| CELEX | 52019AE4587 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 7 mai 2020 |
| 14.7.2020 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 232/1 |
Avis du Comité économique et social européen sur les défis démographiques dans l’UE vus sous l’angle des inégalités en matière d’économie et de développement
(avis exploratoire à la demande de la présidence croate du Conseil)
(2020/C 232/01)
| Rapporteur: | Stéphane BUFFETAUT |
| Corapporteur: | Adam ROGALEWSKI |
| Demande de la présidence croate du Conseil | Lettre du 10.9.2019 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté» |
| Adoption en section | 3.3.2020 |
| Adoption en session plénière | 7.5.2020 |
| Session plénière no | 551 — Session plénière à distance |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 249/0/12 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le présent avis a été élaboré avant que n’éclate la pandémie de COVID-19. Le CESE n’en reconnaît pas moins que la crise qu’elle provoque aura de lourdes répercussions sur les futures politiques développées par l’Union européenne pour relever les défis de la démographie et parer au creusement des inégalités entre ses États membres. Eu égard à cette situation, le Comité presse l’Union européenne d’élaborer des politiques pertinentes, dotées de ressources généreuses, pour protéger les citoyens des effets délétères de ladite pandémie et, plus encore, de la crise économique dont elle sera suivie, de manière à en atténuer les retombées sociales. L’élaboration de ces actions doit s’effectuer en urgence et en concertation avec les partenaires sociaux et la société civile organisée. |
| 1.2. | La situation démographique actuelle de l’Union européenne requiert une approche globale qui associe des politiques sociales et économiques, des politiques actives du marché du travail et de cohésion, des politiques favorables aux familles et, plus particulièrement, à la conciliation entre vie privée et familiale et vie professionnelle, des mesures spécialement destinées aux travailleurs plus âgés, des politiques en faveur d’un vieillissement actif et en bonne santé, des politiques et des mesures en matière d’immigration qui s’inscrivent dans la durée et visent l’intégration, ainsi que des politiques destinées à prévenir la fuite des cerveaux. |
| 1.3. | Un nouveau baby-boom est peu probable. Il est donc essentiel d’améliorer la participation au marché du travail afin de faire face aux conséquences de la situation démographique de l’Europe. Les taux de chômage, de sous-emploi et d’inactivité sont trop élevés dans un trop grand nombre d’États membres, en particulier parmi les jeunes, dont le taux de chômage est environ deux fois plus élevé que le taux de chômage moyen dans chaque État membre. L’Union européenne doit faire de la lutte contre le chômage une priorité. |
| 1.4. | Le dynamisme démographique passe également par la confiance dans l’avenir; c’est pourquoi l’Union européenne a besoin d’une économie forte et d’une politique sociale solide. À défaut, les européens et les européennes, en particulier les jeunes, n’auront pas confiance dans l’avenir, et l’incertitude sociale et économique qui en résultera les découragera d’avoir des enfants. C’est la raison pour laquelle la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux est un facteur très important pour l’amélioration de la situation démographique de l’Union européenne. Dès lors, le CESE accueille favorablement l’intention de la Commission d’élaborer un plan d’action à cette fin qui s’appuie sur un large processus de consultation. |
| 1.5. | Le fait d’avoir des enfants ne doit pas être un obstacle à la poursuite d’une carrière professionnelle ou une cause d’appauvrissement ou de perte du pouvoir d’achat, en particulier pour les familles nombreuses. Il est important de maintenir ou de mettre en œuvre une politique de la famille constante et proactive et des politiques du marché du travail axées sur l’humain, notamment des mesures visant à promouvoir un équilibre entre la vie privée et familiale et la vie active (congé parental, garde d’enfants et autres responsabilités familiales, travail à domicile, travail flexible), ainsi qu’un soutien financier et éducatif. Une attention particulière doit être accordée aux familles monoparentales et aux familles nombreuses, qui sont les plus exposées au risque de pauvreté. Les politiques familiales stables et diversifiées qui sont adaptées à l’environnement culturel ont démontré leur efficacité s’agissant d’élever le taux de fécondité. |
