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AccueilDroit européen52017IR6119
Initiative législative52017IR6119

Avis du Comité européen des régions — Stimuler la croissance et la cohésion des régions frontalières de l’Union européenne

CELEX52017IR6119
TypeInitiative législative
Datemercredi 4 juillet 2018

Résumé IA

Cet avis du Comité européen des régions propose des mesures concrètes pour lever les obstacles juridiques et administratifs dans les régions frontalières de l'UE, afin de stimuler leur croissance économique et leur cohésion territoriale. Il préconise notamment une meilleure coordination des législations nationales, le développement de services transfrontaliers et la simplification des procédures pour les travailleurs et les entreprises. Pour un professionnel du droit français, ce texte souligne l'importance d'harmoniser les pratiques entre États membres pour faciliter la mobilité et l'intégration dans ces zones spécifiques.

Texte intégral

25.10.2018

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 387/14


Avis du Comité européen des régions — Stimuler la croissance et la cohésion des régions frontalières de l’Union européenne

(2018/C 387/04)

Rapporteur:

János Ádám KARÁCSONY (Hongrie, PPE), conseiller municipal de Tahitótfalu

Texte de référence:

Communication de la Commission au Conseil et au Parlement européen «Stimuler la croissance et la cohésion des régions frontalières de l’Union européenne»

COM(2017) 534 final

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS

Observations générales

1.

accueille favorablement la communication, intitulée «Stimuler la croissance et la cohésion des régions frontalières de l’Union européenne», qui a été présentée par la Commission européenne. Le Comité est heureux de constater que les différents services de la Commission, toutes directions générales confondues, ont mené une collaboration efficace de manière que ce document reflète la nature transversale de la coopération dans les régions frontalières de l’Union européenne. Il est également favorable à la création d’un «point de contact frontalier» qui veillera à la bonne mise en œuvre des actions et mesures adoptées, mais craint qu’il ne soit pas pourvu d’effectifs suffisants compte tenu des multiples missions envisagées par la Commission;

2.

se félicite tout particulièrement du processus de préparation qui a conduit à cette communication, en ce qu’elle a constitué un modèle d’efficacité en matière de coopération participative à niveaux multiples. Dans le cadre de l’initiative dite de réexamen de la politique transfrontalière, la Commission a agi comme un pôle d’émulation qui a permis l’échange d’idées et de bonnes pratiques entre parties prenantes. En outre, tous les bilans, documents de prise de position et études qui ont été réalisés ont créé un environnement qui dote les responsables politiques d’une mine d’informations probantes sur lesquelles s’appuyer dans leurs efforts visant à lever les entraves à la coopération dans les régions transfrontalières;

3.

souligne que pour arriver à renforcer la coopération le long des régions frontalières de l’Union européenne, il est nécessaire de s’attaquer aux obstacles existants, qu’ils soient d’ordre juridique, administratif, physique ou culturel. Dans ce domaine, il reste indispensable de soutenir financièrement les initiatives de coopération territoriale européenne (CTE);

4.

estime que dans le prochain cadre financier pluriannuel, il conviendrait d’accroître sensiblement cet appui financier de l’Union européenne en faveur desdites initiatives de coopération territoriale européenne, et qu’il est inacceptable que la proposition actuelle comporte en lieu et place de cela une réduction des financements. Le Comité reconnaît que les finances de l’Union européenne sont soumises à de fortes pressions budgétaires, en raison de la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne et de la persistance de niveaux élevés de dette publique parmi les États membres de l’Union européenne. Le soutien aux initiatives de coopération territoriale européenne offre cependant une très forte valeur ajoutée européenne, s’agissant de stimuler la croissance économique et la cohésion et de mettre en place une Union européenne qui réponde mieux aux besoins de ses citoyens;

5.

fait observer que les avantages de la coopération territoriale européenne ne résident pas seulement dans les projets eux-mêmes, mais tiennent également à ce qu’elle amène différentes entités de niveau régional et local, notamment des pouvoirs publics, à coopérer dans le cadre de programmes et de projets communs;

6.

exhorte les États membres à prévoir qu’un maximum de consultations citoyennes visant à refonder l’Europe et «le lien entre les peuples et la construction européenne» et à créer un «véritable espace public européen en identifiant les enjeux auxquels les citoyens souhaitent que l’Union européenne réponde» soient organisées dans un contexte transfrontalier;

