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AccueilDroit européen52019AE0209
Avis institutionnel52019AE0209

Avis du Comité économique et social européen sur la «Communication conjointe au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen, au Comité des régions et à la Banque européenne d’investissement —“Relier l’Europe à l’Asie — Éléments fondamentaux d’une stratégie de l’Union européenne”»[JOIN(2018) 31 final]

CELEX52019AE0209
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 20 mars 2019

Résumé IA

Cet avis du Comité économique et social européen (CESE) soutient la stratégie de l'UE visant à renforcer les connexions avec l'Asie, en soulignant l'importance d'une approche fondée sur des règles, la durabilité et la réciprocité. Il insiste sur la nécessité d'impliquer la société civile et les partenaires sociaux dans la mise en œuvre de cette stratégie, et de veiller à ce que les projets d'infrastructure respectent les normes sociales et environnementales de l'UE. Pour un professionnel du droit français, cet avis constitue un éclairage non contraignant mais influent sur les orientations politiques et les principes qui guideront les futurs accords et investissements de l'UE en Asie.

Texte intégral

5.7.2019

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 228/95


Avis du Comité économique et social européen sur la «Communication conjointe au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen, au Comité des régions et à la Banque européenne d’investissement —“ Relier l’Europe à l’Asie — Éléments fondamentaux d’une stratégie de l’Union européenne”»

[JOIN(2018) 31 final]

(2019/C 228/14)

Rapporteur: Jonathan PEEL

Consultation

Commission européenne, 14.12.2018

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section spécialisée «Relations extérieures»

Adoption en section spécialisée

26.2.2019

Adoption en session plénière

20.3.2019

Session plénière no

542

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

133/2/1

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) se félicite de la publication le 19 septembre 2018 de la communication conjointe de la Commission et de la Haute représentante de l’Union européenne intitulée «Relier l’Europe à l’Asie — Éléments fondamentaux d’une stratégie de l’Union européenne» (1).

1.1.1.

Cette initiative intervient à point nommé. L’ordre mondial est en train de changer à un rythme inédit depuis presque trente ans, l’ordre commercial mondial issu de la seconde guerre mondiale affronte des défis considérables, le centre de gravité de la puissance économique dans le monde se déplace vers l’orient et le pouvoir d’achat d’ensemble de l’Asie croît à un rythme exponentiel.

1.2.

Le CESE estime toutefois que la communication passe réellement à côté de l’occasion qui se présente, et s’inquiète vivement du nombre de lacunes stratégiques importantes qu’elle contient. Le document ne prend pas en compte les grandes réalités économiques et géopolitiques. Il ne s’y manifeste que très peu de pensée prospective qui soit originale. L’occasion n’a pas été saisie d’approfondir réellement la vision du développement futur des relations de l’Union européenne avec l’Asie et de leur connectivité, et l’on ne constate que peu de reconnaissance manifeste de la grande diversité et de la complexité de cette relation.

1.2.1.

La communication ne comporte aucune feuille de route ni aucune mention claire des objectifs stratégiques de l’Union européenne, qu’ils soient complémentaires ou concurrentiels.

1.2.2.

Le CESE se demande pourquoi il est si peu fait mention, pour autant que ce soit même le cas, d’évolutions récentes d’une importance capitale qui touchent aussi bien l’Union européenne que l’Asie, dont notamment:

—

l’absence de toute tentative de définir ou d’examiner ne fût-ce qu’un seul des grands défis stratégiques auxquels l’Europe devra faire face dans ses futures relations avec l’Asie;

—

l’absence d’encouragement ou d’étude de la connectivité menée par l’Asie ou des questions d’investissement dirigées, dans l’ensemble ou en partie, vers l’Europe;

—

l’absence de référence aux accords essentiels de partenariat dans le domaine commercial ou économique conclus entre l’Union européenne et des pays d’Asie de première importance, qu’ils soient déjà en vigueur ou encore en cours d’élaboration: nous nous étonnons particulièrement de l’absence de référence au récent APE UE-Japon, l’accord le plus significatif en la matière (qui est désormais en vigueur);

—

l’absence de référence, dans le contexte de la «connectivité entre les personnes», aux dialogues existants de la société civile entre l’Union européenne et l’Asie, notamment aux organismes phares de suivi par la société civile mis en place dans le cadre de ces accords commerciaux;

—

l’absence de toute tentative de définir le rôle que pourrait jouer la société civile, en dépit de ce rôle actif qu’elle endosse déjà au niveau du suivi, notamment dans le contexte de la faiblesse de la tradition qui prévaut en Asie en la matière;

—

l’absence de toute tentative d’étudier les questions sociales, bien que celles-ci soient souvent essentielles pour de tels organes — notamment la mise en œuvre des principales conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT), la promotion de l’égalité des sexes (objectif de développement durable 5) ou même les droits de l’homme;

—

l’absence de mention de l’initiative chinoise «Une ceinture, une route» — bien qu’elle ne soit pas seulement dirigée vers l’Europe, mais qu’elle affecte également tous les autres pays asiatiques, et qu’elle propose un réel soutien commercial, financier et infrastructurel;

—

l’absence de prise en compte du fait que l’initiative «Une ceinture, une route» puisse impliquer de lourdes dettes sans pour autant créer un grand nombre de nouveaux emplois, et l’absence d’étude des chances ou des défis stratégiques qu’elle peut présenter pour l’Europe;

—

l’absence, si ce n’est une simple mention en passant, d’étude de la stratégie de l’Union européenne pour l’Asie centrale, et des conséquences pour cette région du monde du jeu de pouvoir stratégique qui se noue entre la Chine, la Fédération de Russie et de nombreux autres acteurs dont la Turquie, l’Iran et l’Inde;

