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AccueilDroit européen52017IR3529
Initiative législative52017IR3529

Avis du Comité européen des régions sur le thème «Perspective locale et régionale — Promouvoir l’innovation dans le secteur public grâce à des solutions numériques»

CELEX52017IR3529
TypeInitiative législative
Datejeudi 30 novembre 2017

Résumé IA

Cet avis du Comité européen des régions souligne le rôle crucial des collectivités locales et régionales dans la transformation numérique du secteur public. Il préconise un soutien accru aux administrations locales pour développer des solutions numériques innovantes, en insistant sur la nécessité de réduire la fracture numérique et de garantir l'interopérabilité des systèmes. Le texte appelle à une meilleure intégration des perspectives territoriales dans les politiques européennes de modernisation de l'administration publique.

Texte intégral

8.5.2018

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 164/34


Avis du Comité européen des régions sur le thème «Perspective locale et régionale — Promouvoir l’innovation dans le secteur public grâce à des solutions numériques»

(2018/C 164/06)

Rapporteur:

Frank CECCONI (FR/ADLE), conseiller régional d’Île-de-France

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS

Observations générales

1.

constate que le secteur public joue un rôle économique crucial en tant que régulateur, prestataire de services et employeur et que dans un monde qui change, il se doit lui aussi d’évoluer pour épouser les attentes de la société;

2.

affirme que les collectivités locales et régionales, administrations de proximité responsables de la fourniture directe aux citoyens de services de la vie quotidienne, ont un rôle déterminant à jouer pour la modernisation du service public;

3.

souligne le rôle déterminant que peuvent tenir les solutions numériques pour construire un nouveau modèle d’administration, tout à la fois plus transparent, plus simple, plus efficace, plus inclusif et dès lors plus en phase avec les aspirations des usagers;

4.

rappelle que lors de sa réunion d’octobre 2013, le Conseil européen a conclu que la modernisation des administrations publiques devrait se poursuivre par l’introduction rapide de services en ligne (par exemple, santé en ligne, facturation en ligne, passation de marchés publics en ligne) et que les données ouvertes constituaient une ressource inexploitée recelant un potentiel immense;

5.

constate que le potentiel des services publics en ligne demeure encore sous-exploité par les citoyens comme par les entreprises et que l’administration en ligne s’est développée de manière inégale dans les différents États membres et régions de l’Union;

6.

considère que la modernisation du secteur public via des solutions numériques ouvre des perspectives économiques nouvelles aux entreprises et participe ainsi au renforcement de la compétitivité de l’Union et de ses États membres;

7.

fait observer qu’à l’heure où la plupart des administrations publiques se trouvent confrontées à la nécessité de réduire le volume global de leurs dépenses, la numérisation de l’administration constitue le moyen de fournir un service de meilleure qualité tout en réalisant des économies substantielles;

8.

salue par conséquent la priorité donnée par la présidence estonienne du Conseil à l’édification de l’Europe numérique et à la liberté de circulation des données, ainsi que l’objectif de mise en place progressive de services publics numériques transfrontaliers destinés à faciliter la vie quotidienne;

9.

rappelle son soutien à la priorité donnée par la Commission à la numérisation du secteur public dans le cadre de la réalisation d’un marché unique numérique ainsi qu’au plan d’action 2016-2020 pour l’administration en ligne;

10.

souscrit pleinement à la vision exprimée par la Commission dans le cadre du plan d’action 2016-2020 pour l’administration en ligne, qui prévoit qu’en 2020 au plus tard, les administrations et institutions publiques seront ouvertes, efficientes, inclusives et fourniront à tous les citoyens et entreprises de l’Union des services numériques conviviaux, personnalisés et sans frontières;

11.

se félicite du statut de membre observateur qui lui a été ouvert au sein du Comité de pilotage du plan d’action 2016-2020 pour l’administration en ligne et suggère, eu égard au rôle que jouent les collectivités locales et régionales dans la modernisation du secteur public, que ce statut devienne celui d’un membre à part entière;

12.

rappelle son attachement à voir les collectivités locales et régionales participer à la conception des mesures et des outils servant cet objectif et pas uniquement à leur mise en œuvre;

13.

insiste sur la très grande capacité d’innovation et d’expérimentation dont font preuve à travers l’Union les collectivités locales et régionales notamment en matière d’accès à l’information, d’efficacité énergétique, de mobilité durable, de traitement des déchets, de simplification administrative, de santé ou encore de sécurité;

