| CELEX | 52019AE4762 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 7 mai 2020 |
| 14.7.2020 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 232/8 |
Avis du Comité économique et social européen sur «Le financement durable de l’apprentissage tout au long de la vie et du développement des compétences dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre qualifiée»
(avis exploratoire à la demande de la présidence croate)
(2020/C 232/02)
| Rapporteure: | Tatjana BABRAUSKIENĖ |
| Corapporteur: | Pavel TRANTINA |
| Demande de la présidence croate du Conseil | Lettre du 10.9.2019 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Décision du Bureau | 24.9.2019 |
| Compétence | Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté» |
| Adoption en section | 3.3.2020 |
| Adoption en session plénière | 7.5.2020 |
| Session plénière no | 551e session plénière à distance |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 254/1/6 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) se félicite de l’accent mis dans la lettre de mission du commissaire Nicolas Schmit (1) sur la nécessité de mettre en œuvre et à jour la stratégie en matière de compétences, d’inventorier les pénuries de compétences et d’y remédier et de soutenir la reconversion professionnelle dans le cadre d’une transition juste, ainsi que d’étudier l’idée de proposer des comptes de formation individuels comme l’un des moyens possibles pour permettre aux adultes (salariés et sans emploi) d’accumuler des droits à la formation et de les utiliser pour une formation garantie de qualité. |
| 1.2. | Le CESE accueille favorablement les conclusions du Conseil intitulées «Le rôle majeur que jouent les politiques d’apprentissage tout au long de la vie pour donner à la société les moyens d’aborder la transition technologique et écologique en soutien à une croissance inclusive et durable» (2), adoptées le 8 novembre 2019, qui invitent la Commission à «améliorer l’efficacité et réactualiser la portée et les groupes cibles des politiques actuelles d’apprentissage tout au long de la vie afin de mieux répondre aux besoins de formation qui résultent de l’évolution de la société et du monde du travail, y compris en développant davantagel’espace européen de l’éducation» (3). |
| 1.3. | Le CESE apprécie que l’investissement dans la recherche et l’innovation, une plus grande accessibilité de l’apprentissage tout au long de la vie et le développement de nouvelles compétences adaptées aux emplois de demain fassent partie des priorités de la présidence croate du Conseil de l’Union européenne (UE) (4). |
| 1.4. | Le CESE se félicite que, dans sa communication intitulée «Une Europe sociale forte pour des transitions justes» (5), affirmant que les compétences sont essentielles pour l’avenir, la Commission européenne encourage les États membres de l’UE à proposer une éducation et une formation inclusives et de qualité dès le plus jeune âge et à soutenir les personnes dans leur développement continu tout au long de leur carrière. |
| 1.5. | Le CESE invite la Commission européenne et les États membres à prendre des mesures efficaces en vue de la mise en œuvre des premier et quatrième principes du socle européen des droits sociaux (SEDS), à savoir garantir un apprentissage tout au long de la vie de qualité et inclusif en tant que droit pour tous les citoyens en Europe sur le lieu de travail et au-dehors, et à soutenir la mise en œuvre de ces principes au moyen de financements publics durables convenus avec les partenaires sociaux et la société civile. |
| 1.6. | Le CESE souhaiterait voir prêter une attention particulière à l’accès des groupes les plus vulnérables de la société aux possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. Un soutien efficace devrait être apporté aux travailleurs, indépendamment de leur niveau de compétences et de qualification et quelle que soit la taille de l’entreprise et de l’organisation ou la zone géographique où ils travaillent, tout en garantissant un financement durable de la part des pouvoirs publics, des entreprises et des syndicats, par exemple au moyen de comptes de formation individuels ou d’autres dispositifs et outils selon les pratiques nationales. |
| 1.7. | Le CESE suggère que la Commission européenne se montre plus ambitieuse pour la définition d’indicateurs et de critères de référence pour l’éducation et la formation tout au long de la vie, en particulier en ce qui concerne la participation des adultes, salariés compris, à celles-ci, et ce à l’intérieur de cadres d’action pertinents et du prochain cadre stratégique «Éducation et formation 2030». La Commission devrait veiller à ce que les instruments financiers de l’UE, tels qu’Erasmus+, le Fonds social européen (FSE), InvestEU, le plan d’investissement pour une Europe durable, le Fonds pour une transition juste et d’autres fonds européens pertinents, soutiennent de manière efficace et en synergie les uns avec les autres les efforts visant à satisfaire à ces critères de référence. |
| 1.8. | En outre, le CESE invite les institutions de l’UE à se mettre d’accord sur un cadre unique inclusif de compétences clés qui aille au-delà de l’enseignement scolaire, et à répondre ainsi aux besoins en matière d’éducation et de formation des adultes et d’acquisition de compétences de la vie courante, en mettant en particulier l’accent sur la capacité d’apprendre à apprendre et les compétences en matière de citoyenneté démocratique qui sont essentielles pour aider les adultes à jouer un rôle actif dans la société. Le CESE préconise également un investissement accru dans les environnements d’apprentissage non formels et informels, qui revêtent une importance particulière pour l’acquisition de ces compétences. |
| 1.9. | Le CESE est d’avis qu’il est nécessaire, dans le cadre du Semestre européen, de mettre en cohérence l’appel lancé par la Commission européenne en faveur d’un investissement durable dans l’éducation et la formation et l’appel à des mesures d’optimisation qui, dans certains cas, compromettent cet investissement. Il faut accroître l’investissement public dans le domaine de l’éducation et de la formation tout au long de la vie, en particulier des adultes, dans chaque État membre. |
| 1.10. | Le CESE demande une nouvelle fois que l’accent soit mis plus fortement sur l’investissement social, entre autres, dans les domaines de l’éducation, de la formation et de l’apprentissage tout au long de la vie. Le CESE suggère d’examiner si la «règle d’or», à savoir l’exclusion des investissements publics tournés vers l’avenir du calcul des déficits publics nets dans le cadre des règles budgétaires de l’Union monétaire européenne, pourrait également s’appliquer aux investissements sociaux soutenus par les Fonds structurels de l’UE. |
