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Initiative législative52017IR5782

Avis du Comité européen des régions — Examen à mi-parcours de la stratégie de l’Union européenne pour les forêts

CELEX52017IR5782
TypeInitiative législative
Datemercredi 16 mai 2018

Résumé IA

Cet avis du Comité européen des régions évalue la mise en œuvre de la stratégie forestière de l'UE à mi-parcours, en soulignant la nécessité d'une approche intégrée conciliant les objectifs environnementaux (biodiversité, climat) avec les dimensions économiques et sociales de la gestion forestière. Il insiste sur le rôle clé des collectivités territoriales et régionales dans la mise en œuvre des politiques forestières, et appelle à une meilleure cohérence avec les autres politiques européennes (PAC, énergie, bioéconomie). Pour un professionnel du droit français, ce texte est pertinent car il influence les orientations des futures réglementations nationales et européennes en matière de gestion durable des forêts et de leurs usages.

Texte intégral

5.10.2018

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 361/5


Avis du Comité européen des régions — Examen à mi-parcours de la stratégie de l’Union européenne pour les forêts

(2018/C 361/02)

Rapporteur:

Ossi MARTIKAINEN (FI/ADLE), membre du conseil municipal de Lapinlahti

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS

I. INTRODUCTION

Contexte de la stratégie de l’Union européenne pour les forêts

1.

Dans l’Union européenne, la politique forestière relève de la compétence des États membres.

2.

Toutefois, pour un certain nombre de domaines qui touchent aux forêts et à leur exploitation, l’Union européenne dispose d’une compétence exclusive ou d’une compétence qu’elle partage avec les États membres. Ces domaines comprennent, en particulier, la politique commerciale et la politique agricole communes, la politique de développement, la politique en matière de climat, et celles en matière d’environnement, d’énergie, de bioéconomie et d’économie circulaire.

3.

Compte tenu de cette situation, il s’est avéré nécessaire de veiller à ce que l’Union européenne assure la coordination de ses politiques ayant une incidence sur les questions liées aux forêts et d’évaluer l’incidence des engagements pris par l’Union européenne au niveau mondial en matière d’exploitation durable des forêts. La stratégie pour les forêts devrait tenir compte des objectifs communs aux États membres et des disparités qui existent entre eux. Quand l’Union européenne négocie sur des questions qui ont une incidence sur les forêts (voir paragraphe 2 ci-dessus), par exemple dans le cadre des Nations unies et de l’Organisation mondiale du commerce, il convient qu’elle prenne en considération le point de vue des États membres sur les forêts ainsi que celui de leurs régions. La stratégie constitue un instrument efficace pour harmoniser les différents domaines d’intervention et concilier les positions diverses des États membres et de leurs régions. Son rôle consiste également à mettre en évidence les nouveaux objectifs et actions qu’il conviendrait d’examiner au niveau de l’Union européenne.

4.

Dans l’Union européenne sont reconnus des principes de gestion durable des forêts approuvés au niveau paneuropéen, qui ont été élaborés dans le cadre du processus «Forest Europe» (la conférence ministérielle pour la protection des forêts en Europe). Ces principes, qui garantissent une gestion durable des forêts et devraient également inclure le principe d’«utilisation en cascade», sont appliqués lors de l’élaboration des législations nationales en matière de forêts et de conservation de la nature, ainsi que pour la préparation des certificats fondés sur le marché.

5.

Les forêts couvrent 43 % de la superficie terrestre des États membres de l’Union européenne. Ce couvert forestier est extrêmement varié, tant du point de vue du type de forêts (y compris les surfaces forestières non boisées) que de leurs modes d’exploitation possibles. Plus de 60 % d’entre elles appartiennent à des propriétaires privés, le reste relevant du domaine public sous des formes diverses. Les collectivités territoriales jouent elles aussi un rôle important en tant que propriétaires de forêts. En effet, la possession d’une forêt par une collectivité territoriale constitue la troisième forme la plus courante de propriété des forêts en Europe.

6.