| 1.6. | La précarité des conditions de travail et l’absence de perspectives stables sur le marché du travail sont le lot de nombreux jeunes, de même que les difficultés pour louer ou acquérir un logement approprié, en particulier dans les zones métropolitaines et les grandes villes. Il leur est donc difficile de planifier leur avenir, de devenir autonomes et de fonder une famille. Tant la politique de l’Union européenne que les politiques nationales devraient davantage s’efforcer d’y remédier. |
| 1.7. | La mobilité interne est une liberté fondamentale de l’Union, qui renforce la compétitivité de l’Europe et ouvre des possibilités à ses citoyens. En matière de mobilité intraeuropéenne ainsi que de fuite des cerveaux et des travailleurs imputable aux migrations internes, la meilleure solution est la convergence sociale et économique vers le haut des États membres, mais elle nécessite du temps. Si l’on veut que les États membres de l’Union qui affichent des performances économiques plus modestes restent ou deviennent attrayants pour leur propre population, le Fonds européen de développement régional, le Fonds de cohésion et le Fonds social européen doivent être spécialement orientés de manière à soutenir ces pays dans l’élaboration de projets qui leur permettent d’améliorer leur développement social et économique. Des mesures encourageant le retour dans le pays d’origine peuvent être envisagées en vue d’un enrichissement mutuel. |
| 1.8. | L’environnement économique et social est un facteur important d’attractivité. Le CESE est d’avis que l’investissement dans des services publics efficaces et les investissements axés sur la famille devraient être une priorité, car ils préparent le terrain pour l’avenir. L’investissement public au sein des États membres pourrait être accru par l’application d’une «règle d’or» en matière d’investissements à finalité sociale, qui introduirait davantage de souplesse dans les règles budgétaires. |
| 1.9. | L’immigration ne constitue sans doute pas à elle seule la solution au défi démographique de l’Europe, mais elle peut aider à y faire face. À court terme, elle pourrait avoir une influence positive sur la croissance de la population et de la main-d’œuvre, à condition qu’elle s’accompagne de politiques d’intégration équitables et durables pour aider les nouveaux venus à s’établir et à éviter les difficultés d’intégration. |
2. État des lieux
| 2.1. | La taille de la population est conditionnée par la fécondité, la mortalité et la migration. Bien que la situation soit différente dans chaque pays, nous constatons une tendance générale à l’échelle de l’Union européenne à la baisse des taux de fécondité et de mortalité. Malgré certains écarts entre les pays, le taux de fécondité dans les États membres est souvent nettement et durablement inférieur au seuil de renouvellement des générations. Même si l’on tient compte du fait que la baisse des taux de mortalité et de fécondité est une tendance mondiale (transition démographique), l’Europe constitue un cas à part à cet égard. |
| 2.2. | De 1950 à 1989, la hausse annuelle du nombre d’habitants en Europe a toujours été supérieure à 2 millions. Depuis 1990, l’accroissement est resté inférieur à 1,5 million par an. Dans le même temps, le reste du monde a enregistré une croissance démographique moyenne nettement supérieure à celle de l’Europe. Ainsi, l’Europe représentait 21,7 % de la population mondiale en 1950 mais se situait en dessous des 10 % en 2017. Elle n’a jamais eu un poids démographique aussi faible (1). |
| 2.3. | En ce qui concerne la natalité, de 1952 à 1961, notre continent a enregistré plus de 12 millions de naissances par an. Ce chiffre est tombé à 7,3 millions en 2000. On a pu noter une légère remontée due aux flux migratoires qui menaient en Europe des populations relativement jeunes, qui ont amélioré le taux de natalité dans une minorité de pays de l’Union européenne. Aujourd’hui, le nombre de naissances oscille entre 7 et 8 millions par an. |
| 2.4. | En regard de cela, il faut considérer la mortalité. Elle connaît des mouvements de hausse et de baisse: de hausse du fait de l’arrivée à des âges avancés de générations nombreuses, de baisse du fait de l’amélioration des conditions sanitaires et médicales et de l’hygiène de vie qui ont produit un allongement de l’espérance de vie en Europe (78 ans pour les hommes, 83 ans pour les femmes dans l’Union européenne à 28). Au total, le nombre de décès en Europe évolue dans une fourchette située entre 8 et 8,5 millions par an depuis 1992. |
