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AccueilDroit européen52018IE2162
Initiative législative52018IE2162

Avis du Comité économique et social européen sur «Le rôle du dialogue social dans la promotion de l’innovation dans l’économie numérique» (avis d’initiative)

CELEX52018IE2162
TypeInitiative législative
Datemercredi 23 janvier 2019

Résumé IA

Cet avis d'initiative du CESE explore comment le dialogue social peut favoriser l'innovation dans l'économie numérique, en soulignant son rôle clé pour anticiper les mutations technologiques et accompagner les transitions professionnelles. Il préconise une implication renforcée des partenaires sociaux dans la définition des politiques numériques, notamment en matière de formation, de conditions de travail et de protection des données. Pour un professionnel du droit français, ce texte constitue une référence non contraignante mais influente pour interpréter les évolutions du droit social européen face à la digitalisation.

Texte intégral

10.5.2019

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 159/1


Avis du Comité économique et social européen sur «Le rôle du dialogue social dans la promotion de l’innovation dans l’économie numérique»

(avis d’initiative)

(2019/C 159/01)

Rapporteur: Jukka AHTELA

Décision de l’assemblée plénière

15.2.2018

Base juridique

Article 29, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Compétence

Section spécialisée «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section spécialisée

18.12.2018

Adoption en session plénière

23.1.2019

Session plénière no

540

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

133/0/0

1. Conclusions et recommandations

1.1.

L’innovation est un facteur important de la compétitivité, de la productivité et du potentiel de croissance des entreprises qui peut également stimuler la création d’emplois de qualité et améliorer le niveau de vie. La participation et la motivation des travailleurs sont nécessaires pour exploiter pleinement le potentiel de l’innovation, notamment par l’intermédiaire du dialogue social. Ce processus doit être soutenu par un environnement politique et réglementaire favorable à l’innovation dans toute l’Europe.

1.2.

La numérisation, combinée à d’autres évolutions touchant les conditions de travail, la situation économique des travailleurs et la vie professionnelle, remet en question les structures, les méthodes de gestion et d’encadrement, les relations de travail ainsi que la portée et la méthodologie du dialogue social qui existent actuellement au sein des entreprises.

1.3.

Le travail intellectuel tend à se généraliser dans toutes les sphères du monde du travail. Les technologies de l’information et, en particulier, le passage au numérique permettent de dissocier le temps et l’espace du travail lui-même. L’évolution vers des emplois fondés sur les compétences et les connaissances renforce l’autonomie des travailleurs du savoir tandis que l’on voit apparaître une tendance à la polarisation entre des emplois intellectuels hautement qualifiés et des emplois potentiellement moins productifs. Afin de lutter contre l’insécurité économique croissante qui découle en partie de la numérisation, il y a lieu de promouvoir la négociation collective à tous les niveaux, et notamment dans les secteurs et les entreprises concernés par la numérisation. Ainsi pourront être créés de nouvelles formes d’organisation du travail liées à la numérisation qui améliorent la qualité des emplois au lieu de la détériorer (1).

1.4.

Tandis que l’évolution vers une autonomie accrue de certains travailleurs remet en question les structures de gestion et les méthodes d’encadrement, elle nécessite également de nouvelles formes de dialogue, la mise à disposition d’informations et de consultations, ainsi que la participation des travailleurs aux méthodes de gestion. De nouvelles approches participatives sont nécessaires afin d’engager un maximum de ressources humaines dans les processus d’innovation et de développement.

1.5.

Le CESE souligne qu’il importe de veiller à la plus large compréhension possible des avantages et des difficultés que connaîtront les travailleurs suit à l’adoption de nouvelles approches dans la culture de travail en ce qui concerne la sécurité et la qualité de l’emploi et des conditions de travail, notamment en matière de santé, de sécurité et de formation. Afin d’obtenir un soutien et une participation véritables des travailleurs, il convient de déployer des efforts spécifiques importants à tous les niveaux.

1.6.