—

l’absence de mention et d’évaluation de l’Union économique eurasiatique, créée par la Russie, qui regroupe à la fois des pays d’Europe et d’Asie centrale et entend poursuivre son expansion;

—

l’absence de mention de la gestion de la demande d’énergie et des intérêts en concurrence pour les vastes ressources en hydrocarbures découvertes en Asie centrale, mis à part la référence que fait la communication au soutien de «la connectivité énergétique tant entre les partenaires asiatiques qu’avec ceux-ci»;

—

l’absence de référence aux initiatives actuelles de connectivité dans les domaines des transports ou de l’énergie, telles que la commission intergouvernementale du corridor de transport Europe-Caucase-Asie (TRACECA) (2);

—

l’absence de toute tentative d’établir un lien entre les transports et les besoins d’infrastructures dans cette région du monde et, par exemple, l’objectif de développement durable 9, qui traite des infrastructures;

—

de même, les défis que l’Union européenne et l’Asie devront relever pour réaliser les objectifs qui découlent de l’accord de Paris sur le climat sont à peine évoqués, notamment en matière de pollution de l’environnement;

—

l’absence de référence au risque croissant de conflit armé, notamment à l’utilisation des technologies spatiales et numériques, ou à la nécessité d’ouvrir un dialogue avec les pays d’Asie à ce sujet;

—

l’absence de référence à la meilleure façon de collaborer avec les pays asiatiques de manière à soutenir les organisations internationales, notamment l’Organisation mondiale du commerce (OMC);

—

l’Inde ne fait l’objet que d’une mention furtive, en dépit de sa taille et de sa puissance potentielle, et l’Iran ne bénéficie que d’une seule mention, alors qu’il s’agit d’un acteur essentiel dont le rôle s’accroît dans la région au sens large.

1.3.

Le CESE se félicite toutefois que la communication mette l’accent sur une connectivité durable, complète et fondée sur des règles. Elle fait valoir, à juste titre, l’importance de promouvoir «une économie circulaire, de faibles émissions de gaz à effet de serre et la résilience future face au changement climatique en vue d’atteindre les objectifs de développement durable (ODD) et les objectifs fixés dans l’accord de Paris sur le climat».

1.4.

Le CESE estime qu’il s’impose que l’Union européenne réponde de manière officielle à cette initiative «Une ceinture, une route».

1.4.1.

Nombreux sont ceux qui escomptaient que la communication à l’examen constitue un élément essentiel de la réponse de l’Union européenne à l’initiative «Une ceinture, une route», mais cette dernière n’y est pas mentionnée. À l’origine, cette initiative se nommait «Ceinture économique de la route de la soie», en référence à la «route de la soie» qui est historiquement la route qui relie l’Union européenne et l’Asie. L’Union européenne dispose déjà d’un partenariat stratégique avec la Chine. Alors que l’initiative «Une ceinture, une route» vise à établir concrètement des liens entre l’Asie et l’Europe, la communication à l’examen revêt un caractère bien plus vaporeux.

1.4.2.

Le CESE attire l’attention sur le lien particulier établi par la commission des affaires étrangères du Parlement européen (3) entre l’initiative «Une ceinture, une route» et le format «16 + 1» rassemblant la Chine et des pays d’Europe de l’est (dont onze États membres de l’Union européenne). Dans son rapport, celle-ci redoute que l’engagement de la Chine d’investir 3 milliards de dollars des États-Unis (USD) dans ces pays puisse susciter «des dettes importantes» contractées par les gouvernements européens concernés «auprès de banques publiques chinoises […] et qui créent peu d’emplois en Europe». La communication à l’examen met fortement l’accent sur la viabilité budgétaire et les financements innovants, tout en faisant fi de cette préoccupation.

1.4.3.

Le Comité estime qu’il est primordial d’établir un lien formel entre l’initiative «Une ceinture, une route» et les objectifs de développement durable. La communication met en avant les objectifs de développement durable. La table ronde UE-Chine, qui rassemble le CESE et le Conseil économique et social de Chine (CESC), a avalisé ce lien à deux reprises lors de récentes réunions.

1.4.4.

L’initiative «Une ceinture, une route» doit jouer dans les deux sens. Le CESE souscrit à l’avis de la Chambre de commerce de l’Union européenne en Chine, selon lequel l’avenir de cette initiative dépend de l’équivalence des flux commerciaux et d’investissement dans les deux sens, ce qui contraindra la Chine à ouvrir ses marchés. Le monde des affaires de l’Union a fait part de ses préoccupations et demandé un surcroît d’information et de transparence avant d’être en mesure de s’engager dans les projets menés sur la base de l’initiative «Une ceinture, une route». Ces préoccupations sont également pertinentes dans un contexte panasiatique.

1.5.

Le CESE recommande vivement de consacrer bien plus de ressources aux relations de l’Union européenne avec l’Asie, «où vivent,» comme le précise le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), «deux tiers des pauvres de la planète». Par rapport à la part bien plus importante du budget de l’Union en faveur du développement qui est allouée à l’Afrique et à l’Amérique latine, les ressources attribuées à de nombreux pays asiatiques beaucoup plus pauvres sont insuffisantes.

1.6.

Le Comité considère que la Commission européenne devrait étendre les instruments économiques de politique étrangère à l’appui des entreprises européennes — et plus particulièrement des consortiums — qui existent déjà pour l’Afrique dans le cadre d’InvestEU, afin de couvrir l’Asie et d’autres parties du monde. Ce soutien devrait également être assuré en respectant les droits des travailleurs lors des procédures de marchés publics, y compris dans les pays tiers qui bénéficient d’investissements étrangers.

1.7.