| 1.11. | Le CESE appelle les futures présidences de l’UE et la Commission européenne à continuer de renforcer la coopération entre les décideurs au plus haut niveau, à la suite de l’initiative de la réunion conjointe des ministres des finances et de l’éducation de l’UE, afin de discuter de la manière de garantir un financement public durable de l’éducation et de la formation, en particulier de celles des adultes. Il est également nécessaire de nouer le dialogue avec les ministres de l’emploi et des affaires sociales. Cette coopération devrait également avoir lieu au niveau national. |
| 1.12. | Le CESE invite les États membres à apporter un soutien efficace aux travailleurs et aux chômeurs qui rencontrent des difficultés pour accéder à un enseignement et à une formation pour adultes inclusifs et de qualité en garantissant un financement ciblé pour les personnes dans le besoin, telles que les chômeurs, les travailleurs atypiques, les personnes peu qualifiées, les personnes handicapées, les personnes âgées, et celles issues de groupes défavorisés sur le plan socio-économique, tout en tenant compte de la dimension du genre. |
| 1.13. | En accord avec la ligne directrice no 6 pour l’emploi: Améliorer l’offre d’emplois, les qualifications et les compétences qui appelle les États membres à «viser à garantir le transfert des droits à la formation durant les périodes de transition professionnelle», le CESE suggère d’envisager des mesures telles que l’établissement d’indicateurs relatifs à l’investissement public et privé dans la formation professionnelle (EFP), ainsi que l’accès des travailleurs aux congés payés à des fins de formation (6). Cela devrait permettre à chacun d’anticiper et de mieux s’adapter aux besoins du marché du travail. |
| 1.14. | Le CESE est d’avis que les États membres devraient aider le secteur public, ainsi que les prestataires de services éducatifs à but non lucratif et les organisations de la société civile, afin de soutenir le financement d’une offre d’apprentissage tout au long de la vie, de bonne qualité, inclusive et plus accessible. La qualité élevée de l’offre d’éducation et de formation devrait être assurée au moyen de systèmes d’assurance-qualité visant une qualité supérieure, qui s’appuieraient sur le cadre européen de référence pour l’assurance de la qualité dans l’enseignement et la formation professionnels (CERAQ) et d’autres outils. |
| 1.15. | Le CESE suggère que pour garantir des investissements efficaces dans le perfectionnement professionnel et la reconversion des travailleurs au sein des entreprises, des données supplémentaires sont nécessaires en ce qui concerne les investissements réalisés par les celles-ci et le soutien financier apporté par les gouvernements. Il conviendrait d’analyser correctement et de prendre en compte dans les discussions politiques les contributions propres des travailleurs, des syndicats et des autres acteurs, en mettant l’accent sur l’investissement dans des compétences différentes. |
| 1.16. | Le CESE estime que la gouvernance démocratique de l’élaboration et de la mise en œuvre de la politique d’éducation et de formation tout au long de la vie, notamment au moyen d’un dialogue social efficace et d’une consultation avec la société civile organisée, confère une plus grande efficacité aux investissements pour atteindre les objectifs politiques. |
| 1.17. | Le CESE encourage les États membres à tirer le meilleur parti des possibilités offertes par les Fonds de l’UE disponibles, qui devraient également être alimentés par des ressources nationales. En outre, dans le contexte du prochain cadre financier pluriannuel, il y a lieu de ne pas limiter les possibilités budgétaires pour l’apprentissage tout au long de la vie au niveau des États membres et de l’UE. Les programmes eux-mêmes devraient être plus inclusifs, plus simples et plus faciles à gérer pour les bénéficiaires plus petits et les projets de moindre envergure. |
| 1.18. | Le CESE souligne qu’il est important de réexaminer régulièrement l’efficacité des mesures de soutien financier et non financier pour atteindre des groupes spécifiques d’adultes et parvenir à l’efficience dans l’utilisation des ressources. Des mécanismes solides de suivi et d’évaluation doivent être mis en place. Les résultats des évaluations devraient alimenter et éclairer l’élaboration des politiques relatives à l’éducation et à la formation tout au long de la vie. |
| 1.19. | Le CESE estime qu’il est nécessaire de prévoir des mécanismes de financement qui mobilisent les ressources nationales et impliquent une répartition adéquate des coûts entre les pouvoirs publics et les entités privées ainsi que d’autres instances: des particuliers et d’autres parties prenantes concernées (partenaires sociaux, prestataires de services de formation et ONG, par exemple). |
| 1.20. | Le CESE préconise d’intégrer une compréhension plus nuancée de l’environnement d’apprentissage dans les politiques d’éducation et de formation tout au long de la vie, guidée par le principe fondamental consistant à soutenir le potentiel individuel et unique des apprenants. Cela suppose d’acter la reconnaissance, également au moyen d’investissements pérennes, de la valeur des environnements d’apprentissage qui ne relèvent pas de la formation académique formelle en tant que pôles dynamiques de développement des compétences, ce qui permettrait également au secteur académique d’acquérir une expertise en adoptant des approches plus inclusives et innovantes pour répondre aux besoins des apprenants. |
| 1.21. | Pour des systèmes d’éducation et de formation tout au long de la vie performants, le CESE appelle tous les décideurs au niveau de l’UE et national, dans le cadre de leurs attributions, à relever les défis suivants en la matière et à soutenir financièrement les solutions à y apporter: |
| 1.21.1. | concevoir et mettre en œuvre des stratégies à long terme pour favoriser les collaborations entre les prestataires de services d’apprentissage formels, non formels et informels en adoptant une approche centrée sur l’apprenant; |
| 1.21.2. | veiller à ce que les apprenants puissent jouer un rôle actif dans leurs parcours d’apprentissage en les concevant principalement autour de leurs besoins; |
| 1.21.3. | soutenir les apprenants de tous âges et de tous horizons dans l’accès à différentes formes d’apprentissage, leur combinaison et le passage de l’une à l’autre, en fonction de leurs besoins et aptitudes personnels; |
