| CELEX | 52017IR1530 |
| Type | Initiative législative |
| Date | mercredi 11 octobre 2017 |
| 13.2.2018 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 54/72 |
Avis du Comité européen des régions — La réforme des ressources propres de l’UE dans le contexte du prochain CFP pour l’après-2020
(2018/C 054/13)
|
RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS
Une opportunité historique de réforme du système des ressources propres
| 1. | rappelle que l’article 311 du TFUE dispose que «l’Union se dote des moyens nécessaires pour atteindre ses objectifs et pour mener à bien ses politiques» et que «le budget est, sans préjudice des autres recettes, intégralement financé par des ressources propres»; |
| 2. | souligne les défis auxquels sera confronté le budget de l’UE après 2020 pour répondre à des enjeux en mutation dans des domaines porteurs d’une valeur ajoutée européenne, notamment au regard de la nécessité de renforcer les politiques en matière de défense et d’anti-terrorisme, de gestion des migrants et des réfugiés, de lutte contre le changement climatique, et d’aborder les défis démographiques, en plus des autres priorités déjà soutenues au sein du cadre financier pluriannuel (CFP); |
| 3. | note que la sortie du Royaume-Uni de l’UE aura un impact sur l’avenir du budget après 2020, avec notamment une diminution d’environ 10 milliards d’euros par an (1) et des retards sur le calendrier des négociations du prochain CFP qui est déjà reporté à l’été 2018; |
| 4. | rappelle que le CdR a déjà pris position en faveur d’une réforme substantielle des ressources propres (2); |
| 5. | accueille favorablement la publication du rapport final du groupe de haut niveau sur les ressources propres (rapport Monti), notamment les recommandations sur le principe de valeur ajoutée européenne et le principe de subsidiarité, mais regrette que ce rapport n’aborde pas la taille du budget européen au regard des priorités fixées par l’UE; |
| 6. | considère que le contexte particulier lié aux crises, au retrait du Royaume-Uni de l’UE et au processus de réflexion sur l’avenir de l’Europe, ainsi que les recommandations du rapport Monti offrent une occasion de dégager une vision concernant notamment les priorités à financer à moyen et plus long terme dans le cadre du budget de l’UE et d'en réformer le système de financement; |
| 7. | se félicite de la publication du document de réflexion de la Commission sur l’avenir des finances de l’UE, notamment de la partie «recettes pour financer les politiques de l’Union». Accueille favorablement la référence, dans la lettre d’intention de la Commission transmise au Parlement européen et au Conseil le 13 septembre 2017, visant à mener une réforme des ressources propres. Cependant, le CdR souhaite que des propositions concrètes soient présentées parallèlement ou dans le cadre de la proposition relative au CFP (d’ici mai 2018). Par ailleurs, le CdR appelle autant le Conseil que les États membres à participer à l’ambition de réformer en profondeur le système actuel des ressources propres en le rendant plus simple, équitable et transparent; |
Un budget de l’UE asphyxié par la logique du «juste retour»
| 8. | rappelle que depuis quelques décennies, les contributions nationales calculées sur la base du revenu national brut (RNB) sont devenues les ressources principales du budget de l’UE (3); |
| 9. | considère que le système actuel est sous-optimal, notamment parce qu'il dépend excessivement des contributions nationales et encourage les gouvernements à n’accepter que les combinaisons de dépenses qui maximisent leurs gains nets supposés en termes de trésorerie publique. Cette approche conduit à négliger les bénéfices du marché unique ou de certaines politiques européennes et à se focaliser uniquement sur le taux de retour. Elle nourrit également une division entre les États membres «contributeurs nets» et les «bénéficiaires nets», qui apparaît artificielle dans la mesure où le calcul ne tient compte que des comptes publics et non pas des retombées positives externes pour l’économie réelle des États membres. Cette même approche ne tient pas non plus compte du coût de la «non-Europe»; |