Les collectivités régionales et locales sont parfois propriétaires de forêts. Il arrive également qu’elles en soient les simples gestionnaires et qu’elles mettent en œuvre la législation s’y rapportant. C’est dire qu’elles disposent d’une expérience et d’une expertise significatives dans ce domaine. Pour les collectivités locales et les diverses collectivités régionales, les forêts sont un élément important d’un développement économiquement, écologiquement et socialement durable, qui s’est concrétisé depuis plus d’un siècle par l’élaboration et la mise en œuvre de plans de gestion fondés sur les principes de persistance, de stabilité et de rendement durable de leurs multiples produits, ainsi que par l’application d’une réglementation forestière solide qui protège les forêts. Pour toutes ces raisons, les collectivités territoriales devraient être consultées dans le cadre de la mise à jour de la stratégie forestière de l’Union européenne. Les collectivités locales et régionales ne sont pas seulement d’importantes parties prenantes aux questions liées aux forêts, mais bien de véritables acteurs directement intéressés, au même titre que les propriétaires de forêts.

II. UNE POLITIQUE FORESTIÈRE DURABLE DU POINT DE VUE DES COLLECTIVITÉS LOCALES ET RÉGIONALES

7. Politique forestière économiquement durable

7.1.

Le secteur de la sylviculture est responsable de 7 % de la croissance économique de l’Europe et emploie 3,5 millions de personnes, voire jusqu’à 4 millions si l’on tient compte du secteur de la bioénergie forestière. En 2011, la valeur de la production de l’industrie forestière de l’Union européenne s’élevait à 460 milliards d’EUR. Les activités sylvicoles et les emplois qu’elles procurent sont de la plus haute importance pour les zones rurales et faiblement peuplées, mais elles stimulent aussi la croissance économique dans les villes et favorisent la coopération entre les zones rurales et les zones urbaines. La stratégie pour les forêts devrait mettre l’accent sur la croissance économique, l’emploi et les investissements européens et recenser les nouvelles possibilités qui sont offertes, en prêtant une attention particulière au soutien au développement économique des acteurs de la filière sylvicole dans les régions ultrapériphériques.

7.2.

Les collectivités locales et régionales peuvent jouer un rôle important pour encourager les entreprises à utiliser les ressources locales de bois et promouvoir la transition vers la bioéconomie. Par exemple, en premier lieu le choix des matériaux de construction et la production d’énergie pour les besoins de chauffage des bâtiments publics des communautés locales, tout comme à titre secondaire l’utilisation accrue des biocarburants avancés dans les transports publics, constituent autant de leviers susceptibles de contribuer utilement à un renforcement de l’économie et de l’emploi dans les régions. Le développement et l’utilisation de biocarburants avancés, y compris d’origine forestière, constituent un volet important de la politique climatique de l’Union européenne au titre de la directive sur les énergies renouvelables. Cela suppose des efforts importants dans le développement technologique, les installations pilotes et la production à grande échelle, ainsi qu’un cadre réglementaire à long terme propre à créer des conditions stables pour les investissements considérables qui sont nécessaires.

7.3.

90 % des matières premières issues du bois utilisées en Europe sont d’origine européenne. Sous l’angle de l’emploi et de l’économie au niveau local et régional, des efforts devraient être consentis afin d’atteindre un niveau encore plus élevé de consommation intérieure, en prenant en considération le paramètre de durabilité des ressources forestières et les différentes utilisations du bois. À cette fin, il est nécessaire de mettre en valeur certaines espèces présentes dans nos forêts qui ne sont pas demandées actuellement sur le marché, en effectuant des recherches sur de nouvelles utilisations possibles et en matière de technologies.

7.4.

Il y a lieu d’aligner la révision de la stratégie pour les forêts sur la mise à jour de la stratégie pour la bioéconomie. Il faudra veiller à assurer une cohérence entre les différentes politiques de l’Union européenne dans le cadre du développement de la bioéconomie des forêts et dans la promotion de l’innovation.

7.5.

