| CELEX | 52018AE2159 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 19 septembre 2018 |
| 6.12.2018 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 440/150 |
Avis du Comité économique et social européen sur la «Recommandation du Conseil sur le renforcement de la coopération contre les maladies à prévention vaccinale»
[COM(2018) 244 final — SWD(2018) 149 final]
(2018/C 440/25)
| Rapporteure: | Renate HEINISCH |
| Consultation | Commission européenne, 17.4.2018 |
| Base juridique | Article 29 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Décision de l’assemblée plénière | 17.4.2018 |
| Compétence | Section spécialisée «Emploi, affaires sociales et citoyenneté» |
| Adoption en section spécialisée | 19.7.2018 |
| Adoption en session plénière | 19.9.2018 |
| Session plénière no | 537 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 136/1/3 |
1. Conclusions et recommandations
1.1. Au niveau européen
| 1.1.1. | Une coopération entre les États membres en matière de vaccins suppose la prise en considération du rôle des vaccins tout au long de la vie d’une personne et devrait porter explicitement sur la vaccination des enfants, des adolescents, des adultes et des personnes âgées au-delà des frontières. Les données du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies indiquent que des maladies telles que la rougeole, qui étaient principalement des maladies infantiles, touchent aujourd’hui les adolescents et les jeunes adultes à la suite du déclin de l’immunité. Ce phénomène, associé à celui des flux migratoires transfrontières et de la disponibilité de nouveaux vaccins qui ciblent des groupes d’âge particuliers (par exemple: les vaccins contre le virus du papillome humain ou VPH — en anglais HPV, les infections à méningocoques, le zona), nécessite d’appréhender la vaccination sous l’angle du cycle de la vie. |
| 1.1.2. | La réticence des parents à la vaccination représente l’un des plus grands dangers pour le bien-être des enfants d’aujourd’hui: les résultats de preuves scientifiques établies de longue date sont remis en cause dans le but de faire campagne contre la vaccination. Il faut lutter contre cette tendance plus large à jeter la suspicion sur les experts et sur le consensus scientifique au moyen d’une communication fondée sur des preuves, d’une transparence accrue et de campagnes de sensibilisation si l’on veut éviter les épidémies de rougeole qui sévissent aux États-Unis et les récents cas de diphtérie mortelle. L’un des instruments que la Commission devrait utiliser pour sensibiliser le public sur les bénéfices de la vaccination est la participation des citoyens dans les programmes de recherche et d’innovation tels que «La science avec et pour la société». |
| 1.1.3. | Le Comité économique et social européen (CESE) invite la Commission à faire mieux connaître le rôle que jouent les vaccins dans la protection des personnes contre les maladies invalidantes en participant à la Journée européenne de la vaccination. Un tel forum devrait utiliser une communication adaptée pour informer les européens, en particulier les parents, les enfants, les professionnels de la santé, les migrants, les groupes minoritaires et autres groupes de population qui présentent un risque accru de souffrir des suites graves de maladies à prévention vaccinale. Tous les canaux de communication, y compris les médias classiques et les médias sociaux, devraient être utilisés pour fournir des informations accessibles et fondées sur des données scientifiques aux citoyens et aux organisations. Une approche éducative intergénérationnelle dans la communication en matière de vaccination permettrait également de promouvoir la vaccination par-delà les générations et de lutter contre la suspicion. |
| 1.1.4. | À une époque où l’information et la communication se font de plus en plus sous forme numérique, et où les nouvelles technologies offrent de multiples possibilités d’améliorer l’accès aux vaccins et la prise de vaccins, l’Union doit s’employer à augmenter les connaissances des européens en matière de vaccins pour lutter contre les réticences. La maîtrise des outils numériques dans le domaine de la santé doit donc être améliorée pour que les informations numériques sur les vaccins soient accessibles et puissent être traitées correctement. |
