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AccueilDroit européen52018IR3908
Initiative législative52018IR3908

Avis du Comité européen des régions sur «Lutter contre la désinformation en ligne: une approche européenne»

CELEX52018IR3908
TypeInitiative législative
Datemercredi 6 février 2019

Résumé IA

Le Comité européen des régions propose une approche coordonnée pour lutter contre la désinformation en ligne, soulignant le rôle clé des collectivités locales et régionales dans l'éducation aux médias et la promotion d'un espace numérique de confiance. Il appelle à un cadre réglementaire européen renforcé, incluant la responsabilisation des plateformes et la protection des données, tout en respectant la liberté d'expression. Cet avis invite les autorités françaises à intégrer ces recommandations dans leurs politiques numériques locales.

Texte intégral

16.5.2019

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 168/15


Avis du Comité européen des régions sur «Lutter contre la désinformation en ligne: une approche européenne»

(2019/C 168/04)

Rapporteur:

M. Olgierd GEBLEWICZ (Pologne, PPE), maréchal de la voïvodie de Poméranie occidentale

Document de référence:

COM(2018) 236 final

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS

Observations

1.

observe que ces dernières années n’ont cessé d’apporter des changements considérables et rapides dans l’écosystème médiatique mondial. L’on ne surestimera jamais assez l’influence de ces changements sur la vie sociale et politique; les médias sociaux, à savoir les plateformes telles que Facebook, Twitter, WhatsApp, YouTube et Instagram, jouent un rôle croissant en tant que canal prioritaire de communication entre les personnes et ont changé en quelques années la manière de diffuser les informations et les opinions, tandis que les médias traditionnels subissent une érosion de leur influence, de leur autorité et de leur capacité à former l’opinion publique;

2.

souligne que dans un avenir proche, la grande majorité des informations circulera en ligne et que les médias sociaux pourraient devenir le principal vecteur de diffusion de ces informations aux citoyens, notamment dans les pays occidentaux; dès à présent, plus de la moitié des européens utilisent des réseaux sociaux soit quotidiennement soit deux ou trois fois par semaine;

3.

relève que la principale spécificité des médias sociaux réside dans le fait qu’ils offrent des possibilités, inconnues jusqu’à présent et pour d’autres types de médias, de communiquer «chacun avec chacun»; chaque utilisateur d’une plateforme, peu importe ici laquelle, peut, au moins théoriquement, toucher avec son propre message des millions d’autres utilisateurs, en l’absence de médiation de la moindre rédaction; ces facultés entraînent des conséquences aussi bien positives que négatives;

4.

observe qu’une caractéristique distinctive des médias sociaux réside également dans le fait que pour les médias «traditionnels», à savoir la presse, la radio et la télévision, un groupe bien défini de créateurs (des journalistes, des rédacteurs et des administrateurs) décide de ce qui est publié. Ce groupe peut se trouver obligé d’assumer directement la responsabilité qui découle à des titres divers de sa décision. C’est souvent nettement plus compliqué dans le cas des médias sociaux, où, par exemple, il s’avère en effet nécessaire tout d’abord d’identifier les auteurs et de mettre en évidence les canaux de diffusion. Dans le même temps, ces médias sociaux permettent de diffuser rapidement et de manière «virale» ès d’un large public des informations qui peuvent être également fausses;

5.

souligne que l’absence de responsabilité évoquée précédemment et caractéristique des médias sociaux résulte des dispositions juridiques en vigueur, mais aussi de l’anonymat de masse que tolèrent toutes les plateformes de médias sociaux;

6.

observe avec inquiétude que l’association de l’effet de masse, de l’absence de responsabilité et de l’anonymat sur les plateformes de médias sociaux a conduit à enfreindre les pratiques, les règles, les garanties juridiques et les coutumes conçues jusqu’à présent afin de garantir la crédibilité de la communication d’informations;

7.

observe avec une inquiétude toute particulière que les médias sociaux sont devenus des vecteurs de désinformation et un instrument utilisé à des fins de manipulation politique, économique et sociale par des acteurs intérieurs et extérieurs. Il est malaisé de décrire le degré de manipulation qui prévaut dans les médias sociaux: il ressort des études scientifiques disponibles que, pour la seule année 2018, des campagnes organisées officiellement de manipulation et de désinformation dans les médias sociaux ont été menées dans 48 pays, tandis que dans le monde entier, diverses forces politiques (partis, gouvernements) ont dépensé plus d’un demi-milliard de dollars pour procéder sur les médias sociaux à des manœuvres psychologiques et à des manipulations de l’opinion publique;

