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AccueilDroit européen52018AE1373
Avis institutionnel52018AE1373

Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant un plan pluriannuel pour les pêcheries exploitant des stocks démersaux en Méditerranée occidentale [COM(2018) 115 final — 2018/0050 (COD)]

CELEX52018AE1373
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 11 juillet 2018

Résumé IA

Cet avis du Comité économique et social européen (CESE) soutient la proposition de règlement visant à établir un plan pluriannuel de gestion pour les pêcheries de stocks démersaux en Méditerranée occidentale. Il approuve l'objectif de restaurer et de maintenir ces stocks au-dessus du rendement maximal durable (RMD), tout en soulignant la nécessité d'une approche progressive et d'un soutien socio-économique pour les pêcheurs affectés par les mesures de réduction de l'effort de pêche. Le CESE insiste sur l'importance d'une mise en œuvre cohérente avec les régions ultrapériphériques et d'une évaluation d'impact tenant compte des spécificités des flottes artisanales.

Texte intégral

10.10.2018

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 367/103


Avis du Comité économique et social européen sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant un plan pluriannuel pour les pêcheries exploitant des stocks démersaux en Méditerranée occidentale

[COM(2018) 115 final — 2018/0050 (COD)]

(2018/C 367/20)

Rapporteur:

Gabriel SARRÓ IPARRAGUIRRE

Consultation

Parlement européen, le 15.3.2018

Conseil, le 20.3.2018

Base juridique

Article 43, paragraphe 2, article 114, paragraphe 1, et article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Décision de l’assemblée plénière

13.2.2018 (en prévision de la consultation)

Compétence:

Agriculture, développement rural et environnement

Adoption en section spécialisée

26.6.2018

Adoption en session plénière

11.7.2018

Session plénière no

536

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

165/0/2

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE s’accorde avec la Commission sur l’opportunité d’établir un plan pluriannuel pour les pêcheries démersales dans la Méditerranée occidentale qui prévoie des mesures permettant de corriger la situation de surexploitation de la plupart des stocks d’espèces démersales pour lesquelles l’on dispose de données. À cette fin, le Comité estime que la mise en œuvre d’un régime de gestion de l’effort de pêche fondé sur les jours de pêche et sur des unités de gestion (GSA) pour le chalutage est appropriée et accueille favorablement la possibilité de mise en place d’un système de totaux admissibles de captures (TAC) dans l’éventualité d’un échec de la gestion par l’effort.

1.2.

Le Comité estime que l’objectif du programme doit être de parvenir à une pêche durable du triple point de vue environnemental, social et économique. Par conséquent, les mesures prises doivent être proportionnées, de telle manière que l’impact socio-économique soit acceptable et viable pour les pêcheurs de la Méditerranée. En ce sens, compte tenu de la date d’adoption et d’entrée en vigueur de la proposition à l’examen (pas avant le milieu de l’année 2019), il sera difficile d’atteindre le rendement maximal durable (RMD) pour l’ensemble des stocks en 2020. Pour autant, le Comité soutient l’engagement international de l’Union européenne à atteindre le RMD d’ici à 2020 et son importance dans le cadre de ce plan pluriannuel est centrale, notamment pour les espèces les plus surexploitées et en risque d’effondrement biologique. Il conviendrait dès lors que l’on puisse atteindre le RMD pour l’ensemble des stocks dans des délais plus réalistes et raisonnables.

1.3.

Le CESE, tout en reconnaissant les spécificités régionales de ses pêcheries, estime que le caractère «particulier» de la Méditerranée nécessite une action de réforme de la pêche et recommande aux colégislateurs de soutenir un système de gestion adéquat garantissant une équité entre régions européennes maritimes et permettant à la région Méditerranée de réaliser pleinement les objectifs de la Politique commune de la pêche.

1.4.

Le CESE reconnaît la réduction considérable du nombre de navires de pêche ces dernières années, mais déplore néanmoins que ces efforts du secteur de la pêche n’aient pas permis de réduire la mortalité par pêche réelle sur les stocks clefs, notamment du fait de la surcapacité structurelle de certains segments de flotte, notamment chalutière, et des gains d’efficience de pêche à travers la modernisation des moteurs, des engins et des techniques de pêche.

1.5.

Le CESE invite la Commission à prendre également en considération les autres facteurs et les activités humaines qui influent sur l’état des stocks de poissons et des écosystèmes de la mer Méditerranée, ainsi qu’il est indiqué au paragraphe 3.5 du présent avis, en proposant l’adoption de mesures jugées appropriées pour réduire leur impact sur les stocks halieutiques.

1.6.