La partie consacrée à l’énergie brille par sa brièveté. Le Comité presse l’Union européenne de mettre pleinement en œuvre sa grande expertise en matière de renforcement de la coopération au service de l’amélioration de l’efficacité énergétique et du déploiement de sources d’énergies renouvelables. Nous relevons également l’absence de toute mention des divers intérêts concurrents pour les vastes ressources en hydrocarbures découvertes en Asie centrale, et nous déplorons l’absence de référence à la question de l’eau, un autre bien stratégique hautement important, vital et potentiellement dangereux.

1.8.

Le CESE approuve les observations de la communication en matière de connectivité numérique, notamment l’appel à mettre en place «un environnement TIC pacifique, sûr et ouvert, tout en faisant face aux menaces qui pèsent sur la cybersécurité et en protégeant les droits de l’homme et les libertés en ligne, y compris les données à caractère personnel». Toutefois, il est fort décevant que rien ne soit dit de la manière d’agir à l’endroit des pays d’Europe ou d’Asie qui adoptent des approches très différentes de ces questions.

1.9.

Le CESE est surpris de lire que l’Union européenne «devrait s’employer à connecter le réseau transeuropéen de transport (RTE-T), bien développé, aux réseaux en Asie»; nous réitérons notre recommandation (4) formulée pour la première fois en 2011 selon laquelle les corridors de transport que proposent la Chine et l’Union européenne doivent être pleinement alignés, notamment, lorsque cela est possible, en ce qui concerne l’infrastructure ferroviaire.

1.9.1.

Le CESE réitère également sa recommandation de 2015 selon laquelle l’Union européenne devait accroître ses efforts pour obtenir des résultats de la commission intergouvernementale TRACECA «afin d’accélérer le développement d’une chaîne d’infrastructure viable, ce qui garantira un transport multimodal (notamment avec une infrastructure ferroviaire et routière) en reliant le corridor aux réseaux transeuropéens de transport».

2. Contexte: l’importance de l’Asie pour l’Union européenne

2.1.

Le CESE apprécie de figurer expressément parmi les destinataires de la communication conjointe sur le thème «Relier l’Europe à l’Asie — Éléments fondamentaux d’une stratégie de l’Union européenne», publiée brièvement après la tenue du 12e sommet Asie-Europe (ASEM) (5), à Bruxelles, en octobre 2018.

2.2.

Cette initiative visant à définir une stratégie de l’Union européenne pour connecter l’Europe et l’Asie intervient à point nommé. Le monde connaît à l’heure actuelle des mutations structurelles fondamentales. Le renforcement de la puissance économique et du pouvoir d’achat de l’Orient ne cesse de s’accélérer; l’ordre commercial mondial affronte ses plus grands défis du fait de l’imposition unilatérale par le gouvernement des États-Unis de droits de douane à l’importation et de sa remise en cause de l’OMC; l’Union européenne doit relever des défis internes sans précédent, tandis que de nombreux pays (comme par exemple le Royaume-Uni et la Turquie) connaissent également de grandes mutations internes, ou, à l’instar de la Russie ou de l’Iran, réaffirment leur place dans le monde.

2.2.1.

La connectivité entre l’Union européenne et l’Asie existe depuis des millénaires. Avant l’ouverture de la voie maritime en 1497, elle était matérialisée en premier lieu par ce que l’on appelle aujourd’hui les routes de la soie. Ces dernières avaient une portée plus large que le commerce; elles englobaient tous les échanges engageant des biens, des idées et des peuples, et recouvraient notamment les interactions culturelles, médicales et religieuses, l’accès aux ressources essentielles et les innovations technologiques. Au départ de l’Asie, les routes vers l’Occident permettaient également d’accéder à l’Afrique, un élément que l’on retrouve à nouveau à l’œuvre dans le cadre de l’initiative chinoise «Une ceinture, une route».

2.3.

Quatre grands pays asiatiques figurent par les dix premiers partenaires commerciaux de l’Union européenne, à savoir la Chine, le Japon, la République de Corée et l’Inde. Sept autres pays asiatiques figurent parmi les trente premiers. Avec certains de ces pays, l’Union européenne a déjà négocié d’importants accords de libre-échange (ALE) ou des accords de partenariat économique (APE), que ce soit avec la République de Corée (no 8), entré en vigueur en 2011, avec le Japon (no 6), désormais en vigueur, ou encore avec Singapour (no 14) et le Viêt Nam (no 19), pour lesquels il convient encore de recueillir le consentement du Parlement européen. À l’heure actuelle, les négociations d’ALE de l’Union européenne avec l’Indonésie (no 29), la Malaisie (no 21), la Thaïlande (no 24) et d’autres pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), soit se poursuivent, soit se trouvent dans l’impasse.

2.3.1.

Chacun des ALE ou des APE conclus prévoit un solide chapitre sur le commerce et le développement durable, qui accorde un rôle actif à la société civile en matière de suivi dans le cadre duquel le CESE est à son tour fortement engagé [il a largement traité de cette question dans de récents avis (6)]. Des accords distincts de protection des investissements (API) ont également été conclus avec Singapour et le Viêt Nam, sans qu’il ait encore été possible d’y parvenir avec le Japon.

2.3.2.

En revanche, les négociations menées avec la Chine (no 2) en vue d’un accord complet et distinct d’investissement ont débuté en 2013, mais ne progressent que lentement: le 20e cycle des négociations est en cours. Les négociations en vue de la conclusion d’un ALE avec l’Inde (no 9), lancées en 2007, sont toutefois dans l’impasse depuis 2013.

2.3.3.

Le CESE est fort surpris de relever que la communication à l’examen ne fait état d’aucun de ces accords ni de ces négociations.

2.4.

