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AccueilDroit européen52018AE2008
Avis institutionnel52018AE2008

Avis du Comité économique et social européen sur «Le développement stratégique de la politique industrielle à l’horizon 2030 en vue du renforcement de la compétitivité et de la diversification de la base industrielle de l’Europe, et de l’orientation vers une performance durable au sein des chaînes de valeur mondiales» (avis exploratoire à la demande de la présidence autrichienne)

CELEX52018AE2008
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 17 octobre 2018

Résumé IA

Cet avis exploratoire du CESE, sollicité par la présidence autrichienne, propose une feuille de route pour la politique industrielle européenne à l'horizon 2030. Il préconise de renforcer la compétitivité et la diversification de la base industrielle de l'UE tout en orientant les chaînes de valeur mondiales vers une performance durable. Pour un professionnel du droit français, ce texte constitue une source d'orientation non contraignante mais influente sur les futures initiatives législatives et stratégiques de l'UE en matière industrielle.

Texte intégral

15.2.2019

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 62/16


Avis du Comité économique et social européen sur «Le développement stratégique de la politique industrielle à l’horizon 2030 en vue du renforcement de la compétitivité et de la diversification de la base industrielle de l’Europe, et de l’orientation vers une performance durable au sein des chaînes de valeur mondiales»

(avis exploratoire à la demande de la présidence autrichienne)

(2019/C 62/03)

Rapporteur:

Carlos TRIAS PINTÓ

Corapporteur:

Gerald KREUZER

Consultation

Présidence autrichienne du Conseil, 12.2.2018

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Commission consultative des mutations industrielles (CCMI)

Adoption par la CCMI

25.9.2018

Adoption en session plénière

17.10.2018

Session plénière no

538

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

158/9/4

1. Conclusions et recommandations

1.1.

La politique industrielle devrait recenser les possibilités qui s’ouvrent pour une future croissance durable et inclusive à l’échelle mondiale, et favoriser leur réalisation. Personne ne devrait être laissé de côté.

1.2.

L’Europe doit conserver son ambition de rétablir la part de la production industrielle à ses niveaux antérieurs, en affinant cet objectif au moyen d’indicateurs de performance clés. La politique industrielle de l’Europe (au niveau des directions générales de la Commission européenne, des États membres, des régions) doit être améliorée, dans la mesure où elle fait partie de chaînes de valeur transfrontières complexes, au sein d’un marché de plus en plus mondialisé. Il est nécessaire d’adopter une approche globale pour concilier la croissance, la lutte contre le changement climatique et les défis environnementaux et sociétaux dans le cadre d’une «transition juste», connectant de manière efficace les moteurs économiques de l’Union européenne et des États membres.

1.3.

Lorsque l’on parle de rEUnaissance de l’Europe, cela signifie un véritable plan directeur pour l’industrie européenne, intégrant la politique industrielle dans toutes les politiques de l’Union européenne, en permettant à l’industrie de se transformer en vue de faire de l’Europe la plus vaste économie de la connaissance, dégageant de la valeur ajoutée dans l’industrie grâce à la créativité et la conception intelligente, l’innovation sociale et la promotion de nouveaux modèles industriels durables et inclusifs (la marque «fabriqué en Europe»).

1.4.

Si l’on souhaite que les politiques de l’Union européenne en matière de climat et d’économie circulaire créent des emplois en Europe, il est essentiel que les principaux éléments de la chaîne de valeur qui permettent ces politiques soient situés sur notre continent. Par conséquent, il importe que la stratégie de l’Union européenne reconnaisse l’importance des chaînes de valeur et prévoie des mesures ambitieuses pour les développer davantage. Plutôt que de se concentrer sur certains secteurs, la stratégie devrait assurer des conditions de fonctionnement attrayantes en Europe. Pour garantir que l’Europe continue de jouer son rôle dans l’économie mondiale, la réussite devrait être mesurée à l’aune du potentiel des différents maillons de la chaîne de valeur européenne à être intégrés dans les chaînes de valeur mondiales — autrement dit, les fournisseurs européens devraient être à même d’affronter la concurrence mondiale, et pas seulement européenne.

1.5.

