| CELEX | 52019AE2545 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 26 septembre 2019 |
| 15.1.2020 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 14/52 |
Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Résumé des coûts et avantages des investissements dans le domaine de la sécurité et de la santé au travail (SST)»
(avis exploratoire à la demande de la présidence finlandaise)
(2020/C 14/07)
Rapporteur: Adam ROGALEWSKI
Corapporteure: Ana BONTEA
| Consultation | Présidence finlandaise de l’Union européenne, 7.2.2019 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté» |
| Adoption en section | 10.9.2019 |
| Adoption en session plénière | 26.9.2019 |
| Session plénière no | 546 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 149/14/3 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le présent avis recense de nouveaux défis qui se font jour dans le domaine de la santé et de la sécurité au travail (SST), tels que la qualité de l’emploi, l’égalité, la numérisation et le changement climatique, qui devraient jouer un rôle important non seulement dans les discussions sur les avantages des investissements dans la SST, mais plus généralement dans la future politique de l’Union européenne en matière de SST. |
| 1.2. | Le CESE souligne le rôle important joué par les partenaires sociaux et les organisations de la société civile dans l’élaboration et la mise en œuvre de politiques durables en matière de santé et de sécurité au travail. Les investissements dans le domaine de la SST ne produiront des avantages que s’il existe un dialogue social solide et des négociations collectives couvrant largement ces questions. Il importe de promouvoir le rôle des comités pour la santé et la sécurité sur le lieu de travail et celui des représentants des travailleurs. |
| 1.3. | De nombreuses études ainsi que les expériences des partenaires sociaux et des organisations de la société civile montrent que les investissements dans la SST contribuent non seulement à l’amélioration du bien-être des travailleurs et des entrepreneurs mais également à un niveau de rentabilité élevé, en particulier sur le plan de la réduction des coûts, de l’augmentation de la productivité et de l’amélioration de la viabilité des régimes de sécurité sociale. |
| 1.4. | Il est de toute évidence justifié, d’un point de vue économique, d’investir dans une perspective sociétale dans la SST, dès lors que 3,3 % du PIB européen sont consacrés chaque année aux accidents du travail et aux maladies professionnelles. En outre, une part importante des coûts engendrés par les accidents et maladies liés au travail retombe non seulement sur les systèmes de santé publique, mais aussi sur les travailleurs et leurs familles (1). |
| 1.5. | Le CESE réclame davantage d’investissements publics et privés dans la SST et davantage d’incitations financières pour les entreprises qui y investissent. Les investissements publics devraient être adaptés aux besoins de certains types d’acteurs du marché du travail, en mettant particulièrement l’accent sur les petites et moyennes entreprises (PME). Les entreprises de plus grande taille qui disposent d’une capacité financière supérieure devraient investir dans la SST et la promouvoir, y compris au sein de leur réseau de fournisseurs. |
| 1.6. | Le CESE plaide pour une approche globale des investissements dans la SST. Il convient d’accorder une attention particulière à des questions telles que les risques psychosociaux, les troubles musculo-squelettiques (TMS), les maladies cardiovasculaires et le cancer, compte tenu de leurs liens avec le monde du travail, la société et l’environnement. |
| 1.7. | Il convient que l’Union européenne investisse dans la santé mentale de la population européenne. Des emplois de plus en plus nombreux deviennent exigeants sur le plan émotionnel, en particulier dans le secteur des services, en pleine croissance, alors même que tous les acteurs du marché du travail, y compris les entrepreneurs de PME, font l’expérience du stress. |
| 1.8. | Le CESE appelle à réaliser des études plus complètes pour mieux comprendre les avantages qu’il y a à investir dans la SST. À cette fin, les États membres doivent faire preuve d’une plus grande transparence en ce qui concerne le partage d’informations statistiques sur les maladies et les infections liées au travail, et procéder à l’harmonisation de la reconnaissance et de l’enregistrement des maladies professionnelles. |
| 1.9. | Le CESE invite l’Union européenne, les États membres et tous les autres acteurs concernés à promouvoir l’échange de bonnes pratiques en matière de SST, et en particulier l’offre d’incitations financières aux entreprises qui investissent dans ce domaine. |
| 1.10. | Le CESE souligne l’influence des conditions de travail, y compris l’égalité entre les femmes et les hommes, sur la santé et le bien-être des travailleurs. Les investissements dans le domaine de la SST devraient être abordés sous l’angle de la qualité de l’emploi. Des conditions de travail normalisées ainsi que l’égalité entre les femmes et les hommes constituent la meilleure prévention des risques psychosociaux, ce qui se traduit par une amélioration du bien-être et une productivité accrue. |