14.

souligne que l’innovation dans le secteur public est l’un des thèmes retenus cette année par la plate-forme commune d’échange de connaissances entre le Comité européen des régions (CdR) et la direction générale de la recherche et de l’innovation. Les activités de cette plate-forme devraient permettre aux villes et aux régions intéressées de jouer un rôle de pionnières dans la recherche de solutions innovantes pour moderniser l’administration publique et de formes novatrices de marchés publics, afin de parvenir à une diffusion efficace d’exemples de bonnes pratiques. L’aide provenant des villes et des régions pionnières et la collaboration avec la Commission devraient permettre de fournir des services de manière plus efficace et d’effectuer des économies d’échelle dans l’ensemble de l’Union;

Vision et principes sous-jacents

15.

estime qu’il est de la responsabilité des administrations publiques de bâtir des écosystèmes favorables à l’innovation, que ce soit dans le secteur public ou en dehors;

16.

souligne l’importance d’une administration ouverte donnant accès à ses données et services de manière sécurisée pour améliorer la transparence et l’efficacité et approuve le principe selon lequel les administrations publiques devraient échanger des informations entre elles et avec les citoyens comme les entreprises, de façon transparente et inclusive;

17.

réitère son soutien au principe du «numérique par défaut», y compris dans sa dimension transfrontalière, pour les services fournis par les administrations publiques dès lors qu’il s’accompagne de mesures visant à garantir l’inclusion numérique (1);

18.

soutient le principe du «une fois pour toutes» qui implique que les administrations publiques ne demandent les mêmes informations qu’une seule fois aux citoyens et aux entreprises. Une telle approche permettrait de simplifier les contacts entre les citoyens, les entreprises et l’administration publique;

19.

soutient le principe d’interopérabilité par défaut, qui est un élément clé pour pouvoir exploiter les possibilités de la société numérique;

20.

soutient le principe de «coconstruction» (2) et l’implication croissante des usagers dans l’ensemble des processus de transformation des services publics. Ceci est d’ailleurs en cohérence avec la demande du CdR de s’appuyer également sur le principe de coconstruction afin que le prochain programme de recherche et d’innovation de l’Union européenne soit développé avec la pleine implication des territoires (3);

21.

se félicite dès lors de l’harmonisation du cadre juridique grâce au règlement général sur la protection des données qui permet une conciliation, conforme au principe de proportionnalité, du droit fondamental que constitue la protection des personnes physiques à l’égard des traitements de données à caractère personnel avec l’ensemble des autres droits fondamentaux pertinents et rappelle que la fragmentation de la mise en œuvre de la protection des données à caractère personnel dans l’Union est constitutive d’une insécurité juridique préjudiciable à la libre circulation des données dans l’ensemble de l’Union. Le déploiement de l’initiative MyData au cours de la présidence estonienne offre de nouvelles possibilités qui permettront d’améliorer la gestion des données à caractère personnel par l’administration d’une manière davantage centrée sur l’individu;

22.

souligne le rôle crucial que peuvent jouer les collectivités locales et régionales, notamment frontalières, dans le recensement, l’expérimentation et le développement de services transfrontaliers pertinents, efficaces et continus;

23.

souligne que le secteur privé a un rôle à jouer dans la mise en place d’une approche globale. L’innovation permet aux consommateurs d’accéder à une multitude de services, aussi bien publics que privés, par des procédures simplifiées. Par conséquent, le secteur privé devrait être considéré comme un acteur à part entière et un partenaire des administrations publiques en matière d’innovation;

24.

rappelle que la numérisation de l’économie, en ce qu’elle implique de nouvelles habitudes de consommation, de travail et de mise en relation, s’accompagne chez les citoyens de nouvelles attentes vis-à-vis de leurs services publics. À cet égard, l’innovation dans le secteur public et une meilleure utilisation de l’administration en ligne constituent également une opportunité de mieux répondre à ces changements, particulièrement en ce qui concerne le développement de l’économie collaborative et des questions qui y sont liées, telles que les procédures d’enregistrement et les questions fiscales et d’emploi;

A. Dimension structurelle

25.

estime que le renforcement de l’inclusion numérique et la diffusion des services numériques constituent un chantier prioritaire, dont l’enjeu rejoint celui du marché unique numérique, qui implique tout à la fois de réduire le nombre des zones non encore couvertes par des réseaux fiables et hautement performants à des tarifs abordables. Dans le même temps, il convient de continuer à développer des actions de soutien au déploiement de ces réseaux de coopération numérique ainsi que le contenu de ces réseaux;