L’Asie représente quelque 60 % de la population mondiale, quelque 35 % des exportations de l’Union et 45 % de ses importations. Outre des partenaires industrialisés à hauts revenus et des économies émergentes dynamiques, l’Asie abrite également «deux pauvres sur trois dans le monde», comme le fait valoir le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) sur son site internet (7). Ce dernier constate que la coopération avec l’Asie en matière de développement continue par conséquent de figurer parmi les préoccupations premières de l’Union, ce qui se traduit par l’allocation de plus de 5 milliards d’euros, et note de surcroît que des politiques sont mises en place conjointement afin de relever des défis communs tels que le changement climatique, le développement durable, la sécurité et la stabilité, la gouvernance et les droits de l’homme, ainsi que la prévention des catastrophes naturelles et d’origine humaine et la réaction face à celles-ci. Or, les montants alloués à l’Afrique et à l’Amérique latine sont, par comparaison, beaucoup plus élevés.

2.5.

L’Asie abritant des peuples et des cultures extrêmement divers, il n’existe pas de solution universelle applicable à tous. Elle n’est aucunement à l’image de l’Union européenne. Le respect des droits de l’homme et l’approche concernant les questions sociales varient énormément entre les différentes régions d’Asie. Mis à part les puissances économiques d’Asie orientale et l’Inde (où toutefois le développement économique doit encore tenir ses promesses), ces pays sont d’une diversité extrême. Même au sein de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, Singapour côtoie le Myanmar, le Laos et le Cambodge, les trois pays les moins développés.

2.6.

Pour sa part, le Comité a récemment élaboré plusieurs avis touchant à l’Asie, notamment en ce qui concerne les négociations que mène l’Union européenne en matière de commerce et d’investissement, ainsi que deux avis sur l’Asie centrale (8), le deuxième ayant été élaboré en 2015 à la demande de la Lettonie qui exerçait alors la présidence du Conseil de l’Union européenne.

3. Observations générales: des éléments fondamentaux?

3.1.

Il y a lieu de se féliciter que la communication mette l’accent, bien que de manière assez générale, sur une connectivité durable, complète et fondée sur des règles. Il s’agit là notamment de la protection de l’environnement, de la sûreté et de la sécurité, tout comme des droits sociaux et individuels et de la nécessité d’une concurrence équitable et transparente. Elle fait également valoir l’importance de promouvoir «une économie circulaire, de faibles émissions de gaz à effet de serre et la résilience future face au changement climatique en vue d’atteindre les objectifs de développement durable (ODD) et les objectifs fixés dans l’accord de Paris sur le climat».

3.2.

Le CESE se serait fortement inquiété si la communication n’avait pas mentionné tous ces éléments, tout particulièrement lorsque l’on sait que ces questions essentielles n’ont cessé d’être mises en avant et développées depuis 2006, date à laquelle la Commission a publié sa communication sur le commerce intitulée «Une Europe compétitive dans une économie mondialisée». Cette dernière visait à faire en sorte que les bénéfices de la libéralisation des échanges commerciaux et les valeurs européennes «soient bien répercutés sur les citoyens. Aspirant à la justice et à la cohésion sociale sur notre territoire, nous devons en outre chercher à promouvoir nos valeurs — y compris les normes en matière sociale et environnementale et la diversité culturelle — dans le monde entier» (9). La communication de 2015 sur «Le commerce pour tous» développe ces questions (10).

3.3.

Par conséquent, nous approuvons vivement l’axiome sous-jacent de la communication conjointe à l’examen, qui relève du registre de l’exhortation. Malgré cela, il semble qu’elle soit fortement déconnectée de nombreux développements récemment intervenus en Asie, notamment avec ceux qui peuvent constituer au fil du temps des défis stratégiques pour l’Europe elle-même. Parmi ces développements figurent notamment l’initiative «Une ceinture, une route», l’Organisation de coopération de Shanghai, la connectivité accrue entre la Russie, la Chine, l’Asie centrale, la Turquie, l’Iran et même l’Inde, particulièrement en ce qui concerne l’énergie et les transports.

3.3.1.

C’est une grande déception que n’ait pas été saisie l’occasion d’exposer une vision réelle et approfondie des développements futurs des relations de l’Union européenne avec l’Asie et de leur connectivité. Nous ne relevons aucune étude de ce que les pays asiatiques attendent peut-être, quant à eux, de l’Union européenne: des investissements, des marchés, une aide au renforcement des capacités? Le document à l’examen apparaît davantage comme une liste d’«éléments fondamentaux» déjà en place que comme l’exposé des ambitions et des souhaits concrets de l’Union européenne pour l’avenir. Il ne s’y manifeste que très peu de pensée prospective qui soit originale et encore moins qui sorte des sentiers battus.

Peut-être que cela n’a jamais été le but de la communication conjointe, mais nous estimons que de nombreuses occasions essentielles ont été manquées. Celles-ci ont déjà été exposées en détail plus haut.

4. Connectivité

4.1.

La connectivité est le thème central de la communication à l’examen. Elle s’entend telle que définie lors de la réunion ministérielle du Dialogue Asie-Europe (ASEM) en novembre 2017. Bien que ce thème ait été retenu pour le sommet de l’ASEM en 2018, la communication fait l’impasse sur ce forum. En l’occurrence, la connectivité couvre un large éventail de questions, réparties en six domaines spécifiques. Ceux-ci ont trait notamment aux infrastructures ferroviaires, routières, aériennes et maritimes, aux infrastructures énergétiques (électricité, gaz), aux technologies de l’information et de la communication (TIC), à l’intelligence artificielle et aux réseaux intelligents, ainsi qu’aux relations commerciales et d’investissement, et à la dimension capitale des relations interpersonnelles.

