| CELEX | 52018AE3068 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 12 décembre 2018 |
| 22.3.2019 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 110/20 |
Avis du Comité économique et social européen sur «La situation des femmes roms»
(avis exploratoire demandé par le Parlement européen)
(2019/C 110/04)
Rapporteur:
Ákos TOPOLÁNSZKY| Consultation | Parlement européen, 30.5.2018 |
| Base juridique | Article 304, premier alinéa, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section spécialisée «Emploi, affaires sociales et citoyenneté» |
| Adoption en section spécialisée | 7.11.2018 |
| Adoption en session plénière | 12.12.2018 |
| Session plénière no | 539 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 196/2/5 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1 | Une grande partie des femmes (et filles) roms est exposée à une discrimination multiple et intersectorielle, ce qui les maintient dans une situation où l’exercice de leurs droits est limité. Les femmes roms forment le groupe minoritaire le plus vulnérable de l’UE. Mettre fin à cette situation constitue pour les démocraties européennes un devoir et une obligation de première importance. |
| 1.2 | Le CESE remercie les nombreuses femmes roms pour leur détermination actuelle ou passée à lutter courageusement contre les structures discriminatoires et la violence institutionnelle au profit du vivre ensemble en toute liberté dans une Europe sans discrimination. |
| 1.3 | Il convient de mettre un terme sans attendre à l’enseignement ségrégué, dont le faible niveau est justement lié à la discrimination qui le caractérise, tout en veillant à ce que les jeunes filles roms aient également accès à tous les éléments d’un enseignement public de qualité. Les modalités relatives aux écoles spécialisées et aux procédures d’orientation devraient faire l’objet d’un réexamen rigoureux dans les meilleurs délais. |
| 1.4 | Le CESE attend des États membres qu’ils accordent la priorité à la suppression des pratiques de santé violant les normes de service répondant aux exigences déontologiques raisonnables et la législation s’y rapportant, et qu’ils érigent en infractions pénales les pratiques illégales telles que la stérilisation forcée, le refus de soins de santé fondé sur l’appartenance ethnique ou encore les prestations de services de moindre qualité. |
| 1.5 | Il convient que les États membres suppriment immédiatement les formes et modalités d’emploi discriminatoires et mettent dans le même temps en œuvre des politiques élaborées augmentant les chances des femmes roms de trouver un emploi. |
| 1.6 | Il importe de définir, d’adopter et de faire respecter comme un droit fondamental, le cas échéant en la consacrant dans la constitution des États membres, une norme minimale acceptable pour le logement et les services publics. |
| 1.7 | Il convient d’agir avec fermeté et sans discrimination contre toutes les formes de traite des êtres humains et de crimes de haine dont sont victimes les Roms et, plus précisément, les femmes de cette communauté. |
| 1.8 | Les femmes roms ont très peu de possibilités de développer et d’évaluer les politiques susceptibles d’influencer leur propre destin. Leur participation à de tels programmes devrait être garantie dans une proportion adéquate. |
| 1.9 | Contrairement à ce qui se fait actuellement dans la plupart des États membres, il y a lieu d’accorder une attention particulière aux préoccupations et aux intérêts des femmes roms dans les stratégies européennes et nationales de rattrapage de l’après-2020. |
2. La situation des femmes roms dans l’Union européenne
| 2.1 | Une grande partie des femmes (et filles) roms est exposée à une discrimination multiple et intersectorielle, ce qui les maintient dans une situation où l’exercice de leurs droits est limité. Les femmes roms forment le groupe minoritaire le plus vulnérable de l’UE. Cette situation est à considérer comme une atteinte systémique à la démocratie, à l’état de droit et aux droits fondamentaux, affaiblissant profondément l’idée européenne fondée sur les valeurs énoncées à l’article 2 du traité sur l’Union européenne (1) ainsi que dans la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (2). Peu de progrès ont été accomplis dans ce domaine au cours des dernières années. |