Le dialogue social et notamment la négociation collective entre partenaires sociaux sont des outils primordiaux s’ils sont utilisés dès le début (voir paragraphes 5.1 et 5.5) lors de l’introduction de nouvelles technologies dans un esprit de confiance entre le personnel et la direction. Dans le cadre de leur autonomie et sans préjudice des principes clés régissant les structures existantes, les partenaires sociaux devraient continuer à trouver de nouvelles solutions pour le dialogue social, notamment pour les négociations, permettant de répondre aux nouveaux enjeux de manière à offrir des solutions équilibrées et à maintenir l’utilité et la raison d’être du rôle des partenaires sociaux à tous les niveaux.

1.7.

Les nouvelles formes de travail fragmenté et l’augmentation du nombre de travailleurs atypiques nécessitent l’implication de ces travailleurs par une information et une consultation accrues, ainsi que par une adaptation des droits collectifs et des dispositions en matière de temps de travail et des droits sociaux (2).

1.8.

Comme l’a déjà affirmé le CESE, la représentation syndicale et la négociation collective pour les travailleurs engagés dans de nouvelles formes de travail sont remises en question (3). Il convient dès lors de lever les obstacles à l’exercice des droits fondamentaux garantis par la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et par les conventions de l’OIT (4).

1.9.

Le CESE adhère à l’idée que la probabilité d’innovation est stimulée lorsque des structures d’organisation du travail fortes sont combinées à diverses formes de participation accrue des travailleurs dans un cadre juridique et contractuel solide. À cette fin, la représentation collective doit être davantage accompagnée d’un dialogue plus inclusif, plus démocratique et plus axé sur la réflexion dans les structures et les méthodes de travail. Il conviendrait également de prendre en compte l’importance de la formation au dialogue social pour les dirigeants afin d’adapter les méthodes de gestion au nouveau contexte. Le CESE souligne aussi la nécessité de promouvoir un environnement favorable aux entreprises, leur permettant de se développer et d’être compétitives.

1.10.

Une relation de confiance entre les représentants des travailleurs, les organisations syndicales et la direction, combinée à la participation directe des travailleurs à la prise de décision (voir paragraphe 6.7), est associée à des niveaux plus élevés de performance et de bien-être et crée un environnement propice aux actions innovantes. Le changement participatif crée un climat de confiance entre la direction, les travailleurs et leurs représentants (5). La confiance des travailleurs et de leurs organisations syndicales et leur contribution, à tous les niveaux et instances pertinents, que ce soit au niveau local et/ou à celui des conseils de surveillance et d’administration, sont capitales. Leur participation à l’anticipation des évolutions, à la gestion et aux décisions portant sur ces changements est essentielle pour aborder les effets des transformations numériques et créer un esprit et une culture tournés vers l’innovation (6).

1.11.

Les initiatives nationales prises par les partenaires sociaux afin d’accroître la productivité et le bien-être des travailleurs au niveau de l’entreprise constituent une méthode prometteuse qui devrait être encouragée dans un contexte européen plus large. À cet égard, le CESE se félicite des initiatives et des travaux de recherche d’Eurofound et du réseau européen de l’innovation au travail («European Workplace Innovation Network») et propose que l’Union européenne prenne des mesures pour développer le dialogue entre les partenaires sociaux et d’autres parties prenantes dans le cadre des approches participatives afin de promouvoir l’innovation au travail.

2. Introduction

2.1.

L’innovation est un facteur important de la compétitivité, de la productivité et du potentiel de croissance des entreprises. La participation et la motivation des travailleurs sont nécessaires pour exploiter pleinement le potentiel de l’innovation. Grâce aux activités d’innovation, les entreprises européennes sont mieux placées pour être compétitives sur le plan international et pour créer ainsi une base solide en faveur d’emplois de qualité; elles constituent dès lors une clé pour atteindre des niveaux de vie plus élevés. Tout ce processus doit être soutenu par un environnement politique et réglementaire favorable à l’innovation dans l’ensemble de l’Europe.

2.2.