4.2.

À la «connectivité durable», la communication joint la «viabilité budgétaire», qu’elle développe dans une section ultérieure intitulée «Partenariats internationaux en matière financière» et qu’elle étudie en profondeur. Alors que cette section comprend une référence à la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures, qui n’a guère les faveurs des États-Unis, aucune mention n’est faite des préoccupations exprimées par le Parlement européen (11) au sujet de l’initiative chinoise «16 + 1», qui crée des dettes importantes mais peu d’emplois en Europe, et dont les effets ne s’arrêtent et ne s’arrêteront pas aux frontières de l’Union européenne. Ces préoccupations sont nées à la suite de l’engagement qu’a pris la Chine lors du sommet de 2017 d’investir 3 milliards d’USD dans les infrastructures dans les seize pays européens concernés, le Parlement européen ayant alors souligné que de tels projets «ne doivent pas être attribués dans le cadre d’un appel d’offres non transparent».

4.2.1.

Le Parlement européen invitait les États membres à œuvrer bien plus étroitement de manière «à veiller à ne pas compromettre les intérêts nationaux et européens pour un soutien financier à court terme». Cette préoccupation d’ensemble trouve un écho dans la proposition de l’Union européenne relative au filtrage en son sein des investissements directs étrangers (12).

4.2.2.

Le Comité constate que si des instruments de soutien aux entreprises et consortiums européens existent dans le cas de l’Afrique, l’Union européenne n’a rien prévu de tel concernant ses relations avec l’Asie. Ne serait-ce que parce que l’absence d’instruments de ce type désavantage les entreprises européennes par rapport aux entreprises chinoises, qui sont soutenues par l’initiative «Une ceinture, une route», le Comité estime que la Commission doit désormais élargir la politique en vigueur pour l’Afrique et étendre le programme InvestEU afin de couvrir les risques liés aux investissements tant en Asie que dans d’autres parties du monde. Ce soutien devrait également être assuré en respectant les droits des travailleurs lors des procédures de marchés publics, y compris dans les pays tiers qui bénéficient d’investissements étrangers.

4.3.

En revanche, la «connectivité complète» comprend la connectivité des transports, du numérique et de l’énergie. Pour ce qui est de la connectivité numérique, la section 3.2 de la communication évoque des interconnexions de réseaux à haute capacité, un accès universel et abordable à l’internet et «un environnement TIC pacifique, sûr et ouvert, tout en faisant face aux menaces qui pèsent sur la cybersécurité et en protégeant les droits de l’homme et les libertés en ligne, y compris les données à caractère personnel». Toutefois, rien n’est dit de la manière d’agir à l’endroit des pays qui adoptent des approches très différentes de ces questions.

4.4.

En matière de transports, la communication relève que 70 % des échanges s’effectuent par voie maritime et plus de 25 % par voie aérienne, une situation inévitable du fait des distances en question. Nous notons cependant qu’en matière de formalités douanières, il n’a été apparemment nullement tenu compte de l’accord multilatéral sur la facilitation des échanges de l’OMC, entré en vigueur en février 2017.

4.4.1.

La communication reconnaît que le potentiel de croissance dans le domaine des transports est considérable, tout en relevant que «le transport ferroviaire demeure relativement marginal». Pour de nombreux pays d’Asie, le transport maritime est bien plus approprié et un navire peut transporter un nombre 200 fois plus important de containers que ne peut le faire un train. Toutefois, le transport maritime constitue un problème mondial et non asiatique. La communication indique que «le transport routier est généralement approprié pour de moyennes distances […] et en tant que réseau de transport secondaire […]». Mais pourquoi n’est-il nullement fait mention de la commission intergouvernementale TRACECA (commission intergouvernementale du corridor de transport Europe-Caucase-Asie) (13)?

4.4.2.

L’une des recommandations essentielles de l’avis du CESE sur l’Asie centrale (14) adopté en 2015 prévoyait que l’Union européenne devait accroître ses efforts pour obtenir des résultats de la commission intergouvernementale TRACECA «afin d’accélérer le développement d’une chaîne d’infrastructure viable, ce qui garantira un transport multimodal (notamment avec une infrastructure ferroviaire et routière) en reliant le corridor aux réseaux transeuropéens de transport».

4.4.3.

Le CESE y faisait valoir que «TRACECA reste une initiative importante aux yeux de l’Union européenne. Il s’agit d’un programme international qui vise à renforcer les relations économiques, le commerce, le transport et les communications depuis le bassin de la mer Noire vers le Caucase du Sud et l’Asie centrale sur la base des systèmes de transport existants, de la volonté politique et des aspirations communes de ses 13 États membres». S’il existe à cet égard des problèmes de corruption, il convient de les aborder directement.

4.4.4.

Le CESE est également surpris de ne trouver qu’une simple proposition selon laquelle l’Union européenne «devrait s’employer à connecter le réseau transeuropéen de transport (RTE-T), bien développé, aux réseaux en Asie». Notre avis de 2015 répétait notre «recommandation de 2011 selon laquelle les corridors de transport que proposent la Chine et l’Union européenne doivent être pleinement alignés, notamment, lorsque cela est possible, en ce qui concerne l’infrastructure ferroviaire». Le CESE réitère à nouveau cette recommandation en 2019.

4.4.5.

Ce même avis ajoutait que: «Créer une infrastructure ferroviaire stratégique et routière moderne et interopérable le long de la route de la soie revêt un intérêt majeur pour la Chine, l’Union européenne et la Russie. La réussite de l’intégration de cette région grâce à une infrastructure moderne et fiable devrait ouvrir la voie non seulement à une plus grande intégration économique régionale mais également à la promotion de la mobilité des personnes et des échanges multiculturels, ce qui créera un meilleur environnement pour faire progresser l’état de droit et la démocratie.» Dans le contexte de l’ODD 9 (bâtir une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation durable et encourager l’innovation), cette question a depuis lors encore gagné en urgence.