26.

estime que les administrations publiques, comme l’ensemble des organisations traitant des données sensibles, doivent systématiquement se soucier de la classification des données et de la sécurité. Face aux préjudices considérables que peuvent causer piratage informatique, cyber-attaque et cyber-terrorisme, il est nécessaire d’envisager dans certains cas des solutions impliquant que des données voire l’ensemble d’un système soient physiquement distincts de l’internet;

27.

souligne le rôle de la Commission européenne dans la création des conditions essentielles à l’interopérabilité et à l’harmonisation afin de permettre le partage des informations sur lequel se fondent ces principes;

28.

affirme l’ambition d’édifier des services publics transnationaux en s’appuyant sur les solutions numériques et dans cette perspective, accueille avec intérêt les initiatives permettant d’améliorer l’interopérabilité entre les différentes administrations ainsi que le développement de solutions telles que l’identification et la signature électroniques;

29.

appelle à une approche globale pour le développement des infrastructures numériques, dans laquelle les différentes administrations se dotent de solutions interopérables et partagent autant que possible une base technique commune tout en développant des applications spécifiques à leurs besoins. Une telle approche permettrait de ne pas avoir à développer des infrastructures propres à chaque service, réduirait les coûts tout en permettant des gains d’efficience. Par ailleurs, une telle approche contribuerait à prévenir la fragmentation territoriale du marché unique;

30.

réitère pour autant dans ce contexte sa revendication que les projets de développement de haut débit soient reconnus comme relevant de missions de services d’intérêt économique général (4);

31.

soutient les initiatives permettant d’améliorer l’accès des citoyens et des entreprises aux services publics. La simplification et le recentrage autour des besoins de l’utilisateur devraient être les principes directeurs de chaque initiative;

B. Dimension humaine

32.

estime que pour que le secteur public soit véritablement innovant, de profonds changements dans la culture organisationnelle sont nécessaires et souligne le rôle que peuvent tenir les agents des différents services publics comme catalyseurs de l’innovation;

33.

souhaite que la formation continue des agents publics aux nouvelles solutions numériques devienne une priorité des administrations tant locales que nationales et appelle à la diffusion au sein des administrations de cette culture de la transparence, de la communication et de l’échange d’expériences;

34.

invite à la mise en place, au sein des différentes administrations, d’équipes pluridisciplinaires de haut niveau, pouvant associer les utilisateurs, chargées de proposer des solutions innovantes aux décideurs publics;

35.

estime que la pleine exploitation du potentiel de l’administration en ligne suppose d’œuvrer préalablement à développer la confiance des citoyens comme des entreprises dans l’utilisation qui est faite des données qu’ils sont amenés à transmettre, que cette confiance implique que certaines données fassent l’objet d’une protection harmonisée à un très haut niveau. À cet égard, note avec intérêt que cette confiance augmente lorsque citoyens et entreprises disposent d’un droit de regard sur l’utilisation qui est faite de leurs données par les administrations;

36.

estime que la modernisation de l’administration via des solutions numériques doit également permettre une meilleure participation des citoyens à la décision publique, et que cet enjeu particulièrement crucial pour la démocratie locale doit faire l’objet d’initiatives spécifiques;

37.

souligne dès lors l’intérêt du principe de «coconstruction» des procédures publiques, associant les utilisateurs à la conception et à l’élaboration des services publics. Ce nouveau mode de coopération entre les pouvoirs publics, les citoyens et les entreprises permet de répondre aux besoins des utilisateurs, mais également d’identifier les compétences et les capacités des citoyens et de les faire correspondre pour collaborer et développer ainsi la qualité du service rendu. Suggère d’utiliser les instruments existants, tels que la boîte à outils de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de les promouvoir à l’échelon local et régional;

38.

propose de continuer à promouvoir efficacement la coopération en réseau entre les pôles d’innovation européens afin de dynamiser l’innovation dans les villes et les régions;

39.

estime que la numérisation de l’administration impose de garantir l’accès de tous les citoyens au numérique, quels que soient leur niveau de formation, leur âge ou leur éventuel handicap, et où qu’ils se trouvent en Europe;

40.

souligne que la sensibilisation et la formation des citoyens et des entreprises, en particulier les PME, à l’utilisation des services publics numériques seront déterminantes en ce qui concerne l’acceptation de la transformation numérique du secteur public, en particulier par les publics les plus éloignés de ces technologies;

