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AccueilDroit européen52019AE1938
Avis institutionnel52019AE1938

Avis du Comité économique et social européen sur le rapport de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen, au Comité des régions et à la Banque européenne d’investissement — Quatrième rapport sur l’état de l’union de l’énergie[COM(2019) 175 final]

CELEX52019AE1938
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 17 juillet 2019

Résumé IA

Cet avis du Comité économique et social européen (CESE) évalue le quatrième rapport sur l’état de l’union de l’énergie, publié par la Commission en 2019. Il formule des recommandations sur la gouvernance de l’union de l’énergie, la transition énergétique et la décarbonation, en insistant sur la nécessité d’une approche inclusive impliquant les partenaires sociaux et la société civile. Pour un professionnel du droit français, ce texte offre un éclairage sur les orientations politiques et les attentes des institutions européennes en matière de régulation énergétique et climatique, sans créer d’obligations juridiques directes.

Texte intégral

18.10.2019

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 353/96


Avis du Comité économique et social européen sur le rapport de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen, au Comité des régions et à la Banque européenne d’investissement — Quatrième rapport sur l’état de l’union de l’énergie

[COM(2019) 175 final]

(2019/C 353/15)

Rapporteur: Christophe QUAREZ

Consultation

Commission européenne, 3.6.2019

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Transports, énergie, infrastructures et société de l’information»

Adoption en section

3.7.2019

Adoption en session plénière

17.7.2019

Session plénière no

545

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

183/2/5

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE prend note du quatrième rapport sur l’état de l’union de l’énergie, soutient les objectifs de l’union de l’énergie et se félicite de l’accent mis sur l’engagement et la mobilisation de la société européenne en vue de s’approprier pleinement cette union. Il réitère ses propositions en faveur d’un dialogue efficace sur l’énergie avec la société civile organisée aux niveaux européen, national, régional et local. Il demande également la mise en place d’un lien plus étroit entre les futurs rapports sur l’état de l’union de l’énergie et la stratégie à long terme proposée pour 2050.

1.2.

Le CESE s’étonne de la déclaration de la Commission européenne qui affirme que «l’union de l’énergie est une réalité». L’union de l’énergie est peut-être une réalité sur le plan des décisions prises par l’Union européenne, mais elle ne l’est pas encore dans la vie quotidienne des citoyens européens. Le CESE invite donc la Commission européenne à demander aux États membres d’assumer les responsabilités qui leur incombent s’agissant des décisions qu’ils ont eux-mêmes adoptées au niveau de l’Union européenne. Il plaide également en faveur d’une ambition accrue en matière de transition énergétique et d’action pour le climat.

1.3.

Le CESE regrette d’ailleurs la persistance de divergences de vues exprimées par les gouvernements nationaux, ainsi que les différences entre ce dont ils conviennent à Bruxelles et ce qu’ils mettent en œuvre dans leur pays. Le CESE demande à la Commission européenne de continuer à faire usage de ses compétences, notamment juridiques, pour veiller à ce que les États membres respectent la législation européenne en matière d’énergie, y compris les objectifs en matière de climat et d’énergie à l’horizon 2020. Le CESE invite la Commission européenne à analyser les raisons des divergences de vues exprimées par les gouvernements nationaux, ainsi que les motifs pour lesquels certains États membres n’atteindront pas leurs objectifs en matière d’énergie et de climat.

1.4.

Le CESE déplore que la Commission européenne n’ait pas suffisamment tiré parti du quatrième rapport sur l’état de l’union de l’énergie pour souligner l’absence de progrès clairs sur quatre des priorités de l’Union de l’énergie: placer le citoyen au centre du processus, réduire les importations d’énergie, être numéro un dans le domaine des énergies renouvelables et créer des emplois propres dans le secteur de l’énergie.

1.5.