7.

relève que la coopération dans les régions frontalières de l’Union européenne concerne tout à la fois des frontières internes et externes, ainsi que terrestres et maritimes, avec ou sans liaison fixe par la mer. En ce qui concerne les frontières maritimes, il convient de supprimer la limite de 150 km qui réduit les possibilités de participation des régions insulaires. Améliorer la coopération et éliminer les obstacles qui s’y opposent est un enjeu qui ne doit pas se limiter aux seuls États membres de l’Union européenne: il convient qu’il inclue également les pays et régions de son voisinage, en particulier lorsque ce sont des régions ultrapériphériques de l’Union européenne qui sont les acteurs de cette coopération;

Observations sur les dix propositions de la Commission telles qu’énoncées dans la communication

Renforcer la coopération et les échanges

8.

salue la création d’un réseau professionnel en ligne à l’échelle de l’Union européenne (Futurium) et le lancement d’un appel ouvert à manifestation d’intérêt pour des projets pilotes sur les moyens de lever certains obstacles d’ordre juridique et administratif. Il est important que la Commission continue à donner l’impulsion et à jouer un rôle de coordination pour améliorer la coopération et les échanges;

9.

souligne qu’il importe de mettre en place des stratégies territoriales pour orienter les investissements de manière intégrée et coordonnée. La démarche doit être «intégrée» en ce que tous les niveaux de gouvernance, de l’échelon local à celui de l’Union, devront travailler de concert à la réalisation des objectifs d’un territoire donné, tandis que son caractère «coordonné» signifie que différentes sources de financement contribueront, sur le mode de la complémentarité, à la réalisation d’objectifs territoriaux communs;

10.

insiste sur le rôle des stratégies macrorégionales, qui se sont imposées comme un «instrument à la démarche ascendante et axé sur le terrain qui permet d’utiliser plus efficacement les potentiels communs des macrorégions en améliorant la mise en œuvre et la coordination des réponses stratégiques», et attire l’attention sur l’avis qu’il a émis sur le sujet (1);

11.

met l’accent, à cet égard, sur la portée que présentent les programmes de coopération tant transfrontalière que transnationale et interrégionale, dont la valeur ajoutée va au-delà de l’aspect de financement, car ils rassemblent des personnes pour mener des projets communs qui génèrent des partenariats durables, un climat de confiance et des structures de collaboration bénéfiques pour toutes les parties;

12.

prend acte de la proposition de règlement relatif à de nouveaux programmes transfrontaliers; souhaite rappeler que les frontières internes de l’Union européenne comprennent des frontières maritimes et estime que celles-ci devraient être considérées, comme dans l’actuelle période de programmation, au même titre que les frontières terrestres. Autrement, la coopération entre régions frontalières maritimes au sein de l’Union, ainsi que les adaptations locales que permettent ces programmes en matière de coopération transfrontalière, seraient remises en cause;

13.

souligne l’importance et l’utilité des programmes Interact, Interreg Europe, Urbact et ORATE pour renforcer la coopération en Europe et améliorer la mise en œuvre de la politique de cohésion; à la lumière des propositions actuelles, le Comité souligne que la poursuite des programmes Interreg Europe et Urbact est primordiale pour la coopération interrégionale en Europe et plaide auprès de la Commission européenne, du Parlement européen et du Conseil non seulement pour que l’avenir de ces programmes soit clarifié, mais aussi pour que leur pérennité soit garantie;

14.

demande que les collectivités locales et régionales du Royaume-Uni soient invitées et encouragées à continuer de participer aux programmes de coopération territoriale européenne et à des projets en la matière au cours de la prochaine période de programmation. Il convient de leur garantir l’accès aux stratégies macrorégionales et maritimes, ainsi qu’aux groupements européens de coopération territoriale (GECT);

15.

constate qu’à l’heure actuelle, il est très fréquent que les offices nationaux de statistiques ne recueillent pas d’éléments sur les mouvements transfrontaliers, comme les déplacements quotidiens de travailleurs traversant une frontière entre leur domicile et leur lieu de travail au sein de l’Union européenne. Vu le manque de connaissances et de données statistiques concernant ce type d’informations, le Comité souhaite que la Commission ou d’autres organismes, par exemple Eurostat, soient investis d’un rôle plus important pour recueillir et traiter ce genre de phénomènes;

