| CELEX | 52019AE1674 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 30 octobre 2019 |
| 11.2.2020 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 47/81 |
Avis du Comité économique et social européen sur le rapport de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Programmes de citoyenneté et de résidence par investissement dans l’Union européenne
[COM(2019) 12 final]
(2020/C 47/12)
Rapporteur: Jean-Marc ROIRANT
| Consultation | Commission, 12.3.2019 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté» |
| Adoption en section | 15.10.2019 |
| Adoption en session plénière | 30.10.2019 |
| Session plénière no | 547 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 213/1/5 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le CESE se fait l’écho de la demande que le Parlement européen a formulée dans un récent rapport (1) visant à abroger progressivement l’ensemble des programmes pour les investisseurs et presse les États membres de suivre cette recommandation ou, s’il doit en aller autrement, de présenter des arguments et des éléments de preuve raisonnables à cet égard. |
| 1.2. | En attendant que cette abrogation prenne effet, le CESE constate que pour pouvoir traiter des risques que présentent les programmes de citoyenneté et de résidence par investissement et qu’expose en détail la partie 3 ci-après, et que pour accomplir sa mission première, le groupe d’experts des États membres mis sur pied par la Commission européenne devrait s’attacher à établir:
|
| 1.3. | Ces mesures doivent s’appuyer sur un suivi rigoureux et l’application de sanctions par la Commission dès lors que l’acquis de l’Union l’y autorise. |
| 1.4. | Le CESE recommande que les États membres soient instamment invités à appliquer une procédure de vérification préalable sans restrictions spécifiques de durée et adaptée au profil de risque élevé des demandeurs, à savoir des normes renforcées de vérification préalable telles qu’exposées en détail par la cinquième directive anti-blanchiment (2). Cette procédure devrait concerner tout bienfaiteur lorsque les demandeurs disposent de la possibilité de s’appuyer sur des tiers pour réaliser leur investissement. |
| 1.5. | Le CESE recommande à la Commission de mettre sur pied un mécanisme de coordination qui permet aux États membres d’échanger des informations sur les demandes acceptées et rejetées d’octroi de la citoyenneté et de titres de séjour. Celui-ci pourrait prendre la forme de registres centraux interconnectés qui concentrent des informations sur la procédure de vérification préalable ayant donné lieu au rejet d’une demande et sur les raisons qui ont motivé une telle décision afin de décourager la tentation de «faire son marché» entre les États membres. La publication des motifs de refus devrait tenir compte de toute préoccupation que pourraient avoir les autorités chargées de la sécurité pour des raisons de sécurité publique ou de coopération internationale entre ces autorités. |
| 1.6. | Le CESE recommande que l’ensemble des agents et des intermédiaires fournissant des services aux demandeurs soient soumis aux règles de lutte contre le blanchiment de capitaux, comme le prévoit la cinquième directive anti-blanchiment. |
| 1.7. | Le CESE recommande par ailleurs que l’Union européenne devrait inciter tous les agents qui fournissent des services aux demandeurs à se faire accréditer et à se soumettre à un code de conduite établissant des critères et des exigences minimaux et harmonisés à l’échelon de l’Union, afin de pouvoir sanctionner des agents dans l’incapacité de préparer une documentation rigoureuse et fiable en vue de son acceptation et qu’en cas de récidive, ceux-ci puissent perdre leur licence ou leur accréditation. |
| 1.8. | Tout en reconnaissant que les pouvoirs publics puissent avoir besoin de recourir à des agences spécialisées pour procéder aux contrôles nécessaires, le CESE insiste sur la nécessité que les autorités soient néanmoins responsables au premier chef de l’acceptation ou du rejet des demandes. Ces autorités doivent également maintenir une série de mesures afin d’éviter les conflits d’intérêts ou les risques de corruption. En particulier, il convient de choisir les agences spécialisées selon des principes solides de passation des contrats, qui privilégient des services de haute qualité par rapport au coût de leur prestation, de leur interdire de commercialiser les programmes ou de fournir des services supplémentaires aux demandeurs, et de rendre leur rémunération indépendante de l’issue des demandes. |