| 1.21.4. | traiter la validation de l’apprentissage non formel et informel en tant que priorité urgente [comme le prévoit la recommandation du Conseil sur la validation de l’apprentissage non formel et informel (7)]; |
| 1.21.5. | améliorer l’offre de possibilités d’éducation et de formation tout au long de la vie à l’échelle locale en utilisant les infrastructures locales et éducatives existantes à ce niveau. |
2. Contexte général
| 2.1. | Selon la définition du Conseil (8), «l’apprentissage tout au long de la vie couvre la vie entière, de l’éducation et de l’accueil des jeunes enfants à l’apprentissage consécutif à la retraite, y compris l’éventail complet de l’apprentissage formel, non formel et informel, dans le but d’améliorer les connaissances, les aptitudes et les compétences d’un point de vue personnel, civique, social et/ou professionnel. L’apprentissage tout au long de la vie considère chaque individu comme le sujet de l’apprentissage et permet à chacun d’acquérir les connaissances nécessaires pour participer en tant que citoyen actif à la société de la connaissance et au marché du travail, en facilitant la libre mobilité des citoyens européens»; Dans le présent avis, l’accent est placé sur le financement durable de l’apprentissage tout au long de la vie et du développement des compétences dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre qualifiée |
| 2.2. | L’apprentissage se fait partout et de manière constante, active et passive, et ce dans des contextes aussi bien formels, qu’informels et non formels. Le CESE préconise dès lors d’adopter une approche plus nuancée de l’environnement d’apprentissage dans les politiques d’éducation et de formation et tout au long de la vie, guidée par le principe général consistant à développer le potentiel individuel et unique des apprenants. Il convient de soutenir à la fois l’«éducation tout au long de la vie» et l’«éducation embrassant tous les aspects de celle-ci» par des financements publics durables, et d’accorder une attention particulière aux générations plus âgées, en prévoyant des ressources pour fournir des moyens adaptés à leurs modes d’apprentissage. Le CESE rappelle (9) par conséquent que les financements tant au niveau de l’UE qu’au niveau national doivent, entre autres, servir à investir dans une éducation et une formation de qualité élevée et inclusives, qui devraient être accessibles et abordables pour tous et axées sur les besoins actuels et futurs du marché du travail. Les rendements des investissements dans l’éducation et la formation des adultes peuvent être considérés comme aussi élevés que ceux des investissements réalisés dans l’éducation et la formation initiales, voire dans l’enseignement supérieur (10). |
| 2.3. | L’impact des tendances qui se dessinent à l’échelle mondiale, telles que les changements économiques, technologiques, environnementaux, sociaux et les mutations industrielles qu’apporte dans son sillage la révolution numérique, est énorme. Il touche de nombreux domaines allant de l’économie, de l’innovation, de la science et de l’éducation à la santé, la durabilité et la gouvernance, et il est en train de transformer rapidement le monde du travail et les profils de compétences de nombreuses professions. Eu égard au rythme des changements, il faut assurer en continu la qualification, la requalification et le perfectionnement professionnel de tous les citoyens tout au long de leur vie, en mettant plus particulièrement l’accent sur la fourniture d’un soutien efficace aux travailleurs et aux chômeurs, tout en garantissant un financement durable par les pouvoirs publics et les entreprises au moyen de comptes individuels de formation et d’autres dispositifs. |
| 2.4. | Dans le même temps, le caractère perturbateur de ces changements rend encore plus difficile la prévision des besoins futurs en compétences. L’offre de compétences évolue également mais il faut du temps pour s’adapter aux besoins émergents en matière de qualifications. Même si les employeurs soulignent l’importance des disciplines STEM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques), des compétences numériques ainsi que de l’enseignement et de la formation professionnels (EFP), l’on observe aussi un déplacement des besoins en compétences vers des compétences non techniques et transversales (11), celles qui permettent aux personnes de s’adapter à des environnements de travail et à des situations de vie différents (12). Ces compétences sont généralement développées au sein d’entités qui dispensent une éducation non formelle (organisations de jeunesse, etc.) et il est essentiel d’apporter un soutien financier pérenne à ces prestataires. |
| 2.5. | En outre, il importe d’investir dès à présent dans le développement stratégique de nouveaux programmes de formation. Ce sont là des leviers essentiels pour répondre aux besoins et aux pénuries en matière de compétences, et les investissements dans ces domaines peuvent prendre un certain temps avant de produire des résultats, en particulier pour les programmes destinés aux niveaux supérieurs et d’une durée plus longue. Afin d’informer le système d’éducation et de formation suffisamment à l’avance, il est essentiel d’anticiper systématiquement les besoins en compétences pour permettre des réponses stratégiques et prévenir l’inadéquation des compétences (13). |
| 2.6. | La situation que la récente épidémie de COVID-19 a créée dans le monde entier a montré que, quand la nécessité s’en impose, l’apprentissage peut s’adapter rapidement à un changement d’environnement. Les apprenants développent toute une série d’approches nouvelles, telles que l’apprentissage en autonomie ou par projets, font preuve d’une plus grande curiosité et améliorent leurs compétences en technologies de l’information afin de commencer à apprendre à distance. Ils utilisent à cette fin diverses plateformes numériques, fournies gratuitement. Des compétences transversales essentielles les aident, eux tout comme les enseignants, à s’adapter à ce changement. Lors du retour à la vie «normale», la société devrait tirer les leçons de cette expérience et continuer à développer lesdites approches et compétences, en y investissant suffisamment pour que chaque personne qui apprend, quelle que soit sa situation sociale, puisse y avoir accès et en bénéficier. |
3. Contexte politique
