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AccueilDroit européen52018DC0758
Acte préparatoire52018DC0758

RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉÉN, AU CONSEIL, À LA BANQUE CENTRALE EUROPÉENNE ET AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN Rapport 2019 sur le mécanisme d'alerte (établi conformément aux articles 3 et 4 du règlement (UE) n° 1176/2011 sur la prévention et la correction des déséquilibres macroéconomiques)

CELEX52018DC0758
TypeActe préparatoire
Datemercredi 21 novembre 2018

Résumé IA

Ce rapport de la Commission, publié en 2018 dans le cadre du Semestre européen, examine les déséquilibres macroéconomiques dans les États membres de l'UE conformément au règlement (UE) n° 1176/2011. Il identifie les pays nécessitant un bilan approfondi en raison de risques potentiels, tels que des déséquilibres externes, des pertes de compétitivité ou des niveaux d'endettement élevés. Pour un professionnel du droit français, ce document sert d'outil d'alerte précoce pour anticiper d'éventuelles recommandations ou procédures de surveillance renforcée impactant les politiques économiques nationales.

Texte intégral

european flagCOMMISSION EUROPÉENNE

Bruxelles, le 21.11.2018

COM(2018) 758 final

RAPPORT DE LA COMMISSION

AU PARLEMENT EUROPÉÉN, AU CONSEIL, À LA BANQUE CENTRALE EUROPÉENNE ET AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN









Rapport 2019 sur le mécanisme d'alerte






(établi conformément aux articles 3 et 4 du règlement (UE) n° 1176/2011 sur la prévention et la correction des déséquilibres macroéconomiques)















































{SWD(2018) 466 final}


Le rapport sur le mécanisme d’alerte (RMA) est le point de départ du cycle annuel de la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques (PDM), qui vise à identifier et à traiter les déséquilibres qui entravent le bon fonctionnement des économies des États membres ou de l'économie de l'UE et peuvent mettre en péril le fonctionnement de l’Union économique et monétaire.

Le RMA s’appuie sur un tableau de bord d'indicateurs sélectionnés, accompagnés d’un ensemble plus large d’indicateurs auxiliaires et d’informations complémentaires pertinentes, pour détecter dans les États membres les déséquilibres économiques potentiels qui nécessitent l'adoption de mesures. Le RMA indique quels États membres doivent faire l'objet d'un bilan approfondi afin d’évaluer dans quelle mesure les risques macroéconomiques s'accroissent ou se résorbent dans ces pays, et de déterminer si des déséquilibres, voire des déséquilibres excessifs, existent. À la lumière des discussions tenues sur ce rapport avec le Parlement européen comme au sein du Conseil et de l’Eurogroupe, la Commission réalisera des bilans approfondis pour les États membres concernés. Suivant la pratique établie, un bilan approfondi est en tout état de cause effectué pour les États membres dans lesquels des déséquilibres avaient été constatés lors du cycle précédent de bilans approfondis. Les conclusions de ces bilans seront prises en compte dans les recommandations par pays émises dans le cadre du Semestre européen de coordination des politiques économiques. Les bilans devraient être publiés en février 2019, en prélude à l'ensemble de recommandations par pays du Semestre européen.

1. Synthèse

Le présent rapport marque le début du huitième cycle annuel de la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques (PDM) 1 . Cette procédure vise à déceler les déséquilibres qui entravent le bon fonctionnement des économies des États membres ainsi qu'à encourager l'adoption de mesures appropriées. La mise en œuvre de la PDM est ancrée dans le Semestre européen pour la coordination des politiques économiques, de manière à assurer la cohérence avec les analyses et les recommandations effectuées dans le cadre des autres instruments de surveillance économique. L’examen annuel de la croissance (EAC) adopté en même temps que ce rapport dresse le bilan de la situation économique et sociale en Europe et définit les grandes priorités politiques pour l’ensemble de l’UE pour l’année à venir.

Le présent rapport désigne les États membres qui devraient faire l'objet de bilans approfondis afin de déterminer s’ils sont touchés par des déséquilibres nécessitant l’adoption de mesures 2 . Le rapport sur le mécanisme d'alerte (RMA) est un instrument de détection des déséquilibres économiques publié au début de chaque cycle annuel de coordination des politiques économiques. Il repose sur une lecture économique d’un tableau de bord d’indicateurs assorti de seuils indicatifs et d’indicateurs auxiliaires. Le RMA contient aussi une analyse des répercussions qu'ont sur la zone euro les déséquilibres enregistrés par les États membres et de la mesure dans laquelle une approche coordonnée des réponses qui sont apportées s’impose eu égard aux interdépendances existant au sein de la zone euro 3 . Sous cet aspect en particulier, l’analyse contenue dans le présent rapport complète l'évaluation exposée dans le document de travail des services de la Commission européenne Analysis of the Euro Area economy («Analyse de l'économie de la zone euro»), accompagnant la recommandation de recommandation du Conseil concernant la politique économique de la zone euro.

L'évaluation aux fins du présent RMA s’inscrit dans le contexte d’une croissance économique qui continue de reposer sur une large base malgré une certaine décélération. Les prévisions économiques de la Commission européenne de l'automne 2018 estiment la croissance du PIB réel à 2,1 % en 2018 et à 1,9 % en 2019, tant pour l’UE que pour la zone euro, soit une légère décélération par rapport à la croissance de 2,4 % enregistrée en 2017. Une croissance positive est attendue dans tous les États membres. Sur le plan de l’emploi, les conditions devraient encore s'améliorer et se traduire progressivement par une croissance plus soutenue des salaires, ce qui soutiendrait la consommation et, à plus long terme, une dynamique de l'inflation de base qui s'approcherait de l’objectif d’inflation visé par les autorités monétaires; la croissance des investissements devrait rester solide, malgré une légère décélération. En revanche, la contribution des exportations nettes à la croissance semble devoir s'émousser, dans un contexte d’incertitude accrue quant aux politiques commerciales et aux conséquences de la récente appréciation de l’euro. Globalement, les perspectives de croissance restent ancrées à des fondamentaux sains, notamment des marchés du travail globalement solides, des conditions de crédit favorables, de meilleurs bilans et bénéfices pour les banques et les entreprises non financières; une décélération devrait néanmoins survenir en raison de la maturation du cycle économique dans les régions clés du monde 4 .

