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AccueilDroit européen52017IR5423
Initiative législative52017IR5423

Avis du Comité européen des régions — Train de mesures relatif au commerce

CELEX52017IR5423
TypeInitiative législative
Datevendredi 23 mars 2018

Résumé IA

Le Comité européen des régions émet un avis sur le train de mesures relatif au commerce de l'Union européenne, soulignant l'importance de la cohérence entre les politiques commerciales et les objectifs de développement durable. Il insiste sur la nécessité de renforcer la participation des collectivités locales et régionales dans la mise en œuvre des accords commerciaux, notamment en matière de clauses sociales et environnementales. Cet avis vise à garantir que les politiques commerciales de l'UE tiennent compte des réalités territoriales et des compétences des régions.

Texte intégral

13.7.2018

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 247/28


Avis du Comité européen des régions — Train de mesures relatif au commerce

(2018/C 247/06)

Rapporteure:

Micaela FANELLI (IT/PSE), maire de Riccia (province de Campobasso)

Documents de référence:

Proposition de règlement établissant un cadre pour le filtrage des investissements directs étrangers dans l’Union européenne

COM(2017) 487 final

Communication relative à la liste 2017 des matières premières critiques pour l’Union européenne

COM(2017) 490 final

Rapport sur la mise en œuvre de la stratégie de politique commerciale «Le commerce pour tous» — Pour une politique commerciale novatrice qui maîtrise la mondialisation

COM(2017) 491 final

Communication — Une politique commerciale équilibrée et novatrice pour maîtriser la mondialisation

COM(2017) 492 final

Communication — Accueillir les investissements directs étrangers tout en protégeant les intérêts essentiels

COM(2017) 494 final

Recommandations de décisions du Conseil

COM(2017) 469 final, COM(2017) 472 final et COM(2017) 493 final

I. RECOMMANDATIONS D’AMENDEMENT

Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant un cadre pour le filtrage des investissements directs étrangers dans l’Union européenne

COM(2017) 487 final

Amendement 1

Considérant 13

Texte proposé par la Commission

Amendement du CdR

(13)

Il convient de définir les éléments essentiels du cadre procédural pour le filtrage des investissements directs étrangers par les États membres afin, d’une part, de permettre aux investisseurs, à la Commission et aux autres États membres de comprendre la manière dont lesdits investissements seront susceptibles d’être filtrés et, d’autre part, de garantir la transparence du filtrage des investissements et l’absence de discrimination entre les pays tiers. Ces éléments devraient au moins prévoir l’établissement de délais pour le filtrage et la possibilité pour les investisseurs d’introduire un recours en justice contre les décisions de filtrage.

(13)

Il convient de définir les éléments essentiels du cadre procédural pour le filtrage des investissements directs étrangers par les États membres afin, d’une part, de permettre aux investisseurs, à la Commission, aux autres États membres , aux collectivités locales et régionales ainsi qu’aux partenaires sociaux intéressés de comprendre la manière dont lesdits investissements seront susceptibles d’être filtrés et, d’autre part, de garantir la transparence du filtrage des investissements et l’absence de discrimination entre les pays tiers. Ces éléments devraient au moins prévoir l’établissement de délais pour le filtrage et la possibilité pour les investisseurs d’introduire un recours en justice contre les décisions de filtrage.

Exposé des motifs

Les décisions prises par les États membres auront un impact majeur sur les régions où des investissements directs étrangers (IDE) sont prévus ou ont été réalisés, lesquelles devraient donc être associées à ces décisions.

Amendement 2

Considérant 18

Texte proposé par la Commission

Amendement du CdR

(18)

À cette fin, il importe également de garantir un niveau minimal d’information et de coordination en ce qui concerne les investissements directs étrangers relevant du champ d’application du présent règlement dans tous les États membres. Ces informations minimales devraient être mises à disposition par les États membres dans lesquels l’investissement direct étranger est prévu ou a été réalisé à la demande des États membres ou de la Commission. Les informations pertinentes concernent des aspects tels que la structure de propriété de l’investisseur étranger, ainsi que le financement de l’investissement prévu ou réalisé, y compris, si elles sont disponibles, des informations sur les subventions octroyées par des pays tiers.