| 1.9. | Il est également essentiel que tout rapport de vigilance renforcée qui met en évidence des risques doive faire l’objet d’une discussion avec l’agence publique compétente afin de faire en sorte que tous les États membres concernés disposent d’une vue exhaustive du type et du degré de risque en cause et saisissent pleinement la mesure dans laquelle les sources et les techniques de recherche utilisées par l’agence spécialisée respectent les principes des bonnes pratiques. Les notes et documents adéquats relatifs aux décisions devraient être conservés aussi longtemps que le prévoient les dispositions concernant la prescription des délits de contrefaçon de documents et de corruption. |
| 1.10. | Les États membres devraient faire en sorte que les programmes soient assortis dans leur fonctionnement de mécanismes robustes de gouvernance et de supervision et qu’ils soient soumis au contrôle du public. Les citoyens devraient être informés des objectifs, des risques et des avantages liés aux programmes de citoyenneté et de résidence par investissement. Le CESE souligne l’importance d’un accès public aux informations relatives aux demandeurs dans le cadre des programmes de citoyenneté et de résidence par investissement et il demande à la Commission d’encourager les États membres à collecter et à publier de manière systématique les informations sur ces programmes dans un format de données ouvert de manière harmonisée et comparable. |
| 1.11. | Le CESE estime qu’il importe que les États membres effectuent régulièrement des évaluations d’impact et qu’ils procèdent aux ajustements qui s’imposent, qu’ils exercent une supervision indépendante des programmes et qu’ils veillent à ce que ceux-ci fassent régulièrement l’objet d’audits et à en publier les résultats conformément à la législation applicable. |
| 1.12. | Les États membres devraient en outre prévoir des mécanismes solides de lancement d’alerte à l’intention de leur personnel et de leurs citoyens afin de signaler les problèmes ou les infractions, et ils devraient mettre en place des mécanismes de déchéance de la citoyenneté et des droits de résidence si de nouvelles preuves de corruption ou de criminalité venaient à être découvertes. Toute décision relative à la déchéance de citoyenneté devrait intervenir conformément au droit national et européen. |
2. Contexte et contenu essentiel du rapport de la Commission
| 2.1. | La nationalité est un lien entre un citoyen et un État. La citoyenneté d’un pays est traditionnellement fondée sur l’acquisition de droits à la naissance, soit par filiation (jus sanguinis — droit du sang), soit par la naissance sur le territoire (jus soli — droit du sol). Les États peuvent également accorder la citoyenneté aux personnes qui remplissent certaines conditions ou qui peuvent démontrer un lien réel avec le pays (naturalisation). Il s’agit notamment de l’exigence d’acquérir et de maintenir une résidence permanente dans l’État membre concerné, ce qui manifeste l’intention du demandeur de transférer certains de ses intérêts dans l’État membre en question. |
| 2.2. | Au cours des toutes dernières décennies, un grand nombre d’États membres de l’Union européenne ont mis en place des programmes de citoyenneté et de résidence par investissement qui visent à attirer les investissements en échange de l’octroi de la citoyenneté ou de droits de résidence dans le pays concerné. |
| 2.3. | Dans sa résolution du 16 janvier 2014 (3), le Parlement européen a affirmé craindre que les programmes nationaux impliquant la «vente pure et simple, directe ou indirecte» de la citoyenneté européenne ne sapent la notion même de citoyenneté de l’Union. Lors d’un débat tenu le 30 mai 2018, il s’est penché sur une série de risques liés à ces programmes (4). Cette question a été examinée plus en détail au sein de sa commission spéciale sur la criminalité financière, la fraude fiscale et l’évasion fiscale (TAX3). Le rapport final de la commission TAX3 (5) établit un certain nombre de mesures d’atténuation clés visant à réduire les risques que présentent les programmes de citoyenneté et de résidence par investissement, appelant notamment les États membres à entamer leur suppression progressive dès que possible. Jusqu’à l’abrogation définitive de ces programmes, le rapport demande à la Commission de procéder à un contrôle rigoureux de la bonne application des mesures de vigilance à l’égard de la clientèle, ainsi que d’assurer une meilleure collecte des données et de coordonner les échanges d’informations entre les États membres. |
| 2.4. | Le 23 janvier 2019, la Commission a publié un rapport (6) examinant les pratiques et cadres juridiques nationaux concernés et exposant les principaux risques, défis et préoccupations liés à ces programmes. |
