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Initiative législative52017IR3202

Avis du Comité européen des régions — Renforcer la résilience territoriale: permettre aux régions et aux villes de faire face à la mondialisation

CELEX52017IR3202
TypeInitiative législative
Datemardi 10 octobre 2017

Résumé IA

Cet avis du Comité européen des régions propose des mesures pour renforcer la résilience des territoires face aux défis de la mondialisation, en mettant l'accent sur le rôle des collectivités locales et régionales. Il préconise une meilleure coordination des politiques européennes, nationales et locales, ainsi que des outils de soutien ciblés pour aider les régions et les villes à s'adapter aux mutations économiques et sociales. Pour un professionnel du droit français, ce texte sert de référence pour anticiper les évolutions des politiques de cohésion et de développement territorial de l'UE.

Texte intégral

13.2.2018

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 54/32


Avis du Comité européen des régions — Renforcer la résilience territoriale: permettre aux régions et aux villes de faire face à la mondialisation

(2018/C 054/07)

Rapporteur général:

Micaela FANELLI (IT/PSE), maire de Riccia (Campobasso)

Document de référence:

Document de réflexion sur la maîtrise de la mondialisation

COM(2017) 240 final

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS

I. OBSERVATIONS GÉNÉRALES

1.

constate avec satisfaction qu’en présentant son «Document de réflexion sur la maîtrise de la mondialisation», la Commission reconnaît celle-ci comme un élément essentiel du processus de réflexion sur l’avenir de l’Union européenne (UE) (1). La capacité de l’UE à façonner la mondialisation et à maîtriser ses incidences est en effet un aspect fondamental du débat public sur l’avenir de l’Europe et sa légitimité pour ce qui est des attentes que les citoyens nourrissent vis-à-vis de l’Union européenne;

2.

reconnaît l’approche globale et informée adoptée jusqu’à présent par la Commission pour aborder ce thème, notamment dans la mesure où cette dernière a rapidement donné suite au document de réflexion en présentant, le 14 septembre 2017, un paquet «commerce» proposant un cadre pour le filtrage des investissements directs étrangers ainsi qu’un tribunal multilatéral permanent des investissements. Ce train de mesures sur le commerce fera l’objet d’un avis distinct du Comité européen des régions (CdR). Le Comité insiste toutefois sur la nécessité que la Commission poursuive une approche holistique à l’égard de la mondialisation qui englobe en particulier les politiques sociales et celles relatives au capital humain et à l’innovation, ainsi qu’aux migrations ou aux changements démographiques et à leurs incidences territoriales;

3.

se félicite en outre que le document à l’examen présente les avantages et les défis de la mondialisation de manière équilibrée. La mondialisation a contribué à la croissance économique dans de nombreuses régions du monde et a, par-là même, amélioré le niveau de vie d’un grand nombre de citoyens européens. Cependant, toutes les régions et tous les groupes de la population n’ont pas bénéficié de la même manière des effets de la mondialisation. De plus, nombreux sont ceux que ces profonds changements inquiètent. L’UE doit continuer d’agir pour influer sur la mondialisation et tirer parti activement des avantages qu’elle offre. L’objectif doit consister à répartir plus équitablement les bénéfices de la mondialisation tant au sein de l’UE que dans le reste du monde;

4.

souligne que les réflexions stratégiques sur les finances, le socle social et les politiques de cohésion jouent un rôle clé pour renforcer la capacité de la Commission à relever réellement les défis de la mondialisation et insiste sur l’urgence d’améliorer et de renforcer leur coordination;

5.

soutient l’objectif de la Commission consistant à renforcer la gouvernance mondiale avec ses partenaires internationaux en vue d’une répartition plus équitable des avantages de la mondialisation. Il convient d’améliorer l’acceptation des politiques internationales en menant davantage de débats démocratiques, sachant qu’il s’agit là d’un processus qui prend du temps et qui doit être intelligemment conçu. L’UE peut à cet égard offrir son expérience du processus d’intégration européenne et s’engager ainsi en faveur d’un ordre mondial pacifique caractérisé par le multilatéralisme et fondé sur des règles solides;

