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Initiative législative52017IR3718

Avis du Comité européen des régions — Document de réflexion sur l’avenir des finances de l’UE

CELEX52017IR3718
TypeInitiative législative
Datejeudi 1 février 2018

Résumé IA

Cet avis du Comité européen des régions analyse les orientations proposées par la Commission européenne pour le futur cadre financier pluriannuel de l'UE post-2020. Il souligne la nécessité de simplifier les règles, de renforcer le lien entre les politiques de l'UE et les réalités locales, et de maintenir un budget ambitieux pour soutenir la cohésion territoriale et la transition écologique. Pour un professionnel du droit français, ce texte offre une perspective clé sur les priorités politiques et les contraintes budgétaires qui influenceront la prochaine génération de programmes européens.

Texte intégral

23.5.2018

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 176/34


Avis du Comité européen des régions — Document de réflexion sur l’avenir des finances de l’UE

(2018/C 176/09)

Rapporteur:

Marek Woźniak (PL/PPE), maréchal de la voïvodie de Grande-Pologne

Texte de référence:

Document de réflexion sur l’avenir des finances de l’UE, Commission européenne

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR)

Observations générales

1.

accueille favorablement les mesures prises par la Commission européenne dans le but de lancer un vaste débat sur l’avenir de l’Europe. Le Document de réflexion sur l’avenir des finances de l’UE expose les principaux défis auxquels l’Union européenne sera confrontée après 2020 ainsi que les engagements qu’elle devra respecter. Il établit des projections concernant l’impact sur la structure du prochain cadre financier pluriannuel (CFP) des cinq scénarios présentés dans le livre blanc sur l’avenir de l’Europe et énonce les possibilités, les options de réforme et les risques dans la perspective du futur budget de l’Union européenne;

2.

constate que le budget de l’UE est confronté à de multiples défis à long terme et que son niveau actuel de financement est insuffisant, et qu’il convient dès lors de fondamentalement réorienter le cadre financier pluriannuel. La future conception du budget doit être à la hauteur des nouvelles ambitions de l’Union européenne, lesquelles rendront nécessaire son financement à partir de différentes sources après 2020, tandis que les dépenses de l’UE devraient continuer à apporter une plus grande valeur ajoutée européenne;

3.

est convaincu que l’analyse contenue dans le document de réflexion met en évidence la nécessité de modifier les règles de gouvernance s’appliquant au cadre financier pluriannuel et au système de financement de l’UE. L’occasion se présente, pour la première fois depuis plus de trente ans, dans la situation actuelle où l’économie européenne se trouve en phase de reprise et où le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne devrait conduire à la fin du système des rabais, de réformer en profondeur le système de financement de l’UE;

4.

souligne l’importance du cadre financier pluriannuel, qui devrait conserver sa mission d’investissement, tout en s’attachant à promouvoir les politiques et les objectifs communs de l’UE. Dans ce contexte, il n’est pas nécessaire d’établir à part des instruments spéciaux qui fonctionnent en dehors du CFP, ni de créer des budgets distincts pour les États de la zone euro et pour les autres États membres de l’UE;

5.

rappelle que la crise économique a mis en évidence les limites du budget de l’Union, qui s’il ne représente que 1 % du revenu national brut (RNB) de l’UE, traite pourtant des dossiers transversaux qui dépassent la capacité d’intervention des États membres. L’actuel CFP joue un rôle important pour assurer la cohésion économique, sociale et territoriale, et pour soutenir les projets de recherche et de développement, les infrastructures de transport et la création d’emplois, mais il n’est pas suffisamment flexible pour pouvoir répondre aux attentes et aux nouveaux défis qui se profilent, lesquels ont rendu nécessaire l’utilisation des ressources financières du budget actuel jusqu’à concurrence de leur plafond;

6.

constate par ailleurs que la pratique consistant à se focaliser sur le «solde net», en négligeant les retours sur investissement pour le secteur privé, et à prolonger les négociations pour chaque euro dépensé dans le cadre de la procédure budgétaire annuelle éclipse la valeur ajoutée européenne réelle et fait obstacle à la mise en œuvre de politiques et programmes plus ambitieux. En outre, le niveau des dépenses ainsi que le système actuel des ressources propres se sont avérés sous-optimaux. Le Comité invite le Conseil européen à consentir que l’on statue à la majorité qualifiée sur le règlement fixant le CFP, conformément aux dispositions de l’article 312, paragraphe 2, deuxième alinéa, du TFUE;

