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AccueilDroit européen52018AE0354
Avis institutionnel52018AE0354

Avis du Comité économique et social européen sur la «Proposition de règlement du Conseil établissant l’entreprise commune européenne pour le calcul à haute performance» [COM(2018) 8 final — 2018/0003 (NLE)]

CELEX52018AE0354
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 23 mai 2018

Résumé IA

Cet avis du Comité économique et social européen (CESE) soutient la proposition de règlement visant à créer une entreprise commune européenne pour le calcul à haute performance (EuroHPC). Il souligne l'importance stratégique de cette initiative pour renforcer la souveraineté numérique et la compétitivité de l'Union européenne en matière de supercalculateurs. Le CESE insiste sur la nécessité d'une gouvernance équilibrée, d'un financement adéquat et d'un accès ouvert aux infrastructures pour les acteurs publics et privés, y compris les PME.

Texte intégral

10.8.2018

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 283/89


Avis du Comité économique et social européen sur la «Proposition de règlement du Conseil établissant l’entreprise commune européenne pour le calcul à haute performance»

[COM(2018) 8 final — 2018/0003 (NLE)]

(2018/C 283/12)

Rapporteur:

Ulrich SAMM

Corapporteur:

Antonio LONGO

Consultation

Conseil de l’Union européenne, 21.2.2018

Base juridique

Articles 187 et 188 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section spécialisée «Transports, énergie, infrastructures et société de l’information»

Adoption en section spécialisée

4.5.2018

Adoption en session plénière

23.5.2018

Session plénière no

535

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

196/2/4

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) approuve l’initiative relative à l’entreprise commune EuroHPC, qui constitue une étape concrète de la stratégie européenne en matière d’informatique en nuage et s’inscrit dans le cadre d’une stratégie plus globale de l’Union européenne (qui englobe la cybersécurité, le marché unique numérique, la société européenne du gigabit, la science ouverte, etc.). Cette initiative apporte une valeur ajoutée européenne manifeste grâce à une technologie essentielle qui aidera à résoudre les questions les plus complexes de notre société contemporaine et sera en fin de compte bénéfique pour notre bien-être, la compétitivité et l’emploi.

1.2.

Le CESE estime que l’investissement de départ de 1 milliard d’EUR pour l’acquisition et l’exploitation de supercalculateurs de pointe est important, mais pas trop ambitieux si on le compare avec les concurrents que sont les États-Unis et la Chine. Il est toutefois convaincu qu’une augmentation substantielle des investissements (consentis par les États membres de l’Union européenne) combinée à un solide programme européen de recherche et d’innovation seront nécessaires pour maintenir un niveau de classe mondiale en matière de calcul à haute performance (CHP). Étant donné que la course n’est pas finie, il ne fait aucun doute que des efforts similaires, à la mesure de ceux des concurrents mondiaux, seront nécessaires pour le prochain cadre financier pluriannuel.

1.3.

Le CESE approuve la démarche industrielle de mise au point de la prochaine génération de puces électroniques à faible consommation en Europe, qui rendrait l’Union européenne moins dépendante à l’égard des importations et garantirait l’accès aux meilleures technologies de CHP. Le CESE relève que le développement de telles puces a également une incidence sur la micro-informatique, étant donné que les circuits intégrés haut de gamme peuvent être adaptés (réduction d’échelle) aux appareils disponibles sur le marché de masse (micro-ordinateurs, smartphones, secteur automobile).

1.4.

Le CESE encourage la Commission à souligner davantage la forte position de départ sur laquelle s’appuie cette initiative, ainsi que son caractère essentiel pour la poursuite de la réussite européenne fondée sur les piliers actuels que constituent le PRACE et GÉANT, qui, depuis plus d’une décennie maintenant, fournissent des services de CHP haut de gamme pour la science et l’industrie, et relient entre eux les réseaux nationaux de recherche et d’enseignement et les centres de CHP grâce à des connexions sécurisées à très haute capacité.

1.5.

Le CESE souligne par conséquent que l’intégration de la nouvelle entreprise commune EuroHPC avec les structures et programmes existants revêt une importance primordiale et constitue l’un des meilleurs moyens de déployer conjointement les ressources européennes. Ainsi, l’évaluation par les pairs pratiquée par le PRACE doit être maintenue afin de préserver la norme d’excellence.

1.6.