6.

se félicite que la Commission reconnaisse la forte dimension régionale que présentent les différents domaines de politique liés à la mondialisation, le caractère inégal des effets de celle-ci au niveau régional (2) et la responsabilité que partagent tous les niveaux de pouvoirs s’agissant de rendre l’économie européenne plus compétitive, plus durable et plus résiliente face à la mondialisation et de veiller, selon les termes de l’examen annuel de la croissance (EAC) 2017, à «garantir une répartition équitable des avantages de la mondialisation entre les différentes catégories de la société, notamment les jeunes, et que les préoccupations liées à l’égalité, à l’équité et à la participation de tous appellent à sensibiliser tous les acteurs concernés à l’incidence des politiques et des réformes sur la répartition des revenus» (3);

7.

note cependant que lorsqu’il aborde les effets inégaux de la mondialisation sur les marchés du travail, le document à l’examen ne se penche pas suffisamment sur les questions de la variabilité géographique de ces effets au sein de l’Union, de leur interaction avec la crise et les politiques d’austérité, de l’importance des phénomènes d’«inflation des compétences» et de sous-emploi des personnes qui présentent un niveau d’instruction élevé — surtout parmi les jeunes générations — et de leur lien avec la réduction de l’offre pour les personnes les moins qualifiées;

8.

souligne qu’il est essentiel de préserver la capacité des collectivités locales et régionales à investir, laquelle constitue un facteur de résilience face à la mondialisation; par conséquent, demande à nouveau de ne pas prendre en considération les dépenses publiques supportées par les États membres et les collectivités territoriales au titre du cofinancement des Fonds ESI et de la Banque européenne d’investissement (BEI) parmi les dépenses structurelles publiques définies dans le pacte de stabilité et de croissance, étant donné que de tels investissements sont, par définition, des investissements d’intérêt général européen et produisent un effet de levier avéré s’agissant de favoriser la croissance économique (4);

9.

réaffirme sa conviction selon laquelle la croissance est incompatible avec les inégalités et l’exclusion sociale et rappelle que l’article 3, paragraphe 3, du traité sur l’Union européenne oblige celle-ci à construire une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social; souligne que l’article 9 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, appelé la clause «sociale» horizontale dudit traité, exhorte l’UE à prendre en compte les exigences liées à la garantie d’une protection sociale adéquate et à la lutte contre l’exclusion sociale dans toutes ses politiques et actions;

10.

indique que, selon de récentes recherches, le coût des politiques de protection sociale ne nuit pas à la compétitivité, et qu’il faut dès lors considérer les systèmes nationaux de protection sociale comme un facteur productif plutôt que comme un frein pour l’économie; à cet égard, observe que, pour la première fois, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (5) considère aussi l’inclusion comme un objectif primordial, en sus de la productivité et de l’emploi, et insiste sur la nécessité pour les gouvernements d’accorder une plus grande attention aux groupes sociaux les plus touchés par le coût des réformes;

11.

rappelle avec préoccupation que les règles budgétaires européennes rendent parfois difficile la redistribution des bénéfices de la mondialisation aux catégories sociales défavorisées, mais accentuent souvent cette difficulté en sapant les mécanismes de protection sociale et de redistribution de la richesse; souligne le rôle fondamental joué par les collectivités régionales et locales dans la mise à disposition de services publics (6) et déplore les difficultés croissantes qu’elles rencontrent, en raison de ces mêmes règles budgétaires, pour maintenir la qualité de ceux-ci et assurer l’innovation en la matière; le Comité attend par conséquent une reconnaissance accrue, en particulier dans le processus du semestre européen, du rôle joué par les collectivités locales et régionales dans la mise en œuvre du 11e objectif de développement durable relatif à des villes et des établissements humains ouverts à tous, sûrs, résilients et durables;