8.

souligne en outre que cette désinformation est souvent utilisée pour diffuser des opinions incompatibles avec les «valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine, de liberté, d’égalité et de solidarité», inscrites dans la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et la Convention européenne des droits de l’homme;

9.

relève que l’efficacité de ces campagnes de désinformation est largement amplifiée grâce à l’accès à des informations détaillées à caractère personnel concernant les utilisateurs des médias sociaux, obtenues ou achetées auprès de ces mêmes médias, et qui peuvent être utilisées pour personnaliser l’affichage de la désinformation, permettant ainsi de conférer à cette dernière une incidence maximale;

10.

met en garde contre les mécanismes de fonctionnement actuels des médias sociaux qui, plus que ceux propres à tout autre canal d’information, favorisent la diffusion de mensonges: certaines études scientifiques indiquent que par exemple sur la plateforme Twitter, la probabilité qu’une fausse information soit «retransmise»(«retwittée») par un utilisateur est jusqu’à 70 % supérieure à celle d’une information véridique;

11.

souligne également que les études disponibles mettent en évidence d’autres phénomènes inquiétants: les utilisateurs des médias sociaux ont de graves difficultés à évaluer le bien-fondé et la fiabilité des informations diffusées sur ces médias sociaux;

12.

s’inquiète de l’état de préparation de l’Union européenne et de ses États membres s’agissant de contenir les flots nouveaux de désinformation que pourrait déverser l’intelligence artificielle; dès à présent, l’on tient la désinformation pour l’une des armes les plus redoutables de la guerre du futur;

13.

soutient le message du Parlement européen (1) sur l’importance, pour l’Union européenne et ses États membres, de coopérer avec les fournisseurs de services de médias sociaux pour contrer la diffusion de la propagande par les médias sociaux, qui pourrait menacer la cohésion sociale de nos territoires et mener à la radicalisation des citoyens, en particulier des jeunes;

14.

se félicite de la manière dont se déroule jusqu’à présent le débat mené à l’échelon européen sur le thème des «fake news»(de la désinformation). Dans cette discussion en cours sur la manière d’endiguer la désinformation sur la toile, la communication adoptée par la Commission européenne sur le thème «Lutter contre la désinformation en ligne: une approche européenne» un point de repère essentiel;

15.

souligne que ladite communication de la Commission européenne met en évidence quatre éléments principaux d’une stratégie pour lutter contre la désinformation sur la toile:

—

accroître la transparence (les connaissances sur la source de désinformation, sur les modalités et le destinataire de la désinformation ou sur le commanditaire de sa production et de sa diffusion);

—

favoriser la diversité des sources d’information, notamment de celles qui incitent les citoyens à exercer leur esprit critique grâce à leur qualité élevée, garantie par un bon travail journalistique;

—

élaborer un système d’évaluation de la crédibilité des sources d’information;

—

mettre en œuvre des programmes d’éducation civique;

16.

prend note avec intérêt du rapport du groupe d’experts de haut niveau créé par la Commission sur les fausses informations et la désinformation en ligne, qu’il convient de considérer comme un complément essentiel de la communication de la Commission. Ledit groupe d’experts a mis en évidence les domaines dans lesquels les mesures prises jusqu’à présent ont échoué, tels que par exemple l’opacité du fonctionnement des algorithmes auxquels recourent les plateformes de médias sociaux pour hiérarchiser les contenus communiqués à leur audience et de déterminer leur ordre de publication;

17.

met en exergue les activités utiles de StratCom East, une cellule spéciale qui opère au sein du Service européen pour l’action extérieure, qui s’emploie à démasquer les manœuvres de propagande et de désinformation menées par la Russie;

18.

prend également note du débat qui s’est tenu au Parlement européen sur la question des fausses nouvelles et de la désinformation sur l’internet; bien qu’il n’ait pas permis de produire une position univoque sur les modalités de la lutte contre la désinformation (les groupes politiques ont présenté des positions divergentes), il a été l’occasion de souligner notamment que l’influence qu’exercent les sources russes de propagande sur l’opinion publique dans les États membres de l’Union européenne doit constituer un sérieux motif de préoccupation;