7.

attire une fois de plus l’attention sur l’évolution des besoins de l’Union européenne et sur les défis majeurs qui se posent pour son budget après 2020 dans les domaines suivants: 1) la justice sociale et la pauvreté, 2) l’accès aux services publics, au logement et à l’éducation, 3) la compétitivité et l’innovation, 4) la création d’emplois, 5) l’évolution démographique, les migrations et la sécurité des citoyens, 6) une politique de défense commune, 7) le changement climatique, 8) la cohésion économique, sociale et territoriale, 9) l’agriculture et la sécurité des aliments, 10) les infrastructures et la mobilité, 11) l’énergie, 12) l’incidence de la mondialisation, 13) la croissance durable, 14) les conséquences particulières éventuelles, pour certains territoires, du retrait du Royaume-Uni de l’UE, et 15) le passage au numérique. Par conséquent, il convient avant tout de veiller à ce que le CFP dispose des ressources nécessaires pour surmonter ces problèmes, afin d’apporter une valeur ajoutée européenne tangible aux citoyens de l’UE;

8.

signale avec inquiétude que les réductions opérées dans le budget de l’Union (liées, entre autres, à la sortie du Royaume-Uni de l’UE) sans augmentation des ressources financières propres auront pour effet d’accroître la charge qui pèse sur les États membres sous la forme de contributions, ou bien entraîneront inévitablement des restrictions au niveau des politiques soutenues;

9.

souligne qu’il importe de faire une utilisation plus efficace du budget de l’Union, en étendant le principe de partenariat à tous les aspects du budget ainsi qu’en rationalisant les fonds et leurs règles respectives;

10.

demande dès lors de garantir une hausse du volume du futur CFP, pour permettre à l’Union européenne d’assumer ses responsabilités à l’égard de la réalisation des objectifs des traités et des nouvelles priorités politiques, ainsi que des missions qui en découlent. Il convient d’y procéder sans opérer de restrictions dans la politique agricole commune ni dans celle de cohésion — et ce, pour l’ensemble des États membres et de leurs régions — cette dernière devant, compte tenu de l’ampleur et du caractère structurel des défis qu’affrontent l’UE, pour le moins conserver la part qu’elle détient dans le budget de l’Union;

11.

estime que, du fait de l’ampleur des défis auxquels l’UE est confrontée et des processus dynamiques à l’œuvre dans son environnement, son budget doit être plus fonctionnel et flexible qu’il ne l’a été jusqu’à présent, et qu’il doit répondre plus efficacement aux nouvelles tendances et aux changements d’orientation des politiques. Il y a lieu d’appliquer ce principe à la fois aux phénomènes défavorables et aux possibilités émergentes de développement. Il est donc nécessaire d’adopter un budget de l’Union simplifié, plus transparent, plus équitable et plus conforme aux principes démocratiques, dans la lignée des recommandations du groupe de haut niveau sur les ressources propres;

12.

note que le futur budget de l’UE doit tenir compte des caractéristiques particulières des territoires sur le plan de leurs possibilités et de leurs déficits de développement, ainsi que des défis géographiques et démographiques. Établir le budget de l’Union sur cette base permettra d’assumer une responsabilité accrue à l’égard des engagements pris et des effets produits par les mesures mises en œuvre au niveau local et régional. À cet égard, le Comité attire l’attention sur le rôle particulier que joue la gestion partagée qui assure un développement territorial cohérent en liant cette politique de l’UE avec sa réalisation sur le terrain;

13.

constate avec préoccupation que le document de réflexion, qui traite des enjeux qui détermineront de manière fondamentale le visage de l’Europe dans les années à venir, ne met pas en avant le rôle des pouvoirs régionaux et locaux, notamment dans les cas où les compétences dans les domaines énumérés au paragraphe 7 relèvent de leur responsabilité exclusive;

14.

rappelle que la promotion et la protection des collectivités locales et régionales, qui sont expressément mentionnées dans le traité de Lisbonne, doivent être pleinement mises en œuvre, et qu’il convient à cet effet de respecter le principe de subsidiarité et de veiller à ce que les collectivités territoriales soient associées, notamment par l’intermédiaire du CdR, au processus législatif européen, étant donné qu’elles sont le plus souvent les destinataires finaux des stratégies politiques et programmes de l’Union mais aussi parce qu’elles jouent un rôle déterminant dans la mise en œuvre de la législation de l’UE. En outre, le budget de l’Union doit garantir le respect du principe de subsidiarité, de sorte que les tâches entre les niveaux européen, national, régional et local soient correctement réparties;