12.

salue le document de réflexion de la Commission sur la dimension sociale de l’Europe (7) et sa proposition relative à un socle européen des droits sociaux; considère ces deux initiatives comme des avancées décisives dans le processus de convergence vers l’amélioration des conditions d’existence et de travail en Europe, ainsi que sur la voie d’une meilleure répartition des bénéfices de la mondialisation; soutient l’idée d’un cadre d’évaluation sociale et juge nécessaire d’y intégrer des objectifs sociaux contraignants;

13.

souhaite que l’on cesse de promouvoir des réformes structurelles «déconnectées du terrain» et suggère que l’UE élabore une stratégie de gestion de la mondialisation qui s’articule autour de trois axes principaux: une stratégie proactive claire en matière d’amélioration des compétences, des connaissances, des infrastructures et, partant, de la compétitivité régionale afin d’aider toutes les régions de l’UE à tirer parti des avantages qu’offre la mondialisation; une stratégie d’atténuation englobant le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (FEM) et d’autres instruments de politique sociale, ainsi qu’une stratégie participative fondée sur la responsabilité démocratique aux niveaux européen, national, régional et local, afin d’associer plus étroitement les citoyens à l’élaboration des politiques de l’UE;

14.

réaffirme qu’il est essentiel de renouveler et de renforcer l’approche de terrain des politiques européennes afin de permettre une gestion efficace des processus de réorganisation et d’agglomération territoriale induits par l’intégration mondiale des marchés. Cette réorientation, qui était déjà au cœur de la politique de cohésion, est indispensable pour atténuer les inégalités géographiques et sociales croissantes qui sont apparues d’une part au sein des zones métropolitaines et urbaines, et d’autre part entre celles-ci et les zones rurales, et dont les effets négatifs sur le niveau de bien-être social risquent de mettre en péril les équilibres politiques et institutionnels de l’Union;

II. RECOMMANDATIONS POLITIQUES

En ce qui concerne la politique commerciale

15.

souligne que le commerce n’est pas une fin en soi, mais qu’il doit être considéré comme un moyen d’atteindre les objectifs généraux de l’UE énoncés à l’article 3 du traité sur l’Union européenne et de réaliser la stratégie «Europe 2020», le programme de développement durable à l’horizon 2030 et les objectifs de développement durable (8);

16.

se félicite que la Commission se soit engagée à améliorer la transparence des processus de négociation commerciale; invite la Commission européenne, lorsqu’elle est engagée dans des négociations ou un processus décisionnel concernant des accords commerciaux, à nouer effectivement le dialogue avec l’ensemble des niveaux de gouvernement et des parties prenantes pour élaborer une position commune de l’UE, ainsi qu’à communiquer efficacement les résultats des négociations; invite également les États membres à améliorer la transparence dès la formulation des objectifs de politique commerciale relatifs à un cycle de négociation donné;

17.

précise qu’aux termes de l’article 3, paragraphe 1, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), l’UE dispose d’une compétence exclusive en matière de politique commerciale commune. Toutefois, il y a lieu, notamment au regard du principe de subsidiarité, de clarifier le plus tôt possible la manière dont les compétences se répartissent dans les négociations commerciales lorsque celles-ci concernent des domaines relevant de compétences partagées avec les États membres;

18.

estime que la Commission et les États membres devraient prendre des mesures pour garantir que les collectivités locales et régionales soient parties prenantes des processus de négociation commerciale;

19.