| 1.11. | Le CESE est préoccupé par le fait que l’accès à la SST et, partant, les avantages qui découlent des investissements dans ce domaine, ne sont pas répartis de manière uniforme dans l’ensemble des États membres de l’Union européenne. Les différentes initiatives devraient intégrer les dimensions de genre, d’appartenance ethnique, d’âge et de handicap, et relier la stratégie en matière de SST au débat sur l’égalité. |
| 1.12. | Le processus de numérisation pourrait apporter de nombreuses évolutions positives dans le domaine de la SST. Toutefois, le CESE est particulièrement préoccupé par le fait que de nouvelles formes d’emplois découlant de la numérisation pourraient échapper au champ d’application des réglementations en matière de santé et de sécurité au travail. Tous les travailleurs de l’Union européenne devraient être protégés par la législation en matière de SST. |
| 1.13. | Le CESE souligne que la SST non seulement profite à l’économie de l’Union européenne mais constitue également un droit fondamental du travail. La promotion des normes en matière de SST ne devrait pas se limiter aux États membres, mais couvrir tous les pays du monde, en particulier ceux avec lesquels l’Union européenne a ratifié des accords commerciaux ou a développé d’autres formes de coopération, comme c’est par exemple le cas avec des pays du partenariat oriental ou du voisinage méridional. Les investissements européens devraient favoriser les entreprises qui disposent de bonnes politiques en matière de SST et les mettent en œuvre dans leurs chaînes d’approvisionnement. |
2. Contexte
| 2.1. | Dans l’Union européenne, l’on déplore chaque année plus de 3,2 millions d’accidents non mortels et près de 4 000 décès survenus lors d’accidents mortels. Selon une estimation prudente, 100 000 personnes meurent d’un cancer d’origine professionnelle. Bon nombre d’accidents ne sont pas signalés, et les chiffres réels sont probablement beaucoup plus élevés. Ainsi, les données relatives aux décès survenant sur le trajet domicile-travail ne sont pas incluses dans ce calcul, pas plus que le nombre de suicides liés au travail. Certains travailleurs ne signalent pas les accidents du travail non mortels (2). |
| 2.2. | 24,2 % des travailleurs estiment que leur travail met leur santé en péril, tandis que 25 % d’entre eux déclarent qu’il a une incidence essentiellement négative sur leur bien-être (3). 7,9 % de la main-d’œuvre souffre de problèmes de santé liés au travail, qui ont dans 36 % des cas entraîné une absence d’au moins quatre jours par an (4). |
| 2.3. | Depuis trente ans, l’Union européenne dispose d’un cadre législatif visant à protéger les travailleurs contre les accidents et autres problèmes de santé liés au travail. L’acquis de l’Union européenne en matière de SST a pour base l’article 153 du TFUE et la directive-cadre européenne (89/391/CEE), laquelle établit des principes généraux pour la gestion de la santé et de la sécurité et s’applique à tous les salariés, tous secteurs d’activité confondus, dans l’ensemble de l’Union européenne. En outre, l’Union européenne a adopté vingt-trois directives particulières en matière de SST. Récemment, le socle européen des droits sociaux a fait référence à la santé et à la sécurité au travail dans son dixième principe. |
| 2.4. | Diverses enquêtes européennes montrent que des améliorations ont été apportées dans le domaine de la SST mais que le coût total des accidents du travail et des maladies professionnelles reste élevé. Selon les estimations de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA), 3,9 % du PIB mondial et 3,3 % du PIB européen sont consacrés aux accidents du travail et aux maladies professionnelles. Ce pourcentage varie d’un pays à l’autre, en fonction de la situation économique, du cadre législatif et des mesures d’incitation à la prévention qui y ont cours. Le principal facteur de coût est le cancer lié au travail, suivi par les troubles musculo-squelettiques (TMS) (5). |
| 2.5. | Il ressort des études réalisées que la bonne gestion de la SST dans les petites et moyennes entreprises (PME) et les exploitations agricoles familiales demeure un défi de taille. Par exemple, le cadre de l’Union européenne pour la santé et la sécurité au travail 2014-2020 indique que le renforcement de la capacité des PME à mettre en place des mesures efficaces et efficientes en matière de prévention des risques est l’un des principaux objectifs stratégiques poursuivis en matière de SST. |
| 2.6. | Les recherches conduites sur les contextes et les dispositions existants en matière de SST dans les PME de l’Union européenne révèlent une insuffisance générale de ressources à de multiples niveaux (6), ce qui force une large proportion de ces entreprises à suivre des stratégies commerciales à court terme et à moindres coûts (low road). Ces entreprises se caractérisent principalement par une position économique faible, une viabilité économique incertaine, une absence d’investissements dans la SST, ainsi qu’une prise de conscience, des connaissances et des compétences limitées en la matière. |