| 2.2 | En dépit de l’indisponibilité de données ventilées en fonction de l’appartenance ethnique et du sexe dans la plupart des États membres, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) donne une image précise de la situation défavorable dans laquelle se trouvent les femmes roms (principalement dans le cadre de l’enquête EU-MIDIS II (3)). Il apparaît que, dans tous les secteurs de la société, les femmes roms sont défavorisées non seulement par rapport à la population générale, mais également par rapport aux hommes de leur propre communauté. |
| 2.3 | Le CESE a la conviction que la force de l’idée européenne mentionnée précédemment est proportionnelle à la mesure dans laquelle les plus faibles parmi les citoyens de l’UE peuvent en bénéficier. C’est la raison pour laquelle adopter les mesures nécessaires pour améliorer la situation des femmes et des filles roms et promouvoir leur autonomisation n’est pas seulement une obligation pour les institutions et les États membres de l’UE, mais constitue aussi un test pour la qualité de leur organisation démocratique et la maturité de leur état de droit. |
3. Observations générales
| 3.1 | L’article 2 du traité sur l’Union européenne cite entre autres, parmi les principales valeurs qui sous-tendent l’idée européenne, l’égalité et le respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. L’on ne peut parler d’application effective de ces droits que si des changements concrets sont garantis aussi au bénéfice des groupes sociaux les plus marginalisés et discriminés, la discrimination, la ségrégation et l’antitsiganisme constituant autant de refus manifestes de ces valeurs. |
| 3.2 | L’autonomisation économique des femmes roms, de même que l’application des droits de l’homme et des libertés fondamentales dont il est fondé qu’elles bénéficient sur le plan politique, économique, social, culturel et civil et qui doivent être garantis constitutionnellement, passent par l’égalité des droits entre les hommes et les femmes roms. |
| 3.3 | Dans ce contexte, le CESE, dans le droit fil de ses avis antérieurs (4), approuve les objectifs de la stratégie-cadre de l’UE, tout en attirant plus particulièrement l’attention sur la nécessité d’une mise en œuvre cohérente ainsi que sur l’insuffisance des progrès réalisés. |
| 3.4 | Il relève également que l’antitsiganisme peut être observé à presque tous les niveaux d’activité des États membres, dans les administrations comme dans les institutions, ce qui prive les Roms d’un accès équitable aux services publics, et les empêche de faire valoir l’égalité de leurs droits et l’obligation d’égalité de traitement à leur égard, de prendre à la prise de décision politique sur des questions qui les concernent une part correspondant à leur proportion dans la population totale, et de se protéger contre les conséquences des discriminations. Tout cela est d’autant plus vrai pour les femmes roms. |
| 3.5 | Afin de dresser l’inventaire des violations systématiques des droits des femmes roms, le Comité réclame la préparation de «livres blancs», avec le concours des organisations indépendantes et crédibles de la communauté rom, en les consultant et en les reconnaissant officiellement, de manière à jeter les bases d’une réconciliation historique. |
| 3.6 | Le CESE remercie les nombreuses femmes roms pour leur détermination actuelle ou passée à lutter courageusement contre les structures discriminatoires et la violence institutionnelle au profit du vivre ensemble en toute liberté dans une Europe sans discrimination. |
4. Domaines spécifiques de politique publique (5)
4.1 Éducation
| 4.1.1 | L’enseignement ségrégué est toujours illicite et conduit nécessairement à une issue défavorable. Les conséquences négatives de la ségrégation scolaire pèsent de manière accentuée sur les jeunes filles roms et leur ferment les possibilités de mobilité sociale. Il convient dès lors d’utiliser l’ensemble des moyens légaux et aides ciblées de politique publique, et de garantir les dépenses additionnelles nécessaires pour remédier, conformément aux attentes de l’UE, au faible niveau de l’enseignement ségrégué, qui est dû à la discrimination, tout en veillant à ce que les jeunes filles roms aient également accès à tous les éléments d’un enseignement public de qualité. Les gouvernements doivent veiller à ce que les ressources humaines, les formations et les programmes pédagogiques appropriés soient disponibles. |