(18)

À cette fin, il importe également de garantir un niveau minimal d’information et de coordination en ce qui concerne les investissements directs étrangers relevant du champ d’application du présent règlement dans tous les États membres. Ces informations minimales , après consultation des collectivités locales et régionales concernées, devraient être mises à disposition par les États membres dans lesquels l’investissement direct étranger est prévu ou a été réalisé à la demande des États membres ou de la Commission. Les informations pertinentes concernent des aspects tels que la structure de propriété de l’investisseur étranger, ainsi que le financement de l’investissement prévu ou réalisé, y compris, si elles sont disponibles, des informations sur les subventions octroyées par des pays tiers.

Exposé des motifs

Les décisions prises par les États membres auront un impact majeur sur les régions où des investissements directs étrangers (IDE) sont prévus ou ont été réalisés, lesquelles devraient donc être associées à ces décisions.

Amendement 3

Article 3, paragraphe 2

Texte proposé par la Commission

Amendement du CdR

Article 3

Article 3

Filtrage des investissements directs étrangers

Filtrage des investissements directs étrangers

2. La Commission peut procéder à un filtrage des investissements directs étrangers qui sont susceptibles de porter atteinte à des projets ou des programmes présentant un intérêt pour l’Union, pour des motifs de sécurité ou d’ordre public.

2. La Commission peut procéder à un filtrage des investissements directs étrangers qui sont susceptibles de porter atteinte à des projets ou des programmes existants ou prévus de manière responsable et présentant un intérêt pour l’Union, pour des motifs de sécurité ou d’ordre public.

Amendement 4

Article 6, paragraphes 1 et 2

Texte proposé par la Commission

Amendement du CdR

Article 6

Article 6

Cadre pour le filtrage effectué par les États membres

Cadre pour le filtrage effectué par les États membres

1. Les mécanismes de filtrage des États membres sont transparents et n’établissent pas de distinction entre les pays tiers. En particulier, les États membres énoncent les conditions qui entraînent le filtrage, les motifs du filtrage et les règles de procédure détaillées applicables.

1. Les mécanismes de filtrage des États membres sont transparents et n’établissent pas de distinction entre les pays tiers. En particulier, les États membres énoncent les conditions qui entraînent le filtrage, les motifs du filtrage et les règles de procédure détaillées applicables. En outre, dans le cadre de cette procédure et dans la mesure du possible, les États membres informent et consultent les collectivités locales et régionales dans lesquelles l’investissement direct étranger est prévu ou a été réalisé.

2. Les États membres fixent des délais pour rendre les décisions de filtrage. Ces délais leur permettent de tenir compte des observations des États membres visées à l’article 8 et de l’avis de la Commission visé aux articles 8 et 9.

2. Les États membres fixent des délais pour rendre les décisions de filtrage. Ces délais leur permettent de tenir compte des observations des collectivités locales et régionales dans lesquelles l’investissement direct étranger est prévu ou a été réalisé et des États membres visées à l’article 8 et de l’avis de la Commission visé aux articles 8 et 9.

[…]

[…]

Exposé des motifs

Les décisions prises par les États membres auront un impact majeur sur les régions où des investissements directs étrangers (IDE) sont prévus ou ont été réalisés, lesquelles devraient donc être associées à ces décisions.

Amendement 5

Article 8, paragraphe 1

Texte proposé par la Commission

Amendement du CdR

Article 8

Article 8

Dispositif de coopération

Dispositif de coopération

1. Les États membres informent la Commission et les autres États membres de tous les investissements directs étrangers faisant l’objet d’un filtrage dans le cadre de leurs mécanismes de filtrage, dans un délai de cinq jours ouvrables à compter du début du filtrage. Parmi les informations à fournir, et s’il y a lieu, l’État membre procédant à un filtrage s’attache à indiquer s’il estime que l’investissement direct étranger soumis au filtrage est susceptible de relever du règlement (CE) no 139/2004.

1. Les États membres consultent les collectivités locales et régionales dans lesquelles l’investissement direct étranger est prévu ou a été réalisé et informent la Commission et les autres États membres de tous les investissements directs étrangers faisant l’objet d’un filtrage dans le cadre de leurs mécanismes de filtrage, dans un délai de cinq jours ouvrables à compter du début du filtrage. Parmi les informations à fournir, et s’il y a lieu, l’État membre procédant à un filtrage s’attache à indiquer s’il estime que l’investissement direct étranger soumis au filtrage est susceptible de relever du règlement (CE) no 139/2004.