rappelle que le 16 mai 2017, quelques jours seulement après la publication du document de réflexion de la Commission (le 10 mai 2017), la Cour de justice européenne a rendu son avis 2/2015 sur l’accord de libre-échange avec Singapour, dans lequel elle conclut que ce type d’accord relève de la compétence exclusive de l’Union, à l’exception des dispositions relatives à la protection des investissements, qui relèvent des compétences partagées de l’UE et des États membres. La Commission devra dès lors s’efforcer à l’avenir de proposer des accords commerciaux ne couvrant que des domaines de compétences exclusives de l’UE. Cette approche ne devrait toutefois pas amener la Commission à revoir à la baisse ses ambitions en matière de transparence et d’association de tous les niveaux de pouvoir. Le CdR souhaite par conséquent que la Commission prévoie une représentation du Comité au sein du groupe consultatif sur les négociations commerciales de l’Union, dont elle a annoncé la création dans sa communication du 13 septembre 2017 intitulée «Une politique commerciale équilibrée et novatrice pour maîtriser la mondialisation» (9);

20.

invite la Commission à mettre en œuvre les objectifs de développement durable à l’horizon 2030 au moyen du nouveau consensus européen sur la politique de développement. La lutte contre les causes structurelles de la pauvreté et des inégalités croissantes au niveau mondial peut notamment contribuer à réduire les motifs de migration;

21.

note que l’essentiel de la croissance mondiale trouvera à l’avenir son origine en dehors de l’UE. Par ailleurs, les obstacles tarifaires ont déjà été considérablement réduits grâce à des accords multilatéraux et bilatéraux. Le Comité s’attend dès lors à ce qu’une pression accrue s’exerce sur les barrières non tarifaires (BNT) et les questions réglementaires. Toutefois, le droit des autorités européennes, nationales, régionales et locales de fixer des règles dans l’intérêt public ainsi que le rôle et le large pouvoir d’appréciation des autorités nationales, régionales et locales concernant l’organisation et la fourniture de services d’intérêt économique général doivent toujours être pleinement respectés. La coopération en matière de réglementation ne doit pas obérer les processus législatifs démocratiques;

22.

se félicite de l’approche de la Commission selon laquelle il convient de renforcer la coopération avec le secteur privé afin de promouvoir une croissance durable et la création d’emplois dans les pays en développement au moyen du «Plan d’investissement extérieur européen» proposé dans le cadre du Fonds européen pour le développement durable (FEDD). À cet égard, il y a lieu de créer des instruments adéquats afin de garantir que les investissements privés aient un effet durable et équitable, qui soit notamment dans l’intérêt des pays en développement et ne soit pas uniquement axé sur le profit;

23.

souligne que, dans son avis 2/2015, la Cour de justice considère que «[…] la libéralisation des échanges commerciaux [doit être subordonnée] à la condition que les parties respectent leurs obligations internationales en matière de protection sociale des travailleurs et de protection de l’environnement» (point 166); estime par conséquent qu’il faut maintenir, dans les directives de négociation des accords de libre-échange, l’exigence relative à la réalisation préalable d’évaluations d’impact sur le développement durable. Les accords commerciaux doivent respecter les normes réglementaires en vigueur et le droit du travail, lesquels devraient faire l’objet d’un chapitre distinct dans les futurs accords de libre-échange;

24.

soutient la Commission dans son intention de continuer à s’engager en faveur d’un ordre mondial pacifique caractérisé par le multilatéralisme et fondé sur des règles solides. Cette approche comprend le respect, la mise en œuvre effective et le développement transparent d’accords de politique commerciale visant à assurer des conditions de concurrence équitables, à renforcer les droits fondamentaux des travailleurs au sens des huit conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de garantir le respect des normes de protection européennes élevées, plus particulièrement vis-à-vis de l’hémisphère sud;

25.