| 2.5. | Le rapport de la Commission européenne explique que les programmes présentent des risques touchant à la sécurité, au blanchiment d’argent, à l’évasion fiscale et au contournement des règles de l’Union européenne. Ce rapport affirme que ces risques sont encore aggravés par le manque de transparence dans la manière dont certains de ces programmes sont mis en œuvre et par l’absence de coopération entre les États membres. La Commission s’est engagée à poursuivre le suivi de ces programmes pour en vérifier la conformité à la législation de l’Union européenne et à prendre des mesures, le cas échéant. En vue d’améliorer ce processus et de définir des mesures spécifiques pour relever les défis que posent ces programmes, la Commission a mis en place un groupe d’experts qui s’est déjà réuni à deux reprises cette année afin d’examiner les risques qui découlent des programmes de citoyenneté par investissement et d’établir des mesures d’atténuation. |
| 2.6. | La plupart de ces programmes ont été mis en place dans le sillage de la crise financière de 2007. Un certain nombre de pays européens durement frappés par cette crise ont pu y voir une possibilité pour rétablir leur économie. Dans le contexte de la concurrence que se livrent les pays pour attirer les investissements directs étrangers, cette situation a pu favoriser une diversification des normes et des exigences. |
3. Observations générales
3.1. Risques et menaces pour l’Union européenne
| 3.1.1. | Le CESE accueille favorablement le rapport de la Commission qui fournit une analyse solide et une présentation claire des différents types de risques que présentent ces programmes pour tous les citoyens de l’Union européenne et pour l’Union européenne dans son ensemble. Il montre en particulier que si les programmes de citoyenneté et de résidence par investissement ne sont pas appliqués correctement, ils peuvent comporter intrinsèquement des risques touchant à la corruption, au blanchiment d’argent, à la sécurité et à l’évasion fiscale, ce qui expose à la fois les États membres qui gèrent de tels programmes et l’ensemble de l’Union européenne à ces menaces. |
| 3.1.2. | Le CESE estime que l’on peut s’interroger sur la conformité de certains de ces programmes aux principes et aux objectifs de l’Union, notamment au principe de coopération loyale. |
3.2. Absence de distinction entre programmes de citoyenneté par investissement et programmes de résidence par investissement
| 3.2.1. | Le CESE convient qu’il ne faut pas faire de distinction dans la manière dont sont abordés les risques que présente le programme de citoyenneté par investissement et ceux que comporte le programme de résidence par investissement. |
| 3.2.2. | Bien que les effets diffèrent sensiblement selon qu’il s’agit de l’octroi d’un passeport ou de l’octroi d’un visa, en ce qui concerne les droits qu’ils accordent, ces deux types de programmes comportent le même niveau de risque en matière de sécurité et devraient donc s’accompagner de mesures d’atténuation obéissant à une norme d’un niveau tout aussi élevé. Cela est particulièrement important pour éviter le report des candidats les plus risqués du programme de citoyenneté vers celui de résidence. |
| 3.2.3. | Alors que les programmes de résidence par investissement peuvent paraître moins risqués en raison de leur caractère temporaire, ils fonctionnent également comme une passerelle vers un statut permanent. Dans certains pays, il suffit que quelques années seulement s’écoulent pour que les personnes qui ont obtenu des visas de séjour pour investisseurs puissent demander la résidence permanente ou la citoyenneté. |
3.3. Risques liés au blanchiment d’argent et à la corruption
| 3.3.1. | Le rapport de la Commission souligne à quel point la prise de risque, conjuguée à des contrôles de sécurité et des vérifications préalables inappropriés auprès des demandeurs, est susceptible d’ouvrir la porte de l’Union à des individus corrompus. |
| 3.3.2. | Le rapport de la Commission s’appuie sur un certain nombre de lacunes éventuelles et de zones d’ombre concernant les contrôles de sécurité et les vérifications préalables. Il fait notamment part d’inquiétudes quant au traitement des demandes de citoyenneté par les autorités nationales et à la manière dont celui-ci interagit avec les règles de l’Union. |
| 3.3.3. | Le CESE note qu’en général, en dépit du profil de risque élevé des candidats, les contrôles préalables renforcés requis ne sont pas systématiquement effectués. En outre, les personnes à charge ou les financeurs tiers qui fournissent des fonds pour appuyer la démarche du demandeur ne sont pas soumis de manière systématique à des vérifications préalables et des contrôles stricts. |