| 10. | signale que dans le cadre de la procédure d’adoption annuelle du budget, les compromis entre les institutions aboutissent souvent à une diminution du budget par rapport aux ambitions fixées par le CFP. Cela entraîne un écart grandissant entre les engagements et les paiements, qui provoque une crise des paiements; |
Une réforme pour plus de transparence, de simplification et de lien avec le citoyen
| 11. | constate que la complexité de la structure du budget de l’UE et de son système de financement, notamment marquée par les mécanismes de rabais et de correction, nuit à la lisibilité de l’action de l’UE et alimente la crise de confiance des citoyens vis-à-vis de l’Europe; réclame dès lors que l’ensemble des corrections et rabais soit aboli; |
| 12. | estime que le manque de confiance entre les citoyens, les États membres et les institutions européennes explique pour partie la complexité excessive liée à la gestion des fonds européens structurels et d’investissements. Pour une meilleure perception de l’UE par les citoyens, les politiques européennes, notamment la politique de cohésion, devront impérativement être simplifiées après 2020; |
| 13. | rappelle l’absence d’harmonisation et de transparence sur la façon dont la contribution des États membres au budget de l’UE est présentée. Seuls quatre États membres déclarent à ce jour leur contribution au budget de l’UE sur leurs comptes nationaux, mais à titre de dépense et non d’investissement; |
Vers une augmentation des ressources propres authentiques, un budget plus prévisible et équilibré
| 14. | estime que cette réforme doit avoir pour ambition un budget plus lisible, prévoyant, équilibré, répondant aux défis européens, et reposant à la fois sur une plus grande part de nouvelles ressources propres et une diminution des contributions nationales en veillant à minimiser les charges supplémentaires pour les contribuables. L’objectif majeur est de proposer une répartition des ressources propres plus transparente et compréhensible pour les citoyens et un budget plus autonome et plus démocratique en impliquant davantage le Parlement européen notamment en ce qui concerne les recettes du budget de l’UE. Par ailleurs, cette réforme devra associer le CdR et prendre en compte la dimension territoriale dans les débats sur le budget de l'UE; |
| 15. | considère que cette réforme doit aborder la question de la taille du CFP. Une cohérence entre l’ensemble des priorités fixées par l’UE et l’adoption d’un CFP à la hauteur de ces ambitions est nécessaire dans le cadre de la réforme; |
| 16. | souligne que le cadre financier pluriannuel après 2020 doit être à la fois axé sur les défis à venir et disposer d’une provision pour risques établie dans le cadre du budget. Cela est important afin de pouvoir maintenir son orientation stratégique ainsi que la sécurité de la planification pour les collectivités régionales et locales, et de pouvoir faire face aux crises éventuelles et d’éviter la création de fonds ad hoc en dehors du CFP; |
| 17. | estime qu’un lien entre les taxes prélevées et certaines politiques européennes prioritaires aurait une valeur pédagogique qui permettrait une meilleure acceptabilité. Le CdR préconise de maintenir le principe d’universalité du budget européen (4). Néanmoins, une approche plus flexible de la règle de «non-affectation» pourrait être étudiée; |
| 18. | considère que toute proposition relative au budget après 2020 doit impliquer des réformes, d’une part, sur le volet dépenses, afin de prendre en compte les nouvelles priorités européennes, d’assurer une utilisation plus efficiente des fonds de l’UE, mais aussi d’accroître les taux d’absorption, et, d’autre part, sur le volet recettes, afin d’augmenter les nouvelles ressources propres. Ces réformes doivent en tout état de cause garantir des enveloppes suffisantes pour assurer la continuité des politiques qui ont le plus contribué à la construction européenne, à savoir: une politique unique en matière d’agriculture et d’alimentation, la politique de cohésion et de développement rural, et un agenda social fondé sur la création d’emplois de qualité pour les citoyens de l’UE; |