3. Observations générales
| 3.1. | De nombreuses études ainsi que les expériences des partenaires sociaux et des organisations de la société civile laissent à penser que les investissements dans la SST contribuent non seulement à l’amélioration du bien-être des travailleurs mais également à un niveau de rentabilité élevé, en particulier sur le plan de la réduction des coûts, de l’augmentation de la productivité et de l’amélioration de la viabilité des régimes de sécurité sociale (7). Des études réalisées en Finlande ont révélé qu’il peut y avoir des effets positifs sur la rentabilité même en l’absence d’effets immédiats et mesurables sur la productivité, ce qui indique que les mécanismes de rentabilité économique de la SST sont plus subtils que ce qui est généralement admis (8). |
| 3.2. | Étant donné qu’une large proportion des coûts liés aux maladies professionnelles ou aux accidents du travail retombe sur les travailleurs et leurs familles, il est de toute évidence justifié, d’un point de vue économique, d’investir dans une perspective sociétale dans la SST (9). |
| 3.3. | Le CESE se félicite du fait que, dans certains États membres, des dispositifs ont été mis en place pour récompenser financièrement les organisations veillant à avoir des lieux de travail sûrs et sains, et il encourage les autres États membres à faire de même. Ces mesures consistent notamment en une réduction des primes d’assurance, un abattement fiscal ou encore des aides de l’État. Pour les assureurs, ces dispositifs peuvent être économiquement avantageux en réduisant le nombre, la gravité et le coût des sinistres. |
| 3.4. | Le CESE est d’avis que les mécanismes incitatifs devraient récompenser non seulement les résultats antérieurs en matière de bonne gestion de la SST (un nombre limité d’accidents, par exemple), mais également les efforts de prévention spécifiques visant à faire baisser le nombre d’accidents et de maladies futurs. Outre les programmes financiers, il convient d’accorder une attention particulière aux initiatives sectorielles volontaires existantes en faveur de la gestion des produits industriels et de l’excellence en matière de performances (10). |
| 3.5. | Compte tenu de la tendance générale à la diminution du nombre d’accidents causant des blessures et des décès sur le lieu de travail, le CESE suggère de mettre davantage l’accent sur les maladies liées au travail telles que le cancer, les maladies cardiovasculaires, les troubles musculo-squelettiques et les maladies liées aux risques psychosociaux, qui sont les plus mortelles et constituent les causes les plus courantes d’un congé de maladie dans l’Union européenne. |
| 3.6. | Le CESE plaide pour une approche plus globale des investissements dans la SST, approche qui devrait éviter la généralisation excessive et, compte tenu des ressources limitées, mettre l’accent au départ sur les moyens les plus efficaces d’améliorer les politiques en matière de SST. |
| 3.7. | Les investissements dans la SST devraient être analysés dans le cadre d’un débat sur la qualité de l’emploi. Les données d’Eurofound (11) montrent que ce sont les travailleurs occasionnels qui sont les moins bien informés sur les risques en matière de SST. En outre, les emplois précaires, tout comme le chômage, contribuent à l’apparition de troubles de santé mentale. Des conditions de travail normalisées ainsi que l’égalité entre les femmes et les hommes constituent la meilleure prévention des risques psychosociaux, ce qui se traduit par une amélioration du bien-être et une productivité accrue. Dans cette optique, le CESE souscrit à la récente étude d’Eurofound qui suggère que «lorsqu’il est tenu compte des facteurs existant au niveau national qui sont potentiellement importants pour ce qui est du lien entre les conditions de travail, d’une part, et la santé et le bien-être des travailleurs, d’autre part, l’analyse montre qu’un taux de syndicalisation supérieur, une meilleure protection de l’emploi et une égalité hommes-femmes renforcée sont associés à des gains plus élevés, à des ressources de travail accrues et à une moindre tendance à l’extension du temps de travail («work extensity»). Les États membres devraient donc être encouragés à investir dans des initiatives qui renforcent le taux de syndicalisation, la protection de l’emploi et l’égalité entre les hommes et les femmes, et contribuent ainsi à une main-d’œuvre en meilleure santé à moyen et à long terme» (12). |
| 3.8. | Des études plus complètes sont nécessaires pour rendre plus visibles les avantages qu’il y a à investir dans le domaine de la SST. Le Comité se félicite des études récentes qui ont été entreprises et appelle à en réaliser de nouvelles, plus approfondies, qui contribuent à sensibiliser à l’importance de l’investissement dans la SST et à une allocation plus efficace des ressources en se concentrant sur les domaines où les investissements peuvent apporter les rendements les plus élevés et les plus rapides. |