Le CESE insiste à nouveau sur le fait que l’Europe a besoin d’un «pacte social pour une transition énergétique portée par les citoyens», approuvé par l’Union européenne, les États membres, les régions, les villes, les partenaires sociaux et la société civile organisée, de manière à s’assurer que la transition ne laisse personne de côté. Ce pacte devrait devenir la sixième dimension de l’union de l’énergie et couvrir tous les aspects sociaux, notamment la création d’emplois de qualité, la formation professionnelle, l’éducation et la formation des consommateurs, la protection sociale, des plans spécifiques pour les régions en transition qui connaissent des pertes d’emplois, la santé et la pauvreté énergétique. Cette initiative devrait faire partie du socle européen des droits sociaux.

1.6.

Le Comité accueille favorablement le lancement de l’observatoire de la précarité énergétique, qui ne peut être qu’une première étape vers l’élaboration d’un plan d’action européen visant à éradiquer la pauvreté énergétique en Europe. À cet égard, les tarifs sociaux ou les chèques énergie n’offrent qu’un répit temporaire et devraient être progressivement remplacés par des subventions publiques destinées à aider les européens pauvres à adopter des solutions structurelles, telles que des rénovations en profondeur des bâtiments.

1.7.

Le CESE regrette qu’une attention insuffisante ait été accordée à l’évaluation de la dépendance énergétique de l’Union européenne et à ses implications géopolitiques. Il y aurait notamment lieu de s’intéresser à l’évolution de la dépendance de l’Union européenne vis-à-vis des importations d’énergie (par exemple, le pétrole, le gaz naturel, le charbon et l’uranium), ainsi que des importations de biens énergétiques intermédiaires (batteries, panneaux solaires, par exemple) et des investissements étrangers dans des entreprises et des actifs énergétiques stratégiques de l’Union européenne (par exemple, entreprises américaines achetant des segments clés de la chaîne de valeur des centrales thermiques, entreprises chinoises achetant des entreprises du réseau électrique, investissements russes dans le secteur de l’énergie de certains pays).

1.8.

Compte tenu de l’importance du changement climatique en tant que thème politique clé en Europe, tant dans la perception des citoyens que dans les programmes des partis politiques, le CESE invite la prochaine Commission européenne à faire de la lutte contre le changement climatique une priorité absolue pour son mandat de 2019-2024. Cette priorité devrait se refléter dans l’organisation de la Commission européenne, par la création d’un poste de premier vice-président de la Commission européenne chargé de l’action en faveur du climat.

2. Contexte et réflexion sur les recommandations antérieures du CESE

2.1.

La population européenne soutient vivement et de façon croissante les objectifs de l’union de l’énergie ainsi que des politiques plus ambitieuses en matière de climat et d’énergie. Selon des enquêtes Eurobaromètre (1) récentes, environ 80 % des citoyens européens considèrent que le changement climatique est un problème très grave et que la lutte contre le changement climatique et l’utilisation plus efficace de l’énergie peuvent stimuler l’économie et l’emploi dans l’Union. Ce soutien de l’opinion publique est devenu plus visible grâce au mouvement de la jeunesse #FridaysForFuture.

2.2.

Le CESE observe que les objectifs de l’union de l’énergie bénéficient également d’un soutien croissant au sein des milieux d’affaires européens, dans le secteur de l’énergie comme en dehors de celui-ci, comme le montrent les exemples de Eurelectric et de The B team.

2.3.

Un nombre croissant de constatations d’experts et de conclusions scientifiques confirment que l’économie européenne peut tirer profit de sa transformation en une économie neutre pour le climat. Dans sa stratégie à long terme de novembre 2018, la Commission fournit un certain nombre d’éléments probants récents (2).

2.4.