| 3.1. | La communication de la Commission intitulée «Une Europe sociale forte pour des transitions justes» (14) insiste sur le caractère essentiel des compétences pour l’avenir. En effet, elles permettent aux citoyens de tirer parti de l’évolution rapide du monde de travail. La moitié de la main-d’œuvre actuelle devra mettre à jour ses compétences dans les cinq prochaines années, et les transitions numérique et écologique nécessiteront un nouvel éventail de compétences. L’enseignement et la formation professionnels, ainsi que les apprentissages, peuvent favoriser l’employabilité des jeunes comme des adultes et accompagner l’évolution des besoins des entreprises. |
| 3.2. | Le CESE rappelle que le droit à l’éducation a été inscrit dans l’acte constitutif de l’Unesco (1945), sous l’intitulé «Éducation pour tous», et que l’éducation et la formation tout au long de la vie (EFTLV) ont fait l’objet d’une attention croissante dans le cadre des objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies, figurant en bonne place dans l’ODD 4 relatif à l’éducation. L’ODD 4 est envisagé non seulement comme un moyen d’enrichir la palette de compétences et de stimuler l’économie, mais aussi comme un vecteur de promotion des objectifs de diversité culturelle et de paix. Toutefois, les sous-objectifs des ODD qui définissent le rôle de l’éducation et de la formation tout au long de la vie n’incluent pas de critères de référence pour ce qui est du financement (15). |
| 3.3. | Le CESE insiste sur la nécessité de mettre en œuvre les premier et quatrième principes du socle européen des droits sociaux (SEDS), en faisant en sorte qu’une éducation, une formation et un apprentissage tout au long de la vie inclusifs et de qualité soient un droit pour tous en Europe, et en soutenant la mise en œuvre de ces principes par des financements publics pérennes convenus avec les partenaires sociaux et la société civile organisée. Ce droit doit devenir une réalité pour garantir que tous les adultes aient un accès égal à une éducation et une formation de qualité et inclusives, tant sur le lieu de travail qu’en dehors. Un soutien efficace devrait être accordé aux travailleurs, indépendamment de leur niveau de compétences et quelle que soit la taille de leur entreprise et la zone géographique dans laquelle ils travaillent. |
| 3.4. | Le CESE souligne que les droits et les principes du socle européen des droits sociaux, dont celui à une éducation, à une formation et à un apprentissage tout au long de la vie inclusifs et de qualité au niveau national, doivent être mis en œuvre au moyen d’un investissement public adéquat (16). Les ressources budgétaires restent toutefois soumises dans certains cas aux contraintes budgétaires strictes du marché intérieur et aux règles budgétaires fixées par le pacte de stabilité et de croissance, et il reste difficile pour les gouvernements de trouver les ressources publiques nécessaires pour parvenir au rééquilibrage social. Le conflit entre les règles budgétaires contraignantes et un ensemble de droits et de principes non assortis des ressources nécessaires à leur mise en œuvre n’est toujours pas résolu. |
| 3.5. | Le rapport de la Commission mondiale de l’OIT sur l’avenir du travail intitulé «Travailler pour bâtir un avenir meilleur» (17) indique que la mise en place de possibilités efficaces d’apprentissage tout au long de la vie pour tous est une responsabilité commune, qui implique un engagement et un soutien actifs des gouvernements, des employeurs et des travailleurs ainsi que des établissements d’enseignement. Les gouvernements, en coopération avec les partenaires sociaux, doivent élargir et redéfinir les politiques de développement des compétences de même que repenser les services de l’emploi et les systèmes de formation afin que les travailleurs disposent du temps et du soutien financier nécessaires pour se former. Le rapport propose la mise en place d’un dispositif de droits à la formation par le biais d’un système reconfiguré d’«assurance-emploi» ou de «fonds sociaux» et d’introduire des «comptes de formation individuels» qui permettraient aux travailleurs de prendre des congés payés pour suivre une formation. |
| 3.6. | Le CESE se félicite de l’initiative importante de la présidence finlandaise du Conseil, qui a organisé la toute première réunion commune du Conseil entre les ministres des finances et de l’éducation de l’UE, afin de discuter de l’importance du financement public pour l’éducation et la formation. Le Comité appelle les futures présidences de l’UE et la Commission européenne à poursuivre sur cette voie afin de renforcer la coopération entre les décideurs au plus haut niveau. Il est également nécessaire de nouer le dialogue avec les ministres de l’emploi et des affaires sociales. Le CESE souhaiterait voir ensuite ce type de coopération mise en œuvre au niveau national. |
| 3.7. | Le CESE soutient l’accent mis dans la lettre de mission du commissaire Nicolas Schmit (18) sur la mise en œuvre et l’actualisation de la stratégie en matière de compétences, l’identification et le comblement des pénuries de compétences et le soutien à la reconversion professionnelle dans le cadre d’une transition juste. Étudier l’idée de proposer des comptes de formation individuels est l’un des moyens possibles qui pourraient permettre aux personnes en âge de travailler d’accumuler des droits à la formation et de les utiliser pour suivre des formations de qualité. Le CESE invite les États membres à garantir la coopération tripartite et la responsabilité partagée quant à l’affectation des ressources publiques disponibles aux salariés et aux travailleurs. |
| 3.8. | Le CESE note avec satisfaction que les conclusions du Conseil intitulées «Le rôle majeur que jouent les politiques d’apprentissage tout au long de la vie pour donner à la société les moyens d’aborder la transition technologique et écologique en soutien à une croissance inclusive et durable» (19), adoptées le 8 novembre 2019, invitent la Commission à «améliorer l’efficacité et réactualiser la portée et les groupes cibles des politiques actuelles d’apprentissage tout au long de la vie afin de mieux répondre aux besoins de formation qui résultent de l’évolution de la société et du monde du travail, y compris en développant l’espace européen de l’éducation (20), et à cet effet tenir compte de l’apprentissage tout au long de la vie dans le futur cadre stratégique pour la coopération dans le domaine de l’éducation et de la formation et tirer parti des possibilités qu’offrent Erasmus+, le Fonds social européen et les autres instruments utiles de l’Union». |
4. État des lieux