Exposé des motifs

Il est important que les collectivités locales et régionales soient consultées dans le cadre du filtrage d’un IDE particulier.

Amendement 6

Article 8, paragraphe 6

Texte proposé par la Commission

Amendement du CdR

Article 8

Article 8

Dispositif de coopération

Dispositif de coopération

6. L’État membre dans lequel l’investissement direct étranger est prévu ou a été réalisé tient dûment compte des observations des autres États membres visées au paragraphe 2 et de l’avis de la Commission visé au paragraphe 3.

6. L’État membre dans lequel l’investissement direct étranger est prévu ou a été réalisé tient dûment compte des observations des collectivités locales et régionales dans lesquelles l’investissement direct étranger est prévu ou a été réalisé, visées au paragraphe 1, et de celles des autres États membres, visées au paragraphe 2, ainsi que de l’avis de la Commission visé au paragraphe 3.

Exposé des motifs

Il est important que les collectivités locales et régionales soient consultées dans le cadre du filtrage.

Amendement 7

Article 12

Texte proposé par la Commission

Amendement du CdR

Article 12

Article 12

Points de contact

Points de contact

Chaque État membre désigne un point de contact pour le filtrage des investissements directs étrangers («point de contact pour le filtrage IDE»). La Commission et les autres États membres associent ces points de contact pour le filtrage IDE à toutes les questions liées à la mise en œuvre du présent règlement.

Chaque État membre désigne au moins un point de contact pour le filtrage des investissements directs étrangers («point de contact pour le filtrage IDE»). La Commission et les autres États membres associent ces points de contact pour le filtrage IDE à toutes les questions liées à la mise en œuvre du présent règlement. Les points de contact pour le filtrage des investissements directs étrangers doivent également, à la demande des collectivités locales et régionales concernées, fournir à ces dernières toutes les informations utiles concernant le filtrage de ces investissements.

Exposé des motifs

i)

Étant donné que, dans certains États membres, la politique commerciale est déléguée au niveau régional, il semble opportun de prévoir des points de contact au niveau régional dans ces cas également.

ii)

Il importe que les collectivités locales et régionales disposent des informations les plus complètes possibles au moment d’arrêter une position sur le filtrage d’un IDE particulier.

II. RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS

1.

accueille favorablement le train de propositions en matière de commerce et d’investissement présenté par la Commission dans le sillage du document de réflexion sur la maîtrise de la mondialisation, en tant que réponse aux défis auxquels doit faire face la politique commerciale de l’Union européenne;

2.

est d’avis que la politique commerciale est appelée à relever des défis multiformes, en trouvant le juste équilibre entre divers objectifs: renforcer la position commerciale de l’Union en la connectant aux centres de croissance mondiaux, jouer un rôle de premier plan pour soutenir le système commercial multilatéral, accélérer la croissance économique et réduire la pauvreté, protéger les entreprises, les citoyens et les territoires de l’Union contre la concurrence déloyale et gérer les coûts sociaux et territoriaux, en particulier dans les secteurs vulnérables et parmi les travailleurs peu qualifiés;

3.

estime lui aussi qu’au fil des années, le commerce international a favorisé la croissance et la compétitivité tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Union européenne; souligne toutefois la préoccupation croissante suscitée par l’inégale répartition sociale de ses avantages, ses fortes incidences sur l’accélération des processus d’agglomération et de marginalisation territoriales et, en particulier, la rude épreuve à laquelle il soumet la résilience de certaines économies et communautés locales;

4.

soutient résolument la position de la Commission selon laquelle la politique commerciale a un rôle important à jouer pour faire en sorte que la mondialisation produise des effets positifs sur le plan économique, social, territorial et environnemental, pour les citoyens et les entreprises d’Europe et d’ailleurs;

5.