| 3.9. | La reconnaissance et l’enregistrement des maladies professionnelles dans l’Union européenne doivent être harmonisés et il faut prévoir une collecte de données y afférentes afin de suivre les tendances au niveau de l’Union. De l’avis du CESE, le manque d’harmonisation des critères de reconnaissance des maladies professionnelles peut être une source de discriminations à l’encontre de certaines entreprises et de certains travailleurs de l’Union européenne, selon le degré de reconnaissance des maladies professionnelles dans leur pays. |
| 3.10. | En outre, il est nécessaire d’accroître la transparence entre les États membres en ce qui concerne le partage d’informations statistiques sur les maladies et les infections liées au travail. |
| 3.11. | Le CESE propose que les organes compétents de l’Union européenne œuvrent, avec Eurostat et les États membres, à la mise en place d’un système solide de collecte d’informations et de données, en s’appuyant sur le projet pilote relatif aux statistiques européennes sur les maladies professionnelles. |
| 3.12. | Sachant que l’éducation et la prévention sont un volet essentiel de l’investissement dans la SST, le CESE attire tout particulièrement l’attention sur les représentants syndicaux du secteur de la santé et de la sécurité ou d’autres bénévoles travaillant dans ce domaine. Il importe de promouvoir le rôle des comités en matière de santé et de sécurité sur le lieu de travail et celui des représentants des travailleurs et, le cas échéant, d’améliorer la protection juridique desdits représentants. |
| 3.13. | Le CESE a déjà recommandé que les organismes compétents en matière de SST, de prévention, de contrôle de l’application et de recherche disposent de ressources financières et humaines suffisantes pour mener à bien leurs tâches (13). |
| 3.14. | Le CESE est préoccupé par le fait que l’accès à la santé et à la sécurité au travail est fluctuant au sein des États membres et que, par conséquent, les avantages des investissements en matière de SST ne sont pas répartis de manière uniforme. Différentes initiatives devraient prendre en compte des dimensions telles que le genre, l’origine ethnique, l’âge ou le handicap, et établir un lien entre la stratégie en matière de santé et de sécurité et le débat sur l’égalité. |
| 3.15. | Le CESE souligne que la SST non seulement profite à l’économie de l’Union européenne mais constitue également un droit fondamental du travail. La promotion des normes en matière de SST ne devrait pas se limiter aux États membres, mais couvrir tous les pays du monde, en particulier ceux avec lesquels l’Union européenne a ratifié des accords commerciaux ou a développé d’autres formes de coopération, comme c’est par exemple le cas avec des pays du partenariat oriental ou du voisinage méridional. Les investissements européens devraient favoriser les entreprises qui disposent de bonnes politiques en matière de SST et les mettent en œuvre dans leurs chaînes d’approvisionnement. |
4. De l’importance des investissements en matière de SST pour les PME
| 4.1. | Les PME sont confrontées à une série de coûts d’intervention en faveur de la SST: investissements initiaux (achat de nouveaux équipements, installation, adaptation, formation), dépenses récurrentes (entretien, équipements à renouveler, coûts de formation en temps et en argent), et coûts des services de SST. La plupart des PME disposent de ressources économiques et de gestion limitées. C’est pourquoi il est nécessaire de proposer des programmes et outils en matière de SST qui soient gratuits ou peu coûteux afin de toucher une plus grande proportion d’entreprises de cette catégorie. |
| 4.2. | Les politiques doivent être adaptées aux besoins, à la structure et au contexte des PME, y compris les exploitations agricoles familiales, et ce au niveau sectoriel, sous-sectoriel et des processus de travail. Les organisations d’entreprises et les partenaires sociaux concernés peuvent contribuer à cette adaptation aux besoins et aux exigences de ces entreprises. |
| 4.3. | Les PME ont besoin, pour assurer une bonne santé et sécurité au travail, d’un soutien accru, comprenant notamment les éléments suivants: |
| 4.3.1. | une aide financière (des incitations financières), des orientations et des conseils sur mesure; |
| 4.3.2. | le soutien des inspecteurs du travail, qui devraient jouer un rôle plus pertinent dans la sensibilisation à la législation en matière de SST et dans la fourniture d’appui et de conseils; |
| 4.3.3. | des outils adaptés, pratiques et d’un bon rapport coût-efficacité; |
| 4.3.4. | une sensibilisation des employeurs et des travailleurs, et l’échange de bonnes pratiques; |
| 4.3.5. | l’application systématique du principe de la «priorité aux PME», des dispositions de l’initiative relative aux PME («Small Business Act») et des fonctions des représentants des PME, tout en évitant des charges inutiles/disproportionnées en vue d’améliorer le respect des règles; |