| 2.5. | Depuis 1994, l’Europe connaît chaque année une dépopulation, c’est-à-dire un solde naturel négatif résultant d’un nombre de décès supérieur à celui des naissances. Cette dépopulation touche l’Allemagne, la Bulgarie, la Croatie, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la Grèce, la Hongrie, l’Italie, la Lettonie, la Lituanie, le Portugal, la Roumanie et la Slovénie. |
| 2.6. | En dépit des migrations, dont la composition est plus jeune que celle de la population indigène, l’Europe du XXIe siècle connaît un vieillissement de sa population. La part des personnes âgées de 65 ans et plus dans la population totale est passée de 12,5 % en 1989 à 18,8 % en 2019. Le CESE a déjà souligné que le taux d’activité de la population en âge de travailler est plus important que le rapport de dépendance économique des personnes âgées, c’est-à-dire le rapport entre les personnes en âge de travailler et celles de plus de 65 ans. Par conséquent, il est nécessaire de libérer la capacité de travail des personnes en situation de chômage et de sous-emploi. Une meilleure intégration des migrants sur le marché du travail et un meilleur accès à la formation pour les personnes sans emploi et occupant un emploi précaire sont essentiels pour pouvoir relever le défi démographique lié à la longévité. |
| 2.7. | De surcroît, certains États membres font face à une forte mobilité intraeuropéenne vers des États membres au niveau de vie plus élevé, ce qui accroît les difficultés liées au vieillissement de leur population car les départs concernent principalement les classes d’âge les plus jeunes. Ils connaissent une fuite de main-d’œuvre touchant tous les niveaux de compétences et, surtout, une fuite des cerveaux qui est pour eux une source d’inquiétude: ils ont investi dans des systèmes d’éducation et de formation qui bénéficient ensuite à d’autres pays, ceux-ci pouvant offrir de meilleures conditions sociales et de travail. En 2018, 36 % des travailleurs mobiles de l’Union européenne avaient un niveau élevé d’éducation, 40 % un niveau moyen et 23 % un niveau d’éducation inférieur. Pourtant, seuls 20 % d’entre eux étaient employés dans des professions hautement qualifiées, 60 % dans des professions nécessitant des qualifications moyennes et 20 % dans des professions peu qualifiées (2). |
| 2.8. | En outre, la circulation des travailleurs vers les États membres plus solides sur le plan économique accélère le vieillissement et le déclin de la population dans les États membres d’Europe orientale. Si ce mouvement se poursuit au même rythme, la population des personnes de 65 ans et plus en Europe de l’Est sera supérieure à celle des pays d’Europe de l’Ouest (3). |
| 2.9. | Le flux de travailleurs des pays d’Europe orientale vers les États membres plus riches est principalement causé par la différence entre les salaires, les niveaux de protection sociale et les normes sociales, qui restent beaucoup plus faibles que dans les anciens États membres. Si les écarts salariaux entre l’Europe orientale et l’Europe occidentale se sont réduits jusqu’à la crise, celle-ci a mis un terme à la convergence vers le haut des salaires dans l’est de l’Europe (4). Dans certains États membres d’Europe orientale, une forte émigration a entraîné des pénuries de main-d’œuvre. |
| 2.10. | Dans le même temps, la migration du sud vers l’ouest de l’Europe a augmenté en raison de la crise économique (5) et de ses conséquences. Dans ce cas, les mauvaises perspectives sur le marché du travail, notamment le chômage élevé, ont entraîné un accroissement de ce flux migratoire qui a concerné tous les travailleurs, quelles que soient leurs qualifications. |
| 2.11. | Certains facteurs qui ne sont pas strictement d’ordre économique, tels que les conditions légales, culturelles et sociales, alimentent également la migration. Ainsi, certaines personnes quittent leur pays pour des États-providence plus développés offrant une meilleure protection sociale et des soins de santé de meilleure qualité. D’autres peuvent être victimes d’une discrimination fondée sur la religion, l’origine ethnique ou l’orientation sexuelle et émigrer en conséquence vers un État membre où la société et le système juridique sont plus accueillants et protecteurs. Dans l’ensemble, il est difficile de mesurer l’ampleur de ces flux et leur incidence sur les questions démographiques. |
3. Observations générales