invite le Conseil à trouver rapidement un accord sur la réforme des instruments de défense commerciale et, en particulier, la nouvelle méthode antidumping de l’UE; eu égard à l’article XXI de l’accord du GATT et aux articles 65 et 346 du TFUE, plaide en outre pour une harmonisation des critères permettant de définir les «investissements stratégiques» tant en ce qui concerne la valeur (seuils d’intervention) que les secteurs, lorsque la sécurité publique est en jeu et que les partenaires commerciaux ne garantissent pas la réciprocité. Le Comité apprécie dans ce contexte la philosophie de la proposition de règlement présentée par la Commission le 13 septembre sur le filtrage des investissements directs étrangers dans les secteurs stratégiques de l’UE, qu’il considère comme une étape importante vers l’établissement de conditions de concurrence équitables en Europe et une meilleure protection, notamment dans le cas d’opérations d’acquisition d’entreprises effectuées dans l’UE par des entreprises détenues ou contrôlées par un État étranger;

26.

souligne qu’il convient de veiller, lors de la conclusion de nouveaux accords de libre-échange, au respect des normes élevées en vigueur dans l’UE, par exemple dans le domaine de la protection des consommateurs, de l’environnement et de la nature ou des données;

27.

souligne qu’en sa qualité d’économie orientée vers les exportations, l’Union européenne a tout à gagner à inclure les marchés publics dans les accords commerciaux internationaux. Compte tenu de l’accord sur les marchés publics conclu dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’UE est déjà l’une des économies de marché les plus ouvertes dans ce domaine. Il n’est pas opportun de continuer à ouvrir les marchés publics de manière asymétrique. En raison du décalage important entre l’ouverture des marchés publics de l’UE et les pratiques restrictives de ses principaux partenaires commerciaux, et du fait que la réciprocité n’est pas garantie, il convient d’envisager une initiative européenne volontaire et non contraignante telle que la charte «Buy from European Regions» (Acheter dans les régions européennes) qui soutient les produits européens locaux et régionaux de qualité. Une telle initiative pourrait entre autres clarifier la manière d’encourager les produits «fabriqués dans les régions de l’UE». Par ailleurs, le Comité réitère l’appel lancé de longue date à la Commission afin qu’elle présente une proposition législative visant à étendre la protection de l’indication géographique aux produits non agricoles;

28.

souligne que le pourcentage de petites et moyennes entreprises (PME) participant à des activités internationales est encore très faible; reconnaît l’importance d’une diplomatie économique de l’UE pour tirer pleinement parti de ce potentiel inexploité, et souligne la nécessité d’une meilleure coordination entre l’UE, les États membres, les collectivités territoriales et les institutions financières telles que la BEI pour surmonter les obstacles persistants à l’accès au marché, ainsi que d’une meilleure utilisation du réseau des délégations de l’Union dans le monde et des chambres européennes de commerce et d’industrie;

29.

estime que l’Union européenne devrait faire figurer la transparence, l’équité et l’efficacité fiscales parmi les premières priorités de sa politique commerciale et assurer la mise en œuvre harmonisée au niveau mondial de normes communes comme celles proposées par l’OCDE au moyen de son initiative relative à l’érosion de la base d’imposition et au transfert de bénéfices (BEPS);

30.

soutient également l’appel lancé concernant la politique fiscale, selon lequel la Commission, dans le prolongement de ses propositions de directives sur une assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés, devrait proposer la création d’une «taxe d’égalisation» sur le chiffre d’affaires réalisé par les entreprises du secteur numérique en Europe, qui serait fondée sur l’article 116 du TFUE, afin d’éviter les distorsions de concurrence dans le marché unique;

31.

exprime l’inquiétude que lui inspire le manque d’instruments appropriés pour mesurer, au moyen de données concrètes, l’effet asymétrique possible de la mondialisation au niveau régional et ce, en dépit du travail d’analyse considérable réalisé par la Fondation européenne pour les conditions de vie et de travail (Eurofound), en particulier grâce à l’outil européen de veille sur la relocalisation; renouvelle dès lors son appel pour que la Commission effectue systématiquement des évaluations de l’impact territorial en collaboration avec le CdR et le pôle de connaissances sur les politiques territoriales du Centre commun de recherche (JRC), avant le lancement de toute négociation commerciale;