| 1.1.5. | Il faut toujours garder à l’esprit que la santé humaine et la santé animale sont indissociablement liées. L’Autorité européenne de sécurité des aliments estime que 75 % (1) des maladies infectieuses qui touchent les êtres humains trouvent leur origine chez les animaux. La menace sans cesse croissante de la résistance aux antimicrobiens (RAM) constitue également un lien entre la santé humaine et la santé animale. Dans ce contexte, les vaccins ne contribuent pas seulement à la prévention des maladies, mais aussi à la lutte contre la résistance aux antimicrobiens en réduisant le recours inutile à ces substances. Cette valeur sociétale ne se reflète cependant pas dans les mécanismes de soutien de l’Union européenne et il n’existe pas d’incitation commerciale encourageant les éleveurs à utiliser des vaccins plutôt que des produits moins chers qui renforcent la résistance aux antimicrobiens. Le CESE recommande, dans le cadre de la révision de la PAC à venir, de prévoir l’octroi de subventions aux exploitations qui prouvent qu’elles atteignent le taux élevé de couverture vaccinale nécessaire pour atténuer les menaces économiques et sanitaires que représente la résistance aux antimicrobiens. |
1.2. Au niveau national
| 1.2.1. | Nous devons faire en sorte que les maladies à prévention vaccinale de notre passé lointain ou qui peuvent être évitées grâce à de nouvelles générations de vaccins ne réapparaissent plus jamais à l’avenir. Les professionnels de la santé, y compris les pharmaciens, les infirmières, les médecins, ainsi que les services médicaux dans les écoles et sur les lieux de travail, sont des acteurs fondamentaux dans la lutte contre la réticence à la vaccination dans la mesure où ils jouent un rôle essentiel dans l’apport de conseils aux patients et leur orientation. Le CESE appelle les États membres à investir dans la formation permanente de manière à permettre aux professionnels de la santé, et en particulier aux pharmaciens, de devenir des ambassadeurs de la vaccination et de former un rempart contre les terribles conséquences du mouvement anti-vaccination sur la santé publique. La vaccination devrait aussi être réalisée par des médecins afin de veiller à ce que d’éventuelles réactions aiguës ou des chocs anaphylactiques soient pris en charge de manière sûre. |
| 1.2.2. | Les professionnels de la santé présentent également un risque d’exposition à de nombreuses maladies. En tant qu’organe consultatif représentant les employeurs, les travailleurs et d’autres groupes d’intérêt, le CESE invite les États membres à assurer une application complète et effective de la directive 2000/54/CE qui prévoit que s’il existe un risque pour la santé et la sécurité des travailleurs lié à l’exposition à des agents biologiques contre lesquels il existe des vaccins efficaces, leurs employeurs doivent mettre ces vaccins à leur disposition. |
| 1.2.3. | Au-delà des professionnels de la santé, les États membres doivent intensifier les efforts qu’ils déploient pour toucher les groupes de population qui présentent un risque accru de souffrir des suites graves de maladies à prévention vaccinale spécifiques tels que les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées, les groupes minoritaires et les personnes qui se trouvent dans des conditions sanitaires particulières ou qui sont exposées à des maladies sexuellement transmissibles telles que le papillomavirus humain (HPV) ou les hépatites A et B. La combinaison des examens de routine, comme les visites médicales à l’école ou sur le lieu de travail, et des programmes de vaccination pourrait contribuer à la lutte contre les taux insuffisants de couverture vaccinale. |
| 1.2.4. | L’Europe fait actuellement face à une situation historique et difficile étant donné que la pyramide des âges de la population européenne a commencé à s’inverser. Les mesures préventives telles que la vaccination des adultes devraient être considérées comme un outil permettant de relever ce défi tout en contribuant à la réalisation de l’objectif européen de vieillissement actif et en bonne santé. |
| 1.2.5. | Le CESE constate avec inquiétude que seul un État membre a réalisé l’objectif fixé par le Conseil, consistant à vacciner, à l’horizon 2009, 75 % des personnes âgées contre la grippe. Étant donné que la grippe chez les personnes âgées est, au mieux, invalidante et, au pire, mortelle, les États membres devraient veiller à redoubler d’efforts pour atteindre cet objectif. |