| 4.1. | Alors que les données sur l’investissement global dans l’éducation et la formation tout au long de la vie font défaut, l’on dispose d’éléments probants (21) indiquant que les dépenses publiques dans le domaine de l’éducation des adultes ne représentent que 0,1 à 0,2 % environ du PIB. Les dépenses totales pour l’éducation des adultes, y compris les autres sources de financement telles que le financement par l’employeur et les frais d’inscription des apprenants, représentent entre 1,1 et moins de 0,6 % du PIB. Dans le même temps, les dernières estimations du Cedefop indiquent qu’il y a 128 millions d’adultes dans l’EU-28+, avec un potentiel de perfectionnement et de reconversion professionnelles représentant 46 % de la population adulte de cette région (22). Seulement 11,1 % des adultes participent à une formation pour adultes alors que l’Union européenne s’était fixé pour objectif le chiffre de 15 % d’ici à 2020, un engagement qu’elle n’a pas pu tenir. |
| 4.2. | Les conclusions du Conseil européen de Lisbonne (23) fixent des objectifs clairs pour toutes les parties concernées en vue d’augmenter l’investissement annuel par habitant dans les ressources humaines, tandis que les lignes directrices pour l’emploi (13, 14 et 16) (24) invitent les États membres à établir des objectifs correspondants. Le CESE se félicite que les rapports par pays de la Commission européenne de 2019 (25) élaborés dans le cadre du processus du Semestre européen appellent à accroître les investissements dans l’éducation et la formation dans seize pays (26) et dans les compétences dans vingt-quatre pays (27) afin de compenser une décennie de coupes budgétaires et de sous-financement du système éducatif, dont les effets dommageables sur l’éducation de qualité, le personnel éducatif et les infrastructures éducatives sont bien connus (28). |
| 4.3. | Le CESE note l’absence manifeste de cohérence entre l’appel lancé par la Commission européenne en faveur d’investissements durables dans des domaines propices à la croissance, tels que tous les secteurs de l’éducation, et l’appel à des mesures d’optimisation, qui les compromettent. Une communication de la Commission sur les principales conclusions des rapports par pays (29) du Semestre européen de 2019 présente un scénario économique favorable, les finances publiques s’améliorant dans tous les États membres. Néanmoins, la communication met également en garde contre l’incertitude qui prévaut à l’échelle mondiale et invite les États membres à continuer de stimuler la productivité, à améliorer la résilience de leurs économies et à faire en sorte que la croissance économique profite à tous les citoyens. |
5. Observations générales
| 5.1. | Les États membres doivent offrir des possibilités de formation à tous, chômeurs comme salariés, femmes et hommes. À cette fin, il conviendrait d’envisager et d’exiger dans le cadre de la ligne directrice no 6 pour l’emploi: Améliorer l’offre d’emploi et les qualifications (30) des mesures telles que l’établissement d’indicateurs relatifs à l’investissement public et privé dans la formation professionnelle, ainsi que le droit des travailleurs à bénéficier de congés payés à des fins de formation. À cet égard, le CESE a déjà souligné la nécessité de préserver des conditions de vie décentes pendant la formation. Il y a lieu d’envisager des mesures au niveau de l’UE et de les étudier afin que les bonnes pratiques de certains États membres de l’Union, telles que les subventions, les prêts, les conventions collectives sur les congés de formation rémunérés et autres dispositions deviennent pratique courante dans les autres États membres (31). |
| 5.2. | Les partenaires sociaux et les organisations de la société civile ont également un rôle de premier plan à jouer dans la gouvernance du système d’éducation et de formation, y compris l’anticipation des besoins en compétences et la mise à disposition de celles-ci, et la responsabilité partagée des partenaires sociaux au niveau des entreprises est essentielle tant pour ce qui est d’investir dans une éducation et une formation tournée vers l’avenir de leur personnel qu’en ce qui concerne la prise en charge des coûts de recyclage nécessaires de tout travailleur qu’ils auraient licencié. Parmi ceux-ci, ce sont les travailleurs les plus âgés qui sont les plus vulnérables. |
| 5.3. | Les discussions relatives à une proposition de l’UE pour les comptes de formation individuels en sont à un stade très précoce, mais il convient de préciser un certain nombre de points si une telle proposition devait être présentée, la question de savoir, par exemple, si la formation des travailleurs est définie par la loi ou dans le cadre d’une convention collective, qui doit être respectée afin de garantir que les employeurs et les travailleurs soient en mesure de définir le contenu, le lieu, la période et la durée de la formation. Il s’agit donc d’une compétence nationale et les recommandations adressées aux États membres sur la manière dont les comptes de formation individuels devraient être financés et sur qui devrait recevoir le soutien financier (entreprises, établissements de formation, services publics de l’emploi ou travailleurs) doivent être élaborées dans le cadre d’un dialogue social et dans le respect des conventions collectives et de la législation nationale. Il importe que ces réflexions tiennent compte de la diversité des systèmes et approches prévalant au niveau national et que les partenaires sociaux jouent un rôle important. |
| 5.4. | Le CESE demande une nouvelle fois que l’accent soit mis plus fortement sur l’investissement social, entre autres, dans les domaines de l’éducation, de la formation et de l’apprentissage tout au long de la vie. Le CESE a déjà appelé à se pencher sur le principe de la «règle d’or», à savoir l’exclusion des investissements publics tournés vers l’avenir du calcul des déficits publics nets dans le cadre des règles budgétaires de l’Union économique et monétaire (UEM) (32). Le CESE suggère de discuter de l’opportunité d’appliquer également ladite règle d’or aux investissements sociaux financés par les Fonds structurels de l’UE (33). |