Priorités

19.

souligne que la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne reconnaît à tout résident de l’Union européenne le droit à la liberté d’expression, qui comprend la liberté d’opinion et celle de recevoir et de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontières. L’action des institutions européennes doit viser à garantir le respect dans les faits du droit à être informé;

20.

rappelle que la menace que constitue la désinformation touche les sociétés et les institutions démocratiques à tous leurs échelons; de fausses informations colportées intentionnellement sur l’internet peuvent avoir le même effet destructeur sur une société locale (et sur les processus politiques, y compris les élections européennes, nationales et locales) que sur les États tout entiers; contrecarrer la désinformation devrait donc constituer une priorité à la veille des élections européennes, aussi bien pour les institutions européennes que pour les médias sociaux, afin de garantir la liberté et l’équité de ce scrutin;

21.

rappelle également que la désinformation expose les communautés à des dommages dans de multiples dimensions: non seulement elle conduit à prendre des décisions politiques sur la base d’hypothèses faussées, mais elle est aussi en mesure de susciter la haine, l’agression, d’exposer les citoyens à des dommages (y compris matériels) ainsi que de provoquer une mise en danger de la santé et de la vie. À long terme, la désinformation minera aussi progressivement la confiance que placent les citoyens dans toutes les sources d’information, quelles qu’elles soient, et dans les institutions, les autorités et la démocratie;

22.

souligne dans le même temps que lutter contre la désinformation sur la toile ne saurait se faire au dépens de la liberté d’expression ou de la protection des données à caractère personnel, qui doivent en toutes circonstances demeurer la propriété inaliénable de chaque utilisateur, qui seul peut autoriser, supprimer et contrôler l’accès à tout ou partie desdites données, ni des autres valeurs fondamentales de la communauté européenne. L’on ne saurait tolérer la moindre forme de censure. Les solutions adoptées doivent être proportionnées;

23.

note que les efforts des principaux acteurs sur le marché des médias sociaux, avec le soutien des institutions européennes, se concentrent actuellement sur la lutte contre la désinformation au moyen de l’«autorégulation» plateformes de médias sociaux et de leur coopération volontaire avec les entités extérieures (comme par exemple les organisations qui œuvrent à vérifier les faits) ainsi que les institutions étatiques; les plateformes de médias sociaux doivent s’investir bien davantage dans la lutte contre les fausses nouvelles, notamment pour les signaler, vérifier les faits, et prendre des mesures pour fermer les faux comptes, en consacrant des ressources suffisantes afin de suivre les flux d’information dans les différentes langues dans tous les États membres de l’Union européenne. En outre, les plateformes de médias sociaux devraient renforcer le concept de «comptes vérifiés» les utilisateurs de Facebook, Twitter, Instagram ou YouTube, afin d’en faire des sources fiables et éthiques;

24.

attire l’attention sur le fait que si les mesures prises actuellement (telles que par exemple le code des bonnes pratiques en matière de lutte contre la désinformation adopté sur une base volontaire en 2018 par Facebook, Twitter ainsi que d’autres plateformes) s’avéraient insuffisantes et si le problème de la désinformation s’aggravait, il pourrait s’avérer nécessaire de recourir à des instruments juridiques qui imposent des mesures spécifiques de la part des entités de contrôle des médias sociaux;

Rôle des collectivités territoriales dans la lutte contre la désinformation

25.

rappelle que la désinformation lorsqu’elle agit par exemple sur les processus politiques et sociaux locaux, est également susceptible d’avoir un effet sur l’organisation de la vie des communautés locales et par conséquent également sur la qualité de vie des citoyens;

26.

souligne que le Comité des régions, dans le rôle que lui assigne le traité de représenter les collectivités locales et régionales de l’Union européenne, est tout spécialement appelé à prendre part au débat consacré à la menace que fait peser la désinformation et à coordonner les mesures prises par les collectivités territoriales européennes pour résoudre ce problème, conformément à l’idée généralement acceptée selon laquelle la lutte contre la désinformation doit s’appuyer sur la coopération de nombreuses et diverses institutions;

27.