| 4.1.2 | La pose d’un diagnostic non fondé de retard mental et la ségrégation scolaire dont peuvent être victimes les enfants roms doivent être considérées comme l’une des plus graves atteintes portées à leurs droits, ruinant leur avenir, ces évaluations devraient être vérifiées régulièrement par des instituts spécialisés indépendants. Il y a lieu de veiller à ce que la procédure de vérification puisse être lancée sans entrave à la demande de toute partie concernée, en premier lieu un parent ou un tuteur, ou aussi l’école. |
| 4.1.3 | En cas de suspicion d’erreurs de jugement récurrents, et notamment systématiques, ayant pour but ou pour résultat une ségrégation, il y a lieu de veiller à ce que les États membres soient tenus de mener dans les meilleurs délais une enquête approfondie sur les causes, d’en publier les conclusions, d’évaluer celles-ci dans le cadre des mécanismes nationaux de lutte contre la ségrégation et de prendre les mesures législatives et d’application du droit appropriées qui s’imposent. |
| 4.1.4 | En attendant, il y a lieu de veiller au rapprochement du niveau pédagogique des classes spécialisées de celui de l’enseignement général, de manière à ce qu’elles ne soient pas uniquement des «mouroirs» pédagogiques. |
| 4.1.5 | Le CESE préconise une limitation, un gel, ou, dans le cas de problèmes systématiques, le retrait pur et simple des fonds européens pour les pays où la ségrégation scolaire ne diminue pas, voire augmente. Le Comité espère que dans de telles situations, les mécanismes de protection juridique de l’Union européenne (article 7 et mécanisme de sauvegarde de l’état de droit) seront mis en œuvre rapidement et efficacement. |
| 4.1.6 | Il y a lieu de mettre en place à l’intention des femmes roms, pour augmenter leurs chances en matière d’enseignement et diminuer le risque de décrochage scolaire, un ensemble de programmes de formation et de formation continue de la seconde chance, afin qu’elles puissent accéder à autre chose que des emplois subventionnés par les pouvoirs publics ou des emplois de seconde zone, partiellement déclarés ou atypiques, qui les privent de leurs possibilités de mobilité sociale. |
4.2 Santé
| 4.2.1 | Les femmes roms, qui vivent souvent dans des zones ghettoïsées ou difficiles d’accès, se heurtent souvent à des situations de rejet, de dénigrement, voire de violence physiques et psychologiques dans le cadre de la prestation de soins de santé. En matière de santé génésique, elles n’ont généralement qu’un accès très limité à leurs droits. Le CESE demande instamment aux États membres de créer et d’exploiter des unités mobiles dotées des équipements et des capacités adéquates à l’intention des populations vivant en situation de ségrégation. Il réclame également une révision du fonctionnement des services liés à la maternité et à la grossesse ainsi que la mise en œuvre des améliorations nécessaires. |
| 4.2.2 | Le CESE attend des États membres qu’ils accordent la priorité à la suppression des pratiques de santé violant les normes déontologiques raisonnables et la législation qui s’y rapporte, et que le cas échéant, ils engagent systématiquement des poursuites. Il convient de garantir des voies de recours gratuites et facilement accessibles pour faire valoir les droits en matière de santé, ainsi que des prestations spéciales reflétant les besoins réels des personnes concernées, telles que la mise en place de points d’information sur la santé, la formation et le déploiement de médiateurs de santé ou la mise en œuvre d’initiatives de santé publique englobant les populations ghettoïsées. |
| 4.2.3 | Il est urgent que les gouvernements s’engagent clairement et publiquement en faveur du principe de l’égalité d’accès aux soins de santé et de sa mise en œuvre concrète, ainsi qu’à lutter contre les pratiques allant à l’encontre de celui-ci, et qu’ils mettent en place des programmes de sensibilisation à l’intention de toutes les personnes concernées. Il importe de déployer les moyens législatifs nécessaires pour s’assurer que les femmes et les enfants roms ne disposant pas d’une assurance de santé de base soient couverts. |
4.3 Stérilisation forcée