Améliorer le processus législatif

16.

reconnaît qu’une harmonisation et une convergence totales des réglementations et de la législation ne sont ni réalistes ni souhaitables. Il est donc d’autant plus important de comprendre quels sont les effets que les législations et réglementations européennes et nationales produisent dans les régions frontalières de l’Union européenne. Le Comité plaide de longue date pour que la Commission procède à des analyses d’impact territorial (AIT) de tous les grands actes législatifs de l’Union européenne susceptibles d’avoir une incidence à l’échelle des territoires. C’est pourquoi il se félicite de la volonté affichée par la Commission d’introduire une «évaluation transfrontalière» de la législation de l’Union européenne, pour cerner, dès les premières étapes du processus législatif, l’impact que l’acte concerné pourrait avoir au plan transfrontalier, et d’aider les États membres à appliquer à l’échelon national des méthodes du type de l’analyse d’impact territorial. Cela semble d’autant plus urgent que des modifications de politiques nationales majeures — protection de l’environnement, des consommateurs, des travailleurs — entravent l’accès réciproque au marché pour les opérateurs économiques exerçant des activités transfrontalières, ainsi que la pleine jouissance des libertés du marché intérieur;

17.

relève que les colégislateurs, à savoir le Parlement européen et le Conseil, devraient avoir davantage conscience des répercussions transfrontalières des législations nouvelles. Sur ce point, il conviendrait que dans leurs négociations sur des propositions législatives, ils tiennent systématiquement compte de leurs effets sur les territoires;

18.

soutient le projet de constituer au Parlement européen un intergroupe sur la coopération territoriale et se déclare disposé à lui apporter son soutien;

19.

a la conviction que s’agissant de transposer le droit de l’Union européenne dans celui des États membres, il serait également nécessaire d’améliorer la coordination entre eux, de façon à éviter de créer de nouveaux obstacles, qui feraient peser une charge supplémentaire sur la coopération transfrontalière et transnationale et seraient susceptibles de dresser des barrières au sein du marché intérieur. Le Comité propose que la Commission européenne assume le rôle d’un centre de coordination, afin d’assurer une mise en œuvre cohérente et la plus efficace possible de la législation de l’Union;

Promouvoir une administration publique transfrontalière

20.

insiste sur l’importance que l’interopérabilité des services publics revêt pour la coopération transfrontalière;

21.

souligne, dans ce domaine, les efforts qui ont été déployés dans le domaine de l’administration publique numérique, tout en mettant l’accent sur la nécessité d’assurer l’interopérabilité transfrontalière. Il est également favorable à l’intensification des échanges de fonctionnaires entre administrations publiques d’États membres différents, visant à mieux faire comprendre la culture administrative d’autres pays. La Commission devrait se montrer ambitieuse pour accroître le soutien qu’elle dispense dans ce domaine, pour lequel elle pourrait s’inspirer de son programme Taiex Regio Peer 2 Peer, qu’elle mène dans le cadre de sa politique de cohésion et qui rassemble des experts de la mise en œuvre d’un pays donné pour qu’ils apportent leur concours aux processus d’application dans un autre. Dans les régions frontalières, les projets transfrontaliers interpersonnels se sont avérés efficaces à cet égard, en facilitant la coopération et les échanges entre collectivités locales et régionales;

Fournir des informations fiables et compréhensibles et une assistance

22.

estime qu’un portail numérique unique est susceptible d’améliorer sensiblement la coopération transfrontalière. Le Comité suggère à la Commission qu’elle fasse une promotion active de ce nouveau portail et de l’instrument SOLVIT dans les régions frontalières, en organisant des sessions publiques ciblées de formation;

23.

attire l’attention sur l’avis du Comité sur le thème «Erasmus pour les élus locaux et régionaux», qui appelle à «la mise en place de programmes de formation et d’échange d’expériences et de bonnes pratiques destinés aux élus locaux et régionaux»;

24.