La correction des déséquilibres macroéconomiques dans l’UE progresse à la faveur du renforcement de la croissance du PIB nominal, mais l’horizon à moyen terme est obscurci par une incertitude accrue. L’expansion économique et des taux d’inflation qui s'approchent progressivement de l’objectif contribuent à réduire les ratios de la dette au PIB. Cependant, l’encours de la dette privée et celui de la dette publique restent historiquement élevés, et des poches de vulnérabilités au niveau des bilans persistent dans le secteur financier. L'inflation s'approche progressivement de l’objectif fixé par la BCE, ce qui plaiderait davantage pour une normalisation de la politique monétaire, avec ses répercussions sur les coûts d’emprunt, les prix des actifs et les bilans. Dans ce contexte, un certain nombre de facteurs pourraient conduire à un renversement des attitudes par rapport au risque, ce qui pourrait entraîner des effets de confiance dans les États membres qui connaissent une détérioration des perspectives pour leurs finances publiques ou leur secteur financier ou des chocs de production négatifs (y compris en rapport avec le retrait du Royaume-Uni de l’UE). Un certain nombre de risques à la baisse émanent de la conjoncture extra-européenne, notamment la concrétisation de mesures de politique commerciale protectionnistes, les implications des tensions géopolitiques, en particulier pour les prix de l’énergie, la fin de l’expansion budgétaire américaine sur fond de resserrement monétaire, et les conséquences sur les flux de capitaux et les taux de change de la normalisation asynchrone des politiques monétaires dans différentes régions de l'économie mondiale 5 . Les interactions entre ces sources de risques font pencher la balance à la baisse et rendent les perspectives de plus en plus incertaines, dans un contexte où les possibilités d'amortir les chocs par l’épargne privée ou publique sont restreintes dans un nombre non négligeable d’États membres.

L’analyse horizontale présentée dans le rapport permet de tirer un certain nombre de conclusions:

·Le rééquilibrage des soldes courants doit se poursuivre. Les importants déficits des balances courantes ont été corrigés dans la plupart des États membres, mais des soldes extérieurs plus prudents sont requis dans quelques cas pour maintenir un rythme approprié de réduction de l’encours des engagements extérieurs nets. La réduction de certains des excédents courants parmi les plus importants n’est devenue visible que récemment et reste modeste. Dans certains États membres, les chiffres de la balance courante dépendent de plus en plus de transactions transfrontières liées aux activités de sociétés multinationales et des secteurs de services tournés vers l’international, qui influent aussi bien sur la balance commerciale que sur la balance des revenus.

·Les encours extérieurs restent déséquilibrés et l'ajustement se fait progressivement Les PEGN fortement négatives observées dans des États membres ayant connu d’importants déficits courants par le passé sont en cours de correction grâce à des positions extérieures en termes de flux proches de l’équilibre ou excédentaires et à la reprise de la croissance du PIB nominal, qui doit être soutenue si l’on veut ramener les engagements à des niveaux plus prudents. Les PEGN des pays affichant d'importants excédents poursuivent leur croissance.

·La compétitivité-coûts devient moins favorable dans un certain nombre d’États membres, et globalement moins porteuse d’un rééquilibrage plus symétrique. Depuis 2016, la hausse des coûts salariaux unitaires s’est accélérée dans la majorité des États membres, en particulier dans certains pays de l’UE en Europe centrale et orientale, en partie à cause de pénuries de main-d’œuvre. Les gains de compétitivité-coûts après la crise ont été plus rapides dans les pays débiteurs nets de la zone euro que dans les pays créditeurs nets. Cependant, plus récemment, l’avantage comparatif des pays débiteurs nets sur le plan de la dynamique de la compétitivité-coûts s’est tassé en raison du resserrement des marchés du travail et du ralentissement des gains de productivité, tandis que la tension sur les marchés du travail dans les pays créditeurs nets ne s’est pas traduite jusqu’ici par des accélérations importantes des salaires. Ces évolutions récentes de la compétitivité-coûts ne se traduisent pas entièrement par une dégradation correspondante de la compétitivité-prix, peut-être en raison d’un effet de compensation par la baisse des marges commerciales. Cet effet pourrait être l’une des raisons expliquant l'absence d’élément indiquant que les pertes de compétitivité-coûts auraient déjà ébranlé la croissance des parts de marché à l’exportation; de tels effets pourraient cependant apparaître si ces tendances persistent.

·Le désendettement du secteur privé se poursuit et est de plus en plus lié à la reprise de la croissance nominale. Les ratios de la dette privée au PIB baissent dans un nombre plus élevé d’États membres qu’il y a un an. Cela est dû à une croissance plus élevée du PIB nominal; en effet, un désendettement actif, c’est-à-dire en raison d’une contraction des niveaux de dette en termes nominaux, n’est observé que dans quelques pays, et à un rythme modéré. Le désendettement actif est essentiellement circonscrit au secteur des entreprises, l’emprunt des ménages ayant gagné à nouveau en dynamisme. Le rythme du désendettement reste plus rapide dans le secteur des entreprises que dans le secteur des ménages, notamment parce que l’encours de la dette est plus élevé dans le premier, où l’incidence de la croissance du PIB nominal sur le taux d’endettement est donc plus forte.

·Dans les pays affichant un niveau élevé de dette publique, le désendettement par les administrations publiques n'a commencé que récemment et progresse lentement. Bien que la reprise de la croissance nominale et la réduction des paiements d’intérêts aient contribué à ramener les ratios de la dette publique au PIB sur une trajectoire descendante dans la majorité des États membres, un relâchement budgétaire procyclique intervient dans un nombre croissant d’entre eux, avec des conséquences sur la marge de manœuvre pour amortir les chocs en période de conjoncture défavorable.

·Les conditions s'améliorent dans le secteur bancaire de l’UE, mais un faible niveau de rentabilité et un encours élevé de prêts non performants persistent dans certains États membres. La rentabilité du secteur bancaire s’est particulièrement améliorée dans les pays où elle est faible. Les ratios de prêts non performants ont continué de baisser, notamment dans les États membres où leur stock est le plus élevé. Les ratios de fonds propres ont continué de s’améliorer dans la plupart des pays. La valorisation des actions bancaires s’est accrue jusqu'au début de l’année 2018, puis une correction à la baisse est intervenue.