La numérisation est un moteur clé de l’innovation. Numériser l’industrie et les services ouvre un énorme potentiel en ce qui concerne, par exemple, l’automatisation, les technologies de transformation, l’augmentation de la productivité et d’une flexibilité qui bénéficie à toutes les parties. Investir dans l’éducation et la formation de manière inclusive en vue de garantir les compétences nécessaires dans l’économie numérique est également un outil important permettant de réduire les inégalités et de tirer profit de ce potentiel pour tous les citoyens, tant au travail que dans la société au sens large. Le secteur public porte une responsabilité essentielle dans la modernisation de l’enseignement public et dans la promotion des compétences nécessaires, il doit également contribuer à garantir un environnement de qualité en faveur des entreprises. Dans le même temps, l’industrie et les entreprises devraient aussi assumer leur rôle et aider à faciliter l’accès des travailleurs à la formation professionnelle et à l’apprentissage tout au long de la vie. La question de l’égalité des sexes doit être au cœur de toutes les initiatives numériques, il faut favoriser l’intégration complète des femmes dans l’économie numérique afin de réduire l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes et de promouvoir l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

2.3.

Malgré la rapide baisse des prix des TIC, un déplacement de l’investissement dans les TIC vers les services en la matière et une augmentation continue des actifs fondés sur la connaissance, rien n’indique que la nouvelle économie numérique ait stimulé la croissance de la productivité. Des études internationales suggèrent que la nouvelle économie numérique est encore en «phase d’installation» et que les effets sur la productivité ne peuvent se produire qu’une fois que la technologie sera entrée dans la «phase de déploiement» (7). De plus, l’image du glissement de formes d’emploi plus productives vers des formes moins productives dans les statistiques nationales est de nature à cacher la pleine contribution apportée par les TIC à la croissance, dans la mesure où la contribution des TIC dans l’amélioration de la productivité et de l’emploi peut varier considérablement d’un secteur à l’autre.

2.4.

Le monde du travail est confronté à des changements qui auront une incidence profonde sur les employeurs, les travailleurs et leurs relations de travail contractuelles. Certains de ces changements ont lieu en dehors des entreprises, comme la sous-traitance, alors que de nombreux changements se produisent en leur sein, comme le passage à des horaires de travail flexibles et à des formes de travail souples. Ces évolutions, s’inscrivant dans le cadre fondé sur la législation et les conventions collectives, remettent en question ce qui existe actuellement concernant les structures de l’entreprise, les méthodes de gestion et de leadership, ainsi que le champ d’application et les méthodes de dialogue social, avec des conséquences sur la sécurité et la qualité de l’emploi également. Cependant, le dialogue social et les négociations entre partenaires sociaux peuvent et doivent être des outils primordiaux s’ils sont adaptés aux changements et utilisés en amont (voir paragraphe 5.1), dès l’introduction de nouvelles technologies dans un esprit de confiance. Les partenaires sociaux européens ont publié une déclaration conjointe sur la numérisation en 2016 (8).

2.5.

Le présent avis vise à clarifier et à établir des liens entre, d’une part, les compétences et le rôle des travailleurs en tant que contributeurs aux processus d’innovation, à l’accroissement de la productivité et au bien-être des travailleurs et, d’autre part, la nécessité de mettre en place des pratiques de travail efficaces afin de soutenir et de promouvoir ces objectifs.

3. Les enjeux de la culture de l’innovation dans le monde du travail

3.1.

Il est nécessaire et urgent d’adapter les structures et les méthodes de travail des entreprises à l’économie numérique. Déceler de nouvelles pistes pour améliorer la productivité à l’ère numérique représente un défi pour toutes les parties prenantes. Une activité d’innovation continue en vue d’exploiter le potentiel de ressources humaines tout en favorisant, dans le même temps, le bien-être des travailleurs est fondamentale pour relever ces défis. Le dialogue social, les négociations au niveau local en particulier, peut jouer un rôle essentiel pour faciliter les processus d’innovation et d’adaptation.

3.2.

La numérisation a une incidence profonde à la fois sur les organisations existantes et sur les nouvelles organisations émergentes en ce qui concerne la manière dont les activités et le travail des entreprises seront structurées. Bien que les formes de travail traditionnelles puissent être en grande partie conservées, l’on peut d’ores et déjà déceler l’incidence de la numérisation sur les nouvelles méthodes de travail, comme l’augmentation rapide du travail à distance dans de nombreux secteurs associée à une autonomie accrue pour un certain nombre de travailleurs.