Compte tenu du fait que la Méditerranée est une mer semi-fermée, bordée de vingt-deux pays riverains, la plupart d’entre eux n’étant pas européens, le Comité recommande à la Commission de déployer les plus grands efforts possibles pour coordonner avec l’ensemble des autres pays des mesures de gestion des espèces partagées, notamment dans le cadre de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM).

1.7.

Le CESE reconnaît, dans le contexte de forte surpêche dans la région, la nécessité d’adopter les mesures de restriction spatio-temporelles spécifiques sur le chalut, principal engin utilisé par les pêcheries couvertes par le plan, afin de réduire substantiellement, en cas de nécessité, en fonction des rapports scientifiques, son impact sur les captures indésirées d’espèces démersales, notamment de juvéniles, ainsi que les habitats essentiels des poissons (zones de reproduction et nourriceries).

1.8.

Le CESE recommande aux colégislateurs de lever l’interdiction d’utiliser des chaluts dans l’isobathe de 100 m entre le 1er mai et le 31 juillet de chaque année pour les motifs évoqués au paragraphe 4.3 du présent avis.

1.9.

Le Comité recommande à la Commission de proposer l’inclusion de mesures d’accompagnement extraordinaires pour compenser les pertes que vont subir les pêcheurs du fait de la réduction de l’effort et de la mortalité par pêche. En ce sens, il serait souhaitable d’étendre les aides à l’arrêt temporaire des activités et d’envisager à nouveau des aides à l’arrêt définitif.

1.10.

Enfin, le Comité recommande à la Commission de prendre en compte toutes les remarques figurant aux chapitres des observations générales et particulières du présent avis.

2. Synthèse de la proposition de la Commission

2.1.

La Commission européenne a présenté une proposition de règlement établissant un plan pluriannuel pour les pêcheries démersales dans la Méditerranée occidentale, qui s’applique à la pêche de la crevette rouge, de la crevette rose du large, du gambon rouge, du merlu européen, de la langoustine et du rouget de vase pratiquée par les flottes, principalement au moyen de chalut, d’Italie, de France et d’Espagne.

2.2.

Les objectifs généraux de la proposition consistent à atteindre le RMD des stocks visés, de mettre en œuvre l’approche de précaution et écosystémique et de faciliter la mise en œuvre de l’obligation de débarquement, ceci afin que les activités de pêche soient durables sur le plan environnemental à long terme et gérées de façon à dégager des avantages économiques, sociaux et en matière d’emploi.

2.3.

La raison de sa présentation est que la Commission européenne estime que le règlement (CE) no 1967/2006 du Conseil (1) et les plans nationaux de gestion n’ont pas suffisamment bien fonctionné car, selon la communauté scientifique européenne et internationale, plus de 80 % des stocks évalués sont surexploités dans cette sous-région, où les niveaux de pêche sont largement supérieurs aux fourchettes de mortalité par pêche compatibles avec les objectifs du rendement maximal durable (FRMD).

2.4.

La proposition envisage une série de mesures parmi lesquelles l’établissement d’objectifs de valeurs de mortalité par pêche «valeur FRMD», des niveaux de référence de conservation, des mesures d’urgence et un nombre maximal de jours de pêche, conjuguées à une réduction considérable de l’effort de pêche la première année. Dans le cas où ces mesures ne seraient pas opérantes, elle propose l’adoption de totaux admissibles des captures (TAC) et, par l’intermédiaire d’actes délégués, une large gamme de mesures techniques de conservation. En outre, il est proposé de fixer une fermeture spatiotemporelle dans tout le champ d’application géographique de la proposition interdisant aux chaluts d’opérer en deçà de l’isobathe de 100 m entre le 1er mai et le 31 juillet de chaque année.

3. Observations générales

3.1.

Le CESE, prenant acte des études scientifiques publiées en la matière, reconnaît l’ampleur du problème causé par la surpêche et de la grave crise écologique qu’elle entraîne, et convient de la nécessité de prendre des mesures supplémentaires de gestion permettant de réduire l’effort de pêche et la mortalité par pêche afin de reconstituer les principaux stocks de poissons démersaux surexploités en Méditerranée occidentale.

3.2.

Toutefois, le Comité estime qu’il faut le faire de façon proportionnée, sans mettre en péril la viabilité de l’activité des pêcheurs de la Méditerranée, qui ont déjà souffert ces dernières années d’une réduction considérable du nombre de navires de pêche et, par conséquent, de l’emploi.

3.3.