Il convient par ailleurs de relier étroitement les améliorations qui sont apportées dans le domaine de l’éducation et de la formation en vue des nouveaux emplois et services aux politiques de R & D & I et à la création de formations par le travail, en étendant la stratégie relative aux compétences (1) à des secteurs industriels majeurs, tels que ceux de la construction, de la sidérurgie, du papier, des technologies vertes et des énergies renouvelables, ainsi que l’industrie manufacturière et le transport maritime.

1.6.

Pour assurer la suprématie technologique de l’Europe, le Comité économique et social européen (CESE) recommande également d’intensifier les investissements dans les technologies de rupture qui changent la donne, telles que l’intelligence artificielle et la robotique, l’internet des objets, l’analyse des données, l’impression en 3D, les matériaux nouveaux et les nanomatériaux, la réalité virtuelle augmentée, la bioéconomie, l’alimentation durable, les technologies numériques, les neurotechnologies, la nanoélectronique, l’exploration océanique et spatiale, etc.

1.7.

Il y a lieu que le cadre financier pluriannuel 2021-2027 prévoie de la manière la plus ciblée et la plus détaillée possible des ressources budgétaires supplémentaires à allouer à chaque secteur, en particulier la R&D&I et les politiques de cohésion.

1.8.

Le CESE souligne qu’il convient de renforcer la gouvernance institutionnelle, en incluant dans ses évaluations d’impact non seulement l’impact économique, mais également l’impact sur l’environnement et la société tout au long de la chaîne de valeur.

1.9.

Dans la perspective d’une chaîne de valeur financière plus durable dans son ensemble, le CESE soutient résolument la feuille de route de la Commission sur le financement d’une croissance durable (2), qui passe par l’instauration d’une taxinomie commune de la finance durable, réorientant l’épargne responsable vers des investissements durables, en améliorant les investissements stratégiques européens (combinaison équilibrée entre le Fonds InvestEU prévu et les sources de financement privées).

1.10.

Le CESE réaffirme qu’il soutient fermement la règle d’or pour l’investissement public, non seulement pour le cofinancement de projets d’investissement stratégiques, mais également pour tous les projets d’investissement durable s’inscrivant dans l’évolution positive du système de classification de l’Union européenne pour les activités durables (taxinomie), afin d’offrir de nouvelles possibilités de développement aux pays européens qui ont été les plus pénalisés par la crise.

1.11.

Instruments de financement: création de conditions de concurrence équitables, octroi de financements publics en faveur des projets à l’échelle industrielle (jusqu’à 75 % du coût de l’investissement, ou plus si cela se justifie), augmentation des prêts préférentiels et de l’accès au crédit. Accès à des subventions publiques pour les actions axées sur la réduction du risque pour les projets novateurs à haut risque intrinsèque.

1.12.

Les secteurs les plus productifs (avec la plus haute valeur ajoutée) sont également ceux dans lesquels l’innovation est la plus élevée. En outre, les secteurs qui sont soumis à une réglementation environnementale plus stricte se caractérisent également par un nombre supérieur de dépôt de brevets, sans doute en raison des pressions exercées par les pouvoirs publics (3).

1.13.

Un des principaux facteurs des coûts de réglementation est la mise en œuvre des politiques de l’Union européenne par l’intermédiaire des actes délégués ou des actes d’exécution. Les procédures de mise en conformité, qui sont technocratiques et ne définissent pas les moyens les plus rentables d’atteindre les résultats réglementaires souhaités, ralentissent la capacité d’innovation des acteurs de l’industrie, en particulier les PME.

1.14.

Le développement durable et la compétitivité doivent aller de pair. Le CESE demande l’établissement de normes pour les produits dans l’Union, qui devraient être respectées tant par les producteurs des États membres que par les producteurs étrangers, et être exécutoires à la frontière. Les importations de produits qui ne respectent pas les règles environnementales et sociales ont pour résultat que les secteurs industriels de l’Union européenne sont confrontés à de graves obstacles pour répondre aux besoins et aux demandes de la société en matière de développement durable.

1.15.