Dans le contexte de la réforme de la politique agricole commune, il est important d’inclure des instruments d’appui au secteur forestier dans les zones rurales, tels que ceux qui concernent la prévention de la déforestation, le reboisement et la reconversion forestière, l’aménagement et la gestion des forêts, le soutien au boisement de terres agricoles marginales et à l’établissement et la rénovation des systèmes agroforestiers, la préservation des forêts en tant que partie intégrante des systèmes d’élevage extensif, ainsi que la promotion de l’esprit d’entreprise et la formation dans ce secteur.

7.6.

La viabilité financière passe également par l’efficacité et la transparence dans l’exploitation des produits de la forêt, domaine dans lequel la technologie appliquée peut jouer un rôle très important.

7.7.

En outre, il est nécessaire de développer et de mettre en place des systèmes dynamiques et intégrés d’information et de cartographie forestières, qui puissent servir de base à la prise de décision pour les propriétaires de forêts comme pour les gestionnaires.

8. Politique forestière écologiquement durable

8.1.

Les forêts européennes assurent la protection de la biodiversité, le maintien de services écosystémiques et le stockage des émissions de carbone issues de l’atmosphère. À l’heure actuelle, environ 10 % des émissions de gaz à effet de serre de l’Union européenne sont stockées dans les forêts. En adoptant une approche fructueuse à long terme, conforme aux spécificités régionales, l’Europe pourrait disposer de jusqu’à 90 % de forêts naturelles ou semi-naturelles, abritant un large éventail d’espèces. Investir dans une économie forestière durable continuera de garantir des forêts plus durables et plus saines.

8.2.

L’exploitation des forêts ne peut être durable que si les arbres se développent plus rapidement qu’ils ne sont exploités et que si les exigences en matière de biodiversité sont prises en considération. Il convient de noter que la superficie couverte par les forêts européennes, et le rythme de croissance de celles-ci, ont augmenté depuis les années 1990. Outre la diversité, l’un des principaux objectifs d’une politique forestière écologiquement durable est de mettre un terme à la déforestation, tant au niveau mondial que dans les régions d’Europe qui connaissent des problèmes à cet égard. Pour évaluer la durabilité de l’exploitation de la forêt, il convient de tenir compte de la diversité des écosystèmes forestiers et des différences qui existent dans l’importance qu’elles revêtent pour chacune des régions européennes.

8.3.

Il importe de tenir compte, dans la gestion forestière, de la diversité et des multiples facettes des écosystèmes forestiers, dans l’intérêt de nombreuses espèces végétales et animales et en vue de l’utilisation récréative des forêts.

8.4.

Dans le cadre de l’examen à mi-parcours de la stratégie pour les forêts, il conviendra de s’attacher davantage à l’importance multidimensionnelle que revêtent les forêts dans la lutte contre le changement climatique, la mise en œuvre des objectifs de l’accord de Paris quant à la réalisation des objectifs d’Aichi pour la biodiversité et les efforts déployés pour atteindre les objectifs de développement durable de l’ONU, de manière à traiter la gestion durable des forêts sur un pied d’égalité avec les autres mesures destinées à réduire les émissions de CO2. Si ledit examen à mi-parcours contient des propositions d’action concrètes, spécifiques et éprouvées, assorties d’exemples, les collectivités locales et régionales seront à même d’agir plus efficacement à la réalisation d’objectifs communs, y compris dans le secteur forestier.

8.5.

L’état écologique des forêts et leur évolution fait l’objet d’un vif débat en Europe, ce qui conduit parfois à des différends au niveau local et régional. Il importe que la recherche sur les forêts européennes, leur gestion et leur évolution reçoive les ressources nécessaires et que des données fiables sur les forêts, provenant de sources publiques, soient à la disposition des collectivités et de la société civile, dans le but de faciliter le dialogue.

8.6.

De nombreuses initiatives ont été élaborées pour protéger la diversité des forêts dans l’Union européenne, tels que le réseau Natura 2000, les directives «Oiseaux» et «Habitats», le soutien à l’infrastructure verte et la stratégie en matière de biodiversité à l’horizon 2020. Les collectivités locales et régionales participent actuellement à leur mise en œuvre, aussi conviendrait-il de leur laisser davantage de latitude pour contribuer au contenu des mesures.

8.7.