| 5.5. | La combinaison d’un apprentissage flexible et adapté avec un soutien personnalisé, avec pour point de départ une orientation professionnelle tout au long de la vie, contribue également à réintégrer sur le marché du travail les inactifs et les chômeurs de longue durée, et partant, à des gains sociaux et économiques, ainsi qu’à des économies en matière de protection sociale à long terme. Une combinaison optimale d’éléments ou de caractéristiques dans l’approche adoptée peut créer les conditions nécessaires à la consolidation, au développement et à la mise en œuvre de la recommandation du conseil relative à des parcours de renforcement des compétences (34) de manière durable, tout en sachant que les groupes cibles, les besoins en compétences et les gouvernements évoluent au fil du temps. Les dispositions relatives à la formation doivent être conçues de sorte à favoriser et à soutenir la mobilité entre les secteurs et au sein de ceux-ci. Garantir ces transitions profite à l’employabilité des travailleurs et à la capacité des employeurs d’attirer de nouvelles recrues. |
| 5.6. | Le CESE est d’avis que les États membres devraient aider le secteur public ainsi que les prestataires de formation à but non lucratif et les organisations de la société civile en vue de soutenir le financement d’une offre d’apprentissage tout au long de la vie qui soit de qualité élevée, et aussi plus accessible. La qualité élevée de l’offre de formation devrait être assurée grâce à un système efficace d’assurance de la qualité. |
| 5.7. | L’amélioration des investissements dans l’éducation et la formation des adultes et des salariés est étroitement liée à l’apport de la recherche à la conception, à la réforme et à la mise en œuvre des politiques et des systèmes d’apprentissage tout au long de la vie. Pour garantir des investissements efficaces dans le perfectionnement professionnel et la reconversion des travailleurs au sein des entreprises, des données supplémentaires sont nécessaires en ce qui concerne les investissements réalisés par les celles-ci et le soutien financier apporté par les gouvernements. Les contributions propres des travailleurs, des syndicats et des autres parties prenantes devraient être correctement analysées et prises en compte dans les discussions politiques, en mettant l’accent sur l’investissement dans la formation à différentes compétences (professionnelles, liées à l’entreprise, clés, de base, etc.) de travailleurs ayant différents niveaux de qualification, femmes ou hommes, et en insistant également sur la formation au sein des entreprises et en dehors ainsi que sur la fourniture de services par d’autres prestataires, etc. |
| 5.8. | L’éducation des adultes, en raison de la grande diversité des formes sous lesquelles elle se décline ainsi que des très nombreux et divers prestataires qui interviennent dans ce secteur, accuse un manque de coordination tant au niveau des États membres qu’au niveau européen. Une approche intégrée qui associerait plusieurs domaines d’action et parties prenantes et accorderait une attention particulière à la gouvernance démocratique de l’élaboration et de la mise en œuvre de la politique d’éducation et de formation tout au long de la vie, y compris un dialogue social efficace avec les partenaires sociaux et une consultation avec la société civile, pourrait améliorer l’efficacité des politiques d’investissement, augmentant ainsi les chances d’atteindre les groupes cibles potentiels très divers et les besoins des personnes vulnérables. |
| 5.9. | Pour des systèmes d’éducation et de formation tout au long de la vie performants, le CESE appelle tous les décideurs au niveau de l’UE et national, dans le cadre de leurs attributions, à relever les défis suivants en la matière et à soutenir financièrement les solutions à y apporter: |
| 5.9.1. | concevoir et mettre en œuvre des stratégies à long terme pour encourager les collaborations entre les prestataires de services d’apprentissage formels, non formels et informels afin de répondre aux besoins d’apprentissage et de formation des apprenants; pour être pérennes, ces stratégies devraient être élaborées conjointement avec les associations représentatives concernées à l’échelle régionale, nationale et européenne, et englober le soutien à celles-ci; |
| 5.9.2. | veiller à ce que les apprenants puissent jouer un rôle actif dans leurs parcours d’apprentissage en les concevant principalement autour de leurs besoins, ce qui leur permettrait de devenir des créateurs actifs plutôt que des consommateurs passifs de la connaissance et de l’innovation; |
| 5.9.3. | soutenir les apprenants de tous âges et de tous horizons dans l’accès à différentes formes d’apprentissage, leur combinaison et la transition entre celles-ci, en fonction de leurs besoins et aptitudes personnels, grâce à des systèmes d’éducation et de formation plus flexibles et à la fourniture d’un service d’orientation tout au long de la vie de haute qualité; |
| 5.9.4. | traiter la validation de l’apprentissage non formel et informel en tant que priorité urgente [comme le prévoit la recommandation du Conseil relative à la validation de l’apprentissage non formel et informel (35)] compte tenu de son potentiel de renforcement de la visibilité de toutes les aptitudes, compétences et connaissances susceptibles de favoriser une participation significative à la société et au marché du travail, en particulier pour les groupes vulnérables (36); |
| 5.9.5. | améliorer l’offre de possibilités d’éducation et de formation tout au long de la vie au niveau local en utilisant les infrastructures de la collectivité et éducatives existantes afin de créer des espaces d’apprentissage polyvalents ouverts à tous; ces centres d’apprentissage locaux existent déjà sous différentes formes dans les États membres et devraient devenir un concept courant dans l’élaboration des politiques. |
6. Observations particulières sur les politiques européennes et nationales nécessaires pour garantir un financement durable (37)
6.1. Sur les sources de financement de l’UE
| 6.1.1. | Dans son cadre financier pluriannuel 2021-2027, la Commission européenne a annoncé plusieurs moyens d’améliorer le plan d’investissement de l’UE en introduisant dans le cadre du programme InvestEU un volet consacré à l’investissement social et aux compétences. Cela témoigne d’un engagement à affecter des fonds aux investissements sociaux et à créer les instruments appropriés pour y parvenir. |
| 6.1.2. | La Commission et les États membres devraient exploiter les possibilités offertes par les fonds de l’UE (tels que le FSE, Erasmus+, l’EFSI et d’autres instruments pertinents de l’UE) et utiliser au mieux les ressources financières disponibles de l’UE. En tout état de cause, le prochain cadre financier pluriannuel ne devrait pas limiter les possibilités budgétaires pour l’apprentissage tout au long de la vie au niveau des États membres et de l’UE (38). Toutefois, si les fonds de l’UE peuvent jouer un rôle important dans le développement des compétences et de l’apprentissage tout au long de la vie, la dépendance excessive à l’égard de ceux-ci peut susciter des inquiétudes quant à la durabilité du financement des projets, étant donné que ces fonds sont alloués à des projets et qu’ils sont temporaires par nature. |
