| CELEX | 52019AE0917 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 26 septembre 2019 |
| 15.1.2020 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 14/95 |
Avis du Comité économique et social européen sur le «Document de réflexion “Vers une Europe durable à l’horizon 2030”»
[COM(2019) 22 final]
(2020/C 14/14)
Rapporteur: Cillian LOHAN
Corapporteur: Peter SCHMIDT
| Consultation | Commission européenne, 12.3.2019 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Décision du bureau | 11.12.2018 — élargissement: 22.1.2019 |
| Compétence | Sections «Agriculture, développement rural et environnement» et «Transports, énergie, infrastructures et société de l’information» |
| Adoption en section | 28.6.2019 |
| Adoption en session plénière | 26.9.2019 |
| Session plénière no | 546 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 168/3/5 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le développement durable doit être au cœur de l’avenir de l’Europe. Tout en appréciant l’analyse approfondie et la description des enjeux présentées dans le document de réflexion, ainsi que ses indications quant à la direction à suivre et au potentiel pour l’Europe, le CESE est préoccupé par le constat selon lequel le rythme de la transition vers la durabilité, à l’échelle mondiale et européenne, est loin d’être suffisant pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies fixés d’un commun accord. Aucune action politique ne répond à l’urgence de relever les défis environnementaux, sociaux et économiques actuels. |
| 1.2. | Le développement durable est un objectif commun à l’échelle mondiale; il requiert un effort collectif de toutes les nations dans le but de parvenir à une utilisation durable des ressources naturelles et à la prospérité de tous les citoyens. L’Europe ne peut y parvenir seule, mais l’Union européenne peut et doit utiliser son poids en tant que principal bloc commercial et grand importateur de ressources biologiques pour faire pression au niveau mondial en faveur d’un approvisionnement durable, soutenant ainsi le maintien de la biodiversité et des écosystèmes mondiaux essentiels à notre avenir commun. |
| 1.3. | L’enjeu du développement durable, c’est l’avenir des citoyens; toute économie devrait, dans les limites de la planète, œuvrer afin de permettre à la société de produire de la prospérité et de l’équité, pour les générations présentes et à venir. Le programme à l’horizon 2030 est un projet axé sur les personnes, conçu de manière à ne laisser personne de côté. Le lancement d’un «Pacte vert et social pour l’Europe» constituera un élément essentiel de la transformation des économies européennes dans une direction beaucoup plus durable. |
| 1.4. | L’heure n’est plus à la réflexion: il est aujourd’hui grand temps d’agir. Le CESE souhaite que l’on s’attache sans délai à concevoir et réaliser une stratégie de développement durable à l’échelle de l’Union européenne, globale et à long terme, assortie d’un plan de mise en œuvre complet pour atteindre les ODD d’ici à 2030. |
| 1.5. | La stratégie de développement durable devrait englober à la fois les mesures internes et l’action extérieure de l’Union européenne et favoriser une cohérence maximale entre ces deux aspects. Le plan de mise en œuvre devrait intégrer la durabilité dans tous les domaines stratégiques, définir les actions clés qui seront entreprises par l’Union européenne pour réaliser les ODD, un calendrier et une feuille de route clairs, des objectifs et indicateurs concrets, ainsi que les principales fonctions et responsabilités de l’ensemble des institutions, agences et acteurs de l’Union européenne. La mise en œuvre devrait être axée sur l’innovation, une coopération internationale et des accords commerciaux orientés vers le développement durable, ainsi que la mobilisation des entreprises et de la société civile. |
| 1.6. | Il convient d’établir un cadre de gouvernance et de coordination parallèlement à la stratégie de mise en œuvre du programme à l’horizon 2030 afin de faire en sorte que les ODD soient au cœur de toutes les politiques. En particulier, le programme stratégique de l’Union européenne pour 2019-2024 aurait dû être fondé sur les ODD et le Parlement européen devrait jouer un rôle de premier plan. La nouvelle Commission devrait être organisée autour de la mise en œuvre et de l’intégration des ODD, comme indiqué dans les lettres de mission adressées aux commissaires. |
| 1.7. | Le CESE invite la Commission à mener une politique allant au-delà de la croissance du PIB. L’utilisation du PIB pour mesurer la prospérité ne permet pas de tenir compte d’éléments importants tels que les coûts et les avantages sociaux et environnementaux. |
| 1.8. | Le CESE reconnaît qu’il existe au sein du monde des entreprises des pionniers en matière d’intégration de la dimension durable. De nombreuses entreprises sont en réalité en avance sur les politiques. Celles-ci doivent précisément créer l’environnement stable et la certitude nécessaires pour garantir que les bonnes pratiques deviennent la pratique commune. Cette approche donnera aux entreprises la capacité de proposer des solutions durables. |
| 1.9. | Le CESE réclame d’urgence la mise en conformité de tous les cadres et instruments politiques, budgétaires et financiers existants de l’Union européenne (tels que le semestre européen, le programme pour une meilleure réglementation, le CFP, etc.) avec la réalisation des ODD. Il convient de définir ou de mettre au point, au niveau de l’Union européenne, des méthodologies crédibles de vérification de la durabilité afin de veiller à ce que les instruments budgétaires et financiers, les cadres d’action et les méthodes d’analyse d’impact appuient la mise en œuvre des ODD en relation avec l’action interne et externe de l’Union européenne. De nouveaux outils, tels que l’évaluation du chemin restant à parcourir pour atteindre les objectifs, ainsi que de nouveaux indicateurs, devraient également élaborés. |
| 1.10. | Le CESE a été la première institution de l’Union européenne à créer un organe chargé de faire progresser le développement durable – l’Observatoire du développement durable – et s’est engagé à promouvoir et à intégrer les ODD de manière plus globale dans l’ensemble de ses avis ainsi que dans son fonctionnement et sa structure internes. Il lancera donc en son sein une réflexion concernant l’alignement de sa gouvernance interne sur les ODD. |