| 4.3.1 | Dans nombre de pays où des violations systématiques des droits génésiques des femmes ont été commises dans le passé, et où la stérilisation forcée et contrainte a été massivement mise en œuvre et utilisée comme un instrument politique d’État, le niveau politique n’a même pas présenté d’excuses ni assumé de responsabilité. Là où cela a été fait, il n’y a pas eu de réparation juridique ou financière. Le Comité propose que le législateur européen mette tout en œuvre pour que, dans le cadre de l’harmonisation de la législation pénale européenne, les États membres prolongent de manière significative, voire suppriment totalement, le délai de prescription pour ce type d’infractions pénales — dont le contenu est assimilable à celui des crimes contre l’humanité — et adoptent une législation spécifique afin que les victimes puissent obtenir une réparation effective et une compensation financière. |
| 4.3.2 | Il y a lieu de faire, de bonne foi, toute la lumière sur cette situation et d’assurer une totale transparence, afin de susciter la réconciliation et de rendre impossible toute infraction future de la part des pouvoirs publics. Par conséquent, le CESE recommande que, dans les États membres concernés, des comités d’historiens indépendants, en collaboration avec les victimes et leurs représentants, se penchent sur les infractions commises dans le passé en la matière, et publient les résultats dans le cadre d’un processus de réconciliation sociétale, à l’instar de ce qui a été fait en Suède avec le «livre blanc». |
4.4 Emploi
| 4.4.1 | Sur le marché du travail, les femmes roms connaissent une situation encore bien pire que celle des hommes de leur communauté; tous les indicateurs liés à l’emploi qui les concernent sont à un niveau dramatiquement bas. |
| 4.4.2 | Le CESE appelle les États membres à prendre les mesures ciblées et globales qui s’imposent pour favoriser l’autonomisation économique des femmes roms et les doter des compétences nécessaires à cette fin. La promotion des entreprises de l’économie sociale, la mise en place de programmes de micro-crédit et l’accès libre et sans discrimination aux allocations liées au marché du travail revêtent une importance particulière dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. |
| 4.4.3 | Les entrepreneurs ont pris de l’importance en tant que créateurs d’emplois et acteurs clés du bien-être des communautés locales et régionales. Cet aspect est particulièrement pertinent pour les communautés roms. Il y a lieu de prendre, dans le cadre des politiques relatives aux besoins des femmes roms entrepreneures et des PME, des mesures spécifiques non seulement en faveur de l’autonomisation des femmes roms, mais aussi afin de soutenir leurs initiatives concernant des projets communautaires et la création d’entreprises. Cette politique spécifique, conçue spécialement pour soutenir les femmes roms faisant à l’heure actuelle totalement défaut dans la plupart des États membres, le CESE appelle de ses vœux un engagement à exploiter les possibilités qu’elle pourrait offrir. |
| 4.4.4 | Le Comité invite les pouvoirs publics à tous les niveaux de la société à organiser des formations au marché du travail, à créer de l’emploi, ainsi que des formes d’emploi subventionné en quantité suffisante. Il importe qu’ils prévoient des indemnités de déplacement et des aides à la formation continue et au perfectionnement professionnel, et soutiennent au moyen d’outils de politiques publiques ciblés la possibilité pour les femmes roms en situation de vulnérabilité de concilier vie professionnelle et vie familiale. |
| 4.4.5 | Les États membres doivent mettre tout en œuvre pour sortir les femmes roms de leur position vulnérable sur le marché de l’emploi et éradiquer les formes de travail (quasi) forcé, au gris ou illégal dont elles sont victimes. |
| 4.4.6 | À cette fin et compte tenu de l’importance de l’intégration de ces femmes sur le marché du travail, il importe de mettre en place des programmes de la deuxième chance en matière d’emploi et de prévoir à leur intention l’assistance de médiateurs ainsi que des indemnités de déplacement et des aides à la formation. En outre, il y a lieu de mettre tout en œuvre afin d’éradiquer la discrimination sur le lieu de travail et de sensibiliser les chefs d’entreprise. |
4.5 Logement, services publics
| 4.5.1 | Dans les situations de ségrégation, ce sont les femmes et les enfants qui souffrent le plus des conséquences désastreuses de la ségrégation sur la vie quotidienne. Le CESE insiste dès lors sur la nécessité de créer également sur ces territoires une norme minimale acceptable pour le logement, les services publics et les infrastructures, laquelle devrait être appliquée en tant que droit fondamental, et de préférence ancrée dans les constitutions des États membres. |