Le CESE souhaite encourager davantage d’États membres à rejoindre l’entreprise commune EuroHPC et à saisir cette occasion de tirer profit d’une puissance de calcul de pointe. Eu égard à la complexité d’une entreprise commune, le CESE invite la Commission à déployer les efforts qui s’imposent pour expliquer et promouvoir les avantages et les possibilités de cet instrument juridique, en particulier pour les petits pays et en ce qui concerne la possibilité de contributions en nature.

1.7.

Le CESE se félicite que deux des partenaires de la Commission au sein des partenariats public-privé contractuels puissent devenir les premiers membres privés d’EuroHPC, ce qui est essentiel pour la participation des entreprises, y compris les petites et moyennes entreprises (PME). Le CESE accueille favorablement la possibilité offerte à d’autres partenaires de rejoindre l’entreprise commune, mais insiste également sur la nécessité de garantir la réciprocité pour tout nouveau membre, en particulier ceux en provenance de pays tiers. L’Union européenne devrait saisir l’occasion que représente la mise au point de technologies de CHP pour compléter le secteur industriel européen afin de couvrir l’ensemble de la chaîne de production (conception, fabrication, mise en œuvre, application). Elle devrait avoir pour ambition, à moyen terme, d’être en mesure de planifier et de réaliser un équipement de CHP grâce à une technologie européenne.

1.8.

Le CESE recommande d’informer les citoyens et les entreprises au sujet de cette nouvelle initiative importante afin de recouvrer la confiance des citoyens dans le processus d’intégration européenne, et d’aider les entreprises européennes, notamment les PME, à prendre conscience de ses avantages. Les universités et les centres de recherche doivent également être associés à l’initiative grâce à une action de communication spécifique destinée à susciter leur intérêt et à encourager les projets dans le domaine du CHP.

1.9.

Le CESE recommande de renforcer autant que possible la dimension sociale du processus de numérisation, en tant qu’élément fondamental du socle européen des droits sociaux. La mise en œuvre et l’utilisation de machines de haut niveau doivent avoir une incidence positive claire et mesurable sur la vie quotidienne de tous les citoyens.

2. Introduction

2.1.

Initialement déployé dans les domaines de la recherche sur le climat, de la prévision météorologique numérique, de l’astrophysique, de la physique des particules et de la chimie, le calcul à haute performance (CHP) est désormais également utilisé dans la plupart des autres branches de la science, de la biologie aux sciences sociales et humaines, en passant par les sciences du vivant et de la santé, les simulations de combustion à haute fidélité et les sciences des matériaux. Dans l’industrie, le HCP a été largement employé pour l’exploration pétrolière et gazière, ainsi que dans l’aéronautique, le secteur automobile et la finance, et devient essentiel pour assurer une médecine personnalisée, développer les nanotechnologies et permettre le développement et le déploiement des énergies renouvelables. Enfin, le CHP est aussi un outil de plus en plus important pour soutenir la prise de décision des pouvoirs publics en simulant des scénarios relatifs aux risques naturels, industriels, biologiques et (cyber)terroristes, et est donc indispensable pour la sécurité nationale et la défense.

2.2.

En informatique, la performance des ordinateurs est mesurée en opérations en virgule flottante par seconde (FLOPS). Le calcul à haute performance représente la limite supérieure de ce qui est technologiquement possible. Cette puissance extraordinaire ne cesse d’augmenter, grâce à des circuits intégrés toujours plus petits (loi de Moore) et au passage du traitement vectoriel au traitement parallèle. Tous les dix à douze ans, la vitesse de calcul est multipliée par 1 000; ainsi, des gigaflops en 1985, elle est passée aux téraflops en 1997 et aux petaflops en 2008. Le passage du petaflops à l’exaflops (Giga = 109, téra = 1012, peta = 1015, exa = 1018) devrait avoir lieu entre 2020 et 2023.

2.3.

Jusqu’à présent, les États membres de l’Union européenne ont investi dans le CHP chacun de leur côté. Par rapport aux concurrents américains, chinois et japonais, force est de constater un sous-investissement flagrant dans le CHP en Europe, où le déficit de financement est de 500 à 700 millions d’EUR par an. Par conséquent, l’Union européenne ne possède pas les supercalculateurs les plus rapides, et ceux dont elle dispose dépendent en outre de technologies non européennes. Seuls des efforts conjoints européens permettront d’atteindre les prochaines étapes en matière de technologie de CHP, grâce à des investissements d’une ampleur supérieure aux possibilités des États membres pris isolément.

2.4.