3.3.

Le travail intellectuel tend à se généraliser dans toutes les sphères du monde du travail. Les technologies de l’information et, en particulier, le passage au numérique permettent de dissocier le temps et l’espace du travail lui-même. Cette évolution vers des emplois fondés sur les compétences et la connaissance renforce l’autonomie des travailleurs intellectuels tandis que l’on voit apparaître une tendance à la polarisation entre des emplois intellectuels hautement qualifiés et des emplois potentiellement moins productifs comportant des tâches dépréciées.

3.4.

La tendance à une autonomie accrue qu’offre la numérisation à certains travailleurs représente un défi pour les entreprises, leurs instances, leur gouvernance, ainsi que pour les méthodes de gestion et les structures hiérarchiques traditionnelles des entreprises. Elle constitue également un défi en ce qui concerne les conditions de travail, la situation économique des travailleurs et les relations de travail. Ces évolutions nécessitent davantage de formes de dialogue social, d’informations, de consultations et une participation forte des travailleurs. Ceux-ci peuvent contribuer eux-mêmes à des pratiques innovantes et à des processus de développement bénéfiques à l’entreprise et à ses parties prenantes (9). Par conséquent, les partenaires sociaux devraient chercher des solutions permettant de garantir la coexistence des formes traditionnelles et des approches novatrices du dialogue social.

4. Comment renforcer la culture de l’innovation dans le monde du travail?

4.1.

Tandis que l’évolution vers une autonomie accrue d’un certain nombre de travailleurs remet en question les structures de gestion et les méthodes d’encadrement, elle nécessite également de nouvelles formes de dialogue, la mise à disposition d’informations et de consultations ainsi que la participation des travailleurs aux méthodes de gestion de l’entreprise. De nouvelles approches sont nécessaires afin d’engager un maximum de ressources humaines dans les processus d’innovation et de développement de l’entreprise.

4.2.

Cependant, amener les travailleurs au cœur de ces processus d’innovation ne demande pas toujours de grands changements dans l’organisation. Un certain nombre d’outils simples peuvent être utilisés à cette fin, mais l’outil principal pour atteindre cet objectif devrait être la négociation collective et le dialogue social en fonction des besoins d’un lieu de travail en particulier. Des équipes autonomes, des ateliers expérimentaux, des boîtes à suggestions et des groupes de projet interdisciplinaires n’en sont que quelques exemples. La caractéristique commune est une culture de travail qui encourage la créativité des travailleurs, et cette culture ne peut être fondée que sur une confiance mutuelle entre la direction et le personnel.

4.3.

Il faut souligner l’importance de garantir la plus grande compréhension possible des avantages que les travailleurs retireront de l’adoption de nouvelles approches dans la culture de travail en ce qui concerne la sécurité et la qualité de l’emploi et des conditions de travail. Les risques pour les travailleurs concernant, par exemple, les conditions de travail, la protection en matière de santé et de sécurité, l’insécurité économique et la polarisation croissante, doivent également être pris en compte. Il y a lieu de promouvoir, à tous les niveaux, le soutien et la participation véritables des travailleurs et des organisations syndicales, ce qui nécessite de déployer des efforts spécifiques importants à tous les niveaux de l’organisation et d’éviter la méthode consistant à uniquement «cocher des cases».

4.4.

Une culture de l’innovation dans le travail implique que chaque travailleur ne se consacre pas uniquement à l’accomplissement de ses tâches, mais examine également si celles-ci pourraient être réalisées d’une manière en permanence améliorée. En outre, une culture de l’innovation suppose que la direction écoute activement les idées des travailleurs et les encourage à participer aux processus d’innovation (10).

4.5.