·La croissance des prix des logements a accéléré et est devenue positive dans un nombre croissant d’États membres, et davantage de pays montrent des signes possibles de surévaluation. Dans le même temps, la croissance des prix des logements s’est ralentie ces derniers temps dans les pays où les signes de surévaluation sont les plus marqués. Par contre, de fortes accélérations sont observées en particulier dans les pays qui ne montrent actuellement pas de signes de surévaluation, ou des signes modérés.

·La situation sur les marchés du travail continue de s'améliorer et la croissance des salaires reprend progressivement. Les taux de chômage baissent encore, y compris pour les jeunes et les chômeurs de longue durée, mais le chômage reste élevé dans certains États membres et la participation au marché du travail, faible, bien que souvent croissante. La détresse sociale recule, malgré le chômage de longue durée et l’amputation des revenus que l'on observe encore dans un certain nombre de pays 6 . La croissance des salaires à l'échelle de la zone euro reste inférieure à ce qui serait attendu, sur la base des données historiques, au vu des niveaux actuels de chômage. La croissance des salaires dans les pays de l’UE reprend toutefois progressivement, à des vitesses diverses qui reflètent globalement l’ampleur des tensions sur le marché du travail et des pénuries de main-d’œuvre dans certains pays.

Il convient de rester particulièrement attentif au rééquilibrage de la zone euro. L’excédent de la balance courante de la zone euro s’est stabilisé en 2016 et est resté globalement constant depuis. Son niveau est le plus élevé au monde et est supérieur aux niveaux compatibles avec les fondamentaux économiques. Étant donné les interconnexions et les retombées entre pays de la zone euro, une combinaison appropriée de politiques menées entre ces pays est nécessaire pour assurer la viabilité de la croissance en cours de reprise et sa compatibilité avec la stabilité macroéconomique. Dans les pays débiteurs nets, réduire l’encours élevé de la dette extérieure et intérieure suppose de maintenir le solde courant à un niveau prudent et de veiller à conserver un rythme approprié de désendettement, sans pour autant entraver l’objectif qui consiste à élever le potentiel de croissance afin de prévenir le risque de resserrement procyclique en période de conjoncture défavorable. Dans les pays créditeurs nets, corriger le niveau durablement élevé des excédents au moyen de politiques visant à stimuler l’investissement et à mettre fin à l’inertie des salaires contribuerait à soutenir le potentiel de croissance et à rendre les perspectives de croissance moins dépendantes de la demande extérieure. La dimension «zone euro» des déséquilibres macroéconomiques est examinée plus longuement dans l’encadré 2.

Dans l’ensemble, les risques relatifs aux déséquilibres existants continuent à se résorber à la faveur de l’expansion économique, mais des vulnérabilités liées aux déséquilibres en termes de stocks persistent et des signes pouvant indiquer des tendances non soutenables apparaissent. Les sources de risque potentielles sont globalement les mêmes que celles repérées dans le RMA 2018. D’importants excédents persistent, tandis que l'évolution de la compétitivité est devenue moins propice au rééquilibrage. Le désendettement du secteur privé a bénéficié de l’expansion économique mais reste inégal, avec d’importants encours de dette dont la correction n’est pas suffisamment rapide. Plus fondamentalement, le niveau restreint du désendettement actif du secteur privé et plus encore du secteur public pose la question de savoir si le désendettement reposera à l'avenir de plus en plus sur la croissance potentielle du PIB. Cette perspective préoccupante met en évidence la nécessité de poursuivre le processus de réformes entamé ces dernières années dans un certain nombre de pays de l’UE et de conserver un caractère prioritaire aux politiques et réformes visant à renforcer le potentiel de croissance 7 . Étant donné l’incertitude croissante qui pèse sur les perspectives à moyen terme, il est essentiel que les secteurs privé et public réalisent des efforts de désendettement dans le contexte actuel de poursuite de l’expansion économique, également pour créer de la marge de manœuvre afin d'amortir les chocs de production négatifs lorsque les conditions économiques deviendront moins favorables et que les risques se concrétiseront. Parallèlement, des signes de surchauffe possible sont présents dans plusieurs pays, principalement en lien avec une croissance rapide des coûts salariaux unitaires qui entraîne un fléchissement de la compétitivité-coûts, et avec une croissance dynamique des prix des logements, déjà relativement élevés. Étant donné la correction de la plupart des déséquilibres en termes de flux et la diminution progressive de la gravité des déséquilibres en termes de stock, ainsi que les signes possibles de surchauffe présents dans plusieurs pays, l’orientation de la surveillance au titre de la PDM se tourne progressivement davantage vers le suivi des tendances potentiellement non soutenables et la prévention des configurations de risques qui pourraient se matérialiser à moyen terme.

Pour certains États membres désignés dans le présent rapport, des analyses plus détaillées et plus larges seront présentées dans les bilans approfondis. Comme dans les derniers cycles annuels, les bilans approfondis seront intégrés dans les rapports par pays, qui présentent l’analyse par les services de la Commission des défis économiques et sociaux auxquels font face les États membres de l’UE. Pour réaliser ces bilans, la Commission se fondera sur un large éventail de données et d'informations pertinentes et sur les cadres d'évaluation qu’elle a élaborés en coopération avec les comités et groupes de travail du Conseil. Les analyses contenues dans les bilans approfondis serviront de base pour déceler les déséquilibres ou déséquilibres excessifs dans les États membres et éventuellement pour actualiser les recommandations par pays qui leur sont adressées 8 . Les pays dans lesquels des déséquilibres ou des déséquilibres excessifs ont été constatés font, et continueront à faire, l’objet d’un suivi spécifique afin d’assurer une surveillance continue des politiques mises en œuvre au titre de la PDM.

Des bilans approfondis seront réalisés pour les États membres dans lesquels des déséquilibres ou des déséquilibres excessifs ont déjà été constatés. Conformément à une pratique établie en matière prudentielle, un bilan approfondi sera publié pour évaluer si les déséquilibres existants vont en s’atténuant, persistent ou s’aggravent, tout en faisant le bilan des mesures correctives mises en œuvre. Par conséquent, l'élaboration de RMA est prévue pour les 11 États membres recensés comme présentant des déséquilibres à l’issue des bilans du millésime 2018 9 . Il s'agit de la Bulgarie, la Croatie, Chypre, la France, l’Allemagne, l’Irlande, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, l’Espagne et la Suède.