| 19. | souligne que le principe de subsidiarité et la notion de valeur ajoutée européenne devront être pris en considération dans la réforme. Le CdR demande que les «tests de subsidiarité» proposés dans le rapport Monti soient étudiés. Il faudra néanmoins veiller à ce que la subsidiarité ne soit pas exploitée à des fins de renationalisation des politiques européennes, et à ce qu’il n’y ait pas davantage de transferts de fonds vers les États membres qui pourrait affaiblir des politiques qui ont le plus contribué à la construction européenne, à savoir: la politique agricole commune, la politique de cohésion et de développement rural et un agenda social fondé sur la création d’emplois de qualité pour les citoyens de l’UE; |
| 20. | souligne le degré de dépendance de la collecte des ressources propres «traditionnelles», comme les droits de douane ou les revenus résultant de la lutte pour combattre la fraude portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union, par rapport à la coopération loyale des États membres; |
| 21. | insiste sur le fait que la réforme des ressources propres doit être pensée en lien avec la possibilité d’établir une capacité budgétaire pour les États membres de la zone euro; |
| 22. | considère toutefois qu’il est essentiel qu’étant donné les règles strictes auxquelles ils sont soumis dans le cadre du «six-pack», du «two-pack» et du pacte budgétaire (solde structurel à respecter, frein aux dépenses, diminution de la part de la dette), les États membres continuent à disposer d’une marge de manœuvre suffisante pour organiser, en l’aménageant de manière autonome, leur législation fiscale de manière à bénéficier des recettes (nationales) nécessaires pour pouvoir couvrir les dépenses augmentant pour certaines de manière disproportionnée (par exemple dans le domaine social, dans celui de la santé ou encore dans celui des soins); |
Avis sur les nouvelles ressources propres présentées dans le rapport Monti
| 23. | recommande d’étudier et de proposer les nouvelles ressources propres sous forme d’un «paquet» regroupant différentes taxes afin d’équilibrer les effets de chacune de ces nouvelles ressources sur tous les niveaux de gouvernement, sur les entreprises et sur les citoyens; |
| 24. | accueille favorablement l’option d’un impôt européen sur les sociétés au moyen d’une assiette commune consolidée (ACCIS). Dans un précédent avis, le CdR avait accueilli les effets positifs de l’ACCIS sur la croissance économique, l’emploi et l’égalité en matière fiscale, ainsi que sur les finances publiques, y compris locales et régionales. Par ailleurs, en complément de cette taxe, le CdR invite les institutions à se pencher sur la création d’un impôt ciblant les sociétés multinationales. Soutient la démarche de la Commission de présenter, dans la continuité de sa Communication du 21 septembre 2017«vers une imposition juste de l'économie numérique», d’ici le printemps 2018 une proposition de directive définissant des règles de taxation des bénéfices de l'économie numérique au niveau de l'Union. Rappelle toutefois que le périmètre de l'harmonisation fiscale au niveau de l’UE est limité par les dispositions de l'article 113 TFUE aux éléments nécessaires au fonctionnement du marché intérieur et à des conditions de concurrence équitable et que le pouvoir de lever et de collecter des impôts reste un aspect central de la souveraineté des États membres; |
| 25. | considère que la TVA réformée pourrait contribuer à augmenter les ressources propres. La TVA actuelle souffre d’une complexité excessive et devrait être réformée selon le système proposé par le groupe de haut niveau, en appliquant un taux unique européen à une base harmonisée et plus large. Toutefois, cette réforme ne devra pas avoir de conséquences négatives sur les citoyens et les États membres moins développés; |
| 26. | est favorable à la taxe sur les transactions financières (TTF). Celle-ci permettrait aux États membres de réduire leur contribution nationale (5). Le nombre restreint d’États membres engagés pour une TTF et le manque de prédictibilité en matière de recettes limite cependant son potentiel; |
| 27. | considère qu’une ressource propre basée sur le seigneuriage pourrait être envisagée malgré les risques liés à la volatilité et le fait qu’elle concerne uniquement les États membres de la zone euro; |