Le CESE regrette néanmoins la persistance de divergences de vues exprimées par les gouvernements nationaux, ainsi que les différences entre ce dont ils conviennent à Bruxelles et ce qu’ils mettent en œuvre dans leur pays. Le CESE demande à la Commission européenne de continuer à faire usage de ses compétences, notamment juridiques, pour veiller à ce que les États membres respectent la législation européenne en matière d’énergie, y compris les objectifs en matière de climat et d’énergie à l’horizon 2020. Le CESE invite la Commission européenne à analyser les raisons des divergences de vues exprimées par les gouvernements nationaux, ainsi que les motifs pour lesquels certains États membres n’atteindront pas leurs objectifs en matière d’énergie et de climat.

2.5.

Le CESE se félicite des initiatives lancées ces dernières années et qui sont rappelées dans le rapport sur l’état de l’union de l’énergie, notamment celles qui concernent les îles de l’Union européenne, les régions charbonnières, les batteries et la précarité énergétique. Tous ces éléments sont essentiels pour œuvrer en faveur d’une politique industrielle intégrée, en mesure de soutenir une transition énergétique socialement équitable qui crée des emplois de qualité, et devraient être considérés comme une occasion pour l’industrie de mettre en évidence la capacité de l’Europe à élaborer les solutions adéquates aux défis actuels.

2.6.

Le CESE a souligné à maintes reprises que l’union de l’énergie doit assurer aux entreprises européennes un environnement stable et favorable, qui leur permettra d’investir et d’embaucher et les incitera à le faire, en accordant à cet égard une attention particulière au potentiel des PME. Le CESE se félicite dès lors de l’entrée en vigueur du règlement sur la gouvernance de l’union de l’énergie et il invite la société civile organisée à jouer un rôle plus actif pour garantir la bonne mise en œuvre dudit règlement.

2.7.

Le CESE se félicite également de la publication en janvier 2019 du rapport de la Commission européenne sur les prix et les coûts de l’énergie en Europe, dans la mesure où il fournit des informations transparentes au sujet des récentes hausses des prix de l’énergie, qui sont en grande partie liées à une hausse du prix des combustibles fossiles, laquelle a conduit à une augmentation de 26 % du prix des importations de combustibles fossiles dans l’Union européenne entre 2016 et 2017, pour un total de 266 milliards d’EUR. Le CESE plaide pour davantage de transparence en ce qui concerne le subventionnement des combustibles fossiles et au sujet des divergences entre les prix de l’énergie dans l’ensemble de l’Union européenne, notamment lorsqu’elles résultent de choix différents en matière de fiscalité nationale de l’énergie.

2.8.

Le CESE a demandé que la dimension sociale figure parmi les critères d’évaluation dans le prochain rapport sur l’état de l’union de l’énergie. Il se félicite dès lors vivement des initiatives menées par la Commission européenne, telles que celles liées aux régions à forte intensité de carbone et à la pauvreté énergétique, ainsi que de l’existence d’une sous-section spécifique consacrée à la dimension sociale de l’union de l’énergie dans ledit rapport.

2.9.

Le CESE a toujours considéré que la disponibilité d’une énergie financièrement abordable et l’accès physique à celle-ci sont déterminants pour éviter la pauvreté énergétique. Dès lors, il accueille favorablement le lancement de l’observatoire de la précarité énergétique, qui ne peut être qu’une première étape vers l’élaboration d’un plan d’action européen visant à éradiquer la pauvreté énergétique en Europe. Il invite la Commission à élargir le mandat et à augmenter les ressources de l’observatoire afin que celui-ci puisse continuer à œuvrer sur la question de la précarité en matière de chauffage et étendre ses travaux aux problématiques de la précarité en matière de climatisation ou de mobilité.

2.10.

Le CESE note que la transition énergétique ne nécessite pas d’investir sensiblement plus que ce qui est nécessaire pour maintenir le système énergétique actuel, fondé sur un usage inefficace de combustibles fossiles qui sont principalement importés. Le principal défi réside dans la réaffectation du capital d’actifs et d’infrastructures à forte intensité de carbone vers des actifs et des infrastructures à «zéro carbone».

2.11.