| 1.2.6. | Les difficultés auxquelles les États membres sont actuellement confrontés vont de la réticence à la vaccination aux changements démographiques liés au vieillissement de la population et à l’augmentation de la circulation des personnes, des phénomènes qui ont une incidence sur les risques d’exposition à des agents pathogènes dans l’ensemble de l’Union. Le CESE appelle les États membres à partager les bonnes pratiques et le savoir-faire dont ils disposent en vue de relever ces enjeux. |
2. Observations générales
| 2.1. | Le CESE soutient l’approche en trois volets de la Commission visant à un renforcement de la coopération contre les maladies à prévention vaccinale s’agissant d’une réaction rapide aux menaces sanitaires urgentes auxquelles l’Union européenne est actuellement confrontée, à savoir la réticence à la vaccination, la diminution de la couverture vaccinale, les épidémies sans précédent de maladies à prévention vaccinale, les divergences entre les programmes nationaux de vaccination et les pénuries de vaccins. |
| 2.2. | Le CESE accueille favorablement la proposition visant à augmenter les synergies entre la vaccination et les politiques connexes, dont celles relatives à la préparation aux situations de crise, à la santé en ligne, à l’évaluation des technologies de la santé, à la recherche et développement et à l’industrie pharmaceutique, aux niveaux national, européen et international. Il est indispensable de joindre les efforts pour résoudre les problèmes qui entravent actuellement l’efficacité des programmes de vaccination dans l’ensemble de l’Union. |
| 2.3. | La vaccination, en tant que principal outil de prévention primaire, a permis d’éradiquer en Europe la poliomyélite et d’autres maladies comme la variole, en prévenant l’apparition de la maladie chez les individus tout en interrompant la circulation des virus. En dehors de l’Europe, la mondialisation a entraîné une augmentation des flux transfrontaliers de virus, d’agents pathogènes et de maladies, ainsi que de personnes. Les flux migratoires récents ont accéléré cette tendance. La vaccination contribue de manière significative à la santé mondiale, étant donné que les maladies ne sont pas confinées aux frontières nationales ou régionales. |
| 2.4. | Dans l’Union européenne, les programmes de vaccination relèvent de la compétence des États membres. En conséquence, différentes stratégies d’immunisation coexistent au sein de l’Union européenne, certains États membres ayant mis en œuvre des programmes avancés qui ciblent des maladies spécifiques tout au long du cycle de vie et/ou qui répondent à des spécificités géographiques. Considérant que la propagation de maladies ne connaît pas de frontières, le CESE soutient la proposition de la Commission d’élaborer des lignes directrices pour un calendrier de vaccination européen commun afin de faciliter la compatibilité des calendriers nationaux. |
| 2.5. | Le manque d’harmonisation des calendriers de vaccination au sein de l’Union constitue également une entrave à la liberté de circulation et de séjour qui relève des droits fondamentaux des citoyens de l’Union européenne et des membres de leur famille. En effet, comme exposé dans la communication de la Commission, il peut être difficile pour les personnes, en particulier pour les enfants, d’assurer la poursuite de leur vaccination lorsqu’ils déménagent au-delà des frontières. Une telle harmonisation ne doit cependant pas entraîner une réduction de la gamme des vaccins disponibles. |
| 2.6. | Dans ses conclusions de décembre 2014 (2), le Conseil a reconnu que, bien que la vaccination soit un outil de santé publique performant, les maladies transmissibles qui réapparaissent telles que la tuberculose, la rougeole, la coqueluche et la rubéole, peuvent causer un grand nombre d’infections et de décès, et constituent toujours une menace pour la santé publique. Cette nouvelle évolution rend la coopération des États membres contre les maladies à prévention vaccinale encore plus urgente. |
| 2.7. | À la lumière de ce qui précède, la recommandation du Conseil sur le renforcement de la coopération entre les États membres, l’industrie et les parties prenantes au niveau de l’Union européenne constitue un pas dans la bonne direction. Le CESE soutient pleinement le renforcement des actions dans le domaine de la vaccination. |