41.

estime en outre que ce changement de mentalité repose sur l’éducation et la formation, et est donc favorable à la promotion des cours d’informatique dans le cadre scolaire afin que les nouvelles générations puissent bénéficier d’une réelle culture numérique leur permettant de devenir des membres actifs de la société de la connaissance de demain. Des structures adéquates d’apprentissage tout au long de la vie doivent par ailleurs permettre à des adultes de tout âge l’acquisition de compétences numériques ou leur amélioration;

Les avantages d’une coopération accrue

42.

souligne que l’innovation dans le secteur public peut être facilitée par la coopération et l’échange de bonnes pratiques entre les administrations et par-delà les frontières;

43.

accueille avec intérêt les expérimentations tendant à un échange de données entre collectivités, à l’image du projet pilote développé entre l’Estonie et la Finlande (5) et suggère d’appuyer ce type de collaborations dans le cadre des coopérations interrégionales;

44.

suggère de développer les initiatives permettant le recensement des innovations conduites par les collectivités locales et régionales, l’échange d’expériences et la diffusion des bonnes pratiques;

45.

souligne l’intérêt d’une étroite association des collectivités locales et régionales à l’ensemble des politiques visant à stimuler l’innovation du secteur public par des solutions numériques;

Recommandations

46.

affirme le rôle clé que doivent jouer les collectivités locales et régionales dans la modernisation du secteur public;

47.

salue l’implication du Comité des régions dans les plates-formes existantes, telles que le comité de pilotage du plan d’action 2016/2020 pour l’administration en ligne. Estime néanmoins qu’une adhésion pleine et entière à ce comité, ainsi qu’un partenariat avec l’Observatoire sur l’innovation dans le secteur public de l’OCDE, permettrait au Comité des régions de contribuer plus fortement à la promotion de l’innovation dans le secteur public;

48.

suggère par ailleurs l’élaboration d’un partenariat entre le Comité des régions et le Partenariat pour un gouvernement ouvert (PGO);

49.

suggère le développement d’indicateurs concrets permettant des comparaisons fiables entre les administrations publiques quant à leur niveau d’ouverture aux solutions numériques;

50.

invite le secteur public à s’engager pour une innovation qui soit centrée sur les besoins des usagers et fasse siens les principes d’accès indiscriminé aux services numériques pour tous les citoyens et entreprises, de protection élevée des données à caractère sensible, du «numérique par défaut», du «une fois pour toutes», de la «coconstruction» et de l’interopérabilité;

51.

propose de déclarer les villes et les régions intéressées chefs de file de la recherche de solutions innovantes pour moderniser l’administration publique et de formes novatrices de marchés publics, afin de permettre à l’Europe tout entière de fournir des services plus efficaces et de réaliser des économies d’échelle;

52.

soutient l’appel du Parlement européen en direction de la Commission européenne concernant sa propre exemplarité dans le domaine;

53.

suggère la création d’un évènement permettant à intervalle régulier la mise en valeur des meilleures pratiques développées par les collectivités territoriales en matière d’innovation par des solutions numériques;

Bruxelles, le 30 novembre 2017.

Le président du Comité européen des régions

Karl-Heinz LAMBERTZ


(1) Avis du CdR sur le «Plan d’action 2016-2020 pour l’administration en ligne» (COR-2016-02882).

(2) https://www.oecd.org/governance/observatory-public-sector-innovation/blog/page/citizenpoweredcitiesco-producingbetterpublicserviceswithcitizens.htm

(3) Avis du CdR sur «La dimension locale et régionale du programme Horizon 2020 et le nouveau programme-cadre de recherche et d’innovation» (COR-2017-00854).

(4) Avis du CdR sur l’«Initiative européenne sur l’informatique en nuage et Priorités pour la normalisation en matière de TIC dans le marché unique numérique» (COR-2016-02880).

(5) L’Estonie et la Finlande sont en train d’intensifier leur coopération pour le développement de X-Road, un système qui garantit l’échange des données direct et sécurisé entre ses membres. Le Nordic Institute for Interoperability Solutions (Institut nordique pour des solutions d’interopérabilité), nouvellement créé et mis en place conjointement par les deux pays, jouera un rôle clé dans le développement ultérieur de la plate-forme d’interopérabilité X-Road. (http://vm.fi/en/article/-/asset_publisher/suomi-ja-viro-perustavat-yhteisen-instituutin-kehittamaan-x-road-teknologiaa)


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