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AccueilDroit européen52017XR5874
Communication52017XR5874

Résolution du Comité européen des régions — Examen annuel de la croissance 2018 par la Commission européenne

CELEX52017XR5874
TypeCommunication
Datejeudi 1 février 2018

Résumé IA

Le Comité européen des régions approuve l'orientation générale de l'Examen annuel de la croissance 2018, mais insiste sur la nécessité d'une meilleure prise en compte des spécificités locales et régionales dans la mise en œuvre du Semestre européen. Il souligne l'importance de renforcer la dimension territoriale des réformes structurelles et des investissements, notamment en matière de cohésion sociale et de transition numérique. Cette résolution invite la Commission à associer davantage les collectivités territoriales à la gouvernance économique européenne.

Texte intégral

23.5.2018

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 176/1


Résolution du Comité européen des régions — Examen annuel de la croissance 2018 par la Commission européenne

(2018/C 176/01)

Déposée par les groupes politiques PPE, PSE, ADLE, AE et ECR

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR),

—

vu la communication de la Commission européenne sur l’examen annuel de la croissance 2018 (1) et le lancement du semestre européen 2018,

—

vu sa résolution du 11 octobre 2017 sur le semestre européen 2017 et dans la perspective de l’examen annuel de la croissance 2018,

—

vu la résolution du Parlement européen du 26 octobre 2017 sur les politiques économiques de la zone euro (2),

1.

estime que si l’Union européenne connaît une reprise macroéconomique relative, elle doit se garder de tout triomphalisme, étant donné que les taux de chômage sont encore trop élevés dans de nombreuses régions d’Europe, en particulier chez les jeunes, et que plusieurs années de sous-investissement pèsent lourdement sur la compétitivité et la cohésion de l’Union européenne;

2.

partage le point de vue de la Commission selon lequel le manque de compétitivité et de cohésion de l’Union européenne et les vulnérabilités de son secteur bancaire exigent que les lacunes structurelles de l’Union économique et monétaire (UEM) soient comblées avant qu’une nouvelle crise n’éclate, comme indiqué dans l’avis du CdR sur l’approfondissement de l’UEM d’ici à 2025 (3);

3.

se félicite de l’importance accordée, dans l’examen annuel de la croissance (EAC), au socle européen des droits sociaux;

4.

se réjouit que l’EAC mette un accent particulier sur la croissance à long terme et déplore, par conséquent, qu’il n’aligne pas les orientations à court terme sur les objectifs à long terme de l’Union européenne en matière de croissance et d’emploi durables. Les recommandations par pays devraient tenir davantage compte des objectifs du programme de développement durable des Nations unies à l’horizon 2030;

5.

regrette que l’EAC ne fasse aucune référence au rôle des collectivités locales et régionales en matière d’investissement. Le CdR rappelle que ces dernières réalisent plus de la moitié des investissements publics dans l’Union européenne. Il engage les États membres à supprimer les obstacles aux investissements privés et publics aux échelons local et régional, et déplore que l’analyse des obstacles aux investissements entamée dans le cadre de l’EAC 2016 n’ait pas été poursuivie dans celui de l’EAC 2018;

6.

est convaincu que pour rendre le semestre européen plus efficace et accroître son appropriation sur le terrain, la participation structurée des collectivités locales et régionales en tant que partenaires du semestre européen est une condition sine qua non, compte tenu de la répartition concrète des pouvoirs et des compétences entre les niveaux de gouvernance au sein des États membres de l’Union européenne. Partant, le CdR réitère son appel en faveur de l’établissement d’un code de conduite pour associer les collectivités locales et régionales au semestre européen (4) et invite la Commission à participer activement à la promotion d’un tel code. Le Comité recommande en outre que le prochain EAC comporte un chapitre spécifique consacré à la situation des régions et se penche sur le rôle des collectivités locales et régionales, et invite les États membres à faire de même dans leurs programmes nationaux de réforme;

7.

recommande que les États membres associent directement les organes des collectivités régionales à leurs programmes nationaux de réforme ainsi qu’au processus du semestre européen, sans perdre de vue que les régions ne peuvent pas être pénalisées pour des manquements aux objectifs qui sont exclusivement imputables à l’État;

8.

estime que les recommandations par pays devraient accorder une place plus importante aux questions liées à l’évolution démographique, qui devient un paramètre de plus en plus important de la cohésion territoriale et sociale;

9.

souligne que les Fonds structurels et d’investissement européens (Fonds ESI) sont — et doivent rester — le principal instrument de l’Union européenne pour atteindre les objectifs du traité en matière de cohésion économique, sociale et territoriale; la programmation requise dans les programmes opérationnels s’est consolidée en tant qu’instrument indispensable pour évaluer la situation économique des régions ainsi que leurs besoins de réforme;