souligne qu’il est tout aussi important que les citoyens et les entreprises puissent compter sur une présence physique de ces services d’assistance, plutôt que de ne pouvoir s’en remettre qu’à des canaux électroniques. À ce propos, il importe que les dispositifs régionaux et locaux d’aide, comme les agences pour l’emploi ou les organismes de soutien aux entreprises disposent des capacités et de l’expertise requises pour conseiller les particuliers et les sociétés sur les questions transfrontalières;

Soutenir l’emploi transfrontalier

25.

comprend les difficultés auxquelles se heurte la Commission dans les domaines où l’Union européenne ne dispose que de compétences partagées ou d’appui, tels que la politique de l’emploi ou celle de la santé. Elle ne doit cependant pas craindre de faire le relevé des politiques nationales qui ne sont pas compatibles et de proposer des solutions pour qu’elles le deviennent;

26.

insiste sur les possibilités que les programmes de la politique de cohésion offrent pour susciter et renforcer la mobilité transfrontalière en matière de travail;

27.

estime que les dispositifs actuels ne présentent pas la qualité voulue. Il s’impose, en particulier, d’élargir la reconnaissance mutuelle des certificats, des diplômes et de la formation professionnelle. La Commission devrait se montrer plus audacieuse pour formuler des propositions concrètes en la matière;

28.

fait bon accueil à la proposition de la Commission de créer une autorité européenne du travail, dans le cadre du socle européen des droits sociaux (2). Cette agence s’emploierait à faciliter l’accès des particuliers et des employeurs aux informations touchant à leurs droits et leurs obligations, encouragerait la coopération des pays de l’Union européenne dans le domaine de la mise en œuvre transfrontalière des textes de loi européens afférents et jouerait un rôle d’intermédiaire et de facilitateur pour dégager des solutions en cas de différends transfrontaliers entre des pouvoirs publics nationaux ou de perturbations sur les marchés de l’emploi. Le Comité exhorte la Commission à se montrer particulièrement attentive aux travailleurs frontaliers, car ce sont eux qui, au quotidien, rencontrent les plus gros obstacles;

Promouvoir le multilinguisme frontalier

29.

souligne que les barrières linguistiques restent un obstacle majeur à la coopération transfrontalière, en particulier dans les zones frontalières qui n’ont pas de longue tradition en la matière. Bien que la politique éducative soit une compétence nationale, l’Union européenne peut exercer une influence réelle dans ce domaine, grâce à ses programmes de coopération territoriale européenne. Il est donc particulièrement important de conserver une marge de flexibilité suffisante pour la conception de programmes transfrontaliers destinés à financer des activités éducatives, culturelles et autres visant à réunir des citoyens de régions frontalières. Le Comité déplore qu’il n’en soit pas toujours ainsi, eu égard aux objectifs de concentration thématique et à l’accent mis sur la croissance économique et l’innovation, sous-estimant l’incidence que la coopération qui associe les citoyens peut avoir sur la réalisation du projet européen. Il affirme avec insistance que les autorités chargées d’exécuter les programmes de coopération territoriale européenne doivent obtenir la latitude de décider de leurs priorités d’investissement, en fonction de leurs stratégies régionales spécifiques de développement, sans être enserrées dans des mécanismes de concentration thématique qui risqueraient de ne pas être adaptés aux spécificités du contexte transfrontalier;

30.

souligne l’intérêt particulier que présente le bilinguisme dans les régions frontalières. Intensifier les actions visant à favoriser la connaissance mutuelle de la langue du voisin est de nature à faciliter la coopération dans tous les domaines;

31.

met en avant le rôle important que les projets de personne à personne et à petite échelle jouent dans les programmes de coopération transfrontalière. Dans son avis sur ce thème (3), le Comité plaide pour que «les projets interpersonnels et les projets à petite échelle soient ancrés dans les règlements régissant le soutien de l’Union européenne à la coopération transfrontalière en tant qu’instruments légitimes des programmes de coopération transfrontalière». Si l’on veut que les projets soient proches des citoyens, il est essentiel qu’ils soient accessibles au niveau local et aussi simples que possible;

Faciliter l’accessibilité transfrontalière

32.