La Commission européenne devrait surveiller de près la bonne mise en œuvre des accords de libre-échange (ALE) conclus par l’Union européenne, en prévoyant des règles simples et précises. Les chapitres consacrés au développement durable dans les accords de libre-échange doivent promouvoir la mise en œuvre des normes de travail de l’OIT et des principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme (4), en établissant des conditions minimales transversales qui ne peuvent pas être contournées (droits des personnes vulnérables, bonne gouvernance budgétaire, etc.). Il convient de garantir la réciprocité dans les relations commerciales (par exemple, investissements, marchés publics, subventions).

1.16.

Il est nécessaire de prévoir un dialogue social étendu à différents niveaux afin d’analyser correctement les chaînes de valeur mondiales et de fournir des réponses communes, au sein d’entreprises durables dans lesquelles les travailleurs ont voix au chapitre.

1.17.

Le CESE demande à la Commission européenne de faire de la compétitivité et de la primauté industrielles une priorité politique essentielle et de lancer un programme européen de stratégie industrielle. Il demande instamment à la Commission de publier un rapport annuel sur les résultats de la stratégie industrielle de l’Union européenne portant sur tous les domaines pertinents de l’action de la Commission.

2. Grandes tendances — Un seul monde

2.1.

Aujourd’hui, l’industrie est confrontée à une profonde mutation, qui a trait aux perspectives immenses ouvertes par la transformation numérique et l’économie à faible intensité de carbone. Les énergies renouvelables sont appelées à remplacer les carburants fossiles, les données sont en passe de devenir la nouvelle matière première dominante, et l’internet (des objets) est devenu le principal moyen de communiquer. Les modèles de production linéaire vont céder la place à des systèmes de production-consommation-recyclage plus circulaires, tandis que la production de masse va être remplacée par des processus de production personnalisés. Une industrie moderne suppose de produire et d’innover au sein d’un réseau d’acteurs qui coopèrent étroitement, depuis les grandes entreprises jusqu’aux petites et moyennes entreprises, en allant jusqu’aux services connexes situés tout au long de la chaîne de valeur. La connaissance a remplacé la main-d’œuvre ou le capital en tant que facteur le plus important de la création de valeur. La stratégie industrielle à long terme de l’Europe doit intégrer l’ensemble de ces défis (de rupture) afin d’entrer dans une phase de l’histoire de l’humanité qui n’est comparable qu’au passage du paléolithique au néolithique: l’ère infolithique/infolytique (5).

2.2.

La plupart des recherches universitaires nous avertissent que vers 2030, 20 à 50 % des emplois, en fonction du secteur industriel considéré, seront remplacés par des technologies et de la robotique (6). De nouveaux emplois seront toutefois créés, mais avec des disparités encore plus importantes sur le plan de la géographie, des secteurs et des compétences. Le défi auquel est confrontée la politique industrielle européenne est d’empêcher l’Union, ses régions et ses citoyens d’être exclus de ce processus.

2.3.

La transformation numérique a un effet sur les principales ressources de l’industrie dans son ensemble, qu’elles soient naturelles et environnementales, liées au travail ou au capital (physique, technologique et institutionnel). Afin de pouvoir gérer ses conséquences sociales de manière appropriée, il est essentiel de procéder à une nouvelle évaluation, pour chaque pays et secteur par secteur, des principales ressources ou du stock de biens de production qui généreront les flux de revenus les plus importants.

2.4.

De larges pans de l’industrie européenne dépendent de plus en plus des exportations externes ou font partie de chaînes de valeur transfrontières complexes, dans un marché de plus en plus mondialisé. Dans le même temps, l’Union est confrontée à la diffusion de la politique protectionniste américaine («America First»), qui entraîne un risque croissant de guerres commerciales dont personne ne sortira gagnant. Elle constitue également une menace pour l’ordre économique multilatéral qui prévaut depuis l’après-guerre. Enfin, on assiste également à l’émergence de modèles économiques centralisés dirigés au niveau de l’État.

2.5.