10.

s’oppose également à l’idée de subordonner la politique de cohésion à l’exercice du «Semestre européen» dès lors que celle-ci a sa propre légitimité, consacrée dans les traités européens. En outre, si l’on devait renforcer ce lien en intégrant la politique de cohésion dans les programmes nationaux de réforme, il conviendrait de repenser ces derniers en partant de l’échelon de l’Union européenne, d’une manière qui permette d’en maintenir la dimension territoriale tout comme l’approche de partenariat et la démarche décentralisée (5);

11.

note que, outre la nécessité de renforcer les capacités administratives, il y a lieu de procéder à une véritable simplification de la réglementation qui pèse sur les Fonds ESI et porte atteinte à ces capacités ainsi qu’aux niveaux d’efficacité et d’efficience des structures des ressources humaines destinées à la gestion de ces fonds;

12.

se félicite des résultats produits jusqu’à présent par le Fonds européen pour les investissements stratégiques (EFSI) du point de vue du montant des investissements activé. Le CdR continue toutefois de s’inquiéter de l’additionnalité incertaine et de la couverture géographique déséquilibrée de l’EFSI. Il souligne, comme l’a montré une récente étude qu’il a commandée (6), que le manque de capacités administratives et de financements pour des investissements à long terme ainsi que la lourdeur des réglementations empêchent encore les collectivités locales et régionales de recourir à l’EFSI;

13.

prend acte de l’initiative de la Commission d’établir, avec la participation de la Banque européenne d’investissement (BEI), une initiative spécifique pour améliorer l’accès des régions ultrapériphériques au Fonds européen pour les investissements stratégiques (EFSI), notamment grâce aux conseils fournis par la plateforme européenne de conseil en investissement;

14.

rappelle avoir soutenu des initiatives visant une libéralisation accrue des échanges, mais insiste sur le fait que toute nouvelle initiative doit impérativement être précédée d’analyses d’impact permettant de cerner et de quantifier à l’avance d’éventuels effets asymétriques sur les régions européennes, de manière à permettre une réponse rapide de la part des pouvoirs publics. Le CdR recommande aussi que les instruments de défense commerciale de l’Union européenne deviennent un outil rapide et efficace de lutte contre les pratiques commerciales déloyales;

15.

convient que l’avenir de l’industrie européenne dépend de sa capacité d’investir dans une production de qualité, de nouvelles technologies, de relever les défis liés à la numérisation et à la décarbonation et d’en exploiter les possibilités, et reconnaît qu’une attention particulière doit être accordée aux investissements dans le perfectionnement technologique des PME et la spécialisation des travailleurs. Le CdR invite la Commission à faire de la communication sur la politique industrielle une base pour développer une vision plus ambitieuse et globale de l’industrie européenne à moyen terme, ainsi qu’une dimension territoriale forte qui tiendrait compte du rôle central des écosystèmes régionaux dans la modernisation de l’industrie;

16.

précise que, pour être compatible avec le principe de subsidiarité et fournir une valeur ajoutée européenne sur le plan de la compétitivité, les réformes structurelles visées dans l’EAC devraient se concentrer sur des domaines d’action pertinents pour l’Union européenne sous l’angle des compétences;

17.

souligne qu’il importe d’apporter un soutien aux régions et aux villes pour qu’elles renforcent et relient leurs écosystèmes entrepreneuriaux afin d’aider les PME à mieux s’intégrer dans les chaînes de valeur transrégionales, européennes et mondiales. Le CdR approuve l’objectif de la Commission visant à favoriser l’accès transfrontalier et la collaboration entre PME tout au long de la chaîne de valeur; cela est particulièrement nécessaire dans les régions souffrant de handicaps territoriaux permanents qui entravent la possibilité pour les entreprises de trouver des débouchés internationaux;

18.

rappelle tout l’intérêt d’un environnement administratif et réglementaire favorable aux entreprises, qui permette à ces dernières, et notamment aux entreprises en expansion, d’accéder aux financements, de lever des fonds sur les marchés transfrontaliers et d’exploiter pleinement le potentiel du marché européen du capital-risque;

19.

souligne que l’insuffisance des capacités de nombreuses administrations publiques à l’échelon local et régional représente un obstacle à la mise en œuvre des réformes structurelles et aux investissements à long terme nécessaires pour combler le déficit en la matière. Le CdR engage une nouvelle fois la Commission à publier un document stratégique unique coordonnant l’ensemble des filières de l’assistance technique financée par l’Union européenne pour le renforcement des capacités, y compris le programme d’appui à la réforme structurelle;

20.