Pour aider les investisseurs privés à effectuer cette réaffectation du capital, les pouvoirs publics devraient garantir des prix du carbone effectifs et prévisibles pour l’ensemble des activités économiques et éliminer progressivement toutes les subventions allouées aux combustibles fossiles. Parmi les mesures qui pourraient être envisagées figure un prix du carbone plancher pour le régime d’échange de droits d’émission, combiné à une harmonisation des taxes sur l’énergie. Le CESE soutient donc fermement la proposition de la Commission visant à garantir que l’harmonisation européenne de la taxation de l’énergie puisse être décidée à la majorité qualifiée plutôt qu’à l’unanimité, sachant que cette procédure peut permettre à un seul gouvernement national de bloquer toute avancée de l’Union européenne. Le secteur aérien devrait être le premier à bénéficier d’une telle harmonisation.

3. Observations sur le quatrième rapport sur l’état de l’union de l’énergie et les mesures de suivi

3.1. Mettre en place une gouvernance forte et démocratique pour la transition énergétique en Europe

3.1.1.

Le CESE estime que l’Union européenne et ses États membres doivent démocratiser davantage l’élaboration des politiques énergétiques. Ils peuvent faire un meilleur usage d’outils tels que le sondage délibératif ou l’initiative citoyenne européenne et garantir un dialogue systémique avec la société civile organisée. Un système énergétique davantage décentralisé, dans lequel les communautés énergétiques locales jouent un rôle accru, peut constituer un élément important pour soutenir la démocratisation et l’appropriation de la transition énergétique européenne.

3.1.2.

En vue de créer un environnement économique stable et favorable pour les entreprises européennes, en particulier pour les PME, l’Union et tous les États membres devraient développer des plans énergétiques à long terme afin d’atteindre l’objectif de neutralité carbone convenu dans l’accord de Paris. Le CESE invite donc l’Union européenne à se donner pour objectif de devenir une économie neutre pour le climat à l’horizon 2050. Les stratégies de décarbonation régionales et sectorielles devraient par la suite être conçues de manière à recenser les débouchés commerciaux et les possibilités locales ainsi qu’à anticiper les futures créations et pertes d’emploi afin d’assurer une transition sans heurts.

3.1.3.

Le CESE critique l’imprécision de plusieurs promesses politiques. Par exemple, le Comité regrette que la Commission européenne n’ait jamais précisé ce qu’elle entendait par son ambition déclarée de faire de l’Europe le «numéro un dans le domaine des énergies renouvelables».

3.1.4.

Le CESE se félicite des initiatives visant à aider les régions et les îles qui présentent une forte dépendance vis-à-vis du charbon et des taux élevés d’émissions de carbone dans leur transition énergétique. Le CESE réitère sa demande à la Commission d’engager l’ensemble des États membres et des régions à procéder conjointement à l’inventaire des atouts et des faiblesses de chaque région européenne s’agissant de la transition énergétique. Cet inventaire devrait être pris en compte dans leurs stratégies industrielles et leurs stratégies de spécialisation intelligente, et pourrait les aider à anticiper l’impact probable de la transition du point de vue des créations et des pertes d’emploi, et de la redéfinition de l’emploi (3).

3.1.5.

Le CESE reconnaît qu’une gouvernance de l’union de l’énergie forte et démocratique requiert la création au sein de l’Agence européenne pour l’environnement d’un «service européen d’information sur l’énergie» capable de garantir la qualité des données fournies par les États membres, de créer un point d’entrée pour toutes les séries de données nécessaires à l’évaluation de l’état d’avancement de l’union de l’énergie, de définir avec les parties prenantes les hypothèses relatives aux différents scénarios, de fournir des modèles «open source» permettant de tester différentes hypothèses et de vérifier la cohérence entre différentes projections. Ses travaux devraient être librement accessibles à tous les décideurs politiques, ainsi qu’aux entreprises et au grand public.

3.2. Élaborer conjointement un pacte social pour une transition énergétique portée par les citoyens

3.2.1.