15.

se déclare une nouvelle fois favorable à une période de programmation septennale pour la politique de cohésion, comme il l’a déjà indiqué dans son avis sur l’avenir de ladite politique. Toutefois, le Comité relève également les avantages d’une période de programmation prolongée de 10 ans (5 + 5) assortie d’une révision à mi-parcours complète et obligatoire. Il propose donc de prendre pour la dernière fois position en faveur d’une période septennale, avant que le calendrier ne soit aligné sur le cycle électoral. Ces scénarios permettent d’assurer une stabilité et une prévisibilité suffisantes ainsi que de mieux satisfaire aux exigences de la planification stratégique. En outre, dans le cadre d’une révision complète à mi-parcours, les résultats obtenus dans les premières années de la mise en œuvre seraient déjà connus et pourraient être mis en application afin d’accroître la fiabilité et la précision de l’utilisation du budget de l’Union. Il conviendrait également que puisse s’appliquer un critère de flexibilité budgétaire, qui permettrait de prendre des mesures en cas de crise grave ou de changement de priorités;

16.

se félicite du calendrier clair et ambitieux que la Commission européenne et le Parlement européen ont proposé pour les travaux de procédure relatifs à l’adoption du nouveau cadre financier pluriannuel, qui rend possible la conclusion d’un accord avec le Conseil avant les élections du Parlement européen en 2019. Toutefois, le Comité accueille avec une vive inquiétude la proposition du Conseil, consistant à attendre que le Royaume-Uni ait quitté l’UE avant d’adopter les arrangements définitifs concernant le prochain CFP. Le Comité adresse une mise en garde contre une temporisation excessive dans la prise de décision relative au CFP, car elle entraînerait un important retard dans l’adoption du prochain train de mesures législatives et rendrait impossible sa mise en œuvre en temps utile;

17.

estime que l’on ne dispose toujours pas, dans le calendrier, d’une stratégie cadre qui prenne le relais d’Europe 2020. Eu égard à cet état de fait, le Comité incite la Commission à entamer au plus vite ses travaux sur une telle stratégie, qui devra définir les objectifs stratégiques et ambitieux, mais aussi réalistes, qu’il conviendra d’atteindre dans l’optique de mieux mettre en œuvre les politiques futures de l’Union et des États membres, grâce aux instruments et aux moyens financiers disponibles;

18.

fait observer que toute «disposition transitoire», bien qu’autorisée par le règlement fixant le cadre financier pluriannuel, entraînera de graves problèmes juridiques et opérationnels au début du prochain CFP, ce qui aura des effets dommageables pour les programmes opérationnels et leurs bénéficiaires, en particulier les collectivités locales et régionales. Le Comité fait part de sa volonté d’apporter sa contribution et son soutien au Parlement européen, à la Commission européenne et au Conseil dans les négociations relatives au CFP;

Valeur ajoutée européenne

19.

accueille favorablement la vision proposée, qui est celle d’une valeur ajoutée européenne qui soit liée aux obligations découlant des traités, lesquelles doivent constituer le cadre de référence dans le débat sur le CFP;

20.

juge opportuns les critères proposés en vue d’assurer des biens publics de dimension européenne, des économies d’échelle et un effet d’entraînement, ainsi que de conforter les valeurs communes de l’Europe et de renforcer le marché unique. Une telle définition de la valeur ajoutée européenne porte à croire que les principes de subsidiarité et de proportionnalité seront respectés dans le cadre des actions entreprises au niveau de l’UE. Il importe tout particulièrement de relever que l’une des conditions pour améliorer la position concurrentielle de l’UE dans son ensemble consiste à réduire les disparités de développement entre les États membres de l’UE ainsi qu’au sein de chacun d’eux. Il convient de ce point de vue de faire valoir le rôle que joue la politique de cohésion pour créer une valeur ajoutée européenne en réalisant des réformes structurelles, en développant les capacités administratives à tous les niveaux de gouvernement («effet d’entraînement»), tout comme en accordant une aide directe telle que celle que prévoit l’initiative en faveur des «régions moins développées»;

21.

se félicite de l’appel lancé par la Commission pour que le CFP se concentre sur les priorités qui peuvent avoir une incidence significative sur la vie des citoyens et contribuer à rétablir la confiance dans la valeur ajoutée de l’Union européenne. À cette fin, le budget de l’UE devrait également mieux tenir compte du dialogue avec les citoyens, en particulier par l’intermédiaire des deux assemblées politiques dans lesquelles siègent des membres démocratiquement élus (le Parlement européen et le Comité européen des régions); en outre, il convient de créer davantage de synergies avec les parlements nationaux et régionaux et avec les assemblées régionales et locales;

22.

