également favorable à une proposition législative de la Commission qui renforce les outils de mise en application et de sanction à la disposition desdites autorités nationales, sous la forme du «REC+», de manière à garantir une pleine exploitation du potentiel que recèle le système décentralisé de l’Union européenne pour la mise en œuvre des règles de concurrence;

33.

se félicite, à cet égard, que la Commission ait pris une initiative pour que les autorités nationales de concurrence soient encore plus efficaces dans leur rôle de mise en œuvre des règles, étant donné que pour certains échelons du marché, elles sont mieux placées pour se charger de l’application de la réglementation européenne en la matière tout en respectant les spécificités nationales;

34.

tient à relever que chaque fois que des entreprises dominantes exploitent leurs clients, en leur facturant des prix excessifs ou en leur imposant des clauses abusives, les autorités chargées de la concurrence se doivent d’intervenir, afin de traiter le problème de ces tarifs surfaits, en particulier pour ce qui est des produits pharmaceutiques, le but étant de garantir aux patients qu’ils pourront accéder aux médicaments essentiels de manière efficace et à des conditions abordables et d’aider à obtenir, pour eux et pour la société, les meilleurs résultats possibles;

35.

fait état de ses inquiétudes face à la vague inédite d’absorptions d’entreprises qui se produit dans un marché mondial déjà fortement concentré, à savoir celui des semences, des produits chimiques et des pesticides, ainsi que des caractéristiques génétiques des organismes génétiquement modifiés, car il est vraisemblable qu’elle réduira la concurrence et aboutira à créer des structures oligopolistiques;

36.

met en avant les risques de forte intégration verticale entre caractéristiques, semences et produits chimiques qui résulteront d’une position dominante d’une intensité encore jamais atteinte jusqu’ici sur le marché mondial, en raison de laquelle les entreprises qui dominent cette industrie vont acquérir encore plus d’influence sur la politique menée, lésant ainsi la recherche scientifique indépendante et l’intérêt public en abusant de leur position prépondérante dans le secteur;

37.

met en avant le rôle important que jouent les petits agriculteurs pour la durabilité des écosystèmes régionaux et engage la Commission à s’assurer que les fusions en cours ne dresseront pas de barrières à l’entrée pour les innovateurs de plus petite taille, n’accroîtront pas le risque de leur barrer l’accès aux technologies et aux autres ressources nécessaires pour soutenir efficacement la concurrence et n’auront pas pour effets d’augmenter les prix des intrants agricoles et de restreindre le choix pour les agriculteurs;

38.

souligne que les agriculteurs et les PME, qui constituent 79 % des exploitations agricoles de l’Union européenne, souffrent d’une vulnérabilité due à la position plus faible qu’ils détiennent dans la négociation et à des pratiques commerciales déloyales dans la chaîne de l’approvisionnement alimentaire. Dans ce même ordre d’idées, le Comité fait remarquer que les exploitants agricoles constituent, dans cette même chaîne, le principal amortisseur pour les risques de marché tels que l’instabilité des prix ou leurs périodes de stagnation prolongée à des niveaux bas, et il invite la Commission à les aider à contrecarrer les effets de la concentration croissante que cette filière subit dans ses maillons du traitement et de la vente;

39.

presse les commissaires responsables de l’agriculture et de la concurrence de travailler en coopération étroite en vue de simplifier l’application des règles en matière d’aides d’État dans le domaine du développement rural, notamment en prévoyant une procédure intégrée pour l’approbation simultanée du programme de développement rural et des aides relatives aux financements pour le secteur forestier et la diversification agricole, qui sont exclus des initiatives de simplification concernant le secteur agricole. Une telle démarche soutiendrait les efforts visant à diversifier les marchés du secteur agroalimentaire, en particulier pour les domaines d’activité de cette branche qui sont les plus affectés par le départ du Royaume-Uni;

40.

appelle à nouveau, comme il l’explique dans son avis sur la politique agricole commune après 2020, à procéder à une révision du droit européen de la concurrence qui permette à tous les acteurs d’une filière donnée, y compris les consommateurs et les pouvoirs publics, de décider d’une juste répartition de la valeur ajoutée et des marges tout au long de la chaîne de valeur et donne aux agriculteurs la possibilité de renforcer leur position sur le marché;

41.

réitère son appel pour que la législation de l’Union européenne sur la passation des marchés publics dans le secteur de la restauration collective soit revue afin qu’y soit intégré le principe de primes pour l’approvisionnement en produits alimentaires qui proviennent de l’Union ou respectent l’approche «zéro km» grâce aux filières courtes, afin de favoriser le marché intérieur et la sécurité du produit utilisé;

42.

souligne que le contrôle sur les aides d’État a joué un rôle essentiel pour garantir, tout au long de la crise, que le secteur bancaire de l’Union européenne devienne plus sûr et plus sain;

43.

note néanmoins que le manque d’uniformité dans l’application faite de la directive sur le redressement et la résolution des établissements de crédit (directive BRRD) accroît les incertitudes en ce qui concerne le contrôle des aides d’État pour les mesures que l’Union européenne a prises afin de procéder à la résolution d’établissements bancaires ou d’en assurer la recapitalisation temporaire;

44.

est d’avis qu’il est nécessaire d’avoir une vision bien plus claire des rôles respectifs des renflouements interne et externe, ainsi que de la manière dont ils s’appliquent à des établissements financiers de tailles différentes, de façon à disposer d’un cadre de règles égales pour tous lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre le contrôle sur les aides d’État dans l’ensemble du système bancaire européen, sans exemptions pour tel ou tel État membre;

45.

est d’avis qu’il est nécessaire de disposer de systèmes plus efficaces de garantie des dépôts au niveau de l’union bancaire si l’on veut s’assurer de ressources financières suffisantes pour asseoir la confiance de tous les déposants et préserver ainsi la stabilité financière;