Pour assurer une transition équitable vers une industrie plus durable à l’horizon 2050 (7), l’Europe doit affronter les défis suivants:

—

la persistance du changement climatique et de la dégradation des conditions environnementales;

—

l’épuisement des ressources naturelles de la planète et la perte de biodiversité;

—

la numérisation de la plupart des secteurs industriels, qui va brouiller les frontières entre eux, ainsi qu’entre le monde physique et le monde virtuel, et va ouvrir certains secteurs à de nouveaux entrants, avec une réduction subséquente du travail manuel;

—

les inégalités sociales, avec notamment une polarisation croissante des marchés du travail et une hausse du chômage des jeunes, et des personnes laissées pour compte dans les régions où les industries sont en déclin;

—

la perte de confiance du public dans les gouvernements, la classe politique, l’Union européenne et ses structures de gouvernance, ainsi que dans les autres institutions;

—

les changements démographiques: vieillissement de la population, immigration, forte croissance de la population mondiale et sensibilisation nouvelle à l’environnement;

—

la concentration de la population dans les grandes villes, avec l’intégration des réseaux d’infrastructures, de l’intelligence artificielle, des machines et de l’apprentissage profond;

—

une mutation dans les préférences des consommateurs (évolution du comportement des consommateurs, sensibilisation accrue à l’environnement, régulation du comportement des consommateurs par les pouvoirs publics).

Il convient de déployer une vision à long terme qui embrasse simultanément toutes ces tendances. Comprendre les défis et appréhender comment les transformer en opportunités sera une priorité majeure pour la politique industrielle de l’Europe. Pour concevoir des réponses, tâche complexe s’il en est, il est nécessaire de faire participer tous les acteurs concernés, avec une responsabilité partagée. Le succès de cette démarche dépendra des efforts et de la coopération des institutions de l’Union européenne, des États membres et des régions mais, surtout, du rôle actif de l’industrie elle-même.

3. La transition: une Union européenne engagée à maintenir sa compétitivité grâce au développement durable

3.1.

Pour répondre aux défis multiples et sans précédents auxquels elle est confrontée, l’Europe a choisi de stimuler sa compétitivité par une amélioration de la qualité de ses produits et services, en mettant en œuvre une stratégie de différenciation par régions et secteurs industriels qui vise à créer de la croissance et de l’emploi grâce à la valeur ajoutée apportée par la créativité et la conception intelligente, l’innovation sociale et de nouveaux modèles industriels durables et inclusifs.

3.2.

Un certain nombre d’indicateurs encourageants commencent déjà à apparaître en Europe, par exemple le fait qu’elle dépose 40 % des brevets mondiaux dans le domaine des technologies renouvelables. Toutefois, on relève aussi l’apparition de nouvelles inadéquations de grande ampleur entre les systèmes d’enseignement et de formation, les initiatives des entreprises et les nouvelles compétences dont l’industrie a besoin.

3.3.

Un autre frein important au développement industriel en Europe tient à la nature fragmentée des politiques de l’Union européenne, tant en termes géographiques que sectoriels. Passer de la situation actuelle, où il y a 28 politiques différentes pour chaque secteur industriel, à une approche globale de la politique industrielle de l’Union européenne nécessitera une synchronisation avec les mesures visant à achever l’Union économique et monétaire (union budgétaire et bancaire, en particulier), la mise en place d’un marché du capital-risque à l’échelle de l’Europe ainsi que l’adoption d’un modèle de financement durable, pour garantir une croissance équilibrée et harmonisée dans l’ensemble de l’Union européenne.

3.4.

Il importe de comprendre dans quelle mesure l’augmentation de l’innovation verte renforce l’innovation dans d’autres secteurs, et quels effets elle a sur les prix des intrants industriels, afin de mieux évaluer les effets de la politique environnementale sur la compétitivité des pays et d’améliorer la planification des politiques environnementales.

3.5.

Il est également nécessaire de mettre fortement l’accent sur le potentiel que revêtent les petites et moyennes entreprises (PME) dans les secteurs qui fournissent des services novateurs de haut niveau, fondés sur la connaissance. En Europe, l’innovation trouve généralement son origine dans des structures de petite dimension, et l’exportation de services de haut niveau fondés sur la connaissance joue un rôle pionnier dans le positionnement sur le marché de secteurs connexes.

3.6.