| 3.1. | Le CESE plaide pour une approche globale pour relever les défis démographiques. Sont en effet en cause non seulement le taux de fécondité lui-même mais aussi la question de l’équilibre entre vie familiale et vie professionnelle, l’emploi, l’égalité entre les hommes et les femmes, la stabilité des politiques familiales, les politiques régionales et de cohésion, ainsi que la qualité des infrastructures et des services publics. |
| 3.2. | Traiter de la démographie, c’est parler d’enfants, de mères et de pères, et non simplement de chiffres et de statistiques. Il s’agit de personnes et de leur projet de vie, quel que soit le type de famille. Les sociétés européennes doivent apporter une aide et une protection aux personnes les plus vulnérables, en l’occurrence les enfants, dont les droits et les intérêts doivent prévaloir. |
| 3.3. | Le CESE a adopté un certain nombre d’avis sur la démographie. Dans certains d’entre eux, il a pu constater que les pays qui disposent de politiques familiales solides, au demeurant diverses dans leurs dispositions et selon les cultures des États concernés, se trouvent dans une meilleure situation démographique que ceux qui n’en ont pas ou peu (6). Dans d’autres, le Comité a souligné l’importance que revêtent des politiques du marché du travail solides, fondées sur un taux élevé de participation au marché du travail et sur un emploi de qualité, considérées comme un moyen efficace de faire face aux défis démographiques (7). |
| 3.4. | Le CESE estime que certaines politiques permettent déjà de relever les défis démographiques, notamment au regard des inégalités économiques et de développement. Le socle européen des droits sociaux est un instrument important pour parvenir à une convergence sociale et économique vers le haut dans l’Union européenne, qui permettra également de s’attaquer aux problèmes démographiques. |
| 3.5. | Le CESE est d’avis qu’un environnement qui apporte aux personnes une stabilité économique et sociale et des conditions de vie et de travail décentes, dans lequel les partenaires sociaux jouent un rôle important, est essentiel pour garantir une évolution démographique positive de l’Union européenne. Il s’agit notamment d’investir davantage dans les infrastructures sociales, les politiques familiales, les services publics de haute qualité et les politiques actives du marché du travail. |
| 3.6. | L’analyse des politiques efficaces en matière démographique révèle qu’elles conjuguent des mesures de différentes natures mises en œuvre sur la durée. Cet aspect est important, car un projet parental et familial est, par définition, un projet à long terme. En ce qui concerne les politiques familiales, il convient d’accorder une attention particulière aux familles exposées à un risque de pauvreté, telles que les familles monoparentales ou les familles nombreuses. Il est important de rappeler que la deuxième cause de pauvreté, après le chômage, réside dans les ruptures familiales et que le risque de pauvreté augmente avec le nombre d’enfants à charge au sein d’un ménage. Le CESE a plaidé en faveur d’un revenu minimum décent dans l’Union européenne (8). |
| 3.7. | Le CESE souligne le rôle crucial des services publics dans les politiques sociales et le soutien aux familles. Une aide et des soins de haute qualité, accessibles et abordables (pour les enfants, les personnes handicapées et les personnes âgées) sont primordiaux pour relever les défis démographiques et soutenir la croissance de la population. Le sous-investissement dans les services publics a eu pour conséquence une pénurie de personnel et un manque d’infrastructures appropriées. Une attention particulière devrait être accordée aux services de garde d’enfants et à l’éducation, ainsi qu’aux politiques axées sur les générations plus âgées. L’un des domaines où le sous-investissement est le plus patent est celui des soins de longue durée et des soins de santé pour les personnes âgées (9). |
| 3.8. | Le CESE plaide en faveur d’un accroissement des investissements dans les services publics et les politiques sociales afin de relever les défis démographiques. Le CESE réaffirme son point de vue selon lequel les investissements publics au sein des États membres peuvent être encouragés par une «règle d’or» pour les investissements à finalité sociale, qui introduirait davantage de souplesse dans les règles budgétaires. Les fonds de l’Union européenne existants et à venir, en particulier le plan d’investissement pour l’Europe, devraient être augmentés et davantage centrés sur l’investissement social, l’aide aux familles et la promotion de l’égalité, car cela contribuera à la résolution des problèmes démographiques. |