3. Observations particulières
| 3.1. | Le CESE soutient l’avis de la Commission selon lequel des outils numériques tels qu’un carnet de vaccination des citoyens de l’Union européenne, pouvant être consulté par des systèmes d’information en matière de vaccination en ligne, et la création d’un portail internet afin de sensibiliser l’opinion aux avantages et à la sécurité des vaccins, pourraient contribuer à atteindre les objectifs décrits dans la communication. À cet égard, il convient que la Commission travaille avec les États membres pour renforcer la maîtrise qu’ont les européens des outils numériques dans le domaine de la santé de manière à en optimiser les avantages. |
| 3.2. | Compte tenu du transfert de maladies traditionnellement infantiles vers des stades ultérieurs de la vie, ainsi que de la disponibilité de nouveaux vaccins permettant de prémunir les adultes et les personnes âgées contre certaines maladies, les États membres sont encouragés à envisager des programmes de vaccination tout au long du cycle de vie, en tenant compte du meilleur rapport coût-efficacité des stratégies de vaccination pour prévenir les maladies en fonction des besoins des différents groupes d’âge (par exemple, les adolescents, les femmes enceintes, les personnes souffrant de maladies chroniques, les groupes minoritaires et les personnes âgées). |
| 3.3. | Comme souligné par M. Juncker dans son discours sur l’état de l’Union de 2017, des enfants meurent toujours de maladies à prévention vaccinale telles que la rougeole. Le risque encouru par les enfants à cause de camarades non vaccinés représente une menace non négligeable. L’admission dans une école pourrait devoir être subordonnée à la preuve de vaccination afin de garantir des taux élevés de couverture vaccinale. Dans ce contexte, les écoles et les éducateurs devraient être mieux informés sur le rôle des vaccins afin de pouvoir communiquer avec les parents et les enfants sur la vaccination. Cet aspect pédagogique est un facteur essentiel, car les écoles jouent un rôle central dans le processus décisionnel des parents. |
| 3.4. | Les cancers à prévention vaccinale risquent de toucher les adolescents d’aujourd’hui et de les faire souffrir de cancers mortels lorsqu’ils vieilliront. Confrontés à une augmentation des cas de cancer, les États membres de l’Union européenne ont inscrit la lutte contre le cancer au rang de leurs principales priorités politiques. L’expérience montre qu’une mise en œuvre appropriée des politiques de vaccination permet d’atteindre une élimination quasi totale des maladies, comme les infections liées au papillomavirus humain (HPV). La vaccination des adolescents contre le HPV devrait être considérée comme un élément majeur des programmes de lutte contre le cancer, car ces types de cancer relèvent d’une catégorie unique de cancers à prévention vaccinale. |
| 3.5. | La vaccination des adultes est parfois la seule solution préventive disponible pour combattre une maladie spécifique, telle que la grippe ou le zona, qu’il s’agisse de l’éradiquer totalement ou d’en réduire la gravité. Dans l’Union européenne, une personne sur quatre souffrira d’un zona au cours de sa vie, alors que près de 40 000 personnes meurent prématurément chaque année à cause d’infections liées à la grippe. Ces chiffres ne peuvent être réduits que grâce à la vaccination. |
| 3.6. | Compte tenu des réticences signalées chez les professionnels de la santé eux-mêmes, ainsi que des cas et des épidémies de maladies à prévention vaccinale dus à la transmission par des membres du personnel de la santé, la mise en œuvre et le respect des programmes de vaccination pour les professionnels de la santé devraient être contrôlés attentivement et renforcés par une formation adéquate, dans l’intérêt de la sécurité des patients ainsi que pour la propre protection des professionnels de la santé, conformément à la directive 2000/54/CE. |
Bruxelles, le 19 septembre 2018.
Le président du Comité économique et social européen
Luca JAHIER
(1) Autorité européenne de sécurité des aliments, «Comment les maladies animales se transmettent-elles aux humains?»
(2) Conclusions du Conseil sur la vaccination, un outil de santé publique performant, 1er décembre 2014.
Avis institutionnel — 52018AB0058
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13/12/2018