Le CESE accueille très favorablement la déclaration de la Commission selon laquelle «les implications sociales de ces changements [liés à la transition énergétique] doivent d’emblée faire partie du processus d’élaboration des politiques, et ne pas simplement être intégrées après coup.» Le CESE invite la Commission à traduire cette déclaration en pratique et il se tient prêt à lui apporter son soutien et son expertise.

3.2.2.

Le CESE insiste à nouveau sur le fait que l’Europe a besoin d’un «pacte social pour une transition énergétique portée par les citoyens», approuvé par l’Union européenne, les États membres, les régions, les villes, les partenaires sociaux et la société civile organisée, de manière à s’assurer que la transition ne laisse personne de côté. Ce pacte devrait devenir la sixième dimension de l’union de l’énergie et couvrir tous les aspects sociaux, notamment la création d’emplois de qualité, la formation professionnelle, l’éducation et la formation des consommateurs, la protection sociale, des plans spécifiques pour les régions en transition qui connaissent des pertes d’emplois, la santé et la pauvreté énergétique. Cette initiative devrait faire partie du socle européen des droits sociaux. Un tel pacte pourrait s’appuyer sur des expériences nationales telle que le «pacte pour le pouvoir de vivre» qui, en France, réunit dix-neuf organisations, ONG et syndicats.

3.2.2.1.

Le CESE estime que l’Union européenne doit prévoir un financement adéquat pour soutenir les travailleurs qui risquent de perdre leur emploi à la suite de la transition vers une économie neutre en carbone. À cette fin, sur la base de l’expérience dégagée de la Plateforme des régions charbonnières en transition, il invite la Commission européenne, le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne à veiller à ce que le Fonds social européen, les Fonds régionaux et le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation soient bien conçus et financés pour relever les défis de la transition vers une économie neutre en carbone. Cela permettrait de signaler la volonté de l’Europe de veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte.

3.2.3.

Le CESE souhaite que l’union de l’énergie soit développée de telle sorte qu’elle se transforme en une opportunité d’éradiquer la pauvreté énergétique en Europe et d’améliorer la qualité de vie, la création d’emplois et l’inclusion sociale. En s’appuyant sur les conclusions de l’observatoire européen de la précarité énergétique et sur l’indice européen de la précarité énergétique récemment mis au point, un plan d’action européen visant à éradiquer la précarité énergétique devrait être élaboré en coopération avec les parties prenantes, dont les organisations de consommateurs et les ONG de lutte contre la pauvreté telles que le réseau européen anti-pauvreté, afin de veiller à ce que l’action publique cible de plus en plus les causes profondes de la précarité énergétique. Ayant constaté dans son avis sur «Une énergie propre pour tous les européens» (4) que la précarité énergétique est une question d’investissement et que ce sont surtout les ménages vulnérables qui se heurtent à des obstacles en matière d’accès au financement, le CESE insiste sur la nécessité de passer progressivement de mesures palliatives à des mesures préventives, telles que la rénovation visant à transformer d’anciens bâtiments en bâtiments à la consommation d’énergie quasi nulle. À cet égard, les tarifs sociaux ou les chèques énergie n’offrent qu’un répit temporaire et devraient être progressivement remplacés par des subventions publiques destinées à aider les européens pauvres à adopter des solutions structurelles, telles que des rénovations en profondeur des bâtiments.

3.2.3.1.

Le CESE considère que la transition vers une économie neutre pour le climat est l’occasion de créer des emplois pour davantage de jeunes européens. La Commission européenne affirme qu’il y a déjà quatre millions d’européens qui travaillent pour l’«économie verte». Accélérer la transition énergétique créera plus d’emplois, en particulier si cette transition s’effectue par l’intermédiaire des communautés énergétiques locales. Le CESE estime qu’il convient d’investir davantage dans la formation professionnelle pour attirer les jeunes européens, y compris les jeunes chômeurs, vers les emplois liés à la transition énergétique. En conséquence, le CESE demande à la Commission européenne de faire évoluer le programme Erasmus Pro pour attirer davantage de jeunes vers les secteurs en expansion de l’économie neutre en carbone (par exemple l’efficacité énergétique, la génération d’énergie renouvelable) en améliorant l’image et les conditions de travail de ces emplois.