| 4.3.6. | une amélioration de la coopération et des partenariats pour soutenir les PME, en particulier au niveau régional/local avec toutes les parties prenantes concernées, telles que les partenaires sociaux, les organismes d’assurance et les pouvoirs publics. |
| 4.4. | Les PME préfèrent souvent des intermédiaires de différents types. Toutefois, les réunions en face-à-face sont également coûteuses, et il est donc essentiel de mettre au point des solutions présentant un bon rapport coût-efficacité. |
| 4.5. | L’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA) et le réseau Entreprise Europe peuvent apporter une aide concrète, par exemple en fournissant gratuitement des outils conviviaux, des informations et des conseils, et continuer à développer les programmes spécifiques à ce domaine. |
5. Observations particulières
| 5.1. | Les risques psychosociaux font partie des principaux défis — en augmentation — à relever dans le domaine de la santé et de la sécurité au travail, et même les entrepreneurs de PME sont confrontés à des niveaux de stress élevés (14). Bien que la lutte contre le stress et les risques psychosociaux soit coûteuse, la recherche montre qu’il est plus coûteux pour les entreprises et l’économie en général de les ignorer. |
| 5.2. | Le CESE souligne la nécessité de poursuivre les discussions et la recherche sur l’épuisement professionnel afin de mettre en place des stratégies appropriées pour prévenir cette pathologie. |
| 5.3. | De même, l’Union européenne devra se concentrer sur la réduction du présentéisme. Ce phénomène peut non seulement accroître la probabilité de problèmes de santé, mais également réduire la productivité des travailleurs (15). |
| 5.4. | Bien que les hommes et les femmes travaillent sur les mêmes lieux de travail, ils peuvent néanmoins faire face à des risques distincts en raison de différences sur le plan de la biologie, des exigences demandées ou de l’exposition. Par conséquent, le CESE plaide pour une approche des investissements dans la SST qui tienne davantage compte de la question de l’égalité entre les femmes et les hommes. En outre, il convient d’accorder une attention particulière à la prévention des troubles musculo-squelettiques et du cancer chez les femmes. |
| 5.5. | Conformément à la convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, et dans la droite ligne de ses précédents avis, le CESE demande qu’une plus grande attention soit accordée aux personnes atteintes d’un handicap, quel qu’il soit. Le CESE souligne que le lien entre handicap et marché du travail ne concerne pas seulement les mesures visant à garantir le droit d’accès, comme les quotas, les incitations ou les allègements fiscaux, mais aussi un plus grand engagement en faveur de la prévention des risques sanitaires pour les personnes handicapées dans tous les environnements de travail. Les investissements dans la SST devraient être adaptés aux besoins des personnes handicapées. |
| 5.6. | Il faut également être particulièrement attentif aux travailleurs mobiles, migrants et saisonniers, car ils sont plus susceptibles d’être victimes d’un accident du travail en raison de la barrière de la langue et d’autres difficultés. Nombre d’entre eux, en particulier les migrants en situation irrégulière, ne sont pas couverts de manière adéquate par les systèmes sociaux et la communication de données. |
| 5.7. | Le CESE note que, dans le contexte spécifique du vieillissement rapide de la population européenne, la SST est une question essentielle, dans laquelle l’Union européenne a un rôle important à jouer. Par exemple, les travailleurs âgés présentent un risque beaucoup plus élevé d’accidents du travail mortels que les travailleurs plus jeunes, bien qu’ils soient moins souvent victimes d’accidents du travail non mortels. En outre, ils sont beaucoup plus exposés aux maladies caractérisées par de longues périodes de latence telles que le cancer ou les maladies cardiovasculaires. |
| 5.8. | Les entreprises disposant d’un réseau de fournisseurs ont une plus grande capacité à investir dans la SST (16) et ont la responsabilité de promouvoir celle-ci et d’investir dans ce domaine afin de fournir un environnement de travail sûr et sain à tous les travailleurs dans leurs chaînes d’approvisionnement. |
| 5.9. | Les organismes publics doivent offrir gratuitement aux entreprises des outils informatiques de haute qualité pour contribuer à l’évaluation des risques professionnels. Ces outils doivent également être simples et pratiques et répondre de manière ciblée aux attentes des entreprises. Ils devraient être intégrés dans des initiatives plus vastes visant à mobiliser les secteurs concernés et s’accompagner de campagnes pour la promotion des efforts de prévention des risques. La participation des partenaires sociaux et des travailleurs est indispensable à cet égard. Les entreprises devraient être en mesure de faire appel aux parties prenantes en tant qu’experts en matière de SST. |