| 1.11. | Il y a lieu de donner à la société civile un mandat clair et de garantir sa participation structurée à l’élaboration, à la mise en œuvre et au suivi de la stratégie. Le rôle majeur joué jusqu’à présent par la plateforme pluripartite sur la mise en œuvre des ODD devrait être revu avec la participation de toutes les parties prenantes, et des enseignements devraient être tirés de la réussite d’autres forums multipartites pertinents (par exemple, la plateforme des acteurs européens de l’économie circulaire). Le rôle de la plateforme pluripartite devrait être renforcé et intégré dans un cadre de consultation formel et interinstitutionnel, comme le recommande le Parlement européen (1). |
| 1.12. | Le développement durable peut être un outil de solidarité sociale et contrer la montée du sentiment populiste et hostile à l’ordre établi parmi les citoyens déconnectés du processus décisionnel et du pouvoir. Il ne devrait pas s’agir d’un programme élitiste, mais d’un projet axé sur les personnes, qui vise à rendre accessibles et abordables les choix de consommation durables. |
2. Introduction
| 2.1. | Le très attendu document de réflexion «Vers une Europe durable à l’horizon 2030» a été publié le 30 janvier dans le cadre du débat sur l’avenir de l’Europe ainsi que de l’engagement ferme pris par l’Union européenne de donner suite aux ODD des Nations unies, y compris à l’accord de Paris sur le climat. |
| 2.2. | Depuis de nombreuses années, le CESE est à l’avant-garde des appels en faveur du développement d’une stratégie européenne globale et ambitieuse de développement durable, et il a présenté, dans plusieurs de ses avis portant sur divers secteurs, des propositions sur les mesures politiques et de gouvernance nécessaires pour réaliser les ODD. Tout en contribuant au débat sur le document de réflexion, le présent avis s’appuie sur les travaux antérieurs du CESE et vise à définir une vision et à formuler des propositions concrètes quant aux réformes, outils et mécanismes de gouvernance nécessaires pour étayer une stratégie globale, qui soit, par nature, de long terme. |
| 2.3. | Un nombre croissant d’indicateurs sociaux et écologiques montrent la nécessité, pour l’Union européenne et d’autres acteurs mondiaux, d’une action urgente et d’une transition rapide vers un développement durable. Un rapport récent du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) prévient que l’humanité dispose d’environ 11 ans pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et éviter de provoquer une hausse des températures de la planète ou de déclencher un dérèglement climatique pouvant atteindre des niveaux dangereux et potentiellement irréversibles (2). Parallèlement à l’urgence climatique, d’autres enjeux environnementaux, tels que la perte de biodiversité et la pollution atmosphérique, sont de plus en plus préoccupants pour les citoyens et requièrent que des mesures soient prises sans délai. Les inégalités sociales se creusent également en Europe. Près d’un quart de nos enfants et de nos jeunes sont exposés au risque de pauvreté ou vivent en situation de pauvreté (3), et des millions de jeunes ne trouvent pas l’emploi décent qui leur permettrait de commencer à construire leur vie d’adulte. Certains groupes minoritaires, par exemple les personnes handicapées, sont victimes d’une exclusion accrue. Les mouvements nationalistes et populistes prospèrent partout en Europe, et les valeurs et droits fondamentaux sont contestés dans plusieurs États membres. Les fondements mêmes de l’Union européenne sont remis en question. |
3. Observations générales
| 3.1. | Le temps de la réflexion est révolu, l’heure est à l’action. La publication d’un document de réflexion sur le développement durable aurait dû être programmée afin de coïncider avec le lancement des ODD en 2015. Le CESE aimerait qu’une stratégie globale de développement durable de l’Union européenne et un plan de mise en œuvre soient élaborés et réalisés sans délai, comme il l’a recommandé dans de précédents avis (4) et conformément aux conclusions adoptées par le Conseil de l’Union européenne en 2017, 2018 et avril 2019 (5). |
| 3.2. | Le document de réflexion présente différents scénarios possibles pour parvenir au développement durable. Or, il n’est pas réaliste d’opérer un choix clair et net pour un seul de ces scénarios. Seul le scénario 1 prévoit une stratégie globale, mais pour être efficace, il devrait être complété par des éléments des deux autres scénarios. Une stratégie globale est essentielle, et un avenir durable ne pourra pas être garanti sans une approche politique coordonnée. Le présent avis développe certaines des idées ébauchées dans le scénario 1. |
| 3.3. | Il y a lieu de ne pas se méprendre sur la démarche du Comité: si le présent avis réclame avec insistance davantage d’ambition et une mise en œuvre rapide, il n’en apprécie pas moins les progrès accomplis à ce jour. Le CESE se félicite de l’analyse fournie par le document de réflexion et de la reconnaissance des fondements politiques d’un avenir durable ainsi que des facteurs horizontaux qui favorisent la transition vers un développement durable. Toutefois, aucune action politique ne répond à l’urgence pointée par les citoyens et les experts concernés. |
| 3.4. | L’Union européenne a ouvert la voie s’agissant des initiatives politiques en faveur du développement durable. Toutefois, pour diverses raisons complexes, celles-ci n’ont pas été suives d’une mise en œuvre appropriée. L’Union européenne présente l’empreinte écologique et les émissions de CO2 par habitant les plus importantes au monde. Même à l’intérieur de ses propres frontières, l’Union européenne n’est pas sur la voie de la durabilité environnementale. |
| 3.5. | Il ne suffit pas de créer une Europe à faibles émissions de carbone, efficace dans l’utilisation des ressources et plus sociale; une Europe durable devra tenir compte des incidences environnementales et sociales de ses importations au-delà de ses frontières. Si l’Union européenne veut être un acteur mondial de premier plan comme décrit dans le document de réflexion, elle doit comprendre sa responsabilité et son impact au niveau planétaire et les prendre au sérieux. Le Comité considère ici les négociations en cours entre l’Union européenne et les pays du Mercosur quasiment comme un test décisif dans l’objectif de développer une nouvelle politique commerciale au service du développement durable. Il soutient dès lors la demande des groupes qui exigent clairement qu’un tel accord ne puisse être conclu, par exemple, sans un engagement fort de toutes les parties à mettre en œuvre l’accord sur le climat, à préserver les forêts tropicales humides et/ou à prendre en compte les intérêts des peuples autochtones, ou, à tout le moins, sans que celui-ci comprenne une clause de résiliation susceptible de s’appliquer en cas de violation de ces objectifs de durabilité fondamentaux et reconnus. |