met en évidence trois domaines fondamentaux dans lesquels le Comité des régions et les pouvoirs publics locaux peuvent faire preuve d’initiative et appuyer efficacement les efforts déployés pour lutter contre la désinformation à l’œuvre sur la toile, à savoir l’éducation civique, le concours fourni aux organisations non gouvernementales et de la société civile et le soutien aux médias locaux éthiques;

Éducation civique

28.

souscrit à la conclusion entre autres du rapport du groupe d’experts de haut niveau sur les fausses nouvelles et la désinformation en ligne, selon laquelle l’éducation et la formation des citoyens à une utilisation responsable et en connaissance de cause des médias en ligne, dont notamment les médias sociaux, constituent à long terme la meilleure méthode pour lutter contre la désinformation;

29.

note avec intérêt la proposition de la Commission européenne relative au nouveau programme «Europe numérique» la période 2021-2027; invite dans le même temps le Parlement européen à proposer d’insérer dans le cadre du Fonds social européen prévu pour la même période la priorité visant à construire une société consciente, résiliente face à la propagande et disposant des compétences pour vérifier les informations diffusées au moyen de l’internet;

30.

attire l’attention sur le fait que les collectivités territoriales, en tant qu’échelon politique le plus proche des citoyens — et souvent celui auquel incombe l’organisation de l’enseignement du premier et du second degré —, sont les mieux armées pour lancer des programmes éducatifs qui enseignent une utilisation responsable des sources d’information de l’internet ainsi que l’aptitude à discerner les sources crédibles de celles qui ne le sont pas;

31.

invite les pouvoirs publics locaux à prendre les mesures appropriées afin de garantir que les activités d’enseignement d’une utilisation appropriée des médias sur l’internet soient intégrées dans les programmes scolaires dès l’école primaire;

32.

rappelle dans le même temps qu’il convient de concevoir les programmes éducatifs mis en œuvre de manière à pouvoir aisément les modifier et les compléter, en tenant compte des mutations incessantes des caractéristiques des médias en ligne, dont notamment les médias sociaux;

33.

indique également que l’enseignement d’une utilisation en connaissance de cause des médias de l’internet doit tenir compte du fait que la communication dans les médias sociaux fait souvent appel aux émotions, parfois ressenties de manière subconsciente par leur audience. Il serait dès lors nécessaire que le corps professoral bénéficie d’une formation qui lui permette de fournir à cette dernière (les personnes qui prennent part aux programmes éducatifs) les outils adaptés à son âge et à son niveau de formation, lui permettant de se garder du piège d’une réception émotionnelle, tout comme de celui de l’«erreur cognitive», c’est-à-dire la disposition de l’esprit consistant à ne tenir pour vraies que les informations et les opinions qui confirment les convictions personnelles antérieures;

34.

insiste sur le fait que la formation et les outils pour les enseignants doivent être une condition préalable, eu égard à la difficulté d’enseigner l’intelligence émotionnelle et l’esprit critique. En général, les enseignants ne reçoivent pas de formation dans ces domaines, et ne sont pas nécessairement conscients de leur importance, ni même de leur existence. La difficulté d’enseigner une compétence profonde, si l’enseignant ne la possède pas, devrait être compensée par des outils et des processus à la mesure de l’importance de cette compétence, non seulement pour faire face à la désinformation, mais aussi pour le développement de la personne en tant que citoyen ainsi que dans sa capacité professionnelle;

35.

rappelle la nécessité de sensibiliser l’audience au fait que le mode de fonctionnement de certains médias sociaux et, dans une certaine mesure, de certains médias traditionnels, peut conduire à créer des «bulles d’information» des caisses de résonance, dans lesquelles l’audience concernée ne rencontre plus que des points de vue et des informations qui lui plaisent, parmi lesquels peuvent le cas échéant figurer de fausses informations dont la rectification ne la touche pas. En outre, les mécanismes à l’œuvre au sein des médias sociaux semblent bien souvent compliquer la conduite d’un dialogue objectif sur des opinions et des perspectives différentes et l’obtention de compromis, ce qui constitue l’essence de la démocratie;

36.