Un bilan approfondi sera également réalisé pour la Grèce, qui fait pour la première fois l'objet d'une surveillance au titre de la PDM, et pour la Roumanie. À la lumière de l’analyse du RMA, un bilan approfondi sera réalisé pour la Grèce, qui était auparavant exclue de la surveillance au titre de la PDM car elle faisait l’objet d’un programme d'ajustement macroéconomique dans le cadre de l'assistance financière jusqu’en août 2018 10 . L’évaluation aux fins du RMA n’indique pas de nouveaux risques majeurs par rapport à ceux constatés dans les derniers bilans approfondis disponibles pour un certain nombre d’États membres qui ont cessé de faire l’objet d’une surveillance au titre de la PDM ces dernières années, à savoir la Slovénie (pas de déséquilibres constatés en 2018), la Finlande (surveillance arrêtée en 2017), la Belgique et la Hongrie (surveillance arrêtée en 2016). Les conditions n’ont pas non plus changé de façon significative en Autriche depuis l'évaluation au titre du bilan approfondi de 2016 qui n’a pas mené au constat de déséquilibres. Le cas de l’Estonie a également fait l’objet d'un bilan approfondi en 2016, et l’analyse n'a pas mené au constat de déséquilibres. Bien qu’une forte croissance des coûts salariaux unitaires soit intervenue entretemps, elle n’a pas eu de conséquences notables sur le solde extérieur, et il ne semble pas indispensable d’effectuer un nouveau bilan approfondi pour l’Estonie, mais un suivi étroit dans le prochain rapport par pays est nécessaire. Il semble en revanche justifié de publier un bilan approfondi pour analyser la situation de la Roumanie afin d’évaluer l’évolution et l’éventuelle résurgence de risques déjà décelés dans des bilans approfondis précédents (en 2015 et 2016), notamment en ce qui concerne la compétitivité et le solde extérieur. Les risques liés à l’évolution des prix du logement dans un certain nombre d’États membres (l’Autriche, la Belgique, la Tchéquie, le Danemark, la Hongrie, le Luxembourg et le Royaume-Uni) et à l'évolution de la compétitivité (en Tchéquie, Estonie, Hongrie, Lettonie et Lituanie) méritent d’être analysés avec soin dans les rapports par pays 11 . Globalement, le rapport sur le mécanisme d’alerte appelle donc à la réalisation d’un bilan approfondi pour 13 États membres au lieu de 12 lors du cycle précédent.





Encadré 1: Révisions apportées aux indicateurs auxiliaires du tableau de bord de la PDM

Le tableau de bord de la PDM est complété par une série d’indicateurs auxiliaires. Comme prévu dans le règlement instituant la PDM (règlement (UE) nº 1176/2011), la lecture économique du tableau de bord ne doit pas se limiter à ses indicateurs clés, mais inclure aussi d’autres indicateurs et informations pertinents. Depuis la mise en place de la surveillance au titre de la PDM, un ensemble d’indicateurs auxiliaires complète la lecture économique des indicateurs clés. Contrairement à ces derniers, les indicateurs auxiliaires ne comportent pas de seuils (tableau 2.1).

Le règlement instituant la PDM impose à la Commission de réexaminer régulièrement et, si nécessaire, de réviser le tableau de bord de la PDM. Le tableau de bord a subi plusieurs révisions depuis la mise en place de la PDM. En 2012, un indicateur clé a été ajouté pour le secteur financier (total des engagements du secteur financier). En 2013, la définition d’un certain nombre de variables clés a été révisée (le taux de change effectif réel, la dette du secteur privé et les flux de crédit) et certains indicateurs auxiliaires ont été ajoutés (notamment un ensemble d’indicateurs en matière sociale et d’emploi). En 2015, des indicateurs clés en matière d’emploi ont été ajoutés. Dans l’ensemble, ces modifications ont été ciblées et limitées.

Le présent rapport sur le mécanisme d'alerte apporte quelques modifications aux indicateurs auxiliaires, cette révision étant destinée à mettre à profit l’amélioration des statistiques disponibles et à garantir la pertinence des indicateurs. Cette nouvelle révision de la série d’indicateurs auxiliaires a pour but de profiter de l’amélioration des statistiques sur la balance des paiements et des données du secteur bancaire (concernant notamment les prêts non performants) et de permettre l’intégration dans le tableau de bord d’indicateurs déjà largement utilisés dans les analyses effectuées aux fins du RMA et du bilan approfondi. Comme lors des précédentes révisions du tableau de bord, le Parlement européen et le Conseil (et notamment ses comités d’experts) ont été dûment consultés, et le CERS a été tenu informé. Cette nouvelle révision peut se résumer comme suit 12 :

·La dette extérieure nette est remplacée par la PEGN hors instruments infaillibles (PHII) afin d’obtenir une représentation plus large des encours extérieurs (d’avoirs et d'engagements) comportant des risques de défaut. Ce nouvel indicateur bénéficie de la ventilation plus fine des avoirs et engagements extérieurs permise par la nouvelle méthode d'élaboration des statistiques de la balance des paiements (passage de MBP5 à MBP6). Par rapport à la dette extérieure nette, la PHII: i) exclut la dette nette correspondant aux investissements directs étrangers (IDE) intraentreprises qui, dans certains cas, représente une part importante de l’endettement transfrontière sans pour autant poser de problème de solvabilité; ii) inclut les parts d’organismes de placement collectif, qui constituent parfois un poste considérable et sont le plus souvent adossées à des obligations; et iii) inclut les produits financiers dérivés nets. Vue sous un autre angle, la PHII est un sous-ensemble de la PEGN dont sont exclus les composantes liées à la détention de capitaux propres, à savoir les IDE sous forme de capital et de parts de capital, ainsi que les IDE correspondant à des prêts entre entreprises d'un même groupe.

·L’indicateur du levier du secteur financier, non consolidé établi à partir des comptes nationaux est remplacé par le levier bancaire consolidé, entités nationales et étrangères, établi à partir des données bancaires consolidées de la BCE, qui permet une interprétation économique plus claire, est comparable d’un pays à l’autre et se base systématiquement sur des valeurs comptables, même s’il ne couvre que le secteur bancaire.