Le développement de la prochaine génération de puces électroniques en Europe contribuerait à l’indépendance de l’Union européenne en matière d’accès aux meilleures technologies de CHP. Cela étant, la chaîne européenne d’approvisionnement de technologies de CHP ne peut être améliorée que s’il existe des perspectives allant clairement dans le sens d’un marché porteur et du développement d’un écosystème de machines adapté à l’échelle exaflopique. Le secteur public a un rôle essentiel à jouer dans la réalisation de cet objectif, faute de quoi les fournisseurs européens ne prendront pas le risque de développer leurs propres machines.

2.5.

C’est pourquoi la Commission européenne envisage d’investir dans un premier temps 1 milliard d’EUR, conjointement avec les États membres, dans la mise en place d’une infrastructure européenne de pointe de supercalculateurs. Une telle infrastructure commune et l’utilisation partagée des capacités existantes devraient profiter à tous, à savoir l’industrie, les PME, le monde scientifique, le secteur public et en particulier les (petits) États membres ne disposant pas d’infrastructures nationales autonomes pour le calcul à haute performance.

2.6.

La Commission européenne a clairement mis en évidence l’importance du calcul à haute performance dans sa communication de 2012 intitulée «Calcul à haute performance: la place de l’Europe dans la course mondiale» (1). En avril 2016, elle a lancé l’initiative européenne sur l’informatique en nuage (2). Celle-ci se compose de deux volet principaux: l’infrastructure de données européenne, avec des capacités de calcul intensif de pointe et une connectivité à haut débit, et le nuage européen pour la science ouverte, avec des techniques très avancées de stockage et de gestion des données et des interfaces pour la fourniture de services en nuage. Le premier volet est aujourd’hui mis en œuvre sous la forme d’une «proposition de règlement du Conseil établissant l’entreprise commune européenne pour le calcul à haute performance» (3).

2.7.

La proposition s’inscrit dans le prolongement de la déclaration EuroHPC, signée par sept États membres (France, Allemagne, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal et Espagne) le 23 mars 2017, lors de la Journée du numérique à Rome. Ils ont été rejoints dans le courant de l’année 2017 par la Belgique, la Slovénie, la Bulgarie, la Suisse, la Grèce et la Croatie. Ces pays sont convenus de développer une infrastructure paneuropéenne intégrée de supercalculateurs exaflopiques. Les autres États membres et les pays associés sont également invités à signer la déclaration EuroHPC.

2.8.

À la suite d’une analyse d’impact, la Commission (4) a estimé qu’une entreprise commune est la meilleure option pour la mise en œuvre de l’initiative EuroHPC, car elle permettrait de combiner efficacement la passation conjointe de marchés, la propriété et l’exploitation des supercalculateurs.

3. Contenu essentiel de la proposition

3.1.

La Commission européenne propose un règlement du Conseil établissant l’entreprise commune européenne pour le calcul à haute performance (EuroHPC). Cette nouvelle entité juridique:

—

fournira une structure de financement pour acquérir, construire et déployer dans toute l’Europe une infrastructure de calcul à haute performance de pointe;

—

soutiendra un programme de recherche et d’innovation destiné à développer les technologies et les machines (matériel) ainsi que les applications (logiciels) utilisables avec ces supercalculateurs;

—

fournira un soutien financier sous la forme de passation de marchés ou de subventions de recherche et d’innovation octroyées à la suite d’appels ouverts et concurrentiels; offrira à l’industrie européenne, et en particulier PME un meilleur accès aux supercalculateurs.

3.2.

La contribution de l’Union européenne à EuroHPC sera de l’ordre de 486 millions d’EUR au titre de l’actuel cadre financier pluriannuel et sera complétée par les États membres et les pays associés à concurrence d’un montant similaire. Les membres privés de l’initiative ont également la possibilité d’ajouter des contributions en nature. Au total, environ 1 milliard d’EUR de fonds publics seront investis d’ici à 2020.

3.3.

L’entreprise commune EuroHPC, établie pour une période allant de 2019 à 2026, est chargée des tâches suivantes:

—

acquérir et exploiter deux supercalculateurs pré-exaflopiques de pointe et au moins deux supercalculateurs (petaflopiques) de milieu de gamme, en fournissant et en gérant l’accès d’un large éventail d’utilisateurs publics et privés à ces supercalculateurs à partir de 2020;

—

mener un programme de recherche et d’innovation en matière de CHP visant à soutenir le développement de la technologie européenne de calcul à haute performance, y compris la première génération de la technologie européenne des microprocesseurs de faible puissance, ainsi que la conception conjointe de machines exaflopiques européennes, et à encourager les applications, le développement des compétences et un usage plus répandu du calcul à haute performance.

