COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 21.11.2018
COM(2018) 770 final
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, À LA BANQUE CENTRALE EUROPÉENNE, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN, AU COMITÉ DES RÉGIONS ET À LA BANQUE EUROPÉENNE D'INVESTISSEMENT
Examen annuel de la croissance 2019
Pour une Europe plus forte dans un contexte d'incertitude à l'échelle mondiale
Pour une Europe plus forte dans un contexte d'incertitude à l'échelle mondiale
Introduction
En 2019, l’économie européenne devrait poursuivre son expansion, fournissant des emplois à un nombre record de personnes et permettant à des millions de personnes de sortir de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Les réformes structurelles, l’investissement et les politiques budgétaires responsables mis en œuvre par les États membres, combinés à des mesures énergiques au niveau européen, notamment le plan d'investissement pour l’Europe, ont contribué à la restauration de la stabilité et à la prospérité accrue que connaît aujourd’hui l’économie européenne. Le nombre de personnes exerçant un emploi a atteint un niveau record de 239 millions et le nombre de sans-emploi est revenu au niveau d'avant la crise, ce qui a permis à plus de 10 millions de personnes de s’extirper de la pauvreté ou de l’exclusion sociale au cours des dernières années.
L’économie européenne entre maintenant dans sa sixième année de croissance ininterrompue. Les écarts de taux de croissance dans la zone euro sont les plus faibles de l’histoire de l’Union économique et monétaire. La convergence réelle a repris, des taux de croissance plus élevés ayant été enregistrés dans les États membres présentant un niveau plus faible de PIB par habitant. La croissance solide et la faiblesse des taux d’intérêt ont favorisé une baisse continue des déficits publics nationaux, qui sont, dans la plupart des cas, revenus à leurs niveaux d’avant la crise. Le déficit d’investissement dû à la crise est désormais pratiquement résorbé. Après de nombreuses années difficiles, la Grèce a mené à bonne fin son programme d’assistance financière, conservant ainsi sa place au cœur de la zone euro et de l’Union européenne.
La croissance de l’économie ne bénéficie toutefois pas à tous les citoyens et à tous les pays de la même manière et reste vulnérable à l’instabilité mondiale et aux défis à relever à moyen et long terme. Les bases d’une croissance soutenue en Europe sont en place. Toutefois, la croissance économique devrait se tasser et s’expose à des aléas baissiers importants. Les conditions de financement demeurent favorables, mais un resserrement est attendu à mesure que la croissance se poursuit, que l'inflation s’accélère et que la politique monétaire se normalise progressivement. Les inquiétudes quant à la viabilité des finances publiques dans des pays fortement endettés pourraient conduire à une hausse des coûts de financement dans l’économie, notamment dans le secteur bancaire. Certains États membres restent confrontés à un taux de chômage élevé et à un revenu des ménages inférieur aux niveaux d’avant la crise. D’autres souffrent de sous-emploi ou de pénuries de compétences. La croissance de la productivité est faible et la diffusion des technologies numériques progresse lentement. Les défis à long terme tels que le vieillissement de la population, la numérisation et ses effets sur le travail, le changement climatique et l’utilisation non durable des ressources naturelles restent d’actualité. Parmi les facteurs de risque supplémentaires figurent un resserrement plus rapide de la politique monétaire aux États-Unis et ses répercussions potentielles sur la stabilité financière dans les marchés émergents; les tensions géopolitiques continues qui ont un effet sur le commerce mondial et les incertitudes persistantes concernant les futures relations entre l’Union et le Royaume-Uni.