| 3.6. | En tant que continent ayant été à l’avant-garde de l’extraction et de l’utilisation des ressources naturelles et présentant des taux de consommation élevés, l’Europe a pu tirer des enseignements précieux des mesures prises pour utiliser les ressources plus efficacement et réduire son incidence sur l’environnement, ainsi que des autres efforts déployés pour parvenir à des changements, y compris dans le domaine de la protection sociale. |
| 3.7. | L’Union européenne doit élaborer et mettre en œuvre un modèle de développement durable qui montre au reste du monde comment la poursuite permanente d’une véritable durabilité favorise la cohésion sociale, fait progresser le développement économique, assure le bien-être écologique, facilite une gouvernance inclusive et ne laisse personne de côté. |
4. Favoriser une approche systémique du développement durable
| 4.1. | Le document de réflexion ne va pas assez loin: il devrait insister davantage sur la nécessité d’une évolution radicale et d’une approche systémique pour relever les défis sans précédent auxquels nous devons faire face aujourd’hui. La définition du développement durable fait déjà l’objet d’un consensus. Il convient toutefois de veiller à ce qu’il soit pleinement et systématiquement mis en œuvre au moyen de politiques et de réglementations et que ses principes soient respectés. |
| 4.2. | La définition utilisée par les Nations unies et l’Union européenne est celle de la commission Brundtland: «Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs.» (6) |
| 4.3. | Depuis le sommet de la Terre qui s’est tenu à Rio en 1992, l’on considère que le développement durable repose sur trois piliers – environnemental, social et économique – qu’il convient de respecter et de prendre en compte lors de la prise de décision. Le développement durable figure parmi les objectifs à long terme de l’Union européenne inscrits à l’article 3, paragraphe 3, du traité sur l’Union européenne. |
| 4.4. | Le graphique ci-dessous, qui se présente sous la forme d’une «pièce montée», montre que l’enjeu du développement durable, ce sont les citoyens, et que toute économie devrait œuvrer pour permettre à la société de produire de la prospérité, de l’équité et un environnement propice à une vie de qualité. Ce graphique relie les différentes couches aux ODD adoptés à l’échelle internationale (7). |
| 4.5. | Le principe fondamental du développement durable est l’intégration des préoccupations environnementales, sociales et économiques dans tous les aspects de la prise de décision. Deux principes énoncés dans le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne – le principe de précaution (8) et le principe du pollueur-payeur (9) – sont appliqués dans ce contexte et doivent servir à garantir que les plus vulnérables n’aient pas à supporter le coût des dommages environnementaux. La notion de l’équité entre les générations est inhérente à la durabilité. |
| 4.6. | Il convient de reconnaître également une quatrième dimension du développement durable: celle de la gouvernance, qui transparaît dans les trois autres – économique, sociale et environnementale. L’Union européenne devrait consolider le changement de paradigme majeur induit par le programme à l’horizon 2030 en faveur d’un modèle plus participatif de gouvernance multipartite pour le développement durable (voir paragraphe 9), et encourager une approche «sociétale globale» pour réaliser la transition importante vers un avenir plus durable pour la planète. |
| 4.7. | Le document de réflexion privilégie l’approche du recours à la législation comme moyen de garantir et de faciliter la mise en œuvre. La Commission affirme que le respect de la loi devrait être une condition préalable à l’octroi de tout financement de l’Union européenne et qu’il pourrait par conséquent servir de moteur pour la réalisation des ODD. Il conviendra à cette fin de garantir l’égalité en droit des trois éléments – environnemental, social et économique – du développement durable. Le CESE réitère son appel en faveur d’une reconnaissance des droits de la nature afin d’assurer la parité avec les droits des particuliers et des entreprises (10). |
5. Aller au-delà de la politique de croissance du PIB
| 5.1. | L’Europe a besoin d’un changement de paradigme (11) et d’un nouveau modèle de croissance, qui diffère d’un point de vue qualitatif de ce dont nous avons disposé jusqu’à présent, c’est-à-dire qui soit inclusif sur le plan social et durable sur le plan environnemental, et qui soit à même de favoriser et d’accompagner la convergence des transitions numérique et écologique dans nos pays et nos sociétés. |
| 5.2. | Comme dans de précédents avis, le CESE insiste sur la nécessité d’aller chercher plus loin que le PIB et d’utiliser également d’autres indicateurs pour déterminer la prospérité au niveau national (12) (13). Le PIB mesure le développement économique d’un point de vue financier mais néglige des éléments importants tels que le bien-être individuel et social et ne tient pas suffisamment compte des coûts du capital naturel (climat, épuisement des ressources naturelles, incidence négative sur les services écosystémiques comme l’air pur, l’eau douce, les sols fertiles et les villes et paysages vivables). Il ne prend pas non plus en considération la qualité et l’honnêteté des relations de travail, ni le travail non rémunéré, ignorant ainsi la majeure partie de la valeur ajoutée créée par les personnes s’occupant des enfants et des personnes âgées et les bénévoles participant à des activités culturelles et sportives. Le développement durable implique une croissance économique (14) qui tienne compte de tous les aspects du bien-être humain présent et futur, incluant les coûts et les avantages sociaux et environnementaux des activités et respectant les limites de notre planète. Une telle croissance accroît la richesse commune à toute l’humanité. Il ne suffit pas d’estimer la valeur économique des éléments sociétaux et environnementaux; nous devons veiller à ce que les acteurs économiques en tiennent compte lorsqu’ils prennent des décisions. Cela nécessite une intervention pour protéger les intérêts publics et internaliser les effets externes. |