Si l’Europe entend regagner la primauté en ce qui concerne l’industrie de la connaissance et les capitaux incorporels, il est essentiel, dans le déploiement de l’innovation en Europe, de mettre en place une coopération et une coordination de l’activité industrielle entre les États membres. Le CESE souhaite souligner l’importance des projets d’intérêt européen commun, des partenariats public-privé innovants, ainsi que de la coopération régionale dans le cadre des stratégies de spécialisation intelligente.

4. Une stratégie mondiale et holistique

4.1.

Les économies qui sont plus fortement insérées dans des chaînes de valeur mondiales (CVM) sont plus performantes pour créer de la valeur ajoutée. L’Union européenne devrait par conséquent s’opposer au néoprotectionnisme avec une plus grande détermination, étant donné qu’il pourrait aggraver le blocage qui a frappé récemment la participation croissante à de telles chaînes.

4.2.

C’est l’occasion de lier les chaînes de valeur mondiales au tissu économique local, en favorisant le développement des économies locales et des technologies de rupture (chaîne de bloc, imprimantes en 3D, robotique, internet des objets, stockage de l’énergie, énergies renouvelables, mégadonnées, biogénétique, nanotechnologie, etc.) dans une perspective inclusive: en effet, elles peuvent préparer l’avènement d’une production locale avec des intrants de moindre coût, notamment si l’on adopte le rôle de prosommateur (en le réglementant comme il se doit), en promouvant le développement de microentreprises productives et inclusives, en complément des grandes chaînes de valeur mondiales.

4.3.

Le nouveau paradigme de développement durable comme facteur de compétitivité, axé sur une approche à long terme, vise à mobiliser, aligner et garantir un niveau suffisant de ressources publiques et privées pour atteindre les objectifs fixés dans les politiques de l’Union européenne. L’octroi de ressources suffisantes est essentiel pour garantir une transformation inclusive, équitable et équilibrée, dans laquelle personne n’est laissé pour compte ou exclu du champ de la compétition et où des domaines d’intérêt public, comme la protection du consommateur, la santé, la sécurité et la qualité, restent des priorités majeures.

4.4.

Les initiatives et alliances sectorielles de l’industrie européenne visant à façonner la nouvelle stratégie en matière de compétences et à établir un catalogue d’initiatives bien structurées en vue de renforcer ou d’adapter les programmes existants (Erasmus+, le nouvel agenda européen pour la culture, etc.) et de mettre en œuvre les nouveaux programmes doivent être disponibles dans l’ensemble de l’EU-27 dans les meilleurs délais, en veillant à assurer une diversité géographique et la participation étroite des collectivités locales.

4.5.

Dans le même temps, le CESE soutient fermement les efforts déployés en faveur de forums de dialogue entre parties prenantes multiples, l’élaboration commune de stratégies innovantes et de projets pilotes de valeur illustrative, l’expérimentation conjointe, l’échange de bonnes pratiques et la volonté affichée de suivre et d’évaluer les projets dans leur détail. Il souligne également que tous les acteurs de la chaîne de valeur de l’industrie doivent y participer, tout comme les consommateurs. Il convient de citer à cet égard la table ronde des industriels de haut niveau, le groupe de haut niveau sur les industries à forte intensité énergétique et le groupe de haut niveau sur la compétitivité et la croissance.

4.6.

Il est essentiel d’améliorer la capacité d’investissement de l’Union européenne et de combler le fossé qui existe entre la formulation de politiques sectorielles et les investissements financiers, en augmentant la dotation de l’EFSI 2.0 et des Fonds structurels destinés à l’investissement afin d’atteindre les régions et les populations qui ont pris du retard au cours des années de crise, et en canalisant l’excédent extérieur récemment dégagé par l’Union européenne ainsi que par les autorités publiques vers des investissements capables de moderniser nos infrastructures industrielles et, partant, de contribuer à la progression de la productivité et de la croissance économique.

5. La gouvernance institutionnelle de l’industrie de l’Union européenne

5.1.

Les plans d’action à long terme de l’Union européenne (UE-2020, plans en faveur du climat, etc.) devraient être pris en compte par les plans d’action industriels. Créer des synergies entre les différentes initiatives politiques (économie circulaire, innovation, politique des transports, commerce, compétences, politique régionale) permettrait assurément de maximiser leur impact.