Les défis émergents et le contexte mondial incertain nous rappellent que la dynamique économique actuelle offre une occasion à ne pas manquer. De nouvelles actions de réforme, un investissement ciblé et la réduction des niveaux d’endettement, dans le respect des règles budgétaires européennes communes, sont essentiels pour rendre l’Union et ses États membres plus forts, plus inclusifs et plus résilients. Les politiques économiques et budgétaires doivent préserver la stabilité macroéconomique, combattre les niveaux élevés d’endettement et créer des réserves face aux chocs extérieurs ou intérieurs afin de réduire les impacts sociaux et sur l’emploi. L’investissement et les réformes structurelles doivent se concentrer davantage encore sur la stimulation de la croissance potentielle.
Une économie résiliente et inclusive permettra à l’Union de faire valoir ses atouts au niveau mondial et de prôner les bienfaits du multilatéralisme et de l’intégration économique. L’euro est un facteur de stabilité et un bouclier face aux risques croissants qui pèsent sur les perspectives économiques mondiales. Toutefois, son architecture doit être davantage renforcée. Un marché unique pleinement intégré et performant aidera également à protéger l’Europe face aux futurs chocs et crises, tandis qu'une véritable union des marchés des capitaux débloquera des financements supplémentaires pour la croissance de l’Europe. Il est également essentiel de doter rapidement notre Union d’un budget à long terme qui prenne en compte l’évolution rapide en matière d’innovation, d’environnement économique et de géopolitique pour soutenir le changement structurel et rendre l’Europe plus forte et plus solidaire face à l’augmentation des incertitudes, au niveau intérieur et extérieur. Pour renforcer la dimension sociale de l’Union et favoriser la convergence vers le haut en vue d'améliorer les conditions de vie et de travail, il est nécessaire de mettre en pratique les principes proclamés dans le socle européen des droits sociaux, tant au niveau européen qu’au niveau national.
1.Quatre années qui ont permis d'engendrer des résultats en matière de croissance, d’emploi et d'investissement
En 2014, l’Europe sortait juste de la pire crise financière et économique depuis des générations. La production économique réelle commençait seulement à revenir aux niveaux d’avant la crise et une période prolongée de faibles investissements, ainsi que d’autres facteurs, pesaient sur la productivité et la compétitivité. Des déficits publics élevés et d’autres déséquilibres macroéconomiques mettaient en péril la fragile reprise. Les conséquences sociales de la crise se sont fortement fait sentir dans toute l’Union, avec un taux de chômage très élevé, en particulier parmi les jeunes, une hausse de la pauvreté et un accroissement des inégalités sociales.
Graphique 1 - Écart de croissance du PIB dans la zone euro (2000-2018). Source: Commission européenne
Aujourd’hui, l’Europe a en grande partie tourné la page de la crise économique et financière. L’économie européenne entre maintenant dans sa sixième année de croissance ininterrompue. Cette croissance économique solide a été accompagnée d’une reprise de l'investissement, d’une hausse de la demande des consommateurs, d’une amélioration des finances publiques et de la poursuite de la création d’emplois, même si le rythme différait en fonction des pays. La dispersion des taux de croissance entre les pays de la zone euro est revenue à son plus faible niveau depuis la création de l’Union monétaire (voir le graphique 1).
Les performances microéconomiques se sont également améliorées ces dernières années. L’écart de productivité avec les États-Unis s’est stabilisé et la production manufacturière de l’UE a considérablement augmenté. Les biens manufacturés et les services européens restent attractifs sur le marché mondial, malgré la chute de la demande émanant des marchés émergents et la hausse des prix du pétrole. La connectivité numérique dans les États membres a augmenté de plus de 40 % depuis 2014.
Lors de sa prise de fonction, le président Juncker a proposé un programme ambitieux pour «l’emploi, la croissance, l’équité et le changement démocratique». L’emploi, la croissance et l'investissement figuraient en tête des dix priorités présentées. Depuis lors, les trois principaux piliers de la politique économique et sociale de l’UE sont la stimulation coordonnée de l’investissement, l’attachement renouvelé aux réformes structurelles et la poursuite de politiques budgétaires responsables. En cohérence avec les lignes directrices intégrées, ces éléments ont constitué un triangle vertueux, qui a contribué à renforcer la reprise et à soutenir la croissance économique.