De même, le CESE estime qu’étant donné l’état des stocks et en prévision de la date d’adoption et d’entrée en vigueur de la proposition à l’examen (pas avant le milieu de l’année 2019), il sera difficile d’atteindre le RMD pour toutes les espèces d’ici 2020. À cet effet, le CESE souhaite qu’une attention particulière soit donnée aux espèces les plus surexploitées et en risque d’effondrement biologique (ex. merlu, rouget de vase), afin que ces objectifs ne soient pas manqués. Il conviendrait dès lors que l’on puisse atteindre le RMD pour l’ensemble des stocks dans des délais plus réalistes et raisonnables.

3.4.

De même, le Comité considère qu’une fois de plus, s’agissant d’analyser l’état des stocks et de proposer des mesures pour l’améliorer, la Commission européenne semble oublier de prendre en compte les autres facteurs et activités humaines qui ont un impact sur eux et notamment, le changement climatique, l’acidification, la pollution, les activités liées au pétrole et au gaz, le transport maritime, les déchets marins, la mauvaise gestion des activités côtières, etc. Il estime dès lors que le secteur de la pêche ne peut pas être tenu pour unique responsable de l’état des stocks de poissons et qu’une approche écosystémique devrait réellement être appliquée, en tenant compte de tous les facteurs et activités mentionnés ci-dessus.

3.5.

En outre, le CESE est d’avis qu’il y a lieu de reconnaître l’importance que revêt le chalut sur le plan socio-économique dans la région méditerranéenne. Environ 75 % des captures d’espèces démersales sont réalisées au moyen de cet engin de pêche. Aussi faut-il miser sur une réglementation appropriée (mesures spatio-temporelles) et sur l’amélioration de sa sélectivité. Le chalut est le seul engin de pêche qui permette la capture en Méditerranée de gros volumes d’espèces telles que la crevette rose et la crevette rouge, la langoustine, la squille, le merlan bleu, la raie de fond, le chien espagnol, l’encornet rouge nordique, le petit calmar et la petite seiche notamment. Des techniques plus sélectives et moins impactantes existent cependant pour certaines espèces, avec l’utilisation de casiers, nasses, filets maillants ou trémails par exemple.

3.6.

Le CESE reconnaît l’importance de protéger efficacement les zones fonctionnelles halieutiques (ZFH) et les habitats sensibles (HS) dans les zones profondes, notamment lorsque les avis scientifiques indiquent des concentrations de juvéniles ou des zones de frai d’espèces démersales comme le merlu commun, la langoustine ou les crevettes. Ces zones d’importance pour la reconstitution des stocks doivent être définitivement ou temporairement fermées à la pêche, conformément à l’article 8 du règlement sur la PCP relatif à l’établissement de zones de reconstitution des stocks halieutiques. Le Comité soutient l’introduction de plusieurs zones dans ce Plan, comme dans le delta de l’Èbre, le golfe du Lion ou les hauts-fonds de Carloforte.

3.7.

Le Comité estime qu’une fois de plus, la Commission européenne propose un recours excessif aux actes délégués. Un grand nombre des mesures qu’elle avance relèvent du domaine de la codécision (articles 13, 16 et 18).

4. Observations particulières

4.1.

Le Comité note l’avis du CSTEP (17-02) sur l’inefficacité relative de la gestion par effort de pêche à réduire la mortalité par pêche efficacement, et que des réductions drastiques seraient nécessaires pour reconstituer les stocks à des niveaux de durabilité. Aussi, le CESE souhaite encourager une transition vers une approche de gestion par limite de captures (TAC), respectant les avis scientifiques, et seule permettant un réel contrôle de la mortalité par pêche.

4.2.

Le CESE est d’avis qu’au considérant 5, relatif aux objectifs de la politique commune de la pêche (PCP), il y aurait lieu de faire référence à la durabilité sociale, économique et environnementale.

4.3.

En ce qui concerne le considérant 26, qui se réfère à l’article 8, le Comité propose que la mention à l’adoption de mesures de gestion basées sur les totaux admissibles de captures (TAC) soit conservée comme aspiration à long terme de la gestion des pêcheries méditerranéennes mixtes. Il serait souhaitable que le CSTEP puisse aviser sur les principaux stocks pouvant recevoir des avis scientifiques de TAC de précaution au RMD.

4.4.

Le considérant 28 et l’article 11, paragraphe 1, proposent d’interdire aux chaluts d’opérer en deçà de l’isobathe de 100 m entre le 1er mai et le 31 juillet de chaque année. Le CESE estime que cette mesure est disproportionnée et n’est pas justifiée. Les législations nationales et de l’Union européenne prévoient déjà des garanties suffisantes pour éviter que le chalut soit utilisé sur des fonds fragiles. De même, il existe en Méditerranée des zones où le plateau continental est plus aplati et peu profond et où la fermeture proposée impliquerait l’impossibilité de pêcher pour de nombreux chalutiers. En lieu et place de cette mesure, le Comité est partisan d’établir des zones d’interdiction de pêche spécifiques, dûment justifiées sur le plan scientifique, comme l’a déjà proposé le secteur de la pêche lui-même dans plusieurs pays de l’Union européenne.