L’autonomie accrue des travailleurs dans le cadre des activités d’innovation et de développement des entreprises est une excellente occasion de mobiliser les compétences des travailleurs. Il en va de même pour la flexibilité du temps et du lieu de travail, qui fonctionne de manière plus efficace si des approches innovantes pour l’organisation du travail sont fondées sur des accords conclus localement sur la base d’une confiance mutuelle. Tous ces éléments nécessitent une culture d’encadrement moderne s’inscrivant dans un cadre juridique et contractuel solide, et fondée sur des approches participatives, ce qui devrait également être promu au niveau de l’Union européenne.

5. Le rôle des différentes formes de dialogue social

5.1.

L’une des principales fonctions du dialogue social, des négociations collectives en particulier, est de contribuer à façonner l’environnement des entreprises et à gérer les changements dans la vie professionnelle au moyen d’informations, d’anticipation, de participation et de facilitation, de manière à bâtir une confiance mutuelle entre les partenaires sociaux à tous les niveaux, un objectif poursuivi par l’Union européenne et mis en œuvre conformément aux pratiques nationales.

5.2.

Le CESE a réaffirmé, dans plusieurs avis, le rôle central du dialogue social dans le monde du travail en mutation (11). Le dialogue social doit jouer un rôle de premier plan à tous les niveaux pertinents et doit respecter pleinement l’autonomie des partenaires sociaux.

5.3.

Cependant, compte tenu des difficultés et de la rapidité croissante de l’évolution, il est manifestement nécessaire d’adapter les structures et les objectifs du dialogue social au flux continu de changements tout en respectant les cadres juridiques et contractuels existants à l’échelle nationale et européenne. Il s’agit là d’un défi pour les partenaires sociaux à tous les niveaux. Dans le cadre de leur autonomie et sans préjudice des principes clés régissant les structures existantes, les partenaires sociaux devraient continuer à trouver de nouvelles solutions pour le dialogue social, notamment pour les négociations, permettant de répondre aux nouveaux enjeux de manière à offrir des solutions équilibrées et à maintenir l’utilité et la raison d’être du rôle des partenaires sociaux à tous les niveaux. Les partenariats avec les communautés locales peuvent également être une source d’inspiration pour les partenaires sociaux.

5.4.

Le CESE a affirmé «que l’on ne saurait prévoir à ce jour l’ensemble des opportunités et des défis qu’engendrera l’économie numérique». Le rôle du dialogue social et sociétal n’est pas de s’opposer à ces transitions, mais de les orienter au mieux pour profiter de tous les bénéfices qu’elles peuvent représenter pour la croissance, pour la promotion des innovations et des compétences, pour des emplois de qualité, et pour le financement durable et solidaire des protections sociales» (12).

5.5.

En ce qui concerne la gestion de la transition dans un monde du travail numérisé, il est important de pouvoir compter sur des processus décisionnels fluides, de sorte que les entreprises et les travailleurs puissent s’adapter rapidement à un environnement en mutation. Le CESE a indiqué que «[d]ans le cadre de l’introduction de nouvelles technologies comme les robots ou les machines intelligentes, le CESE rappelle dans son étude l’importance de l’information et de la consultation des représentants des travailleurs en amont et la nécessité de la négociation collective pour accompagner les changements que ces technologies produisent. Il rappelle aussi que la directive 2009/38/CE du Parlement européen et du Conseil (13) relative aux comités d’entreprise européens prévoit l’obligation de cette consultation» (14).

5.6.

En outre, le CESE a donné des exemples dans lesquels les activités des partenaires sociaux ont abouti à des solutions aux problèmes qui sont survenus au cours de cette période de transition (15). Un autre exemple est la convention collective entre la plateforme numérique pour les services de nettoyage «Hilfr» et le syndicat «3F» au Danemark (16). L’Union européenne devrait encourager ce type de mesures par la promotion du dialogue social et le soutien au renforcement des capacités des partenaires sociaux.

6. Principales conclusions en faveur de nouvelles approches pour stimuler l’innovation

6.1.