·Deux indicateurs régulièrement utilisés pour les analyses aux fins de la PDM sont ajoutés: la dette des ménages (consolidée) vient compléter l’indicateur clé de la dette du secteur privé, et l’indicateur du montant brut des prêts non performants vient compléter les informations nécessaires à l’évaluation de la dette du secteur privée. L’ajout de ce dernier indicateur a été rendu possible par l'intégration dans les statistiques bancaires consolidées de la BCE de données comparables entre pays à partir de 2015.

·Pour que le tableau de bord conserve toute sa pertinence et reste gérable, le nombre total d’indicateurs est maintenu à 28. Deux indicateurs auxiliaires sont supprimés: i) la variation sur dix ans du coût salarial unitaire nominal (en raison de chevauchements avec l’indicateur clé de variation des CSU sur trois ans et avec l’indicateur auxiliaire de variation des CSU sur dix ans par rapport à la zone euro); ii) la dette du secteur privé, non consolidée (en raison de la prépondérance donnée à l’indicateur clé de la dette du secteur privé consolidée).

2. Déséquilibres, risques et ajustement: principales évolutions dans les différents pays

Le rapport sur le mécanisme d’alerte s’appuie sur une lecture économique du tableau de bord des indicateurs de la PDM, qui constitue un filtre permettant de détecter les premiers signes d’éventuels risques et vulnérabilités. Le tableau de bord contient une série de 14 indicateurs, assortis de seuils indicatifs, dans des domaines tels que la position extérieure, la compétitivité, la dette privée, le marché du logement, le secteur bancaire et l’emploi. Dans un souci de stabilité des données et de cohérence entre pays, il se fonde sur des données effectives présentant une bonne qualité statistique. Le tableau de bord utilisé pour le présent rapport est donc basé sur des données allant jusqu’en 2017. Conformément au règlement instituant la PDM (règlement (UE) nº 1176/2011), les valeurs du tableau de bord ne font pas l'objet, dans les évaluations du rapport sur le mécanisme d’alerte, d'une lecture mécanique, mais d’une lecture économique qui permet d'avoir une meilleure compréhension du contexte économique général et de tenir compte de considérations propres à chaque pays 13 . Un ensemble d’indicateurs auxiliaires vient compléter cette lecture du tableau de bord. L’évaluation aux fins du rapport sur le mécanisme d'alerte tient également compte de données plus récentes et d’informations supplémentaires, des enseignements apportés par différents cadres d’évaluation, des conclusions des bilans approfondis déjà effectués et des analyses qui s’y rattachent, ainsi que des prévisions des services de la Commission de l’automne 2018.

Les variables du tableau de bord pour l’année 2017 indiquent la persistance de déséquilibres en termes d’encours, qui cependant se résorbent progressivement. Les valeurs supérieures aux seuils fixés dans le tableau de bord du rapport sur le mécanisme d'alerte restent fréquentes dans le cas de la dette publique, de la position extérieure globale nette et de la dette privée (graphique 1) 14 . Le nombre d’États membres dont les chiffres dépassent les seuils pour ces trois indicateurs n'a que peu diminué par rapport à la fréquence enregistrée lors des précédentes éditions du tableau de bord, ce qui confirme que ces déséquilibres d’encours sont inscrits dans la durée et qu’un ajustement s’opère, mais de manière très progressive. Si la plupart des cas de soldes courants dépassant le seuil correspondent au maintien d’excédents importants, l'augmentation de la fréquence des valeurs dépassant le seuil en 2017 est liée à un nombre accru de déficits importants. La reprise actuelle de l’emploi se traduit par une nouvelle réduction du nombre de pays de l’UE affichant un taux de chômage supérieur au seuil, ces reculs concernant davantage les indicateurs du chômage des jeunes et du chômage de longue durée, en raison de leur sensibilité généralement plus grande à l'évolution de la situation sur le marché du travail. Malgré la remontée marquée et générale des prix des logements dans toute l’Europe, le tableau de bord indique un moins grand nombre d’États membres dépassant le seuil d'augmentation de ces prix, certains pays qui ne dépassaient ce seuil que de très peu étant entre-temps repassés au-dessous. Le nombre de pays enregistrant une croissance des coûts salariaux unitaires supérieure au seuil est resté globalement stable; un nombre réduit de pays dépasse les seuils relatifs au taux de change effectif réel, et il s'agit seulement de cas où la variation de ce taux est passée sous le seuil inférieur. Le nombre d’États membres enregistrant des pertes de parts de marchés à l’exportation supérieures au seuil a encore baissé.

Graphique 1: Nombre de pays enregistrant des résultats dépassant le seuil

Source: Eurostat.

Remarque: le nombre de pays dont les variables dépassent le seuil est basé sur l'édition du tableau de bord publiée avec le rapport sur le mécanisme d'alerte annuel correspondant. D’éventuelles révisions ex post des données peuvent entraîner une différence entre le nombre de pays dépassant le seuil calculé à l’aide des chiffres les plus récents disponibles pour les variables du tableau de bord et le nombre indiqué dans le graphique ci-dessus.

La plupart des pays de l’UE continuent d’enregistrer des comptes courants à l’équilibre ou en excédent, et ceux qui affichaient un excédent courant important le conservent ou, au mieux, le voient baisser de façon marginale. Dans l’ensemble, les variations récentes des balances courantes sont restées relativement limitées ( Graph 3 ). La plupart des déficits courants importants et insoutenables s’étaient déjà résorbés dans les premières années de la décennie, laissant place à des excédents ou à des soldes à l’équilibre, qui se sont maintenus ou ont même souvent très légèrement augmenté ces dernières années. Les importants excédents des pays créanciers nets ont dans l’ensemble peu évolué, voire ont augmenté. Les soldes de la balance courante ne sont influencés que dans une mesure limitée par les facteurs conjoncturels: la différence entre les comptes courants effectifs et ceux corrigés des variations conjoncturelles est généralement minime et tend même à décroître, dans un contexte de réduction des écarts de production (graphique 2) 15 . Pour la plupart des pays de l’UE, les chiffres récents de la balance courante dépassent ce à quoi l’on pouvait s'attendre compte tenu des fondamentaux (tels que le vieillissement démographique et le revenu par habitant) 16 . Toutefois, dans certains cas, les progrès récents pourraient encore être insuffisants pour réduire à un rythme approprié l’encours des engagements extérieurs nets. Les soldes courants globalement équilibrés enregistrés en 2017 sont moins liés qu’auparavant à la conjoncture, les écarts de production négatifs constatés dans les États membres se réduisant ou devenant positifs. Sous l’effet de la hausse des prix du pétrole, la balance commerciale des produits énergétiques a presque partout pesé sur la balance totale, mais cette influence est souvent restée limitée (voir les données sur la balance commerciale énergétique du tableau 2.1 de l’annexe).