attire l’attention sur son avis du CdR qui a pour thème «Les chaînons manquants en matière de transport dans les régions frontalières» (4), étant donné que l’inexistence des services de transport, leur insuffisance ou leur mauvaise qualité restent une réalité dans de nombreuses régions frontalières, du fait de divergences dans les priorités ou les normes d’infrastructure, de contraintes budgétaires ou de différences dans les approches sur le plan du droit, des procédures ou de l’organisation;

33.

invite la Commission à donner suite à l’étude sur les chaînons manquants en matière de transport et à fournir un financement supplémentaire pour ceux qui ont été répertoriés en vue de permettre une coopération transfrontière plus efficace, y compris dans le cas de régions maritimes dotées de zones portuaires et logistiques;

34.

salue les succès récents dans le domaine des télécommunications, qui ont fait baisser les redevances d’itinérance dans bon nombre de situations. Le Comité demande toutefois que pour faciliter les échanges transfrontaliers et l’accessibilité des régions frontalières, la facturation des appels sortants vers une zone voisine située de l’autre côté de la frontière s’effectue au tarif intérieur, et non international, comme il en va malheureusement ainsi aujourd’hui;

35.

dans le cas des régions ultrapériphériques, la réduction du déficit d’accessibilité est une question cruciale, car à leur statut de frontière extérieure lointaine de l’Union européenne s’ajoutent leur caractère insulaire et/ou archipélagique et leur isolement;

Encourager la mise en commun des établissements de soins de santé

36.

déplore que, malgré la directive relative aux soins de santé, des difficultés pratiques persistent concernant la fourniture de services de soins de santé transfrontaliers. La proposition de cartographie de la coopération transfrontalière en matière de santé est la bienvenue mais elle devra être complétée par des propositions de solutions en ce qui concerne les différences de prise en charge des prestations de santé qui subsistent, pour la reconnaissance et le remboursement, entre les États membres, y compris pour les patients titulaires d’une carte européenne d’assurance maladie. Le Comité regrette également l’insuffisance du dispositif juridique concernant les transports sanitaires transfrontaliers, primaires et secondaires;

37.

fait observer que des améliorations dans le domaine de la mobilité de la main-d’œuvre et de l’interopérabilité administrative aboutiraient également à des avancées significatives en ce qui concerne les services de santé transfrontaliers;

Tenir compte du cadre juridique et financier pour la coopération transfrontalière

38.

insiste sur l’utilité que l’instrument constitué par le groupement européen de coopération territoriale (GECT), ainsi que d’autres structures de coopération territoriale comme les communautés de travail, présente pour la réalisation de projets transfrontaliers d’importance cruciale. Le Comité invite la Commission à faire en sorte que tous les États membres adoptent les mesures nationales nécessaires, telles que définies dans le règlement relatif aux GECT, et à lancer au besoin des procédures en infraction. Dans certains cas, les réglementations nationales qui se rapportent à ces groupements continuent de diverger d’un pays de l’Union européenne à l’autre, certains d’entre eux ne montrant guère d’empressement pour l’adoption des dispositions mises à jour ou estimant que celles qu’ils ont adoptées antérieurement sont suffisantes, provoquant ainsi des difficultés pour faire fonctionner les GECT existants ou en créer de nouveaux;

39.

prie instamment la Commission de veiller à ce que tous les GECT soient reconnus comme des entités habilitées à assumer tous les types de projets financés par l’Union européenne, étant donné qu’il s’agit de l’un des principaux objectifs de ce dispositif. À titre de mesure concrète, la Commission devrait mener une communication plus active concernant les utilisations qui peuvent être faites des GECT et indiquer clairement, dans ses propositions législatives futures, qu’ils constituent des entités juridiques pouvant prétendre à tous les projets sur fonds de l’Union européenne. Le Comité insiste par ailleurs pour que les instances nationales chargées de les approuver coopèrent entre elles afin de faciliter leur bonne mise en œuvre;

40.

se félicite que la Commission ait présenté une proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif à la création d’un mécanisme visant à lever les obstacles juridiques et administratifs dans un contexte transfrontalier, c’est-à-dire un instrument juridique qui, émanant de la base, s’inscrirait dans un rapport de complémentarité avec les GECT et serait susceptible de soutenir concrètement les projets de coopération transfrontalière en donnant aux collectivités locales et régionales la possibilité d’appliquer les règles et la réglementation d’un État membre sur le territoire d’un autre État membre frontalier, dans une zone prédéfinie, pour un projet donné et une durée déterminée. Ce règlement pourrait considérablement renforcer l’efficacité de la coopération transfrontalière, notamment pour ce qui est des investissements de cette nature, tout en réduisant les charges administratives et financières;