souligne le rôle essentiel que joue le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (FEM) pour soutenir ceux qui perdent leur emploi en raison de modifications de la structure du commerce mondial dues à la mondialisation, tout en rappelant (1) la nécessité d’en réformer les mécanismes de fonctionnement en simplifiant la procédure d’approbation au titre du FEM, en abaissant ses seuils d’activation (2), ainsi qu’en augmentant son enveloppe budgétaire jusqu’à au moins 500 millions d’EUR par an et en l’intégrant dans le cadre financier pluriannuel afin de tenir compte du fait que depuis 2014, le champ d’action du FEM a été étendu pour inclure les NEET et qu’il pourrait être nécessaire de l’étendre encore pour couvrir des mesures préventives; insiste sur la complémentarité entre le FEM et le Fonds social européen parmi les Fonds structurels et d’investissement européens (Fonds ESI), dès lors que le FEM est un mécanisme qui fournit une aide à court terme tandis que les Fonds ESI soutiennent des mesures à long terme qui peuvent servir de suivi dans les domaines relevant du FEM;

6.

fait valoir que, comme l’a mis en évidence une analyse (3) des flux commerciaux dans certains États membres, les résultats des régions en matière d’exportations sont liés de façon positive au PIB, que l’évolution des exportations est corrélée positivement à l’indice de compétitivité régionale (ICR), et que, dans chaque État membre analysé, la propension et la participation du tissu productif aux exportations sont fortement concentrées dans quelques régions;

7.

constate avec inquiétude que ces résultats sont confirmés dans une autre étude (4), selon laquelle les avantages des IDE apparaissent nettement inférieurs dans les régions rurales, non métropolitaines et moins développées que dans d’autres régions, et que les retombées sur le plan de l’augmentation de la productivité sont moindres dans les régions rurales et non métropolitaines, voire nulles dans les régions moins développées; en conséquence, il est probable que la contribution à la convergence de l’impact direct des IDE et de l’ouverture des marchés soit très limitée;

8.

souligne à cet égard le rôle important de la politique de cohésion s’agissant d’assurer un niveau approprié d’investissements publics dans les régions et territoires de l’Union européenne qui sont marginalisés par ces flux et d’accroître leur compétitivité tout en stimulant les IDE qui leur sont destinés et en favorisant la croissance des entreprises non européennes déjà présentes en Europe;

9.

rappelle que dans son septième rapport sur la cohésion du 9 octobre 2017, la Commission européenne a souligné que la mise à profit de la mondialisation, en soutenant la transformation économique dans les régions, l’innovation, la modernisation de l’industrie et l’adoption de technologies, devrait faire partie des trois priorités de la future politique de cohésion pour l’après-2020;

10.

attire l’attention sur le fait que conclure de nouveaux accords de libéralisation des échanges réduit le montant des droits de douane, lesquels constituent des ressources propres significatives pour le budget de l’Union, et invite instamment la Commission à présenter à brève échéance une proposition visant à réformer en profondeur les ressources propres de l’Union européenne, comme demandé dans l’avis 2017/1530 du CdR sur la réforme des ressources propres de l’Union européenne dans le contexte du prochain CFP pour l’après-2020;

La transparence et la légitimité démocratique de la politique commerciale de l’Union européenne

11.

se félicite de l’engagement de la Commission à rendre plus transparentes les négociations commerciales et est convaincu que cette approche donnera aux États membres la possibilité d’associer les collectivités locales et régionales et/ou les autres parties prenantes aux phases de formulation des objectifs de politique commerciale commune propres à certains processus de négociation dans le cadre du commerce avec des pays tiers;

12.

à cet égard, se réfère à son étude sur «La dimension démocratique des négociations par l’Union européenne d’accords commerciaux: rôle et responsabilités des citoyens et des collectivités locales et régionales», qui souligne que la simple disponibilité d’informations ne suffit pas pour assurer un processus transparent et participatif et qu’une attention particulière doit être portée aux mécanismes des niveaux national et local afin de garantir l’accès à ces informations; en particulier, les collectivités locales et régionales soulignent l’absence fréquente de mécanismes formels de dialogue avec les niveaux nationaux respectifs en matière de politique commerciale, absence encore plus patente au niveau de l’Union européenne;

13.