·Chypre est l’État membre qui enregistre le déficit courant le plus important, dépassant le seuil de la PDM (d’après une moyenne sur trois ans allant jusqu’en 2017). C’est le seul État membre à avoir connu une dégradation de ses chiffres annuels ces dernières années. Les résultats sont inférieurs à ce que suggéreraient les fondamentaux et à ce qui serait nécessaire pour améliorer la PEGN à un rythme approprié, et la détérioration du compte courant enregistrée en 2017 ne peut pas s’expliquer par l’effet de la conjoncture. En dehors de la zone euro, le compte courant du Royaume-Uni est également inférieur au seuil du tableau de bord de la PDM.

·En 2017, seuls cinq autres États membres ont enregistré un déficit de leur balance courante: la Finlande, la France, la Grèce, la Roumanie et la Slovaquie, ces deux derniers pays étant les seuls pour lesquels ce déficit dépasse 1 % du PIB. La Roumanie a enregistré une détérioration de son déficit courant, qui s'avère moins bon que ce qu’auraient pu laisser entrevoir ses fondamentaux pour 2017. La Grèce se distingue par l’importante contribution de l’écart de production négatif au faible déficit nominal de sa balance courante; corrigé des variations conjoncturelles, le solde de ses opérations courantes ressort bien en-deçà du niveau requis pour réduire rapidement la PEGN et au-dessous de la norme de balance courante.

·Les pays à la PEGN largement négative comme le Portugal et l’Espagne ont enregistré des soldes courants supérieurs à ce qu'annonçaient leurs fondamentaux, mais dans le cas du Portugal, ce solde n'est pas suffisant pour assurer une amélioration de la PEGN à un rythme approprié. La Croatie a pu dégager un excédent qui devrait lui permettre de réduire sa PEGN à un rythme satisfaisant. L’Irlande a affiché un excédent courant important en 2017, après avoir enregistré un déficit en 2016 à la suite de récentes révisions à la baisse rétroactives d’une ampleur non négligeable. Dans son cas, les chiffres de la balance courante sont très sensibles aux transactions transfrontières liées aux activités de multinationales.

·Quatre pays de l’UE dépassent actuellement le seuil du tableau de bord de la PDM du fait de leurs excédents. Des valeurs supérieures au seuil sont observées depuis plusieurs années au Danemark, en Allemagne et aux Pays-Bas, et plus récemment à Malte. En 2017, l’excédent allemand s’est réduit de 0,5 % du PIB, tandis que celui des Pays-Bas augmentait de 2,5 % du PIB. Dans ces quatre cas, les excédents sont nettement supérieurs à ce que peuvent expliquer les fondamentaux, à chaque fois d’au moins 5 points de pourcentage du PIB. L'accroissement des excédents des Pays-Bas et de Malte est très largement dû à des transactions transfrontières liées aux activités de sociétés multinationales et des secteurs de services tournés vers l’international, qui influent aussi bien sur la balance commerciale que sur la balance des revenus. Plusieurs autres pays dégagent depuis quelques années des excédents courants, même si ceux-ci restent inférieurs au seuil, ce qui est également le cas de grands pays de la zone euro et notamment de l’Italie (voir également l’encadré 2 sur l’excédent courant de la zone euro).



Graphique 2: Balances courantes et niveaux de référence en 2017

Source: Eurostat (selon le MBP6) et calculs des services de la Commission.

Remarque: Les pays sont classés par ordre croissant de solde courant en 2017. Soldes courants corrigés des variations conjoncturelles: voir la note de bas de page 15. Normes de balance courante: voir la note de bas de page 16. Le solde courant stabilisant la PEGN est défini comme le solde courant requis pour stabiliser la PEGN à son niveau actuel au cours des 10 prochaines années ou, si la PEGN actuelle est inférieure au seuil prudentiel défini pour le pays, comme le solde courant requis pour atteindre ce seuil prudentiel au cours des 10 prochaines années 17 .

Graphique 3: Évolution des soldes courants

Source: Eurostat et calculs des services de la Commission.

Remarque: Les pays sont présentés par ordre croissant de variation de la PEGN en points de PIB entre 2007 et 2017. La variation du solde courant due à la conjoncture est la variation du solde courant effectif dont ne rend pas compte la variation du solde courant corrigé des variations conjoncturelles; voir la note de bas de page 15.

Si les positions extérieures globales nettes (PEGN) ont continué de s’améliorer dans presque tous les États membres, un certain nombre d’entre eux restent confrontés au problème d’une position très négative. Les encours de PEGN sont toujours largement négatifs dans de nombreux États membres ( Graph 4 ). Dans une majorité de pays de l’UE affichant une PEGN négative, l’encours des engagements extérieurs est supérieur à la PEGN que pourraient justifier les fondamentaux économiques; ce n’est que dans une minorité de cas qu’il semble inférieur au seuil prudentiel 18 . Dans certains pays, l’encours des engagements extérieurs est important même si l’on en exclut les instruments financiers moins risqués (PHII). De nouvelles améliorations des PEGN ont été enregistrées en 2017, grâce à des soldes courants souvent positifs et à la reprise de la croissance du PIB nominal (graphique 5). Les améliorations enregistrées ont généralement été moins marquées que les années précédentes, car les effets de valorisation y ont souvent moins contribué, quand ils n’ont pas entraîné une détérioration marginale de la PEGN. Le sens et l'ampleur des variations de la PEGN ne sont pas nécessairement liés à son niveau initial, mais dans la majorité des cas, les pays débiteurs nets ont vu leur position se stabiliser ou s’améliorer en 2017.