41.

insiste sur la nécessité de prêter dûment attention à la cohérence des textes législatifs de l’Union européenne. Dans le contexte de la coopération territoriale européenne, les incohérences occasionnent des difficultés et retards inutiles aux projets, voire aboutissent, dans certains cas, à leur abandon complet. Il est nécessaire que les directions générales de la Commission se coordonnent mieux lorsqu’elles élaborent ou modifient une législation;

42.

juge que les programmes de coopération territoriale européenne devraient être exemptés des dispositions sur les aides d’État, vu que les projets qu’ils soutiennent sont de nature transfrontalière et que, présentant un intérêt général pour l’Union, ils contribuent à bâtir le marché unique plutôt qu’à le miner par des distorsions. Le Comité comprend que la Commission estime qu’une exemption totale n’est pas possible, car elle nécessiterait une modification des traités. Il n’en souligne pas moins qu’il est nécessaire de procéder sur-le-champ à des modifications, et il la presse de repenser pour l’avenir son approche vis-à-vis des aides d’État;

43.

note que la coopération territoriale européenne relève du cadre législatif de la politique de cohésion de l’Union européenne. Or, ces programmes comportent une dimension supplémentaire, internationale, qui ajoute une couche de complexité potentielle. En outre, ils sont souvent de taille plus modeste que la moyenne, de sorte que le rapport entre la charge administrative et l’aide financière est plus lourd que pour ceux de type classique dans la politique de cohésion. Par leurs besoins de financement et la typologie de leurs projets, ils se distinguent également de ceux des programmes généraux. Pourtant, le règlement portant dispositions communes relatif à la politique de cohésion et la réglementation spécifique existante concernant la coopération territoriale européenne ne prennent pas suffisamment en considération les spécificités qu’elle présente;

44.

demande que les spécificités territoriales des programmes de coopération territoriale européenne soient mieux prises en compte dans la prochaine période de programmation, en particulier dans le cas des régions ultrapériphériques, compte tenu de leur réalité spécifique. Aussi le Comité demande-t-il à la Commission de reprendre dans ses propositions législatives pour la prochaine période de programmation les diverses suggestions spécifiques que l’on pourra trouver à la fin du présent avis;

Démontrer l’interaction transfrontalière pour éclairer la prise de décision

45.

souligne que la lutte contre les obstacles transfrontaliers nécessite de disposer d’informations et de données pertinentes sur les territoires. Malheureusement, la coopération transfrontalière souffre d’un déficit de données disponibles et de problèmes de comparabilité de celles qui existent, en raison des différences dans les méthodes utilisées pour les collecter et dans la législation appliquée;

46.

se félicite des efforts visant à intensifier la coopération entre les instituts de statistiques et attend avec intérêt les conclusions des recherches de l’ORATE, qui éprouvera prochainement les méthodes de développement d’indicateurs territoriaux. La disponibilité des données constitue une préoccupation plus grande encore en ce qui concerne la coopération transfrontalière avec des pays tiers. La Commission devrait veiller à ce qu’ils soient également inclus dans les efforts d’harmonisation;

47.

déplore que bon nombre des bienfaits et des réussites de la coopération territoriale européenne restent méconnus, parce que dans le domaine de la politique de cohésion mais aussi dans des contextes plus larges, les systèmes d’évaluation sont trop étriqués, étant essentiellement axés sur des indicateurs financiers et les retombées de court terme. Or, les avantages procurés par cette coopération sont extrêmement difficiles à quantifier et prennent souvent une forme qui est discrète, indirecte et s’inscrivant sur le long terme. Ils consistent à établir un climat de confiance, créer des structures de coopération à caractère durable, améliorer la qualité de vie, produire des simplifications pratiques et ouvrir de nouveaux horizons pour le citoyen. En conséquence, le Comité presse les décideurs politiques, dont, tout particulièrement, les responsables des finances et les autorités budgétaires, de prêter attention à la description qualitative des projets de coopération territoriale européenne, afin d’en appréhender les avantages véritables;