4.4.6.

Nous déplorons également que rien n’ait été dit de l’extension des connexions routières et ferroviaires en direction de l’Inde et de l’Asie du sud-est, en dépit des récents et considérables travaux de construction de routes, tant en Asie centrale qu’en Iran. À cet égard, la dénonciation par les États-Unis du plan d’action global commun (15) a pu jouer un rôle crucial.

4.5.

La section (3.3) consacrée à la connectivité énergétique brille par sa brièveté. Le CESE avait précédemment indiqué que «la viabilité des liens de l’Union européenne avec les réserves d’énergie importantes de l’Asie centrale doit être fondée sur des considérations pratiques et économiques. L’Union européenne a raison de participer au développement du secteur de l’énergie dans ces pays, ne fût-ce qu’en raison du fait que leurs réserves offrent à l’Europe un approvisionnement complémentaire (et non pas alternatif), bien que cette option soit compliquée par des considérations de transit et de transport. Cependant, il importera d’éviter tout risque de malentendu avec la Chine au titre de notre intérêt mutuel à l’égard de l’accroissement des approvisionnements en énergie provenant d’Asie centrale».

4.5.1.

À nouveau, le CESE renouvelle sa recommandation que «l’Union européenne mette en œuvre sa grande expertise en matière de renforcement de la coopération au service de l’amélioration de l’efficacité énergétique et du déploiement de sources d’énergies renouvelables, en raison du fort potentiel encore inexploité dans la région».

4.5.2.

C’est avec surprise que le CESE relève l’absence de mention de l’eau, bien que celle-ci soit un bien vital pour la plus grande part de l’Asie et puisse constituer une réelle source de conflit. La gestion de l’eau, tout comme la viabilité environnementale, revêt une importance capitale, notamment dans ses dimensions d’efficacité et de gaspillage.

4.5.3.

Les pénuries d’eau se verront aggravées par le changement climatique. Un risque de conflit existe déjà en Asie centrale entre les pays riches en eau, mais dont les ressources en hydrocarbures sont insuffisantes, et ceux qui possèdent du pétrole et du gaz, mais manquent d’eau. La question de la construction potentielle de barrages sur d’importants cours d’eau, tels que le Mékong, demeure en suspens, alors que l’on peut s’attendre à ce que la fonte du «troisième pôle», à savoir la calotte glaciaire de l’Himalaya, pose également un problème particulier.

5. L’initiative «Une ceinture, une route» et une réflexion plus générale sur les relations UE-Asie

5.1.

Le CESE ne sera pas le seul à être surpris que la communication à l’examen ne mentionne pas l’initiative «Une ceinture, une route», car nombreux sont ceux qui s’attendaient à ce que cette communication constitue un élément essentiel de la réponse de l’Europe.

5.1.1.

Lorsque le président Xi l’a lancée pour la première fois en 2013 à Astana, cette initiative se nommait «Ceinture économique de la route de la soie», en référence aux «routes de la soie» qui sont historiquement les routes qui relient l’Union européenne et l’Asie.

5.1.2.

L’initiative «Une ceinture, une route» s’appuyait à l’origine sur un financement de 16,3 milliards d’USD, devenu depuis bien plus important; et il s’agit là d’espèces sonnantes et trébuchantes. Destinée non seulement à resserrer les liens avec l’Europe, elle s’inscrivait dans le cadre d’une vision plus large afin d’étendre la coopération régionale entre la Chine et d’autres pays d’Asie, ainsi qu’avec l’Afrique, pour renforcer la connectivité régionale, approfondir les relations commerciales et économiques et développer les liens interpersonnels. Elle vise désormais à établir des échanges commerciaux et à construire des infrastructures entre plus de soixante-dix pays par voie terrestre et maritime, en apportant un surcroît d’investissements, de développement, de connectivité financière et interpersonnelle; il s’agit là d’un signal fort de la volonté de la Chine de jouer un rôle plus important à l’échelle mondiale, en dépit des préoccupations qu’expriment de nombreux acteurs (notamment l’Inde et le Japon) quant aux conditions politiques et financières en rapport.

5.1.3.

Le Comité estime qu’il s’impose que l’Union européenne réponde de manière officielle à cette initiative. Le partenariat stratégique UE-Chine est important. Alors que l’initiative «Une ceinture, une route» vise à établir concrètement des liens en matière d’infrastructures, de transport et de commerce, la communication à l’examen revêt un caractère bien plus vaporeux. L’Union européenne souhaite-t-elle qu’à l’avenir, tous les chemins puissent mener à Pékin plutôt qu’à Rome?

5.2.

L’initiative «Une ceinture, une route» est un élément capital de la connectivité entre l’Union européenne et l’Asie. Il a déjà été fait référence aux préoccupations formulées par le Parlement européen. La Chambre de commerce de l’Union européenne en Chine, à son tour, a souligné à quel point il est important que l’initiative «Une ceinture, une route» soit caractérisée par la réciprocité, estimant que son avenir dépend de l’équivalence des flux commerciaux et d’investissement dans les deux sens, ce qui contraindra la Chine à ouvrir ses marchés.

5.2.1.