Le plan d'investissement pour l’Europe a considérablement contribué à tenir les promesses faites en 2014.Il a déjà permis d’augmenter le PIB de l’UE de 0,6 % et devrait encore contribuer à une hausse de 0,7 % supplémentaire d'ici à 2020. Il a facilité l’acheminement des investissements publics et privés vers des projets garantissant la croissance à long terme. Le plan Juncker, qui complète les actions nationales pour améliorer l’accès au financement, a stimulé et diversifié la disponibilité des instruments financiers au cours de la reprise. Selon les estimations, ses opérations ont déjà soutenu la création de plus de 750 000 emplois, et ce chiffre devrait passer à 1,4 million d’ici à 2020.
Les progrès effectués en matière de politiques budgétaires saines et de réformes structurelles ont été essentiels pour réduire les niveaux d’endettement et favoriser la création d’emplois, ainsi qu’améliorer la qualité de ces derniers. Dans le cadre du Semestre européen, les réformes structurelles ont soutenu la croissance inclusive et l’emploi, tout en facilitant la réduction des déséquilibres macroéconomiques. L’intégration du socle européen des droits sociaux dans le Semestre européen depuis 2018 a encore plus favorisé ce processus. La discipline budgétaire a préservé la stabilité financière dans de nombreux États membres. Les finances publiques reposent désormais sur des bases plus saines, même si, dans les pays fortement endettés, des réserves budgétaires doivent être reconstituées de manière plus affirmée. La qualité des dépenses publiques s’est améliorée, notamment grâce à la reprise de l'investissement. Les meilleures conditions pour les entreprises, notamment les mesures visant à alléger la charge administrative ou à rendre les systèmes fiscaux plus efficaces, ont également été essentielles pour créer l’environnement réglementaire adéquat et promouvoir un climat d’entrepreneuriat et de création d’emplois. Les progrès aux niveaux national et de l’UE dans des domaines comme les services, les infrastructures, le haut débit, l’énergie, le transport, l’économie circulaire, les réformes du marché du travail, les soins de santé, l’éducation, la recherche, la formation et l’innovation ont créé de nouvelles possibilités pour l’emploi et la croissance.
Tous ces éléments ont favorisé la croissance inclusive et contribué à des améliorations substantielles du marché du travail et des conditions sociales. Le taux d’emploi des 20-64 ans est passé à 73,2 % au deuxième trimestre de 2018, ce qui constitue le plus haut niveau jamais atteint dans l’UE (voir le graphique 2). Si la tendance actuelle se poursuit, l’UE est bien partie pour atteindre son objectif de 75 % en 2020 prévu par la stratégie Europe 2020. En parallèle, le taux de chômage est par conséquent récemment tombé à 6,8 %, ce qui constitue un retour à son niveau d’avant la crise. Le chômage de longue durée et des jeunes baisse également. Il reste toutefois élevé dans plusieurs États membres. Grâce à l’amélioration des conditions du marché du travail, le nombre de personnes exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, qui a atteint 113 millions en 2017, est passé pour la première fois sous les niveaux d'avant la crise. Cependant, la pauvreté des travailleurs est élevée et augmente dans plusieurs États membres. Le risque de pauvreté ou d’exclusion sociale reste problématique, en particulier pour les enfants, les personnes handicapées et les personnes issues de l’immigration.
2.Principaux défis pour l’avenir
Malgré les progrès accomplis, les risques et défis externes se multiplient, ce qui requiert une réponse européenne plus forte et unie. De la présence accrue de la Chine dans la chaîne de valeur mondiale à la rupture, par les États-Unis, de l’ordre économique de l’après-guerre, en passant par un protectionnisme commercial accru, l’UE devra relever le défi d'un contexte mondial incertain et qui change rapidement.
Graphique 2 - Évolution du marché du travail

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