à cet égard, soutient également l’appel lancé par le Parlement européen en vue de développer davantage les méthodes d’évaluation, par exemple en mettant en place des indicateurs de performance appropriés ou en tenant compte de l’impact des différentes politiques menées sur les régions, tout en exploitant les instruments de la politique de cohésion existants, tels que la plateforme de données ouvertes concernant les Fonds ESI. En outre, les décisions de soutenir des actions politiques doivent se fonder sur une évaluation qualitative et politique des priorités de l’UE et ne sauraient se cantonner exclusivement à une analyse purement quantitative;

23.

souligne qu’il existe un risque que des décisions soient prises, non pas en vue de promouvoir des mesures à forte valeur ajoutée européenne, mais plutôt de privilégier des considérations nationales, comme le solde net ou la protection de certaines limites budgétaires, sachant que de puissantes dynamiques politiques poussent en ce sens. Le Comité invite le Conseil à faire en sorte que les négociations sur le CFP ne prennent pas pour base le calcul du solde net, dès lors que, d’une part, les bénéfices non directs (par exemple, dans le cas d’une société étrangère réalisant un projet européen) ne peuvent être pris en compte dans ledit calcul et que, d’autre part, ce dernier contredit l’esprit européen de cohésion et de solidarité;

Réforme du budget

24.

est convaincu qu’il est nécessaire d’engager une réforme en profondeur afin d’éliminer les règles et les instruments inefficaces et de privilégier ceux qui produisent de meilleurs résultats. Le Comité réaffirme que la complexité de la structure du budget, en particulier des mécanismes de rabais et de correction, rend l’action de l’UE moins lisible et aggrave la crise de confiance des citoyens à l’égard des institutions européennes. Il demande par conséquent la suppression de ces mécanismes de sorte que l’on puisse prendre réellement la mesure des coûts et des avantages de l’UE. À cet égard, il observe qu’il convient d’élargir le périmètre d’évaluation des avantages collectifs que procurent les politiques de l’UE, les synergies économiques, les effets transfrontières et les externalités positives;

25.

demande que le CFP soit uniformisé et rendu plus transparent. Le Comité fait observer que la création d’instruments annexes ne constitue pas une solution appropriée. Il reste dès lors convaincu de la nécessité de prévoir des instruments spéciaux dans la structure du CFP (par exemple, le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation) et d’assurer des synergies au moyen d’un ensemble de règles uniformes;

26.

constate que le niveau actuel du budget de l’UE est insuffisant pour lui permettre d’exercer son effet stabilisateur et que, par conséquent, il est nécessaire de consolider le cadre financier pluriannuel de l’UE après 2020 en mobilisant des ressources propres. Le Comité renouvelle son appel pour que soient mises en place de nouvelles ressources propres sous la forme d’un «paquet» regroupant différentes taxes (impôt européen sur les sociétés, ACCIS, TTF, seigneuriage, imposition des bénéfices de l’économie numérique, réforme de la TVA);

27.

engage le Conseil et la présidence du Conseil de l’UE à ne ménager aucun effort pour convaincre les États membres de réformer en profondeur les ressources propres de l’Union. Les conclusions du groupe de haut niveau sur les ressources propres offrent une excellente base pour argumenter en ce sens;

28.

invite les États membres à envisager une augmentation de leurs contributions au budget de l’Union, en fonction du niveau de leurs revenus tel que mesuré par le RNB;

29.

adresse une mise en garde contre la fixation d’un niveau des dépenses à 1 % du RNB européen après le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, qui entraînerait une réduction annuelle de plus de 23 milliards d’EUR du budget de l’UE. Le Comité appelle en conséquence à fixer le futur budget à un niveau qui ne soit pas inférieur à 1,3 % du RNB européen, et il appuie ainsi la position prise par le Parlement européen sur cette question;