Dans de nombreux États membres et régions de l’Union européenne, les feux de forêts représentent la principale menace à la préservation des écosystèmes forestiers (1). Les actions de proximité sont le moyen le plus rapide et le plus efficace pour limiter les dégâts causés par les feux de forêts. L’action de l’Union européenne doit être axée sur la fourniture d’assistance technique, afin de renforcer les capacités d’assistance autonome des populations locales, et de mieux préparer les pompiers et les autres praticiens de la sécurité publique à fournir une première réponse et atténuer les conséquences d’une catastrophe (2);

8.8.

Dans ce contexte, il convient de souligner que, grâce à certaines régions ultrapériphériques, l’Union européenne possède des forêts amazoniennes et subtropicales. Ces forêts primaires constituent un laboratoire unique pour la recherche scientifique et l’innovation (par exemple la recherche pharmaceutique et la valorisation des extraits de plantes). La biodiversité des régions ultrapériphériques représente presque 80 % de la biodiversité européenne et joue un rôle essentiel pour l’équilibre écologique de la planète. Les collectivités locales et régionales sont les gardiennes de ce trésor inestimable et doivent bénéficier d’un soutien approprié pour sa gestion et sa préservation.

9. Politique forestière socialement durable

9.1.

Les forêts offrent, en plus du bois, de nombreux services écosystémiques et produits naturels. La gestion durable des forêts garantira que cette situation perdure pour les générations futures. Les produits naturels et les possibilités d’activités récréatives que procurent les forêts présentent de nombreux avantages pour la santé.

9.2.

Les forêts procurent aussi des avantages considérables à la société, notamment sous l’angle de la qualité de la vie et du bien-être, qui sont de la plus haute importance pour l’équilibre de la vie des citoyens. C’est pourquoi il est proposé de promouvoir la création de nouveaux espaces forestiers, au moyen d’initiatives publiques ou privées et avec le soutien de l’Union européenne.

9.3.

L’exploitation socialement durable des forêts requiert un aménagement du territoire sur le long terme. Pour les questions ressortissant à l’exploitation et à la protection des forêts, il convient de consulter les propriétaires de forêts, les collectivités locales et régionales et la population des régions concernées.

9.4.

La stratégie de l’Union européenne pour les forêts devrait façonner les politiques de l’Union au niveau mondial en matière de commerce et de développement: l’exploitation écologiquement durable des forêts dans les pays en développement, la biodiversité et la durabilité sociale de la politique forestière (propriété foncière, droits d’exploitation des forêts, droits des riverains) doivent constituer des priorités du programme de l’action de l’Union européenne à l’échelle internationale.

9.5.

Afin de soutenir la prise de décision, il convient que les données issues de recherches concernant le développement et l’exploitation des forêts soient facilement accessibles aux citoyens et aux collectivités locales et régionales. Il s’agit là d’un argument qui joue en faveur d’une large diffusion de l’édition 2018 des recherches de la Commission sur les forêts européennes et de leur présentation à un maximum d’acteurs du secteur ainsi qu’au grand public.

9.6.

Tous les éléments énoncés précédemment ne seront réalisables qu’avec le maintien d’une culture forestière qu’il faudra renforcer et enrichir, sur le plan interne, grâce à l’échange des expériences et pratiques appliquées dans tout l’espace forestier européen et, sur le plan externe, avec le soutien et l’appui de la population urbaine, ce qui nécessite des efforts pour informer celle-ci des avantages que procurent les forêts et leur gestion.

9.7.

Toutes les stratégies forestières, régionales, nationales et surtout européennes, doivent prévoir comme point de départ prioritaire le maintien sur le territoire de la population qui permet la gestion et l’exploitation des ressources des zones forestières.

Bruxelles, le 16 mai 2018.

Le président du Comité européen des régions

Karl-Heinz LAMBERTZ


(1) Avis du Comité européen des régions sur «La politique forestière de l’Union européenne à la lumière des objectifs 20/20/20» (JO C 141 du 29.5.2010, p. 45).

(2) Avis du Comité européen des régions sur la «Révision du mécanisme de protection civile de l’Union européenne» (voir page 37 du présent Journal officiel).


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