| 3.3.4. | Le CESE croit savoir que l’un des principaux «arguments de vente» de ces programmes est d’offrir un accès rapide à la citoyenneté ou à la résidence, et ce parfois en l’espace de quelques mois. Il n’est pas rare qu’on en fasse explicitement la publicité. Toutefois, selon le profil et l’origine des demandeurs, il va souvent être difficile d’effectuer des vérifications préalables et des contrôles de sécurité satisfaisants et d’élaborer des rapports de renseignements fiables dans le délai imparti. |
| 3.3.5. | L’absence de normes minimales indique que tous les États membres ne sont pas sélectifs de la même manière, ce qui suscite des doutes quant au sérieux des vérifications et des contrôles effectués auprès des demandeurs. |
| 3.3.6. | Certains des États membres qui gèrent des programmes de résidence par investissement ne semblent pas avoir mis en place une procédure de traitement proactif des problèmes de sécurité qui pourraient ne se poser qu’après l’octroi de la résidence. |
| 3.3.7. | Le CESE souligne en outre qu’il existe un risque assez élevé de contournement des règles de l’Union européenne en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, étant donné que les intermédiaires et les organismes par lesquels les fonds versés par les demandeurs sont acheminés ne sont pas considérés comme des entités assujetties au titre des quatrième et cinquième directives anti-blanchiment. Par ailleurs, tous les États membres n’exigent pas que les investissements soient réalisés par l’intermédiaire d’une banque nationale soumise aux obligations de l’Union européenne en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, et dans les cas où les paiements sont versés en espèces directement aux organisations gouvernementales, ces versements ne sont pas non plus couverts par la législation européenne en matière de lutte contre le blanchiment d’argent. |
3.4. Lacunes en matière de gouvernance et de transparence
| 3.4.1. | Le CESE s’inquiète du fait que le manque de sévérité de l’obligation de rendre des comptes et le peu de transparence des programmes de citoyenneté et de résidence par investissement peuvent favoriser la corruption. Le manque de transparence et d’intégrité expose également l’État lui-même et les agents publics aux risques de corruption. Les faiblesses structurelles des programmes de citoyenneté et de résidence par investissement pourraient être, entre autres: une marge d’appréciation élevée dans la prise de décision, l’absence d’une supervision indépendante adéquate et un risque de conflit d’intérêts parmi les agents privés et les intermédiaires qui sont parties prenantes aussi bien dans la phase de demande que dans celle de la vérification préalable. |
| 3.4.2. | Le CESE est particulièrement préoccupé par le fait que de telles faiblesses structurelles et qu’un tel degré d’opacité dans un secteur qui génère un flux de trésorerie élevé et qui traite avec des clients disposant d’un avoir net élevé puissent exposer les gouvernements à des abus d’influence et de pouvoir, ainsi qu’à la corruption. En résumé, ces programmes ne risquent pas seulement de faire entrer des individus corrompus dans les États membres mais aussi d’en corrompre les autorités elles-mêmes. |
| 3.4.3. | Le CESE note que, dans certaines juridictions, les pouvoirs publics effectuent eux-mêmes les vérifications préalables, tandis que dans d’autres, ils ont éventuellement recours à des agences spécialisées pour procéder aux contrôles qui seront ensuite pris en compte dans la décision finale. Il relève en outre qu’en tout état de cause, les gouvernements doivent conserver la responsabilité première de l’acceptation ou du rejet des demandes, en se basant sur les résultats des procédures de vigilance pour prendre leur décision. Dans les cas où cette étape clé de la procédure de candidature est confiée à des agences spécialisées, le CESE entend avertir des risques de conflit d’intérêts et de corruption, et estime qu’il ne devrait pas être permis que de telles agences puissent être engagées sous contrat par l’État pour effectuer des vérifications préalables auprès des demandeurs, tout en fournissant des services et des conseils aux demandeurs. |
| 3.4.4. | Le Comité souhaite qu’il existe davantage de données chiffrées officielles disponibles sur l’ampleur du phénomène (qu’il s’agisse du volume des investissements, du nombre de demandeurs, des bénéficiaires, des nationalités concernées, du montant et des retombées de l’investissement, etc.) et déplore qu’en dépit de l’intérêt public croissant, le secret continue d’entourer l’information la plus élémentaire sur les demandeurs des programmes de citoyenneté et de résidence par investissement et leurs investissements. |