3.2.4.

Le Comité estime que l’Union et l’ensemble de ses États membres devraient faire de la lutte contre la pollution de l’air une priorité politique de haut niveau. Les mesures réglementaires visant à réduire les polluants atmosphériques émis par les véhicules et les centrales électriques devraient être renforcées. Il convient en outre de mettre en place des mesures afin de parvenir, à terme, à se passer des combustibles fossiles dans le transport et la production d’électricité. Le CESE demande également que, dans un prochain rapport, la Commission européenne fournisse une analyse détaillée des facteurs à l’origine de la création d’emplois verts et des obstacles à surmonter.

3.2.5.

Le CESE se félicite des améliorations apportées au quatrième rapport sur l’état de l’union de l’énergie concernant l’information relative à l’utilisation des instruments d’investissement européens, en particulier dans le cadre du mécanisme pour l’interconnexion en Europe. Il relève toutefois la nécessité d’améliorer les moyens mis à disposition pour permettre à des projets portés par des start-ups, des citoyens, des communautés énergétiques locales ou des associations d’accéder à ces ressources (par exemple, en apportant un soutien aux plateformes financières, en particulier dans les États membres qui ne disposent pas de telles structures). Le CESE souhaite poursuivre l’examen de la dimension sociale de la transition énergétique au moyen d’un avis exploratoire ou d’un rapport d’information distinct.

3.3. Transport

Le CESE rappelle que le secteur des transports représente un tiers de la consommation énergétique de l’Union. Si les émissions de l’Union ont diminué, ce n’est pas le cas du secteur des transports. De surcroît, celui-ci continue de dépendre presque entièrement (94 %) du pétrole, dont la quasi-totalité est importée.

3.3.1.

Le CESE se félicite de l’adoption du paquet «mobilité propre», qui constitue une première étape de la transition vers une mobilité propre. Il se félicite de la promotion de l’électrification, mais rappelle que cette dernière ne sera pas suffisante et que des efforts sans précédent devront être déployés pour accroître l’efficacité énergétique et réduire la demande de mobilité inutile, par exemple celle qui concerne les longues distances entre le domicile et le lieu de travail.

3.3.2.

Le CESE aurait apprécié que des mesures à l’échelle de l’Union soient adoptées pour éviter que les automobilistes à faibles revenus soient laissés pour compte avec leurs véhicules polluants dont l’accès à de nombreuses zones urbaines est de plus en plus restreint. Des actions pourraient être lancées dans le cadre du programme urbain ainsi qu’en matière de promotion de la marche, du vélo, des transports publics et de la mise à niveau ou de la conversion des systèmes de propulsion des véhicules existants afin de passer de technologies utilisant des combustibles fossiles à d’autres présentant zéro émission.

3.3.3.

Le CESE se félicite que le quatrième rapport sur l’état de l’union de l’énergie rappelle l’importance de l’alliance européenne pour les batteries. Le CESE soutient cette initiative visant à garantir que l’Union joue un rôle ambitieux sur ce marché mondial (5).

3.4. Infrastructures, investissement et développement industriel en faveur de la transition énergétique

3.4.1.

La transition énergétique a des répercussions significatives sur tous les segments de l’économie, en particulier les services publics, les industries à haute intensité énergétique et les industries fournissant des solutions énergétiques. Leur transformation radicale requiert des investissements de l’ordre de centaines de milliards d’euros. Tous rencontrent des risques, des problèmes et des opportunités – et il est essentiel que l’Union aide les industries ainsi que les coopératives énergétiques et les citoyens à saisir les opportunités, à résoudre les problèmes et à réduire les risques.

3.4.2.