apprécie les efforts déployés par la Commission pour apporter plus de clarté sur la nature mixte de nombreux accords commerciaux au moyen d’un chapitre distinct consacré aux investissements; estime cependant que l’absence de consensus à l’égard de l’ouverture internationale des marchés et de la conclusion de nouveaux accords commerciaux est dans une large mesure imputable à la rareté de la documentation sur les impacts positifs et négatifs de certains accords et au manque de clarté quant aux responsabilités des gouvernements à répondre aux différents effets distributifs négatifs générés par lesdits accords;

14.

en cohérence avec ce qui est exposé ci-dessus, rappelle sa position selon laquelle il est essentiel que toute nouvelle étape dans la libéralisation des échanges soit précédée d’études d’impact territorial, lesquelles peuvent constituer, avant le processus de négociation d’un accord commercial, un puissant instrument permettant de repérer et de quantifier son incidence sur les régions européennes. Cela rend possible, d’une part, la prise de décisions plus étayées, éclairées, transparentes et fondées sur des données probantes quant au contenu d’un tel accord, et d’autre part, l’adoption d’un soutien sur mesure aux régions concernées pour mieux anticiper ou gérer ses conséquences;

15.

regrette, à cet égard, que l’analyse d’impact accompagnant la recommandation de décision du Conseil autorisant l’ouverture de négociations en vue d’un accord de libre-échange avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande ne prévoie pas une telle analyse dans la section concernant les effets des différentes options stratégiques et les acteurs sur lesquels elles auraient une incidence (5);

16.

considère l’étude consacrée à l’impact économique cumulé d’éventuels accords de libre-échange actuels et futurs entre l’Union européenne et 12 partenaires commerciaux sur l’agriculture de l’Union européenne (6), réalisée par le Centre commun de recherche, comme un bon exemple de la manière dont les évaluations d’impact peuvent contribuer à la formulation de politiques commerciales solides, transparentes et fondées sur des données probantes;

17.

se félicite du soutien scientifique fondé sur des données probantes apporté par l’étude précitée à l’élaboration des politiques européennes, dès lors que les agriculteurs de l’Union européenne sont informés de ce qu’ils peuvent attendre des accords commerciaux, en particulier avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande; est d’avis que, dans le contexte de ces négociations, la Commission devrait mettre particulièrement l’accent sur les effets négatifs probables sur des secteurs agricoles spécifiques, comme l’indique l’étude, et protéger ces secteurs en tenant compte des principes de base de la PAC et du fait que l’agriculture est la principale, voire l’unique activité qui soutienne l’emploi, l’esprit d’entreprise et l’approvisionnement alimentaire local dans de nombreuses régions de l’Union européenne, telles que les zones de montagne, là où les agriculteurs préservent les zones rurales dans des conditions difficiles, et contribuent ainsi notamment à la préservation d’équilibres écologiques primordiaux;

18.

réaffirme, en particulier dans la perspective des négociations avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, la position qu’il défend de longue date, à savoir que les accords commerciaux de l’Union européenne ne doivent pas empêcher les autorités nationales, de quelque niveau qu’elles soient, de fournir, de soutenir ou de réglementer les services publics, ni d’élargir l’éventail des services qu’elles fournissent aux citoyens (7), ni encore de prévoir l’inclusion de certaines clauses sociales visant, entre autres, en cohérence avec les conclusions du Conseil européen du 7 décembre 2015, à encourager le développement de l’économie sociale;

19.

se félicite que la Commission ait mis en place, le 22 décembre 2017, un groupe consultatif sur les accords commerciaux de l’Union dans le but d’accroître la transparence et l’ouverture de la politique commerciale de l’Union européenne, mais regrette, à la lumière de ce qui précède, qu’aucun des 28 experts de ce groupe (8) ne représente une collectivité ou une association locale ou régionale. Pour le cas où la Commission persisterait à considérer qu’aucune institution ni aucun organe de l’Union européenne ne devrait être représenté au sein du groupe consultatif, le CdR escompte à tout le moins y être invité en qualité d’observateur;

20.