La Chambre considère que le succès de l’initiative sera largement tributaire de l’ouverture des marchés, de l’équilibre des échanges, de la transparence et de la réciprocité. Elle fait valoir que l’Asie et le reste du monde ont grandement besoin d’infrastructures solides, que l’amélioration de la connectivité peut contribuer considérablement à la croissance économique et que par conséquent, une telle approche est conforme aux intérêts de tous les participants à cet ambitieux projet. Elle demande dès lors la mise en place de procédures transparentes de passation des marchés publics qui permettront aux entreprises européennes et chinoises, et plus particulièrement aux entreprises privées, d’évoluer dans des conditions de concurrence équitables, et attribueront les projets aux meilleurs soumissionnaires. À défaut de cela, d’après la Chambre, il est vraisemblable que des fonds seront dépensés inutilement et que des projets échoueront (16).

5.2.2.

La communication à l’examen évoque également dans sa section 5.3 «des conditions équitables pour les entreprises». Le monde des affaires de l’Union a fait part de ses préoccupations et a également demandé un surcroît de transparence et d’association des entreprises à un stade précoce aux projets de l’initiative «Une ceinture, une route» afin de répondre aux exigences de diligence et d’évaluation de la rentabilité commerciale et de veiller à ce que s’y appliquent également une économie de marché fondée sur le droit et des marchés publics non discriminatoires.

5.3.

La communication met en avant les objectifs de développement durable. Le CESE estime qu’il est essentiel d’établir un lien formel entre les ODD et l’initiative «Une ceinture, une route». La déclaration commune de 2017 de la table ronde UE-Chine (17)«insiste notamment pour que la mise en œuvre de cette initiative prenne en compte la réalisation du programme des Nations unies à l’horizon 2030 et de ses objectifs de développement durable, ainsi que la mise en œuvre de l’accord de Paris sur le changement climatique».

5.3.1.

La déclaration conjointe de 2018 (18) constatait en outre qu’«en ce qui concerne les importantes initiatives en matière d’infrastructures, l’Union européenne et la République populaire de Chine, qui sont l’un pour l’autre des partenaires importants dans le domaine du commerce et de l’investissement, devraient continuer à aligner la conception et la mise en œuvre de leurs initiatives essentielles et à renforcer leur coopération en matière de commerce, de facilitation des investissements, de commerce électronique, de connectivités, d’infrastructures, de technologies de l’information, de l’énergie, des contacts interpersonnels et dans d’autres domaines». Elle ajoute que les pouvoirs publics des deux parties devraient «veiller au caractère durable sur le plan budgétaire et environnemental de toutes les initiatives et projets communs, et contribuer ainsi à la réalisation des ODD». Elle fait valoir qu’«aussi bien le programme à l’horizon 2030 que l’accord de Paris mettent en lumière le besoin pressant d’infrastructures mondiales et pointent la nécessité de prendre en compte l’ensemble des ODD dans le cadre de l’initiative «Une ceinture, une route» et de la stratégie pour connecter l’Europe et l’Asie».

5.3.2.

La table ronde concluait que «pour que les grands projets profitent aux deux parties, ils se doivent de produire des avantages mutuels et d’être transparents, interopérables, réciproques et durables, fondés sur la consultation, la participation et les bénéfices partagés».

5.4.

En ce qui concerne la réflexion plus générale au sujet de la connectivité entre l’Union européenne et l’Asie, il est évident que de nombreuses questions qui se posent dans le contexte de l’initiative «Une ceinture, une route» ont une application bien plus large. Par exemple, la communication met l’accent sur les ODD sans explorer en détail leur lien avec l’initiative. Parmi les ODD les plus pertinents, non seulement pour l’initiative «Une ceinture, une route», mais aussi pour la connectivité de toute l’Asie, on peut citer ceux qui suivent:

—

l’objectif 6 (eau propre et assainissement);

—

l’objectif 7 (garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes à un coût abordable);

—

l’objectif 9 (bâtir une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation durable et encourager l’innovation);

—

l’objectif 8 (promouvoir une croissance économique soutenue, partagée et durable, l’emploi et un travail décent pour tous); et

—

l’objectif 14 (conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines).

5.4.1.

De nombreux autres ODD doivent également être pris en compte, notamment l’objectif 5 (parvenir à l’égalité des sexes), l’objectif 11 (villes et communautés durables), l’objectif 12 (établir des modes de consommation et de production durables) et l’objectif 15 (gérer durablement les forêts, lutter contre la désertification, enrayer et inverser le processus de dégradation des terres et mettre fin à l’appauvrissement de la biodiversité).

5.5.

C’est à juste titre que la communication à l’examen met fortement l’accent sur «une connectivité fondée sur des règles». À cet égard, un rôle considérable incombe à l’OMC, qui est aujourd’hui menacée par le gouvernement des États-Unis sous la présidence de M. Trump. Une mission essentielle de l’OMC consiste à promouvoir la transparence dans le commerce international, notamment grâce à son système d’«examen par les pairs», par lequel les pratiques commerciales de ses membres font régulièrement l’objet d’un examen. L’OMC est le bon forum pour traiter des préoccupations telles que celles soulevées par les États-Unis à l’endroit de la Chine, notamment en matière de dumping et de subventions déguisées.

5.5.1.

Au vu de toutes ces considérations et pour de nombreuses autres raisons géopolitiques, compte tenu de la croissance exponentielle des activités commerciales dans un grand nombre d’États d’Asie, le soutien apporté à l’OMC sera solide, et un appui asiatique largement répandu aidera l’Union européenne à prendre la défense de l’OMC, de son rôle et de ses principales activités.

5.5.2.

L’une des cibles spécifiques couvertes par l’ODD 17 (revitaliser le partenariat mondial pour le développement durable) consiste à «promouvoir un système commercial multilatéral universel, réglementé, ouvert, non discriminatoire et équitable sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce». Comme l’a souligné la déclaration ministérielle de l’OMC à Nairobi (19), «le commerce international peut contribuer à assurer une croissance durable, solide et équilibrée pour tous»; elle insiste dans le même temps sur le fait qu’il serait beaucoup plus difficile d’y parvenir en l’absence d’un mécanisme commercial multilatéral efficace.