3.4.

La proposition devrait permettre de parvenir à un niveau de performance exaflopique d’ici 2022 ou 2023. Une étape intermédiaire (50 % de la performance exaflopique) devrait être atteinte d’ici à 2019. L’infrastructure prévue sera détenue et gérée conjointement par les membres de l’entreprise conjointe, à savoir, dans un premier temps, les pays signataires de la déclaration EuroHPC et des membres privés, issus du monde universitaire et de l’industrie. D’autres membres pourront rejoindre l’entreprise commune à tout moment, pour autant qu’ils y contribuent (financièrement ou en nature).

3.5.

La proposition prévoit que deux infrastructures seront créées et mises en œuvre en parallèle. Ces infrastructures seront hébergées par deux pays de l’Union, sélectionnés selon des critères spécifiques.

3.6.

L’entreprise commune sera gérée par un comité directeur, composé de représentants de ses membres publics. Il sera responsable de l’élaboration de la politique stratégique et des décisions de financement relatives aux activités de passation de marchés et de R&I de l’entreprise commune. Les droits et modalités de vote des membres seront proportionnés à leur contribution financière. Le modèle de l’entreprise commune est fondé sur les leçons tirées du fonctionnement d’autres entreprises communes telles qu’ECSEL (Composants et systèmes électroniques pour un leadership européen). Les deux entreprises communes ont des objectifs et des structures similaires. La principale différence réside dans les importantes activités de passation de marchés inhérentes à EuroHPC, mais pas à ECSEL. Cette différence justifie l’attribution des droits de vote en fonction de la contribution des participants.

3.7.

Le comité directeur sera appuyé par un comité consultatif industriel et scientifique composé de représentants des membres privés de l’entreprise commune. Afin d’éviter les conflits d’intérêts, ce comité n’aura qu’un rôle consultatif.

4. Observations particulières

4.1.

Le CESE approuve cette initiative qu’il considère comme une étape concrète de la stratégie européenne en matière d’informatique en nuage: le choix stratégique d’une informatique en nuage européenne, ouverte et destinée au monde scientifique, s’inscrivant dans un fort engagement politique et économique en faveur de l’innovation numérique (5). Cette initiative apporte une valeur ajoutée européenne manifeste grâce à une technologie essentielle qui aidera à résoudre les questions les plus complexes de notre société contemporaine et sera en fin de compte bénéfique pour notre bien-être, la compétitivité et l’emploi.

4.2.

De manière plus générale, l’initiative relative au CHP est un élément fondamental d’une stratégie plus globale de l’Union européenne [qui comprend notamment l’acte législatif sur la cybersécurité (6), la stratégie pour le marché unique numérique (examen à mi-parcours) (7), les initiatives sur la société européenne du gigabit (8) et la science ouverte, etc.] visant à rétablir la souveraineté et l’indépendance numériques de l’Europe, afin que cette dernière puisse jouer un rôle de premier plan dans le développement numérique et influer directement sur la compétitivité et la qualité de la vie de ses citoyens.

4.3.

Le CESE estime que l’investissement de départ de 1 milliard d’EUR pour l’acquisition et l’exploitation de deux supercalculateurs pré-exaflopiques de pointe et au moins deux supercalculateurs de milieu de gamme est important, mais pas trop ambitieux si on le compare avec les concurrents de l’Union. Il est toutefois convaincu qu’une augmentation substantielle des investissements (consentis par les États membres de l’Union européenne) combinée à un solide programme européen de recherche et d’innovation seront nécessaires pour maintenir un niveau de classe mondiale en matière de calcul à haute performance (CHP). Étant donné que la course n’est pas finie, il ne fait aucun doute que des efforts similaires, à la mesure de ceux des concurrents mondiaux, seront nécessaires pour le prochain cadre financier pluriannuel.

4.4.