Fonctionnement du futur budget

30.

réclame une simplification de la structure du CFP. Les principaux domaines de financement devraient refléter les priorités à soutenir et être facilement reconnaissables par les citoyens (par exemple, la politique de cohésion ou la PAC);

31.

demande d’assurer au sein du futur CFP l’équilibre entre une indispensable flexibilité et la stabilité du financement des domaines d’intervention stratégiques pour l’UE. À cette occasion, il est nécessaire de mettre en place un mécanisme adéquat de constitution de réserves qui permettrait d’éviter une accumulation déraisonnable de moyens financiers tout en définissant dans le même temps des critères clairs pour les distribuer. Le Comité demande par conséquent de mettre en place une réserve de crise pour les cas où une tâche nouvelle s’imposerait ou une crise imprévue surviendrait, ainsi qu’une réserve non programmée, et ce, tout en renforçant les instruments spéciaux de flexibilité existants;

32.

pointe la nécessité d’assurer la cohérence entre les instruments de l’UE, de sorte qu’ils contribuent tous à atteindre les objectifs de l’Union et qu’ils facilitent la mise en œuvre des réformes dans les États membres;

33.

demande que la totalité des amendes perçues dans le cadre de la politique de concurrence soient inscrites au budget de l’Union en tant que recettes affectées;

34.

souligne qu’il est indispensable de favoriser une plus grande complémentarité et de limiter les phénomènes de double emploi entre les instruments financiers actuels de l’Union afin de garantir des gains d’efficacité accrus dans le futur budget de l’UE. Une telle consolidation permettrait également d’accroître la masse critique des instruments de financement et contribuerait à un accès plus transparent et plus aisé à ces fonds;

35.

persiste à penser que le futur budget devrait être axé sur les résultats. Concernant le lien entre les ressources européennes et la coordination de la politique économique au sein de l’UE, le Comité est hostile à l’idée que la politique de cohésion soit simplement subordonnée à l’exercice du Semestre européen, plutôt qu’alignée sur ce dernier, dans la mesure où celle-ci dispose de sa propre légitimité, consacrée dans les traités européens. En outre, si l’on devait renforcer ce lien en intégrant la politique de cohésion dans les programmes nationaux de réforme, il conviendrait de repenser ces derniers en partant de l’échelon de l’UE, d’une manière qui permette d’en maintenir la dimension territoriale tout comme l’approche de partenariat et la démarche décentralisée (1). Le Comité est par ailleurs convaincu que si l’on veut rendre le Semestre européen plus efficace et renforcer l’adhésion à ce processus sur le terrain, il est absolument indispensable de prévoir une participation structurée des collectivités locales et régionales au Semestre européen, en tant que partenaires, en tenant compte de la répartition effective des pouvoirs et des compétences entre les différents échelons de gouvernement dans les États membres de l’Union (2);

Futurs domaines de financement

36.

propose de continuer à soutenir une approche axée sur le territoire dans le déploiement des politiques de l’UE, en renforçant le rôle joué par les échelons local et régional ainsi que les zones fonctionnelles interrégionales en tant qu’acteurs privilégiés de la réalisation des objectifs de l’UE au bénéfice des citoyens;

37.

par conséquent, demande une fois de plus que la politique de cohésion demeure une priorité dans la structure du prochain budget, et ce pour toutes les régions de l’UE, et soutient résolument l’alliance pour la cohésion (#CohesionAlliance). Le Comité est d’avis que les trois dimensions de la cohésion (économique, sociale et territoriale) jouent un rôle essentiel dans la promotion d’une convergence économique accrue au sein de l’Union, en garantissant une Europe plus intégrée et plus sociale et en permettant à tous les territoires de l’UE de bénéficier du marché unique. Une plus grande cohésion et une résilience accrue des territoires sont des facteurs déterminants de la position concurrentielle de l’Union à l’échelle mondiale;

38.

est convaincu que le nouveau budget devrait se concentrer davantage sur la recherche et la création d’avantages durables ainsi que sur une meilleure exploitation du potentiel et des ressources de développement. De ce point de vue, la politique de cohésion est en mesure de garantir des effets réels et mesurables à l’échelle de l’UE comme aux échelons inférieurs. Par conséquent, il convient à tout le moins de maintenir la part qui lui est consacrée dans le budget global de l’UE, en tant que politique génératrice de valeur ajoutée européenne;

39.