| 5.10. | Le CESE note que les innovations dans le domaine de la lutte contre le cancer pourraient apporter des avantages considérables aux patients, mais qu’elles posent également des problèmes s’agissant des normes actuelles en matière de SST. Le contrôle de l’adoption de niveaux élevés de SST dans le domaine de la médecine nucléaire et des médicaments cytotoxiques dans les hôpitaux est essentiel pour pouvoir réaliser le potentiel des thérapies contre le cancer sans mettre en danger les professionnels de la santé. |
| 5.11. | Les connaissances progressent en ce qui concerne certains aspects du profil génétique qui prédisposent aux tumeurs malignes, alors que le type de cancer qui pourrait ou va réellement se développer et son moment d’apparition ne sont pas connus. Par ailleurs, un nombre croissant de paramètres environnementaux liés au travail sont connus comme étant cancérigènes. Une combinaison de ces deux facteurs accroît très probablement le risque de développement d’un cancer. Il est utile pour les travailleurs de savoir quel type de structure d’ADN prédisposant à une tumeur maligne ils peuvent avoir, tandis que les employeurs responsables devraient les informer sur les facteurs de risques qui pourraient se présenter sur leur lieu de travail. |
| 5.12. | Il convient de promouvoir des politiques et des pratiques bien réfléchies en matière de retour au travail afin de préserver la viabilité des lieux de travail. Il convient de mettre en place des processus de réadaptation appropriés pour les travailleurs désireux de réintégrer leur poste de travail, et notamment d’adapter les lieux de travail. |
| 5.13. | Le CESE est fermement convaincu que le changement climatique nécessitera un ajustement des stratégies en matière de SST. Les hausses de température ou les catastrophes naturelles inhabituelles constitueront une réelle menace pour les conditions de travail de la population de l’Union européenne. |
6. Numérisation et SST
| 6.1. | Le processus de numérisation pourrait apporter de nombreuses évolutions positives dans le domaine de la SST. Par exemple, les robots peuvent être utilisés pour des travaux à haut risque dans l’extraction minière ou la construction, ou encore, les technologies de l’information amélioreront la manière dont la surveillance de la SST est organisée. La numérisation peut également atténuer les risques psychosociaux causés par le travail monotone, tandis que les personnes âgées ou handicapées pourraient bénéficier d’un système d’assistance numérique. |
| 6.2. | Par ailleurs, le CESE est préoccupé par les effets négatifs de la numérisation sur la santé et la sécurité au travail et sur les travailleurs. Il a déjà été démontré que les lieux de travail numérisés présentent de sérieux risques tels que l’intensification du travail, le stress et la violence psychosociale (17). En outre, l’intelligence artificielle risque à l’avenir de provoquer des accidents, ce qui doit d’être évité. |
| 6.3. | La numérisation a également renforcé la capacité à être constamment connecté au travail au moyen de courriels et d’autres formes de communication, ce qui peut brouiller les frontières entre vie privée et vie professionnelle et rendre les personnes plus dépendantes des technologies de l’information. En particulier, les jeunes sont plus susceptibles de dépendre des technologies de l’information et des plateformes sociales, ce qui peut avoir des incidences négatives sur leur santé et leur sécurité. Le CESE invite les partenaires sociaux à élaborer des mesures adéquates pour protéger la santé des travailleurs contre ces risques, en tenant compte de la nécessité de garantir l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Le dialogue civil a également un rôle important à jouer à cet égard. Un exemple de ces mesures est le «droit à la déconnexion», récemment introduit en France et appliqué dans certains pays de l’Union européenne dans le cadre d’accords conclus dans plusieurs secteurs et au niveau des entreprises. |
| 6.4. | Le CESE est particulièrement préoccupé par le fait que de nouvelles formes d’emploi découlant de la numérisation (comme le travail via une plateforme ou l’économie des petits boulots) pourraient échapper au champ d’application des réglementations en matière de santé et de sécurité au travail, qui ont été conçues pour protéger les travailleurs dans des formes d’emploi classiques. Cette évolution pourrait déboucher sur une situation inacceptable dans laquelle de nouvelles catégories de travailleurs, comme ceux des plateformes en Europe, ne bénéficieraient pas d’une protection adéquate. Tous les travailleurs de l’Union européenne devraient bénéficier de la protection d’une telle législation. À cet égard, le CESE marque son accord avec les conclusions du Conseil (18) affirmant que: «Les nouvelles formes de travail ne devraient ni réduire ni remettre en cause la responsabilité qui incombe à l’employeur de garantir la santé et la sécurité des travailleurs au travail dans tous les aspects liés à ce travail». |
Bruxelles, le 26 septembre 2019.