| 6.1.3. | S’agissant de garantir des investissements nationaux durables dans l’éducation et la formation tout au long de la vie et dans la formation pour adultes, le processus du Semestre européen joue un rôle essentiel en ce qu’il met comme il se doit l’accent sur le financement. Pour que les politiques nationales/régionales en matière d’éducation et de formation tout au long de la vie puissent être mises en œuvre de manière efficace, un niveau adéquat de financement doit être assuré. Il est essentiel d’accroître la viabilité et la continuité du financement afin de garantir la pérennité de l’action menée en matière d’éducation et de formation des adultes ainsi que la capacité des prestataires d’apprentissage tout au long de la vie à innover et à développer leur activité dans ce domaine. |
6.2. Sur les politiques en faveur d’une répartition adéquate des fonds
| 6.2.1. | Il est important de développer une culture de l’évaluation. Différents éléments peuvent y contribuer, tels qu’un engagement politique en faveur de l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes (et de l’obligation de rendre des comptes), des exigences juridiques applicables à l’évaluation, des exigences en matière d’évaluation des financements européens et d’évaluation du financement européen ainsi que la formation et l’éducation des évaluateurs afin d’assurer une évaluation tout au long du cycle d’élaboration des politiques. |
| 6.2.2. | Il importe de réexaminer périodiquement l’efficacité des mesures de soutien financier et non financier pour atteindre les groupes cibles d’adultes et parvenir à une utilisation efficace des ressources. Des mécanismes solides de suivi et d’évaluation doivent être mis en place. Les résultats des évaluations devraient alimenter et éclairer l’élaboration des politiques en ce qui concerne l’éducation et la formation tout au long de la vie. Sur la base de solides éléments de preuve, les évaluations peuvent suggérer la nécessité de modifier (ou de suspendre) les mesures existantes et/ou d’en introduire de nouvelles. Elles peuvent également mettre en évidence des pratiques efficaces qui pourraient être développées grâce à un financement supplémentaire ou plus soutenu. Les partenaires sociaux devraient être associés au suivi et à l’évaluation des systèmes. |
| 6.2.3. | Il est nécessaire de prévoir des mécanismes de financement mobilisant les ressources nationales et prévoyant un partage adéquat des coûts entre les pouvoirs publics, les employeurs, les personnes et les autres parties prenantes concernées (partenaires sociaux, prestataires de services de formation et ONG, par exemple). Comme il ressort de la base de données du Cedefop sur le financement de l’apprentissage des adultes (39), il existe différents mécanismes de financement, ciblés sur les particuliers ainsi que sur les entreprises et les employeurs et visant à accroître la participation et l’investissement privé dans l’éducation et la formation. Ces possibilités doivent être coordonnées de manière appropriée par les pouvoirs publics, tandis que dans le cas des fonds de formation sectoriels, ce sont principalement les partenaires sociaux qui jouent un rôle de coordination. Les instruments financiers pour les particuliers incluent notamment les comptes de formation individuels/bons de formation, les prêts (à faible coût) et les congés de formation rémunérés. Le soutien financier aux entreprises pourrait être accordé au moyen de fonds de formation (alimentés par les prélèvements dont elles font l’objet), d’incitations fiscales ou de subventions (financées par le système général d’imposition). Ces modes de partage des coûts constituent également un moyen d’assurer la responsabilité conjointe de l’élaboration et de la mise en œuvre des politiques d’éducation et de formation tout au long de la vie et des investissements dans les compétences. |
| 6.2.4. | Le dialogue social et les conventions collectives, en particulier au niveau sectoriel, jouent un rôle important dans la gouvernance des systèmes de formation et dans la création de possibilités de formation de même que dans l’amélioration de l’adéquation de l’offre de formation des salariés et de sa fourniture. Cela suppose d’associer les partenaires sociaux afin de favoriser la transition et les parcours professionnels entre les secteurs. Des fonds de formation ont été mis en place dans plusieurs États membres et peuvent jouer un rôle important (40). |
| 6.2.5. | Les instruments de financement pourraient être plus efficaces s’ils étaient combinés avec des mesures de soutien non financières appropriées. Les instruments doivent être soigneusement conçus pour cibler efficacement les groupes vulnérables spécifiques/prioritaires (tels que les chômeurs peu qualifiés, plus âgés et les salariés des PME). Lors de la conception d’un instrument financier, il importe également d’apprécier sa complémentarité avec d’autres instruments existants et sa capacité à entrer en synergie avec ceux-ci. |
| 6.2.5.1. | Les mesures non financières pour les particuliers comprennent également les mesures généralement prévues dans le cadre des services d’orientation professionnelle ou des services d’orientation tout au long de la vie. Ces services devraient également informer les apprenants sur le soutien financier à l’éducation et à la formation des adultes dont ils peuvent bénéficier et sur la manière d’y accéder. |
| 6.2.5.2. | Pour les entreprises, un soutien non financier peut être proposé sous forme d’information et d’orientation relatives aux possibilités de financement, d’assistance administrative pour les demandes de financement, d’une aide à la définition des besoins en formation et à la conception de plans de formation, dans le cadre de services de conseil, de la promotion de partenariats ou de réseaux d’entreprises (entre les PME ou les incluant) afin de mutualiser les ressources et de pallier les lacunes en matière de formation. |
| 6.2.6. | Il convient de réduire au minimum la charge administrative pesant sur les demandeurs et les bénéficiaires de financements ainsi que les entités qui gèrent les fonds, et de prévoir une conception et un ciblage appropriés de même qu’un suivi efficace de l’instrument de financement afin d’éviter les effets d’aubaine et/ou de substitution. |
Bruxelles, le 7 mai 2020.