| 5.3. | La compétitivité est une condition préalable à l’amélioration continue de l’utilisation efficace des ressources. Toutefois, la concurrence sur les marchés libres ne produit pas, en soi, de résultats optimaux pour la société. La société doit fixer les règles et les conditions applicables aux producteurs de biens et de services et mettre en place un pouvoir compensateur pour garantir les biens et les intérêts publics, tels que l’équité et la durabilité. Le pouvoir de marché des acteurs doit être limité afin d’empêcher les abus au détriment de la main-d’œuvre, des consommateurs, des autres entreprises et du grand public. L’indice de compétitivité mondiale doit donc prendre en considération les dimensions environnementale et sociale (15). |
| 5.4. | Tout en appréciant l’analyse approfondie et la description des enjeux présentées dans le document de réflexion, ainsi que ses indications quant à la direction à suivre et au potentiel pour l’Europe, le CESE est préoccupé par le constat selon lequel le rythme de la transition vers la durabilité, à l’échelle mondiale et européenne, est loin d’être suffisant pour atteindre les objectifs fixés d’un commun accord. Plus de 200 universitaires ont récemment publié une lettre appelant l’Europe à dépasser le stade des politiques de croissance (16). |
| 5.5. | Le CESE soutient le point de vue défendu dans le document de réflexion, selon lequel la transition vers la durabilité doit être considérée comme une occasion d’accroître l’emploi et la prospérité. Il y a là une possibilité pour les entreprises européennes de montrer l’exemple et d’être à la source de l’innovation collaborative, à l’avant-garde de la révolution numérique afin de créer des pratiques économiques durables et de nouvelles normes. Les ODD sont susceptibles d’offrir des marchés en expansion aux entreprises qui sont en mesure d’apporter des solutions innovantes et un changement porteur de transformation. |
| 5.6. | Le CESE reconnaît qu’il existe des pionniers au sein du monde des entreprises qui cherchent à intégrer la dimension durable. L’entreprise est un facteur déclenchant du développement sociétal comme environnemental (17). De nombreuses entreprises sont en réalité en avance sur la politique. |
| 5.7. | Une stratégie globale en faveur du développement durable et le cadre réglementaire approprié créeront un environnement propice de nature à stimuler davantage les investissements et à optimiser les possibilités qui s’offrent aux entreprises. Cette approche donnera aux entreprises la capacité de proposer des solutions durables. |
6. Financer le changement
| 6.1. | Le document de réflexion inscrit notamment le financement, la tarification, la fiscalité et la concurrence parmi les instruments horizontaux au service de la transition. |
| 6.2. | Le CESE constate que, malgré le large soutien en faveur du développement durable, le modèle politique actuel ne prévoit pas de mécanisme d’intégration efficace des coûts sociaux et environnementaux dans les décisions d’investissement. L’évaluation des actions et des investissements repose essentiellement sur les seuls retours financiers ou économiques. Cela ne permet pas d’appliquer concrètement les principes dans une optique transformative. |
| 6.3. | Certains financements doivent être basés sur des rendements environnementaux et sociaux. Le financement doit permettre de tirer parti des changements bénéfiques pour la durabilité – la mesure actuelle de l’efficacité ou de la pertinence des actions est fondée sur le seul rendement financier ou économique. Cette vision étriquée ne permettra jamais de financer la transition vers le développement durable. De l’avis du CESE, la réorientation des flux de capitaux vers une économie plus durable doit forcément aller de pair avec l’inclusion financière et la cohésion sociale dans une Europe où personne n’est laissé de côté (18). |
| 6.4. | Les fonds et le financement en faveur de la recherche et l’innovation constituent un aspect essentiel du développement durable, mais il convient de concevoir les fonds et instruments de financement proprement dits de manière innovante (19), par exemple en prévoyant un budget pour l’inclusion systématique des personnes handicapées. Il convient de ne pas financer uniquement des projets à faible intensité de carbone et caractérisés par une utilisation plus efficace des ressources, afin de prendre également en compte les travaux et initiatives, tout aussi précieux, qui ont des retombées soit environnementales, soit sociales. |
| 6.5. | Les investissements sociaux sont particulièrement utiles pour lutter contre les risques élevés de pauvreté dans l’Union et accroître le potentiel européen d’emploi (20). Le CESE considère la poursuite des investissements dans les initiatives en faveur de l’économie circulaire comme un outil permettant d’accroître la durabilité. |
| 6.6. | Le lancement d’un «Pacte vert et social pour l’Europe» constituera un élément essentiel de la transformation des économies européennes dans une direction beaucoup plus durable. Il devrait s’agir d’un vaste programme d’investissement public européen destiné à soutenir les grands projets d’investissement revêtant un intérêt public clair et étendu, tels que la rénovation des bâtiments publics, la réorganisation des transports publics et la construction de systèmes énergétiques propres. Ce programme devrait créer des emplois indispensables dans toute l’Europe, en particulier dans les régions où le taux de chômage est élevé (notamment parmi les jeunes et les personnes handicapées) et encouragerait un développement rapide et l’innovation dans les systèmes européens d’enseignement et de formation professionnels. |