Le président
du Comité économique et social européen
Luca JAHIER
(1) https://osha.europa.eu/en/tools-and-publications/publications/value-occupational-safety-and-health-and-societal-costs-work/view
(2) Communication relative à un cadre stratégique de l’Union européenne en matière de santé et de sécurité au travail (2014-2020) [COM(2014) 332 final].
(3) Eurostat (2015), Statistiques européennes sur les accidents du travail (SEAT): http://appsso.eurostat.ec.europa.eu/nui/show.do?dataset=hsw_mi07&lang=fr
(4) Enquête sur les forces de travail dans l’Union européenne, 2013.
(5) https://osha.europa.eu/fr/tools-and-publications/publications/international-comparison-cost-work-related-accidents-and
(6) https://osha.europa.eu/en/tools-and-publications/publications/contexts-and-arrangements-occupational-safety-and-health-micro
(7) https://osha.europa.eu/en/tools-and-publications/publications/reports/the-business-case-for-safety-and-health-cost-benefit-analyses-of-interventions-in-small-and-medium-sized-enterprises, rapport de l’EU-OSHA de juillet 2019.
(8) Murphy, R. et Cooper, C. (2000), Healthy and productive work («Un travail sain et productif»).
(9) https://osha.europa.eu/en/tools-and-publications/publications/value-occupational-safety-and-health-and-societal-costs-work/view
(10) Un exemple en est l’initiative Responsible Care® (Attitude responsable), qui constitue le cadre d’éthique de l’industrie chimique européenne et mondiale pour l’amélioration de la sécurité de la production, de la manipulation et de l’utilisation des produits chimiques dans l’ensemble des chaînes d’approvisionnement.
(11) Voir annexe.
(12) Eurofound (2019), Working conditions and workers’ health («Conditions de travail et santé des travailleurs»), Office des publications de l’Union européenne, p. 51.
(13) JO C 288 du 31.8.2017, p. 56.
(14) Enquête européenne sur les conditions de travail (2015).
(15) Eurofound (2019), Working conditions and workers’ health («Conditions de travail et santé des travailleurs»), Office des publications de l’Union européenne, Luxembourg.
(16) https://osha.europa.eu/en/tools-and-publications/publications/literature_reviews/promoting-occupational-safety-and-health-through-the-supply-chain/view
(17) OIT (2019), The Threat of Physical and Psychosocial Violence and Harassment in Digitalized Work («La menace que représentent la violence physique et psychosociale et le harcèlement dans un monde du travail numérisé»).
(18) Conseil «Emploi, politique sociale, santé et consommateurs»(EPSCO) 9686/19, 13 juin 2019.
ANNEXE
Les amendements suivants, qui ont recueilli au moins le quart des suffrages exprimés, ont été rejetés au cours des débats (article 59, paragraphe 3, du règlement intérieur):
Paragraphe 3.12
Modifier comme suit:
Sachant que l’éducation et la prévention sont un volet essentiel de l’investissement dans la SST, le CESE attire tout particulièrement l’attention sur les représentants syndicaux du secteur de la santé et de la sécurité ou d’autres bénévoles travaillant dans ce domaine. Il importe de promouvoir le rôle des comités en matière de santé et de sécurité sur le lieu de travail et celui des représentants des travailleurs et, le cas échéant, d’améliorer au niveau national la protection juridique desdits représentants en prévoyant pour eux une protection juridique appropriée.
Exposé des motifs
Sera présenté oralement.