Comme l’a souligné une récente étude d’Eurofound (17), les entreprises qui encouragent leurs travailleurs à participer aux prises de décision concernant des opérations ou des orientations stratégiques sont en mesure non seulement d’améliorer la satisfaction professionnelle, mais également d’élever le niveau d’innovation. Le changement participatif crée un climat de confiance entre la direction, les travailleurs et leurs représentants. La confiance des travailleurs et de leurs organisations syndicales et leur contribution, à tous les niveaux et instances pertinents, que ce soit au niveau local et/ou à celui des conseils de surveillance et d’administration, sont capitales. Leur participation à l’anticipation des évolutions, à la gestion et aux décisions portant sur ces changements est essentielle pour aborder les effets des transformations numériques et créer un esprit et une culture tournés vers l’innovation (18).

6.2.

Selon Eurofound, la probabilité d’innovation est stimulée lorsque de solides structures d’organisation du travail sont combinées à la participation directe des travailleurs (par exemple, association à la résolution des problèmes ou à l’amélioration de la qualité de la production) (19). Cette observation concorde avec l’idée que, bien que la représentation collective joue un rôle important pour assurer la participation des travailleurs aux processus d’innovation, l’on a de plus en plus besoin d’un dialogue plus inclusif et plus démocratique fondé sur l’association des travailleurs au processus de réflexion. Les méthodes de dialogue social devraient, dans cet esprit, faciliter le partage et la pleine exploitation de l’expertise collective de tous les membres de l’organisation, que ce soient les travailleurs, leurs représentants ou dirigeants (20).

6.3.

De même, l’analyse d’Eurofound a révélé que l’accès des travailleurs à la formation était lié de manière positive à l’innovation. Comme le CESE l’a déjà souligné, le travail devrait procurer à ceux qui l’exercent la satisfaction de donner toute la mesure de leur habileté et de leurs connaissances et de contribuer le mieux au bien-être commun (21).

6.4.

La motivation, sous la forme d’incitations financières telles qu’une rémunération variable, est également liée de manière positive à l’innovation dans l’étude d’Eurofound. Il a également été constaté que les organisations les plus innovantes connaissent une meilleure performance et un plus grand bien-être au travail. Ces entreprises innovantes ont le plus souvent mis en place de solides pratiques de participation des travailleurs.

6.5.

La confiance dans le dialogue social est important pour la performance et le bien-être selon Eurofound. Les niveaux de performance et de bien-être au travail étaient bien inférieurs à la moyenne dans des établissements où des conflits du travail et des actions syndicales ont eu lieu. Une relation de confiance entre les représentants des travailleurs et la direction, en combinaison avec la participation directe des travailleurs, a été associée à des niveaux plus élevés de performance et de bien-être et a créé un environnement propice aux actions innovantes (22). Le CESE souligne qu’il importe de former le personnel d’encadrement en vue d’adapter les méthodes de gestion dans ce nouveau contexte.

6.6.

Un climat de confiance est également un important facteur de compétitivité pour les entreprises. Lorsque des problèmes complexes relatifs à la numérisation sont traités dans une entreprise, le climat de confiance constitue une base solide pour une coopération fructueuse, contrairement à une culture de contrôle et de respect des normes (23).

6.7.

Comme affirmé par Eurofound: «Il n’y a pas de recette pour instaurer un climat de confiance au travail, mais certaines conditions sont favorables à son émergence. Il s’agit notamment de la reconnaissance mutuelle pour les deux parties chargées de trouver des solutions aux problèmes communs, d’une intervention en temps utile qui permette une discussion constructive, de la transparence, de l’échange d’informations pertinentes en temps utile, et de l’association de toutes les parties à la stratégie et aux objectifs» (24). Comme le CESE l’observe dans son avis (25), une influence et une participation accrues des travailleurs dans les instances de décision sont nécessaires. Leur participation à l’anticipation des évolutions, à la gestion et aux décisions portant sur ces changements est essentielle pour aborder les effets des transformations numériques et créer un esprit et une culture tournés vers l’innovation.

6.8.

Les initiatives nationales prises par les partenaires sociaux au niveau de l’entreprise afin d’accroître la productivité, le bien-être des travailleurs et le taux d’emploi constituent une méthode prometteuse qui devrait être encouragée dans un contexte européen plus large. Le projet commun mené par la Fédération des industries technologiques finlandaises et l’Union industrielle est un projet unique en Finlande (26). Au Danemark, la Confédération danoise des syndicats a réalisé une étude spéciale sur le thème «L’innovation initiée par les travailleurs» (27). En outre, en République tchèque, au Danemark, en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne, les partenaires sociaux participent aux débats nationaux et aux projets sur la mutation numérique et son incidence sur la vie professionnelle (28).