| 6.7. | Le cadre financier pluriannuel (CFP) est essentiel pour assurer l’intégration des ODD, et la décision finale qui sera prise concernant le CFP pour la période 2021-2027 sera révélatrice de la capacité ou de l’incapacité de l’Union européenne à tenir ses engagements au titre du programme à l’horizon 2030. La proposition de la Commission ne saisit pas l’occasion d’inscrire le programme à l’horizon 2030 parmi les priorités de l’Union européenne. Par-delà la modeste proposition de relever l’objectif ciblé en matière d’intégration des questions climatiques dans l’ensemble des politiques, le nouveau CFP devrait également dégager des ressources pécuniaires adéquates pour le développement durable et garantir par ailleurs qu’aucun de ses financements n’entrave la réalisation des ODD. Il convient de mettre des moyens financiers à la disposition des responsables de la mise en œuvre des ODD, notamment au niveau des États membres, des collectivités locales, des entreprises, des syndicats et des ONG, aux fins de réaliser des projets novateurs, inclusifs et transposables à d’autres échelles (21). En particulier, la version définitive du prochain CFP devrait permettre la transition vers une économie climatiquement neutre d’ici à 2050. L’Union européenne doit montrer un niveau d’ambition qui corresponde à l’ampleur du défi que constitue la lutte contre le changement climatique: 40 % en moyenne de son budget global doit être affecté à cet objectif (22). Le CESE met en outre l’accent sur le problème que rencontrent les petits acteurs de la société civile pour accéder à des financements, afin de faire en sorte que les initiatives potentiellement porteuses de transformation soient soutenues et puissent être menées à bien (23). |
| 6.8. | Le CESE réclame une nouvelle fois la fin des subventions en faveur des combustibles fossiles et une approche durable des systèmes alimentaires dans les secteurs de la production et de la transformation alimentaires, en tant que moyen pratique d’intégrer la durabilité dans les politiques (24). Il a souligné à plusieurs reprises que l’Union européenne n’a toujours pas donné suite à ses multiples promesses en ce qui concerne l’internalisation des coûts externes, l’application cohérente du principe du «pollueur-payeur» et la suppression progressive des subventions préjudiciables à l’environnement, et il invite une nouvelle fois les institutions européennes à mettre en place une approche globale et exhaustive en vue de présenter un système de taxes ou de redevances environnementales (25). |
| 6.9. | Le développement durable est aussi synonyme de progrès et de prospérité. La recherche et l’innovation joueront un rôle essentiel à cet égard. Il y a lieu d’augmenter sensiblement, tant au niveau de l’Union européenne que des États membres, le financement public de la R&I, en mettant l’accent sur la réalisation des ODD. Cela permettrait également de mobiliser des financements du secteur privé. |
| 6.10. | L’investissement privé a un rôle essentiel à jouer dans la transition vers une économie durable. Le partenariat public-privé peut contribuer à optimiser les retours sur investissement en matière de durabilité dans un contexte à la fois européen et international. |
7. Le développement durable en tant qu’instrument de solidarité sociale
| 7.1. | Le développement durable pourrait être un outil pour contrer la montée du sentiment populiste et hostile à l’ordre établi parmi les citoyens défavorisés et déconnectés du processus décisionnel et du pouvoir. Il ne devrait pas s’agir d’un programme élitiste, mais d’un projet axé sur les personnes, qui vise à rendre accessibles et abordables les choix de consommation durables. Toute tentative de résolution des problèmes assortie de coûts imposés aux personnes éprouvant déjà des difficultés et ayant l’impression d’être exclues et privées de leurs droits démocratiques entraîne un rejet clair des solutions politiques (par exemple, les politiques climatiques et bon nombre de politiques environnementales), ce qui se traduit par de l’extrémisme et une attitude insulaire d’hostilité à l’immigration. Le travail décent est une condition indispensable à la transition vers le développement durable. |
| 7.2. | La transition exige des investissements dans des systèmes de protection sociale efficaces, inclusifs et intégrés, y compris des services accessibles et de qualité tels que les soins de santé et de longue durée, s’accompagnant d’un dialogue social. Les États membres ont eu tendance à réduire, ces dix dernières années, les investissements dans l’éducation et les soins de santé, alors que les travaux de recherche montrent leur effet positif à long terme sur la mobilité sociale. Si tel est effectivement le cas, cette tendance doit être inversée. Le coût de la transition vers une économie durable à faible intensité de carbone doit être supporté proportionnellement par ceux qui ont le plus les moyens de l’assumer (par exemple, selon le principe du «pollueur-payeur»), et devrait être subventionné par des fonds publics. Les solutions qui s’inscrivent dans le cadre de notre modèle actuel non durable et aggravent le problème ne sont pas viables et sont inacceptables en tant qu’options stratégiques – et sont en réalité rejetées par la rue dans toute l’Europe: citons, par exemple, les mouvements des élèves en grève pour le climat. |
| 7.3. | Le document de réflexion ne cache pas les statistiques qui reflètent cet énorme problème des inégalités dans l’Union européenne. Plus de 22 % des citoyens de l’Union sont exposés au risque de pauvreté. Les revenus moyens sont en baisse, les bas salaires étant en augmentation dans la plupart des États membres. Environ 7 % des européens vivent dans le dénuement matériel. Ce sont là des chiffres choquants qui quantifient le lamentable échec des politiques actuelles. En outre, 43 millions de personnes ne peuvent pas s’offrir, un jour sur deux, un repas digne de ce nom. Cela représente près de 10 % de notre population. |
| 7.4. | Le document de réflexion indique que les problèmes liés à l’environnement ne peuvent être résolus uniquement par des stratégies environnementales si les politiques économiques continuent de promouvoir les combustibles fossiles, l’utilisation inefficace des ressources ou une production et une consommation non durables. Le CESE souligne que toutes les politiques des institutions européennes, nationales et locales devraient tenir compte du facteur de la durabilité sociale, au même titre que de la durabilité économique et environnementale (26). |