| 4.5.2 | Le CESE propose que la satisfaction de ces besoins (grâce, par exemple, à la fourniture d’eau potable, l’électricité, l’assainissement ou le traitement des eaux usées, l’asphaltage des routes, l’enlèvement des déchets, l’accessibilité des services publics, etc.) soit une condition préalable à la poursuite des investissements dans le développement urbain ainsi qu’à l’obtention et à l’utilisation des subventions. |
| 4.5.3 | Il convient de mettre un terme aux procédures d’expulsion injustifiées et illégales, et de veiller à ce que les femmes roms qui en sont victimes puissent bénéficier d’une protection juridictionnelle spécifique, disponible et accessible. Les femmes traumatisées par ces expulsions forcées doivent pouvoir être indemnisées. |
4.6 Suppression des structures de la violence
| 4.6.1 | Les femmes et les filles roms sont particulièrement vulnérables dans les situations de discrimination et de ségrégation, et deviennent facilement les victimes d’infractions et d’actes de violence. Elles sont touchées de manière disproportionnée par toutes les formes connues d’exploitation et de traite des êtres humains. |
| 4.6.2 | Le Comité convient que toutes les formes de traite des êtres humains et la violence à l’égard des femmes roms constituent des violations flagrantes des droits fondamentaux de l’homme expressément interdites par la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, et que les États membres devraient agir sur cette base (6). Il s’agit d’infractions pénales graves, qui répondent à une demande et s’avèrent, sous des formes très diverses, excessivement rentables pour la criminalité transnationale organisée, et auxquelles les femmes et les enfants roms sont exposés de manière disproportionnée. |
| 4.6.3 | Le CESE espère que les États membres incorporeront sans attendre dans leur droit pénal national l’incrimination pour ces nouvelles formes d’infractions en constante évolution, et qu’ils prendront contre elles des mesures judiciaires coordonnées et ciblées et interrompront, voire supprimeront dans la mesure du possible, les canaux de profits obtenus sous la contrainte. Il y a lieu de se pencher sur le contexte socioéconomique plus large dans lequel ces infractions sont commises, de cerner les situations de misère, de discrimination et de vulnérabilité, et de mettre en place de manière cohérente les outils (stratégiques, législatifs, financiers, éducatifs, de recherche et autres) de politique sociale qui permettront d’y remédier. |
| 4.6.4 | La violence que subissent les femmes roms peut émaner tant de la société en général que de leur propre communauté. En tout état de cause, il importe d’agir avec détermination contre toutes lesformes ponctuelles et organisées de violence dans le cadre d’une approche centrée sur la victime, sexospécifique, qui tienne compte de la vulnérabilité particulière des femmes et des enfants et de la protection spéciale dont ils doivent bénéficier, et soit axée sur les droits de l’homme. |
| 4.6.5 | Le Comité se réjouit qu’avec la signature de la Commission européenne, l’UE soit devenue partie contractante à la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, généralement connue sous le nom de Convention d’Istanbul. Il demande instamment à tous les États membres de l’UE de la ratifier et de commencer à la mettre en œuvre, sans réserve et avec détermination, en prenant en compte l’exposition toute particulière des femmes roms dans ce domaine. |
| 4.6.6 | Les femmes et les filles roms sont par ailleurs, de manière tout autant disproportionnée, les cibles et les victimes de crimes de haine et notamment de discours haineux. Il convient d’adopter des mesures visant à faciliter l’accès à la justice des personnes concernées et de mettre en place, avec l’aide des organisations de la société civile, les outils qui permettront de conscientiser à la détection de ce type d’infractions pénales. |
| 4.6.7 | Le CESE soutient l’élargissement géographique et la mise en œuvre de JUSTROM, le programme conjoint du Conseil de l’Europe et de la Commission européenne, afin de garantir l’accès des femmes roms à la justice. |