demande que les règles du droit du travail ainsi que les normes légales en vigueur dans l’Union et au niveau national en matière de sécurité des produits et de protection des données, des consommateurs, de la santé, de l’environnement et des animaux soient garanties sans qu’elles soient nivelées par le bas, et qu’elles puissent être adaptées au niveau des États membres, en conformité avec le droit de l’Union européenne; demande aussi qu’en la matière, la marge de manœuvre réglementaire et financière de l’échelon local et régional ne subisse pas de pressions du fait des accords internationaux de commerce et d’investissement;

La recherche d’équité en dehors de l’Union européenne

21.

souligne que la politique commerciale ne concerne pas uniquement les intérêts économiques, mais qu’elle constitue également un important instrument de solidarité avec les pays en voie de développement et ceux confrontés à des situations de crise régionale; rappelle à cet égard la décision conjointe de l’Union européenne et de la Jordanie relative à l’assouplissement des règles d’origine applicables aux échanges commerciaux bilatéraux en tant que bon exemple de cette approche;

22.

se félicite du document informel de la Commission concernant les chapitres sur le commerce et le développement durable (CDD) dans les accords de libre-échange (ALE) de l’Union européenne (9), lequel a lancé une discussion sur le respect et l’exécution de ces accords et sur la manière de tenir compte, en matière commerciale, des dispositions relatives au développement durable;

23.

en ce qui concerne la question de savoir si la violation d’une disposition du chapitre CDD devrait entraîner des effets commerciaux, voire des sanctions, le CdR soutient l’idée que les pays qui pratiquent une concurrence déloyale en adoptant des normes moins exigeantes que les conventions fondamentales du travail, par exemple en matière de travail des enfants, devraient faire l’objet de sanctions éventuelles; estime à cet égard qu’il est nécessaire de recourir à des études et projets de recherche supplémentaires en vue d’assurer que l’élaboration des politiques se fonde sur des données concluantes;

24.

se félicite de l’engagement de la Commission à renforcer le système commercial multilatéral au centre duquel est placé l’OMC et constate que, sans cette dernière, le commerce mondial serait davantage soumis aux dynamiques de pouvoir entre les États qu’à des valeurs; estime que l’OMC pourrait être le cadre idéal pour réduire à un minimum les effets externes négatifs, pour les pays tiers, des accords commerciaux bilatéraux, rendre multilatérale la coopération réglementaire menée jusqu’à présent entre des pays partageant les mêmes principes et présenter à d’autres membres intéressés de l’OMC un parcours explicite vers l’adhésion;

Le tribunal multilatéral des investissements

25.

se félicite de la recommandation de décision du Conseil autorisant l’ouverture de négociations visant à mettre en place un tribunal multilatéral des investissements (TMI), qui constitue une solution à bon nombre de problèmes suscités par le système de règlement des différends entre investisseurs et États (RDIE), notamment l’absence de légitimité et de garanties d’indépendance, le manque de prévisibilité et de cohérence de la jurisprudence, l’absence de possibilité de recours, le coût élevé, le manque de transparence dans les procédures de règlement des différends entre investisseurs et États et la faible accessibilité par les PME;

26.

relève que, selon l’étude du CdR sur «La dimension démocratique des négociations par l’Union européenne d’accords commerciaux: rôle et responsabilités des citoyens et des collectivités locales et régionale», l’aspect le plus fréquemment signalé par les collectivités locales et régionales en ce qui concerne les conséquences des accords de libre-échange est celui de la résolution des différends qui, de leur point de vue, permet aux entreprises privées d’attaquer les décisions des gouvernements locaux;

27.

souligne la nécessité de trouver un équilibre entre la protection des droits des investisseurs privés assurée par des mécanismes de sanction et la protection des droits des travailleurs, aujourd’hui dépourvue de ces mécanismes, et invite la Commission à veiller à ce que la proposition relative à la création d’un TMI ne prévoie pas le maintien d’un système juridique parallèle dans le cadre duquel un tribunal spécial pour les investisseurs étrangers permettrait de contourner les systèmes juridiques nationaux au bénéfice exclusif de ces investisseurs; demande en outre que le TMI protège non seulement les droits des investisseurs mais aussi le droit des États à légiférer et les droits des tierces parties;

28.

souhaite que la Commission clarifie dès que possible si cette juridiction multilatérale en matière d’investissements pourrait être considérée comme une institution unilatérale ou être liée à une compétence tierce, et comment les communautés concernées pourraient participer aux procédures judiciaires;