·En 2017, près de la moitié des États membres ont enregistré une PEGN inférieure au seuil du tableau de bord, qui est de -35 % du PIB. Certains sont restés au-dessous de -100 % du PIB (Chypre, Grèce, Espagne, Irlande et Portugal) et l’Espagne en dessous de -80 % du PIB; la Bulgarie, la Croatie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie et la Slovaquie sont elles aussi restées au-dessous des -35 % du PIB.

·Dans les pays affichant une PEGN très négative, les chiffres sont généralement inférieurs aux valeurs de référence définies par pays, qu’il s'agisse de la norme de PEGN ou des seuils prudentiels de PEGN. C’est le cas de l’Irlande, de la Grèce, de Chypre et du Portugal, ainsi que de l’Espagne. La Grèce a enregistré une détérioration marginale de sa PEGN et le Portugal est resté au même niveau, mais dans les deux cas, des effets de valorisation ont quelque peu pesé sur la PEGN en 2017; tous les autres pays ont amélioré leurs résultats. Ces PEGN très négatives sont marquées par le poids important de l’endettement net 19 . Les chiffres de Chypre et de l’Irlande doivent aussi être vus à la lumière de l’importance pour ces pays des activités des multinationales et des secteurs de services tournés vers l’international, et ceux de la Grèce à la lumière de l’importante dette publique extérieure contractée à des taux concessionnels très favorables.

·Dans les pays enregistrant une PEGN négative de niveau intermédiaire, mais toujours en dessous des -35 % du PIB (le seuil du tableau de bord), la PEGN se situe souvent en dessous de la norme et, dans certains cas, un peu en dessous des seuils prudentiels. Dans ces pays, les participations pèsent d’un grand poids dans cette PEGN négative, même si l’on tient compte des stocks nets d’IDE entrants. Dans les pays affichant une position extérieure modérée, la PEGN est souvent supérieure à la norme, sauf pour la France et la Slovénie, où elle est inférieure.

·Dans la plupart des pays affichant une PEGN largement positive, celle-ci dépasse la norme et a augmenté en 2017, à la faveur d’importants excédents courants. Les Pays-Bas et le Danemark ont enregistré une détérioration marginale de leur PEGN due à des effets de valorisation négatifs. Malte et les Pays-Bas ont terminé l’année 2017 avec une PEGN d’environ 60 % du PIB, tandis que la Belgique, le Danemark et l’Allemagne dépassaient les 50 % 20 .

Graphique 4: Positions extérieures globales nettes (PEGN) et niveaux de référence en 2017

Source: Eurostat (MBP6 et SEC10), calculs des services de la Commission.

Remarque: Les pays sont présentés selon un ordre décroissant de PEGN en pourcentage du PIB en 2017. La PHII est la PEGN hors instruments infaillibles (voir l’encadré 1 pour de plus amples informations). Sur les concepts de norme de PEGN et de seuil prudentiel de PEGN, voir la note de bas de page 18.

Graphique 5: Dynamique de la position extérieure globale nette (PEGN)

Source: Eurostat

Remarque: Les pays sont présentés selon un ordre décroissant de variation de la PEGN en points de PIB en 2017.

L’évolution de la compétitivité-coûts est devenue moins propice à un rééquilibrage. Après la crise, les coûts salariaux unitaires (CSU) se sont caractérisés par une progression relativement faible dans les pays où la demande s’était contractée à la suite de la correction de larges déficits courants. Avec la reprise économique, leur croissance est repartie, mais reste relativement modérée en dépit du resserrement du marché du travail. Une accélération marquée des CSU a été enregistrée dans un certain nombre de pays d’Europe centrale et orientale: depuis 2012 en Bulgarie et Estonie, 2013 en Lettonie et Lituanie, et 2016 en Tchéquie, Hongrie et Roumanie. En 2017, les CSU ont connu une nouvelle accélération dans la plupart des États membres, sur fond de consolidation de l’expansion économique, sans qu’il y ait eu toutefois de hausse significative des coûts de la main-d’œuvre dans les grands pays créanciers nets. Ainsi, la tendance qui s’est amorcée en 2016, vers une évolution de la compétitivité-coûts moins propice à un rééquilibrage, reste confirmée (voir aussi l’encadré 2).

·Les coûts salariaux unitaires sont en accélération dans la plupart des États membres. Au cours des dernières années, leur croissance a été particulièrement forte en Bulgarie, Estonie, Lettonie et Lituanie (graphique 6); pour tous ces pays, le seuil du tableau de bord est franchi. En 2017, c’est en Bulgarie et en Roumanie ainsi que, dans une moindre mesure, en Tchéquie, au Luxembourg et en Slovaquie, que les accélérations des CSU ont été les plus frappantes. Les estimations relatives à 2018 font apparaître le scénario d’une poursuite de la hausse des CSU dans beaucoup de ces pays, avec une accélération plus marquée en Tchéquie, Hongrie, Lettonie, Lituanie et Roumanie et une décélération, quoiqu’avec maintien à un niveau élevé, en Bulgarie.

·La cartographie de la croissance des coûts salariaux unitaires dans les différents pays de l’UE reflète, dans une large mesure, les différentes situations nationales en termes de tensions sur le marché du travail. Les pays où les CSU ont augmenté le plus rapidement sont généralement ceux qui enregistrent de plus faibles taux de chômage (graphique 8). Les pays dont le PIB a crû rapidement au cours des dernières années, et notamment les pays baltes et un certain nombre de pays d’Europe de l’Est, affichent à la fois des taux de chômage faibles à modérés et de forts taux de croissance des CSU, tandis que la progression des coûts de la main-d’œuvre demeure généralement plus contenue dans les pays où le chômage est plus élevé. La courbe de Phillips fait présumer une telle corrélation, mais celle-ci s’avère assez faible, puisque certains pays, et notamment les pays baltes, la Bulgarie, la Tchéquie, la Hongrie et la Roumanie, affichent des taux de croissance des CSU bien supérieurs à ce que cette corrélation ferait supposer. Parallèlement, d’autres enregistrent une progression des CSU plus faible que prévu (par exemple, la Croatie, la Finlande et l’Irlande). Pour le premier groupe de pays, on peut également lier la forte hausse des salaires à des pénuries de main-d’œuvre résultant de l’émigration, de l’inadéquation entre la demande et l’offre de compétences et du manque de travailleurs qualifiés 21 .