| 28. | estime que les taxes carbone au niveau national, celle qui pourrait être établie au niveau européen et celle issue du système d’échange de quotas d’émissions au niveau de l’UE comportent des avantages non négligeables, notamment dans l’incitation à réduire les émissions de CO2, à contribuer à la mise en œuvre des accords de Paris et à établir un lien plus fort avec les objectifs européens de développement durable, en matière de climat et d'environnement. Cependant, les secteurs de l’industrie et du transport seront touchés. De telles taxes pourraient également créer un nouveau clivage entre les États membres économiquement moins développés dont l'économie est à plus forte intensité de carbone et les États membres plus développés, dont les économies disposent de la capacité de se doter de moyens de production d’énergie plus propres. Par ailleurs, l'introduction de telles taxes carbone doit prévoir des mécanismes de compensation pour les îles et les régions ultrapériphériques, qui sont totalement dépendantes des modes de transport aérien et maritime et malgré tout engagées dans la réduction des émissions; |
| 29. | considère que la taxe sur l’électricité aurait certes pour avantage d’être «lisible» et en phase avec les objectifs de l’UE en matière d’efficacité énergétique, mais voit le risque qu’elle soit impopulaire et pénalisante pour les foyers démunis. Elle devrait dès lors être écartée pour les ménages; |
| 30. | propose d’écarter la taxe sur les carburants. Outre le problème d’acceptabilité chez le citoyen, cette taxe aura un impact négatif au niveau local. En effet, elle constitue une source de revenus pour certaines autorités régionales et locales; |
| 31. | estime que la taxe sur les vols proposée par la Commission en 2011 (6) pourrait être reconsidérée, et préconise une application de celle-ci aux vols intra-européens; |
| 32. | invite la Commission à procéder à une analyse d’impact détaillée des nouvelles ressources propres ainsi que de leur incidence sur les budgets nationaux et infranationaux et sur les citoyens; |
Une réforme inscrite dans le cadre du calendrier du CFP après 2020
| 33. | invite la Commission à présenter une proposition législative du CFP après 2020 prévoyant une réforme ambitieuse des ressources propres. Cette réforme devra se faire progressivement, dans le cadre des traités de l’UE, et maintenir, dans une moindre mesure, des contributions nationales; |
| 34. | note que les échéances liées au retrait du Royaume-Uni de l’UE et au renouvellement des mandats du Parlement européen et de la Commission pourraient retarder le calendrier des propositions relatives au budget de l’UE après 2020. Invite la Commission, en cas de retards importants, à proposer une extension du CFP conformément à l’article 312, paragraphe 4, TFUE, afin d’éviter de porter préjudice au fonctionnement des politiques publiques européennes, en particulier la politique de cohésion. |
Bruxelles, le 11 octobre 2017.
Le président du Comité européen des régions
Karl-Heinz LAMBERTZ
(1) Brexit and the EU Budget: Threat or Opportunity? http://www.delorsinstitute.eu/media/brexiteubudget-haasrubio-jdi-jan17.pdf.
(2) Avis du CdR 2016/0009 sur la «Révision à mi-parcours du cadre financier pluriannuel (CFP)».
(3) Pour le budget de 2017, 69,63 % des recettes proviennent des contributions nationales.
(4) http://ec.europa.eu/budget/financialreport/2011/overview/budget_management/index_fr.html.
(5) Avis du CdR — Un système commun de taxe sur les transactions financières», CdR 332/2011.
(6) Financer le budget de l’UE: rapport sur le fonctionnement du système des ressources propres [SEC(2011) 876 final].
Résolution du Parlement européen du 14 décembre 2017 sur les femmes poursuivies pour fausse couche au Salvador (2017/3003(RSP))
14/12/2017
Résolution du Parlement européen du 14 décembre 2017 sur la mise en application de la directive 2011/93/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 relative à la lutte contre les abus sexuels et l’exploitation sexuelle des enfants, ainsi que la pédopornographie (2015/2129(INI))
14/12/2017
Résolution du Parlement européen du 14 décembre 2017 sur une stratégie européenne pour une mobilité à faible taux d’émissions (2016/2327(INI))
14/12/2017
Résolution du Parlement européen du 14 décembre 2017 sur les délibérations de la commission des pétitions en 2016 (2017/2222(INI))
14/12/2017