29.

invite la Commission à apporter davantage de clarté en ce qui concerne les conséquences prévisibles pour les litiges dans le cadre des traités bilatéraux d’investissement (TBI) actuels et les interconnexions entre le tribunal multilatéral des investissements et les juridictions nationales, en particulier s’agissant de la question de l’épuisement des voies de recours internes; soutient, au sujet des TBI intra-UE et dans le contexte de l’affaire C-284/16 en cours (Achmea), le point de vue de la Commission selon lequel les mécanismes de RDIE établis dans les TBI intra-UE (conclus avant l’adhésion) sont contraires au droit de l’Union européenne s’agissant de la compétence exclusive des juridictions de l’Union concernant les demandes qui s’y rapportent;

30.

est convaincu que le fait que la Belgique ait demandé en date du 6 septembre 2017 un avis de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) concernant la légalité du nouveau système juridictionnel bilatéral pour les investissements prévu dans l’accord UE-Canada (AECG) amènera une plus grande clarté qui servira l’ensemble du débat sur la protection des investissements;

31.

constate avec inquiétude que plusieurs des principaux partenaires commerciaux de l’Union européenne, dont les États-Unis et le Japon, ne soutiennent pas la création du TMI et que la préférence du Japon pour un système de RDIE est l’un des principaux thèmes non résolus avant qu’il ne puisse être donné suite à l’accord de principe concernant un accord de libre-échange conclu le 6 juillet 2016;

Proposition de règlement établissant un cadre pour le filtrage des investissements directs étrangers dans l’Union européenne

32.

souligne l’importance des IDE pour l’économie de l’Union européenne dans son ensemble, et plus concrètement pour certaines de ses régions, étant donné qu’entre 2003 et 2015, les investisseurs non européens ont mené à bien plus de 52 000 projets d’IDE en Europe, pour un montant total supérieur à 2 600 milliards d’EUR (10);

33.

souscrit à l’avis de la Commission selon lequel l’ouverture aux IDE reste un principe essentiel pour l’Union européenne et une importante source de croissance, qui doit s’accompagner de politiques dynamiques et efficaces, d’une part, pour que les autres économies s’ouvrent et que chacun joue selon les mêmes règles et, d’autre part, afin de protéger les actifs européens essentiels contre les investissements qui porteraient atteinte aux intérêts légitimes de l’Union européenne ou de ses membres;

34.

salue dès lors les principes à la base de la proposition de règlement de la Commission européenne, dès lors que les IDE peuvent actuellement être traités de manière différente par les États membres vu qu’il n’existe pas au niveau européen de réglementation unique sur leur filtrage;

35.

exprime son inquiétude par rapport au droit de la Commission d’effectuer un filtrage pour des raisons de sécurité et d’ordre public dans le cas d’un IDE susceptible d’avoir des répercussions sur des projets ou des programmes d’intérêt de l’Union, au motif que ce critère est très vague et peut inclure tous les types d’IDE, et que la liste figurant dans l’annexe pertinente n’est pas exhaustive. En outre, les notions de sécurité et d’ordre public ne sont pas clairement définies et, par conséquent, il n’y a aucune sécurité juridique en ce qui concerne la portée des pouvoirs d’intervention de la Commission européenne; il pourrait s’ensuivre que les États membres ne soient plus en mesure de prendre des décisions de manière autonome sur les IDE pour des raisons de sécurité et d’ordre public;

36.

regrette que la Commission présente une proposition d’une telle importance sans analyse d’impact; estime que l’étude annoncée dans la communication accompagnant la proposition sur les flux d’investissements dans l’Union européenne et l’évaluation d’impact auraient dû précéder la présentation de la proposition afin de veiller à ce que les discussions interinstitutionnelles sur le thème reposent sur des données probantes;

37.

demande d’indiquer clairement, dans la proposition de règlement, qu’il est possible de maintenir sans réserve les restrictions existantes concernant la libre circulation des capitaux à destination ou en provenance de pays tiers pour des raisons d’ordre public ou de sécurité publique et sans que soit prévu un cadre procédural précis;

38.