Le CESE tient à faire remarquer qu’un ordinateur rapide ne suffit pas pour réussir. Des logiciels et applications haut de gamme fondés sur un solide programme de recherche et de développement sont également indispensables pour accomplir de réels progrès. Dans ce domaine, l’Union européenne n’est pas du tout à la traîne par rapport à ses concurrents, et le CESE encourage la Commission à souligner davantage la forte position de départ sur laquelle s’appuie cette initiative, ainsi que son caractère essentiel pour la poursuite de la réussite européenne fondée sur les piliers actuels que constituent le PRACE et GÉANT, qui, depuis plus d’une décennie maintenant, rassemblent et fédèrent, respectivement, les acteurs du CHP et les réseaux.

4.5.

Le partenariat pour le calcul avancé en Europe (Partnership for Advanced Computing in Europe — PRACE), cofinancé par l’Union européenne, a été créé en 2010 et se compose de 25 États membres; il fournit des services de CHP haut de gamme pour la science et l’industrie, en déployant les systèmes nationaux de supercalcul les plus importants en Europe. En 2017, le PRACE a permis l’accès à un réseau de sept systèmes de pointe, fournis par cinq membres hébergeurs (la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Suisse) qui ont investi plus de 400 millions d’EUR dans le PRACE depuis sa création. Le PRACE attribue les ressources de CHP sur la base d’appels à propositions évalués par les pairs, basés sur l’excellence scientifique, à des projets de recherche issus du monde universitaire et de l’industrie, y compris les PME.

4.6.

Le réseau paneuropéen de recherche GÉANT, lancé en 2000, relie entre eux les réseaux nationaux de recherche et d’enseignement et les centres de CHP grâce à des connexions sécurisées à très haute capacité. Ce réseau est essentiel pour soutenir la science ouverte grâce à des services permettant un accès fiable. Le réseau GÉANT est le réseau de R&D le plus grand et le plus avancé du monde, reliant plus de 50 millions d’utilisateurs dans 10 000 institutions dans toute l’Europe et soutenant toutes les disciplines scientifiques. Le réseau dorsal fonctionne à des vitesses pouvant atteindre 500 Gbps (2017). GÉANT a créé le service eduroam, très populaire, qui permet aux utilisateurs de la communauté R&D de se connecter à n’importe quel réseau sans fil membre du projet eduroam — un système dont le CESE propose de faire un modèle d’accès wifi pour tous les européens dans le cadre de la stratégie «Connectivité pour un marché unique numérique compétitif — Vers une société européenne du gigabit» (9).

4.7.

Le CESE souligne par conséquent qu’il est extrêmement important d’intégrer la nouvelle entreprise commune EuroHPC avec les structures et programmes existants. Ainsi, l’évaluation par les pairs pratiquée par le PRACE doit être maintenue afin de préserver la norme d’excellence. D’autres bonnes pratiques devraient être intégrées ou adaptées. Une approche intégrée d’EuroHPC, d’Horizon 2020 ou de son successeur dans le programme-cadre et des activités nationales est la meilleure façon de déployer conjointement des ressources européennes. Dans ce contexte, le CESE se félicite de l’intention de la Commission d’utiliser l’entreprise commune EuroHPC pour coordonner l’instrument de financement d’Horizon 2020 (et son successeur) dans le domaine du calcul à haute performance. Le CESE relève que la construction d’infrastructures nécessite une méthode descendante, tandis que la recherche scientifique de qualité, encouragée par le PRACE, requiert une approche ascendante dont les scientifiques doivent être le moteur.

4.8.

Le CESE souhaite encourager davantage d’États membres à rejoindre l’entreprise commune EuroHPC et à saisir cette occasion de tirer profit d’une puissance de calcul de pointe. La mise en réseau revêt une importance cruciale pour l’utilisation scientifique du CHP. Eu égard à la complexité d’une entreprise commune, le CESE invite la Commission à déployer les efforts qui s’imposent pour expliquer et promouvoir les avantages et les possibilités de cet instrument juridique, en particulier pour les petits pays et en ce qui concerne la possibilité de contributions en nature.

4.9.

Le CESE se félicite que deux des partenaires de la Commission au sein des partenariats public-privé contractuels aient présenté des lettres de soutien à la mise en œuvre de l’initiative EuroHPC: la plateforme technologique européenne pour le calcul à haute performance (ETP4HPC) et la Big Data Value Association (BDVA). Ces deux acteurs pourraient devenir les premiers membres privés d’EuroHPC, ce qui est essentiel pour la participation des entreprises, y compris les PME. Le CESE accueille favorablement la possibilité offerte à d’autres partenaires de rejoindre l’entreprise commune, mais insiste également sur la nécessité de garantir la réciprocité pour tout nouveau membre, en particulier ceux en provenance de pays tiers. L’Union européenne devrait saisir l’occasion que représente la mise au point de technologies de CHP pour compléter le secteur industriel européen afin de couvrir l’ensemble de la chaîne de production (conception, fabrication, mise en œuvre, application).