6. Renforcement des pouvoirs de la société civile

6.1.

Comme indiqué, tous les ALE et les APE conclus par l’Union européenne depuis 2011 comportent un solide chapitre sur le commerce et le développement durable, qui prévoit un rôle actif de suivi pour la société civile.

6.1.1.

Néanmoins, le rôle et la notion même de société civile diffèrent fortement en Asie et en Europe ou ailleurs dans le monde. La mise sur pied d’un véritable forum de la société civile dans le cadre de l’ALE entre l’Union européenne et la Corée du Sud a été couronnée de succès, bien que ce fût une entreprise de longue haleine. La mise en place d’un mécanisme similaire entre l’Union européenne et le Japon est en cours; celui-ci s’appuie sur des contacts intensifs et fructueux, établis depuis longtemps. Ni pour Singapour ni pour le Viêt Nam, il n’existe de mécanisme sur lequel s’appuyer à la suite de la ratification. D’autres pays de l’ASEAN, notamment l’Indonésie, suivront probablement. Bien qu’elle constitue l’élément phare de la connectivité de l’Union européenne avec la société civile en Asie, la communication à l’examen demeure muette à ce sujet.

6.2.

Le CESE salue l’insertion au sein de cette communication de la notion de connectivité entre les personnes. Cette dernière touche spécialement «la mobilité des étudiants, des universitaires et des chercheurs ainsi que la connectivité entre eux» (section 3.4), car elles «sont essentielles à la compréhension mutuelle et à la croissance économique», en mettant en exergue le programme Erasmus et les «actions Marie Skłodowska-Curie». La connectivité entre les personnes naît le plus souvent du commerce, du tourisme ou du sport, bien que l’Union européenne ait également mis sur pied un grand nombre d’initiatives axées sur le dialogue avec la Chine, l’Inde ou d’autres pays asiatiques.

6.2.1.

L’engagement de la jeunesse, par la voie notamment de l’éducation et de programmes d’échange, revêt une importance toute particulière. À cet égard, le programme Erasmus+ de l’Union européenne, révisé et très attendu, est essentiel. Il contribue à développer des liens plus approfondis en matière d’éducation et la mobilité dans l’enseignement supérieur, ce qui devrait s’accompagner d’une facilitation des visas et des laissez-passer en faveur des étudiants les plus doués. Toutefois, ce programme a une portée mondiale, et compte tenu de la diversité qui caractérise le continent asiatique, il est difficile, voire peu souhaitable, de l’intégrer dans un contexte asiatique spécifique.

6.2.2.

Cette démarche doit toutefois jouer dans les deux sens: l’Asie peut aussi offrir des compétences de pointe. Nombreux sont les pays asiatiques davantage intéressés par la reconnaissance mutuelle des qualifications, l’amélioration de la mobilité de la main-d’œuvre et l’accès aisé aux visas, comme en témoigne déjà l’enlisement des négociations avec l’Inde.

6.3.

Toutefois, l’Union européenne doit faire davantage pour gagner les cœurs et les esprits en Asie. La communication à l’examen est décevante en ce qu’elle n’avance pas grand-chose en matière de droits de l’homme (peut-être en raison de la diversité qui existe entre les pays d’Asie), d’état de droit, de bonne gouvernance et de démocratisation. L’Union européenne doit encourager le renforcement de la confiance. L’Asie dans son ensemble est confrontée à des difficultés en raison de la douloureuse et vaste transformation, dans de nombreux pays, d’économies planifiées en économies nationales de marché, entravée comme toujours par des périodes endémiques de troubles ethniques, environnementaux et économiques, sans parler des problèmes de corruption.

Bruxelles, le 20 mars 2019.

Le président

du Comité économique et social européen

Luca JAHIER


(1) JOIN(2018) 31 final.

(2) www.traceca-org.org/en/traceca/ (disponible en anglais et en russe).

(3) PE 2017/2274 (INI), 11 juillet 2018.

(4) Avis du CESE sur «La contribution de la société civile au réexamen de la stratégie UE-Asie centrale» (JO C 242 du 23.7.2015, p. 1), et sur le thème «Rôle et relations de l’Union européenne vis-à-vis de l’Asie centrale et contribution de la société civile» (JO C 248 du 25.8.2011, p. 49).

(5) Ce sommet Asie-Europe rassemble trente États européens et vingt-et-un États asiatiques.

(6) Notamment les avis sur les thèmes i) «Le rôle des groupes consultatifs internes dans le suivi de la mise en œuvre des accords de libre-échange»; ii) «Le commerce pour tous — Vers une politique de commerce et d’investissement plus responsable», (JO C 264 du 20.7.2016, p. 123), et iii) «Chapitres sur le commerce et le développement durable dans les accords de libre-échange conclus par l’Union européenne» (JO C 227 du 28.6.2018, p. 27).

(7) https://eeas.europa.eu/regions/asia/334/asia_en (disponible pour l’heure uniquement en anglais).

(8) Voir note 4 de bas de page.

(9) COM(2006) 567 final, paragraphe 3.1.iii).

(10) COM(2015) 497 final.

(11) Voir note 3 de bas de page.

(12) COM(2017) 487 final.

(13) Voir note 2 de bas de page.

(14) Voir note 4 de bas de page.

(15) Le plan d’action global commun signé en 2015 avec l’Iran.

(16) Comme réaffirmé le 27 mai 2017.

(17) 15e Table ronde UE-Chine.

(18) 16e Table ronde UE-Chine

(19) Déclaration ministérielle de Nairobi.


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