| 3.9. | Le CESE attire l’attention sur le volume et l’importance du travail non rémunéré, effectué principalement par des femmes qui, par solidarité familiale, prennent en charge l’essentiel du coût des soins et de l’aide, soutiennent leur famille et compensent le manque d’infrastructures publiques. Ce travail réel est rarement reconnu comme tel alors que les soins non rémunérés et le travail domestique sont respectivement évalués à 10 % et 39 % du produit intérieur brut dans le monde (10). Il est important et juste de reconnaître et de soutenir, notamment en investissant suffisamment dans les infrastructures de soins et d’accueil, le travail des aidants non rémunérés, généralement des membres de la famille, qui ont choisi de ne pas travailler pour apporter soin et assistance à des membres de leur famille malades, handicapés ou présentant une autre forme de dépendance. Les États membres devraient être encouragés à reconnaître la valeur économique, sociale et morale de ce travail en donnant à ces personnes un statut et un soutien financier appropriés et en préservant leurs droits en matière de sécurité sociale. |
| 3.10. | Il convient d’accorder une attention particulière à la population rurale, qui vieillit encore plus vite que la population dans son ensemble. Le déclin de la population est une caractéristique majeure de l’évolution de la vie en milieu rural dans l’ensemble de l’Europe, les jeunes ayant tendance à se déplacer vers les grandes agglomérations et les villes pour l’éducation et le travail. La préservation des conditions de vie, et notamment le maintien de débouchés valables sur le marché du travail, ainsi que l’investissement dans les infrastructures, les services publics et l’éducation, comptent parmi les principales mesures qui permettraient de lutter contre le dépeuplement des zones rurales et des petites et moyennes villes de province. |
| 3.11. | Le CESE souligne le rôle important joué par les organisations de la société civile et les partenaires sociaux dans les discussions sur les politiques liées aux défis démographiques, ainsi que dans l’élaboration de celles-ci. |
4. L’importance d’un emploi de qualité, de politiques proactives en faveur du marché du travail et de politiques favorisant un équilibre entre vie professionnelle et vie privée et familiale.
| 4.1. | Le CESE considère que des politiques actives du marché du travail qui contribuent à la création d’emplois stables et au bien-être des travailleurs sont des mesures importantes et efficaces pour faire face aux défis démographiques. En effet, la plus grande part des revenus de la population européenne provient du travail et, sans création d’emplois, sans débouchés sur un marché du travail dynamique, sans sécurité sur ce marché et sans emplois de qualité, il est difficile de fonder une famille et de lui assurer des conditions de vie décentes. Grâce à la négociation collective, les partenaires sociaux peuvent apporter une contribution importante à l’amélioration des salaires, ainsi que des conditions de travail et sociales. |
| 4.2. | Le CESE prend note du rapport sur les scénarios démographiques pour l’Union européenne (11), qui indique que la solution la plus réaliste et la plus efficace pour remédier aux conséquences négatives du vieillissement de la population ne consiste pas à augmenter le taux de fécondité ou la migration, mais plutôt à accroître la participation au marché du travail. À moyen et à long termes, une démographie plus équilibrée est nécessaire pour assurer l’équilibre de nos dépenses sociales et le dynamisme de notre économie. |
| 4.3. | Les mesures visant à lutter contre la pauvreté des travailleurs sont de la plus haute importance pour assurer des conditions de vie correctes aux familles et procurer une vie décente aux enfants et aux parents. Le CESE se félicite de l’intention de la présidente de la Commission de «garantir que chaque travailleur dans l’Union bénéficie d’un salaire minimum équitable» (12). Dans cette perspective, il élaborera un avis exploratoire sur «Des salaires minimums décents dans toute l’Europe». |
| 4.4. | Les emplois de qualité, qui sont facteurs de stabilité économique, l’accès à la formation en vue d’améliorer les qualifications et les compétences des travailleurs, et les possibilités de faire en sorte que les conditions de travail soient à la fois sûres et flexibles, sont autant de moyens de soutenir une politique démographique. Il convient d’accorder une attention particulière aux formules de travail à temps partiel ou flexibles afin d’améliorer l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée et familiale. Une mesure permettant de mieux concilier vie professionnelle et vie privée et de protéger la vie familiale et privée à une époque d’accélération de la numérisation est le droit à la déconnexion, considéré par le CESE comme une bonne pratique (13). |