estime que la Commission devrait également évaluer les politiques à l’origine des conditions ayant conduit à certains investissements problématiques, puisque dans bien des cas, les IDE dans les infrastructures ou entreprises précédemment détenues par un État sont la conséquence des politiques d’austérité et de la libéralisation de secteurs stratégiques;

39.

souligne qu’il existe une différence entre justifier une restriction des IDE pour des raisons de sécurité nationale et d’ordre public et les limiter par crainte de distorsions du marché, et invite la Commission à veiller à ce que le mécanisme ne soit pas utilisé comme une mesure protectionniste déguisée; observe à cet égard que le fait qu’ils soient subventionnés n’est pas une raison suffisante pour bloquer des investissements dans le cadre d’un mécanisme de filtrage des IDE, et qu’il y a lieu dans ledit cadre de démontrer que l’IDE en question relève des objectifs industriels stratégiques ou nationaux d’un État étranger;

40.

invite la Commission à clarifier plusieurs points: les conséquences d’un refus, par un État membre, de se conformer à la position de la Commission et la mesure dans laquelle le cadre proposé permettra des réactions rapides et proportionnées étant donné que le filtrage des investissements dans l’Union européenne ne devrait pas se prolonger au-delà de la durée prévue pour les procédures nationales;

41.

plaide pour l’ouverture d’un dialogue sur le filtrage des investissements avec les principaux partenaires commerciaux de l’Union. Un rapprochement international des règles en matière de filtrage des investissements étrangers directs permettrait en effet de limiter les conflits et de favoriser la sécurité de l’investissement;

42.

se félicite que les colégislateurs soient parvenus à un accord pour la modification de l’actuelle méthode antidumping de l’Union européenne, qui devra tenir compte des conventions fondamentales de l’OIT pour ce qui est d’apprécier l’existence de distorsions significatives;

43.

observe, cependant, que les nouvelles règles ne seront pleinement efficaces que si l’Union européenne met à jour ses instruments de défense commerciale (IDC) et que l’impact positif pour l’industrie est lié au succès des plans de modernisation des IDC proposés en 2013;

44.

partage le point de vue selon lequel l’Union européenne dispose d’une compétence exclusive en ce qui concerne les investissements directs étrangers, dès lors qu’ils relèvent de la politique commerciale commune conformément à l’article 207, paragraphe 1, du TFUE. Le CdR fait toutefois observer que la Commission n’adresse la proposition de règlement à l’examen qu’aux seuls États membres qui ont établi des mécanismes visant à filtrer les investissements et que cette proposition n’impose pas aux États membres de mettre en place leurs propres dispositifs de filtrage des investissements. La proposition est donc pleinement conforme au principe de subsidiarité.

Bruxelles, le 23 mars 2018.

Le président du Comité européen des régions

Karl-Heinz LAMBERTZ


(1) Avis du CdR sur le document de réflexion sur la maîtrise de la mondialisation, adopté le 10 octobre 2017 (rapporteure: Micaela Fanelli).

(2) Compte tenu notamment du fait que le programme équivalent des États-Unis, le «Trade Adjustment Assistance» (TAA), ne prévoit pas de seuil minimum de licenciements.

(3) Service de recherche du Parlement européen (EPRS).

(4) ORATE, «The World in Europe, global FDI flows towards Europe» (Le monde en Europe, les flux mondiaux d’IDE vers l’Europe).

(5) Page 18, document disponible ici: http://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?qid=1505372743628&uri=SWD:2017:293:FIN (en anglais).

(6) Étude publiée le 15 novembre 2016, disponible ici: https://ec.europa.eu/jrc/en/publication/eur-scientific-and-technical-research-reports/cumulative-economic-impact-future-trade-agreements-eu-agriculture (en anglais).

(7) Avis du CdR sur «Une politique de commerce et d’investissement plus responsable» adopté le 8 avril 2016, rapporteur: Neale RICHMOND (IE/PPE).

(8) http://trade.ec.europa.eu/doclib/docs/2017/december/tradoc_156487.pdf

(9) Disponible ici: http://trade.ec.europa.eu/doclib/press/index.cfm?id=1689 (en anglais).

(10) Projet de recherche d’ORATE, «The World in Europe, global FDI flows towards Europe» (Le monde en Europe, les flux mondiaux d’IDE vers l’Europe).


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