fait observer qu’il est nécessaire de préserver des ressources financières suffisantes et de soutenir le développement interne de tous les territoires dans le cadre de la politique de cohésion. Dans le même temps, le Comité souligne la nécessité de rendre cette politique plus flexible pour les collectivités locales et régionales, qui participent directement et indirectement à 75 % des dépenses inscrites au budget de l’UE;

40.

plaide pour le maintien de la gestion partagée des Fonds structurels et d’investissement européens sous sa forme actuelle, qui en garantit l’efficacité et permet un dialogue continu tout au long de la période de programmation. Le Comité souligne à cet égard l’importance particulière du Fonds social européen (FSE), dans le cadre des Fonds ESI, pour mettre en œuvre le socle européen des droits sociaux et surmonter les disparités sociales au sein de l’Union européenne. Il demande également que le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (FEM) devienne partie intégrante des futurs Fonds ESI;

41.

recommande de maintenir des dotations adéquates pour le mécanisme pour l’interconnexion en Europe, le programme COSME, le programme LIFE, Horizon 2020, Erasmus+ et l’initiative pour l’emploi des jeunes;

42.

relève la nécessité croissante de recourir davantage aux programmes de coopération territoriale (coopération transfrontalière, transnationale et interrégionale) et aux stratégies macrorégionales afin de renforcer la compétitivité, l’emploi et l’inclusion sociale en Europe. Ces programmes et ces stratégies créent également une forte valeur ajoutée pour la construction d’une identité européenne commune;

43.

constate qu’il est besoin d’investir davantage dans la recherche et l’innovation, qui ont un impact particulièrement important sur la croissance économique, la productivité et la compétitivité de l’UE;

44.

recommande derechef de veiller à ce que la politique agricole soit juste, durable et solidaire (3), et de la doter d’un budget suffisant pour la mettre au service des agriculteurs, des régions, des consommateurs et des citoyens. Le Comité préconise de réglementer les marchés agricoles afin d’éviter de coûteuses crises sectorielles, ainsi que de plafonner les paiements directs par exploitation, ce qui permettrait d’économiser des fonds au titre du premier pilier de la PAC. Il rejette l’idée selon laquelle les États membres devraient dorénavant cofinancer les paiements directs; une renationalisation de la PAC aurait des effets négatifs sur l’agriculture dans de nombreux États membres de l’UE. Le Comité est favorable au renforcement du deuxième pilier afin de garantir que les zones rurales puissent mettre en œuvre des mesures de développement appropriées; il demande également que les États membres puissent bénéficier de possibilités accrues de transferts de fonds du premier vers le deuxième pilier;

45.

estime qu’au-delà de la seule politique agricole commune, il est essentiel de prendre en compte la dimension rurale dans toutes les politiques européennes, en pleine conformité avec la mise en œuvre de l’objectif de cohésion territoriale dans l’Union. En effet, comme l’a montré l’étude du CdR sur le budget européen consacré aux zones rurales, les besoins des régions rurales sont bien supérieurs aux moyens qui sont ceux de la PAC en matière de politique de développement rural. Par conséquent, il est nécessaire de mieux intégrer la dimension rurale dans la prochaine génération des Fonds structurels, démarche qui devrait s’appuyer sur l’adoption d’un «programme rural» européen;

46.

demande une nouvelle fois de prévoir une capacité budgétaire permettant, d’une part, de créer des incitations en faveur de la mise en œuvre de réformes structurelles dans les États membres — dont le champ d’application devrait être défini en fonction de leur valeur ajoutée européenne — et, d’autre part, de disposer d’un instrument provisoire pour faire face aux chocs économiques asymétriques. Cette capacité doit jouer un rôle additionnel par rapport aux instruments de la politique de cohésion et être strictement soumise au respect du cadre réglementaire de l’UE au sens large, ainsi qu’aux progrès accomplis en matière de convergence, sans entraîner une réduction des dotations propres à cette politique. Le Comité reste convaincu que la capacité budgétaire devrait faire l’objet d’une prise de décision et d’une mise en œuvre communes, en y associant pleinement le Parlement européen, au niveau de l’Union économique et monétaire et que les États membres n’appartenant pas à la zone euro devraient pouvoir avoir accès à cet instrument pour autant qu’ils le souhaitent;

47.