invite les pouvoirs publics locaux et les institutions chargées de l’enseignement à faire prendre conscience en permanence aux consommateurs, notamment aux jeunes, qu’il est de leur intérêt supérieur de se défendre contre la désinformation sur la toile. En effet, la désinformation ne se cantonne pas uniquement à la sphère de la politique et des questions sociales; elle se manifeste avec non moins d’intensité dans le domaine commercial, qu’il s’agisse des services financiers, des ventes en lignes, ainsi que dans le domaine des conseils de santé; prendre de graves décisions en se fondant sur de la désinformation peut s’avérer tragique dans ses conséquences;

37.

fait état de sa volonté de soutenir les pouvoirs publics territoriaux dans ce domaine, entre autres en recensant les diverses expériences dans tous les États membres de l’Union européenne et en lançant l’élaboration de codes de bonnes pratiques;

Concours fourni aux organisations non gouvernementales

38.

invite les pouvoirs publics territoriaux et les communautés à mettre en place un cadre pour soutenir les organisations du tiers secteur qui œuvrent à lutter contre la désinformation (grâce par exemple à la vérification des faits ou à l’éducation civique);

39.

souligne la nécessité d’un soutien de ce type puisque l’ordre de grandeur du coût de la vérification de l’information est bien supérieur à celui de la «création» ’une fausse information; les organisations indépendantes qui entreprennent de vérifier les données tout comme celles qui entendent enseigner aux citoyens la manière de reconnaître les mensonges, doivent pouvoir compter sur une aide matérielle;

40.

attire l’attention sur le fait que ce sont précisément les collectivités locales et régionales qui disposent de la possibilité d’octroyer un tel soutien, sous diverses formes, qu’il s’agisse de subventions, de locations de locaux à des conditions préférentielles ou d’autres formes d’aide;

41.

signale la possibilité pour le Comité des régions de jouer le rôle de coordinateur qui définit les bonnes pratiques et facilite l’échange d’expériences;

Soutien aux médias locaux

42.

attire l’attention sur le caractère local d’une part considérable de la désinformation qui se propage sur la toile, et sur le fait que les médias locaux et régionaux existants sont susceptibles de jouer un rôle important s’agissant de la rectifier, en suivant des protocoles à cet égard et en bénéficiant d’un soutien approprié. C’est notamment la raison pour laquelle le Comité tient à souligner l’importance de médias régionaux et locaux de qualité, caractérisés par le dynamisme de leurs acteurs, et au sein desquels les opérateurs de service public jouent également un rôle essentiel. Cela est d’autant plus pertinent eu égard à la phase de mutation que traversent la consommation et la production médiatiques;

43.

rappelle que les médias locaux, grâce à leur diversité, assurent la défense du pluralisme politique et des moyens d’information de tout territoire ou région, la défense de ce pluralisme devant être un objectif prioritaire. Ces médias locaux connaissent actuellement une situation difficile dans de nombreux États de l’Union européenne; c’est justement l’entrée sur leur marché des médias sociaux, armés de leurs possibilités techniques (pour toucher les individus, pour orienter avec précision un message vers des personnes déterminées), qui a sapé les bases financières de leur fonctionnement, telles que les petites annonces, et à laquelle se sont parfois ajoutées simultanément des tentatives délibérées au niveau politique d’affaiblir le pluralisme des médias. Des médias locaux affaiblis sur le plan matériel ont évidemment de moindres possibilités de s’opposer activement aux mensonges propagés en ligne;

44.

appelle donc au lancement d’un débat paneuropéen sur les modalités d’un soutien des médias locaux. Cette discussion doit s’articuler autour de deux axes qui ne s’excluent pas mutuellement, à savoir le soutien apporté aux médias pour qu’ils développent des modèles commerciaux viables et l’aide que les pouvoirs publics territoriaux (les communautés locales, mais aussi de surcroît les institutions de l’échelon central ou encore européen) peuvent accorder aux médias locaux, par exemple au moyen de subventions en faveur de certains médias, en vue de garantir un pluralisme sain des opinions et de continuer en même temps d’agir conformément aux principes de l’Union qui régissent le marché unique, dont notamment les règles relatives aux aides d’État. En attendant, le Comité recommande aux institutions locales et territoriales de mettre en place des mesures provisoires de soutien à la presse locale pour assurer la survie de celle-ci.

Bruxelles, le 6 février 2019.

Le président

du Comité européen des régions

Karl-Heinz LAMBERTZ


(1) Parlement européen, 2016/2030 (INI).


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