Le CESE regrette qu’une attention insuffisante ait été accordée à l’évaluation de la dépendance énergétique de l’Union européenne et à ses implications géopolitiques. Il y aurait notamment lieu de s’intéresser à l’évolution de la dépendance de l’Union européenne vis-à-vis des importations d’énergie (par exemple, le pétrole, le gaz naturel, le charbon et l’uranium), ainsi que des importations de biens énergétiques intermédiaires (batteries, panneaux solaires, par exemple) et des investissements étrangers dans des entreprises et des actifs énergétiques stratégiques de l’Union européenne (par exemple, entreprises américaines achetant des segments clés de la chaîne de valeur des centrales thermiques, entreprises chinoises achetant des entreprises du réseau électrique, investissements russes dans le secteur de l’énergie de certains pays).

3.4.3.

Le CESE estime que l’Union devrait être plus ambitieuse dans tous les domaines des énergies propres afin de fournir aux entreprises européennes un marché intérieur solide, où l’innovation peut être déployée, et une stratégie industrielle intégrée, visant à exporter des solutions énergétiques propres dans le reste du monde.

3.4.4.

Le CESE regrette que les investissements publics (nationaux et européens) dans les domaines de recherche et d’innovation prioritaires de l’union de l’énergie aient stagné à un niveau de 5 milliards d’EUR par an, alors même que la recherche et l’innovation dans le domaine de l’énergie devraient être une priorité absolue pour préserver la compétitivité et le climat de l’Europe. Le CESE invite le Centre commun de recherche de la Commission à fournir des données supplémentaires sur ce point, exprimées en termes absolus et en pourcentage du PIB de l’Union.

3.4.5.

Le CESE accueille très favorablement la création d’un projet-pilote de «Conseil européen de l’innovation» ainsi que des «missions de recherche et d’innovation» afin de mieux orienter la recherche et l’innovation vers des projets qui visent à apporter une solution effective aux défis de société tels que la transition vers une économie neutre pour le climat. À cet égard, il demande à la Commission, au Parlement européen et au Conseil de l’Union européenne de proposer la création d’une mission spécifique visant à rendre 100 villes européennes neutres en carbone d’ici 2030. Cela fournira aux chercheurs, aux innovateurs et aux entreprises européens des possibilités considérables en matière de co-conception et de test d’innovations, ce qui leur permettra de tirer des enseignements de l’expérience et, partant, d’être mieux à même de réaliser une transition énergétique rapide en Europe et dans le reste du monde.

4. Participation de la société civile et contribution du CESE

4.1.

Le CESE est convaincu que l’union de l’énergie est peut-être une réalité sur le plan politique mais qu’elle ne l’est pas encore dans la vie quotidienne des citoyens européens. Le CESE se félicite qu’entre 2015 et 2019 les responsables politiques européens aient posé les bases de l’union de l’énergie, mais il observe que la tâche qui reste à accomplir dans les années et les décennies à venir est considérable.

4.2.

La transformation du système énergétique de l’Europe sera en effet plus rapide, moins coûteuse et plus démocratique si elle est portée par des citoyens de plus en plus actifs en tant que consommateurs, prosommateurs, travailleurs, acteurs de l’externalisation ouverte (crowdsourcers) et du financement participatif (crowdfunders) de la transition énergétique. L’Union européenne devrait s’efforcer de passer d’une situation où la politique de l’énergie, même au niveau national, est dictée par les décisions de quelques-uns à une situation où elle est effectivement déterminée par l’action de tous. Compte tenu des progrès rapides de la prise de conscience des citoyens européens, et notamment des plus jeunes d’entre eux, la réalisation de cette ambition semble plus que jamais à portée de main.

4.3.

Le CESE déplore l’absence de véritables propositions visant à mieux associer les organisations de la société civile et les citoyens. Si la tournée pour l’union de l’énergie constitue une évolution positive, le Comité n’en invite pas moins la Commission à nouer des relations plus étroites avec les décideurs et les parties prenantes, et plus particulièrement à rencontrer les conseils économiques et sociaux nationaux et régionaux et la société civile organisée en vue de garantir conjointement que tous les européens aient accès à une énergie propre.