5.2.

La transparence est un élément déterminant dans la réussite de ce processus. L’industrie dans son ensemble doit «agir et communiquer» en fournissant des informations de grande qualité (pertinentes, vérifiables et comparables) afin de permettre de mesurer avec précision les incidences financières et non financières tout au long de la chaîne de valeur mondiale d’un produit donné.

5.3.

Les objectifs de développement durable (les 17 objectifs de développement durable et les 169 cibles connexes) et l’accord de Paris sur le changement climatique constituent un outil de mesure mettant l’accent sur le bien commun, mais il est urgent d’adapter et d’étoffer les indicateurs au moyen d’une méthodologie commune combinant des paramètres quantitatifs et qualitatifs et chiffrant les externalités. Le nouvel ensemble d’indicateurs doit inclure ceux qui portent sur la dimension de changement de valeur mondiale, en reflétant les valeurs de l’Union.

5.4.

Le CESE demande que soient introduits des codes de conduite pour les segments de la chaîne de valeur de produits ou services européenne — comme c’est le cas pour l’alimentation durable — qui sont internationalisés et dont beaucoup échappent encore à la gouvernance juridique. Il plaide par ailleurs en faveur d’un renforcement de la surveillance du marché et la mise en place de moyens de dissuasion ou de sanctions pour les pratiques préjudiciables à la durabilité, telles que l’obsolescence programmée.

5.5.

Renforcer la recherche et l’innovation responsables, dans le cadre d’une approche ascendante. Prévision plus précise de certains secteurs, région par région, et alignement des investissements sur les objectifs stratégiques de l’Union européenne à l’horizon 2030 et les perspectives à l’horizon 2050 (8). L’Union européenne devrait également garantir que la première application des résultats de la R & D financée au moyen de ressources publiques ait lieu à l’intérieur de l’Union européenne. Il conviendrait d’atteindre enfin l’objectif de 3 % d’investissements dans la R&D (à l’heure actuelle, son niveau est seulement de 1,9 %, inférieur à celui de la Chine, situé à 2,2 %). Les technologies de rupture doivent être accompagnées d’une feuille de route qui couvre les problèmes et conditions liés à leur adoption (y compris l’incidence économique, réglementaire et sociale).

5.6.

Il y a lieu que le cadre financier pluriannuel 2021-2027 prévoie de la manière la plus ciblée et la plus détaillée possible des ressources budgétaires supplémentaires à allouer à chaque secteur, en particulier la R & D & I et les politiques de cohésion. Le soutien du secteur public devrait être renforcé à tous les stades du cycle de l’innovation, y compris le soutien aux jeunes entreprises, aux projets de démonstration et projets pilotes, aux projets de RDT en collaboration et à la diffusion des technologies, etc.

5.7.

L’union des marchés des capitaux et le développement industriel de l’Union européenne devraient permettre de mobiliser l’épargne publique et privée par des canaux sûrs allant de l’investissement socialement responsable (ISR) à la responsabilité sociale des entreprises (RSE). La certification EMAS pourrait également optimiser et équilibrer les rendements financiers avec des vecteurs de durabilité.

5.8.

Une transition politique équitable d’ici à 2030 signifie non seulement innover pour les citoyens et investir dans des emplois pour les travailleurs, mais aussi innover avec les personnes et les travailleurs, en leur permettant de trouver de nouveaux emplois décents. À cet égard, le CESE souligne que l’industrie manufacturière doit rester neutre sur le plan technologique.

6. Faire preuve de plus d’ambition dans le plan d’action pour l’industrie européenne

6.1.

Construire une société de la connaissance est une condition essentielle pour une industrie innovante et compétitive. L’Europe ne peut entrer en concurrence avec les économies émergentes sur le plan des salaires; elle doit donc être plus intelligente. Les compétences sont également essentielles pour les travailleurs, non seulement pour accroître leur employabilité, mais aussi pour assurer leur sécurité de l’emploi, leur intégration sociale et de meilleures possibilités dans la vie; il convient d’investir dans la mise à niveau permanente et la requalification des travailleurs, la promotion d’une éducation, d’une formation et d’un développement professionnel de qualité tout au long de la vie active. Il est nécessaire de développer une «nouvelle stratégie en matière de compétences pour l’Europe» plus ambitieuse, qui propose une révision du cadre européen pour des compétences clés, afin de garantir que les personnes acquièrent les connaissances et les compétences dont l’industrie a besoin, l’objectif étant de renforcer la résilience de l’économie européenne et de promouvoir le développement durable (objectif 4 des objectifs de développement durable des Nations unies).