| 4.6.8 | Le Comité attire l’attention sur le fait que toutes les formes institutionnelles d’antitsiganisme et de ségrégation peuvent également être considérées comme une forme d’infraction violente. Il souligne l’importance d’assurer une protection contre ce type d’infractions dans les services institutionnels financés par l’État (instituts de protection de l’enfance, services sociaux et de soins de santé) ainsi que dans les structures étatiques de maintien de l’ordre et associées (services de police, justice pénale et établissements pénitentiaires), autant de contextes où la vulnérabilité des femmes roms est particulièrement significative. Le Comité attire l’attention sur l’importance de garantir un accès aisé et gratuit à la protection juridique dans ces cas. |
| 4.6.9 | Le droit national et international doivent assimiler la notion de mariage précoce forcé à une forme de traite des êtres humains et agir en conséquence. L’ensemble des outils et programmes de prévention et de protection prévus dans le cadre de la lutte contre la traite des êtres humains doivent être mis à la disposition des victimes de mariages forcés d’enfants. |
4.7 Inclusion et participation
| 4.7.1 | Les femmes roms ont très peu de possibilités de développer et d’évaluer les politiques susceptibles d’influencer leur propre destin. Le CESE souligne par conséquent que, sur la base du principe du «rien sur nous sans nous», il est absolument indispensable d’associer, à une échelle appropriée, les femmes roms à la conception, la planification, la mise en œuvre et l’évaluation de tout programme les concernant ou concernant leurs communautés. Le CESE propose que la participation des femmes roms actives corresponde au moins à une majorité pour les programmes visant spécifiquement les femmes roms, et au moins à 30 % pour les programmes destinés aux communautés roms. Un système d’évaluation permettant de mesurer ces ratios de manière fiable devrait être mis en place. |
| 4.7.2 | Le CESE propose que ces taux de participation soient mis en œuvre de manière vérifiable au sein des organismes responsables des politiques d’inclusion nationales et régionales (conseils de coordination nationaux, régionaux et départementaux, commissions de lutte contre la ségrégation, etc.). |
| 4.7.3 | Il invite les gouvernements et les autorités à engager un véritable dialogue politique de fond avec les représentants des femmes roms à tous les niveaux d’organisation sociétale et à mettre en place les structures institutionnelles d’un tel dialogue. À cette fin, le Comité recommande de créer des institutions juridiques spécifiques, par exemple des comités féminins dans le cadre des plateformes nationales pour les Roms, au sein desquels les femmes roms pourraient assurer leur représentation de manière ciblée, ou la mise en place d’un médiateur indépendant pour les femmes roms. |
| 4.7.4 | Le Comité fait observer que le point de vue des femmes roms fait souvent défaut, ou n’est que peu représenté, tant dans la stratégie-cadre européenne actuelle que dans les stratégies nationales d’intégration des Roms. Il y a lieu d’accorder beaucoup plus d’attention à l’avis des représentants des femmes roms, dans le cadre non seulement des processus pour l’après-2020, mais aussi de l’élaboration des futures stratégies d’inclusion sociale. |
Bruxelles, le 12 décembre 2018.
Le président du Comité économique et social européen
Luca JAHIER
(1) https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A12012M%2FTXT
(2) https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:12012P/TXT&from=fr
(3) En anglais uniquement: http://fra.europa.eu/en/project/2015/eu-midis-ii-european-union-minorities-and-discrimination-survey/publications
(4) JO C 248 du 25.8.2011, p. 16, JO C 67 du 6.3.2014, p. 110, JO C 11 du 15.1.2013, p. 21.
(5) Parmi les nombreuses propositions formulées à ce jour par la communauté rom, les organisations de la société civile œuvrant en faveur des droits des Roms, les milieux scientifiques, les organismes internationaux et le CESE, le présent avis ne fera ici mention que de celles qui revêtent une pertinence particulière pour la mise en œuvre des droits des femmes roms.
(6) Article 5, paragraphe 3, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.
Avis institutionnel — 52018AB0058
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Résolution législative du Parlement européen du 13 décembre 2018 sur le projet de décision du Conseil relative à la conclusion, au nom de l’Union européenne, d’une modification de l’accord entre les États-Unis d’Amérique et la Communauté européenne relatif à la coopération dans le domaine de la réglementation de la sécurité de l’aviation civile (07482/2018 — C8-0157/2018 — 2016/0343(NLE))
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