4.10.

La consommation électrique d’un supercalculateur équipé d’un processeur d’une puissance de 12 petaflops est d’environ 1,5 MW. Avec une progression linéaire vers la puissance exaflopique, le calcul à haute performance basé sur la technologie actuelle nécessiterait une consommation électrique de l’ordre de 150 MW, ce qui est inacceptable; par conséquent, le développement de puces électroniques à faible consommation est un objectif important d’EuroHPC. Le CESE fait observer que les puces de faible puissance joueront ainsi un rôle important dans la réalisation des objectifs de la stratégie énergétique de l’Union, sans parler de la finalité d’indépendance de l’Union européenne à l’égard des importations. Conformément aux objectifs précités, l’initiative relative à un processeur européen lancée par la Commission européenne en 2018, soutenue par un consortium de 23 partenaires issus de 10 États membres et financée à hauteur de 120 millions d’EUR, jouera un rôle important dans la réalisation des objectifs de l’initiative de CHP.

4.11.

Le CESE relève que le développement de puces avancées de faible puissance a également une incidence sur la micro-informatique (micro-ordinateurs, smartphones, secteur automobile), étant donné que les circuits intégrés haut de gamme peuvent également être adaptés (réduction d’échelle) aux appareils disponibles sur le marché de masse. Cela devrait bénéficier directement à tous les citoyens et pourrait ouvrir de nouveaux marchés pour l’industrie de l’Union européenne. Le CHP est donc à de nombreux égards une technologie essentielle pour une société moderne.

4.12.

Le CESE recommande d’informer les citoyens et les entreprises au sujet de cette nouvelle initiative importante lancée par l’Union européenne. D’une part, elle permettra de rétablir la confiance des citoyens dans le processus d’intégration européenne. La société civile organisée peut être utile pour diffuser de telles informations. D’autre part, une campagne ciblée aidera les entreprises européennes, en particulier les PME, à avoir connaissance des initiatives en cours. Il est donc important de soutenir, par des moyens spécifiques, les PME ayant une production à haute valeur ajoutée afin qu’elles puissent accéder aux nouvelles infrastructures et les utiliser.

4.13.

Les universités et les centres de recherche doivent être associés à l’initiative grâce à une action de communication spécifique destinée à susciter leur intérêt et à encourager les projets dans le domaine du CHP. Un tel processus pourrait en outre stimuler la création de nouveaux programmes scolaires, de formation professionnelle et universitaires afin de combler la pénurie de compétences en Europe par rapport aux principaux concurrents mondiaux (10).

4.14.

Le CESE recommande de renforcer autant que possible la dimension sociale du processus de numérisation, en tant qu’élément fondamental du socle européen des droits sociaux (11). C’est pourquoi il propose de définir une série de défis sociétaux à relever à l’aide des nouvelles infrastructures numériques. La mise en œuvre et l’utilisation de machines de haut niveau doivent avoir une incidence positive claire et mesurable sur la vie quotidienne de tous les citoyens.

4.15.

Le CESE estime que le calcul à haute performance et la technologie quantique constituent deux objectifs stratégiques pour la croissance et la compétitivité européennes. Il recommande dès lors de développer ces deux technologies en parallèle afin de veiller à ce que l’Union puisse bénéficier de performances et de perspectives optimales à moyen et à long termes.

Bruxelles, le 23 mai 2018.

Le président du Comité économique et social européen

Luca JAHIER


(1) COM(2012) 45 final et JO C 299 du 4.10.2012, p. 148.

(2) COM(2016) 178 final et JO C 487 du 28.12.2016, p. 86.

(3) COM(2018) 8 final et annexe 1.

(4) SWD(2018) 6 final.

(5) JO C 487 du 28.12.2016, p. 86.

(6) JO C 227 du 28.6.2018, p. 86.

(7) JO C 81 du 2.3.2018, p. 102.

(8) JO C 125 du 21.4.2017, p. 51.

(9) JO C 125 du 21.4.2017, p. 51 et JO C 125 du 21.4.2017, p. 69.

(10) JO C 434 du 15.12.2017, p. 30; JO C 173 du 31.5.2017, p. 45.

(11) JO C 125 du 21.4.2017, p. 10.


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