3.5. Dimension européenne
| 3.5.1. | Le rapport de la Commission souligne la dimension européenne du problème. Non seulement l’Union européenne est utilisée comme un point de vente essentiel pour attirer les investisseurs, mais une décision prise par un État membre d’accorder un passeport ou un visa pourrait également avoir une incidence négative sur d’autres États membres et sur l’Union européenne dans son ensemble, étant donné qu’une telle décision accorde l’accès à l’ensemble de l’espace Schengen et du marché intérieur. |
| 3.5.2. | Le CESE convient que la réputation de la citoyenneté de l’Union ainsi que l’ensemble des droits et des valeurs communs sont ainsi menacés et il fait siennes la position du Parlement et les déclarations d’une ancienne commissaire (7), selon lesquelles «la citoyenneté de l’Union n’est pas à vendre». |
| 3.5.3. | Par conséquent, l’octroi de la citoyenneté et de la résidence, compte tenu de ses bénéfices, de ses implications éthiques et des risques qu’elle présente, touche tous les citoyens de l’Union. Le CESE note qu’en dépit de cela, les citoyens de l’Union restent dans le flou quant à la manière dont ces programmes fonctionnent et dont leurs gouvernements nationaux atténuent ou non les risques inévitablement liés aux programmes de citoyenneté et de résidence par investissement, et quant à la destination finale des investissements réalisés dans le cadre de ces programmes. |
| 3.5.4. | Le CESE reconnaît que l’absence de normes et de pratiques harmonisées au niveau de l’Union européenne est susceptible d’encourager un nivellement par le bas en ce qui concerne les normes en matière de vigilance et de transparence, et «le shopping de passeports» par des individus à risque entre les juridictions. Le rapport de la Commission souligne que ce risque est encore accru par l’actuelle absence de consultation et d’échange d’informations entre les États membres sur les demandeurs de la citoyenneté dans le cadre des programmes de citoyenneté par investissement. En pratique, cela signifie qu’une demande rejetée dans un État membre pour des raisons de sécurité et de blanchiment de capitaux a une chance d’aboutir dans un autre État membre. Le CESE estime donc qu’il serait utile que les États membres prévoient l’exigence de présenter un visa Schengen valable dans le cadre d’une demande d’acquisition de la citoyenneté par un investisseur. |
| 3.5.5. | Le CESE estime, bien que la manière dont fonctionnent les programmes de citoyenneté et de résidence par investissement varie d’un pays à l’autre, qu’une approche au cas par cas ciblée sur des problèmes spécifiques recensés dans les différents pays ne suffira pas et qu’il faut une approche coordonnée au niveau de l’Union européenne pour résoudre le problème. |
3.6. Évasion fiscale et autres types de risques
| 3.6.1. | Comme le Parlement européen (8) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (9) l’ont récemment exposé en détail, les programmes de citoyenneté et de résidence par investissement pourraient éventuellement être utilisés à des fins d’évasion fiscale, car ils permettent aux investisseurs de rester des résidents fiscaux dans leur juridiction d’origine tout en bénéficiant des avantages fiscaux que procurent lesdits programmes. |
| 3.6.2. | Les programmes offrant un accès à des régimes fiscaux spéciaux ont été identifiés comme étant particulièrement risqués et susceptibles de favoriser l’évasion fiscale. Ils offrent notamment aux particuliers la possibilité de contourner l’obligation de déclaration selon la norme commune de déclaration (NCD). L’OCDE a inscrit deux États membres de l’Union européenne sur la liste qu’elle a dressée des juridictions proposant des programmes de citoyenneté et de résidence par investissement susceptibles de présenter un risque élevé pour le respect de la norme commune de déclaration (10). |
| 3.6.3. | L’étude du Parlement européen visée ci-avant aux paragraphes 2.3 et 3.6.1 met en lumière d’autres types de risques liés aux programmes de citoyenneté et de résidence par investissement, tels que les risques macroéconomiques qu’entraîne la volatilité de ce type de flux d’investissement, les risques socioéconomiques qui découlent de l’inflation des prix sur le marché immobilier ou encore les risques politiques, notamment celui de détériorer la confiance dans les institutions européennes et de porter atteinte à la réputation de la citoyenneté de l’Union et donc éventuellement de compromettre à l’avenir la mobilité et la liberté de circulation des citoyens de l’Union. Elle souligne en outre le risque de discrimination accrue entre les différentes catégories de migrants. Il importe donc que les États membres posent clairement quels sont les risques qu’ils sont disposés à prendre au regard des bénéfices et de l’incidence escomptés, et qu’ils effectuent régulièrement des évaluations de cette dernière afin de s’assurer que les bénéfices en question l’emportent sur ces risques. |