rappelle également qu’il s’oppose à ce qu’une capacité budgétaire de la zone euro prenne la forme d’une ligne budgétaire de la zone euro à l’intérieur du budget de l’UE tant que le plafond des ressources propres reste fixé au niveau actuel de 1,23 % du RNB de l’UE, dans la mesure où cette proposition implique soit un montant insuffisant de la capacité budgétaire pour exercer une fonction de stabilisation, soit un risque d’éviction mécanique pour le financement de politiques de l’Union telles que les Fonds ESI;

48.

souligne la nécessité de prévoir des mesures complémentaires au PIB dans la mise en place de la nouvelle génération de Fonds structurels et d’investissement européens pour la prochaine période de programmation financière pluriannuelle, ce qui permettrait d’ajuster le taux de cofinancement par catégorie de région aux dépenses réelles induites par le cofinancement d’opérations ou, le cas échéant, de disposer d’une marge de programmation pour ce qui est de l’éligibilité d’actions à mener sur des territoires situés dans des régions plus développées présentant des caractéristiques notables sur le plan territorial et socio-démographique. Il conviendrait, lors de la répartition des financements européens, de prendre davantage en considération, sur la base de critères complémentaires qui soient uniformes et cohérents, les effets de la mondialisation et les défis démographiques qui se posent à l’échelon régional et local, ainsi que d’autres défis particuliers (par exemple sur le plan social, environnemental, géographique et naturel);

49.

est convaincu que la croissance économique ne peut pas aller de pair avec l’inégalité et l’exclusion sociale, et souligne que l’article 9 du TFUE engage l’UE à garantir une protection sociale adéquate dans toutes ses politiques et ses actions;

50.

rappelle que la perspective de genre est loin d’être intégrée dans l’ensemble des domaines d’action. Le Comité invite dès lors la Commission européenne à appliquer une méthodologie intégrant les questions d’égalité hommes-femmes dans tous les volets du CFP;

51.

est d’avis qu’il convient de porter une attention accrue à la question de l’aide au développement, et en particulier au problème d’échelle mondiale que représente la «crise des réfugiés et des migrants»;

Scénarios

52.

réaffirme son opposition aux scénarios de développement futur («S’inscrire dans la continuité», «Faire moins ensemble», «Certains font plus», «Réforme radicale») qui auraient pour effet de limiter ou de supprimer complètement les principales politiques d’investissement à long terme, à savoir la politique de cohésion et la politique agricole commune. Il est foncièrement nécessaire d’éviter que l’Europe n’évolue dans des directions différentes et d’évaluer au préalable l’incidence territoriale des divers scénarios;

53.

fait observer que la plupart des scénarios insistent sur la stimulation de la croissance du PIB plutôt que sur la garantie d’une cohésion territoriale, économique et sociale. Cette approche peut avoir des conséquences dommageables pour l’avenir de l’Union;

54.

note que le meilleur scénario parmi les options proposées est le cinquième («Faire beaucoup plus ensemble»), qui est le plus attrayant du point de vue des citoyens dans les villes et les régions. Il conviendrait de prendre des mesures pour faire en sorte que tous les États membres acceptent une augmentation massive du budget de l’UE et la création de nouvelles ressources propres;

Observations finales

55.

souligne que le cadre financier pluriannuel après 2020 doit être à la fois prévoyant et flexible, afin que l’on puisse maintenir son orientation stratégique et préserver la sécurité de la planification pour les collectivités régionales et locales, mais aussi faire face aux crises éventuelles et éviter la création de fonds ad hoc en dehors du CFP;

56.

appelle une nouvelle fois de ses vœux l’application des principes de partenariat, de gouvernance à niveaux multiples et de subsidiarité dans toutes les politiques, ainsi que la promotion de la collaboration entre tous les secteurs de la société, dans le but de rendre l’Union européenne plus démocratique et de lui assurer la confiance de tous ses citoyens.

Bruxelles, le 1er février 2018.

Le président du Comité européen des régions

Karl-Heinz LAMBERTZ


(1) Voir l’avis du CdR sur «L’avenir de la politique de cohésion après 2020 — Pour une politique européenne de cohésion forte et efficace après 2020», adopté le 12 mai 2017.

(2) Voir l’avis du CdR sur le thème «Améliorer la gouvernance du semestre européen — un code de conduite pour y associer les collectivités locales et régionales», adopté le 11 mai 2017.

(3) Voir l’avis du CdR sur «La PAC post-2020», adopté le 12 juillet 2017.


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