demande derechef que les investissements réalisés par les collectivités locales et régionales au titre des Fonds ESI dans tous les États membres de l’Union européenne soient exclus du calcul des plafonds de déficit et de dette fixés par le pacte de stabilité et de croissance. Le CdR s’oppose à l’application de conditionnalités macroéconomiques, qui reviendraient à pénaliser les régions et les villes pour des choix politiques sur lesquels elles n’ont aucune prise;

21.

reconnaît la nécessité de garantir des finances publiques saines et une réduction des niveaux élevés de la dette publique dans l’intérêt des générations futures. Le CdR souligne que la ventilation des dépenses publiques devrait être améliorée à la lumière des principes de l’OCDE pour un investissement public efficace entre niveaux de gouvernement. Il contribue actuellement au suivi de la mise en œuvre de telles règles et invite la Commission à adopter des mesures visant à promouvoir, dans l’ensemble de l’Union européenne, une décentralisation budgétaire qui, selon les éléments probants disponibles, améliorerait l’efficacité des dépenses publiques (7);

22.

reconnaît la nécessité d’utiliser efficacement les instruments disponibles au niveau de l’Union européenne, en particulier les Fonds structurels et d’investissement de la politique de cohésion, mais estime qu’il est nécessaire d’améliorer le fonctionnement du cadre de performance et d’éviter la rigidité excessive qui le caractérise;

23.

attire l’attention sur le fait que les marchés publics sont pour une grande part réalisés par des collectivités locales et régionales et que les efforts visant à renforcer la capacité administrative au titre du train de mesures relatif aux marchés publics (8) devraient dès lors cibler spécifiquement les pouvoirs locaux et régionaux;

24.

précise que, dans le cadre de la récente enquête conjointe de l’OCDE et du CdR sur les défis en matière de financement, de gestion et de réglementation liés aux investissements d’infrastructure des villes et des régions de l’Union européenne (9), 66 % des répondants ont affirmé être confrontés au problème de la complexité des directives de l’Union européenne relatives aux marchés publics, et 61 % d’entre eux à celui du coût potentiel et de la durée des litiges judiciaires concernant les procédures de passation de marchés publics;

25.

exhorte les États membres à prendre des mesures pour réduire les distorsions fiscales en faveur de l’endettement et à lutter contre la planification fiscale agressive. Le CdR fait valoir que les travaux en cours sur une assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés, sur des mesures anti-abus juridiquement contraignantes et sur une transparence fiscale accrue sont essentiels. Il approuve les efforts consentis par la Commission pour établir des règles permettant d’imposer les bénéfices que les multinationales réalisent via l’économie numérique;

26.

se réjouit que la Commission recommande, dans l’EAC 2018, de se concentrer davantage sur la ventilation et l’efficience des dépenses publiques en matière de défense. Le CdR précise que ce type de dépenses devrait aider à surmonter la fragmentation actuelle de l’industrie européenne de la défense, notamment en favorisant la rationalisation et la coopération transfrontière entre des entreprises de diverses tailles;

27.

constate que 76 % des recommandations par pays pour 2017 concernent des réformes structurelles susceptibles d’avoir une incidence territoriale différenciée qui, sur la base de la répartition actuelle des compétences entre les différents niveaux d’administration, ne peuvent être abordées qu’en partenariat avec les collectivités locales et régionales;

28.

se félicite que la Commission affirme, dans l’EAC 2018, que des institutions publiques plus fortes et plus efficientes sont essentielles pour développer des structures économiques résilientes qui stimulent l’investissement et la croissance, et qu’elle reconnaisse que les réformes structurelles doivent tenir compte des effets distributifs sur les régions;

29.

charge son président de transmettre la présente résolution à la Commission européenne, au Parlement européen, à la présidence bulgare du Conseil et au président du Conseil européen.

Bruxelles, le 1er février 2018.

Le président du Comité européen des régions

Karl-Heinz LAMBERTZ


(1) COM(2017) 690 final.

(2) http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P8-TA-2017-0418+0+DOC+XML+V0//FR

(3) Avis adopté le 30 novembre 2017; rapporteur: Christophe Rouillon (FR/PSE).

(4) Voir l’avis du CdR sur le thème «Améliorer la gouvernance du semestre européen — un code de conduite pour associer les collectivités locales et régionales», adopté le 11 mai 2017.

(5) Voir l’avis du CdR sur «L’avenir de la politique de cohésion après 2020 — Pour une politique européenne de cohésion forte et efficace après 2020», adopté le 12 mai 2017.

(6) http://cor.europa.eu/en/documentation/studies/Documents/Implementation-EFSI/implementation_EFSI_pdf.pdf

(7) Voir également le rapport de l’OCDE intitulé Fiscal Federalism 2016 — Making Decentralisation Work (Fédéralisme budgétaire 2016 — Assurer le bon fonctionnement de la décentralisation).

(8) COM(2017) 572.

(9) En cours de publication.


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