4. Observations particulières
4.1. Rôle du secteur privé
| 4.1.1. | Lors de l’évaluation du rôle des entreprises privées dans la gouvernance des programmes de citoyenneté et de résidence par investissement, le CESE est conscient qu’il en existe deux types distincts. Il s’agit en premier lieu des entreprises sous contrat avec l’État pour gérer le programme, traiter les demandes et filtrer les candidats, et en second lieu de celles qui fournissent des services aux investisseurs et les aident à présenter leur candidature pour le programme, qu’elles soient ou non accréditées. |
| 4.1.2. | Le CESE, tout en reconnaissant que les entreprises privées engagées par l’État peuvent jouer un rôle utile dans la procédure de vigilance à l’égard des candidats, en procédant aux vérifications de fond nécessaires et en compilant des rapports de veille économique, met en garde contre l’attribution de tâches d’évaluation des risques ou de prise de décision à ces entreprises. Le CESE insiste sur le fait que cette responsabilité devrait incomber aux autorités publiques compétentes. |
| 4.1.3. | Le CESE s’inquiète fortement de la publicité faite aux droits et à la citoyenneté de l’Union comme s’il s’agissait de produits à vendre. Il fait également part de sa très vive inquiétude quant à l’existence d’un conflit d’intérêts lorsque les entreprises engagées pour présélectionner les candidats exercent également des activités commerciales connexes ou fournissent des services supplémentaires à des investisseurs potentiels. |
| 4.1.4. | En ce qui concerne les agents et entreprises privés fournissant des services aux investisseurs dans le cadre de leur demande au titre des programmes de citoyenneté et de résidence par investissement, le CESE déplore qu’en dépit du profil de risque de leurs clients, ceux qui travaillent dans l’industrie desdits programmes ne sont ni systématiquement soumis à la réglementation légale ni considérés comme des entités assujetties au sens des règles régissant la lutte contre le blanchiment de capitaux. |
| 4.1.5. | En outre, le CESE note que l’accréditation et/ou l’octroi de licences aux intermédiaires fournissant des services aux demandeurs ne sont pas requis dans tous les États membres, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas obligés de se soumettre à une évaluation de «compétence et d’honorabilité» et de respecter un ensemble de critères d’accréditation minimaux, échappant ainsi notamment aux obligations de confirmer qu’ils sont des professionnels habilités, de divulguer des informations relatives aux bénéficiaires effectifs et de déclarer leurs intérêts. Par conséquent, le CESE se féliciterait de l’introduction d’un code de conduite contraignant, d’une supervision des professionnels habilités par un organisme de l’État membre compétent et de la fourniture d’informations concernant les professionnels habilités par le truchement d’un registre des prestataires de services accessible au public. |
4.2. Dimension extérieure
| 4.2.1. | Le CESE s’inquiète des risques que font courir à l’Union européenne les programmes de citoyenneté et de résidence par investissement mis en place par des pays tiers avec lesquels l’Union européenne a conclu des accords d’exemption de visa, tels que les pays en voie d’adhésion, les pays du partenariat oriental et les pays des Caraïbes et du Pacifique. Il approuve la recommandation de la Commission de lier l’octroi à des pays tiers de l’exemption de visa à l’application des normes les plus strictes possibles de mise en œuvre des programmes de citoyenneté et de résidence par investissement et de réexaminer les régimes existants d’exemption de visa à l’aune de telles normes. |
| 4.2.2. | Le CESE recommande que, tandis que l’Union européenne œuvre en son sein à abroger progressivement tous les programmes existants, les pays qui entendent la rejoindre ne devraient pas être autorisés à utiliser des programmes de citoyenneté et de résidence par investissement au moment de leur adhésion, de manière à ne pas ajouter de nouveaux programmes à ceux qui sont actuellement en vigueur. |
Bruxelles, le 30 octobre 2019.