Résultat du vote
| Voix pour | : | 50 |
| Voix contre | : | 86 |
| Abstentions | : | 10 |
Paragraphe 5.12
Modifier comme suit:
Il est donc important d’optimiser la réadaptation et le retour au travail des travailleurs atteints d’un cancer, tant pour améliorer le bien-être de ce groupe vulnérable que pour réduire les incidences sociales et financières de cette maladie sur les entreprises de l’Union européenne et la société européenne dans son ensemble. Il convient de promouvoir des politiques, des instruments, des interventions et des pratiques bien réfléchis en matière de retour au travail afin de préserver la viabilité des lieux de travail. Il convient de mettre en place des processus de réadaptation appropriés pour les travailleurs désireux de réintégrer leur poste de travail, et notamment d’adapter les lieux de travail. Les possibilités légales qui permettent de travailler à temps partiel et les mesures d’incitation qui poussent les employeurs à soutenir la réadaptation et le retour au travail après un diagnostic de cancer constituent des éléments favorables à la mise en œuvre de programmes efficaces (1). Les PME devraient bénéficier d’une aide pour rendre les conditions de travail plus flexibles, et recevoir dans le même temps une assistance et des informations dans ce domaine.
Exposé des motifs
Le cancer a des répercussions immédiates et saisissantes sur la vie quotidienne des personnes qui en sont atteintes. Le diagnostic est habituellement suivi de longues périodes d’absence pour maladie en raison des traitements médicaux et des limitations fonctionnelles. Cela dit, de manière générale, bien que la gestion du cancer se soit améliorée au cours des trente dernières années et que l’on note une augmentation du nombre de personnes qui survivent à la maladie, après la fin du traitement, de nombreuses personnes ayant survécu à un cancer continuent de subir des symptômes et des troubles à long terme, tels que la fatigue. Ces symptômes et ces troubles peuvent avoir des conséquences sur leur aptitude à travailler, ce qui fait qu’elles rencontrent davantage de difficultés à rester sur le marché du travail ou à y revenir. Des études indiquent que la plupart des personnes qui ont survécu à un cancer sont en mesure de rester en activité ou de reprendre le travail, mais qu’elles sont, de manière générale, 1,4 fois plus exposées au risque de chômage que les personnes qui n’ont jamais été atteintes d’un cancer. Les instruments, les pratiques, les politiques et les interventions visant à promouvoir la réadaptation et le retour au travail sont d’une importance évidente.
Les entreprises employant moins de 250 travailleurs (PME) manquent d’informations et de ressources pour la réadaptation et le retour au travail des travailleurs concernés par les stratégies ou les programmes de lutte contre le cancer; il est dès lors nécessaire de soutenir et de former ces entreprises. Il est utile de regrouper les PME pour l’accès aux informations et à l’assistance de l’OSHA car elles pourraient ainsi apprendre les unes des autres et, ensemble, elles peuvent plus facilement bénéficier de ce type d’aide de la part des services de santé au travail. Toutefois, les parties prenantes considèrent également la taille réduite des PME comme un avantage, celle-ci créant une atmosphère plus familiale qui peut offrir un environnement plus favorable aux travailleurs atteints d’un cancer qui retournent au travail.
Résultat du vote
| Voix pour | : | 49 |
| Voix contre | : | 106 |
| Abstentions | : | 10 |
(1) https://osha.europa.eu/fr/tools-and-publications/publications/executive-summary-rehabilitation-and-return-work-after-cancer-0
Avis institutionnel — 52019AB0046
30/12/2019
Résolution législative du Parlement européen du 18 décembre 2019 sur le projet de décision du Conseil relative à la conclusion de l’accord de partenariat dans le domaine de la pêche durable entre l’Union européenne et la République de Gambie et du protocole de mise en œuvre dudit accord de partenariat (08974/2019 — C9-0106/2019– 2019/0076(NLE))
18/12/2019
P9_TA(2019)0097 PAC: discipline financière à partir de l’exercice 2021 et flexibilité entre piliers pour l’année civile 2020 ***I Résolution législative du Parlement européen du 18 décembre 2019 sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) n° 1306/2013 en ce qui concerne la discipline financière à partir de l’exercice 2021 et le règlement (UE) n° 1307/2013 en ce qui concerne la flexibilité entre piliers pour l’année civile 2020 (COM(2019)0580 — C9-0163/2019 — 2019/0253(COD)) P9_TC1-COD(2019)0253 Position du Parlement européen arrêtée en première lecture le 18 décembre 2019 en vue de l’adoption du règlement (UE) 2020/… du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) n° 1306/2013 en ce qui concerne la discipline financière à partir de l’exercice 2021 et le règlement (UE) n° 1307/2013 en ce qui concerne la flexibilité entre piliers pour l’année civile 2020
18/12/2019
Résolution législative du Parlement européen du 17 décembre 2019 sur le projet de décision du Conseil relative à l’adhésion des Îles Salomon à l’accord de partenariat intérimaire entre la Communauté européenne, d’une part, et les États du Pacifique, d’autre part (09405/2019 — C9-0010/2019 — 2019/0099(NLE))
17/12/2019