| 7.5. | Certes, la nécessité de tisser des liens entre l’économie et l’environnement, ainsi qu’entre les dimensions économique et sociale, a été reconnue, mais elle n’est pas toujours suffisamment prise en compte. De même, la compréhension du rapport existant entre les préoccupations environnementales et sociales doit encore être développée. Ainsi, le socle européen des droits sociaux devrait servir à promouvoir le bien-être des citoyens et contribuer de manière significative au programme à l’horizon 2030. Bien qu’il existe des points de convergence entre les 17 ODD et les 20 principes du socle européen des droits sociaux, la Commission devrait présenter une proposition visant à mieux les combiner dans la pratique afin de créer des synergies utiles en vue de leur mise en œuvre. |
8. Un nouveau récit politique européen sur le développement durable
| 8.1. | Il est absolument impératif que l’Union européenne et ses États membres élaborent un discours public attrayant sur l’importance du développement durable pour l’Europe et le monde. Il conviendrait de veiller à ce que ce nouveau discours ne soit pas trop technique ou jargonnesque et à ce qu’il présente l’influence de l’Union et des États membres sur la vie réelle des citoyens en Europe et au-delà, à commencer par l’éducation à tous les niveaux, des écoles aux organisations. |
| 8.2. | Une campagne de sensibilisation de l’opinion publique à l’échelle de l’Union européenne devrait être lancée avec la participation de différents secteurs susceptibles de toucher leurs propres parties prenantes. En particulier, les médias, notamment les médias publics, les «créateurs» du monde de la culture, des arts, de la musique, etc., devraient être encouragés à participer à l’élaboration de programmes culturels au niveau national qui traduisent le discours politique du développement durable en une communication culturellement pertinente dans les différents États membres. |
9. Une nouvelle gouvernance à niveaux et acteurs multiples
| 9.1. | Le programme de développement durable à l’horizon 2030 préconise un changement de paradigme majeur vers un modèle plus participatif de gouvernance à acteurs multiples en faveur du développement durable. Son objectif 17 définit un rôle central pour de multiples parties prenantes, entre autres le secteur privé, les syndicats, la société civile, le monde universitaire et les communautés locales, dans les activités de surveillance, de mise en œuvre, d’examen et de suivi. |
| 9.2. | Lorsque la participation d’acteurs multiples au programme à l’horizon 2030 sera pleinement opérationnelle à plusieurs niveaux (régional, infrarégional, national et local), ce nouveau modèle de gouvernance bénéficiera probablement d’une large résonance populaire. Les possibilités de large participation du public aux activités de suivi et de mise en œuvre présentées par le programme à l’horizon 2030 offrent un mandat clair pour mettre tout en œuvre afin de remédier à l’actuel niveau élevé de scepticisme et à la perte de confiance de la population dans les systèmes politiques officiels. |
| 9.3. | La plateforme pluripartite sur la mise en œuvre des objectifs de développement durable dans l’Union européenne mise en place par la Commission en 2017, à laquelle le CESE a participé activement, devrait à présent jouer un rôle moteur dans le développement et la concrétisation d’une stratégie et d’un plan de mise en œuvre ambitieux pour une Europe durable. Il conviendrait de procéder à un examen officiel du fonctionnement de la plateforme pluripartite en y associant toutes les parties prenantes, et de définir un mandat clair. Cet examen consisterait à étudier les bonnes pratiques d’autres forums multipartites pertinents (par exemple, la Plateforme des acteurs européens de l’économie circulaire) et à intégrer ces enseignements dans l’organisation future de la plateforme pluripartite afin d’optimiser son efficacité et son fonctionnement global. Il pourrait être question, entre autres, de la nécessité de prévoir des ressources plus adaptées aux travaux de la plateforme, des réunions plus fréquentes de son comité politique de haut niveau, davantage de possibilités de débat et de dialogue approfondis entre ses membres, un accent accru sur une relation régulière avec les plateformes nationales de développement durable et la facilitation de consultations publiques plus régulières, transparentes et accessibles sur les questions liées au développement durable. |
| 9.4. | Plusieurs États membres ont déjà développé des stratégies nationales pour la mise en œuvre des ODD ou sont en passe de le faire (27). Une stratégie paneuropéenne fournirait un cadre propice à une convergence progressive des stratégies nationales. La «méthode ouverte de coordination» pourrait être appliquée dans ce contexte, et faciliterait l’échange de bonnes pratiques et l’apprentissage entre pairs dans l’ensemble des États membres. |
10. Aligner les outils existants sur la mise en œuvre des ODD
| 10.1. | Un semestre européen fondamentalement remanié |
| 10.1.1. | Actuellement, le semestre européen est le principal instrument annuel de coordination des objectifs macroéconomiques de l’Union européenne, associant l’Union et ses États membres. Il convient de le transformer radicalement et de le rendre plus transparent de manière à ce qu’il puisse contribuer à la cohérence des politiques ainsi qu’à la mise en œuvre et au suivi coordonnés des ODD, comme l’ont déjà demandé le CESE (28) et la plateforme pluripartite (29). Toutes les phases du processus du semestre européen doivent être adaptées pour assurer une coordination efficace de la mise en œuvre des ODD au niveau de l’Union européenne et des États membres, conformément à une future stratégie globale (30). |
| 10.1.2. | L’examen annuel de la croissance devrait être remplacé par l’«examen annuel de la croissance durable» (31), fondé sur un équilibre entre les priorités sociales, économiques et environnementales, conformément aux ODD. La société civile organisée devrait être davantage associée à toutes les phases d’un semestre européen réformé, tant au niveau de l’Union européenne qu’au niveau national, afin d’apporter une expertise politique supplémentaire au processus, d’assurer un suivi plus indépendant de l’évolution des politiques, de promouvoir l’adhésion de la société à ces réformes et, de manière générale, de renforcer la démocratie participative. |
| 10.2. | Mieux légiférer |