En ce qui concerne les politiques internes

32.

aurait voulu que le document de réflexion propose des mesures concrètes pour renforcer le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (FEM) et combler certaines de ses lacunes, notamment: son enveloppe budgétaire limitée (150 millions d’EUR par an pour la période de 2014 à 2020), la longueur des procédures due au fait que le Fonds ne fait pas partie du cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE et le taux élevé de cofinancement exigé des États membres (40 % minimum); demande dès lors que l’on prenne les mesures suivantes: doter le FEM d’un volet préventif, accroître son enveloppe budgétaire d’au moins 500 millions d’EUR par an, intégrer le FEM au CPF, abaisser sensiblement les critères de déclenchement du FEM (10), mettre en place des synergies avec les Fonds structurels et d’investissement européens et conférer davantage de flexibilité au FEM afin de répondre aux besoins spécifiques des régions et des territoires;

33.

est convaincu que les pressions qui s’exercent actuellement au niveau mondial exigent que l’UE se dote d’une stratégie industrielle globale et territoriale (11) qui prévoit une coordination stratégique entre les politiques et instruments pertinents de l’UE;

34.

souligne que, selon les documents de la Commission, la transformation économique fondamentale s’opère au niveau local, où interagissent les entreprises et les citoyens. Par conséquent, il est prioritaire de mettre l’accent sur les besoins d’investissement à l’échelon local et régional, afin que toutes les régions puissent tirer profit du marché intérieur et mieux se préparer à faire face aux défis de la mondialisation. Les Fonds structurels et d’investissement européens, en particulier le Fonds européen pour les investissements stratégiques, doivent faire l’objet d’une coordination, afin d’aider les régions dans leurs stratégies de spécialisation intelligente, et être accessibles de manière efficace à l’ensemble du tissu régional dans le cadre d’un processus graduel d’innovation, qui doit englober tous les acteurs du territoire;

35.

souligne que l’Union européenne, qui s’est affirmée comme le premier importateur et exportateur alimentaire mondial, a renforcé sa dépendance vis-à-vis des pays tiers. Les prix agricoles en Europe sont de plus en plus liés au prix du moins disant sur le marché mondial, et les agriculteurs européens sont donc soumis à une concurrence accrue, alors qu’ils doivent respecter des normes environnementales, sociales et sanitaires plus strictes. La dépendance de plus en plus importante de l’UE vis-à-vis des importations entre également en contradiction avec ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En outre, les exportations européennes d’excédents à des prix inférieurs aux coûts de production européens mettent en péril les moyens de subsistance des agriculteurs dans les pays en développement et favorisent la migration des populations rurales, ce qui vient contredire l’engagement de l’UE de tenir compte des objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies. Le Comité réitère par conséquent son appel à réformer la politique agricole commune (PAC) de manière à ce qu’elle devienne plus équitable et plus durable (12);

36.

exprime son inquiétude face à la perte d’emplois résultant de la délocalisation des entreprises européennes vers des territoires situés en dehors de l’Europe qui sont moins exigeants en matière sociale, fiscale et environnementale;

37.

insiste sur le fait que le socle européen des droits sociaux peut contribuer à améliorer les conditions de vie et de travail et à lutter contre la pauvreté s’il se traduit en mesures concrètes de suivi législatif, et si le rôle et la visibilité des indicateurs sociaux se trouve renforcé dans le cadre du semestre européen;

38.

souligne l’importance que revêt la question des migrations internationales dans la formulation d’une stratégie européenne sur la mondialisation, et réaffirme (13) son soutien à l’agenda européen en matière de migration de 2015, en rappelant notamment la nécessité de donner suite aux engagements pris concernant l’adoption d’une politique commune solide en matière d’asile et de migration légale, la mise en place de partenariats avec les pays tiers qui reconnaissent le rôle des régions et des collectivités locales ainsi que le lancement d’un plan d’investissements internationaux en vue de mettre en œuvre les objectifs de développement adoptés par les Nations unies;