| 4.5. | Le CESE, dans ses précédents avis (14), a appelé de ses vœux des politiques proactives d’égalité entre les sexes afin d’éliminer le fossé entre les rémunérations des hommes et des femmes et de promouvoir des mesures favorisant l’équilibre entre la vie familiale et la vie professionnelle. Des études démontrent que l’investissement des hommes dans les responsabilités d’aide, de soin et de garde est bénéfique aussi bien pour les familles que pour l’économie européenne et la compétitivité. Dynamiser la participation des femmes au marché du travail permettrait de développer leur potentiel à un moment où la main-d’œuvre de l’Union européenne se réduit et où sa population vieillit. |
| 4.6. | Il convient d’accorder une attention particulière aux jeunes travailleurs qui sont parents ou sont susceptibles de le devenir. Le taux de chômage moyen des jeunes de l’Union européenne reste supérieur à celui de la population active générale et peut aller de 5 à 40 % dans certains pays (15). Les jeunes sont également particulièrement touchés par des conditions de travail précaires (16). En outre, en raison de l’absence de création d’emplois, du manque de débouchés sur un marché du travail dynamique, de l’insécurité qui prévaut sur ce marché et des difficultés pour louer ou acquérir un logement, il n’est pas facile pour eux de planifier leur avenir, ainsi que de gagner leur autonomie, de s’installer et de fonder une famille. L’accès des jeunes à un emploi de qualité devrait être amélioré, ce qui leur donnerait la sécurité nécessaire pour fonder une famille. |
| 4.7. | À l’autre bout de la chaîne des générations, des politiques seraient nécessaires pour aider les salariés plus âgés sur le marché du travail afin qu’ils puissent travailler jusqu’à l’âge légal de la retraite en vigueur dans leur pays (17). Cet objectif pourrait être atteint en améliorant les possibilités d’emploi et les conditions de travail afin de créer des postes de travail qui répondent mieux aux besoins des personnes âgées. Il convient d’accorder une attention particulière à la lutte contre la discrimination fondée sur l’âge sur le marché du travail. |
| 4.8. | Il convient d’accorder également une attention particulière à la santé et à la sécurité au travail, étant donné que le vieillissement entraîne un risque accru de développer des problèmes de santé. Par conséquent, il est essentiel d’organiser le travail et de concevoir les lieux de travail de telle sorte que ces maladies puissent être évitées et que davantage de salariés soient en mesure de travailler jusqu’à l’âge normal de la retraite (18). |
5. Pertinence des politiques familiales pour obtenir une démographie dynamique
| 5.1. | Les États membres qui suivent des politiques familiales actives ont des taux de natalité supérieurs à ceux dont la politique familiale est faible, voire inexistante. Le but poursuivi est de garantir que le fait d’avoir des enfants, qui assurent l’avenir de l’Europe, ne soit pas pénalisant en matière de niveau de vie et de carrière professionnelle. Pour y parvenir, il convient d’associer des mesures d’ordre fiscal, des règles de droit social, des aides financières directes et des services publics efficaces et abordables, notamment en matière de systèmes de garde d’enfants. Lorsqu’elles sont mises en œuvre, ces politiques sont efficaces (19). Mais pour le demeurer, elles doivent être pérennes et constituer un socle législatif stable. |
| 5.2. | Toutefois, ces politiques familiales font partie d’un cadre plus large qui est le garant de leur efficacité: des emplois, une dynamique économique et sociale, une culture favorable aux familles, une politique de logement adaptée, un système éducatif efficace et des politiques environnementales. Enfin, la vie familiale et la vie professionnelle figurent parmi les principales préoccupations des européens et des européennes. Elles doivent donc être au cœur des priorités de la société européenne. |
| 5.3. | La démographie relève du long terme et nécessite une action européenne coordonnée. L’Union européenne devrait élaborer des lignes directrices communes fondées sur la solidarité intergénérationnelle et l’égalité entre les femmes et les hommes, en tenant compte des cultures nationales et des différences en matière de politique sociale. La situation actuelle de l’Union européenne exige également des mesures permettant de relever le taux de natalité. On dit que «gouverner, c’est prévoir». Il est dès lors essentiel d’agir aujourd’hui. |