| 10.2.1. | Le recours aux outils de la Commission destinés à améliorer la réglementation est un autre moyen de renforcer l’intégration du développement durable dans les politiques européennes. L’ensemble des analyses d’impact et bilans de qualité de la Commission, ainsi que les recommandations de la plateforme REFIT, doivent évaluer les incidences environnementales, climatiques, sociales et économiques, de manière à tenir dûment compte du développement durable et à l’intégrer. Des évaluations ex post doivent également analyser les trois dimensions dans le cadre d’une approche intégrée solide. Un «bilan de durabilité» devrait également être intégré plus explicitement dans le programme REFIT (32) et il conviendrait d’assurer la cohérence des politiques en faveur du développement durable. |
| 10.2.2. | Le CESE invite la Commission à intégrer le développement durable et les ODD dans les processus d’évaluation. |
| 10.2.3. | Des consultations des partenaires sociaux sont également nécessaires, conformément aux dispositions du traité qui prévoient une consultation spécifique des partenaires sociaux dans le contexte de la législation sur les questions sociales (article 154, paragraphe 2); des consultations du CESE, du Comité des régions et des parlements nationaux constituent une autre composante de la boîte à outils pour une meilleure réglementation afin de satisfaire les exigences d’inclusivité qui se trouvent au centre du programme à l’horizon 2030. |
11. Des objectifs de l’Union européenne et de meilleurs indicateurs
| 11.1. | La stratégie globale devrait fixer les objectifs de l’Union européenne pour la réalisation des ODD. Ces objectifs doivent faire l’objet d’un suivi au moyen d’un ensemble d’indicateurs qui: 1) soient suffisamment complets pour mesurer l’écart par rapport aux objectifs et procéder à un examen approprié des progrès accomplis; 2) fournissent une base pour la programmation et l’élaboration des politiques. Les indicateurs actuels sur les progrès des ODD dans l’Union européenne (33) ne répondent pas à ces critères. |
| 11.2. | Le CESE demande une nouvelle fois que la société civile soit associée, avec un rôle de premier plan, à la définition des indicateurs et à l’évaluation des progrès qu’accomplit l’Union européenne dans la réalisation des objectifs (34). |
| 11.3. | L’ensemble d’indicateurs sur les ODD dans l’Union européenne devrait intégrer pleinement d’autres ensembles d’indicateurs existants, par exemple le tableau de bord social européen (35), qui a déjà été intégré dans le semestre européen. |
12. Suivi et responsabilité
| 12.1. | Des systèmes transparents et inclusifs de suivi et de contrôle réguliers doivent être mis en place pour mesurer les progrès accomplis dans la mise en œuvre des ODD dans l’Union européenne. Chaque année, l’Union européenne doit participer activement au Forum régional de développement durable de la CEE-ONU et jouer un rôle de premier plan dans l’accélération des progrès régionaux vers la réalisation des ODD et de leurs cibles. L’Union européenne devrait également s’engager à présenter régulièrement un rapport conjoint global de l’Union européenne sur la mise en œuvre des ODD lors du Forum politique de haut niveau de l’ONU, en complément du «Rapport de synthèse conjoint» sur la politique de développement de l’Union européenne. Le rapport global de l’Union européenne doit couvrir l’ensemble de la politique extérieure et intérieure de l’Union européenne et les aspects relatifs à la gouvernance, ainsi qu’une analyse de la position actuelle de l’Union européenne et de la manière dont elle atteindra les ODD d’ici à 2030. |
13. Mise en œuvre des ODD dans le cadre de l’action extérieure de l’Union européenne
| 13.1. | De nombreuses politiques internes de l’Union européenne peuvent avoir des répercussions en dehors de l’Union européenne, et des incidences positives ou négatives sur les efforts d’autres pays pour atteindre les ODD. Il y a lieu de réexaminer les politiques extérieures de l’Union européenne, notamment en matière d’investissement, de commerce, de développement, de paix et de sécurité et de droits de l’homme, afin de veiller à ce qu’elles soutiennent la réalisation du nouveau programme mondial de développement durable. Par exemple, les chapitres sur le développement durable des accords commerciaux actuels de l’Union européenne ne sont pas suffisamment contraignants et sont difficiles à appliquer. Le développement durable doit être au cœur de la politique commerciale de l’Union européenne; il convient par exemple de prévoir des procédures formelles de recours en cas de violation des engagements en matière de durabilité dans le cadre des accords commerciaux. Le commerce devrait être un outil de durabilité et de mise en œuvre des ODD dans le cadre de la coopération internationale. Cet objectif pourrait être atteint au moyen d’accords multilatéraux. Le pouvoir exercé par les échanges commerciaux de l’Union européenne peut stimuler la durabilité tout au long de la chaîne de valeur mondiale, en mettant par exemple l’accent sur l’approvisionnement durable. |
| 13.2. | L’action extérieure de l’Union européenne doit garantir une plus grande intégration entre la mise en œuvre des ODD et l’accord de Paris sur le climat. Le cadre actuel ne prend pas en considération les retombées de l’action de l’Union européenne ni son empreinte carbone. En outre, le cadre et les indicateurs actuels de l’Union européenne sont principalement axés sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre des ODD au sein de l’Union européenne et ne mesurent pas la contribution de l’Union européenne à la réalisation des ODD au niveau mondial. Il convient également de garantir des investissements durables dans la chaîne de valeur. |
Bruxelles, le 26 septembre 2019.
Le président
du Comité économique et social européen
Luca JAHIER
(1) Rapport stratégique annuel du Parlement européen sur les objectifs de développement durable (ODD), mars 2019.
(2) https://www.ipcc.ch/
(3) Eurostat.
(4) Avis du CESE: «Des indicateurs mieux adaptés pour évaluer les objectifs de développement durable – la contribution de la société civile» (JO C 440 du 6.12.2018, p. 14); «Prochaines étapes pour un avenir européen durable» (JO C 345 du 13.10.2017, p. 91); «La transition vers un avenir plus durable pour l’Europe» (JO C 81 du 2.3.2018, p. 44).
(5) Vers une Union toujours plus durable à l’horizon 2030 – Conclusions du Conseil.
(6) https://www.diplomatie.gouv.fr/sites/odyssee-developpement-durable/files/5/rapport_brundtland.pdf
(7) Stockholm Resilience Centre, 2016. Illustration: Azote pour le Stockholm Resilience Centre.
(8) Article 191 du TFUE.
(9) Article 191, paragraphe 2, du TFUE.
(10) Avis du CESE sur la «Justice climatique» (JO C 81 du 2.3.2018, p. 22).