4.4.

Rappelant les outils disponibles dans le règlement sur la gouvernance énergétique, le CESE propose de mettre en place un dialogue permanent avec les citoyens et de faire de ce dialogue un élément préparatoire obligatoire de toutes les grandes décisions politiques et de tous les processus législatifs de l’Union pertinents en matière de changement climatique. La transparence et la responsabilité devraient être des éléments importants d’un tel dialogue, ce qui signifie que les contributions qui y seraient apportées devraient être rendues publiques et que des informations claires devraient être fournies sur la manière dont les préoccupations exprimées au cours du dialogue ont été prises en compte. Il est essentiel pour la réussite d’un tel dialogue qu’il soit considéré comme proche des citoyens. Par conséquent, si un dialogue sur internet peut s’avérer utile, il ne saurait suffire et devrait être complété par des réunions et des contacts directs avec le grand public. Il est donc nécessaire que le dialogue soit visible, que des ressources financières et humaines adéquates soient disponibles et qu’on lui donne un visage humain, en la personne d’un vice-président de la Commission européenne, d’un commissaire ou d’une autre personnalité qui en aurait la charge.

4.5.

Le CESE souhaite contribuer activement à la poursuite du développement des synergies et de la coopération entre les institutions de l’Union, la société civile organisée et les collectivités locales et régionales et leurs institutions, en ce qui concerne les objectifs de l’union de l’énergie. Les collectivités locales et régionales, grâce à leur proximité avec le grand public et à leur connaissance de chaque contexte local spécifique, détiennent les clés de l’adaptation et de la mise en œuvre efficaces des politiques liées à l’énergie. Elles constituent un niveau de prise de décision important dans des secteurs tels que les transports, l’urbanisme, la construction de bâtiments et la protection sociale, ce qui en fait un maillon indispensable de la mise en œuvre de mesures coordonnées en faveur de l’efficacité énergétique et des sources d’énergie renouvelables.

Bruxelles, le 17 juillet 2019.

Le président

du Comité économique et social européen

Luca JAHIER


(1) Rapport Eurobaromètre spécial 459 sur le changement climatique, mars 2017.

(2) COM(2018) 773 final.

(3) JO C 367 du 10.10.2018, p. 1.

(4) JO C 246 du 28.7.2017, p. 64.

(5) JO C 367 du 10.10.2018, p. 1.


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18/12/2019

Avis institutionnel52019AP0097(01)

P9_TA(2019)0097 PAC: discipline financière à partir de l’exercice 2021 et flexibilité entre piliers pour l’année civile 2020 ***I Résolution législative du Parlement européen du 18 décembre 2019 sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) n° 1306/2013 en ce qui concerne la discipline financière à partir de l’exercice 2021 et le règlement (UE) n° 1307/2013 en ce qui concerne la flexibilité entre piliers pour l’année civile 2020 (COM(2019)0580 — C9-0163/2019 — 2019/0253(COD)) P9_TC1-COD(2019)0253 Position du Parlement européen arrêtée en première lecture le 18 décembre 2019 en vue de l’adoption du règlement (UE) 2020/… du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) n° 1306/2013 en ce qui concerne la discipline financière à partir de l’exercice 2021 et le règlement (UE) n° 1307/2013 en ce qui concerne la flexibilité entre piliers pour l’année civile 2020

18/12/2019

Avis institutionnel52019AP0089

Résolution législative du Parlement européen du 17 décembre 2019 sur le projet de décision du Conseil relative à l’adhésion des Îles Salomon à l’accord de partenariat intérimaire entre la Communauté européenne, d’une part, et les États du Pacifique, d’autre part (09405/2019 — C9-0010/2019 — 2019/0099(NLE))

17/12/2019

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