·C’est la croissance des salaires nominaux qui a le plus fortement contribué à la croissance des coûts salariaux unitaires observée en 2017. Dans la plupart des États membres, le plus gros contributeur à la croissance des CSU a été la croissance des salaires nominaux, tandis que la productivité de la main-d’œuvre a joué un rôle relativement moindre. La productivité de la main-d’œuvre a généralement contribué à ralentir la croissance des CSU, grâce à la fois au renforcement de l’intensité capitalistique et à la croissance de la productivité totale des facteurs, tandis que la réduction du nombre d’heures travaillées s’est souvent traduite par une moindre productivité (graphique 7).

·Les schémas de croissance des CSU sont de plus en plus dissociés des besoins de rééquilibrage extérieur. Si, durant la crise, le chômage a été tendanciellement plus fort dans les pays débiteurs nets qui ont dû corriger leur balance courante et ont connu en conséquence une compression de la demande, depuis que la reprise économique s’est amorcée, les taux de chômage convergent, ce qui signifie que les schémas de croissance des CSU, qui correspondent globalement aux différents degrés de tensions sur le marché du travail, sont de moins en moins corrélés aux besoins de rééquilibrage extérieur. En 2017, confirmant dans une certaine mesure la tendance déjà observée en 2016, certains pays débiteurs nets ont vu leurs coûts salariaux unitaires repartir à la hausse, après des années de recul ou de stagnation, les accélérations les plus nettes ayant été observées à Chypre, en Grèce et au Portugal. Parallèlement, la situation durablement tendue observée sur le marché du travail de certains pays créanciers nets ne s’est pas traduite jusqu’à présent par une accélération marquée des salaires.

Graphique 6: Croissance des coûts salariaux unitaires au cours des dernières années

Source: AMECO; les données 2018 proviennent des prévisions économiques de l’automne 2018 de la Commission européenne.

Remarque: Les pays sont présentés par importance croissante de la progression des CSU en 2017.

Graphique 7: Croissance des coûts salariaux unitaires et déterminants de cette croissance en 2017

Source: AMECO et calculs des services de la Commission

Remarque: Les pays sont présentés par importance croissante de la progression des CSU en 2017. Cette décomposition se fonde sur la ventilation standard de la croissance des coûts salariaux unitaires entre le salaire nominal horaire et la productivité de la main-d’œuvre, cette dernière se répartissant elle-même entre la contribution des heures travaillées, de la productivité totale des facteurs et de l’accumulation de capital, dans le cadre d’un dispositif traditionnel de comptabilisation de la croissance.

Graphique 8: Croissance des coûts salariaux unitaires et taux de chômage

Source: AMECO.

L’évolution de la compétitivité-prix, mesurée par les taux de change effectifs réels (TCER), ne reflète que partiellement celle de la compétitivité-coûts mesurée sur la base des CSU. Les différences observées dans la croissance des CSU, telle que mesurée par les taux de change effectifs réels fondés sur les CSU (qui tiennent compte à la fois de l’évolution de la croissance des CSU par rapport aux concurrents sur les marchés intérieurs et les marchés tiers et de l’évolution des taux de change nominaux), se sont traduites par des gains ou des pertes de compétitivité-coûts pour les États membres de l’UE (graphique 9).

·Au cours des dernières années, les États membres de la zone euro ont, dans leur majorité, enregistré des diminutions du taux de change effectif réel fondé sur les CSU, ce qui signifie que les baisses comparatives des coûts de la main-d’œuvre ont suffi à compenser l’appréciation de l’euro en termes réels depuis 2016. Cependant, un petit nombre de pays de la zone euro et notamment les pays baltes ont, au contraire, accusé des pertes de compétitivité-coûts, mesurée par le taux de change effectif réel fondé sur les CSU. Dans les pays hors zone euro, l’évolution du taux de change effectif réel fondé sur les CSU a été essentiellement liée aux fluctuations des taux de change nominaux, telles que mesurées sur la base des taux de change effectifs nominaux (TCEN). Les dépréciations ont induit des gains de compétitivité en Pologne, en Roumanie, en Suède et au Royaume-Uni, tandis que les appréciations ont essentiellement eu des incidences sur la Bulgarie et la Tchéquie. Ces dernières années, les gains de compétitivité-coûts, mesurés par l’évolution du taux de change effectif réel fondé sur les CSU, ont été en général plus importants dans les pays débiteurs nets. Les faits sont cohérents avec ceux examinés ci-dessus concernant la dynamique des coûts salariaux unitaires.

·La dynamique de la compétitivité-prix, mesurée par le taux de change effectif réel fondé sur le déflateur du PIB, a été plus contenue que celle de la compétitivité-coûts, mesurée par le taux de change effectif réel fondé sur les CSU. Cela signifie qu’une partie de la variation des coûts salariaux unitaires a eu une incidence sur les marges commerciales, plutôt que sur les prix (graphique 9). Les données factuelles suggèrent que la compression des marges a été particulièrement forte dans les pays accusant d’importantes pertes de compétitivité-coûts, et notamment les pays baltes, la Bulgarie et la Roumanie 22 .

·Dans un certain nombre de pays, des taux d’inflation des prix à la consommation négatifs ou très modérés se sont traduits par d’importants gains de compétitivité, mesurés par le taux de change effectif réel fondé sur l’IPCH. En 2017, deux pays, Chypre et l’Irlande, se situaient même en dessous du seuil inférieur du tableau de bord. La compétitivité actuelle de la plupart des pays est meilleure qu’avant la crise, puisque le taux de change effectif réel fondé sur l’IPCH se situe à un niveau inférieur aux pics atteints précédemment. Dans la plupart des cas, la dépréciation réelle a coïncidé avec une réduction du prix relatif des biens et services non exportables et un accroissement de la part des biens et services exportables dans l’économie, ce qui a amélioré le potentiel d’une dynamique de croissance tirée par les exportations. Cependant, dans un petit nombre de pays, et notamment, l’Autriche, l’Estonie et la Lituanie, les chiffres relatifs au taux de change effectif réel fondé sur l’IPCH avoisinent, voire surpassent les pics atteints précédemment.

Graphique 9: Taux de change effectifs nominaux et réels (TCEN et TCER)

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