6. Migration, y compris la mobilité intraeuropéenne
| 6.1. | En ce qui concerne le rôle de l’immigration face aux défis démographiques, le CESE réaffirme son point de vue selon lequel l’immigration a une influence positive sur la croissance de la population et de la population active. Si la croissance naturelle de la population devient négative, l’immigration peut contribuer à maintenir à un niveau constant à la fois la population totale et la population active. Il est vrai que l’immigration n’est pas la solution idéale pour faire face aux conséquences du vieillissement de la population en Europe. Elle pourrait toutefois également constituer un remède aux pénuries de main-d’œuvre et de compétences qui ne sont pas liées à l’évolution démographique (20). |
| 6.2. | Il convient également de veiller à ne pas favoriser la migration systématique des personnes disposant d’un haut niveau de qualifications et d’aptitudes, laquelle creuserait l’écart en matière de compétences avec les pays en développement, nuisant ainsi à leur développement économique et social. Il est également important de mettre en œuvre des politiques d’accueil et d’intégration actives afin de prévenir les difficultés rencontrées pour s’établir dans un nouveau pays et une nouvelle culture. |
| 6.3. | La libre circulation des citoyens de l’Union européenne est une liberté fondamentale de l’Union. Toutefois, des niveaux élevés de migration intraeuropéenne peuvent poser des problèmes particuliers pour les États membres d’origine, tels que l’accélération du vieillissement ou une perte de main-d’œuvre et de compétences, ainsi que pour le pays d’accueil. |
| 6.4. | La question est de savoir si cette mobilité à l’intérieur de l’Union est irréversible ou si elle n’est que temporaire, les retours vers le pays d’origine devenant la règle. En pratique, une grande partie des personnes quittant leur pays d’origine y reviennent dans un délai de deux ans. Il s’agit d’une forme de mobilité circulaire. Ces mouvements sont mutuellement enrichissants pour les pays concernés. Pour que ce soit davantage le cas, une convergence économique et sociale vers le haut serait nécessaire entre l’Est et l’Ouest, ainsi qu’entre le Sud et l’Ouest. La réduction du fossé existant est le meilleur moyen de ralentir cette fuite de main-d’œuvre. |
Bruxelles, le 7 mai 2020.
Le président du Comité économique et social européen
Luca JAHIER
(1) Gérard-François Dumont, «Vue de ses frontières, une Europe vieillissante mais attractive pour les migrants», Diploweb, La revue géopolitique, 3.11.2019.
(2) https://www.etui.org/Publications2/Working-Papers/Why-central-and-eastern-Europe-needs-a-pay-rise
(3) Demographic Scenarios for the EU (Scénarios démographiques dans l’Union européenne), 2019, https://ec.europa.eu/jrc/en/publication/eur-scientific-and-technical-research-reports/demographic-scenarios-eu
(4) https://www.etui.org/Publications2/Working-Papers/Why-central-and-eastern-Europe-needs-a-pay-rise
(5) Rapport annuel 2018 sur la mobilité intraeuropéenne, rapport final 2018.
(6) JO C 218 du 23.7.2011, p. 7 et JO C 161 du 13.7.2007, p. 66.
(7) JO C 318 du 29.10.2011, p. 1 et JO C 14 du 15.1.2020, p. 60.
(8) JO C 190 du 5.6.2019, p. 1.
(9) JO C 71 du 24.2.2016, p. 46.
(10) https://www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=E/CN.6/2017/3&Lang=F
(11) Demographic Scenarios for the EU (Scénarios démographiques pour l’Union européenne), 2019.
(12) JO C 62 du 15.2.2019, p. 142.
(13) JO C 14 du 15.1.2020, p. 52.
(14) JO C 129 du 11.4.2018, p. 44 et JO C 110 du 22.3.2019, p. 26.
(15) Discours de la présidente von der Leyen.
(16) JO C 14 du 15.1.2020, p. 60.
(17) JO C 62 du 15.2.2019, p. 142.
(18) https://osha.europa.eu/sites/default/files/publications/documents/Work-related_MSDs_prevalence_costs_and_demographics_in_the_EU_report.pdf
Avis institutionnel — 52020AB0037
28/12/2020
Avis institutionnel — 52020AB0036
22/12/2020
Exposé des motifs du Conseil: position (UE) no 17/2020 du Conseil en première lecture en vue de l’adoption du règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE, Euratom) no 883/2013 en ce qui concerne la coopération avec le Parquet européen et l’efficacité des enquêtes de l’Office européen de lutte antifraude
22/12/2020
Avis institutionnel — 52020AB0034
18/12/2020