Suggestions et recommandation concernant la simplification de la mise en œuvre des programmes de coopération territoriale européenne

48.

redoute qu’en raison de la complexité du système actuel, les bénéficiaires potentiels, tels que les promoteurs de projets à petite échelle ou les associations et ONG de taille modeste, renoncent à introduire une demande d’aide en dépit des excellents projets qu’ils ont à proposer;

49.

appuie les mesures de simplification préconisées par le programme Interact dans le document de réflexion sur l’Interreg de l’après-2020 (5) et souligne que les mesures ci-après sont particulièrement importantes pour simplifier et améliorer la mise en œuvre et l’accessibilité des programmes de coopération territoriale européenne:

50.

la désignation des autorités devrait cesser d’être obligatoire ou se limiter à une description des rôles des instances de mise en œuvre au sein des programmes opérationnels. La procédure de désignation actuelle est à l’origine de retards et de lourdeurs administratives résultant du grand nombre de documents et d’informations dont les auditeurs ont besoin pour pouvoir valider les différentes listes de contrôle émises par la Commission. Ce système génère des contraintes administratives sans pour autant améliorer la mise en œuvre des programmes;

51.

les audits devraient être avant tout axés sur la prévention et la coopération. Concrètement, ils devraient non seulement déceler les erreurs, mais également indiquer les réglementations et procédures superflues, ainsi que proposer des solutions appropriées pour parer à tout excès de formalités administratives. Une telle approche contribuerait également à renforcer le principe de l’audit unique, qui doit reposer sur des vérifications concernant la gestion, afin d’éviter que des bénéficiaires ne soient contraints de présenter plusieurs fois les mêmes éléments justificatifs. Lors des phases de contrôle, de suivi et d’audit, l’accent devrait être placé davantage sur le contenu et les résultats, et non pas simplement sur les processus;

52.

les exigences que le règlement portant dispositions communes pose en ce qui concerne l’échantillonnage statistique et non statistique dans le cadre des audits posent des difficultés dans le cas des programmes de coopération territoriale européenne, en raison de leur caractère transfrontalier et du faible montant des enveloppes financières. Il conviendrait que le taux de couverture, de 5 % pour les opérations et 10 % pour les dépenses, soit réduit ou laissé entièrement à l’appréciation des experts des autorités d’audit, en fonction des spécificités du programme concerné. Les erreurs ne devraient pas être extrapolées à l’ensemble du programme de coopération lorsqu’elles ne concernent que l’un des partenaires du projet. Il conviendrait d’augmenter le seuil au-dessus duquel les erreurs sont considérées comme significatives, en le portant à 5 %, afin d’encourager l’expérimentation et pour que les promoteurs de projets qui endossent ce rôle pour la première fois, et sont donc davantage susceptibles de commettre de se tromper, soient à même d’introduire une demande de soutien;

53.

l’une des principales sources de difficultés dans la mise en œuvre des programmes de coopération territoriale européenne concerne les règles d’éligibilité, et notamment les frais de personnel. Pour introduire une réelle simplification, il convient que les décideurs politiques autorisent à abandonner le principe du remboursement des coûts réels au profit d’un paiement sur la base des résultats obtenus et, chaque fois que possible, des objectifs atteints. Une autorité de gestion ne devrait pas être tenue de vérifier ou de calculer les frais de personguillsp Sophiepaul13 nel des bénéficiaires; Une première étape en ce sens consisterait à intensifier le recours à des dispositifs de coûts simplifiés, ainsi qu’à offrir davantage de solutions prêtes à l’emploi et à augmenter les limites spécifiques;

54.

il y aurait lieu de réexaminer et de simplifier notablement la procédure annuelle de clôture des comptes, afin qu’elle n’impose pas d’obligations démesurées aux pouvoirs publics et aux bénéficiaires et qu’elle n’exerce pas d’incidence dommageable sur les remboursements;

55.

le principe de proportionnalité devrait être renforcé et il conviendrait que le règlement en définisse précisément le champ d’application, sans que de nouvelles lignes directrices soient nécessaires. La législation actuelle a malheureusement tendance à utiliser le terme «proportionné» dans un sens vague, en s’abstenant d’en définir l’incidence pour la mise en œuvre. Ce flou crée une incertitude juridique et produit un surcroît de textes d’orientation, qui contribuent à alourdir la charge administrative;