39.

fait observer que si l’immigration légale des travailleurs qualifiés des pays tiers contribue à la croissance durable de l’économie de l’UE, il importe de noter l’incidence négative d’une telle fuite des cerveaux sur le développement économique futur des pays partenaires;

40.

réaffirme qu’il faut faire en sorte que la politique de cohésion soit mieux à même d’atténuer les effets négatifs de la mondialisation sur les régions et les territoires, et qu’il convient de renforcer ses effets positifs en élaborant et en mettant en œuvre des stratégies locales de développement qui contribuent à rendre l’économie européenne plus compétitive, plus durable et plus résiliente; à cette fin, préconise de miser sur le rôle des collectivités locales et leur capacité à mobiliser les ressources indispensables à l’élaboration d’une telle stratégie, à savoir les informations, les compétences et la légitimité, plus particulièrement en ce qui concerne les territoires les plus exposés aux défis posés par la concurrence internationale (droit territorial à la mondialisation);

41.

souligne la contribution des migrants à l’économie des pays d’accueil; demande qu’une plus grande attention soit accordée à la réussite de leur intégration, laquelle passe par l’éducation et la formation professionnelle;

42.

regrette que le document ne fasse pas suffisamment référence à la nécessité d’améliorer la capacité institutionnelle de l’ensemble des niveaux de gouvernance, préalable nécessaire à une mise en œuvre efficace de tous les instruments visant à promouvoir le développement territorial; fait observer qu’il ressort d’une analyse du CdR que 53 % des recommandations par pays de 2017 concernent ce domaine d’action, et que c’est précisément celui où la mise en œuvre a le moins progressé. Le Comité réitère son appel en faveur d’un code de conduite afin de donner une dimension territoriale au semestre européen, qui constitue le principal instrument de coordination des politiques économiques et budgétaires au niveau de l’UE, mais qui n’est pas à la hauteur de ses promesses, comme en témoignent tant la mise en œuvre déficiente des recommandations par pays que le faible niveau d’adhésion qu’il suscite au niveau des États;

43.

souligne la contribution du Pacte d’Amsterdam, le programme urbain de l’UE, à l’élaboration des politiques de développement territorial, et propose de renforcer encore ses instruments de mise en œuvre (URBACT, actions innovatrices urbaines, Pacte des maires, Villes et communes intelligentes); à cet égard, invite la Commission à garantir que les instruments fondamentaux de la politique de cohésion, tels que les investissements territoriaux intégrés (Integrated territorial investment — ITI) et le développement local mené par les acteurs locaux (Community Led Local Development — CLLD), soient davantage utilisés que ce n’est le cas aujourd’hui;

44.

demande à la Commission de prendre plus particulièrement en compte, dans le cadre du développement du FEM, les régions et les communes particulièrement touchées par les effets négatifs de la mondialisation afin qu’elles ne soient pas les «perdantes de la mondialisation» que l’on laisse de côté. Tous les citoyens de l’Union doivent bénéficier des évolutions découlant de la mondialisation;

45.

rappelle qu’il convient d’adopter, dans le droit fil de la réforme de la politique de cohésion (14), des approches différenciées et des réformes sur le terrain qui valorisent entre autres les spécificités et le potentiel des zones rurales, afin de porter sur le devant de la scène un modèle de développement plus durable qui s’appuie sur la préservation des équilibres écologiques et démographiques du territoire européen ainsi que sur l’utilisation pleine et entière de ses ressources (15);

46.

invite la Commission à continuer de développer le concept de «résilience territoriale» en proposant un modèle européen de ce concept qui imprègne progressivement toutes les politiques de l’Union. L’élaboration de ce modèle devra prendre en compte des questions essentielles telles que la diversification des bases productives et économiques des territoires, le développement des liens productifs, sociaux et institutionnels entre les zones urbaines, périurbaines et rurales, la transformation durable des cycles des ressources et la capacité de faire face aux risques et défis qui se font jour, tels que le changement climatique et le développement proactif d’un capital social au niveau local.