Le président du Comité économique et social européen
Luca JAHIER
(1) https://ec.europa.eu/commission/sites/beta-political/files/mission-letter-nicolas-schmit_en.pdf
(2) JO C 389 du 18.11.2019, p. 12.
(3) Espace européen de l'éducation.
(4) https://eu2020.hr/
(5) COM(2020) 14 final.
(6) JO C 332 du 8.10.2015, p. 68.
(7) Recommandation du Conseil du 20 décembre 2012 relative à la validation de l'apprentissage non formel et informel (JO C 398 du 22.12.2012, p. 1) et JO C 13 du 15.1.2016, p. 49.
(8) Conclusions du Conseil sur «Le rôle majeur que jouent les politiques d’apprentissage tout au long de la vie pour donner à la société les moyens d’aborder la transition technologique et écologique en soutien à une croissance inclusive et durable».
(9) JO C 62 du 15.2.2019, p. 165.
(10) Rapport intitulé «European Agenda for Adult Learning» (Agenda européen pour l’éducation et la formation des adultes).
(11) Par exemple, le Forum économique mondial a publié en 2015 un rapport axé sur la question pressante de l’inadéquation des compétences au 21e siècle et sur les moyens d’y remédier grâce à la technologie, et dans lequel l’accent est mis sur la nécessité de disposer de compétences (telles que l’esprit critique et le sens de la collaboration) et de traits de caractère (telles que la curiosité, l’esprit d’initiative et l’aptitude à diriger) en plus des acquis fondamentaux cités.
(12) Avis JO C 14, 15.1.2020, p. 46 et JO C 237, 6.7.2018, p. 8.
(13) Rapport du Forum économique mondial intitulé «Une Nouvelle vision pour l’éducation: libérer le potentiel de la technologie».
(14) COM(2020) 14 final.
(15) Document d’information de l’Association européenne pour l’éducation des adultes sur le thème «Éducation des adultes et durabilité».
(16) JO C 262 du 25.7.2018, p. 1.
(17) Rapport de la Commission mondiale sur l’avenir du travail sur le thème «Travailler pour bâtir un avenir meilleur».
(18) https://ec.europa.eu/commission/sites/beta-political/files/mission-letter-nicolas-schmit_en.pdf
(19) JO C 389 du 18.11.2019, p. 12.
(20) Espace européen de l'éducation.
(21) Rapport de la Commission européenne sur le «Développement du secteur de l’éducation et de la formation des adultes».
(22) Cedefop.
(23) Conseil européen de Lisbonne des 23 et 24 mars 2000, Conclusions de la présidence.
(24) Lignes directrices pour l’emploi.
(25) Rapports par pays.
(26) BG, HR, CZ, EE, FI, DE, GR, IE, IT, LV, LU, PL, RO, SK, ES et UK.
(27) AT, BE, BG, HR, CY, CZ, EE, FI, FR, DE, GR, HU, IT, LV, LU, MT, NL, PL, RO, SK, SI, ES, SE et UK.
(28) BG, EE, GR, IT, PT, RO, et SE.
(29) COM(2019) 500 final.
(30) JO C 332 du 8.10.2015, p. 68.
(31) JO C 237 du 6.7.2018, p. 57, JO C 237 du 6.7.2018, p. 8, JO C 14 du 15.1.2020, p. 60.
(32) JO C 177 du 18.5.2016, p. 35, JO C 268 du 14.8.2015, p. 27.
(33) JO C 226 du 16.7.2014, p. 21.
(34) Recommandation du Conseil du 19 décembre 2016 relative à des parcours de renforcement des compétences: de nouvelles perspectives pour les adultes (JO C 484 du 24.12.2016, p. 1).
(35) Recommandation du Conseil du 20 décembre 2012 relative à la validation de l'apprentissage non formel et informel (JO C 398 du 22.12.2012, p. 1).
(36) JO C 13 du 15.1.2016, p. 49.
(37) Voir également le «Cadre analytique du Cedefop pour le développement des parcours de renforcement des compétences pour les adultes».
(38) Dans son avis (JO C 62 du 15.2.2019, p. 194) le CESE a demandé que le budget du programme Erasmus+ soit triplé.
(39) Base de données du Cedefop.
(40) Rapport des partenaires sociaux européens «Promoting social partnership in employee training» (Promouvoir un partenariat social en matière de formation des salariés).
Avis institutionnel — 52020AB0037
28/12/2020
Avis institutionnel — 52020AB0036
22/12/2020
Exposé des motifs du Conseil: position (UE) no 17/2020 du Conseil en première lecture en vue de l’adoption du règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE, Euratom) no 883/2013 en ce qui concerne la coopération avec le Parquet européen et l’efficacité des enquêtes de l’Office européen de lutte antifraude
22/12/2020
Avis institutionnel — 52020AB0034
18/12/2020