6.9.

À l’échelle de l’Union, le CESE se félicite des initiatives et des travaux de recherche d’Eurofound et du réseau européen de l’innovation au travail («European Workplace Innovation Network») lancés par la Commission européenne, et propose que l’Union européenne prenne des mesures pour développer le dialogue entre les partenaires sociaux et d’autres parties prenantes dans le cadre des approches participatives afin de promouvoir l’innovation au travail.

Bruxelles, le 23 janvier 2019.

Le président

du Comité économique et social européen

Luca JAHIER


(1) JO C 13 du 15.1.2016, p. 161.

(2) JO C 434 du 15.12.2017, p. 36, et comme l’a reconnu Marianne Thyssen, lors de la conférence conjointe ETUI/CES organisée en juin 2016 sur le thème «Façonner le nouveau monde du travail»

(3) JO C 303 du 19.8.2016, p. 54.

(4) Articles 12 et 28 de la charte, et conventions no 87 et 98 de l’OIT; voir aussi plus loin, paragraphes 3.2 et suivants.

(5) Troisième enquête sur les entreprises en Europe: «Des changements innovants dans les entreprises européennes» (en anglais). Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound), 2017.

(6) JO C 434 du 15.12.2017, p. 30.

(7) «Le paradoxe de productivité de la nouvelle économie numérique» (en anglais), Bart van Ark, The Conference Board et l’Université de Groningue, International Productivity Monitor 2016, p. 3 à 18.

(8) Déclaration des partenaires sociaux européens sur la numérisation (en anglais).

(9) JO C 434 du 15.12.2017, p. 30.

(10) «L’innovation initiée par les travailleurs» (en anglais), Confédération danoise des syndicats, 2008.

(11) JO C 125 du 21.4.2017, p. 10, JO C 303 du 19.8.2016, p. 54.

(12) JO C 434 du 15.12.2017, p. 30.

(13) Directive 2009/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 6 mai 2009 concernant l’institution d’un comité d’entreprise européen ou d’une procédure dans les entreprises de dimension communautaire et les groupes d’entreprises de dimension communautaire en vue d’informer et de consulter les travailleurs (refonte) (JO L 122 du 16.5.2009, p. 28).

(14) JO C 434 du 15.12.2017, p. 30.

(15) JO C 434 du 15.12.2017, p. 30.

(16) Convention collective «Hilfr».

(17) Troisième enquête sur les entreprises en Europe: « Les changements en matière d’innovation dans les entreprises européennes» (en anglais), Eurofound, 2017.

(18) JO C 434 du 15.12.2017, p. 30.

(19) Troisième enquête sur les entreprises en Europe: «Des changements innovants dans les entreprises européennes» (en anglais). Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound), 2017.

(20) «Le dialogue social sur le lieu de travail: une forme de réflexion productive» (en anglais), Peter Cressey, Peter Totterdill, Rosemary Exton; International Journal of Action Research, Volume 9, Édition 2, 2013.

(21) JO C 288 du 31.8.2017, p. 43.

(22) Troisième enquête sur les entreprises en Europe: «Des changements innovants dans les entreprises européennes» (en anglais). Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound), 2017.

(23) «La culture de la confiance, un avantage concurrentiel à l’ère numérique» (en allemand).

(24) «Arrangements bénéfiques aux deux parties: des mesures innovantes grâce au dialogue social dans l’entreprise» (en anglais), Eurofound, 2016.

(25) JO C 434 du 15.12.2017, p. 30.

(26) Projet sur le thème de la productivité ensemble (en finnois).

(27) «L’innovation initiée par les travailleurs» (en anglais), Confédération danoise des syndicats, 2008.

(28) «Faire face aux changements numériques et technologiques grâce au dialogue social» (en anglais), Eurofound, 2017.


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