Bruxelles, le 10 octobre 2017.

Le président du Comité européen des régions

Karl-Heinz LAMBERTZ


(1) Dans le fil de sa résolution sur le «Livre blanc européenne sur l’avenir de l’Europe — Réflexions et scénarios pour l’EU-27 à l’horizon 2025» de la Commission, adoptée le 12 mai 2017, le CdR a lancé une consultation dont les conclusions seront présentées dans un avis qui devrait être adopté mi-2018.

(2) Document de réflexion sur l’avenir des finances de l’UE, p. 16.

(3) COM(2016) 725 final du 16 novembre 2016.

(4) Avis du CdR «Promouvoir la qualité des dépenses publiques dans des domaines faisant l’objet de mesures de l’UE», BUDG-V-009, COR-2014-04885, rapporteure: Catiuscia Marini (IT/PSE); avis du CdR «Utiliser au mieux la flexibilité offerte par les règles existantes du pacte de stabilité et de croissance», ECON-VI/002, COR-2015-01185, rapporteure: Olga Zrihen (BE/PSE); avis du CdR «Combler le déficit d’investissements: comment relever les défis?», ECON-VI/014, rapporteur: Markku Markkula (FI/PPE), 8-9 février 2017.

(5) OCDE, «Investir pour la croissance», 2017.

(6) Commission européenne, «Sixième rapport sur la cohésion économique, sociale et territoriale», 2014.

(7) Avis du CdR sur le «Socle européen des droits sociaux et le document de réflexion sur la dimension sociale de l’Europe» (rapporteur: Mauro D’Attis (IT/PPE), adopté au cours de la session plénière du CdR des 9, 10 et 11 octobre 2017).

(8) Avis du CdR «Prochaines étapes pour un avenir européen durable, action européenne en faveur de la durabilité», CIVEX-VI/020, rapporteur: Franco Iacop (IT/PSE), 6 avril 2017.

(9) COM(2017) 492 final.

(10) Compte tenu notamment du fait que le programme équivalent des États-Unis, le «Trade Adjustment Assistance» (TAA), ne prévoit pas de seuil minimal de licenciements.

(11) Un avis d’initiative du CdR intitulé «Une stratégie européenne pour l’industrie: rôle et point de vue des collectivités régionales et locales» est en cours d’élaboration, rapporteur: Heinz Lehmann (DE/PPE).

(12) Voir l’avis du CdR sur le thème «La PAC post-2020», rapporteur: Guillaume Cros (PSE/FR), adopté le 12 juillet 2017, NAT-VI/21, JO C 342 du 12.10.2017, p. 10.

(13) Avis du CdR «Cadre de partenariat avec les pays tiers en matière de migration», COR-2016-04555-00-00-AC, rapporteur: Peter Bossman (SI/PSE), 9 février 2017.

(14) Fabrizio Barca, «Document de position: La politique de cohésion de l’UE, une perspective à long terme. La grande chance de l’Union européenne», 7e forum de la cohésion, Bruxelles, les 26 et 27 juin 2017.

(15) Pour une première approche, voir la stratégie nationale de l’Italie relative aux «zones intérieures» (www.agenziacoesione.gov.it/it/ariant/).


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14/12/2017

Initiative législative52017IP0503

Résolution du Parlement européen du 14 décembre 2017 sur une stratégie européenne pour une mobilité à faible taux d’émissions (2016/2327(INI))

14/12/2017

Initiative législative52017IP0502

Résolution du Parlement européen du 14 décembre 2017 sur les délibérations de la commission des pétitions en 2016 (2017/2222(INI))

14/12/2017

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