(11) Centre européen de stratégie politique (CESP), juillet 2016.
(12) Avis du CESE sur les «Prochaines étapes pour un avenir européen durable» (JO C 345 du 13.10.2017, p. 91).
(13) Avis du CESE sur le thème «Dépasser le PIB – Indicateurs pour un développement durable» (JO C 100 du 30.4.2009, p. 53).
(14) Avis du CESE sur le thème «Sibiu et au-delà» (JO C 228 du 5.7.2019, p. 37).
(15) Avis du CESE sur le thème «Sibiu et au-delà» (JO C 228 du 5.7.2019, p. 37).
(16) https://drive.google.com/file/d/0B5L61s7LfvFNalVpOWs0YnpOZVo3bWpkWG85dVl0ZHVGOE1N/view
(17) Avis du CESE sur le thème «Sibiu et au-delà» (JO C 228 du 5.7.2019, p. 37).
(18) Avis du CESE sur le «Plan d’action: financer la croissance durable» (JO C 62 du 15.2.2019, p. 73).
(19) Avis du CESE sur le thème «Faciliter l’accès au financement de l’action climatique pour les acteurs non étatiques» (JO C 110 du 22.3.2019, p. 14).
(20) Avis du CESE sur «L’impact de l’investissement social sur l’emploi et les budgets publics» (JO C 226 du 16.7.2014, p. 21).
(21) Avis du CESE sur «Des indicateurs mieux adaptés pour évaluer les objectifs de développement durable – la contribution de la société civile» (JO C 440 du 6.12.2018, p. 14).
(22) Avis du CESE sur «Le pacte européen “finance-climat”» (JO C 62 du 15.2.2019, p. 8).
(23) Avis du CESE sur le thème «Faciliter l’accès au financement de l’action climatique pour les acteurs non étatiques» (JO C 110 du 22.3.2019, p. 14).
(24) Avis du CESE sur «Une politique alimentaire globale dans l’Union européenne» (JO C 129 du 11.4.2018, p. 18).
(25) Avis du CESE sur le thème «Instruments de marché destinés à favoriser le passage vers une économie à faibles émissions de carbone et efficace dans l’utilisation des ressources dans l’Union européenne» (avis d’initiative) (JO C 226 du 16.7.2014, p. 1).
(26) Avis du CESE sur «Une approche socialement durable pour l’ère du numérique» (JO C 237 du 6.7.2018, p. 1).
(27) Voir les fiches par pays du CESE sur les activités menées par les différents États membres dans le cadre des ODD.
(28) Avis du CESE: «Des indicateurs mieux adaptés pour évaluer les objectifs de développement durable – la contribution de la société civile; La transition vers un avenir plus durable pour l’Europe» (JO C 81 du 2.3.2018, p. 44); «Examen annuel de la croissance 2018» (JO C 227 du 28.6.2018, p. 95).
(29) Rapport de la plateforme pluripartite sur la mise en œuvre des objectifs de développement durable dans l’Union européenne.
(30) Avis du CESE sur le thème «Sibiu et au-delà» (JO C 228 du 5.7.2019, p. 37).
(31) Avis du CESE sur l’«Examen annuel de la croissance 2019» (JO C 190 du 5.6.2019, p. 24).
(32) Rapport de la plateforme pluripartite sur la mise en œuvre des objectifs de développement durable dans l’Union européenne.
(33) Eurostat, indicateurs sur les ODD dans l’Union européenne.
(34) Avis du CESE sur «Des indicateurs mieux adaptés pour évaluer les objectifs de développement durable – la contribution de la société civile» (JO C 440 du 6.12.2018, p. 14).
(35) Eurostat, tableau de bord social.
ANNEXE
L’amendement suivant, qui a recueilli au moins un quart des suffrages exprimés, a été rejeté au cours des débats:
Nouveau paragraphe 13.3
Ajouter un nouveau paragraphe:
Le CESE fait par ailleurs observer que tous les efforts déployés par l’Union européenne seront inutiles et ne pourront pas produire les résultats escomptés si l’on ne parvient pas, dans le même temps, à réagir de manière appropriée à la croissance incontrôlée de la population mondiale.
Résultat du vote
| Pour | 47 |
| Contre | 108 |
| Abstentions | 5 |
Avis institutionnel — 52019AB0046
30/12/2019
Résolution législative du Parlement européen du 18 décembre 2019 sur le projet de décision du Conseil relative à la conclusion de l’accord de partenariat dans le domaine de la pêche durable entre l’Union européenne et la République de Gambie et du protocole de mise en œuvre dudit accord de partenariat (08974/2019 — C9-0106/2019– 2019/0076(NLE))
18/12/2019
P9_TA(2019)0097 PAC: discipline financière à partir de l’exercice 2021 et flexibilité entre piliers pour l’année civile 2020 ***I Résolution législative du Parlement européen du 18 décembre 2019 sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) n° 1306/2013 en ce qui concerne la discipline financière à partir de l’exercice 2021 et le règlement (UE) n° 1307/2013 en ce qui concerne la flexibilité entre piliers pour l’année civile 2020 (COM(2019)0580 — C9-0163/2019 — 2019/0253(COD)) P9_TC1-COD(2019)0253 Position du Parlement européen arrêtée en première lecture le 18 décembre 2019 en vue de l’adoption du règlement (UE) 2020/… du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) n° 1306/2013 en ce qui concerne la discipline financière à partir de l’exercice 2021 et le règlement (UE) n° 1307/2013 en ce qui concerne la flexibilité entre piliers pour l’année civile 2020
18/12/2019
Résolution législative du Parlement européen du 17 décembre 2019 sur le projet de décision du Conseil relative à l’adhésion des Îles Salomon à l’accord de partenariat intérimaire entre la Communauté européenne, d’une part, et les États du Pacifique, d’autre part (09405/2019 — C9-0010/2019 — 2019/0099(NLE))
17/12/2019