46.

se félicite que les règles en matière d’aides d’État présentent suffisamment de souplesse pour autoriser les États membres à aider les citoyens vulnérables, les petites entreprises en difficulté et les épargnants, sans que cette assistance soit considérée comme une aide d’État, ainsi que la Commission l’a confirmé dans ses décisions sur le programme chypriote de subventions publiques aux emprunteurs et microentreprises (7) et sur la résolution de la Banque coopérative du Péloponnèse, en Grèce (8);

Une union de l’énergie respectueuse du climat

47.

accueille favorablement l’enquête de la Commission sur les mécanismes de capacité (9), tout en soulignant que la priorité essentielle guidant l’action de l’Union européenne dans ce domaine doit consister à promouvoir l’énergie durable, sous la forme des énergies renouvelables et d’efforts accrus pour une efficacité énergétique, en tant qu’il s’agit là du moyen de réaliser la diminution des émissions de CO2 conformément à l’accord conclu à Paris au titre de la CCNUCC, ainsi qu’à lutter contre la précarité énergétique, sécuriser l’approvisionnement en énergie et renforcer la cohésion territoriale;

48.

fait observer par ailleurs que disposer d’une énergie à des tarifs abordables constitue un facteur essentiel de la compétitivité des régions, en particulier de celles qui sont moins favorisées et périphériques, et que celles qui sont dotées d’une forte base industrielle, laquelle représente en soi un domaine d’activité gourmand en énergie, sont lourdement touchées par les taxes et redevances afférentes et sont tributaires d’un approvisionnement abordable et sûr en la matière;

49.

relève que ces dernières années, les tarifs de l’énergie ont augmenté sur le marché de détail, en dépit de la baisse de ses prix de gros, et adhère aux positions de la Commission quand elle estime que la transition vers les énergies propres devrait s’effectuer de manière équitable et prendre en compte les changements qu’elle implique pour les parties prenantes, dont les entreprises et les travailleurs (10);

50.

appelle la Commission à optimaliser l’aide qu’elle dispense pour la transition structurelle des régions à forte empreinte charbonnière et carbonique, dans le respect des règles de la concurrence, et à œuvrer en partenariat avec les acteurs qui y sont présents, afin de mieux cibler cet appui européen, en encourageant les échanges de bonnes pratiques, y compris des débats sur les feuilles de route en matière industrielle et sur les besoins de requalification, ainsi qu’en favorisant les synergies et coopérations communes;

Une culture mondiale de la concurrence

51.

souligne que le dumping fiscal et social, la planification abusive en matière de fiscalité et l’évasion fiscale constituent autant d’obstacles à une concurrence loyalement exercée;

52.

est fermement convaincu que la politique commerciale de l’Union européenne joue un rôle capital pour favoriser la convergence, entre toutes les juridictions, des instruments et pratiques de l’action en matière de concurrence, tout en mettant en place un monde fondé sur les valeurs;

53.

salue le protocole d’accord sur les aides d’État conclu entre la Commission européenne et, côté chinois, la Commission nationale pour le développement et la réforme. Le Comité espère que ce texte apportera une contribution substantielle à la stratégie plus globale développée par la Commission pour remédier aux distorsions que les politiques nationales de subvention impriment au commerce mondial (11).

Bruxelles, le 1er décembre 2017.

Le président du Comité européen des régions

Karl-Heinz LAMBERTZ


(1) L’Irlande, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique ont tous fait l’objet de décisions de la direction générale de la concurrence en matière de rescrits fiscaux. Ces États membres ont contesté chacune d’entre elles devant la Cour de justice de l’Union européenne.

(2) Voir le paragraphe 2 de l’avis du CdR sur le thème «Aides d’État et services d’intérêt économique général» (ECON-VI/013), adopté le 11 octobre 2016.

(3) Voir le paragraphe 41 de l’avis du CdR sur le thème «Aides d’État et services d’intérêt économique général» (ECON-VI/013), adopté le 11 octobre 2016.

(4) Voir les Rapports des États membres sur l’application de la décision relative aux SIEG 2012-2016

(5) Commission européenne, «Pratiques anticoncurrentielles: la Commission ouvre trois enquêtes sur des pratiques anticoncurrentielles présumées dans le commerce électronique», accessible par ce lien.

(6) Par exemple l’enquête sectorielle sur le traitement des données dans le domaine de la publicité en ligne, ouverte par l’Autorité française de la concurrence, l’amende que l’Autorité italienne de la concurrence a infligée à WhatsApp, qui aurait contraint ses utilisateurs à partager leurs données personnelles avec Facebook, celle imposée par cette même autorité à Aspen Pharma (dossier Aspen), ou encore celle dont l’Autorité de la concurrence et des marchés a frappé Pfizer et Flynn Pharma (affaire Pfizer/Flynn Pharma).

(7) Affaire SA.45004 (2016/N).

(8) Affaire SA.43886.

(9) Les «mécanismes de capacité» ont été conçus pour aider les investissements destinés à combler le déficit prévu en matière de capacités et assurer la sécurité des approvisionnements. Dans le schéma le plus courant, ils offrent aux fournisseurs de capacités des rémunérations supplémentaires, s’ajoutant aux revenus qu’ils tirent de la vente d’électricité sur le marché, afin de les récompenser d’avoir conservé des capacités en place ou investi dans de nouvelles et répondu ainsi à la nécessité de garantir la sécurité de la fourniture d’électricité.

(10) Commission européenne, Deuxième rapport sur l’état de l’union de l’énergie, COM(2017) 53 final, Bruxelles, 1er février 2017, disponible par ce lien.

(11) http://europa.eu/rapid/press-release_IP-17-1520_fr.htm.


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