6.2.

Amélioration des mécanismes de transfert de connaissances entre l’université et les centres de recherche, d’une part, et les secteurs industriels et leurs employés, d’autre part.

6.3.

Bien souvent, les PME sont les pionnières dans le développement de biens et de services innovants de haut niveau. Toutefois, il est fréquent qu’elles n’aient pas les moyens de commercialiser ces innovations à plus grande échelle. En conformité avec la politique industrielle de l’Union européenne à l’horizon 2030, il est nécessaire de disposer d’un large éventail d’incitations et de bénéfices éventuels qui exploitent la force du réseau public paneuropéen fondé sur la récompense, orienté particulièrement vers les PME, mais incluant aussi les professions libérales en tant qu’avant-garde pour la fourniture et l’exportation de services innovants fondés sur des connaissances de haut niveau:

—

des marchés publics stratégiques, qui constituent un levier important de la politique industrielle. Il conviendrait d’exploiter pleinement leur potentiel en intégrant dans les appels d’offres publics des critères liés à l’innovation, au respect de l’environnement et à la dimension sociale, au lieu de simplement rechercher le prix le plus bas. L’Union européenne devrait soutenir les autorités dans ce domaine en fournissant des orientations, en mettant en place un service d’assistance, en soutenant la planification de grands projets d’infrastructures, et en améliorant l’échange de bonnes pratiques;

—

un soutien à l’internationalisation;

—

un «bac à sable» (sandbox) pour une expérimentation plurilatérale, venant à l’appui de la validation préalable des solutions innovantes;

—

la création de regroupements (sectoriels, horizontaux et verticaux) et de pépinières d’entreprises, renforçant les liens entre les acteurs industriels dans le but de partager et d’échanger des ressources;

—

un mentorat spécialisé à haute valeur ajoutée, des réunions régulières entre les jeunes entreprises et les entreprises bien établies du secteur concerné, dans le but de coopérer pour développer des plans et initiatives;

—

des avantages fiscaux et des garanties publiques pour soutenir les investissements;

—

etc.

6.4.

Stimuler la connaissance et la consolidation des nouveaux modèles économiques durables (9) sur l’innovation sociale (nouvelles méthodes, centrées sur les personnes, pour répondre aux besoins de la société) à la suite de l’application de nouvelles méthodes.

6.5.

Il convient d’accorder une attention particulière aux régions les moins développées et à celles en transition industrielle. Les agences de développement local et l’éventail des outils dont elles disposent doivent constituer un moteur pour la création de «microclimats» ou d’«écosystèmes» qui rassemblent et catalysent les synergies croissantes entre l’industrie manufacturière et les services, en commençant par les besoins des personnes et des différentes zones.

6.6.

Le rôle du commerce international est essentiel pour répondre aux défis d’une industrie durable. Révision et amélioration des traités et accords de libre-échange préférentiels (depuis le GATT jusqu’au PTCI), en introduisant un degré de conditionnalité qui soit lié aux engagements en matière de durabilité. Fixer des lignes rouges: gouvernance juridique et budgétaire, résolution des disparités off-shore, seuils minimaux sociaux et environnementaux. Il convient de garantir la réciprocité dans les relations commerciales (par exemple investissements, marchés publics, subventions).

6.7.

Création d’un programme sectoriel pour la gestion équilibrée de la transition vers une économie circulaire à faibles émissions de carbone: fixation d’objectifs par secteur et aire géographique, introduction de feuilles de route conformes aux conditions réelles, à l’impact du coût énergétique et aux autres facteurs de production.

6.8.