4.5.

En ce qui concerne le considérant 37, lié à l’article 19, qui se réfère au Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP) et propose d’utiliser des mesures d’arrêt temporaire, le CESE demande à la Commission européenne d’inclure également les aides à l’arrêt définitif susceptibles d’être financées par le FEAMP actuel et celui qui entrera en vigueur à partir de 2021, étant donné qu’une réduction de l’effort de pêche et de la capacité, qui nécessitent des mesures de compensation en faveur des armateurs et des travailleurs, sera exigée.

4.6.

Comme mentionné au paragraphe 3.3, le Comité estime que, bien que les fourchettes de FRMD établies pour les stocks concernés soient réalistes, il sera difficile de les atteindre au plus tard en 2020, comme proposé à l’article 4, paragraphe 1, sans que cela n’ait des répercussions socio-économiques intenables pour la flotte. Les plans pluriannuels ont été présentés avec un retard important par rapport à l’entrée en vigueur du règlement (UE) no 1380/2013 relatif à la politique commune de la pêche, pour des raisons étrangères au secteur de la pêche, aussi le Comité estime-t-il qu’on ne peut prétendre à présent atteindre des objectifs irréalisables.

4.7.

En ce qui concerne l’article 7, paragraphe 1, le Comité juge approprié d’avoir recours à un régime de gestion de l’effort de pêche fondé sur les jours de pêche pour la pêche au chalut. En revanche, il n’est pas partisan de différencier par catégories de longueur, ainsi qu’il est prévu à l’annexe I, ni par groupes d’effort de pêche en fonction des espèces prises, qu’il s’agisse de la crevette rouge et du gambon rouge en eaux profondes ou du rouget de vase, du merlu, de la crevette rose du large ou de la langoustine sur la plateforme continentale et le talus supérieur. Le CESE estime qu’il est plus approprié de procéder à une gestion couvrant l’ensemble des chalutiers d’une unité de gestion (GSA), sans faire de différence en fonction de la longueur ou de la profondeur, cette distinction étant artificielle. En effet, une telle différenciation n’existe pas dans la pratique puisque les chalutiers peuvent lors d’une même sortie de pêche capturer des espèces qui se trouvent aussi bien sur le plateau continental qu’en eaux profondes. De même, il importe que la gestion soit assurée par chaque unité de gestion de façon indépendante, au moyen de mesures spécifiques destinées à reconstituer le stock des espèces relevant de chaque GSA, sans tenir compte de la situation des espèces d’autres GSA.

4.8.

Concernant le niveau de référence visé à l’article 7, paragraphe 4, le Comité estime que dans le but d’éviter d’arriver à un point de non-retour pour ce qui est de la rentabilité des entreprises, il serait judicieux de prévoir un seuil minimal de jours à partir duquel il ne faut pas procéder à des réductions supplémentaires.

4.9.

Le Comité est d’accord sur le fait de n’autoriser, de façon générale, qu’une durée maximale de douze heures par jour de pêche, cinq jours de pêche par semaine ou l’équivalent, comme prévu à l’article 9, paragraphe 3. Toutefois, le CESE recommande d’autoriser certaines dérogations pour les pêcheries éloignées ou les eaux de haute mer de la Méditerranée, dûment motivées et soumises à une autorisation spéciale, afin de permettre l’allongement du temps de voyage (et non pas l’augmentation des heures de pêche), à l’instar de ce qui se pratique déjà le cas dans certains pays.

4.10.

Le CESE est d’avis qu’à l’article 9, paragraphe 5, il conviendrait de laisser ouverte la possibilité d’échanger la capacité de pêche entre les différentes zones de gestion, si l’amélioration de l’état des ressources le permet (en respectant les critères déjà fixés dans la réglementation concernant les plafonds globaux de capacité).

Bruxelles, le 11 juillet 2018.

Le président du Comité économique et social européen

Luca JAHIER


(1) Règlement (CE) no 1967/2006 du Conseil du 21 décembre 2006 concernant des mesures de gestion pour l’exploitation durable des ressources halieutiques en Méditerranée et modifiant le règlement (CEE) no 2847/93 et abrogeant le règlement (CE) no 1626/94 (JO L 409 du 30.12.2006, p. 9)


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