Le président
du Comité économique et social européen
Luca JAHIER
(1) http://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-8-2019-0240_FR.pdf
(2) Directive (UE) 2018/843 du Parlement européen et du Conseil du 30 mai 2018 modifiant la directive (UE) 2015/849 relative à la prévention de l’utilisation du système financier aux fins du blanchiment de capitaux ou du financement du terrorisme ainsi que les directives 2009/138/CE et 2013/36/UE (JO L 156 du 19.6.2018, p. 43) https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32018L0843&from=FR
(3) Résolution du Parlement européen du 16 janvier 2014 sur la citoyenneté de l’Union européenne à vendre (JO C 482 du 23.12.2016, p. 117). http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P7-TA-2014-0038+0+DOC+XML+V0//FR
(4) http://www.europarl.europa.eu/doceo/document/CRE-8-2018-05-30-ITM-019_FR.html
(5) http://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-8-2019-0240_FR.pdf
(6) https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/com_2019_12_final_report.pdf
(7) https://europa.eu/rapid/press-release_SPEECH-14-18_en.htm (disponible pour l’heure uniquement en anglais).
(8) http://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/STUD/2018/627128/EPRS_STU(2018)627128_EN.pdf (disponible pour l’heure uniquement en anglais).
(9) https://www.oecd.org/tax/automatic-exchange/crs-implementation-and-assistance/residence-citizenship-by-investment (disponible pour l’heure uniquement en anglais).
(10) http://www.oecd.org/tax/automatic-exchange/crs-implementation-and-assistance/residence-citizenship-by-investment (disponible pour l’heure uniquement en anglais).
Avis institutionnel — 52019AB0046
30/12/2019
Résolution législative du Parlement européen du 18 décembre 2019 sur le projet de décision du Conseil relative à la conclusion de l’accord de partenariat dans le domaine de la pêche durable entre l’Union européenne et la République de Gambie et du protocole de mise en œuvre dudit accord de partenariat (08974/2019 — C9-0106/2019– 2019/0076(NLE))
18/12/2019
P9_TA(2019)0097 PAC: discipline financière à partir de l’exercice 2021 et flexibilité entre piliers pour l’année civile 2020 ***I Résolution législative du Parlement européen du 18 décembre 2019 sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) n° 1306/2013 en ce qui concerne la discipline financière à partir de l’exercice 2021 et le règlement (UE) n° 1307/2013 en ce qui concerne la flexibilité entre piliers pour l’année civile 2020 (COM(2019)0580 — C9-0163/2019 — 2019/0253(COD)) P9_TC1-COD(2019)0253 Position du Parlement européen arrêtée en première lecture le 18 décembre 2019 en vue de l’adoption du règlement (UE) 2020/… du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) n° 1306/2013 en ce qui concerne la discipline financière à partir de l’exercice 2021 et le règlement (UE) n° 1307/2013 en ce qui concerne la flexibilité entre piliers pour l’année civile 2020
18/12/2019
Résolution législative du Parlement européen du 17 décembre 2019 sur le projet de décision du Conseil relative à l’adhésion des Îles Salomon à l’accord de partenariat intérimaire entre la Communauté européenne, d’une part, et les États du Pacifique, d’autre part (09405/2019 — C9-0010/2019 — 2019/0099(NLE))
17/12/2019