Moderniser l’industrie pour la préparer à l’ère numérique permettra de faire de l’industrie européenne un système de production à forte intensité d’informations et de connaissances. Aussi le CESE souhaite-t-il mettre l’accent sur les priorités suivantes:

—

promouvoir pleinement le recours aux technologies de l’information pour relever les défis sociétaux;

—

développer une infrastructure numérique à «haute performance» dans toute l’Union européenne;

—

remédier aux grandes disparités qui existent sur le plan de la numérisation entre les régions et entre les grandes et les petites entreprises;

—

accélérer la mise au point de normes dans le domaine des TIC;

—

se préoccuper de la dimension sociale du passage au numérique, à savoir son impact sur la qualité et la quantité d’emplois, en réglementant l’économie du partage de sorte à prévenir la concurrence déloyale;

—

accroître l’intelligence numérique à tous les niveaux professionnels; promouvoir les compétences numériques à tous les niveaux de l’éducation (depuis l’école primaire jusqu’à la formation continue);

—

définir de nouvelles règles en matière de taxation de l’économie numérique;

—

améliorer la cybersécurité.

6.9.

Disposer d’une énergie sûre, en quantité suffisante et durable est une priorité essentielle pour l’industrie et la société. L’énergie d’origine renouvelable doit être disponible à un prix compétitif. Cela nécessitera également d’énormes investissements dans les réseaux intelligents et l’interconnectivité, ainsi que dans les technologies de pointe en matière de stockage de l’énergie. Par ailleurs, l’utilisation intelligente du carbone permettra de réutiliser le dioxyde de carbone et l’hydrogène — qui sont actuellement destinés à l’incinération — pour produire de l’énergie, afin de produire des carburants et des produits chimiques synthétiques. L’utilisation de ces produits pourrait considérablement accélérer la réduction globale des émissions de CO2 dans le secteur combiné acier/produits chimiques/transports. Il conviendrait donc de promouvoir ces carburants ou matières synthétiques dans la directive sur les énergies renouvelables.

6.10.

Le CESE tient à souligner l’importance des plans d’action pour les secteurs et les chaînes de valeur dotés d’un potentiel de croissance élevé, pour la mise à niveau structurelle des industries traditionnelles, et pour soutenir la décarbonisation dans les industries à forte intensité énergétique.

6.11.

La politique industrielle devrait porter une attention particulière au secteur des transports qui est en passe de connaître un changement complet de paradigme, avec l’émergence simultanée de plusieurs ruptures technologiques: l’électrification, la numérisation de la production, les véhicules connectés et automatisés, l’intégration des transports privés et collectifs.

Bruxelles, le 17 octobre 2018.

Le président du Comité économique et social européen

Luca JAHIER


(1) Le Plan pour la coopération sectorielle dans le domaine des compétences est actuellement en cours d’application.

(2) COM(2018) 97 final.

(3) ftp://ftp.unibocconi.it/pub/RePEc/bcu/papers/iefewp69.pdf

(4) Résolution du Parlement européen du 4 octobre 2018 sur la contribution de l’Union européenne à l’élaboration d’un instrument contraignant des Nations unies pour réglementer les activités des sociétés transnationales et autres entreprises à caractéristiques transnationales au regard des droits de l’homme [2018/2763(RSP)], http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=TA&reference=P8-TA-2018-0382&format=XML&language=fr

(5) Le suffixe -lytique étant la forme d’adjectif correspondant à -lyse (comme dans électrolyse), au sens de «dissoudre», «distribuer». Il faut comprendre ici «distribution des informations».

(6) D. Acemoglu et P. Restrepo (2017), Robots and jobs: evidence from US labour markets (Robots et emplois: constatations sur la base des marchés du travail aux États-Unis), NBER Working Paper No 23285. M. Arntz, T. Gregory et U. Zierahn (2016), The risk of automation for jobs in OECD countries: a comparative analysis (Le risque que présente l’automatisation pour les emplois dans les pays de l’OCDE. Analyse comparative), OCDE, Social, Employment and Migration Working Papers No 189.

(7) Voir avis SC/047 (JO C 81 du 2.3.2018, p. 44).

(8) Comme indiqué dans l’avis du CESE SC/047 (JO C 81 du 2.3.2018, p. 44).

(9) Voir l’avis exploratoire SC/048 du CESE (JO C 81 du 2.3.2018, p. 57).


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