56.

les exigences en matière de concentration thématique ne devraient pas s’appliquer aux programmes de coopération territoriale européenne. Les domaines d’investissement devraient constituer une question réservée à la discussion menée dans le cadre de la négociation de chaque programme de coopération territoriale européenne, étant donné que les besoins des régions frontalières de l’Union européenne et des zones transnationales sont extrêmement variés. Si certaines des régions transfrontalières, qui possèdent une longue tradition de coopération, pourraient être prêtes à mettre l’accent sur la promotion de la croissance économique et de l’innovation, la plupart ont toutefois encore besoin d’initiatives visant à bâtir une confiance mutuelle, laquelle constitue la base même de toute coopération transfrontalière. De telles initiatives comprennent notamment des manifestations sportives et culturelles, ainsi que tous les autres types de projets ciblant directement les citoyens. Les domaines d’investissement devraient cependant être cohérents par rapport aux priorités thématiques assignées d’une stratégie macrorégionale ou maritime donnée, quand celle-ci couvre un ou plusieurs programmes de coopération transfrontalière ou transnationale. En raison d’enjeux spatiaux différents, il y a lieu de prévoir une plus grande liberté d’action pour la définition des priorités et des stratégies de développement de la coopération transnationale;

57.

il y a lieu de simplifier la mise en œuvre de l’article 20 du règlement relatif à la coopération territoriale européenne concernant les mesures ne relevant pas de la partie du programme concernant l’Union européenne;

58.

afin de favoriser la convergence des programmes régionaux et, le cas échéant, multirégionaux, des programmes de coopérations transfrontalières, transnationales et européennes, il serait éventuellement possible de modifier l’article 70, paragraphe 2, du règlement général pour les Fonds structurels et d’investissement européens afin qu’il devienne obligatoire qu’une part minime, à définir, des fonds FEDER alloués aux programmes régionaux soit affectée pour des actions de coopération européennes bénéficiant au territoire régional d’origine. Cette disposition renforcerait encore, à l’avenir, la valeur ajoutée de la politique de cohésion et développerait considérablement les actions de coopération en Europe;

59.

il conviendrait d’harmoniser les dispositions d’exécution entre les fonds relevant du niveau de l’Union européenne et gérés de manière centralisée par cette dernière, ainsi qu’entre les différents programmes de coopération territoriale européenne, étant donné que les autorités chargées de la mise en œuvre et les bénéficiaires participent souvent à plusieurs desdits programmes et que l’application de la réglementation sensiblement plus complexe des Fonds structurels et d’investissement européens est difficile à expliquer, ce qui réduit leur attrait. Des règles identiques devraient dès lors s’appliquer dans les différents Fonds structurels et d’investissement européens et les fonds relevant d’une gestion centralisée;

60.

le développement local mené par les acteurs locaux (DLAL) doit comporter des mesures spécifiques grâce auxquelles il pourra être utilisé de manière transfrontalière. Plus largement, il convient que l’usage des outils de développement territorial intégré, dont le développement local mené par les acteurs locaux, mais également les investissements territoriaux intégrés (ITI), soit encouragé dans le cadre de la coopération transfrontalière.

Bruxelles, le 4 juillet 2018.

Le président du Comité européen des régions

Karl-Heinz LAMBERTZ


(1) Avis sur «La mise en œuvre des stratégies macrorégionales»; rapporteur: Raffaele Cattaneo (Italie, PPE), COTER-VI/029.

(2) http://ec.europa.eu/social/main.jsp?catId=1226&langId=fr

(3) Avis sur les «Projets interpersonnels et projets à petite échelle dans le cadre des programmes de coopération transfrontalière»; rapporteur: Pavel Branda (République tchèque, ECR), COTER-VI/023.

(4) Avis sur «Les chaînons manquants en matière de transport dans les régions frontalières»; rapporteur: Michiel Scheffer (Pays-Bas, ADLE), COTER-VI/016.

(5) http://interact-eu.net/#o=news/interreg-post-2020-reflection-paper


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